Les Éblouissements/Soir en été

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Comtesse Mathieu de Noailles ()
Calmann-Lévy, éditeurs (p. 175).

SOIR EN ÉTÉ


Douceur du Soir, qu’il faut louer par le silence,
Car vous êtes, vous-même, amoureux de langueur,
Nonchalant, dédaigneux comme un paisible cœur,
Las comme une immobile et dormante balance…

Les cieux sont parfumés et les parfums sont bleus,
Tant c’est un long mélange inextricable et tendre
De fleurs, d’azur pâli, d’odeurs, de claire cendre,
D’invisibles baisers profonds et nébuleux.

Je souris aux jardins, dans l’ombre fastueuse.
La foule des parfums encombre les chemins,
J’écarte, je ramené et baise dans mes mains,
Ces enchanteurs divins des chairs voluptueuses.

Mais un cri vient percer tout le silence vert.
Chant d’oiseau sensuel ! Comment pourrait-on dire
Quel aigu, quel brisant, quel déchirant délire
Par qui mon cœur soudain, est comme un fruit ouvert…