Les Excentricités du langage/Texte entier

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Introduction

Par quatre fois, les bontés de la critique et les suffrages du lecteur ont appris aux Excentricités du langage qu’elles répondaient non à un caprice, mais à un besoin très-vif et très-particulier, que nous appellerons le besoin de savoir ce qui se dit, — par opposition au besoin de savoir ce qui doit se dire, — le seul que nos lexiques satisfont généralement.

On ne saurait en effet négliger la connaissance de ce qui se dit. — Non pas que nous en recommandions le moins du monde l’emploi ! non pas que nous voulions porter la moindre atteinte au respect de la langue officielle ! Mais, comme le disent si bien nos épigraphes, il est toujours bon de se rendre compte des choses, ne serait-ce que pour les mille nécessités de la vie sociale, à Paris même où un puriste peut se trouver exposé au risque de ne pas comprendre un certain français. Puis, n’y a-t-il rien de plus à gagner dans ces études de langage ? Ici encore, nos épigraphes sont là pour le prouver. Le néologisme peut être utile en plusieurs cas. Montaigne le dit, et Montaigne a son poids. On ne saurait dédaigner non plus les réflexions de Nodier, de Balzac, sans omettre celles de M. de Jouy, qui n’était certes pas un révolutionnaire. D’ailleurs l’histoire n’est-elle pas là pour nous empêcher de condamner à la légère des mots sans crédit aujourd’hui, mais que leur fortune peut relever demain ? Ne nous montre-t-elle point Caillière, l’auteur des Mots à la mode, signalant comme des intrus les adjectifs haineux, respectable, désœuvré ; le substantif impolitesse ! …Ceci se passait dès 1693. En 1726, l’abbé Desfontaine, dans son Dictionnaire néologique, condamnait à son tour l’usage de détresse, scélératesse, naguères, encourageant, érudit, inattaquable, entente, improbable, etc., etc.

Ne nous pressons donc point de proscrire, et considérons les Excentricités du langage comme une réserve d’enfants perdus où notre armée régulière peut recruter quelques auxiliaires utiles.

L’argot d’ailleurs est un langage essentiellement français. Il emprunte fort peu à l’étranger, quoi qu’on en ait dit.

Comme beaucoup de patois provinciaux, il a conservé les traces de notre vieille langue. Quant au reste, il ne l’a pas précisément inventé, il se l’est plutôt approprié en modifiant selon ses besoins le parler usuel.

À l’appui de notre dire, voici des exemples purs ou peu altérés de mots anciens :

Abadis, abéquer, agoniser, ambier, arche, arpion, arsouille, auber, bagou, baudru, bécher, biture, blaiche, blavin, carle, copain, coyon, douille, cadenne, esbrouffe, escarpe, esclot, estrangouiller, flouer, fouillouse, frime, gambiller, lichard, ligote, mion, morfiller, abouler, baladeur, balochard, calège, dariole, frusque, gayet, ginglard, gogo, harria, jaboter, jorne, maquiller, naze, niente, pécune, envoyer pisser, paumer, rigoler, pimpion, tractis, tanner, tabar.

Les substitutions du nom de l’effet à celui de la cause, de la propriété à l’objet, de la fonction à l’individu, sont excessivement nombreuses :

Avaloir, attache, battant, bleu, bouffarde, bouillante, boulanger, cassante, casse-gueule, chaude-lance, crampon, dur, éclairer, fauchant, fourchu, tortillard, glissant, guinal, lance, marcheuse, mince, montant, cogne, curieux, babillard, barbue, caillé, cercle, courbe, moricaud, tirant, tape-dur, tire-jus, tourne-autour, vole-au-vent, pousse-cailloux, toquante, pierreuse, tremblant, trimar, trottin, trottante, frappart, rude, raide, serrante, tournante, trouée, musicien, pétard, pitroux, nageoir, piquante, pique-en-terre, pleurant, pousse, sonnette, raccourcir, reluit, repoussant, roulant, torseur, tapecul, tombeur, rond, cabe, combre, mirzale, calvin.

Plus nombreuses encore sont les analogies cherchées… soit dans le monde animal :

Aile, aspic, azor, anguille, anchois, barbillon, bélier, biche, bigorneau, blaireau, bœuf, brème, buson, canard, caniche, castor, chameau, chat, cheval, chèvre, chien, cigogne, cigale, cocotte, corbeau, coucou, crapaud, daim, dindon, patte, paturon, muffle, bec, cuir, crin, grenouille, grue, huître, lion, lapin, merlan, morue, mouche, moucheron, mouton, ours, tigre, vautour, veau, vache, papillon, poulet d’Inde, rat, serin, sardine, souricière, taupage.

… Soit dans le monde végétal :

Cantaloup, carotte, chiendent, chou, citron, clou de girofle, coloquinte, cornichon, fenasse, feuille de choux, melon, navet, nèfle, ognon, orange, poire, pomme, prune, gazon, sapin.

… Soit dans le monde matériel des objets servant à l’homme :

Vermichel, raisiné, andouille, couenne, omelette, flan, fourchette, salière, boudin, dragée, scie, pioche, tuyau de poêle, chanterelle, musette, guimbarde, flageolet, trompette, tambour, guitare, violon, harpe, flûte, sifflet, grosse caisse, quille, roues de devant et de derrière, fagot, filasse, fil de fer, ficelle, tuile, poteau, échalas, espalier, cabriolet, capsule, compas, as de carreau, domino, etc.

