Les Chroniques de Sire Jean Froissart/Extrait de la préface de la première édition

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EXTRAIT
DE
LA PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION.



C’est en m’occupant à rassembler les matériaux d’une histoire littéraire de Portugal, que je conçus la première idée de publier une édition nouvelle de nos anciens chroniqueurs, et de Froissait en particulier. Étonné du talent réel déployé par les archivistes historiographes portugais dès la fin du quatorzième siècle et dans le commencement du quinzième, charmé de la franchise naïve de leur narration, de la dignité simple de leur style, de cet enthousiasme chevaleresque qui donne la vie à leurs modestes compositions, de cet amour ardent de la patrie qui peut seul constituer l’individualité d’une nation, et de cette bonne foi ingénue avec laquelle, sous les yeux du souverain qui les a choisis, ils tracent souvent les limites de ses droits d’habitude et font ressortir l’inviolabilité des libertés bourgeoises, je me demandais ce qu’à la même époque nous avions à comparer en France au vénérable Fernam Lopes, au créateur de l’histoire en Portugal. Froissart ne m’était alors connu que de réputation. La difficulté de manier les volumineux in-folio sous lesquels on nous l’avait toujours présenté jusqu’ici faisait de sa lecture une sorte d’étude ; et le La Fontaine des historiens, l’écrivain le mieux fait pour vivre dans notre familiarité, pour être le compagnon de tous nos instans, à tous les âges de notre vie, le conteur naïf des faits d’amour et de chevalerie du siècle le plus poétique de notre histoire, a été relégué dans les poudreuses bibliothèques, apprécié seulement de quelques amis patiens du vrai beau. J’étais alors en Angleterre. En vain je cherchai à me procurer un exemplaire de l’original français. Je fus forcé d’avoir recours à la traduction estimable mais décolorée qu’en a donnée Johnes, la traduction ancienne de Bourchier lord Berners, faite par l’ordre d’Henri VIII, étant devenue d’une rareté excessive.

Quelque pâle que soit la traduction de Johnes, elle peut cependant suffire pour faire pressentir ce que doit être le brillant coloris de l’original. À mon retour en France mon premier soin fut de me procurer un Froissart français, et je n’eus pas peu de peine à y parvenir, les exemplaires de cette chronique, imprimée toujours in-folio, étant aussi d’une assez grande rareté. La lecture de la chronique française répondit pleinement à mon attente. Les récits de l’historien français sont sans doute moins animés du saint amour de la patrie que ceux de l’historien portugais Lopes, mais la position des deux pays et des deux hommes était aussi bien différente. Élevé dans l’état ecclésiastique et attaché au service d’un de ces grands vassaux qui se disputaient les lambeaux de l’autorité souveraine, comment Froissart aurait-il pu se former une idée bien juste de ce mot séduisant de patrie ? Mais dans toutes les autres qualités qui constituent le grand historien, Froissart peut sans partialité être cité à côté de Fernam Lopes, qui est venu après lui, et de J. Villani qui ne l’a précédé que de quelques années. Moins philosophe que ce dernier, et moins habitué à porter dans ses ouvrages cette connaissance profonde du cœur humain et des principes du gouvernement qui caractérise les anciens historiens italiens, il est aussi poète que l’historien portugais, et il offre à chaque page le reflet le plus vif des mœurs de son siècle.

Séduit davantage tous les jours par l’entraînement de son style, je ne pus résister à la tentation de faire partager aux autres le plaisir que j’éprouvais moi-même. Je commençai donc des études sérieuses sur le texte. Je lus tout ce qui avait été écrit à ce sujet. Je consultai les manuscrits de Londres et de Paris. L’article ingénieux de M. de Barante dans la Biographie universelle m’apprit qu’il existait un magnifique manuscrit de cette chronique à Breslau en Silésie, et que d’un autre côté M. Dacier avait fait avant la révolution d’assez grands travaux sur Froissart, et qu’il avait même commencé l’impression de l’édition qu’il se proposait d’en donner lorsque la révolution était venue l’interrompre. Je profitai alors d’un voyage que je fis en Allemagne pour m’informer des autres manuscrits qui pouvaient y exister. La comparaison que je fis des imprimés avec les manuscrits me montrait chaque jour davantage la difficulté de mon entreprise, et je résolus de m’adresser à M. Dacier pour savoir positivement où il en était de son travail avant d’y avoir renoncé, et tirer parti de ses lumières pour l’édition que j’étais bien décidé à donner au public.

Je me serais évité bien des fatigues si je me fusse adressé plus tôt à l’excellent M. Dacier. Je trouvai près de lui tous les renseignemens possibles sur mon historien favori. Tout me fut expliqué avec justesse et précision ; et j’appris non-seulement où il me fallait chercher mes matériaux, mais aussi où il était inutile de m’adresser. Ainsi tomba le prestige attaché aux deux plus beaux manuscrits de Froissait existans, celui de Breslau et celui de la Bibliothèque du Roi à Paris, tant vanté par Montfaucon. M. Dacier, qui les connaissait parfaitement tous les deux, ne les trouvait remarquables que par leur belle conservation, la richesse des ornemens et l’élégance de l’écriture. Quant à la correction et à l’exactitude du texte il les trouvait fort inférieurs à plusieurs autres manuscrits moins célèbres.

Une fois en possession de ces premières données, je devins plus exigeant. M. Dacier paraissait décidé à ne point mettre son travail au jour. Si l’important résultat de ses premières recherches lui faisait attacher quelque prix à son édition, les recherches assez nombreuses qui lui restaient à faire effrayaient son grand âge. Il redoutait ce nouvel embarras de la publication de plusieurs volumes in-folio ; car c’est sous ce format consacré qu’il avait commencé son édition. Il sentait que le gouvernement seul pouvait le mettre en état de terminer une semblable entreprise et il craignait de demander une faveur qu’il ne craignait pas moins d’obtenir. Mes sollicitations le décidèrent à s’en reposer sur l’activité de ma jeunesse d’un ouvrage aussi immense. Je connais l’époque où nous vivons et le besoin impatient de l’âge actuel de connaissances positives et sérieuses ; et j’avais la conviction parfaite que, pour l’exécution d’une entreprise aussi nationale que celle que j’avais en vue, je n’avais nullement besoin de la protection spéciale du gouvernement, protection qu’on paie d’ailleurs souvent trop cher.

M. Dacier voulut bien enfin m’autoriser à faire usage de ses nombreuses et savantes recherches. J’en donnerai dans cette préface un résumé exact afin que le public sache ce qu’il lui doit, et afin aussi qu’on ne lui attribue pas les erreurs que j’aurais pu commettre moi-même dans les recherches qu’il m’a fallu faire pour compléter celles du respectable académicien.

Lorsque M. Dacier entreprit son Froissart, voici quelles étaient les éditions que nous en avions en France.

1re Édition. — Caractères gothiques, imprimée à Paris, sans date, chez Antoine Verard, trois volumes in-folio.

2e Édition. — Caractères gothiques, imprimée à Paris le 15 juillet 1505, chez Michel Le Noir, en deux volumes in-folio.

3e Édition. — Caractères gothiques, imprimée à Paris en 1530, chez Gaillot-Dupré, en trois volumes in-folio.

4e Édition. — Caractères romains, imprimée à Lyon en 1559, 1560, 1561, chez Jean de Tournes, en trois volumes in-folio. Cette édition a été revue et corrigée, c’est-à-dire tronquée, par Denys Sauvage.

5e Édition. — Caractères romains, imprimée à Paris en 1573, chez Michel Sonnius, en quatre volumes in-folio. Cette édition est une copie exacte de la quatrième.

6e Édition. — Caractères romains, imprimée à Paris en 1574, chez Gervais Maillot, en trois volumes in-folio. Cette édition est également une réimpression de la quatrième.

Le P. Le Long (Bibliothèque historique de France) mentionne de plus une édition de 1518, faite à Paris chez Verard et une autre faite aussi à Paris quelques années plus tôt, en 1513, avec une continuation jusqu’à cette même année.

On connaît en outre deux traductions anglaises de Froissart, l’une de Bourchier lord Berners, entreprise, comme je l’ai déjà dit dans cette préface, par l’ordre d’Henri VIII, imprimée en caractères gothiques à Londres par Richard Pinson, en 1525, format in-folio, réimprimée plus tard par W. Middleton et enfin republiée en 1812 sous les formats in-4o et in-8o ; l’autre de Johnes, imprimée dans son château d’Hafod, formats in-4o et in-8o, en 1803, ornée de plusieurs gravures d’après les dessins du manuscrit de la Bibliothèque du Roi de France, décrit par Montfaucon, avec un supplément publié en 1810.

Il y en a aussi une traduction en langue flamande de Guerrit Potters van der Loo, mais qui ne paraît pas avoir jamais été imprimée.

Sleidan et Belleforêt en ont fait un abrégé, l’un en latin publié plusieurs fois et traduit même en anglais par P. Golding, Londres 1608 ; l’autre en français, format in-16, imprimé à Paris en 1572 chez Hulpeau, sous le titre de Recueil diligent et profitable, auquel sont contenues les choses plus notables à remarquer dans toute l’histoire de Jean Froissart, mis en un abrégé et illustré de plusieurs annotations par Frédéric de Belleforêt.

On trouve également quelques chapitres extraits de Froissart dans un ouvrage in-folio intitulé La mer des histoires. Les historiens ne se faisaient alors aucun scrupule de se copier réciproquement et sans aucun changement. On eût dit que dès qu’un fait était sorti de la tradition orale pour recevoir une forme écrite, il devenait du domaine commun et appartenait à qui voulait s’en emparer.

M. Dacier n’eut pas plus tôt comparé les diverses éditions françaises aux manuscrits qui étaient sous sa main, qu’il comprit la nécessité d’abandonner tout-à-fait les imprimés et de collationner les manuscrits entre eux afin d’obtenir un texte plus pur et plus complet. Là une nouvelle difficulté se présentait. Presque tous ces manuscrits différaient entre eux, non seulement dans la construction d’un grand nombre de phrases, mais aussi par le nombre des chapitres. Ici les affaires de Bretagne, par exemple, étaient racontées avec d’assez grands développemens, tandis que les affaires de Flandre et de Guyenne étaient réduites à un abrégé tout-à-fait sec et succinct. Là au contraire les affaires de Guyenne et de Flandre se présentaient avec leurs développemens naturels, tandis que les affaires de Bretagne étaient abrégées à leur tour. Un grand nombre de manuscrits offraient successivement ces variations extraordinaires. Pour expliquer ce fait, il faut se rappeler qu’avant l’invention de l’imprimerie, et long-temps même après cette époque, la possession d’un manuscrit était une chose fort dispendieuse. Comme les citoyens en France ne s’imaginaient pas qu’ils fussent pour quelque chose dans l’histoire de leur pays, ils ne songeaient pas à se procurer les ouvrages dans lesquels il était question de ce qu’on avait fait par eux ou contre eux. Les chroniques n’étaient regardées en quelque sorte que comme des registres nobiliaires et des archives de la couronne, et les grands seigneurs seuls songeaient à en conserver une copie. C’était ordinairement aux couvens, dans la bibliothèque desquels étaient déposées ces chroniques, qu’on s’adressait pour en obtenir des copies. Quelques-unes furent faites avec bonne foi et scrupule ; dans d’autres au contraire on remarque avec étonnement que, pour avoir plus tôt fait, le copiste a tronqué la narration d’une expédition entière, tandis qu’il a laissé à d’autres faits leurs dimensions naturelles. Quelquefois même on est allé plus loin, et un fait a été accommodé à des passions particulières, un récit augmenté ou défiguré. Tel est, par exemple, l’histoire de la tentative du prévôt des marchands Marcel pour livrer Paris au roi de Navarre pendant la captivité du roi Jean. Les éditions imprimées, qui sont faites d’après les manuscrits les plus incomplets et les plus inexacts, avaient représenté Jean Maillart comme un ennemi du roi de Navarre et comme le libérateur de Paris, tandis qu’il est constant par des pièces du Trésor des Chartes qu’il était si prononcé dans le parti de Marcel que le régent avait confisqué une partie de ses biens, en faveur d’un comte Portien. Mais si les imprimés et quelques manuscrits inexacts ont faussé ce récit, soit par négligence, soit par corruption peut-être, la famille Maillart possédant des biens fort étendus à Paris, d’autres manuscrits viennent redresser les faits et rendre à chacun ce qui lui est dû. Un manuscrit que l’on croit de la fin du quatorzième siècle, et qui a appartenu à Guillaume Boisratier, fils d’un bourgeois de Bourges et devenu depuis archevêque de Bourges en 1410, rapporte les événemens de cette nuit d’une manière toute différente des imprimés et offre une nouvelle preuve de l’exactitude de Froissart. D’autres manuscrits fortifient ce témoignage, et ajoutent à l’autorité des chroniques et à la confiance que l’on peut avoir en elles. Le seul embarras est de distinguer entre les copies celles en assez grand nombre qu’on peut suivre, et le petit nombre de celles qui n’ont pas été faites avec la même bonne foi.

Afin de choisir avec critique dans ces textes si divers, M. Dacier examina d’abord les divers manuscrits des bibliothèques publiques et particulières de Paris. Lié avec tous les érudits de l’époque, il écrivit ou fit écrire par les autorités compétentes à toutes les bibliothèques de France pour avoir communication des manuscrits de Froissart qui pouvaient y être déposés. Ses recherches s’étendirent plus loin. Il s’adressa aux ministres pour obtenir d’eux que nos envoyés dans les différentes cours lui envoyassent les originaux ou les copies exactes des autres manuscrits connus en Europe, et ce ne fut que quand il eut entre les mains tous ces précieux matériaux qu’il commença à rédiger un texte plus complet et plus épuré que tous ceux qu’on avait pu obtenir jusqu’à ce moment et qu’il sera même jamais possible de se le procurer ; car un des meilleurs et des plus complets de tous les manuscrits européens, celui de Saint-Vincent de Besançon, a disparu au milieu des orages de notre révolution, pour être peut-être transporté avec d’autres en Russie, sans que toutes les investigations faites par ordre du gouvernement impérial aient pu le faire retrouver.

Le travail de M. Dacier se divisait en deux parties distinctes, le texte d’abord, et les notes sur ce texte.

