Les Dieux antiques/Poésies modernes ayant trait à la mythologie

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POÈMES MYTHOLOGIQUES MODERNES [1]


MYTHOLOGIE HINDOUE

SURYA

Ta demeure est aux bords des océans antiques,
Maître ! Les grandes eaux lavent tes pieds mystiques.

Sur ta face divine et ton dos écumant
L’abîme primitif ruisselle lentement.
Tes cheveux qui brûlaient au milieu des nuages,
Parmi les rocs anciens déroulés sur les plages,
Pendent en noirs limons, et la houle des mers
Et les vents infinis gémissent au travers.
Sûryâ ! Prisonnier de l’onde infranchissable,
Tu sommeilles couché dans les replis du sable.
Une haleine terrible habite en tes poumons ;
Elle trouble la neige errante au flanc des monts ;
Dans l’obscurité morne en grondant elle affaisse
Les astres submergée par la nuée épaisse,
Et fait monter en chœur les soupirs et les voix
Qui roulent dans le sein vénérable des bois.

Ta demeure est au bord des océans antiques,
Maître ! Les grandes eaux lavent tes pieds mystiques.

Elle vient, elle accourt, ceinte de lotus blancs,
L’Aurore aux belles mains, aux pieds étincelants ;
Et tandis que, songeur, près des mers tu reposes,
Elle lie au char bleu les quatre vaches roses.
Vois ! Les palmiers divins, les érables d’argent,
Et les frais nymphéas sur l’eau vive nageant,
La vallée où pour plaire entrelaçant leurs danses
Tournent les Apsaras en rapides cadences,
Par la nue onduleuse et molle enveloppés,
S’éveillent, de rosée et de flamme trempés,
Pour franchir des sept cieux les larges intervalles,
Attelle au timon d’or les sept fauves cavales,

Secoue au vent des mers un reste de langueur,
Éclate, et lève-toi dans toute ta vigueur !

Ta demeure est au bord des océans antiques,
Maître ! Les grandes eaux lavent tes pieds mystiques.

Mieux que l’oiseau géant qui tourne au fond des cieux,
Tu montes, ô guerrier, par bonds victorieux ;
Tu roules comme un fleuve, ô Roi, source de l’Être !
Le visible infini que ta splendeur pénètre,
En houles de lumière ardemment agité,
Palpite de ta force et de ta majesté.
Dans l’air flambant, immense, oh ! que ta route est belle
Pour arriver au seuil de la nuit éternelle.
Quand ton char tombe et roule au bas du firmament,
Que l’horizon sublime ondule largement !
Ô Sûryâ ! Ton corps lumineux vers l’eau noire
S’incline, revêtu d’une robe de gloire ;
L’abîme te salue et s’ouvre devant toi :
Descends sur le profond rivage et dors, ô Roi !

Ta demeure est au bord des océans antiques,
Maître ! Les grandes eaux lavent tes pieds mystiques !

Guerrier resplendissant, qui marches dans le ciel,
À travers l’étendue et le temps éternel ;
Toi qui verses au sein de la terre robuste
Le fleuve fécondant de ta chaleur auguste,
Et sièges vers midi sur les brûlants sommets,
Roi du monde, entends-nous, et protège à jamais
Les hommes au sang pur, les races pacifiques
Qui te chantent au bord des océans antiques !

Leconte de Lisle
(Poëmes antiques.)


MYTHOLOGIE SCANDINAVE

LA LÉGENDE DES NORNES
Première Norne.

· · · · · · · · · · · · · · · · · · ·
Ô Nornes ! qu’ils sont loin, ces jours d’ombre couverts,

Où, du vide fécond s’épandit l’univers !
Qu’il est loin, le matin des temps intarissables,
Où rien n’était encor, ni les eaux, ni les sables,
Ni terre, ni rochers, ni la voûte du ciel,
Rien qu’un gouffre béant, l’abîme originel.
Et les germes nageaient dans cette nuit profonde,
Hormis nous, cependant plus vieilles que le monde !
Et le silence errait sur le vide dormant,
Quand la rumeur brûlante éclata brusquement.
Du Nord, enveloppé d’un tourbillon de brume,
Par bonds impétueux quatre fleuves d’écume
Tombèrent, rugissants, dans l’antre du milieu.
Les blocs lourds qui roulaient se fondirent au feu :
Le sombre Ymer naquit de la flamme et du givre,
Et les géants, ses fils, commencèrent de vivre.

