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Les Éblouissements/Aube sur le jardin

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Comtesse Mathieu de Noailles ()
Calmann-Lévy, éditeurs (p. 299).

AUBE SUR LE JARDIN


L’aube luit, faible éclat, veilleuse molle, intime ;
Le jardin endormi semble au fond de l’abîme.
Mais voici que paraît, léger, bleu comme un flot,
Le soleil palpitant, contracté, mal éclos.
Et mon immense amour dit aux rayons timides
« C’est vous, splendeur du temps, gloire des Pyramides
C’est vous, guerrier terrible, astre aux poignards hardis,
Vous tout entier azur, tout entier paradis,
Vous, cascade enflammée et toujours contenue
Malgré l’épanchement sans borne de la nue ;
C’est vous, mon seul désir et mon effarement,
Vous, baigné de lait bleu, d’encens tiède et charmant,
Vous, toujours étiré de plaisir vous, visage
Qui donnez la lumière et provoquez l’ombrage ! »
– Et soudain les buissons dans la brume fondus,
Les gramens délicats, les rosiers suspendus
Que leurs ongles légers accrochent aux murailles,
Le verger qui fleurit, les ailes qui tressaillent,
Les routes, les forêts, les champs ivres d’amour
S’éveillent sous ma main qui bénissait le jour !…