Les Démoniaques dans l’art/p65

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PLUSIEURS SCÈNES D’EXORCISME PAR JACQUES CALLOT
(vers 1632)

Jacques Callot, dont on connaît les diableries pleines de fantaisie et d’originalité, a illustré un Calendrier où sont représentés tous les Saints de l’année [1]. Il est assez naturel qu’il n’ait pas


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SAINT LIN
D’après une gravure extraite du recueil : les images de tous les saints et saintes… par Jacques Callot (À Paris, chez Israël Heniet, 1636).



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AUTRE SAINT GUÉRISSANT UN JEUNE POSSÉDÉ
D’après une gravure extraite du recueil : les images de tous les saints et saintes… par Jacques Callot (À Paris, chez Israël Heniet, 1636)


manqué l’occasion de représenter quelques diablotins lorsqu’elle s’offrait à lui. Nous avons en effet trouvé plusieurs scènes de possession : au 21 avril, saint Anselme ; au 12 mai, saint Épiphane ; au 14 juin, saint Henri ; au 6 septembre, saint Éleuthère ; au 15 septembre, saint Aper ; au 23 septembre, saint Lin ; au 26 novembre, saint Conrad.

Dans les œuvres de Callol, à la Ribliothèque des beaux-arts, nous avons trouvé du maître une œuvre plus importante relative aux possédés.

C’est une grande gravure in 4° avec encadrement, datée de 1630, signée, et dédiée au très illustre seigneur D. Christofono Bronzini.

Elle représente une scène d’exorcisme. Une jeune femme possédée est amenée par deux hommes. Elle se renverse en arrière et est presque entièrement soulevée par un fort gaillard dont le bras est passé autour de sa taille. Les deux bras sont étendus, la tête est penchée de côté, la bouche ouverte et tordue, etc. ; l’œil exprime la souffrance.

La délicatesse de la jeune possédée, dont le corps disparait presque sous les plis de la robe, ses traits gracieux à peine déparés par la torsion de la bouche, et encadrés par de longs cheveux retombant sans être épars, la pose des bras et des jambes qui n’ont rien de convulsif, composent un ensemble qui, loin d’avoir rien d’effrayant, est charmant à voir, mais qui ne saurait avoir d’autres prétentions que celles d’une agréable fantaisie.

Enfin quelques traits piquants, tels que la bonhomie du prêtre qui cherche dans son livre l’oraison qui doit calmer toute cette agitation, la frayeur du jeune enfant de chœur qui se cache derrière l’exorciste, les sentiments divers qui partagent l’assistance, parmi laquelle on distingue de fort grandes dames, au premier plan un malingreux et un hallebardier, ajoutent à l’intérêt tout pittoresque de l’œuvre du maître lorrain.

  1. Les imaga$ de tous les saincts et saintes de l’année suivant le martyrologe romain, faictes par Jacques Callot, et mises en lumièree par Israël Henriet. Dédiées à mousnigoear l’éminentissime Cardinal duc de Richelieu. À Paris, chez Israël Henriet, 1636.