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Les Chansons des trains et des gares/La protestation des pendules

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Édition de la Revue blanche (p. 34-36).


LA PROTESTATION DES PENDULES


Nous aurons une petite
Villa ornée de clématites
Et de glycines, —
Et, tout le jour, nous entendrons,
Par delà les grands massifs de rhododendrons,
Où sont des boules,
Nous entendrons les trains qui roulent, —
Car la ligne sera voisine.

Joie d’aller voir passer les trains,
— Peut-être y aura-t-il quelqu’un
De connaissance ? —

C’est un grand avantage, cette proximité
Des gares, pour les propriétés
De plaisance…

Quelle exquise distraction,
Pour but de promenade avoir la station,
Où l’on entretient de cordiales relations
Avec les hommes d’équipe ;
À leur fillette des bonbons,
Un peu de tabac pour leur pipe ;

On leur donne en causant de façon familière,
Quelque aperçu sur le service des chemins de fer
Aux Etats-Unis :
— Ah ! disent-ils, ces messieurs de Paris
Sont vraiment savants et pas fiers ! —

Puis nous disposerons des sous
Des gros sous sur les rails, devant que le train passe,
Afin que la locomotive, sous
Ses roues pesantes les écrase :
(Sera-ce
Pile, sera-ce face ?)


En villégiature, c’est
Ainsi qu’on ne s’ennuie jamais.

Mais les Pendules, dans la villa, ont protesté
Pour leurs fatigues inutiles ;
Car nous avons, tout cet été,
Nous avons affecté de ne plus consulter
Leurs aiguilles.

— Il doit être, disions-nous près
De neuf heures : voici l’express.
Quelle heure est-il ? Onze heures dix,
J’entends le train de marchandises.
— À table ! car, ou je m’abuse,
Il est midi, c’est l’omnibus. —

Et les Pendules, abreuvées de dédains,
Lasses de marquer l’heure en vain,
Et les Pendules, indignées,
Ont dit : — Faites donc mettre un train
Sur vos cheminées !…
Car cette comédie nous fatigue à la fin.
Puisque de notre office il ne vous est besoin,
Nous retournons à Berlin ! —