À l’époque où il commença l’impression du premier livre, dont une partie seulement fut imprimée sans qu’elle ait cependant jamais vu le jour, la révision du texte était entièrement terminée. Des quatre livres de Froissart le premier avait été copié sur le manuscrit du roi no 8318 ; le second livre sur le manuscrit no 8343 ; le troisième livre sur le manuscrit de la bibliothèque de Saint-Vincent de Besançon perdu aujourd’hui ; le quatrième livre sur le manuscrit du roi No 8329 : c’étaient là les manuscrits que M. Dacier avait trouvés les meilleurs. Il avait d’ailleurs constamment collationné ces copies avec tous les autres manuscrits, et il avait ajouté, soit dans le texte, soit en note, les leçons qui lui avaient semblé mériter la préférence sur celles de sa première copie. Par-là le nouveau texte de Froissart est d’un quart au moins plus étendu que tous ceux que l’on connaissait. Les changemens les plus heureux pour la certitude des faits historiques ont aussi été opérés dans ce qui était déjà connu, et cela, non pas sur l’autorité d’un seul manuscrit, mais sur celle de tous les bons manuscrits, qui offrent extrêmement peu de différence entre eux. La notice détaillée que j’en donnerai fera mieux apprécier chacun d’eux.

Ce texte ainsi revu est aujourd’hui entre mes mains, et c’est celui que je donne au public dans cette édition.

Les notes et éclaircissemens formaient la seconde partie du travail de M. Dacier. Ses notes en assez grand nombre avaient pour but de rectifier la chronologie de Froissart, de rétablir l’orthographe des noms propres de lieux et d’individus, soit à l’aide de la géographie, soit par le secours des généalogies, et d’expliquer enfin certains événemens mal présentés ou omis par Froissart. Ces notes placées au bas de chaque page devaient être précédées d’une préface dans laquelle l’éditeur rendait compte de tout ce qu’il avait fait. La préface est entièrement perdue : il m’a été absolument impossible d’en retrouver aucune trace. Les notes du premier livre et quelques unes du second, ont presque toutes été sauvées. Quant aux deux derniers livres, M. Dacier n’avait encore rédigé aucune note : il se proposait de le faire à mesure qu’il avancerait dans son travail.

J’ai conservé, pour le premier livre, celles des notes de M. Dacier qui m’ont paru nécessaires dans l’état présent de la science. Il a bien voulu m’autoriser à retrancher les autres. Toutes les notes que ce savant respectable a rédigées sur les affaires de France qu’il connaît si bien sont de la plus parfaite exactitude. Je les ai données presque toutes sans avoir rien eu à y changer. Quant aux éclaircissemens sur les affaires étrangères à la France, il était impossible alors de procéder autrement que par des tâtonnemens, attendu le petit nombre des documens qu’on possédait. Quelques voyages dans diverses parties de l’Europe, un peu de familiarité avec quelques-uns des idiomes européens, m’ont mis en état de présenter ces éclaircissemens d’une manière plus rigoureuse qu’il n’était possible à un homme beaucoup plus éclairé que moi de le faire.

Les manuscrits de Froissart peuvent être divisés en trois classes : 1o Manuscrits étrangers ; 2o manuscrits des provinces françaises ; 3o manuscrits de Paris. Je ne parlerai que des plus curieux. Ceux qui voudront connaître la liste de tous les manuscrits connus peuvent consulter Montfaucon, Bibliotheca bibliothecarum manuscriptorum, et l’Appendice ajouté par Johnes à sa traduction anglaise des mémoires de M. de Sainte-Palaye sur Froissart.


MANUSCRITS ÉTRANGERS.

ALLEMAGNE.

Breslau en Silésie. — Le plus célèbre des manuscrits de Froissart se trouve à Breslau. Semblable à beaucoup d’autres choses célèbres, il n’a dû sa réputation qu’à un défaut d’examen attentif. On l’a vu élégamment copié, richement relié, orné de brillantes vignettes ; il avait appartenu à un haut personnage ; on l’a cru excellent. Il faut souvent moins de titres pour acquérir un nom. Les habitans de Breslau attachaient tant de prix à cette possession que lorsque Breslau se rendit aux Français en 1806, les Prussiens craignant qu’on ne le leur enlevât, insérèrent dans leur capitulation un article exprès à son intention, portant que la bibliothèque publique serait respectée. Si l’édition du Froissart de M. Dacier eût été publiée alors, les Prussiens eussent moins redouté la violation de leur bibliothèque. Nous avons à la bibliothèque de Paris parmi une trentaine de copies de Froissart au moins cinq ou six manuscrits qui sont de beaucoup préférables, surtout celui de Boisratier de Bourges.

Le manuscrit de Breslau est de la fin du quinzième siècle, et postérieur par conséquent de quelques années à l’invention de l’imprimerie. Les peintures qui l’ornent représentent également les habillemens et les armes du quinzième siècle et non pas du quatorzième pendant lequel écrivait Froissart. Cette copie fut faite par l’ordre d’Antoine-le-Long, né en 1421 et mort en 1504, bâtard de Bourgogne et fils naturel de Philippe-le-Bon, duc de Bourgogne, pour la belle bibliothèque de la Roche, dans les Ardennes, dont Antoine était le fondateur. De la bibliothèque de la Roche, ce manuscrit passa avec plusieurs autres dans la bibliothèque particulière de Thomas Rehdiger, qui dota de cet héritage littéraire la ville de Breslau où il avait étudié. Il est en quatre volumes sur vélin, in-folio à deux colonnes. À la fin du premier volume, Antoine de Bourgogne a écrit de sa propre main sa devise, nul ne s’y frotte. Dans le second volume sept feuilles ont été enlevées par quelqu’un qui l’a eu entre les mains. Le troisième volume a aussi perdu huit feuillets. Le quatrième volume est complet ; il se termine comme tous les autres par la devise d’Antoine de Bourgogne et on lit à la dernière page : Grossé par David Aubert l’an de grâce N.-Seigneur mil cccclxviii ; ce qui démontre que ce manuscrit est fort moderne, Guttemberg et Fust, deux des inventeurs de l’imprimerie, étant déjà morts depuis quelques années, lorsque cette copie fut faite.

John Ephraïm Scheibel, inspecteur de la bibliothèque de Breslau, a donné un compte fort détaillé de ce manuscrit dans sa notice des objets les plus remarquables de cette bibliothèque, adressée au roi Frédéric Guillaume en 1794. Mais M. Dacier a eu le manuscrit même entre les mains. D’Alembert ayant prié le roi de Prusse de rendre ce service à M. Dacier, Frédéric fit envoyer, en décembre 1777, ce manuscrit à d’Alembert pour que M. Dacier en fît l’usage qu’il jugerait convenable d’en faire. Après l’avoir conservé plusieurs mois entre ses mains, et collationné soigneusement avec quelques autres manuscrits, M. Dacier s’assura bientôt que le nombre et le coloris brillant des desseins et la beauté du vélin avaient fait toute sa réputation, et il le renvoya à Breslau après avoir fait faire une copie figurée de quelques lignes du commencement et de la fin de chacun des volumes. J’ai ce fac simile en ma possession[1].

ANGLETERRE.

Il existe un très grand nombre de manuscrits de Froissart. On trouve dans les catalogues des manuscrits des bibliothèques d’Angleterre (Oxon. 1697, in-folio) parmi ceux de Bodlei, no 1503, une chronique de Froissart en français, manuscrite, et no 7361, Notes out of Froissart, Pancirolus… collected by M. Ashmole. Parmi ceux d’Isaac Vossius, no 2669, une histoire de Froissart plus ample et plus correcte que les imprimés, deux volumes, et parmi ceux de Norfolk, no 2965, Jean Froissart, chronique d’Angleterre, Gallice, deux volumes.

Je trouve dans les papiers de M. Dacier plusieurs lettres de M. Dutens, historiographe du roi d’Angleterre, datées de Londres, des années 1784, 1786, 1787 et 1802, relatives presque toutes au manuscrit de Froissart du musée britannique. M. Dutens lui écrit à la date du 3 septembre 1781 : « Voici, monsieur et cher confrère, ce que vous désirez avoir d’informations au sujet du manuscrit de Froissart du musée britannique. J’ai calqué du mieux que j’ai pu l’échantillon que je vous envoie[2], mais ce qui doit vous éclairer encore mieux, c’est que les connaisseurs en ce genre m’ont assuré que ce manuscrit ne pouvait pas être plus ancien que le quinzième siècle, et, autant qu’on en peut juger vers le milieu. »

M. Dutens ayant écrit à M. Dacier que l’acte du parlement qui règle les constitutions du musée britannique ne permettait pas qu’on lui envoyât le manuscrit en question, celui-ci le pria de répondre du moins à plusieurs questions qui pouvaient l’aider à se former une idée nette du mérite de ce manuscrit. Il résulte des réponses de M. Dutens : que ce manuscrit est en deux volumes in-folio ; que le milieu de l’ouvrage seulement s’y trouve, et qu’il n’y a ni le commencement ni la fin ; qu’il est sur vélin à deux colonnes, tout entier de la même main ; qu’il y a beaucoup de miniatures et de vignettes proportionnées au format et très bien conservées, et que c’est même ce qui a fait la réputation du manuscrit ; que les lettres initiales des chapitres sont très bien peintes et ornées ; qu’on trouve de temps en temps en marge des armoiries qu’on croit appartenir à l’ancienne maison de Say ; que les titres des chapitres sont en lettres rouges ; que la table des chapitres manque ; qu’il y a environ deux cents feuillets par volume ; et qu’enfin l’écriture indique que c’est un manuscrit de la fin du quinzième siècle.

ITALIE.

Voici un extrait de la lettre écrite par M. Du Theil à M. Dacier, en 1777.

« Je vous envoie la première et la dernière feuille du manuscrit de Froissart qui se trouve dans la bibliothèque de la reine Christine, au no 869. Elles sont exactement calquées sur du papier huilé dans la forme du manuscrit même[3]. Il n’y a aucun autre titre ni aucune épigraphe à la fin du volume. Il ne contient rien autre chose, nul avertissement, nulle note sur aucune marge. En un mot il commence, continue et finit aussi crûment que les deux feuilles huilées vous le représenteront. Si d’après cela vous me prescrivez d’en faire la confrontation avec les imprimés, soit en partie, soit même en total, je suis homme à le faire exactement, pourvu toutefois qu’il existe un seul exemplaire imprimé de Froissart dans la capitale du monde.

« Il y a encore dans la même bibliothèque de la reine Christine au no 726 quelques extraits de Froissart. Je vous en rendrai compte un de ces jours. »

Je trouve ce compte rendu dans une autre lettre :

« Le volume no 726 de la bibliothèque de la reine de Suède, dit M. Du Theil, est un in-folio composé de 302 feuilles, partie en vélin, partie en papier. Les feuilles sont réglées. Au folio 1er commence, sans titre ni explication, une chronique des ducs de Normandie, dont voici le début. « Combien que les vrayes chroniques racontent que Raul fut le premier duc de Normandie, aucunes autres nous racontent que au temps du bon roi Pepin, le père de Charlemagne, il eut en Neustrie, qui à présent est appelée Normandie, ung duc qui avoit nom Ansbert. Cestui Ansbert avoit ung chastel près ou de côté Rouen que on appeloit Turinde ; et avoit le gouvernement de toute Neustrie soubs le roi Pepin, et avoit le tiers des revenues, et par le comte Robert le Diable fu engendré. »

« Les trois premières feuilles, continue M. Du Theil, ont été fort endommagées. Le caractère, qui dans le commencement est semblable à la page calquée de l’extrait de Froissart que je vous envoie, change, au folio 2, de grosseur, mais non de forme.

« Cette Chronique de Normandie occupe dans ce volume jusqu’au folio 95, recto, où elle finit par ces mots : « Et lors leur pardonna le roy Henry leur maltalent et receut d’eulx les hommages. Cet an ensuivant les Chrétiens par toute terre de chrétienté s’esmeurent à eulx croisier pour aller en Jérusalem conquérir la sainte terre. Explicit. »

« Au folio 96 commence l’extrait des Chroniques de Froissart dont je vous envoie le premier chapitre tout entier calqué en papier huilé sur le manuscrit même[4]. »

PAYS-BAS.

M. Godefroy, garde des Archives de la Chambre des comptes de Lille, rendit compte, ainsi qu’il suit, en 1781, à M. Dacier d’un manuscrit curieux de Froissart de la bibliothèque de Bruxelles :

« Feu mon père ayant été envoyé par le roi à Bruxelles, quand il en fit la conquête en 1746, pour examiner les titres et papiers qui s’y trouvaient, concernant la partie des Pays-Bas qui était sous sa domination, il y examina en même temps avec beaucoup de soin tous les manuscrits de la fameuse bibliothèque des ducs de Bourgogne ; et il en prit des notices détaillées et exactes. Une chronique de Froissart attira surtout son attention. Voici le détail qu’il en fait :

« Cette chronique est en quatre volumes in-folio reliés en ancienne basane blanche.

« Le premier volume du manuscrit contient 362 feuillets et 368 chapitres. Il n’y en a que 330 dans l’édition imprimée.

« Il y a plusieurs vignettes fort belles dans ces quatre volumes.

« Le second volume du manuscrit contient 336 feuillets et 226 chapitres. À la fin de la table de ce volume manuscrit est une vignette qui représente l’exécution faite à Bordeaux de Guillaume Ier de Pommier, et de Jean Coulon, conseiller et secrétaire de la nation de Bordeaux, pour crime de trahison. Quelques chapitres sont précédés de vignettes coloriées.

« Le troisième volume manuscrit contient 330 feuillets et 115 chapitres. Ce volume est relié en veau jaune. Il finit à 1389 par le récit des préparatifs d’une fête que le roi Charles VI voulait donner à la bienvenue d’Isabelle, reine de France. Le dernier chapitre ou chapitre 115 de ce volume est le même que le 142 de l’imprimé.

« Le quatrième volume de ces chroniques manuscrites contient 82 chapitres et 237 feuillets. À la tête de ce volume est une vignette au bas de laquelle est placé une espèce de préambule adressé à Guy de Chatillon, comte de Blois[5].

« En dedans de la couverture du volume sont plusieurs signatures de l’empereur Charles-Quint et de quelques autres nobles de la cour, qui y ont mis leur nom sous leurs devises, en cette forme : Plus outre, CHARLES. — Ainsi sera, LUXEMBOURG. — Souvienne tu, BOUTON. — Plus ne suis, FRERIN, etc.

« On ne peut douter que ce ne soit là un des manuscrits les plus curieux des Chroniques de Froissart, puisqu’il a été présenté par Froissart lui-même à Guy de Chatillon, dont il était chapelain. Ce Guy de Chatillon est Guy II du nom, mort en 1397, dont il est fait mention dans le sixième volume des Grands Officiers de la Couronne, page 97. »

SUISSE.

