Les Démoniaques dans l’art/p66

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SAINT MARTIN GUÉRISSANT UN POSSÉDÉ
Tableau de Jordaens (né en 1594, mort en 1678). Musée d’Anvers


Le musée d’Anvers possède un tableau important de Jordaens, un saint Martin guérissant un possédé.

La scène est disposée sur les degrés d’un escalier aboutissant à un portique. Saint Martin s’avance escorté de son porte-crosse et de deux religieux pour exorciser l’énergumène maintenu à grand’peine par quatre hommes vigoureux. En haut de la composition, le proconsul romain domine la scène et constate le miracle qui doit décider de sa conversion.

Ce tableau fut exécuté pour le maître-autel de l’église de Saint-Marlin de Tournai. Nous en avons trouvé une bonne gravure à la Calcographie du Louvre ; nous en donnons ici un fac-similé très réduit.

Jordaens travailla avec Rubens, mais il ne fut pas à proprement parler son élève. Dans ses œuvres il conserve son originalité, « Tous les deux, dit Charles Blanc, sont de la même famille,


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SAINT MARTIN GUÉRISSANT UN POSSÉDÉ
Tableau de Jordaens au musée d’Anvers. Fac-simile de la gravure qui se trouve à la Chalcographie du Louvre.

du même tempérament. Rubens plus pensif et plus profond, Jordaens plus rude et plus grossier… Jordaens représente même au delà de la forme la fureur de coloris et l’ampleur de la pratique. » Son génie devait se sentir à l’aise dans la représentation des scènes violentes comme l’étaient le plus souvent les scènes de possession.

En effet, son possédé est un homme vigoureux en proie à une agitation telle que quatre aides ne le maintiennent qu’au prix des plus grands efforts. Nous ne retrouvons pas dans ce personnage la profondeur d’observation et la justesse d’exécution que nous avons signalée dans la possédée du tableau de Rubens. Il ne possède aucun de ces caractères précis, marques indiscutables de la crise démoniaque, et que nous trouvons si merveilleusement réunis et exprimés chez la démoniaque du saint Ignace. Mais il est impossible de rendre avec plus de fougue et de vérité le désordre et particulièrement la violence des mouvements convulsifs.

Or il ne faut pas oublier que chez les hommes, l’attaque démoniaque peut révéler des caractères spéciaux résultant de l’excès de la fureur, de l’exagération, et de l’amplitude des convulsions, lesquels arrivent au paroxysme le plus inouï de la violence. À ce point de vue nul ne pourrait concevoir une figure plus expressive que le possédé du saint Martin ; et à défaut d’une fine et délicate observation de la nature, Jordaens en cette circonstance a été heureusement servi par sa manière qui est la nature même de son génie.