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Les Chouans : Épisodes des guerres de l’Ouest dans les Côtes-du-Nord/1

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PRÉFACE


Les faits qui sont l’objet de ce travail ont été déjà cités ou racontés par divers écrivains, entre autres, MM. Habasque, Notions Historiques sur les Côtes-du-Nord ; Théodore Muret, Histoire des Guerres de l’Ouest ; Levot, Biographie des Contemporains ; J. de Geslin de Bourgogne, Études sur la Révolution en Bretagne, etc. ; mais aucun de ces auteurs n’a constaté la connexion qui existe entre eux et contribue à en donner le caractère vrai, permettant d’apprécier exactement les mœurs du temps et les personnages y ayant joué un rôle.

Sans sortir du cadre restreint dans lequel j’ai dû me renfermer, j’ai cherché à dégager la vérité, que, pendant vingt et quelques années, les actes officiels sont parvenus à étouffer.

En effet, après les spoliations générales, la guerre civile et les massacres de milliers de Français, au nom de la liberté, de l’égalité, de la fraternité, il était essentiel, pour les coupables, devenus maîtres absolus de la société, d’effacer, autant que possible, les traces de leurs crimes. Aussi, tant que durèrent la Révolution et le premier Empire, qui en était l’émanation, il fut soigneusement interdit aux écrivains de faire connaître la vérité, et surtout aux victimes d’élever la voix pour se plaindre et défendre leur honneur odieusement outragé. On ne guillotinait plus ; mais on essayait de justifier, crime non moins ignoble, les plus abominables forfaits.

Tout en portant un jugement sévère sur ces infâmes machinations, qui, malgré tous les efforts, n’ont pu et ne pourront jamais échapper à l’équité de l’histoire, j’ai toujours eu l’intention, et je crois y avoir réussi, de ne me livrer à aucune récrimination.

Mais s’il est juste, s’il est raisonnable d’être modéré, il ne faut pas non plus être faible : ce serait de la lâcheté. J’ai donc essayé, en regrettant mon insuffisance, de réparer l’injustice commise à l’égard des hommes héroïques qui, aux dépens de positions sociales importantes, de leur fortune et de leur vie, ont eu le trop rare courage de défendre tous les principes sociaux et nationaux contre une nouvelle irruption de Vandales.

Ces hommes, par leur abnégation, leur intrépidité, leur intelligence, méritent d’être placés à côté des héros de la glorieuse Vendée, sans avoir eu comme eux l’avantage de trouver un historien à la hauteur de leurs grands sacrifices.

Enfin, après avoir rendu aux chefs de la Chouannerie la justice qui leur est due, je n’ai pas voulu non plus, sous prétexte de parenté, laisser dans l’oubli les courageuses femmes qui, pendant huit ans, les ont si énergiquement secondés : elles sont dignes d’être présentées et de servir d’exemple à ces autres vaillantes femmes chrétiennes sous la protection desquelles je mets ces pages, et qui,[sic] en ces derniers temps, ont repoussé si courageusement les premiers actes de la nouvelle Terreur.


G. de K.