Les Éblouissements/Émotion

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Comtesse Mathieu de Noailles ()
Calmann-Lévy, éditeurs (p. 176).

ÉMOTION


Avoir depuis sa douce et lumineuse enfance
Baisé le jour qui meurt et celui qui commence,
Contemplant l’univers, avoir jeté vers lui
Comme une rose, un cœur qui frissonne et qui luit,
N’avoir jamais rien vu sur la divine terre
Qui ne soit une source où l’on se désaltère,
Avoir bondi, avoir joué, avoir pleuré
Dans les matins luisants qui soulèvent les prés,
Avoir tant aimé l’air, la fièvre, la bataille,
Que la bouche au milieu du visage tressaille
Comme un coquelicot qu’étire un vent d’été ;
Être morte d’azur, morte de volupté,
Avoir suivi les pas divins de la musique
Jusqu’aux bornes du rêve et du plaisir physique,
~tendre vers l’infini son désir, sa douleur
Comme une tige où tremble une suprême fleur,
Quelle avide, quelle âpre et chaude destinée.
– Je m’attendris, je pense au jour où je suis née…