Après ces trois grandes classes d’archaïsmes, de substitutions et d’analogies, nous distinguons une suite de petites divisions comprenant :

Des abréviations :

Achar, autor, aristo, bac, bénef, delige, démoc-soc, champ, sigue, come, consomm, flan, estom, from, jar, job, lansq, liquid, maq, occase, paf, pante, pede, poche, réac, rata, sap, topo, typo, ultra, cipal, radis.

… Des diminutifs et des changements de syllabes finales :

Baluchon, burlin, colas, criblage, hoteriot, tringlos, guichemar, épicemar, paquecin, orphelin, papelard, piou, placarde, ramastiqueur, rigolboche, cabermont, trèfle, trèpe, escrache, vioque, lanturlu, demistroc, alentoir.

… Des onomatopées :

Bouis-bouis, breloque, couac, dig-dig, faffe, fauffe, flafla, flaquer, fric-frac, frou-frou, frousse, plombe, toc, trac, branque, gilbocq, dégouliner, toquante.

… Quelques noms de lieux…

Dijonnier, elbeuf, lillois, lingre, lyonnaise, orléans, panama, soissonné.

… Des jeux de mots :

Auber, bisard, botte de neuf jours, castus, dix-huit, lait chrétien, cœur sur carreau, cuirassier, culbute, fidibus, flanelle, cloporte, sanglier, thomas, homelette, manette, monseigneur, mort, numéro cent, billet de parterre, salade, pendu glacé, large des épaules, passer au 10e, tangente au point Q.

Des souvenirs historiques ou littéraires :

Philistin, balthazar, laïus, putipharder, joseph, pallas, cupidon, cerbère, sophie, romain, monaco, garibaldi, jésuite, sorbonne, bolivar, polichinelle, arlequin, pierrot, carline, chauvin, mayeux, bertrand, macaire, antony, quasimodo, demi-monde, camelia, robinson, calino, etc.

Les divisions que nous venons d’indiquer prouvent surabondamment qu’autour d’un noyau d’anciens mots, dont les glossaires de Du Cange et de Roquefort nous conservent la suite, se sont groupés non des mots nouveaux, mais des interprétations nouvelles de mots déjà connus. Ce langage de convention, essentiellement imagé, particulièrement pittoresque, s’est enrichi d’autant plus que l’exigeaient les besoins de ses auteurs. Sous ce dernier rapport, il est même arrivé a un degré de précision peu croyable.

S’agit-il de suivre tous les degrés de l’ébriété, remarquez la progression parfaite qu’indiquent être bien, avoir sa pointe, être gai, être en train, parti, lancé. Aucune de ces qualifications ne rentre dans l’autre. Chacune indique, dans l’état, une nuance. De même pour l’homme légèrement ému, il sera tout à l’heure attendri, il verra en dedans, et se tiendra des conversations mystérieuses. Cet autre est éméché ; il aura certainement demain mal au cheveux. Pour dépeindre les tons empourprés par lesquels passera cette trogne de Silène, vous n’avez que la liberté du choix entre : teinté, allumé, poivre, pompette, ayant son coup de soleil, son plumet, sa cocarde, se piquant ou se rougissant le nez.

De la figure passons à la marche. L’homme ivre a quatre genres de port qui sont tous également bien saisis. Ou il est raide comme la justice et laisse trop voir par son attitude forcée combien il est obligé de commander à la matière ; ou il a sa pente et croit toujours que le terrain va lui manquer ; ou il festonne, brodant de zig-zag capricieux la ligne droite de son chemin ; ou il est dans les brouillards, tâtonnant en plein soleil, comme s’il était perdu dans la brume.

Attendez dix minutes encore, laissez votre sujet descendre au dernier degré de l’ivresse, et vous pourrez dire indifféremment : Il est plein, complet, rond, humecté, pochard, il a sa culotte, son casque, son sac, son affaire, son compte.

Presque aussi riche est le vocabulaire des voies de fait, — une des conséquences les plus ordinaires de l’ivresse. Plus riche encore serait celui du libertinage s’il était permis de franchir des limites que nous avons serrées d’aussi près que possible, usant du droit qui sauvegarde toute recherche sérieuse.

Voici quelques-unes, des phases les plus intéressantes de la batterie :

Avec la peignée, on se prend aux cheveux, on se crêpe le chignon. On se croche ensuite à bras-le-corps. La valse, la tournée et la danse sans violons, décrivent les mouvements précipités de la lutte. Avec la dégelée, la brossée et la frottée, on a l’épiderme bien échauffé ; il est endolori après une raclée. La rossée vous sangle comme un cheval rétif ; la trempe et la rincée vous tordent comme du linge à la lessive. Viennent la trépignée, la tripotée, la pile, le travail du casaquin, et vous voilà terrassé, à la merci d’un adversaire qui vous pétrit de coups. Encore une seconde, et vous êtes un homme en compote ou démoli. Notez que contre tous ces termes, la loi grammaticale n’en a pas un seul précis.

