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Les Éblouissements/Je suis dans l’herbe chaude et fine

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Comtesse Mathieu de Noailles ()
Calmann-Lévy, éditeurs (p. 300-301).

JE SUIS DANS L’HERBE CHAUDE
ET FINE


Je suis dans l’herbe chaude et fine.
Un rosier blanc sur le ciel bleu
Est beau, suave et lumineux
Comme un matin à Salamine !

— Je suis sur le gazon léger ;
Les palpitations du monde
Font entrer dans leur douce ronde
L’odeur des fleurs d’un oranger.

Je ne sais ce que j’aime ; j’aime.
Le lac est en argent tiédi,
Voici venir le beau midi,
C’est un moment d’azur suprême.

Un cèdre noir boit la clarté
Et la répand sur mon visage.
Glissez sur moi, paisible, sage,
Ô mon voluptueux été !


Hélas, lorsque mes yeux caressent
Le limpide et pâle horizon,
Je rêve d’une autre maison,
D’une autre ardeur, d’une autre ivresse.

Ô pré dilaté de chaleur,
Ô matin sucré de framboises,
Que vos tendres réseaux se croisent
Sur l’abondance de mon cœur !

Mais quel enclos et quelle étreinte
Comprimeraient mon vif élan ?
— Le ciel bleu près du rosier blanc
Est beau comme l’air dans Corinthe…

— Reprenez la route de l’eau,
Des infinis et du mystère,
Ô mon âme que rien n’enserre,
Ô coeur qui ne veut pas d’anneau !