Pervers, ils méditaient, dans leur songe envieux,
D’entraver à jamais l’éclosion des dieux ;
Mais nul ne peut briser ta chaîne, ô destinée !
Et la Vache céleste en ce temps était née !
Blanche comme la neige, où, tiède, ruisselait
De ses pis maternels la source de son lait,
Elle trouva le roi des Ases, frais et rose,
Qui dormait, fleur divine aux vents du pôle éclose.
Baigné d’un souffle doux et chaud, il s’éveilla ;
L’aurore primitive en son œil bleu brilla,
Il rit, et, soulevant ses lèvres altérées,
But la vie immortelle aux mamelles sacrées !
Voici qu’il engendra les Ases bienheureux,
Les purificateurs du chaos ténébreux,
Beaux et pleins de vigueur, intelligents et justes.
Ymer, dompté, mourut entre leurs mains augustes ;
Et de son crâne immense ils formèrent les cieux,
Les astres, des éclairs échappés de ses yeux,
Les rochers, de ses os. Ses épaules charnues
Furent la terre stable, et la houle des nues
Sortit en tourbillons de son cerveau pesant.
Et, comme l’univers roulait des flots de sang,
Faisant jaillir, du fond de ses cavités noires,
Une écume de pourpre au fond des promontoires,
Le déluge envahit l’étendue, et la mer
Assiegéa le troupeau hurlant des fils d’Ymer,
Ils fuyaient, secouant leurs chevelures rudes,
Escaladant les pics des hautes solitudes,
Monstrueux, éperdus ; mais le sang paternel
Croissait, gonflait ses flots fumants jusques au ciel ;
Et voici qu’arrachés des suprêmes rivages,
Ils s’engloutirent tous avec des cris sauvages.
Puis, ce rouge océan s’enveloppa d’azur ;
La terre d’un seul bond reverdit dans l’air pur ;
Le couple hummn sortit de Vécorce du frên^
Et le soleil dora l’immensité sereine.
Hélas ! mes sœurs, ce fut un rêve éblouissant !
Voyez ! la neige tombe et va s’épaississant !
Et peut-être Yggdrasill, le frêne aux trois racines,
Ne fait-il plus tourner les neuf sphères divines !
Je suis la vieille Urda, l’éternel Souvenir ;
Mais le présent m’échappe autant que l’avenir,

Leconte de Lisle
(Poëmes Barbares.)


MYTHOLOGIE CLASSIQUE

L’OLYMPE
Le Satire

. . . . . . . . . . . . . . . . . .
Quoique à peine fût-il au seuil de la caverne
De rayons et d’éclairs que Jupiter gouverne,
Il contemplait l’azur, des pléiades voisin ;

Béant, il regardait passer, comme un essaim
De molles nudités sans fin continuées,
Toutes ces déités que nous nommons nuées.
C’était l’heure où sortaient les chevaux du soleil.
Le ciel, tout frémissant du glorieux réveil,
Ouvrait les deux battants de sa porte sonore ;
Blancs, ils apparaissaient formidables d’aurore ;
Derrière eux, comme un orbe effrayant, couvert d’yeux,
Éclatait la rondeur du grand char radieux ;
On distinguait le bras du dieu qui les dirige ;
Aquilon achevait d’atteler le quadrige ;
Les quatre ardents chevaux dressaient leur poitrail d’or
Faisant leurs premiers pas, ils se cabraient encor
Entre la zone obscure et la zone enflammée ;
De leurs crins, d’où semblait sortir une fumée
De perles, de saphyrs, d’onyx, de diamants,
Dispersée et fuyante au fond des éléments,
Les trois premiers, l’œil fier, la narine embrasée,
Secouaient dans le jour des gouttes de rosée ;
Le dernier secouait des astres dans la nuit.
. . . . . . . . . . . . . . . . . .
Soudain il se courba sous un flot de clarté,
Et, le rideau s’étant tout à coup écarté,
Dans leur immense joie il vit les dieux terribles.
Ces êtres surprenants et forts, ces invisibles,
Ces inconnus profonds de l’abîme, étaient là.
Sur douze trônes d’or que Vulcain cisela,
À la table où jamais on ne se rassasie
Ils buvaient le nectar et mangeaient l’ambroisie.
Vénues était devant et Jupiter au fond,
Reposait mollement, nue et surnaturelle,
Ceinte du flamboiement des yeux fixés sur elle,
Et, par moments, avec l’encens, les cœurs, les vœux,
Toute la mer semblait flotter dans ses cheveux.
Jupiter aux trois yeux songeait, un pied sur l’aigle ;
Son sceptre était un arbre ayant pour fleur la règle ;
On voyait dans ses yeux le monde commencé ;
Et dans l’un le présent, dans l’autre le passé ;
Dans le troisième errait l’avenir comme un songe ;
Il ressemblait au gouffre où le soleil se plonge ;
Des femmes, Danaé, Latone, Sémélé,
Flottaient dans son regard ; sous son sourcil voilé,
Sa volonté parlait à sa toute-puissance ;
La nécessité morne était sa réticence ;
Il assignait les sorts ; et ses réflexions
Étaient gloire aux Cadmus et roue aux Ixions ;
Sa rêverie, où l’ombre affreuse venait faire
Des taches de noirceur sur un fond de lumière,
Était comme la peau du léopard tigré ;
Selon qu’ils s’écartaient ou s’approchaient, au gré
De ses décisions clémentes ou funèbres,
Son pouce et son index faisaient dans les ténèbres
S’ouvrir ou se fermer les ciseaux d’Atropos ;
La radieuse paix naissait de son repos,
Et la guerre sortait du pli de sa narine.