Et ce n’est point là seulement que nous retrouvons une variété significative de synonymes. Prenons boule, ou balle, ou coloquinte, ou calebasse ! c’est la tête ronde, rien de plus ! Avec binette et trombine, frime et frimousse, il y a quelque chose de nouveau, nous voyons se dessiner la physionomie. La sorbonne, la boussole désignent le cerveau qui conçoit, raisonne et dirige. Le caisson a été fait tout exprès pour représenter le crâne éclatant à l’heure du suicide ; la tronche, pour montrer la tête tombant sous le couteau de la guillotine.

De la tête passons à la jambe : grosse c’est une quille, un poteau ; mince, c’est une flûte, un échalas ; plus mince encore, c’est un fil de fer ; tremblante, c’est un flageolet. Des jambes de danseur sont des gigues ou des gambilles ; celles d’un piéton forment un compas.

Cette finesse, cette précision se retrouvent jusque dans les diverses manières de dépenser son argent. L’avare se fend, le prodigue douille, la dupe casque, l’homme qui veut imposer la confiance éclaire.

La mort elle-même semble vouloir prêter un verbe à chaque état. Le joueur dévisse son billard, le chasseur graisse ses bottes, le bavard avale sa langue, le fumeur casse sa pipe, l’apoplectique claque, le troupier recoit son décompte, descend la garde, passe l’arme à gauche ou défile la parade, le pauvre perd une dernière fois le goût du pain.

Nous avons dit que l’argot forgeait en réalité peu de mots ; — ce sont des acceptions nouvelles qu’il invente de préférence. Tantôt il prend le tout pour la partie, tantôt la partie pour le tout ; le plus souvent il donne à un objet. le nom d’une autre chose qui n’a pas le moindre rapport, mais qui, selon lui, rend mieux l’image de la chose dont on parle.

Ces sortes de travestissements sont beaucoup plus raisonnés qu’on ne se le figure. Ainsi. pour n’en citer qu’un, toquante, ognon ou cadran sont bien plus expressifs que montre. Toquante fait allusion au mouvement de l’objet ; ognon, à sa forme, et cadran, à la figure tracée sur sa paroi. Ces synonymes offrent l’avantage d’une allusion directe à la chose, ils se gravent mieux dans la tête ? tandis que montre est, pour la mémoire des simples, beaucoup plus énigmatique. Il en est ainsi de beaucoup d’autres mots qu’il serait trop long de citer ici.

Mais il n’en faut pas déduire que l’idiome dont nous nous occupons soit facile à posséder. Il fourmille, on l’a vu, de nuances dont la distinction demande un certain acquit. C’est ainsi que blague a sept significations si nettement acceptées, qu’on peut y voir tour à tour de la facilite oratoire, une conversation spirituelle ou un mensonge. Chic présente autant de sens non moins contradictoires. Appliqué au crayon d’un artiste, il est un brevet de banalité ou de distinction ; il ne lui faut, pour cela, qu’être précédé ou d’avec ou de de. — Il fait tout avec chic est un éloge, il fait tout de chic est une critique très-sensible. — Faire a de même six acceptions ; ficher, huit ; chien entre dans la composition de neuf mots, et œil dans la composition de douze. Chose peut signifier Dignité ou Indignité ; paumer veut dire Prendre ou Perdre ; bachot s’applique indifféremment à un examen, à un candidat, à une institution ; extra représente ou un plat, ou un invité, ou un domestique.

Pour l’observateur, certains termes caractérisent tout un ordre d’idées, d’habitudes, d’instincts.

Ce n’est qu’un malfaiteur qui a pu appeler le premier cafarde la lune voilée et moucharde la lune brillante, qui encore a pu nommer coulant ou collier la cravate avec laquelle il vous étranglera au besoin. Il a besoin de ses yeux. On le devine en voyant qu’il les appelle ardents, reluits, clairs, quinquets et mirettes.

Que d’équivalents il a trouvé pour assassiner : faire suer, refroidir, démolir, rebâtir, connir, terrer, chouriner, expédier, donner son compte, faire l’affaire, capahuter, escarper.

Il semble n’avoir pas trop de verbes quand il s’agit d’exprimer une fuite : se la briser, se la casser, se pousser de l’air, s’esbigner, se cavaler, se la couler, se cramper, lâcher, décarer, décaniller.

Et quels noms significatifs décernés aux agents chargés de réprimer ses méfaits ! Par balai, cogne, raclette, raille, pousse et grive, il paraît dire : Le gendarme me balaie ou me cogne, la patrouille me racle, l’agent m’éraille ou me pousse, le soldat me grève.

Par une exception bizarre, il a mêlé les idées de cuisine et de dénonciation. L’homme qui le dénonce à la police est un cuisinier, un coqueur (coquus), une casserole. S’il est arrêté, il dit qu’il est servi. Serait-ce que parce qu’il se voit déjà flambé, fumé, frit, fricassé, rôti et brûlé par dame Justice, cette terrible cuisinière ?

On a dû le voir avec nous, la fréquence des mots indique mieux que toutes les statistiques morales la place tenue par certaines passions.

Niera-t-on que le peuple français soit susceptible d’enthousiasme en voyant tous les synonymes qu’il a trouvé aux mots bon et beau ? — V. Chic, chicard, chicandard, chouette, bath, rup, chocnosof, snoboye, enlevé, tapé, ça, superlifico, aux pommes, aux petits oignons, etc.

