Les Éblouissements/Nuit voluptueuse

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Comtesse Mathieu de Noailles ()
Calmann-Lévy, éditeurs (p. 149).

NUIT VOLUPTUEUSE


Le Plaisir bondissait dans le jour d’ambre et d’or.
Voici la douce nuit plus complaisante encor ;
Son voile est odorant, ses yarois sont moelleuses,
L’insecte va jaillir des herbes populeuses.
Le ciel est descendu, l’air est rapetissé,
Les bruits qui ne sont pas de l’amour ont cessé ;
Tout s’accoste, tout court, se rejoint et s’enlace.
Ô voyage secret des choses dans l’espace !
Nuit fraîche de l’été ! Les oiseaux dans les airs
S’attirent d’un soupir plus vif que les éclairs ;
Le désir est lui-même une aile, une fusée
Qui s’est partout levée et s’est partout posée ;
Les effluves, les cris et les scintillements
Dans l’ombre langoureuse annoncent les amants.
Les larges papillons, à qui leurs couleurs pèsent,
Sur le sol libre et doux s’affaissent et se baisent.
Un train roule, orageux ; ses sifflements soudains
Engouffrent des plaisirs brûlants dans les jardins.
Les lilas par l’odeur mêlent leurs tièdes moelles,
Et les phares des nuits répondent aux étoiles…