M. J.-B. Sinner, dans son catalogue des manuscrits de la bibliothèque de Berne, a rendu compte d’un manuscrit de Froissart, qui me paraît être un des plus complets. Les variantes que rapporte Sinner sont tout-à-fait conformes aux leçons que M. Dacier a tirées des manuscrits desquels a été tiré le texte de notre édition. Ce manuscrit est un don fait en 1697 à la bibliothèque de Berne par le comte Alexandre à Dohna, dont le père Frédéric acheta vers 1657 les baronies de Copet et de Prengin, dans le canton de Vaud. La première feuille qui contenait une vignette a été déchirée.

La même bibliothèque de Berne possède un Froissart imprimé de l’édition de Lyon 1559, qui a appartenu au célèbre Jacques Bongars, et qui contient en marge différentes leçons tout-à-fait conformes à celles des bons manuscrits.


MANUSCRITS DES PROVINCES DE FRANCE.

CARPENTRAS.

Voici ce qu’écrivait M. de Sainte-Croix à M. Dacier au sujet de ce manuscrit :

11 juin 1781.

« J’ai examiné, monsieur et cher confrère, avec soin le manuscrit de Froissart qui se trouve à la bibliothèque de Carpentras. Il est en deux gros volumes in-folio sur papier, sans autre ornement. Le commencement du premier volume a été déchiré et il y manque les dix premiers chapitres. Le reste est en très bon état. Vous trouverez ci-joint quelques lignes du manuscrit copiées par une main habile et d’une ressemblance parfaite et frappante avec l’original qui est écrit tout de la même manière et de la même main. J’ai collationné avec le soin le plus scrupuleux le 187e chapitre de l’édition de Sauvage et de l’impression de Jean de Tournes avec ce manuscrit. Il n’y a aucune différence pour les faits et très peu pour le style. Après les dernières lignes qui terminent l’histoire de Froissart dans toutes les éditions, on trouve dans le manuscrit de Carpentras une addition d’environ deux pages ou quatre colonnes de la même main : elle contient sur la mort du roi Richard des détails qui avaient échappé à Froissart. L’auteur, quel qu’il soit, les donne comme une addition et une suite au récit de cet historien[6].

CAMBRAY.

Je tire des lettres écrites à M. Dacier en 1769 et 1770 par M. Mutte, doyen de Cambray, quelques renseignemens sur un autre manuscrit de Froissart de la bibliothèque du chapitre métropolitain de Cambray, coté 344, écrit sur papier d’une main du quinzième siècle in-4o imparfait. Il contient l’histoire des guerres des Gantois et autres Flamands révoltés contre Louis de Male, comte de Flandre, leur seigneur.

Cette histoire commence ainsi :

« Sensieult la coronique de la rébellion de Gand et aucunes villes de Flandres contre leur seigneur et droicturier prince qui dura sept ans et commencha en l’an mil trois centz soixante et dis-huit, jusques en l’an de grâce mil trois centz quatre vingts et chincq.

« Je Jehan Froissars prestre de la nation de la conte de Haynnau et en ce temps trésorier et chanoisne de Chymay, qui du temps passé me suis entremits de traictier et mettre en prose et en ordonnance les nobles et haultes advenues et grands faicts d’armes qui advenues sont tant de guerre de France et Engleterre comme de ailleurs, me suis advisé de mettre en escript les grans tribulations et pestilence qui furent en Flandres et par le fait et orguel de ceulx de Gand contre le coens Loys leur seigneur dont moult de mauls advinrent depuis, si comme vous orrez recorder avant en l’histoire. »

Ce manuscrit n’est pas entier. Il finit à la levée du siége d’Audenarde par les Gantois, après la défaite de Philippe d’Attrevelle à la bataille de Rosebecq, le 29 novembre 1382.

Le quinzième cahier manque[7].

TOURNAY.

L’abbaye de Saint-Martin de Tournay contenait aussi un manuscrit assez curieux de Froissart sur lequel D. Berthod, bénédictin, fit passer quelques renseignemens à M. Dacier : le manuscrit même lui fut envoyé plus tard pour la facilité des collations.

BESANÇON.

La bibliothèque de Saint-Vincent de Besançon était fort riche en manuscrits. M. Dacier fit prier le bénédictin Berthod de lui donner quelques renseignemens sur un manuscrit de Froissart.

Le manuscrit de Saint-Vincent de Besançon formait deux beaux volumes in-folio, couverts de satin usé et copiés en très beau vélin : les vignettes en étaient d’une grande beauté, à cela près que les bras et les jambes des figures étaient assez mal exécutés et hors de proportion avec le reste du corps. Les couleurs appliquées avec beaucoup de délicatesse s’étaient parfaitement bien conservées : les costumes surtout étaient fort exacts. L’armure des guerriers, les fortifications, l’attaque et la défense des places, les barques ou petits vaisseaux avec leurs agrès, tout ce qui pouvait donner une idée des choses racontées dans le texte y était aussi bien rendu qu’il était possible de le faire dans le siècle où le manuscrit avait été copié : il était de la même main. J’ai trouvé dans les papiers de M. Dacier un fac simile de quelques lignes du commencement et de la fin de chacun des deux volumes[8].

On voyait dans la première vignette l’auteur qui présentait son livre au roi d’Angleterre, habillé d’écarlate avec trois lions d’or passant sur sa robe. Ces armoiries sont encore répétées dans d’autres vignettes.

Ce manuscrit a passé de la bibliothèque du célèbre cardinal de Granvelle dans celle du prince de Cante-Croix, son petit-neveu, dont les livres furent vendus à M. Boisot, alors abbé commanditaire de Saint-Vincent de Besançon, qui légua tous ses livres à ses religieux pour en faire une bibliothèque publique. L’ouvrage finit à l’an 1389 : il est écrit sur deux colonnes et semble être antérieur à l’année 1420 ; il parut si curieux à M. Dacier, d’après les renseignemens que lui donna D. Berthod, qu’il écrivit à M. Amelot, alors ministre, la lettre suivante, pour le prier de l’aider dans ses recherches :

« Occupé uniquement et sans relâche à préparer l’édition de Froissart dont je suis chargé sous vos ordres, j’ai enfin épuisé les nombreux manuscrits du roi. Le travail pénible et rebutant de la collation de tant de volumes a été singulièrement adouci par le fruit que j’en ai retiré. J’ose vous promettre un Froissart presque neuf, augmenté de près d’un tiers, dans lequel les noms de personnes et de lieux ainsi que les passages altérés seront rétablis, les lacunes remplies, les leçons vicieuses remplacées par d’autres qui sont incontestablement bonnes. Le style de l’auteur, défiguré dans toutes les éditions, sera pareillement corrigé sur les manuscrits les plus voisins du temps ou il écrivait ; et on ne verra pas sans quelque surprise que la langue française, sous les règnes des rois Jean et Charles V avait plus d’analogie avec notre langue actuelle que celle qu’on parlait sous Henry II et quelques-uns de ses successeurs.

« Pour compléter les collations des manuscrits et afin qu’on ne puisse pas me reprocher d’en avoir négligé aucun, je me suis procuré des notices détaillées de ceux qui existent dans les pays étrangers et dont on ne peut avoir communication ; et je travaille actuellement à examiner ceux qui sont conservés dans plusieurs bibliothèques de Paris, soit publiques, soit particulières. Mais il en existe dans quelques autres villes du royaume, qu’il ne me serait pas moins important de voir : il y en a un surtout à l’abbaye de Saint-Vincent de Besançon, qui mérite par son antiquité et sa belle conservation d’être consulté. Comme votre crédit peut seul m’en procurer la facilité, permettez-moi, monsieur, de le réclamer et de vous prier d’avoir la bonté de faire écrire au prieur de cette abbaye de vous envoyer ce manuscrit et d’être mon garant auprès de lui. La protection dont vous honorez l’ouvrage et l’ouvrier m’enhardit à vous demander cette grâce et me fait espérer de l’obtenir. »

M. Amelot écrivit aussitôt à Besançon, au prieur de l’abbaye, pour le prier de lui envoyer ce manuscrit et il fut remis le 12 janvier 1779 entre les mains de M. Dacier, qui en a tiré de nombreuses variantes pour les deux premiers livres ainsi que le troisième livre tout entier. Bien que le quatrième livre manquât dans ce manuscrit, c’était cependant un des plus précieux qu’on possédât, aussi bien par l’étendue du texte que par la correction du style. Il a été égaré à l’époque de la révolution, et malgré les recherches les plus minutieuses faites sous l’Empire, il a été impossible de le retrouver depuis. Peut-être aura-t-il passé en Russie avec quelques autres ouvrages non moins curieux qui manquent dans nos bibliothèques[9].


MANUSCRITS DES BIBLIOTHÈQUES DE PARIS.


M. Dacier avait rédigé des notes fort exactes sur chacun des manuscrits qu’il avait consultés. Je crois devoir les rapporter telles que je les trouve dans ses papiers.

I. Manuscrit de la bibliothèque de M. le prince de Soubise, in-folio sur vélin à deux colonnes, écriture de la fin du quatorzième siècle ou du commencement du quinzième, relié en bois couvert de velours violet, la couverture garnie aux quatre coins de coquilles de cuivre doré avec une cinquième coquille au milieu. On lit ces mots en dedans de la couverture : Ce manuscrit échappé du château du Verger a été envoyé par M. Marchand de la part de M. le prince de Rohan pour la bibliothèque de M. le prince de Soubise. Ce 21 avril 1779. Le lieu où il a été trouvé et les coquilles dont la couverture est ornée prouvent indubitablement qu’il appartenoit au maréchal de Gyé.

Ce manuscrit contient le premier volume entier de Froissart et est composé de 417 feuillets non chiffrés. Le premier est orné d’une miniature divisée en deux tableaux. Dans l’un on voit Froissart qui présente a genoux son ouvrage au roi Charles V assis sur son trône. On reconnaît ce prince, parce qu’on voit Du Guesclin dans un coin du tableau, tenant en main l’épée de connétable et vêtu d’une tunique chargée de l’écusson de ses armes. L’autre tableau représente le roi d’Angleterre assis pareillement sur son trône, entouré de ses officiers et ayant l’air de parler à un homme vêtu d’une robe bleue, qui l’aborde à genoux. Je ne puis deviner ni quel est ce roi, ni quelle est l’action que l’artiste a voulu peindre.

Cette miniature est la seule dont ce manuscrit soit orné : l’écriture en est parfaitement belle et bien soignée : les titres des chapitres sont en rouge ; le premier est conçu ainsi :

« Cy commencent les Croniques de France et d’Angleterre, commencées par discrete personne Mons. Jehan Le Bel chanoine de Saint-Lambert du Liege et continuées jusques à la bataille de Poitiers ; et après sa mort furent compilées et arfaites par venerable homme Mons. Jean Froissart ; ès quelles Croniques sont contenues plusieurs nobles avenues et beaux faiz d’armes qui advinrent tant en France, en Angleterre, en Espaigne, en Escoce et en Guienne comme ou pays de Bretaingne et ailleurs. »

La complaisance avec laquelle le copiste vante la bravoure des chevaliers bretons, dont il nomme souvent un beaucoup plus grand nombre qu’on n’en trouve dans les autres manuscrits, ne permet pas de douter, ou qu’il ne fût lui-même Breton, ou qu’il ne travaillât pour quelque seigneur de cette province. Quoi qu’il en soit, ce manuscrit est un des meilleurs et des plus corrects que j’aie vus : il fournit toutes les bonnes leçons et entre autres celle qui attribue à Pépin des Essarts et à Jean de Charni, à l’exclusion de Jean Maillart, l’honneur d’avoir délivré Paris de la tyrannie du prévôt Marcel.

II. Autre manuscrit de la même bibliothèque, in-folio, sur vélin à deux colonnes, caractères gothiques qui paraissent être du même temps que le précédent, relié en bois couvert d’une grosse panne jadis violette. En dehors de la couverture, sur une bande de parchemin encadrée d’un petit galon d’or usé et recouverte d’un morceau de corne transparente est écrit : Le premier volume de Froissart.

Sur le verso d’un feuillet de parchemin qui précède le texte est un écusson palé d’argent et de gueule de six pièces, ayant pour support deux sauvages. Ce manuscrit n’est orné d’aucune miniature ; la moitié de la première page, où le copiste comptait vraisemblablement en placer une, est restée vide. On n’y trouve aucun titre de chapitre, pas même le titre général de l’ouvrage, mais le commencement de chaque chapitre est marqué par une lettre grise, et la division est à peu près la même que dans le manuscrit précédent. Le prologue et les premiers chapitres jusqu’à celui qui commence ainsi : Adonc s’espandirent nouvelles de sa venue (de la reine d’Angleterre) par le pays, etc., ont été abrégés par le copiste, qui s’est même permis quelquefois de déranger l’ordre des événemens. Le reste du manuscrit est assez correct et fournit de bonnes leçons. Il contient à peu près le tiers du premier volume de Froissart et finit avant le récit de la bataille de Crécy, à ces mots du chapitre 287, vous devez savoir que ces seigneurs, roys, ducs, contes et barons françois ne vindrent mie jusques là tous ensemble, etc.

III. No 6760. Manuscrit de la Bibliothèque du Roi, très gros volume in-folio en vélin, écriture qui paraît être du quinzième siècle.

On voit à la tête une assez belle miniature qui représente un combat. Dans le coin gauche du grand tableau, le peintre en a fait un autre qui n’a nul rapport avec la première, dont elle est séparée par une bordure. Ce second tableau représente une chambre ornée d’un dais sous lequel Froissart, en habit ecclésiastique, et assis une plume à la main devant un pupitre, paraît occupé à écrire son histoire. On voit sur un coffre auprès de lui son aumusse et son surplis. On avait eu le projet d’orner ce manuscrit d’un grand nombre de miniatures ; mais elles n’ont point été exécutées, et les places sont restées vides.

Ce manuscrit ne contient que le premier des quatre livres de Froissart, et ce livre y est divisé en quatre parties.

Les titres et les divisions des chapitres diffèrent souvent des imprimés.

J’ai dit que ce manuscrit ne contenait que le premier livre de Froissart et qu’il y était divisé en quatre parties : il est probable qu’il ne présenta que la première à la reine d’Angleterre en 1361, car dans la deuxième partie il parle de l’amour qu’Édouard III avait conçu pour la comtesse de Salisbury, ce qui ne pouvait être agréable à la reine.