Il méditait, avec Thémis dans sa poitrine,
Calme, et si patient que les sœurs d’Arachné,
Entre le froid conseil de Minerve émané,
Et l’ordre retoudable attendu par Mercure,
Filaient leur toile au fond de sa pensée obscure.

. . . . . . . . . . . . . . . . . .
Au-dessus de l’Olympe éclatant, au delà
Du nouveau ciel qui naît et du vieux qui croula,
Plus loin que les chaos, prodigieux décombres,
Tournait la roue énorme aux douze cages sombres,
Le Zodiaque, ayant autour de ses essieux
Douze spectres tordant leur chaîne dans les cieux ;
Ouverture du puits de l’infini sans borne ;
Cercle horrible où le chien fuit près du capricorne ;
Orbe inouï, mêlant dans l’azur nébuleux
Aux lions constellés les sagittaires bleus.

Victor Hugo
(Légende des Siècles.)


LE SANGLIER


C’était auprès d’un lac sinistre, à l’eau dormante,
Enfermé dans un pli du grand mont Erymanthe,
Et l’antre paraissait gémir, et, tout béant,
S’ouvrait, comme une gueule affreuse du néant.
Des vapeurs en sortaient, ainsi que d’un Averne.
Immobile et penché pour voir dans la caverne,
Hercule regarda le sanglier hideux.
Les loups fuyaient de peur, quand il s’approchait d’eux,
Tant le monstre effaré, s’il grognait dans sa joie,
Semblait effrayant, même à des bêtes de proie.
Il vivait là, pensif, Lorsque venait la nuit,
Terrible, emplissant l’air d’épouvante et de bruit
Et cassant les lauriers au pied des monts sublimes,
Il allait dans les bois déchirer ses victimes ;
Puis il rentrait dans l’antre, auprès des flots dormants.
Couché sur la chair morte et sur les ossements,
Il mangeait, la narine ouverte et dilatée,
Et s’étendait parmi la boue ensanglantée.
Noir, sa tanière au front obscur lui ressemblait.
Les ténèbres et lui se parlaient. Il semblait,
Enfoui dans l’horreur de cette prison sombre,
Qu’il mangeait de la nuit, et qu’il mâchait de l’ombre.
Hercule, que sa vue importune lassait,
Se dit : « Je vais serrer son cou dans un lacet ;
Ma main étouffera ses grognements obscènes.
Et je l’amènerai tout vivant dans Mycènes. »
Et le héros disait aussi : « Qui sait pourtant,
S’il voyait dans les cieux le soleil éclatant,
Ce que redeviendrait cet animal farouche ?
Peut-être que les dents cruelles de sa bouche
Baiseraient l’herbe verte et frémiraient d’amour,
S’il regardait l’azur éblouissant du jour ! »
Alors, entrant ses doigts d’acier parmi les soies

Du sanglier courbé sur des restes de proies,
Il le traîna tout près du lac dormant. En vain,
Blessé par le soleil qui dorait le ravin,
Le monstre déchirait le roc de ses défenses.
Il fuyait. Souriant de ces faibles offenses,
Hercule, soulevant ses flancs hideux et lourds,
Le ramenait au jour lumineux. Mais toujours,
Attiré dans sa nuit par un amour étrange,
Le sanglier têtu retournait vers sa fange,
Et toujours, l’effrayant d’un sourire vermeil,
Le héros le traînait de force au grand soleil.

