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Les Chansons des trains et des gares/L’âme des chefs de gare

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Édition de la Revue blanche (p. 7-8).


L’ÂME DES CHEFS DE GARE


Les chefs de gare ont cette âme sceptique et narquoise

Des gens qui en ont bien vu d’autres :
Nous pouvons la trouver mauvoise,
Nous irriter, leur chercher noise,

Ils ont tellement conscience que ce n’est pas leur faute !…


En souriant, ils écoutent, et même inscrivent,
Pour être transmises par la voie administrative,
Les réclamations les plus vives
Des personnes rancunières et agressives, —
Mais naïves :


Car le départ d’un train qui siffle
A la brutalité des chiffres,
Et malgré le retard prouvé de notre montre,
Il n’y a pas à aller contre.

D’ailleurs une politesse élégante
Couvre leur discrète ironie ;
Les chefs de gare ne se recrutent et ne fréquentent
Que dans la bonne compagnie.

Il ne faut donc pas les confondre
Avec d’analogues messieurs,
Que, comme eux,
Porteurs de casquette, on rencontre
Sifflant le soir
Sur un trottoir.

Car, à vrai dire, s’il n’est point rare
Que ceux-là aussi hantent la proximité des gares,
En revanche,
— À plus de ponts,
Mais sans galons, —

Leur casquette, pas plus que leur âme, n’est blanche :


Blanches sont la casquette et l’âme des chefs de gare.