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Les Éblouissements/L’immortalité

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Comtesse Mathieu de Noailles ()
Calmann-Lévy, éditeurs (p. 388-389).

L’IMMORTALITÉ


Je meurs, et sur mes yeux l’on baisse mes paupières
Mais tandis qu’on me met dans mon tombeau de pierres
Je vais, d’un pas furtif, souriant et dansant,
Écartant le sol noir comme un léger encens,
Le regard élargi d’espoir et d’allégresse,
Vers les antiques dieux qui régnaient sur la Grèce…
Et j’arrive, et je vois un temple, un petit bois ;
Une ronde étincelle au loin : ce sont les Mois.
La bleuâtre colline où l’aurore s’ébroue
Semble un navire avec le soleil à sa proue !
Dans cet espace d’or, de lumineux passants
Glissent, tout l’avenir de leur regard descend.
Je vois mes dieux, je suis éblouie, étonnée…
Ils me disent : « Venez, chère ombre fortunée,
Vous qui n’avez cherché que Dieu chez les humains
Reposez-vous ici, donnez vos douces mains.
Voici l’immense azur que votre ardeur appelle ;
Vous serez calme enfin, assoupie, éternelle.

Ah ! comme vous avez soupiré loin de nous ;
Vos rêves haletants tombaient sur nos genoux,
S’abattaient sur nos doigts, colombes effrayées,
Ivres, chaudes, toujours de sang rose rayées…
Que le jour vous fut dur ! que le temps vous fut long !
Mais le plus beau des dieux, Phoibos Apollon,
Levant son bras d’argent d’où le soleil ruisselle,
Écoutait votre chant et nous disait : « C’est elle ! »
Voyez, il est vêtu des flammes de l’été,
Vous êtes lasse, allez dormir à son côté.
La mer étincelante, innombrable, légère,
Est un troupeau d’azur dont vous serez bergère…
Et vous, qu’unit à elle un si tendre lien,
Penchez-vous sur son cœur, Apollon Dèlien !