Les Causes de la révolution/Exil et Rappel

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EXIL ET RAPPEL DU PARLEMENT DE PARIS
EN 1787, DISPOSITION DES ESPRITS, A CETTE
EPOQUE.


Une erreur commune a généralement prévalu par toute l’Europe, qui est que la révolution de France a été opérée dans un instant, et par la seule impulsion de tout un grand peuple, s’armant au même moment, pour la défense de ses droits, et de sa liberté.

Quelque séduisante que soit cette idée à bien des personnes, il est fort aisé de les convaincre que jamais événement ne fut mieux prévu en rappellent à leur souvenir les divers mouvemens qui agitaient la France avant cette époque fatale.

La cour épuisée par les folies des dernieres années du regne de Louis XV, et conséquences, aussi bien que par les emprunts ruineux, et absurdes de Mr. Necker, pour soutenir la derniere guerre d’Amerique, se vit enfin obligée d’avoir recours à la création de nouvelles taxes. Après avoir essuyé les refus les plus opiniatres du parlement de Paris, qui ne voulut jamais consentir à enrégistrer l’impôt territorial, et celui du timbre malgré les menaces les plus fortes, et même l’arrestation de plusieurs de ses membres : le ministere rassemble les notables, sous prétéxte de les consulter sur quelques changements importans a la constitution, et nécéssaires au bonheur du royaume, mais dans les faits pour tacher d’obtenir l’agrément de lever les nouveaux impôts, et le dispenser de l’enrégistrement du parlement.

Le roy ouvrit l’assemblée le 22 février 1787, par un discours dans lequel il fit allusion à l’usage que Henri IV, le chef des Bourbons, avait fait de ce corps ; les instruisit en peu de mots de la nature des plans qui devaient être soumis, « que son intention était d’améliorer les revenus de l’état, par une répartition plus exacte des taxes, d’ôter au commerce les entraves qui le gênaient, et de secourir autant que les circonstances le permettraient la classe indigente de ses sujets. Certains que ces vues avaient le bien public pour base, et que les membres de l’assemblées étaient animés du même zéle pour son service, il s’addressait à eux, avec la plus grande confiance pour avoir leur avis, sur ces différentes opérations. »

Quand le roy eut fini de parler, Mr de Lamoignon, garde des Sceaux, et Mr de Calonne, ministre des finances, addresserent la parole à l’assemblée, le dernier donna de longs détails, sur les projets immenses qu’il avait formé ; les principaux étant l’impôt territorial, et les assemblées provinciales, dont le plan semble avoir servi de modèle aux départemens républicains, puisque la noblesse et le clergé ne devaient point y avoir de place distinguée, et que chacun ne devait y paraître, ou avoir le droit d’y envoyer un représentant, que par sa fortune, sans distinction de rang.

On divisa ensuite l’assemblée en sept bureaux, chacun d’eur présidé par un prince du sang, et le premier par Monsieur : ils agréèrent la plupart des changemens que le gouvernement voulait faire, mais dirent presque généralement qu’ils ne se croyaient pas fondés à autoriser l’établissement de l’impôt territorial ; ils se plaignirent aussi avec juste raison de la maniere dont on voulait évidemment réduire la noblesse au niveau du tiers, en ne lui assignant pas de place marquée dans les assemblées provinciales.

Les notables n’avaient pas été assemblés pour controller les opérations, et les plans du gouvernement, mais pour donner leur avis sur la maniere dont ils devaient être faits, où pour parler plus franchement pour les approuver. Comme ils persisterent dans ce qu’ils avaient déja annoncé au sujet de l’impôt territorial, leu roy leur fit dire qu’il était résolu à l’établir, qu’ainsi leur discussions devaient seulement rouler sur la maniere la plus convenable de le faire ; les bureaux declarerent alors, qu’il paraissait qu’on n’avait assemblé les notables qu’afin de s’en servir comme d’une batterie, pour tirer sur le parlement et l’obliger a enrégistrer les loix, que le ministere avait adoptée.