Et l’argent n’occupe-t-il pas dans le néologisme autant de place que dans les transactions de ce bas monde ? — Nerf, os, huile, beurre, graisse, douille, rond, cercle, bille, jaunet, roue de devant et de derrière, braise, thune, médaille, face, monarque, carte, philippe, métal, dale, pèze, pimpion, picaillon, noyaux, sonnette, cigale, quibus, quantum, sic nomen, cuivre, mitraille, patard, vaisselle de poche, sine quâ non ! etc.

Et l’eau-de-vie ! Combien de petits verres dans ces mots : Trois-six, fil en quatre, dur, raide, rude, chenique, schnapps, eau d’aff, sacré chien, goutte, camphre, raspail, jaune, tord-boyaux, casse-poitrine, consolation, riquiqui !

Après la satisfaction des besoins matériels ou l’expression d’une gaîté railleuse, les misères et les laideurs de cette vie sont largement représentés. — On trouve vingt mots pour montrer un niais, une dupe ou un fripon, pas un pour dire : Voici un honnête homme. — La femme digne d’estime est inconnue ; celle qu’on affecte de mépriser se trouve sous le coup d’un déluge d’injures. — Enfin la somme des négations est énorme et il n’y a pas une seule affirmation positive.

Et, chose étrange ! l’admiration même se trouve sur ce terrain raboteux tout imprégnée de je ne sais quelle brutalité. — Vous êtes fièrement brave, rudement bon, — se disent avec la meilleure intention du monde. Un discours éloquent devient un discours tapé ; une scène émouvante vous enlève, vous empoigne ; une belle action épate le public. On dit d’une œuvre banale : Cela n’est pas méchant, cela ne mord pas. Le travailleur est un piocheur et le zélé est un féroce.

En toute justice, cependant, on ne saurait traiter avec sévérité l’élément populaire qui sert de base aux observations précédentes.

Comment le peuple se piquerait-il de délicatesse en son langage ? Le labeur de chaque jour ne lui laisse apprécier que la satisfaction de ses gros appétits. Aussi, ne nous étonnons pas en voyant ses néologistes s’exercer uniquement là-dessus. Ces rudes chercheurs ont fait des mots accentués comme leurs ragoûts favoris et faits pour traverser les palais plébéiens que n’effraient pas les fortes épices.

Si on veut donc bien ne pas se choquer de la rusticité de cette forme, l’étude de cette langue fera découvrir, au degré le plus éminent, certaines qualités de couleur.

Comme il est bien nommé brutal ce canon qui, après avoir grondé de sa grosse voix, culbute tout sans dire gare !

Et béguin, cet amour terrestre qui vous isole au milieu de la vie mondaine avec les extases du cénobite !

Combien les mots de richesse, de crédit et de fortune paraissent fades à côté de cette annonce magique : Il a le sac ! — Il a le sac, c’est-à-dire ses écus sont là sous sa main ; d’un geste, il les fera luire à vos yeux ces belles espèces sonnantes.

Il en est de même pour beaucoup d’autres qu’on trouvera sans effort en feuilletant les pages suivantes.

Selon nous, il doit être aussi beaucoup pardonné aux licences du langage populaire, en raison de la souffrance et de l’amertume profondément ironique que décèlent bon nombre de ses termes. Ainsi la plèbe parisienne a trouvé un nom saisissant pour désigner certains quartiers où la misère a fait élection de domicile ; elle les appelle Quartiers souffrants.

Je me rappellerai toute ma vie du jour où j’entendis prononcer ce nom pour la première fois : c’était en omnibus. — Le conducteur, un gai compagnon, égayait de son mieux la monotonie du devoir qui l’obligeait à décliner tout haut le nom de certaines rues. — À l’instant où son véhicule quittait la sombre rue des Noyers pour traverser la place Maubert, autour de laquelle rayonnaient alors vingt ruelles noirâtres où grouillait la plus misérable population, — voilà notre homme qui s’écrie : « Place Maubert, rue Saint-Victor, Panthéon ! Il n’y a personne pour le quartier souffrant ! » — Et une pauvre vieille hâve, déguenillée, se dressa péniblement et descendit à cet appel comme une justification vivante de l’épithète.

Vous pouvez d’ailleurs leur prêcher la philosophie, à tous ces pauvres diables ; ils connaissent le mot, ils l’ont pris pour synonyme de Misère ; ils ont même décoré leurs savates du titre de philosophes. Peut-on mieux montrer, — je vous le demande, — la théorie foulée aux pieds par la réalité ?

Les synonymes significatifs de dur, raide, tord-boyaux, casse-poitrine disent assez comment les malheureux en sont venus à nommer consolation un verre d’eau-de-vie. Ce n’est pas toujours la boisson en elle-même qu’ils recherchent, car ils en connaissent les tristes effets, c’est un étourdissement momentané, c’est une consolation fictive.

Et la pipe, cet autre palliatif non moins populaire, y a-t-il une seule des cent satires rimées ou non rimées faites depuis cinquante ans contre cet usage, qui vaille tout le sens critique de ce seul mot : brûle-gueule ?