Théodore de Banville
(Les Exilés.)


TUEUR DE MONSTRES


Le beau monstre, à demi-couché dans l’ombre noire,
Laisse voir seulement sa poitrine d’ivoire,
Et son riant visage et ses cheveux ardents,
Et Thésée admirant la blancheur de ses dents,
Regardait ses bras luire avec de milles poses,
Et de ses seins aigus fleurir les boutons roses.
Au loin ils entendaient les aboiements des chiens,
Et la charmante voix du monstre disait : « Viens,
Car cet antre nous offre une retraite sûre.
Ami, je dénouerai moi-même ta chaussure,
J’étendrai ton manteau sur l’herbe, si tu veux,
Et tu t’endormiras le front dans mes cheveux,
Sans craindre la clarté d’une étoile importune. »
Mais comme elle parlait, un doux rayon de lune
Parut, et le héros, dans le soir triste et pur,
Vit resplendir avec ses écailles d’azur
Le corps mystérieux du monstre, dont la queue
De dragon vil, pareille à la mer verte et bleue,
Déroulant ses anneaux, et de blancs ossements
Brillèrent à ses pieds, sous les clairs diamants
De la lune. Alors, sourd à la voix charmeresse
Du monstre, et saisissant fortement une tresse
De la crinière d’or qui tombait sur ses yeux,
Il tira son épée avec un cri joyeux,
Et deux fois en frappa le monstre à la poitrine.
Et, hurlant comme un loup dans la forêt divine,
Crispant ses bras, tordant sa queue, horrible à voir,
L’Hydre au visage humain tomba dans son sang noir,
Tandis que le héros sous l’ombrage superbe,
Essuyant son épée humide aux touffes d’herbe,
S’en allait, calme ; et, sans que ce cri l’eût troublé,
Il regardait blanchir le grand ciel étoilé.

Théodore de Banville
(Les Exilés.)
LA MORT DE L’AMOUR


Une nuit, j’ai rêvé que l’amour était mort.
Au penchant de l’Œta, que l’âpre bise mord
Les Vierges dont le vent meurtri de ses caresses
Les seins nus et les pieds de lys, les chasseresses
Que la lune voit fuir dans l’antre souterrain,
L’avaient toutes percé de leurs flèches d’airain.
Le jeune Dieu tomba, meurtri de cent blessures,
Et le sang jaillissait sur ses belles chaussures.
Il expira. Parmi les bois qu’ils parcouraient
Les loups criaient de peur. Les grands lions pleuraient.
La terre frissonnait et se sentait perdue.
Folle, expirante aussi, la nature éperdue
De voir le divin sang couler en flots vermeil,
Enveloppa de nuit et d’ombre le soleil,
Comme pour étouffer sous l’horreur de ses voiles
L’épouvantable cri qui tombait des étoiles.
Laissant pendre sa main qui dompte le vautour,
Il gisait, l’adorable archer, l’enfant amour,
Comme un pin abattu vivant par la cognée.
Alors Psyché vint, blanche et de ses pleurs baignée :
Elle s’agenouilla près du bel enfant dieu,
Et sans repos baisa ses blessures en feu,
Béantes, comme elle eût baisé de belles bouches,
Puis se roula dans l’herbe et dit: « Ô Dieux farouches !
C’est votre œuvre, de vous je n’attendais pas moins.
Je connais là vos coups. Mais vous êtes témoins,
Tous, que je donne ici mon souffle à ce cadavre,
Pour qu’Éros, délivré de la mort qui le navre,
Renaisse, et dans le vol des astres, d’un pied sûr,
Remonte en bondissant les escaliers d’azur ! »
Puis, comprimant son cœur que brûlaient mille fièvres,
Dans un baiser immense elle colla ses lèvres
Sur la lèvre glacée, hélas! de son époux,
Et, tandis que la voix gémissante des loups
Montait vers le ciel noir sans lumière et sans flamme,
Elle baisa le mort, et lui souffla son âme.
Tout à coup le soleil reparut, et le Dieu
Se releva, charmé, vivant, riant. L’air bleu
Baisait ses cheveux d’or, d’où le zéphyr emporte
L’extase des parfums, et Psyché tomba morte.
Éros emplit le bois de chansons, fier, divin,
Superbe, et d’une haleine aspirant, comme un vin
Doux et délicieux, la vie universelle,
Mais sans s’inquiéter un seul moment de celle
Qui gisait à ses pieds sur le coteau penchant,
Et dont le front traînait dans la fange. Et, touchant
Les flèches dont Zeus même adore la brûlure,
Il marchait dans son sang et dans sa chevelure.

