Mozilla.svg

Les Classes dirigeantes

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Chants révolutionnairesAu bureau du Comité Pottier (p. 88-90).



LES CLASSES DIRIGEANTES



À Ernest Vaughan.


Tout un flot d’étoiles filantes
Sur ce globe s’est abattu,
Et, de nos classes dirigeantes,
Il ne reste plus un fétu.
Ceux qui nous guidaient dans l’impasse,
Nos hommes d’État creux et lourds,
Sont allés diriger l’espace…
Et la Terre tourne toujours !

Ils ne sont plus ! qu’allons-nous faire ?
Devant qui nous mettre à genoux ?
L’État tenait tout dans sa sphère,
Ces gaillards-là pensaient pour nous !
Sans eux, moutons, saurez-vous paître ?
Qui tiendra la bride aux amours ?
Quoi ! pas même un garde champêtre !
Et la Terre tourne toujours !

Où sont ces doctrinaires chauves
Qui, de père en fils, ont voté
Codes sauvages et lois fauves,
Pour sauver la société ?

Vous n’entendrez plus, prolétaires,
Couler l’eau trouble, en longs discours,
Des robinets parlementaires…
Et la Terre tourne toujours !

Quoi ! plus un seul capitaliste,
Plus d’escrocs par le code absous,
Dont le génie âpre consiste
À faire suer les gros sous !
Eh ! quoi le Travail et l’Idée
Sont soustraits au bec des vautours !
Quoi ! Rothschild, ta caisse est vidée ?
Et la Terre tourne toujours !

Pour des travaux de Pénélope
À coups de canon déchirés,
Plus d’ambassadeurs en Europe,
Ni crachats, ni cordons moirés.
Les peuples, las des vieilles trames
Et de l’eau bénite des cours,
Fraternisent par télégrammes…
Et la Terre tourne toujours !

Sachant mieux aboyer que mordre,
Où sont tant de chefs glorieux,
Qui se repliaient en bon ordre,
Pas plus morts que victorieux ?
Les coups d’État, mèche allumée,
N’ensanglantent plus nos faubourgs,
La paix se maintient sans armée…
Et la Terre tourne toujours !

Plus de gras curés, plus de pape !
Pas même un pieux sacristain ;

On ne rencontre plus Priape
En soutane d’ignorantin.
Le miracle ayant tué Rome,
Le Syllabus n’ayant plus cours,
La raison se fait Dieu dans l’Homme !
Et la Terre tourne toujours !

La Terre tourne et, plus fertile,
Nourrit des bras moins fatigués.
Dans les blés grands où croît l’utile,
L’alouette a des chants plus gais.
Le travail s’accomplit sans maîtres
Et, dans leurs loisirs de velours,
La poésie emplit les êtres,
Et la Terre tourne toujours !