N’être pas méchant et avoir du vice sont également deux expressions cousines qui valent un livre sur le moyen de parvenir. — Vous voulez arriver, faites-vous craindre. Le naïf qui ne mord pas, qui n’est pas méchant, reste sans valeur aux yeux du prochain. — Avoir du vice, c’est être ingénieux. Si vous avez du vice, vous saurez exploiter ceux des autres. C’est une garantie d’avenir.

Heureusement, l’usage de dire ça n’est pas drôle, en présence d’un grand malheur, est là pour neutraliser le côté attristant du tableau que nous venons d’offrir. Ça n’est pas drôle prouve que la vieille gaîté française est impérissable. — Il n’y a de réellement fâcheux que ce qui ne peut lui offrir un côté plaisant ; et Dieu sait où elle ne vient pas à bout de le découvrir !

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Voilà des considérations un peu décousues ; si elles n’aspirent pas au sérieux d’une introduction philologique, elles suffiront pour faire apprécier au lecteur et la logique secrète d’un langage qui en paraît fort dépourvu, et la difficulté d’établir une nomenclature raisonnée de ce langage. Elles expliqueront pourquoi cette édition présente, à l’exemple de ses aînées, des remaniements et des additions considérables. C’est ainsi que nous avons été amené à prendre cette fois tout l’argot propre ment dit après avoir reconnu qu’une bonne part de notre ancien vocabulaire en dérivait déjà. — Plus se fraie le chemin et plus s’agrandit l’horizon.

Comme tous les sujets mal définis, celui dont nous nous occupons était difficile à bien traiter du premier coup. Les curieux assez patients pour comparer cette édition aux précédentes, verront que nous n’avons cessé de chercher des exemples probants, des définitions claires et concises, une explication simple et naturelle des causes qui ont déterminé l’emploi de chaque terme. À ce triple point de vue, ils voudront bien reconnaître qu’un succès facile ne nous a point endormi. — Nous avons cherché à devenir non meilleur, mais moins incomplet.

L’humilité de ce dernier adjectif n’est pas feinte. À peine notre livre est-il broché que nous y constatons déjà des faiblesses… Mais au lexicographe pas plus qu’au juste, il n’est donné d’être parfait, et nos contemporains sont trop presses pour ne pas être cléments envers celui qui n’a pas voulu leur faire attendre cette cinquième édition.

L. L.

abadis : Foule, rassemblement (Vidocq). — Vient du vieux mot de langue d’oc : abadia : forêt de sapins. V. Du Cange. — L’aspect d’une multitude ressemble à celui d’une forêt. On dit : Une forêt de têtes. — « Pastiquant sur la placarde, j’ai rembroqué un abadis du raboin. » — Vidocq.

Abatis : Pieds, mains. — Allusion aux abatis d’animaux. — Abatis canailles : Gros pieds, grosses mains. — « Des pieds qu’on nomme abatis.» — Balzac.

Abbaye de monte à regret : Échafaud (Vidocq). — Double allusion. — Comme une abbaye, l’échafaud vous sépare de ce bas monde, et c’est à regret qu’on en monte les marches.

abéquer : Nourrir. — Abéqueuse : Nourrice (Vidocq). — De l’ancien mot abêcher : donner la becquée. V. Roquefort.

Abloquir : Acheter en bloc (Vidocq). — Bazarder a, au point de vue de la vente, le même sens. — Du vieux mot bloquer : arrêter un marché. V. Lacombe.

abouler : Entrer — Vient du vieux mot bouler : rouler. V. Roquefort. — « Maintenant, Poupardin et sa fille peuvent abouler quand bon leur semblera. » — Labiche. — Notre langue a conservé éboulement.

Abouler : Donner, faire bouler à quelqu’un : — « Mais quant aux biscuits, aboulez. » — Balzac.
Abouler de maquiller : Venir de faire. V. Momir.
Aboulage : Abondance.

Absorption : Repas offert chaque année aux anciens de l’École polytechnique par la promotion nouvelle. On y absorbe assez de choses pour justifier le nom de la solennité. — « Lorsque le taupin a été admis, il devient conscrit et comme tel tangent à l’Absorption. Cette cérémonie annuelle a été imaginée pour dépayser les nouveaux, les initier aux habitudes de l’École, les accoutumer au tutoiement. » — La Bedollière.

Accent : V. Arçon.

Accroche-cœurs : Favoris (Vidocq). — Allusion aux accroche-cœurs féminins, petites mèches contournées et plaquées prétentieusement sous la tempe.

Accrocher : Mettre au Mont de Piété, c’est-à-dire au clou. Ce dernier mot explique le verbe. — « Ah ! les biblots sont accrochés.» — De Montépin.
Accrocher : Consigner un soldat, c’est-à-dire l’accrocher à son quartier, l’empêcher d’en sortir.

S’accrocher : Combattre corps à corps, en venir aux mains, ou, pour mieux dire, aux crocs. De là le mot.

achar (D’) : Avec acharnement. V. Autor.

Addition : Carte à payer. — « C’est l’addition même de l’un de ces repas-là. » — Delvau.

Ce néologisme fort juste s’explique de lui-même.

Aff : Abrév. d’Affaire. — V. Débiner.

affaire (Donner ou Faire son) : Tuer. — « L’un d’eux doit m’faire C’te nuit mon affaire. » — Désaugiers.

Avoir son affaire : Être ivre-mort. — « Je propose l’absinthe… Après quoi j’avais mon affaire, là, dans le solide. » — Monselet.
Avoir ses affaires : Avoir ses menstrues. V. Anglais.