A cette epoque la Fayette et Mirabeau, commencerent à faire parler d’eux ; le premier enthousiaste de la forme républicaine de gouvernement, pourvu qu’il en fut le Washington, avait servi comme volontaire dans la guerre d’Amérique, et s’était plusieurs fois fait dire par ses amis, que sa tête exaltée finirait par tomber sur un échaffaud, dont les autrichiens l’ont sauvé par la suite, en le claquemurant. Le second, homme sans mœurs, méprisé généralement pour différens petits tours qu’on pourrait appeler escroqueries, venait d’être employé par Mr de Calonne dans un emploi subalterne de diplomatie à Berlin ; apparemment peu satisfait de son Mécêne, il écrivit un mémoire sanglant contre lui, ainsi qu’il l’avait fait autre fois contre son pere et sa mere, qui plaidaient en séparation *.


Mirabeau sortant d’une maison de correction, où ses folies l’avaient fait loger pour quelque tems, apprit que son pere et sa mere plaidaient en séparation ; il va trouver le premier, aprouve sa juste colere, et offre de faire son mêmoire, moyennant cent louis, qu’il reçoit en le reméttant ; la dessus il va trouver sa mere, et lui fait le même offre qui fut pareillement accépté.


Heureux, si ses grands talents eussent pu être employé, en faveur de la cause qu’il a attaquée, car les deux lui étaient, ce semble, assez indifférentes, pourvu qu’il fut exposé a la vue du public, et qu’il dirigeat la machine : aussi les novateurs s’en sont servis pour l’accomplissement de leurs desseins, mais lors qu’il a paru pencher, pour rendre l’autorité au roy, dont il eut vraisemblablement été le ministre, ils l’ont traité comme Romulus, en forçant tous les Français à porter son deuil.

Mr. de Calonne repondit à ses mémoires, et en fit un dans lequel il en appelait au peuple, contre l’injustice des accusations qu’on portait contre lui. Les bureaux du Duc de Bourbon, et du prince de Conti, se plaignirent avec raison de cette forme démocratique, qu’ils regardaient comme contraires aux lois de toute monarchie, ajouterent que la publication d’un tel avis, pouvant exciter la fermentation la plus dangereuse parmi le peuple, ils étaient sùrs que rien n’était plus contraire à l’intention de sa majesté, aux pieds de laquelle, ils portaient l’expression de leur douleur, et le cri de leur honneur offensé.

Le Roy répondit, que son ministre n’avait rien publié que par ses ordres, et quelques jours après il lui fit demander sa démission en l’engageant cependant à rester à Versailles, et à assister son succésseur de ses avis.

Necker publia quelques jours après, un mémoire dans lequel il se donnait comme à son ordinaire, les louanges dont ses ecrits sont farcis ; quoique au fait Mr. de Calonne n’eut été poussé à faire ces grands changemens, que pour réparer les bévues que son prédécesseur avoit fait,le public était tellement porté pour ce dernier, qu’autant la mémoire de l’administration de Mr. de Calonne était blamée, autant l’enthousiasme était aveugle et absurde en faveur de Mr. Necker. La cour sembla ellemême imbue de l’esprit général, où pour paraitre satisfaire les notables et le public, elle envoya Mr. de Calonne en exil sur ses terres, et cependant persista dans l’éxécution des plans, qu’elle lui avait fait annoncer. Le 23 avril, le roy vint à l’assemblée, déclara son intention de conserver aux deux premiers ordres de l’état, dans les assembleés provinciales, la prééminence dont ils avaient toujours joui dans de pareilles circonstances, expliqua ensuite les nouveaux impôts que la nécessité urgente de l’état le forçait a créer, &c. Dit aux notables, que la gloire de la France leur était confié, et qu’il leur appartenait de deployer les avantages qu’il possédait, en gouvernant une nation, dont les resources étaient aussi inépuisables, que son amour pour son roy.

Cependant les ministres qui avaient succédés à Mr. de Calonne, reçurent bientôt leur démission, et furent eux mêmes remplacés par l’Archevêque de Toulouse, qui parut pour la premiere fois à l’assemblée en qualité de ministre, le 8 de Mai, et en réponse à la demande des nouveaux impôts, ne reçut que des recommandations d’une économie plus sévere et mieux entendue, les notables au surplus assurerent, qu’il n’était pas dans leur pouvoir de les accorder, mais que si sa majesté croyait devoir les établir, ils pensaient que la noblesse et le clergé ne devaient pas en être éxempts, ils engageaient aussi le roy à se rappeller des promesses qu’il avait faites, de conserver aux premiers ordres de l’état leurs priviléges honorifiques.

