Les Bijoux indiscrets/0

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I  ►



À ZIMA [1]


Zima, profitez du moment. L’aga Narkis entretient votre mère, et votre gouvernante guette sur un balcon le retour de votre père : prenez, lisez, ne craignez rien. Mais quand on surprendrait les Bijoux indiscrets derrière votre toilette, pensez-vous qu’on s’en étonnât ? Non, Zima, non ; on sait que le Sopha, le Tanzaï et les Confessions [2] ont été sous votre oreiller. Vous hésitez encore ? Apprenez donc qu’Aglaé n’a pas dédaigné de mettre la main à l’ouvrage que vous rougissez d’accepter. « Aglaé, dites-vous, la sage Aglaé !… » Elle-même. Tandis que Zima s’ennuyait ou s’égarait peut-être avec le jeune bonze Alléluia, Aglaé s’amusait innocemment à m’instruire des aventures de Zaïde, d’Alphane, de Fanni, etc., me fournissait le peu de traits qui me plaisent dans l’histoire de Mangogul, la revoyait et m’indiquait les moyens de la rendre meilleure ; car si Aglaé est une des femmes les plus vertueuses et les moins édifiantes du Congo, c’est aussi une des moins jalouses de bel esprit et des plus spirituelles. Zima croirait-elle à présent avoir bonne grâce à faire la scrupuleuse ? Encore une fois, Zima, prenez, lisez, et lisez tout : je n’en excepte pas même les discours du Bijou voyageur qu’on vous interprétera, sans qu’il en coûte à votre vertu ; pourvu que l’interprète ne soit ni votre directeur ni votre amant.



  1. Il ne nous semble pas que cette jeune fille puisse être, comme on l’a dit, Mme de Puisieux, qui était jeune, il est vrai, mais mariée. C’est un nom en l’air, Mme de Puisieux serait plutôt Aglaé, la sage Aglaé, « des plus vertueuses et des moins édifiantes. »
  2. Le Sopha, de Crébillon fils, 1745. — Tanzaï et Néadarné, du même. Pékin (Paris), 1734. — Les Confessions du Comte de ***, par Duclos. Amsterdam, 1742. ((Br.)