Affranchir : Pervertir, c’est-à-dire affranchir des règles sociales. — « Affranchir un sinve pour grinchir : pousser un honnête homme à voler. » — Vidocq.

Affurage, Affure : Profit. — Affurer : Gagner (Vidocq). — De l’ancien mot furer : dépouiller. V. Du Cange. — « Eh vite ! ma culbute, quand je vois mon affure, je suis toujours paré. » — Vidocq.

Afut (Homme d’) : Malin, roué. — Vient du vieux mot affuster : viser, coucher en joue.

agonir, Agoniser : Insulter. C’est l’ἀγωνίζειν des Grecs. — « Je veux t’agoniser d’ici à demain, ». — Ricard. — « Si bien que je fus si tourmentée, si agonie de sottises par les envieuses. » — Rétif, 1783.

agrafer : Arrêter. — « Le premier rousse qui se présentera pour m’agrafer. » — Cauler.

Agrafer : Consigner. Même sens qu’accrocher. — « J’ai jeté la clarinette par terre, et il m’a agrafé pour huit jours. » — Vidal, 1833.

Aide-cargot : Valet de cantine. — « Aide-cargot, un dégoûtant troupier fait semblant de laver la vaisselle. » — Wado.

aile, leron : Bras. — « Appuie-toi sur mon aile, et en route pour Châtellerault. » — Labiche. — « Je suis piqué à l’aileron, tu m’as égratigné avec tes ciseaux.» — E. Sue.

Air (Se donner, se pousser de l’, jouer la Fille de l’) : Fuir. — Les deux premiers termes font image ; le troisième a été enfanté par la vogue de la Fille de l’Air, une ancienne pièce du Boulevard du Temple.

« La particulière voulait se donner de l’air. » — Vidal, 1833. — « Dépêchez-vous et jouez-moi la Fille de l’air avec accompagnement de guibolles. » — Montépin. — « Allons, môme, pousse-toi de l’air » — Id.
Vivre de l’air du temps : Être sans moyens d’existence. Terme ironique. — « Tous deux vivaient de l’air du temps. » — Balzac.
Être à plusieurs airs : Être hypocrite, jouer plusieurs rôles à la fois.

Alentoir : C’est alentour avec changement arbitraire de la dernière syllabe, procédé très-commun en argot.

Aller où le roi ne va qu’à pied : Ce rappel à l’égalité est de tous les temps. On disait au dix-septième siècle : « C’est à mots couverts le lieu où l’on va se décharger du superflu de la mangeaille… » — Scarron, qui n’a pas dédaigné de donner l’hospitalité à cette métaphore éminemment philosophique, ajoute : « C’est ce qu’on nomme à Paris, chez les personnes de qualité, la chaise percée ; car depuis environ vingt ans la mode est venue de faire ses nécessités sans sortir de sa chambre, et cela par un pur excès de propreté. »

Allez donc ! : Locution destinée à augmenter dans un récit la rapidité de l’acte dont on parle. — « J’avais mon couteau à la main… et allez donc !… j’entaille le sergent, je blesse deux soldats. " — E. Sue.

Allumer : Regarder fixement, éclairer de l’œil pour ainsi dire. — Très-ancien. Se trouve avec ce sens dans les romans du treizième siècle. V. Du Cange. — « Allume le miston, terme d’argot qui veut dire : Regarde sous le nez de l’individu. » (Almanach des Prisons, 1795).

Allumer : Déterminer l’enthousiasme. — « Malvina remplissait la salle de son admiration, elle allumait, pour employer le mot technique. » — Reybaud.
Allumer : Pour un cocher, c’est déterminer l’élan de ses chevaux à coups de fouet. — « Allume ! allume ! » — H. Monnier.
Allumé : Échauffé par le vin. — « Est-il tout a fait pochard ou seulement un peu allumé ? » — Montépin.
Allumeur : Compère chargé de faire de fausses enchères dans une vente. — « Dermon a été chaland allumeur dans les ventes au-dessous du cours.» — La Correctionnelle, journal.
Allumeuse, dans le monde de la prostitution, est un synonyme de marcheuse.
Dans ces acceptions si diverses, l’analogie est facile à saisir. Qu’il s’applique à un tête-à-tête, à un spectacle, à un attelage, à un repas, ou une vente, allumer garde toujours au figuré les propriétés positives du feu.

Altèque : Beau, bon, excellent (Vidocq). — Du vieux mot alt (grand, fort, élevé) accompagné d’une désinence arbitraire, comme dans féodec. V. Roquefort. — Frangine d’Altèque : Bonne sœur. — Frime d’altèque : Charmante figure. V. Coquer.

Amant de cœur : Les femmes galantes nomment ainsi celui qui ne les paie pas ou celui qui les paie moins que les autres. La Physiologie de l’Amant de cœur a été faite par Marc Constantin en 1842. Au dernier siècle, on disait indifféremment Ami de cœur ou greluchon. Ce dernier n’était pas ce qu’on appelle un souteneur. Le greluchon ou ami de cœur n’était et n’est encore qu’un amant en sous-ordre auquel il coûtait parfois beaucoup pour entretenir avec une beauté à la mode de mystérieuses amours. « — La demoiselle Sophie Arnould, de l’Opéra, n’a personne. Le seul Lacroix, son friseur, très-aisé dans son état, est devenu l’ami de cœur et le monsieur. » (Rapports des inspecteurs de Sartines). — Ces deux mots avaient de l’avenir. Monsieur est toujours bien porté dans la langue de notre monde galant. Ami de cœur a détrôné le greluchon ; son seul rival porte aujourd’hui le non d’Arthur.