Après ces mots : Aimé du roy de Navarre et de ceux d’Évreux, qui finissent le chapitre 220 dans Sauvage, page 289, et qui finissent aussi un chapitre dans les trois éditions gothiques, on lit dans le manuscrit :

« Cy fine la tierce partie et commence la quatrième et derrenière partie. »

On lit au commencement du chapitre suivant, qui est le premier de cette quatrième partie :

« Auques en ce temps retourna en France le Roy de Cippres ; »

ce qui, au mot d’environ près, fait le commencement du chapitre 221 de l’édition de Sauvage, et d’un nouveau chapitre dans les trois éditions gothiques.

À ces mots, gastant et exilant tout le pays, finit le manuscrit. C’est à peu près à ces mêmes mots que finit le chapitre 263 de l’édition de Sauvage, p. 365 : ils finissent aussi, à quelques mots près, un chapitre dans les trois éditions gothiques.

Comme on ne voit à la fin de ce manuscrit ni Explicit ni Cy fine, etc., il paraît n’avoir point été achevé.

Le style de ce manuscrit n’est pas toujours le même que celui des plus anciens : outre la licence que le copiste s’est donnée de tourner les phrases à sa manière et de changer les mots, il a pris quelquefois celle d’abréger considérablement le récit, en supprimant des détails qu’il jugeait sans doute peu intéressans.

No 8317. Manuscrit de la Bibliothèque du Roi, relié en veau fauve, écrit à deux colonnes sur vélin, de deux mains différentes, dont l’une paraît être du commencement du quinzième siècle, et l’autre du milieu.

Il contient 361 folios chiffrés d’une main moderne.

On lit au premier folio, ro, ce titre :

« Ci commencent les nouvelles Croniques de France et d’Angleterre faites et compilées par honourable et discrete personne Jehan Froissart, à la prière et requeste de M. Robert de Namur, seigneur de Beaufort, lesquelles commencent au roy Édouart d’Angleterre, lequel fut couronné roy l’an de grace 1326. »

Ce manuscrit comprend le premier volume de l’édition de Sauvage. La division des chapitres qui ne sont point chiffrés est souvent différente de l’imprimé, aussi bien que les titres. Ces titres et les premières lettres des chapitres sont écrits en rouge ; mais il en manque près de la moitié. Ce manuscrit diffère des autres en ce que le copiste a fait quelquefois des additions assez longues et peu intéressantes au texte de l’historien.

Le tiers du folio 298 a été coupé en long.

Ce manuscrit et ceux des numéros qui suivront contiennent beaucoup de choses différentes des imprimés ; mais ces différences ne fournissent guère que des mots changés, ajoutés ou retranchés, quelques transpositions dans l’ordre des événemens, des récapitulations inutiles à la fin des chapitres de ce qui avait été dit plus haut, des transitions vagues et communes par lesquelles les chapitres commençaient très souvent et de certains tours de phrases qui étaient comme des formules qu’on trouvait presque à chaque feuillet, et qui ont été sagement retranchés dans les imprimés.

Pour en donner quelques exemples, on lit au folio 21, vo : La bonne royne d’Angleterre, au lieu que Sauvage, vol. Ier, p. 26, et tous les autres manuscrits, mettent seulement : La royne d’Angleterre. À ces mots qu’on lit dans Sauvage, vol. Ier, p. 95, comme dans tous les manuscrits : Si le ferit tantost une estincelle de fine amour ou cœur, ce manuscrit ajoute folio 83, vo, que madame Vénus luy envoya par Cupido le Dieu d’Amours. Il serait cependant possible que parmi ce grand nombre d’inutilités on trouvât des additions importantes : celle qui suit me le ferait soupçonner. La comtesse de Salisbury en parlant de son mari au roi Édouard III, lui dit dans l’édition de Sauvage, vol. Ier, p. 94, et dans tous les manuscrits, qui est pour vous emprisonné ; le manuscrit que j’examine ajoute, à Paris.

Nota. Au folio 21, vo, on lit, conformément aux autres manuscrits et aux imprimés, ces mots : En ostèrent (du royaume de France) la bonne royne d’Angleterre et le roy son fils, etc. Ce qui répond à la page 26 du premier volume de Sauvage. On a ajouté à la marge de ce manuscrit d’une main presque aussi ancienne que le manuscrit :

« Ils ne les en ostèrent oncques, car la dite dame ne son fils n’y orent onques droit ; mais Froissart monstre qu’il favorisoit les Anglois. »

No 8318. Manuscrit de la Bibliothèque du Roi, in-folio sur vélin à deux colonnes, écriture de la fin du quatorzième siècle. Il contient 352 fol. chiffrés d’une main moderne, ce qui fait 704 pages ; il est relié en veau rouge.

Il contient le premier livre imprimé de Froissart, de l’édition de Sauvage ; mais il est divisé en huit livres et a pour titre :

Cy commencent les Croniques que fist maistre Jehan Froissart, qui parlent des nouvelles guerres de France et d’Angleterre, de Bretaigne et d’Espaigne, lesquelles sont divisées eu VIII livres. »

Voici le rapport de ces huit livres avec le premier livre imprimé.

MANUSCRIT. IMPRIMÉ.
Livres.
Pages.
Chapitres.
Pages.
 69,
ro 
265 
 81.
 177,
vo 
126 
 147.
4[10] 
 161.
 
157 
 181.
 203,
vo 
201 
 226.
 241,
ro 
219 
 266.
 263,
ro 
230 
 293.
 296,
ro 
246 
 340.

Ce manuscrit finit au tiers du chapitre 309, au milieu de la page 426 de l’imprimé : la phrase n’est pas même achevée, et il finit par ces mots, et espérons encore, après lesquels il y a dans l’imprimé, avoir en nuit la bataille.

La division des chapitres n’est pas toujours la même dans le manuscrit et dans l’imprimé, et les titres sont différens. Ces titres sont en rouge, et les premières lettres des chapitres sont avec des ornemens d’or et d’azur. On trouve sur une feuille de parchemin qui est collée en dedans de la couverture, que ce manuscrit avait appartenu à G. Boisratier de Bourges. Ce Boisratier qui était conseiller du duc de Berry (frère de Charles V), en fit présent à son maître, ainsi qu’il paraît par cette inscription écrite au verso d’une feuille de parchemin qui est avant la première page du manuscrit.

« Cy est une partie des chroniques de France faites par maitre Jehan Froissart Haynuyer, depuis le temps du roy Charles le quart, des guerres qui furent entre France et Angleterre : lesquelles chroniques maître Guillaume Boisratier, maistre des requestes de l’ostel du roy et son conseillier, et conseillier de monseigneur le duc de Berry son seigneur, donna à mon dit seigneur le duc, en son hostel de Neelle, le 8e jour de novembre l’an 1407. »
« Flamel. »

Au recto de la dernière feuille, après la dernière ligne du manuscrit il y a :

« Ce livre est au duc de Berry. »
« Jeanh. »

Ces mots sont de la main du duc de Berry, ainsi que M. de Sainte-Palaye l’avait appris de M. l’abbé Lebœuf, qui était dans l’habitude de voir des manuscrits et qui avait vu plusieurs signatures du duc de Berry dans la bibliothèque de la sainte chapelle de Bourges, où était conservée, avant la révolution, une partie des manuscrits qui étaient à ce prince.

M. Le Laboureur a inséré à la tête de la traduction qu’il a donnée de la vie de Charles VI, par un moine anonyme de Saint-Denys, une histoire du duc de Berry, dans laquelle il a placé un inventaire des livres de ce duc ; et on y trouve, p. 82 :

« Un livre des chroniques de France fait par M. Jehan Froissart, lequel fut donné à monseigneur le 8e jour de novembre l’an 1407, par messire Guillaume Boisratier, à présent archevêque de Bourges, prisé trente deux livres parisis. »

M. Le Laboureur ajoute :

« Je crois que c’est celui là même qui m’a été donné par M. de Chaudenier, premier capitaine des gardes du roi, avec les figures enluminées des principaux événemens des règnes qu’il traite, et fort enrichi d’or et d’azur : et ce livre est d’autant plus estimable qu’il est différent des imprimés où l’on a changé le style et altéré les noms et principalement en l’édition de Denys Sauvage qui l’a plutôt obscurci qu’illustré. »

On ne peut douter que le manuscrit dont il est parlé dans cet inventaire, ne soit le manuscrit no 8318 de la Bibliothèque du Roi : mais ce n’est certainement pas celui qui avait été donné par M. Chaudenier à M. Le Laboureur : car celui-ci dit qu’il a des figures enluminées des principaux événemens des règnes qu’il traite. Or, dans le manuscrit 8318, il n’y a pas une figure : on y trouve seulement à la première page une place laissée vide, apparemment pour en mettre une, et cette place est entourée d’une bordure, au bas de laquelle sont les armes de France.

Le manuscrit no 8318 qui était de la bibliothèque du duc de Berry, appartint dans la suite à madame de Beaujeu, sœur de Charles VIII et femme du duc de Bourbon : car à la fin du manuscrit, un peu au-dessus de la signature du duc de Berry, on lit :

« Ce livre est à madame Anne de France, duchesse de Bourbonnois et d’Auvergne, »

et au recto d’une feuille de parchemin, qui est à la fin du manuscrit, on lit :

« Ce livre est au duc de Bourbonnois et d’Auvergne. »
Raminagrobis.

N. B. Ce duc se nommait Pierre II. C’était le mari de madame de Beaujeu : il devint duc de Bourbonnais et d’Auvergne par la mort de Jean II, son frère, arrivée le 1er avril 1488. (Voy. l’Hist. générale de la maison de France, t. 1, p. 311 et 313.)

Ce manuscrit est le plus authentique de tous ceux que j’ai vus et le plus certainement ancien ; car on voit par la signature de G. Boisratier qui se trouve à la fin, que ce livre lui avait appartenu plusieurs années avant qu’il le donnât au duc de Berry en 1407.

No 8319. Premier volume. Manuscrit de la Bibliothèque du Roi, in-folio sur vélin, écriture de la fin du quatorzième siècle, ou tout au moins du commencement du quinzième siècle. Il contient 396 feuillets chiffrés d’une main moderne. Il est relié en bois couvert de veau, aux armes de France couronnées avec des F et des fleurs de lis, ce qui fait juger qu’il appartenait à François Ier.

Ce manuscrit est orné de miniatures très-bien faites et de vignettes de bon goût. La première miniature est divisée en deux tableaux ; dans l’un est représentée une bataille des Français contre les Anglais, c’est vraisemblablement la bataille de Crécy. On voit dans l’autre un combat des Anglais contre les Écossais : rien ne désigne quel est ce combat. Les titres des chapitres qui sont à peu près les mêmes que dans les manuscrits 8318, et les premières lettres des chapitres sont enluminées et rehaussées d’or. Les premiers feuillets contiennent une table générale des chapitres, après laquelle se trouve ce titre :

« Cy commencent les chroniques que fist maistre Jehan Froissart, qui parlent des nouvelles guerres de France et d’Angleterre, de Bretaigne, Escoce, Espaigne, lesquelles sont divisées en quatre parties. »

Ce manuscrit ne renferme que le premier volume de Froissart imprimé : il est divisé en quatre livres, dont voici le rapport avec l’édition de Sauvage.

MANUSCRIT. IMPRIMÉ.
Livres.
Pages.
Chapitres.
Pages.
 90,
vo 
165 
 81.
 186,
ro 
156, vers la fin 
 174.
 219.
 
121, au milieu 
 270.

Ce manuscrit finit par les mêmes mots que le manuscrit 8318, auquel il et parfaitement conforme, à quelques leçons près qui montrent que ces deux manuscrits n’ont point été copiés l’un sur l’autre. Ces manuscrits sont les plus anciens et les plus authentiques que nous ayons du premier livre de Froissart ; ils sont aussi les plus corrects.

No 8320. Manuscrit de la Bibliothèque du Roi, gros volume in-folio relié en bois couvert de velours bleu très usé, écriture du quinzième siècle, sur vélin, à deux colonnes, très gros caractères.

Ce manuscrit, composé de 433 feuillets cotés en rouge, contient le premier volume de Froissart. Il est précédé d’une table des chapitres, avec ce titre :

« Cy commence la table des rubriches des Croniques sire Jehan Froissart, de la guerre et l’occasion d’icelle qui fut longuement entre le roy de France et le roy Édouard d’Angleterre et plusieurs autres leurs successeurs. »

On lit au bas du dernier feuillet qui termine ce volume :

« Cy fine le premier volume de Froissart ; »

et sur un feuillet de vélin collé à la tête du manuscrit en dedans de la couverture : Bloys, et au dessous, Des histoires et livres en francois, Pulto (pulpitre) 6o contre la muraille de devers la court.

Les titres des chapitres sont écrits en lettres rouges, et les lettres initiales dorées et enluminées.

Le grand nombre de miniatures dont ce manuscrit est orné le rendent infiniment précieux : elles sont en général de bon goût, d’un dessin assez correct pour le temps, d’une grande fraîcheur de coloris et de la plus belle conservation. Les vignettes qui les accompagnent sont assez bien peintes, mais surchargées d’ornemens : le peintre y a souvent représenté des singes, des grotesques, des figures plus bizarres les unes que les autres. On voit dans quelques-unes des rouleaux chargés de cette devise : Plus est en vous. Les armes de France, pleines, qu’on trouve au bas de la plupart des vignettes font juger que ce manuscrit appartenait à quelqu’un des rois de France ; mais l’épaisseur et la grossièreté des couleurs, l’or mat des fleurs de lis, très différent de celui des miniatures et des lettres capitales, me portent à croire que ces armes ont été peintes après coup ; et qu’ainsi ce manuscrit pourrait bien n’avoir pas été originairement destiné pour le roi. Quoi qu’il en soit, les miniatures qu’il renferme sont extrêmement curieuses, parce qu’elles donnent une idée très nette du costume des hommes et des femmes des différens états dans le quinzième siècle, des habits de guerre, des armes, des machines, etc. Aussi le P. Montfaucon en a fait graver plusieurs dans les Monumens de la Monarchie française, t. 2 et 3, tels que l’entrevue d’Isabelle de France, reine d’Angleterre avec son frère Charles-le-Bel, la réception que firent les bourgeois de Nantes à Jean de Montfort et à sa femme, la bataille navale de Guernesey, la prise de Charles-le-Mauvais dans le château de Rouen, la bataille de Poitiers, le sacre du roi Charles V, etc.