Quand la cour vit, qu’elle ne pouvait absolument tirer des notables, aucune authorisation qui put sembler legalle, de suivre les opérations : on pensa à les dissoudre. Le 25 May, après avoir donné de grands éloges à la vigilance avec laquelle l’assemblée, s’était instruite des affaires de l’état, le roy la remercia de ses travaux, qu’il dit être tres importants, en ce qu’il reconnaissaient le déficit et la nécessité d’établir de nouveaux impôts, suivant que les circomstances le demanderaient, puis l’archevêque de Toulouse, après avoir félicité les membres de l’assemblée sur leur désintéréssement à reconoitre que la différente répartition des taxes était un reste de féodalité, et ne devait point éxister, " les assura que l’intention du roy, était de conserver les priviléges et les distinctions des ordres de l’état, sans viser à une égalité incompatible avec la monarchie : que les trois ordres devaient avoir leurs représentans, dans les assemblées provinciales, et que comme la noblesse et le clergé avaient généreusement consentis, à unir leurs intérèts avec ceux du tiers, il devait parconséquent avoir autant de représentans pour lui seul, que les deux premiers ordres. Que le roy était résolu à former les assemblées provinciales sans aucune division de chambres, que les voix seraient prises individuellement et non par ordres séparés. * Cette époque devait répandre une nouvelle splendeur sur la monarchie Française, par la déstruction prochaine d’établissemens injurieux et à charge du public. "


C’est ici la première fois que l’on ait parlé de cette funeste représentation égalle des ordres de l’état, et des voix prises individuellement, et non par ordre comme autrefois ; il n’est pas nécessaire de remarquer que c’était détruire entierement, la prépondérance des deux premiers ordres ; c’est principalement à cette cause que la révolution doit son origine ; la cour ne pensait vraisemblablement alors, qu’à vaincre la résistance opiniatre de la noblesse et du clergé, en lui opposant le tiers, qu’il n’eut pas été difficile de gagner par des concéssions, contraires à l’intérèt des deux premiers ordres ..... Elle était loin de prévoir que le contre coup de la machine, qui ne devait qu’abaisser la noblesse, devait aussi opérer la ruine totalle.


La harangue insidieuse de l’archevêque de Toulouse, fut suivi d’une de Monsieur, comme président de la noblesse et de chacun des présidents des différents bureaux, et présidens des parlements et chambres des comptes, remplies de louanges, et de compliments au roy. Le lieutenant de police de Paris surtout, " assura sa majesté, qu’Henry quatre se serait modellé sur lui, si la bonne fortune des Français ne l’avait fait naître dans ce siecle pour completter leur bonheur. "

Ainsi se termina cette assemblée, qui comme on peut le voir, laissa le ministère un peu plus embarrassé qu’il n’était avant, puisqu’elle n’avait rien décidé absolument, sinon qu’il y avait un déficit énorme, ce qui était déja très connu ; elle ne fut pas même capable d’en constater la quotité, et declara n’avoir pas le pouvoir d’établir les impôts nécessaires pour y parer, sans donner aucun avis sur la forme dont cette operation devait se faire *.

Cependant malgré l’opposition que le roy rencontrait dans ses plans, sa bonne intention était connue et appréciée du public, on louait de toutes parts son bon coeur, sa bienveillance et même son courage à entreprendre des changemens aussi considérables, quoique un grand nombre les désaprouvassent ; dans différentes boutiques d’image on avait exposé à la vue du public, ce petit jeu de mots 12 et 4 font 16. Pour faire comprendre que Louis XVI possédait les bonnes qualitès de Louis XII, et de Henri IV.


Le public de Paris qui voyait fort bien leur inutilité et exprimait alors ses idées en chantant, répétait dans toutes les rues, sur le ton de je suis né natif de ferrare, le nom des différentes heures du jour, et après midi, disait allons diner mes amis, pour faire entendre que toute leur besogne, consistait à compter les heures, boire, manger et dormir.