Amateur : Homme s’occupant peu de son métier. — À l’armée revient surtout l’usage de ce mot. Un officier cultivant les lettres, les arts, les sciences même avec le plus grand succès, ne sera jamais qu’un amateur.

Amateur sert aussi dans l’armée d’équivalent au mot de bourgeois. Un officier dira : Il y avait là cinq ou six amateurs ; comme un soldat ou un sous-officier dira : Il y avait là cinq ou six particuliers.
Un clerc amateur travaille sans émoluments.
Amateur : Rédacteur qui ne demande pas le paiement de ses articles. — 1826, Biographie des Journalistes.

ambier : Fuir (Vidocq). — Du vieux mot amber : enjamber. V. Roquefort.

Américain (Œil) : Œil investigateur. — L’origine du mot est dans la vogue des romans de Cooper et dans la vue perçante qu’il prête aux sauvages de l’Amérique. — « Ai-je dans la figure un trait qui vous déplaise, que vous me faites l’œil américain ? » — Balzac — « J’ai l’œil américain, je ne me trompe jamais.» — Montépin.

Œil américain : Œil séducteur. — « L’œillade américaine est grosse de promesses, elle promet l’or du Pérou, elle promet un cœur non moins vierge que les forêts vierges de l’Amérique, elle promet une ardeur amoureuse de soixante degrés Réaumur.» — Ed. Lemoine.

Américaine : Voiture découverte à quatre roues. — « Une élégante américaine attend à la porte de l’hôtel Rothschild. Un homme fort bien mis y monte, repousse un peu de côté un tout petit groom, prend lui-même les guides et lance deux superbes pur-sang au galop.» — Figaro.

Amour : Aimable comme l’Amour. — « Armée de son registre, elle attendait de pied ferme ces amours d’abonnés.» — L. Reybaud. — « Comme j’ai été folle de Mocker, quel amour de dragon poudré.» — Frémy.

anchois (Œil bordé d’) : Œil aux paupières rougies et dépourvues de cils. — « Je veux avoir ta femme — Tu ne l’auras pas. — Je l’aurai, et tu prendras ma guenon aux yeux bordés d’anchois.» — Vidal, 1833.

Ancien, Conscrit : Élèves de première et de seconde promotion à l’École polytechnique ou à l’École de Saint-Cyr.

andouille : Personne molle, sans énergie (Vidocq).

Andouilles (Dépendeurs d’) : On sait que les andouilles se pendent au plafond. Le peu d’élévation des planchers parisiens relègue en province ce terme, qui désigne un individu de grande stature.

anglais : Créancier. — Le mot est ancien, et nous sommes d’autant plus porté à y voir, selon Pasquier, une allusion ironique aux Anglais (nos créanciers après la captivité du roi Jean) que les Français se moquaient volontiers autrefois de leur redoutable ennemi. C’est ainsi que milord est employé ironiquement aussi. Nous en trouvons trace dans Rabelais. — « Assure-toi que ce n’est point un anglais. » — Montépin. — « Et aujourd’hui je faictz solliciter tous mes angloys, pour les restes parfaire et le payement entier leur satisfaire. » — Crétin.

Les anglais sont débarqués. — Dans une bouche féminine, ces mots sont un équivalent de : J’ai mes affaires V. ce mot. — L’allusion est sanglante pour ceux qui connaissent la couleur favorite de l’uniforme britannique. — « Il est aussi brave Que sensible amant, Des Anglais il brave Le débarquement.» — Chansons, impr. Chastaignon, Paris, 1851.

anguille : Ceinture (Vidocq). — Une ceinture de cuir noir gonflée d’argent ressemble assez à une anguille.

Anses (Panier à deux) : Homme qui se promène avec une femme à chaque bras. — De ce terme imagé découle l’expression offrir son anse : offrir son bras.

Antifler, Entifler : Marier (Vidocq). Vient du mot entifle : église. — Là se fait la célébration du mariage. Entifler est donc mot à mot : mener à l’église. — « Ah ! si j’en défouraille, ma largue j’entiflerai.» — Vidocq.

Antipather : Avoir de l’antipathie. — « Pas une miette ! Je l’antipathe.» — Gavarni.

Anthony. — « En 1831, après les succès d’Antony, les salons parisiens furent tout à coup inondés de jeunes hommes pâles et blêmes, aux longs cheveux noirs, à la charpente osseuse, aux sourcils épais, à la parole caverneuse, à la physionomie hagarde et désolée… De bonnes âmes, s’inquiétant de leur air quasi cadavéreux, leur posaient cette question bourgeoisement affectueuse : « Qu’avez-vous donc ? » À quoi ils répondaient en passant la main sur leur front : « J’ai la fièvre. » — Ces jeunes hommes étaient des Antonys.» — Ed. Lemoine.

Antonne : Église (Vidocq). — Diminutif du vieux mot antic : église. V. Du Cange. On donne de même à l’église le nom de priante.