Je n’ai pu voir sans surprise que le savant bénédictin qualifie ce manuscrit, le plus ancien manuscrit de Froissart de la Bibliothèque du Roi (t. 2, p. 256, 259 et al.). Il n’avait sans doute point examiné les autres qui étaient indifférens pour son objet ; car ils en auraient trouvé plusieurs qui sont incontestablement plus anciens, sans parler du no 8318, qui fut donné au duc de Berry en 1407, et dont l’écriture, comme nous l’avons dit plus haut, paraît être antérieure de quelques années à cette date. Quant à celui-ci on ne peut guère le faire remonter plus haut que 1450 ; et les connaisseurs qui l’ont vu l’estiment même postérieur à cette époque.

Une autre observation, de pure curiosité, c’est que l’écriture ressemble si bien à celle du manuscrit no 6760, qu’ils paraissent être de la même main.

Mais ce manuscrit n’est pas seulement un des moins anciens, il est aussi un des moins corrects. On y rencontre un grand nombre d’omissions et de chapitres abrégés ; de sorte qu’assez souvent il semble être plutôt un extrait qu’une copie de Froissart. Il faut en conclure qu’il est beaucoup plus précieux par la beauté des peintures que par la pureté du texte.

No 8321. Manuscrit du Roi, même format, même reliure, même écriture, mêmes ornemens, etc. que le no 8320, dont il est la suite ; mais il lui est très supérieur par la pureté du texte qui n’est presque jamais tronqué ni abrégé ; et ce serait un des meilleurs manuscrits du second volume, si le copiste ne s’était pas quelquefois permis de rajeunir le style. Il contient 356 folios cotés en rouge et est précédé d’une table des chapitres avec ce titre :

« Cy commence la table du 2e volume des Croniques de France, d’Angleterre et d’autre part, jadis compilées par Sire Jehan Froissart en son temps chanoine et trésorier de Chimay en Haynaut. »

On trouve, comme dans le no 8320, ces mots écrits sur un feuillet de parchemin collé en dedans de la couverture : Des histoires et livres en François, pulto 6o contre la muraille de devers la court, et au-dessous, Bloys.

Les miniatures et les vignettes y sont moins nombreuses que dans le volume précédent. Le P. de Montfaucon a fait graver d’après ce manuscrit dans le t. 3 des Monument de la Monarchie française, la bataille de Rosebecque et la sortie des Parisiens en armes au devant de Charles VI, lorsque ce prince revint vainqueur des Flamands.

Colbert, no 258 ; du Roi, 8323. Manuscrit in-folio, maroquin rouge, d’une très belle écriture, sur vélin, qu’on peut estimer de la fin du quinzième siècle. Il contient 155 folios, cotés au bas des pages, d’une main moderne.

Ce manuscrit, fait avec le plus grand soin et orné de quelques miniatures, renferme exactement le même abrégé que le manuscrit 8343 et les mêmes traités d’alliances indiqués dans la notice de ce manuscrit. On trouve de plus à la fin de celui-ci une pièce intitulée : La teneur des lettres passées des alliances de France et d’Escosse. Cette pièce est datée du dernier juillet 1371, la huitième année du règne de Charles V. Elle est suivie d’une liste de morts et de prisonniers, tant Français qu’Écossais, sans aucune indication de la bataille où ces chevaliers perdirent la vie ou la liberté.

No 8324. Manuscrit de la Bibliothèque du Roi, in-folio, relié en parchemin, écriture du commencement du quinzième siècle, sur vélin. Il contient 417 folios chiffrés d’une main moderne, et qui paraissent avoir été chiffrés auparavant, peut-être de la même main que l’écriture du manuscrit.

Il y a plusieurs miniatures mal faites, un peu effacées, entourées de vignettes. La première est divisée en quatre tableaux. Dans le premier de ces tableaux est un chanoine vêtu de pourpre, l’aumusse sur l’épaule (c’est sans doute Froissart), qui présente son livre à un prince qui a sur la tête une couronne aux léopards, dont on aperçoit quelques traces sur la robe écarlate du prince ; on reconnaît que c’est le roi d’Angleterre.

Le second tableau, au-dessous du précédent, représente un vaisseau voguant à pleines voiles : on distingue à bord de ce vaisseau Isabelle de France, reine d’Angleterre, et son fils Édouard, qui depuis fut Édouard III.

Dans le troisième, en haut, on voit cette reine présentant son fils à Charles-le-Bel, son frère.

Le quatrième représente la ville de Bristol, dans laquelle Isabelle, accompagnée du jeune Édouard, assiège son mari Édouard II.

Les titres des chapitres sont en rouge et les premières lettres enluminées.

On voit au haut de la première page Cl. Puteanus de la main même de M. Dupuy.

Le manuscrit est intitulé :

« Cy commencent les Croniques de sire Jehan Froissart, contenans les nouvelles guerres de France, d’Angleterre, d’Escoce, d’Espaigne, d’Alemaigne, de Navarre de Bretaigne, et sont divisées en quatre parties. »

Ces quatre parties sont divisées comme dans le manuscrit 8319, mais il faut remarquer que le cahier qui devait commencer au folio 73 a été mis à l’envers, et qu’au lieu de 8 folios qu’il devait contenir, comme les autres, il n’en contient que 7. Le feuillet qui manque est celui qui devait suivre le soixante-dix-septième, où commençait le second livre.

Au folio 175, vo, on lit :

« Cy fine la 2e partie des Croniques de Froissart et commence la tierce. »

À la fin du folio 273, vo, est un espace vide réservé pour marquer la fin du troisième livre et le commencement du quatrième.

Ce manuscrit finit au chapitre 327, page 456 de l’édition de Sauvage. Il y manque à la fin un cahier qui comprenait les cinq pages imprimées qui achèvent le premier volume de Froissart.

Ce manuscrit a souvent fourni de très bonnes leçons à la présente édition.

No 8325. Manuscrit de la Bibliothèque du Roi, in-folio, relié en veau rouge, très belle écriture du quinzième siècle, sur vélin. Il contient 342 folios, chiffrés d’une main moderne.

Il n’y a point de titres de chapitres : ils ne sont distingués que par une barre enluminée. Les premières lettres, ainsi que celles de quelques alinéa, sont dorées et enluminées.

Ce manuscrit renferme le troisième volume de Froissart, quoiqu’on lise à la fin :

« Cy fine le 2e livre des Croniques de Froissart contenant des aventures de France et d’Angleterre. »

Il se termine à l’avant dernier chapitre du troisième volume de l’imprimé, page 362. Tout ce chapitre, qui répond au chapitre 141 de l’édition de Sauvage, en diffère considérablement, et mérite d’être examiné avec soin. L’ancien langage y est mieux conservé, et l’on y trouve au folio 342 des particularités concernant Froissart, qui ne sont point ailleurs. Ainsi je crois qu’il doit être préféré aux manuscrits du même volume de Froissart, nos 8328 et 8329, comme ayant été probablement copié sur un autre plus ancien et plus authentique que ceux-là.

Nos 8329 et 8329. Manuscrit de la Bibliothèque du Roi, deux volumes in-folio, reliés en velours rouge, écriture du quinzième siècle finissant. Quoique ces deux volumes paraissent écrits de la même main, le caractère du second est plus beau que celui du premier. Celui-ci n’est point chiffré ; le second contient 301 folios chiffrés d’une main moderne.

L’un et l’autre ont en tête une table des chapitres. Les titres y sont écrits en rouge : les premières lettres des chapitres et de quelques alinéa y sont dorées et enluminées.

On lit en dedans du premier ais de la couverture de chaque volume ces mots, d’une écriture du seizième siècle, Bloys, et plus bas, Des histoires et livres en François au premier pulto (pupitre ), par terre devers les fossez à l’ailz du milieu.

Dans le premier volume on lit, sur une feuille de vélin, qui est à la tête, ces mots, d’une main postérieure, Le tiers volume Froissart appartenant au roy Louis XII, avec une signature abrégée, qui parait être Auber ou Aubri.

Ce premier volume qui contient le troisième volume de l’édition de Sauvage, est intitulé :

« Cy commence la tierce partie principale des Croniques de sire Jehan Froissart, qui contient les nouvelles guerres de France, d’Angleterre, d’Espaigne, de Portingal et d’Italie, et parle premièrement comment sire Jehan Froissart se partit de France pour aller devers le comte de Foix et la manière de son voyage. »

On trouve vers le milieu du volume cinq ou six feuillets écrits d’une autre main que le reste. Il finit comme le troisième volume de Sauvage, si ce n’est qu’après les mots : scellé de toutes les parties, qui terminent l’imprimé, on trouve dans le manuscrit ces sept ou huit lignes :

« Mais au jour que je clouy ce livre je ne l’avoie pas, si m’en convient souffrire ; et aussi s’il plaist à mon très cher et honnouré seigneur monseigneur le comte Gui de Blois à laquelle requeste et plaisance j’ay travaillé en ceste noble et haute histoire, il me dira et je y entendray, et de toutes choses advenues depuis ce tiers livre clos je m’en informeray volontiers. »

Le second volume qui contient le quatrième de Sauvage est intitulé :

« Cy commence le quart livre de maistre Jean Froissart, qui parle des guerres et nobles fais d’armes et advenues de France, d’Angleterre et des pays d’entour, leur conjoins et adhérens, depuis l’an Nostre Seigneur 1389 ; et premier de la noble feste qui fut faite à Paris à l’entrée et venue de la reine Isabelle de France, femme au roy Charles le bien aimé et aussi les joustes qui y furent faites et des présens de ceux de Paris. »

Il contient le quatrième volume de Sauvage ; si ce n’est qu’il commence par une Préface, qui ne se trouve dans l’imprimé qu’au commencement du chapitre 51, page 158, où elle est déplacée, et où il manque plusieurs choses importantes que renferme le manuscrit. On trouve encore dans ce volume une addition sur la mort de Richard II qui n’est point dans l’imprimé.

Ces deux augmentations du commencement et de la fin sont les mêmes qui sont copiées dans l’édition présente, d’après le manuscrit de Coislin, no 169, a l’abbaye Saint-Germain-des-Prés.

Ce manuscrit 8329 paraît le plus authentique des trois qui contiennent le même volume de Froissart. Outre que l’écriture en est plus belle et plus ancienne, il a conservé de vieux mots qui sont changés dans les autres.

Colbert, no 86 ; du Roi, 8329. Manuscrit in-folio sur vélin, à deux colonnes, relié en veau très vieux, écriture antérieure au milieu du quinzième siècle, contenant 227 feuillets non cotés.

On y trouve plusieurs miniatures très mal dessinées et aussi mal peintes. Les titres des chapitres sont en rouge et les lettres capitales de différentes couleurs, mais sans dorure.

On doit porter de ce manuscrit le même jugement que de celui no 8333 auquel il est si conforme qu’ils ont été évidemment copiés ou l’un sur l’autre, ou sur le même original.

Le commencement de celui-ci manque jusqu’à ces mots : si roidement en leurs escus, qui répondent à peu près au milieu du chapitre premier du numéro déjà cité. La conformité parfaite qu’on a remarquée entre les deux textes donnant lieu de croire qu’ils commençaient au même chapitre, il en résulte qu’il n’y a qu’un feuillet de perdu. Le dernier chapitre manque aussi dans ce manuscrit comme dans le no 8333.

Colbert, no 231 ; du Roi, 8329. Manuscrit de Colbert in-folio, maroquin rouge, écriture de la fin du quatorzième siècle, ou du commencement du quinzième, au plus tard, sur vélin à deux colonnes, contenant 323 feuillets non cotés.

Ce manuscrit n’est orné d’aucune miniature ; mais une place restée vide au commencement de la première page annonce qu’on avait eu dessein d’y en mettre une. Il est divisé en chapitres comme les autres manuscrits, avec cette différence que les chapitres ne sont précédés d’aucun titre et sont seulement désignés par un alinéa et une lettre capitale en or et avec un cadre colorié : on ne trouve dans tout le manuscrit que ce titre général :

« Cy commencent les Croniques de la guerre et l’occasion d’icelle, qui fu longuement entre le roy de France Phelippe et le roi Edouart d’Engleterre et moult de leurs successeurs. »

Ce manuscrit contient la plus grande partie du premier volume de Froissart, et finit, comme les manuscrits 8318 et 8319, à ces mots : car les ennemis approchent, et espérons encore anuit.

Il est fâcheux que ce manuscrit, l’un des plus anciens et des plus corrects, soit imparfait. Il y manque environ vingt feuillets depuis ces mots :

« Lors répondit le duc de Bourbon et dist : « Chandos, Chandos, dites à vos maistres qu’ils guerroient ; »

jusqu’à ceux-ci :

« Leur tour sur ces nefs Englesces que pou amiroient ne prisoient, etc. »

Colbert, no 85 ; du Roi, 8329. Manuscrit de Colbert in-folio, maroquin rouge, écriture du quinzième siècle, à deux colonnes, sur papier, composé de 369 feuillets cotés en rouge.

Il contient le premier volume entier de Froissart, à l’exception du Prologue et d’une partie du premier chapitre qui manquent, jusqu’à ces mots : Saint Lambert du Liége ; et dis ainsi, etc.

Ce manuscrit, dont l’écriture est assez soignée, ne diffère en rien du no 8317. Il offre constamment les mêmes leçons, les mêmes longueurs et la même division des chapitres, de sorte que l’un paraît être une copie de l’autre.

No 8330. Manuscrit de la Bibliothèque du Roi, in-folio sur vélin relié en bois, couvert de velours très usé, autrefois vert ou bleu ; écriture cursive peu soignée qui paraît être de la fin du quinzième siècle. Il contient 278 folios cotés d’une main moderne et n’est point écrit à deux colonnes comme la plupart des manuscrits du même historien.

Toutes les lettres initiales sont grossièrement coloriées, et les titres des chapitres en rouge, à l’exception des huit ou dix premiers qui sont en lettres noires soulignées de rouge.

On lit sur le parchemin collé en dedans de la couverture ces mots, d’une écriture très moderne : Troisième livre de la Cronique de France et d’Angleterre. Suit un feuillet de parchemin, au verso duquel est une miniature du plus mauvais goût, divisée en quatre tableaux, et entourée d’une vignette, au bas de laquelle on voit un écu de France à une bande de gueule, qui est de Bourbon. Le même écu se retrouve au bas d’une autre vignette qui encadre la première page du manuscrit.