Théodore de Banville
(Les Exilés.)
LA SOURCE


. . . . . . . . . . . . . . . . . .
La petite Naïade est pensive. Elle rit.
Devant ses pieds d’ivoire un narcisse fleurit.
Oiseaux, ne chantez pas ; taisez-vous, brises folles,
Car elle est votre joie, ailes, brises, corolles,
Verdures ! Le désert, épris de ses yeux bleus,
Écoute murmurer dans le roc sourcilleux
Son flot que frange à peine une légère écume.
En ouvrant dans l’éther son vol démesuré :
L’alouette vient boire au bassin azuré
Dont son aile timide agite la surface.
Quand la pourpre céleste à l’horizon s’efface,
Les étoiles des nuits silencieusement
Admirent dans le ciel son visage charmant
Qui rêve, et la montagne auguste est son aïeule.
Oh ! ne la troublez pas ! La solitude seule
Et le silence ami par son souffle adouci
Ont le droit de savoir pourquoi sourit ainsi
Blanche, oh ! si blanche, avec ses ravageurs d’églantine,
Debout contre le roc, la Naïade argentine !

Théodore de Banville
(Les Exilés.)


PAN


Pan d’Arcadie, aux pieds de chèvre, au front armé
De deux cornes, bruyant, et des pasteurs aimé,
Emplit les verts roseaux d’une amoureuse haleine.
Dès que l’aube a doré la montagne et la plaine,
Vagabond, il se plaît aux jeux, aux chœurs dansants
Des Nymphes, sur la mousse et les gazons naissants.
La peau du lynx revêt son dos ; sa tête est ceinte
De l’agreste safran, de la molle hyacinthe,
Et d’un rire sonore il éveille les bois.
Les Nymphes aux pieds nus accourent à sa voix,
Et légères, auprès des fontaines limpides,
Elles entourent Pan de leurs rondes rapides.
Dans les grottes de pampre, au creux des antres frais,
Le long des cours d’eau vive échappés des forêts
Sous le dôme touffu des épaisses yeuses,
Le Dieu fuit de midi lés ardeurs radieuses ;
Il s’endort ; et les bois, respectant son sommeil,
Gardent le divin Pan des flèches du soleil.
Mais sitôt que la nuit, calme et ceinte d’étoiles,
Déploie aux cieux muets les longs plis de ses voiles,
Pan, d’amour enflammé, dans les bois familiers
Poursuit la vierge errante à l’ombre des halliers,
La saisit au passage ; et, transporté de joie,
Aux clartés de la lune, il emporte sa proie.

Leconte de Lisle
(Poëmes Antiques.)


FIN DE L’OUVRAGE.

  1. Les symboles mythiques ont été, par la Science, délivrés de la personnalité fabuleuse où les enferma l’Antiquité. Rien ne reste plus, aux yeux de qui vient de regarder ce livre, que l’apparence des dieux à jamais incarnée dans le marbre, puis leur signification rendue à la lumière, aux nuées, à l’air.

    Voilà où en est le savoir de notre temps ; mais à côte de l’étude il y a l’imagination.

    De très grands poètes ont su (c’est leur devoir tant que l’humanité n’a pas créé des mythes nouveaux) vivifier à force d’inspiration et comme rajeunir par une vision moderne les types de la Fable. Si quelque esprit, imbu de préjugés, pensait que les divinités n’ont plus chez nous le droit à l’existence, il pourra, à la lecture de belles pages empruntées ici aux gloires des Lettres d’aujourd’hui, reconnaître, comme un fait, que rien n’est mort de ce qui fut le culte spirituel de la race. Magnifique et vivant prolongement qui doit se perpétuer aussi longtemps que notre génie littéraire !

    Apprendre les superbes morceaux et fragments de Victor Hugo, Leconte de Lisle et Théodore de Banville extraits de la LÉGENDE DES SIÈCLES, des POÈMES BARBARES et des POÈMES ANTIQUES, des EXILÉS, et groupés ici selon l’ordre et les grandes divisions de notre ouvrage.