L’établissement des assemblées provinciales était regardé de très bon oeil : les provinces qui jalousaient les pays d’états éspéraient bientôt pouvoir les rivaliser. On louait aussi beaucoup l’économie sévere du roy, qui lui fit renvoyer un grand nombre de gens de sa maison ; politique assez mal entendue, et qui a peutêtre même, été la cause de bien des maux, car les gens sur qui elles tombaient, et qui se trouvaient ainsi renvoyés après de longs services, sans dédommagement, ne trouvaient pas que ce fut grande consolation pour eux, de voir le public profiter de leur malheur ; ces réformes mêmes, tombèrent presque toutes, sur des emplois de peu de valeur, dont l’honneur était beaucoup plus regardé que la finance, par ceux qui les possédaient.

Le gouvernement se trouvant déçu dans l’éspérance de secours, qu’il éspérait recevoir de l’assemblée des notables, fut obligé d’avoir recours à la maniere usitée d’avoir de l’argent, c’est à dire de présenter à l’enregistrement du parlement de Paris, la création de l’impôt territorial et celui du timbre.

Le Parlement refusa l’enrégistrement de toutes nouvelles taxes, avant d’avoir un détail exact de l’état des finances, et de l’emploi des sommes qu’on devait lever ; il présenta à la couronne une remontrance pleine d’énergie et ecrite à la fois d’un style, ferme et réspéctueux, déclarant forméllement, que chargé par le souverain d’annoncer sa volonté au peuple, il n’était point chargé par le peuple de le représenter au point de consentir en son nom à la création d’impôts onéreux et perpétuels, que la nation seule assemblée en états généraux, avait ce pouvoir, invitant le roy à s’entourer de ses sujets fidelles, et l’engageant à annuller les differents édits qu’il venait de publier.

Quoique cette remontrance fut très sage, comme elle ne supléait point au besoin urgent du moment, le roy dans un lit de justice, fit enrégistrer les nouveaux édits devant lui. Le jour d’après, le parlement fit une protéstation solémnelle contre ce qui s’était fait la veille, et déclara, que toutes personnes prétendant mettre ces édits à éxécution seraient regardées comme traitres et condamnées aux galères : protéstation incroyable, et qui semble plutôt dicté par la colere, que par la sagesse, mais qui devint plus formidable par la sanction que les autres parlements y donnerent ; ils étaient bien loin de penser, qu’ils allumaient un feu, qui devait les consumer eux-mêmes.

La cour alors se vit réduite à en venir aux dernieres extrémités, et où à abandonner pour jamais, l’idée de lever des impôts, sans le consentement du parlement, quelques fussent les nécessités de l’état. Quelques jours après la protéstation du parlement, un officier aux gardes, fut chargé de porter à chacun des membres, une lettre de cachet qui leur enjoignait de se rendre sur le champ à troyes, où le parlement, était éxilé.

Quelque soit le motif qui ait engagé le parlement, à se refuser à l’enrégistrement que désirait la cour : que ce soit l’intérèt général du royaume, où comme on l’en a accusé par la suite avec tant de fureur, et j’ose même dire avec injustice, l’intérèt particulier de son corps dont les priviléges se trouvaient heurtés par le nouvel ordre des choses. Toujours est il certain, que la résistance fut tres populaire : chacun crut voir en lui le sauveur de la France, tous les cœurs le suivirent dans l’éxil où il fut envoyé, et l’on regarda ceux de ses membres, qui furent les objets marqués du ressentiment des ministres, comme des héros, martyrs de la juste cause qu’ils avaient entrepris de soutenir.

Quoique au moment de l’éxil du parlement, Paris fut consterné, cependant comme de tous les peuples de la terre, celui de cette ville, était peutêtre le moins sensible aux maux passés et le moins prévoyant des futurs, ce violent chagrin ne fut pas de longue durée : quand la rage se fut bien exhalée en malédiction et en juremens contre les ministres, qu’on les eut bien chansonnés, qu’on eut bien ris à leurs dépens, comme rien de pis n’arrivait, on commença à se rasseoir, et je crois en vérité que sans les parens, et les femmes des éxilés, on aurait bientôt oublié que le parlement était à Troyes.