Il a pour titre :

« Cy s’ensuit le 3e livre des Croniques de France, d’Engleterre et des pais voisins, qui se recommence à une grande pestillence qui se bouta en l’Église, de quoy toute Xreptienié fut pour ce temps en grant branle, dont moult de maulx en nasquirent et descendirent, comme ouir pourrez. Et dist ainsi. »

C’est par erreur que ce manuscrit est intitulé troisième livre : il contient le livre second, à commencer au départ du pape Grégoire XI, d’Avignon, pour aller à Rome. Comme le manuscrit paraît parfaitement entier, il est vraisemblable qu’il était précédé d’un premier volume que nous ne retrouvons plus et qui s’étendait jusqu’à cette époque. Rien n’est plus arbitraire dans les manuscrits que la division des livres et des chapitres. Il serait à désirer que les copistes n’eussent jamais pris d’autre licence.

Ce manuscrit, l’un des moins beaux qui soient à la Bibliothèque du Roi, est cependant un des plus précieux, et nous a fourni d’excellentes leçons. Il a d’ailleurs le mérite d’avoir mieux conservé l’ancien langage que la plupart des autres.

8330–8331. On voit à la tête du second volume une table des matières, et à la feuille qui suit cette table, une miniature divisée en quatre tableaux avec une vignette, au bas de laquelle sont les armes de Bourbon, sans casque, soutenues par un lion.

Le titre de ce volume, qui contient le quatrième volume de l’édition de Sauvage, est le même que dans le manuscrit 8329, auquel celui-ci est entièrement semblable, non-seulement en ce point, mais encore par rapport à la préface du commencement et à l’addition qui le termine.

No 8331. Manuscrit de la Bibliothèque du Roi, in-folio, relié en bois, couvert de velours violet, sur lequel on voit la marque des plaques dont il était garni. L’écriture sur vélin est de la fin du quatorzième siècle.

Sur une feuille blanche, qui est en tête, on lit, d’une main moderne : Des manuscrits de M. l’archevéque de Reims.

On voit au premier folio écrit une miniature divisée en deux tableaux. Dans le premier est un chanoine qui parait être en surplis avec l’aumusse sur le dos (c’est sans doute Froissart), qui présente son livre au roi d’Angleterre, qu’on reconnaît aux léopards peints sur sa robe. Le second représente l’entrevue d’Isabelle de France avec le roi Charles-le-Bel, son frère. Au bas sont des armes. On trouve dans la suite plusieurs autres miniatures d’assez mauvais goût, ainsi que les vignettes. Il est à remarquer que la première miniature est entourée d’une chaîne d’or, et que dans toutes les autres, l’espace qui est entre les deux colonnes est orné d’une pareille chaîne. Je rapporterai sur cet usage des peintres anciens le passage suivant, tiré de la 28e sérée de Bouchet, page 90, vo :

« Ce conte achevé, quelqu’un va demander une chose à quoy possible beaucoup n’ont pas pensé : c’est pour quoy il y a à l’entour des excellens ouvrages et bien élabourez tableaux, des chaînettes ? Il fut respondu que quand ces bons maistres vouloient monstrer une pièce parfaite et exquise et là où il ne falloit plus mettre la main, qu’ils mettoient à l’entour de ces divins ouvrages des chaînettes et liens pour donner à entendre aux plus spirituels que ce tableau estoit fait de tel artifice et industrie que s’il n’estoit retenu et enchaîné il pourroit s’en aller, comme s’ils eussent voulu empêcher ceux qui esloient aviez en ce tableau de bouger de là. »

Les titres des chapitres sont écrits en rouge et les premières lettres des chapitres dorées et enluminées.

Ce manuscrit, qui a pour titre

« Cy commence le Prologue de sire Jehan Froissart sur ces présentes croniques d’Angleterre, »

contient le premier volume du Froissart de Sauvage. Il est fâcheux que le copiste se soit quelquefois permis de supprimer des détails qui ne sont rien moins qu’inutiles. Il a surtout tellement mutilé l’histoire, depuis la guerre de Castille, entre les deux frères Don Pierre et Henri, que toute cette partie, jusqu’à la fin, si l’on en excepte quelques chapitres, qui ont la même étendue que dans les autres manuscrits, doit être regardée comme un abrégé. On trouve sur le verso du dernier folio des vers français d’une écriture plus moderne que le manuscrit. Au bas est une fleur de lis assez mal dessinée, au-dessous de laquelle est une grande lettre effacée, après laquelle on lit : Oiric le Roy.

No 8332. Manuscrit de Béthune, aujourd’hui de la Bibliothèque du Roi, un volume in-folio, maroquin rouge, aux armes de Béthune, écrit sur vélin vers le commencement du quinzième siècle. Il contient 405 folios chiffrés d’une main moderne.

Sur une feuille de vélin blanc, à la tête du volume sont : les armes de premier parti écartelé, aux premier et quatrième d’hermines, et aux deux et trois d’argent à deux fasces de gueule, qui est Derval. Le second parti écartelé au premier de France, aux second et troisième de Laval Montmorency ; au quatrième bâtard de Bourbon, coponnée d’argent et de sable, et sur le tout du second parti de gueule au lion d’argent armé, lampassé et couronné d’or.

On trouve ensuite la table des chapitres de la seconde partie de l’histoire de Froissart, et qui par conséquent est déplacée. Après la table est un feuillet de parchemin sur lequel sont peintes les armes de Béthune.

Ce volume est orné d’un grand nombre de miniatures de différentes grandeurs et toutes de très mauvais goût. La première est divisée comme celle du manuscrit 8321 et représente les mêmes sujets. Après la miniature on lit ce titre :

« Cy commencent les Croniques que fist sire Jehan Froissart, lesquelles parlent des nouvelles guerres de France, d’Angleterre, d’Escoce, d’Espaigne et de Bretaigne, et sont divisées en quatre parties dont le premier chapitre fait mention de la cause pourquoy elles sont faites. »

Ce titre est en lettres rouges, ainsi que tous les titres des chapitres, et les lettres capitales sont enluminées.

Au bas du folio 405, verso, est écrit d’une main postérieure au manuscrit :

« Ce livre donna messire Tanguy du Chastel à Jehan sire de Derval. »

On lit encore, au verso d’un feuillet de vélin blanc qui termine le volume, ces mots, d’une écriture qui paraît plus récente que celle des précédens :

« À hault et puissant seigneur monseigneur de Derval appartient cest livre. »

Ce volume, qui contient la première partie tout entière de l’histoire de Froissart, est d’un assez beau caractère, très bien conservé et passablement correct. J’ai cependant remarqué que dans la dernière moitié le copiste s’est quelquefois permis d’abréger le récit de l’historien.

No 8333. Manuscrit de Béthune, aujourd’hui du Roi ; même écriture, même reliure, mêmes ornemens, même format que le no 8332 dont il est la suite. Il contient 209 folios, chiffrés d’une main moderne.

Les miniatures y sont plus rares que dans le premier volume, et ne sont pas de meilleur goût. À la suite de la première, qui est divisée en quatre tableaux, on lit ce titre :

« Cy commence le second volume des nouvelles guerres de France et d’Angleterre, d’Escoce, de Bretaigne, d’Espaigne, d’Ytalie, de Flandres et d’Alemaigne ; et premièrement comment le sire de Langurant fut navrez à mort ; et comment le capitaine et la garnison de Boutteville fu desconfite et le chastel rendu François. »

Ce second volume ne commence qu’au 28e chapitre de l’édition de Sauvage, page 39 ; et finit à l’avant dernier chapitre, page 287 ; il n’a cependant point été mutilé : on voit que les omissions ont été faites exprès. Elles sont d’autant plus fâcheuses que ce manuscrit est un des plus anciens et des plus corrects que nous ayons du second livre de Froissart.

On lit au folio 209, après ces mots :

« Cy fine le second volume des Croniques Froissart, »

ceux-ci, qu’on trouve pareillement à la fin du no 8232 :

« Ce livre donna messire Tanguy du Chastel à Jehan sire de Derval. »

Nos 8334–35–36. Manuscrit du Roi, parmi ceux de Béthune, trois volumes in-folio maroquin rouge, écriture de la fin du quinzième siècle ou du commencement du seizième, sur papier, à deux colonnes.

Ces trois volumes comprennent le premier volume de Froissart : ils étaient faits pour être reliés en un seul tome, puisqu’on a été obligé, pour les diviser en trois, de couper un chapitre dont le commencement se trouve à la fin d’un volume et la fin au commencement du suivant. On trouve à la tête du premier volume et à la fin du troisième la signature originale de M. Balesdens de l’Académie française, à qui ils ont appartenu : ce qui semble indiquer qu’ils ne formaient alors qu’un seul volume.

Au reste ce manuscrit est un des moins précieux de la riche collection du Roi : il paraît être une copie assez incorrecte du manuscrit no 8317 ; on y retrouve du moins la plupart des longueurs que j’ai remarquées dans ce manuscrit.

Nos 8337–8338. Ces deux volumes, qui contiennent le second livre de Froissart, sont la suite des nos 8334–35–36, auxquels ils ressemblent pour le format, la reliure, le caractère, etc. ; et l’on y rencontre à peu près les mêmes défauts.

La signature de M. Balesdens se voit pareillement à la tête du no 8337 et a la fin du no 8338.

Nos 8334 et suivans jusqu’à 8342. Manuscrit de la Bibliothèque du Roi, parmi ceux de Béthune, neuf volumes in-folio reliés en maroquin rouge, écriture de la fin du quinzième siècle, sur papier, à deux colonnes.

Ces neuf volumes comprennent les quatre volumes du Froissart de Sauvage ; savoir, les nos 8334–35 et 36 le premier volume, les nos 8337 et 38 le second, les nos 8339 et 40 le troisième, lequel finit dans ce manuscrit comme dans celui du no 8328, les nos 8341 et 42 le quatrième volume avec la préface et l’addition qui se trouvent dans le manuscrit no 8329.

Ces volumes auraient pu être reliés en quatre, et l’étaient probablement autrefois, puisqu’on voit au commencement et à la fin des volumes qui répondent à ceux de l’édition de Sauvage, la signature originale de M. Balesdens de l’Académie française, à qui ces manuscrits ont appartenu. Pour les relier en neuf volumes, il a fallu quelquefois couper un chapitre dont le commencement est à la fin d’un volume et la fin au commencement du volume suivant.

À la fin du volume no 8341, on lit :

« En ce présent quart volume de messire Jehan Froissart a quatorze vins seize feuillets, histoire (c’est-à-dire, miniature) une. »

Le dernier volume, no 8342, a des fautes grossières.

No 8343. Manuscrit de la Bibliothèque du Roi, in-folio relié en bois couvert de veau tout usé, écriture de la fin du quinzième siècle, très menue et mal formée.

Il contient 324 folios, chiffrés d’une main moderne : les titres des chapitres sont en rouge.

On lit sur un feuillet de vélin, en dedans de la couverture, ces mots, d’une écriture de la fin du seizième siècle.

« Ce livre est à Mons. de Tournon, seigneur de Beauchastel, etc. »

Le titre est :

« Cy commencent les Croniques que fist sire Jehan Froissart, lesquelles parlent des nouvelles guerres de France, d’Angleterre et d’Espaigne, et de Bretagne, et sont divisées en quatre parties dont le premier chapitre fait mention de la cause pourquoy elles sout faites. »

On ne voit cependant aucune division de livres dans ce manuscrit ; apparemment que le copiste avait compté marquer cette division dans quelques-unes des places qui sont restées vides, et qui semblent destinées à recevoir des titres et des miniatures.

Le folio 315 n’est point écrit ; néanmoins il n’y a pas de lacune en cet endroit.

Ce manuscrit, qui contient le premier volume entier de Froissart, est fait avec très peu de soin ; la plupart des noms propres y sont étrangement défigurés : il paraît être une copie incorrecte du manuscrit 8332.

Colbert, no 15 ; du Roi, 8343. Manuscrit de Colbert, in-folio, maroquin rouge, écriture du milieu du quinzième siècle, sur vélin, à deux colonnes : il est composé de 389 feuillets, dont 295 sont cotés.

Ce manuscrit, qui contient le premier volume de Froissart, est orné d’un assez grand nombre de miniatures de mauvais goût : la première est divisée en quatre parties, comme celle du no 8324, et représente le même sujet.

Le titre est le même que celui du no 8317.

Sur une des feuilles de parchemin qu’on a laissées en blanc à la tête du volume, on lit ces mots, d’une écriture un peu postérieure à celle du manuscrit :

« Deux mectres que les Pers de France envoyèrent au roy Édouard d’Angleterre au temps qu’il querelloit la France.

Credo regnorum qui cupis esse duorum
Succedunt mares huic regno, non mulieres.

Au folio 29, verso, à côté de ces mots, et en osterent la royne d’Angleterre, on trouve à la marge ceux-ci, d’une écriture un peu moins ancienne :

« Ils ne l’osterent onques, car onques n’en fut en possession, ne droit n’y avoit. »

Ce manuscrit très bien écrit et bien conservé est tellement conforme aux nos 8317 et 8329, qu’on ne saurait douter qu’ils n’aient été copiés sur le même original.

Colbert, no 16 ; du Roi, 8342. Le caractère, les ornemens, le format, la reliure de ce volume ne diffèrent en rien du manuscrit no 8343, dont il est la suite.

Après la première miniature, qui est divisée en quatre tableaux, on lit ce titre :

« Cy commence le second volume des Croniques sire Jehan Froissart, qui parlent des nouvelles guerres de France, d’Angleterre, d’Italie, d’Espaigne et d’Allemaigne. De la chevauchée que le duc d’Anjou fist contre les Anglois ou pays de Bourdeloys. »

On voit par la fin de ce litre que le manuscrit commence au même endroit que l’imprimé de Sauvage, et qu’il fournit tous les chapitres omis dans les deux nos précédens, mais il finit comme eux aux lettres de pacification accordées par le duc de Bourgogne aux Gantois.

Le chapitre qui termine le second livre de Froissart, dans l’édition de Sauvage, commence le troisième dans ce manuscrit : il est séparé du second par une colonne et demie qu’on a laissée en blanc, et n’est précédé d’aucun titre.

Toute la partie du troisième livre, contenue dans ce volume, parait être d’une autre main que le second livre ; elle finit par ces mots :

« Ainsi se départit le voyage de mer en celle saison, qui cousta au royaume de France C. M. francs XXX fois. »

Le second livre contient 220 feuillets non cotés ; et la partie du troisième, dont on vient de parler, en contient 128.

Colbert, no 169 ; du roi, 3343. Manuscrit in-folio, relié en veau, écriture du quinzième siècle, à deux colonnes, sur vélin, contenant 164 folios non chiffrés.