Cependant il était infléxible et la persécution qu’il avait eprouvé, en lui découvrant pleinement, que la nation était de son coté, avait redoublé son courage. La cour voyant que l’autorité ne servait à rien, et dailleurs ayant eu le temps de s’appercevoir que le public était aigri et qu’une etincelle pourrait allumer un grand incendie, après l’avoir envoyé en éxil avec trop de légèrté, commit une plus grande faute encore, en le rappelant tout à coup, et en retirant les édits du timbre et de l’impôt territorial.

Le peuple qui dans ce moment, crut avec quelque apparence de raison, avoir fait plier la cour et les ministres sous sa loi, poussa son insolence et ses prétensions aux derniers éxçès, en quoi il ne fut malheureusement, que trop encouragé par le parlement, les propriétaires et généralement tous les ordres de l’état, qui dans ce moment faisaient cause commune avec lui, et se réjouissaient de l’éspéce de victoire, qu’ils venaient de remporter.

Il faut avoir été sur les lieux, où avoir vu par la suite quelques unes des orgies de la révolution, pour avoir une juste idée de la frénésie qui s’empara des têtes, lorsque le parlement, dans une longue file de plus de deux cents voitures, rentra dans la capitale, et comme en triomphe reprit possession du palais.

Ce fut à peuprès deux ans avant la révolution, à la fin de l’été de 1787, que Paris fut témoin pour la premiere fois, des scênes ridicules, extravagantes, qui depuis ont ensanglanté le thrône, renversé la monarchie, détruit toutes les propriétés, bannis ou massacrés la noblesse, le clergé, et ce même parlement qui était alors l’idole et l’objet favori de l’enthousiasme général ; elles n’ont pas laissé véstige de ces anciennes loix et établissemens qui (quoique abusifs peut-être) avaient établis et supportés avec splendeur la monarchie Française au milieu des nations de l’Europe, pendant près de quatorze siecles ! période peu commune d’éxistence dans l’histoire des peuples, mais qui par cette raison même, devait finir !

Ce sont aussi ces orgies d’un peuple ivre qui ont plongés l’Europe entiere dans les horreurs d’une guerre désastreuse, ont accumulées les massacres dans l’intérieur du royaume et malgré l’apparence brillante de ses succès, ont fait de toute une grande nation, un peuple de malheureux.

La populace ivre de joye, courut les rues en frénétique pendant plusieurs jours, et sous prétéxte d’éclairer la fête força plusieurs boutiques d’épiciers et s’empara des flambeaux et de toute éspéce de matiere inflammable, puis continua de courir à la lueur des torches.

Un parti prit dans sa tête, d’arrêter les passans devant la stature d’Henry quatre, de les forcer à boire à sa santé puis à donner quelque argent pour la continuation de la fête : aurait on jamais du penser que trois ou quatre ans après, les mêmes gens, devaient faire un canon de cette statue, d’un roy si justement chéri.

Ceux qui refusaient de se soumettre à ces idées bizarres étaient insultés, traités avec le dernier mépris et même je me rappelle avoir oui dire, que différentes personnes furent arrachées de leur voiture et forcées par le peuple, à se mettre à genoux devant la statue et à prononcer à haute voix une réparation d’honneur et un panégyrique, qu’un deux leur dictait.

Un Anglais ayant ainsi été obligé, de sortir de sa voiture et de faire sa révérence au cheval de bronze, gagna l’amitié du peuple, en disant après que la cérémonie fut finie ; " Si jamais vous venez à Londres, je vous attends à la statue d’Elisabeth. " Il fut beaucoup applaudi, et la populace le reconduisit à sa voiture en poussant des cris tumultueux.

Au milieu de ces scenes de folie, le feu prit par malice où accident, dans différents endroits ; quelques personnes périrent à la suite des pèrsécutions que le peuple leur avait fait éprouver.

Les gens aisés et le parlement lui même, commencèrent à être effrayés : il fit afficher différentes publications, dans les quelles il éxhortait le peuple à se tenir tranquille et enfin la police à la grande satisfaction des honêtes gens, prit des mesures efficaces pour le faire rentrer dans l’ordre.

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