Il renferme le premier volume du Froissart de Sauvage jusqu’au chapitre 153, à la mort de Philippe de Valois, à l’occasion de laquelle on lit ces mots dans le manuscrit :

« En ce mesme an, le 23 jour d’aoust trépassa Philippe, roi de France, à Nogent-le-Roy, l’an de son âge 57 et de son règne 23, et fut enterré à Saint-Denis, emprès la Royne Jehanne, jadis sa première femme. Animæ eorum et aliorum fideliumomnium requiescant in pace. »

Après quoi on lit :

« Cy fenissent les Croniques des faits du roy Phil. de Valois et d’autres princes et barons de France, compillées par maisire Jean Froissart, où sont comprins maints de faits et histoires d’Engleterre.

Ensuite est une généalogie des rois de France depuis Pharamond, qui remplit les folios 72 et 73.

Suit une table des chapitres précédens, qui continue jusque vers le milieu de la première colonne de la page 76, où recommence immédiatement une autre table des chapitres qui suivront, et dont le dernier est le commencement du règne de Charles VI. Cette seconde table s’étend jusqu’au folio 28 inclusivement.

Au folio 83, reprend la chronique de Froissart, depuis l’avénement du roi Jean au trône jusqu’à sa mort, qui se voit au folio 138, recto, et qui répond au chapitre 219 de Froissart. Au verso du même folio 138 on lit :

« Cy fine la cronique du roi Jehan, fils du roi Philippe de Valois. »

Après quoi sont écrits vingt-deux espèces de versets prophétiques sur la désolation de la France par les Anglais, entre autres celui-ci :

« Anno milleno CCCCo (sic) XXIX decimâ septimâ mensis julii tota Gallia gallo tedet et in capite leonis coronabitur. »

Puis toujours dans la même page :

« Cy commence l’histoire du roy Charles le Quint, fils du roy Jehan, comment, lui et la royne Jehanne sa femme furent sacrés. »

Le chapitre 218 de Froissart, presque entier, et les suivans, jusqu’au 223, étant omis dans le manuscrit, on lit au folio 139 le couronnement de Charles V, tel qu’il se voit à la tête du chapitre 223 ; et au folio 160, verso, la mort du même Charles V, conformément au chapitre 58, page 98 du second volume du Froissart de Sauvage.

Le folio 161 commence par le couronnement de Charles VI.

Nota. On a de la peine à reconnaître Froissart dans ce manuscrit. Ce n’est qu’un très petit abrégé de cet historien, dont il omet souvent dix et douze chapitres entiers.

No 926, aliàs 9661. Manuscrit du Roi, petit in-folio sur vélin, à deux colonnes, couvert de veau, et sur chaque côté de la couverture les armes de France, au-dessus desquelles et dans le même cartouche se trouve le nom du roi Charles IX, exprimé par deux C accolés en sens contraire et suivis du chiffre IX, d’où il résulte que le manuscrit appartenait à ce prince. Il contient 286 feuillets, cotés d’une main un peu moins ancienne que l’écriture du manuscrit, qui paraît être du commencement du quinzième siècle.

Les deux miniatures dont il est orné, l’une à la première page, qui représente un combat, la seconde, qui représente le couronnement du roi Charles VI, ne sont pas mal peintes pour le temps.

La division des chapitres est marquée par l’intervalle d’une ligne qu’on a laissée en blanc et par la lettre grise, qui est d’or, sur un fond colorié. On n’y trouve d’ailleurs aucuns titres de chapitres : il n’y a que le titre général, qui est conçu en ces termes :

« Cy commence le second volume des Croniques Froissart, contenant les faitz et batailles des roys de France et de Angleterre.

Puis le texte commence ainsi :

« Après le conquest de la Roche-sur-Yon, si comme ch-dessus est dit, etc. »

Ce manuscrit du second livre contient donc à peu près un sixième du premier, et cette partie diffère, à beaucoup d’égards, de la partie correspondante dans les manuscrits du premier livre de Froissart. La différence est même si considérable, que nous avons cru devoir la placer en variante à la suite du premier livre[11]. Mais les dernières pages manquent dans ce manuscrit. Après cette omission et sans laisser aucun intervalle, il passe au premier chapitre du second livre. Il est alors parfaitement conforme aux meilleurs manuscrits de ce livre, et offre souvent d’excellentes leçons. Le seul défaut qu’on y remarque, c’est que le copiste, qui était vraisemblablement Picard ou Normand, écrit toujours ces mots, ce, cil, cy, etc., che, chil, chy, conformément à la prononciation de sa province. Mais il a d’ailleurs très bien conservé l’ancien langage.

No 17. Manuscrit in-folio, bibliothèque Colbert, vélin, écriture du quinzième siècle commençant, relié en veau, orné de plusieurs miniatures. Il est coté et comprend 639 feuillets.

Je soupçonne que ce volume est une suite des no 15 et 16, qui contiennent les deux premiers livres du Froissart de Sauvage, et que le troisième a été perdu. Quoi qu’il en soit, celui-ci contient le quatrième volume du Froissart de Sauvage, à l’exception des deux dernières lignes qui étaient sans doute dans une autre feuille qui manque.

Nota. On lit à la tête de ce manuscrit une préface qui manque dans Sauvage, et qu’on retrouve dans plusieurs autres manuscrits.

No 87. Manuscrit in-folio, bibliothèque Colbert, relié en parchemin, écriture du seizième siècle, à deux colonnes, sur papier, à l’exception des deux premiers feuillets qui sont en vélin : il contient 326 feuillets cotés.

Ce manuscrit renferme le troisième volume du Froissart de Sauvage, jusqu’à ces mots, à grands frais, despens et, qui se trouvent à la ligne 52, page 321, chapitre 120 de l’édition de Sauvage. Le reste a sans doute été perdu.

L’examen que j’ai fait de quelques noms de lieux dans ce manuscrit au commencement du chapitre 4, page 8 du troisième volume de l’édition de Sauvage, me persuade qu’il est meilleur que les nos 16 et 232 de Colbert.

No 232. Manuscrit, bibliothèque Colbert, in-folio relié en bois et veau, écriture du seizième siècle sur papier, à deux colonnes, non coté.

On lit à la tête ces mots que je crois être de l’écriture de M. Baluze.

« Le commencement de ce livre est environ la 3e et dernière partie du 2e vol. de Froissart ez livres imprimés fol. p. 182, 2e ; et au 38e chap. de ce dit vol. commence le 3e vol. imprimé qui est ici continué jusqu’au fol. 129 du dit 3e vol. imprimé, qui est environ la moitié d’icelui. »

On voit plusieurs avertissemens ou renvois semblables écrits de la même main sur les marges du manuscrit.

Ce manuscrit commence par une table des chapitres, ensuite de laquelle on trouve le commencement du troisième volume du Froissart de Sauvage, jusqu’à ces mots qui terminent celui de Sauvage, De toutes les parties, après lesquels on trouve encore dans le manuscrit ces autres mots :

« Mais au jour que je cloy ce livre je ne l’avoie pas ; si m’en convient souffrir, et aussi s’il plaist à mon très cher et honoré seigneur monseigneur le comte Gui de Blois à laquelle response (sic, pour requeste) et plaisance j’ai travaillé à ceste noble et haute histoire, il me dira et je y entendrai ; et de toutes choses advenues depuis le tiers livres clos je m’en informeray voulentiers. Explicit. »

Nota. Je ne sais si les avertissemens qui sont à la tête et aux marges du manuscrit, comme je l’ai déjà dit, ont été faits sur quelque édition différente de celle de Sauvage, de Lyon chez de Tourne, mais ils ne se rapportent pas à cette édition que j’ai comparée.

Ce manuscrit contient une moitié plus de feuillets que l’édition de Sauvage n’a de pages.

Notice d’un manuscrit des chroniques d’Angleterre (crues de Froissart), sur papier, écriture du quinzième siècle, un volume in-folio, couvert de velours vert, non coté, lequel manuscrit a été communiqué à M. Sainte-Palaye par M. Mahudel, médecin.

Ce manuscrit est divisé en six livres, à la tête de chacun desquels est une figure en camaïeu. Il est sans titre et commence ainsi :

« Adfin que sachiez la cause pourquoy ne à quel titre les guerres de France encommencèrent, premièrement je le vous diray et raconteray en brief. Vérité est que le bon roy Édouard de Carnavenan, jadis roy d’Angleterre et père du noble roy Édouard de Windesore, comme il a esté dit ou VI et darrain livre du Ier vol. de ceste euvre présente eut épousé Isabelle de France, fille du beau roy Philippe qui en son vivant estoit une des belles dames du monde. »

Ces derniers mots et tout ce qui se lit jusqu’à la seconde colonne de la deuxième page à moult de gens, est la même chose que dans l’édition de Sauvage, volume 1, chapitre 3 depuis la ligne 23 jusqu’à la ligne 50.

On lit ensuite dans le manuscrit :

« Au temps que ceste croisie estoit en si grand fleur de renommée, etc., »

ce qui se retrouve à peu près dans les mêmes termes au commencement du 29e chapitre du premier volume de l’édition de Sauvage, page 36. En cet endroit le manuscrit et l’imprimé de Sauvage commencent à être conformes, ce qui continue ainsi jusqu’à la cinquième ligne de la page 456, au milieu du chapitre 326 du premier volume de l’édition de Sauvage, à ces mots : De lez madame sa femme, où finit le manuscrit. Mais s’ils sont conformes pour la suite des événemens, ils ne le sont pas pour la manière dont ils sont rendus ; le manuscrit n’étant souvent qu’un abrégé très succinct où beaucoup de faits qui se trouvent dans l’édition de Sauvage sont supprimés. J’ai encore aperçu beaucoup de fautes dans ce qui a été conservé du texte de Froissart. Il y a souvent des mots oubliés ou des phrases tronquées, qui, d’un sens très clair que l’original présente, font un sens très obscur, et quelquefois n’en font point du tout. La division des chapitres est aussi très différente ; et toute cette histoire qui se trouve renfermée dans le premier volume de Sauvage est divisée dans le manuscrit en six livres, et paraissent faire suite d’un premier volume divisé pareillement en six livres. Au reste, des six livres de ce manuscrit le premier finit à la page 116 de l’imprimé : le second, à la tête duquel est une miniature qui paraît représenter un bal, peut-être pour célébrer la fête de l’institution de l’ordre de la Jarretière, racontée dans le premier chapitre qui suit, commence à ces mots : En ce temps, et finit à ceux-ci : De la ville de Calais, etc., page 155. À la même page commence le troisième qui finit à ces mots : Tel que vous estes, page 227. Le quatrième commence aux mots qui les suivent. Le cinquième commence à ceux-ci : Quand le pape Urbain, etc. page 293. Le sixième, à la tête duquel on voit une miniature grossière qui représente la reine Philippe d’Angleterre au lit de la mort et le roi son mari debout auprès d’elle, commence au chapitre 272, page 375 de l’imprimé, et finit à la page 456, à ces mots : De lez madame sa femme.

Je n’ai vu dans aucun manuscrit cette division de livres, et encore moins ce qui est supposé partout dans celui-ci, qu’il y en avait six autres précédens dans lesquels était divisé un premier volume ; car on y lit à la fin du premier livre :

« Cy fine le 1er livre de ce 2e vol. des Cronicques d’Engleterre et par conséquent le 7e des quatre volumes parciaux ; »

et ainsi à proportion à la fin des autres. On voit au reste par ces derniers mots que ce manuscrit faisait partie de quatre volumes des mêmes chroniques. On lit à la fin du manuscrit :

« Cy fine le 2e vol. d’Engleterre, etc., »

sur quoi je remarque que le nom de Froissart ne s’y trouve nulle part.

P. S. J’ai reconnu, après avoir fait cette notice, que ce manuscrit est le même que Denys Sauvage avait eu en communication de M. de La Chaux, qu’il donne comme étant un abrégé de la Chronique de Froissart, et dont il fait un grand détail à la tête de son édition de cet historien et dans ses annotations sur le premier livre. Il n’y a aucun des caractères par lesquels il désigne ce manuscrit que je n’aie retrouvé dans celui-ci, à l’exception de ce qu’il dit de la première feuille qui paraît avoir été perdue.

Je ne sais si ces chroniques d’Angleterre ne feraient pas partie de celles manuscrites dont Godefroy cite le chapitre 19 du troisième livre du quatrième volume, dans ses annotations sur l’histoire de Charles VI, page 593, et dont il dit que l’auteur est Jehan de Waurin, chevalier du pays d’Artois, qui vivait du temps des ducs de Bourgogne Jean, Philippe-le-Bon et Charles-le-Téméraire : ou si ce sont les chroniques manuscrites dont il parle dans le même ouvrage, page 665 et 666, comme ayant été composées par Jehan, seigneur de Forestel qui fut présent à la bataille d’Azincourt et d’après lequel il rapporte le récit de cette bataille qui se donna en 1415. Je n’ai pu comparer aucun des passages qu’il en cite, parce qu’ils ne sont point dans cette partie de la chronique que renferme le volume que j’examine.

Colbert, no 169 ; du Roi, 8343 (abrégé). Manuscrit de Colbert in-folio relié en veau, écriture du quinzième siècle finissant, très bien formée, à deux colonnes, sur vélin, contenant 164 folios non chiffrés. Les titres des chapitres sont en lettres rouges, et les capitales en or sur un fond de couleur. Le manuscrit commence ainsi :

« Comment le Prologue sire Jehan Froissart commence sur ces présentes croniques d’Angleterre, etc. »

Il est divisé en trois parties : la première finit à la mort de Philippe de Valois. Cette partie est séparée de la seconde par une généalogie des rois de France depuis Pharamond jusqu’à Charles VI inclusivement, et par une table des chapitres tant de la première partie que des deux suivantes. La seconde contient le règne entier du roi Jean. Après ces mots :

« Cy fine les Croniques du roy Jehan, fils du roy Philippe de Valoys, »

on trouve vingt-deux espèces de versets prophétiques sur la désolation de la France par les Anglais. Ensuite commence la troisième partie qui renferme le règne de Charles V, et finit au couronnement de Charles VI. Elle est terminée par un abrégé des différens traités d’alliance faits entre Charles V et les Écossais, et les Castillans et les principaux seigneurs d’Aquitaine soulevés contre le prince de Galles, à l’occasion d’un fouage qu’il avait voulu imposer sur leurs terres.

Ce manuscrit est un très court abrégé d’une partie de l’histoire de Froissart, où l’on a quelquefois omis dix ou douze chapitres de suite et considérablement élagué la plupart des autres. On a d’ailleurs substitué assez souvent à son récit celui des chroniqueurs contemporains et surtout des chroniqueurs de Saint-Denis ; de sorte que dans beaucoup d’endroits on chercherait en vain à reconnaître Froissart ; et particulièrement depuis le commencement du règne du roi Jean jusqu’à la fin de l’ouvrage.

No 2444 ; du Roi, 9657 (abrégé). Bibliothèque Colbert, in-4o relié en bois et en veau, écriture de la fin du quinzième siècle, sur papier, non coté.

On lit sur la première feuille en blanc :

« Cest présent livre appartient â messire Antoyne Boyer, chevalier, baron de Saint-Curgin. »

Au folio suivant est une préface de l’abréviateur, où, après avoir dit qu’il suit Froissart chapitre à chapitre, il ajoute :

« Et pour ce que icelui M. Jehan Froissait n’a point fait de table à son 1er livre et par la table des livres l’en peut savoir legièrement la matière de quoi l’en veut lire, je me suis avisé de diviser icelui 1er livre en 167 chapitres.

Le second livre contient 155 chapitres ; le troisième 115 ; le quatrième 82.

Ce manuscrit est un abrégé succinct, mais assez exact de l’histoire entière de Froissart.


Il me reste maintenant a rendre compte d’une innovation matérielle, que j’ai cru indispensable d’introduire dans le texte des manuscrits de Froissart. La langue française était bien loin d’avoir des règles fixes dans le quatorzième siècle ; les désinences des verbes, les genres des noms variaient sans cesse selon le goût de l’écrivain ou les facilités de l’euphonie. L’orthographe était plus incertaine encore que la langue. Quelques auteurs suivaient dans l’orthographe qu’ils adoptaient l’analogie de l’étymologie ; d’autres celle de la prononciation : tantôt même ils suivaient tour à tour l’une ou l’autre, de sorte que le même mot était écrit dans le même ouvrage de cinq ou six manières différentes selon les exigences de l’euphonie, de la prononciation, de l’étymologie ou de la routine. Ainsi par exemple on trouve il écrivit, orthographié : escripsit, escripsi, scripsit, scripsi, escripvit, escripti, escrivit, escrivi, ecripvi, ecrivi, etc. Il fit, orthographié : fi, fit, feit, fist, feist ; il fut orthographié : fu, fut, fust, feut, feust ; il put, orthographié : pu, put, pust, peut, pot ; il eut, orthographié : ot, ut, ust, eust, eut ; il prit, orthographié : pri, prit, prist, preit, preist, print, prin, prinst ; le mot prouesse est écrit tour à tour ; prouesce, proesce, pruesce, pruece, proece, proesse, prouesse, prouece ; le mot besogne est écrit : besoigne, besogne, besoingne, etc.

Par ignorance ou par système les copistes ajoutaient encore à cette confusion. Au désordre des auteurs et des copistes du même pays et du même temps, il faut en ajouter un autre. Non-seulement la prononciation variait dans les provinces et devenait plus ou moins dure ou plus ou moins douce selon la proximité de la Flandre et de l’Allemagne, ou de l’Espagne et de l’Italie ; mais elle prenait une nouvelle forme avec les progrès toujours croissans de la sociabilité, de sorte que l’orthographe d’un demi-siècle n’était plus celle du demi-siècle suivant.

Qu’on se figure donc le mélange bizarre introduit dans les manuscrits, même d’un seul auteur, copiés par des hommes qui, à ces différences de leur propre système d’orthographe, ont ajouté celles qui provenaient de la province qu’ils habitaient et de l’époque où ils vivaient.

Dans un tel état de choses, si j’avais eu à reproduire l’ouvrage d’un auteur dont le style fut tout-à-fait classique, ou si j’avais eu pour but d’éclaircir uniquement l’histoire de la langue, j’aurais dû faire choix du manuscrit le plus ancien connu, ou copié sur le manuscrit le plus ancien et qui reproduisît le plus fidèlement l’intention de l’auteur, et je devrais le donner tel qu’il est, en me gardant bien d’y intercaler quelque morceau qui, bien que plus complet et appartenant évidemment au même auteur, fut cependant tiré d’un manuscrit copié par une autre main, dans une autre province, ou à une autre époque. Alors, quelques variations que les mots eussent pu subir, je les représenterais toutes fidèlement à la place qu’elles occupent dans le modèle, et je me garderais bien de changer même une virgule, un accent ou une apostrophe, dut-elle éclaircir le sens, de semblables corrections devant être placées en note. Voici quelles auraient été mes obligations : elles sont d’une autre nature dans l’ouvrage que je publie.

Ici mon but n’était pas de faire connaître au public les mots, mais bien les faits. Je devais donc choisir ceux des manuscrits qui me semblaient les plus complets, fussent-ils même moins anciens. Il est arrivé quelquefois qu’un manuscrit plus récent était copié fidèlement pour les faits sur un manuscrit plus ancien que tous ceux que j’avais pu me procurer, mais que le copiste avait changé l’orthographe primitive pour la remplacer par la sienne. Que devais-je faire alors ? Fallait-il laisser des faits précieux, parce que quelques lettres auraient été déplacées dans un mot ? fallait-il conserver respectueusement les changemens introduits par les copistes souvent les plus ignorans, ou devais-je prendre sur moi une responsabilité qu’ils n’avaient pas craint de prendre eux-mêmes ? Dans Froissart, par exemple, chaque livre est copié sur un manuscrit différent ; dans chaque livre se trouvent des variantes substituées à des leçons évidemment mauvaises. Or, tous ces manuscrits ont leur orthographe propre. Quelques-uns sont de la fin du quatorzième siècle ; d’autres du commencement, du milieu, ou de la fin du quinzième siècle. Il est évident qu’en les reproduisant fidèlement, j’aurais trompé le lecteur sur l’orthographe du temps de Froissart, qui a considérablement été altérée par chacun.

Il y a encore une considération nouvelle à présenter. La langue française ancienne offre déjà d’assez nombreuses difficultés pour la masse des lecteurs ; ce désordre d’orthographe les multipliera encore, et l’étude de l’histoire sera remplacée par l’étude de la grammaire. Arrêté à chaque pas, le lecteur ne songera plus à lier les faits entre eux et à en dériver les conséquences ; il ne se laissera pas aller à l’intérêt du sujet ; il ne sera point entraîné par la vivacité du narrateur. Le récit d’une action criminelle ne provoquera plus aussi fortement notre indignation, distraits que nous en serons par l’embarras de retrouver un mot sous la forme orthographique qui le déguise ; le récit d’une belle action éveillera moins notre sympathie, parce que nous songerons moins au fait en lui-même qu’aux mots qui le représentent.

J’ai cru devoir prendre, dans l’intérêt du lecteur, un parti décisif. Trois difficultés principales se présentent dans la lecture des anciens livres ; la construction des phrases qui constitue le caractère particulier de l’écrivain ; les mots inusités ou vieillis qui contribuent à la naïveté de son style et qui, lorsqu’ils ne sont pas trop multipliés, éveillent l’attention au lieu de la lasser ; et l’orthographe qui rend quelquefois méconnaissables les mots qui nous sont les plus familiers.

Je ne me suis jamais permis de changer en rien la construction des phrases, c’eût été altérer l’idiome national ; c’eût été récrire les Chroniques. Quand les phrases paraissent peu claires, ce qui se présente fort rarement, une fois ou deux par volume peut-être, j’en présente l’explication au bas de la page.

Les mots inusités ou vieillis sont le cachet distinctif et inséparable du style de chaque auteur ; jamais je n’ai remplacé un mot par un autre : tous les mots anciens ont été scrupuleusement conservés, comme ils devraient l’être plus souvent dans notre langue appauvrie plus qu’enrichie à cet égard par les siècles suivans. Afin qu’aucun de ces mots n’arrêtât le lecteur, j’ai mis entre parenthèse à côté du mot difficile, le mot moderne qui lui correspond le mieux[12] ; en renvoyant cette explication au bas de la page, j’aurais fatigué l’attention du lecteur occupé à le chercher, et ces explications grammaticales se seraient d’ailleurs trouvées mêlées d’une manière gênante avec l’explication des faits historiques et des éclaircissemens utiles, que j’ai cru devoir donner en note.

Quant à l’orthographe, j’en distingue deux espèces, l’orthographe de construction et l’orthographe littérale : la première régit le rapport des mots entre eux, et fait prendre tel temps à un verbe, tel genre à un adjectif, selon la position de chacune de ces parties du discours. J’ai laissé également subsister cette orthographe avec ces irrégularités, attendu qu’elle n’empêche nullement de comprendre et qu’elle ne fait que donner au style un certain air d’étrangeté plus piquant que pénible.

J’ai réservé pour l’orthographe littérale toutes les libertés que j’avais à prendre. Là j’ai bravé toutes les accusations de la critique. Dût l’Académie en corps me censurer, je persiste à croire que j’ai bien fait : le public prononcera. Qu’importe en effet au lecteur que recu s’écrive receu ou reçu, que prouesse s’écrive prouesce ou prouece, que spécialement s’écrive espécialement ou espéciamment ? Cela change-t-il rien à la grâce et à la naïveté du style, et le changement littéral que je me suis permis de faire n’offre-t-il pas une absurdité moins choquante que si j’avais laissé subsister ces variations de l’orthographe des manuscrits copiés par différens hommes dans différens pays et à différentes époques ? Mais, me dit-on, cela ôte l’illusion de l’antiquité. Imprimez donc en lettres gothiques avec des majuscules en lettres dorées, pour laisser subsister l’illusion de l’antiquité. Mais si vous consentez à laisser imprimer sur beau papier des Vosges, en caractères modernes, avec des chiffres modernes, et sans majuscules coloriées, pourquoi ne faites-vous pas un pas de plus pour arriver à ce qui est raisonnable et à ce qui convient à tout le monde ?

Si l’on m’objecte qu’il est utile de conserver les traces de l’étymologie et de considérer par quelle filiation les mots ont passé pour nous arriver dans l’état où ils se trouvent, je répondrai que ceux qui veulent étudier scientifiquement l’étymologie des langues, doivent consulter les manuscrits eux-mêmes selon leur antiquité connue, que rien ne peut remplacer pour eux ce travail consciencieux et qu’ils ne doivent jamais compter assez sur l’autorité d’une autre personne pour se croire dispensés d’observer par eux-mêmes. D’ailleurs, pour éviter même un reproche à cet égard, j’ai eu le soin de laisser le mot tel qu’il était écrit les premières fois qu’il se présente et de le reproduire ainsi de temps à autre, à des intervalles suffisant pour ne pas fatiguer l’attention.

J’ai long-temps hésité à me décider sur le parti que j’ai pris ; j’ai fait recomposer trois fois les dix premières feuilles de ce volume d’une manière différente, afin d’éviter tout reproche raisonnable. Je dois dire que M. Dacier n’était pas de mon avis et qu’il avait laissé subsister, dans la partie imprimée de son texte de la moitié du premier livre de Froissart, l’orthographe telle qu’il l’avait trouvée dans chacun des manuscrits qu’il avait employés ; mais quelque importance qu’ait à mes yeux l’opinion d’un homme aussi distingué, j’ai persisté dans mon système. Je prie seulement les nombreux critiques qui me condamneront, de se demander, avant de me blâmer, s’ils ont jamais remarqué que l’orthographe de Molière et de Racine était bien loin d’être la même que celle qu’on nous donne aujourd’hui dans les belles éditions qu’ils sont les premiers à vanter.

Pour consoler ces gens scrupuleux, je leur dirai que s’ils tiennent tant à cette rigoureuse représentation des manuscrits, je conserve les copies originales des manuscrits de Froissart, dont je me suis servi, et que si le gouvernement désire en avoir une édition in-folio pour la joindre au recueil des historiens de France, je suis tout prêt à lui offrir pour cet ouvrage tous les travaux qui sont en ma possession.

J. A. C. Buchon.

Paris, septembre 1823.

  1. Depuis la publication de cette préface, j’ai reçu de M. Léon de La Borde, qui a fait des recherches fort intéressantes sur les Chroniques de Froissart, une lettre qui me fournit quelques nouveaux renseignemens sur ce manuscrit. Je demande permission à M. de La Borde de citer ce fragment de sa lettre.

    « Plein encore du souvenir des manuscrits de Paris je suis allé à Breslau ; mais en route j’ai trouvé deux traductions danoises sans intérêt, et un manuscrit que vous n’avez pas cité et dont je ne puis vous parler, parce que je ne l’examinerai que dans le cours de cet été (1835).

    « Le manuscrit de Breslau n’est pas tout-à-fait digne de sa réputation, mais il ne mérite pas non plus toute votre sévérité. Un examen attentif m’a permis d’en tirer ce qu’il y a de bon, et c’est assez considérable pour ne pas regretter les peines du voyage. Vous sentez que je n’avais pas laissé passer inaperçu la lacune remplie par les grandes Chroniques de Saint-Denis. Elle entre, avec mes autres comparaisons, dans un couronnement des deux premiers volumes déjà fait, non-seulement mot pour mot, mais orthographiquement, ce qui d’ailleurs était aura inutile, vu la date du manuscrit. Je suis en arrangement pour qu’en mon absence de Breslau on puisse collationner le reste du manuscrit.

    « Sous le rapport des ornemens, les miniatures du premier volume sont indignes de la moindre attention ; mais celles des trois autres, du quatrième surtout, rappellent le plus beau temps de l’école flamande, c’est du Van Eyck vu avec une lorgnette retournée. »

  2. J’ai conservé ce fac simile.
  3. Ce fac simile est entre mes mains.
  4. Je possède également ce calque.
  5. C’est le même qui a été rapporté par M. de Barante, dans son intéressant article sur Froissart, et qui se trouve aussi en son lieu dans cette édition.
  6. J’ai donné cette addition dans une note.
  7. Voyez dans mon addition au deuxième livre de Froissart, tome ii de cette édition, le résultat de l’examen que j’ai fait moi-même du manuscrit de Cambray.
  8. Ce fac simile est ni ma possession.
  9. Je possède la copie du 3e livre de ce manuscrit.
  10. Nota. Il n’y a à côté d’aucun chapitre le quart livre, ainsi que cela est aux autres : mais au folio 161 vo, il y a au haut de la page : Le quart livre, en sorte qu’on ne peut déterminer où commence ce quatrième livre. Il en est de même des livres cinq, six et sept.
  11. J’ai fondu cette variante dans le texte de cette seconde édition.
  12. L’expérience m’a déterminé à adopter une autre marche pour cette deuxième édition. J’ai supprimé les parenthèses explicatives des mots, et j’ai fait précéder le premier livre des Chroniques de trois Glossaires, l’un des mois vieillis, le second des noms d’hommes rectifiés, le troisième des noms de lieux.