Antroler : Emporter (Vidocq). — Des mots entre roller : rouler ensemble. V. Du Cange.

aplomb (Coup d’) : Coup vigoureux, tombant verticalement sur le but. — « Sus c’ coup là, je m’aligne. L’gonse allume mon bâton, J’allonge sur sa tigne Cinq à six coups d’aplomb. » — Aubert, chanson, 1813. — « Ah ! fallait voir comme il touchait d’aplomb. » — Les Mauvaises Rencontres, chanson.

Apôtre : Doigt (Vidocq). — Est-ce parce que les apôtres sont souvent représentés avec l’index levé ?

Appas : Seins. — « Madame fait des embarras, Je l’ai vu mettre en cachette Des chiffons pour des appas. » — Matt., Chansons.

Aquiger : Palpiter. V. Coquer.
Aquiger : Blesser, battre. — Aquiger les brèmes : Biseauter les cartes.

Araignée dans le plafond (Avoir une) : Être fou. Le cerveau serait ici le plafond et la monomanie y tendrait ses toiles.

Arbalète : Croix de cou, bijou de femme (Vidocq). — Allusion à la ressemblance d’une arbalète détendue avec une croix.

Arcasien, sineur : Celui qui monte un arcat.

Arcat (Monter un) : Écrire de prison à un provincial, et lui demander une avance sur un trésor enfoui dans son pays et dont on promet de lui révéler la place. La lettre qui sert à monter l’arcat s’appelle lettre de Jérusalem, parce qu’on l’écrit sous les verrous de la Préfecture. Vidocq assure qu’en l’an VI, il arriva de cette façon plus de 15,000 fr. à la prison de Bicêtre. — Vient d’arcane : mystère, chose cachée.

arche (Aller à) : Chercher de l’argent (Vidocq) — Du vieux mot arche (armoire secrétaire) qui a fait archives. Le secrétaire sert de coffre-fort aux particuliers.

arçon, accent : Signe d’alerte convenu entre voleurs. Du temps de Vidocq (1837) c’était un crachement et un C figuré à l’aide du pouce droit sur la joue droite. — Vient d’arçon : archet, petit arc. V. Roquefort. — La courbe du C représente bien la forme d’un arc. — Accent nous paraît de même une allusion au son du crachat.

Arguemine : Main. — « Je mets l’arguemine à la barbue. » — Vidocq.

Arcpincer : Arrêter quelqu’un. — Pincer au demi-cercle est très-usité dans le même sens. Il est à remarquer qu’arc et demi-cercle sont presque synonymes et qu’ils paraissent dériver de la même image.

aristo : Aristocrate. — « C’est vrai ! tu as une livrée, tu es un aristo.» — D’Héricault.

Ardents : Yeux. — Dict. d’argot moderne, 1844. — Le verbe allumer entraînait naturellement ce substantif.

Argot, Arguche. — Diminutifs d’argue : Ruse, finesse. V. Roquefort. — L’argot n’est en effet qu’une ruse de langage. V. Truc.

Arlequin : Rogatons achetés aux restaurants et servis dans les gargotes de dernier ordre. — « C’est une bijoutière ou marchande d’arlequins. Je ne sais pas trop l’origine du mot bijoutier ; mais l’arlequin vient de ce que ces plats sont composés de pièces et de morceaux assemblés au hasard, absolument comme l’habit du citoyen de Bergame. Ces morceaux de viande sont très-copieux, et cependant ils se vendent un sou indistinctement. Le seau vaut trois francs. On y trouve de tout, depuis le poulet truffé et le gibier jusqu’au bœuf aux choux. » — P. D’Anglemont.

Arme à gauche (Passer l’) : Mourir, militairement parlant. Aux enterrements, le soldat passe l’arme sous le bras gauche. — « Toute la famille a passé l’arme à gauche. » — Lacroix, 1832.

Il a reçu une volée que le diable en a pris les armes : Il a reçu une volée mortelle, telle que le diable aurait pu emporter son âme. — Arme est souvent pris pour âme au moyen âge.

Arnache : Tromperie (Vidocq). — Du vieux mot harnacher : tromper.

arpion : Pied. — C’est le vieux mot arpion : griffe, ongle (Lacombe). On a dit arpion comme on dit pattes. — « J’aime mieux avoir des philosophes aux arpions. » — E. Sue.

Arsonnement : Onanisme (Vidocq). — Du vieux mot arson : incendie. L’analogie est facile à expliquer. — On emploie le verbe S’arsonner.

arsouille : Anagramme du vieux mot souillart : homme de néant. La souillardaille était jadis la canaille d’aujourd’hui. V. Du Cange. — « C’étaient des arsouilles qui tiraient la savate. » — Th. Gautier.

Art (Faire de l’art pour) : Cultiver les arts ou les lettres sans y chercher uniquement une occasion de lucre. V. Métier (Faire du). — « Nous avons connu une école composée de ces types si étranges, qu’on a peine à croire à leur existence ; ils s’appelaient les disciples de l’art pour l’art. » — Murger.

Arthur : V. Amant de cœur. — « Quant aux Arthurs de ces Dames. » — Delvau.

Arthur : Homme à prétentions galantes. — « Un haut fonctionnaire bien connu, membre d’une académie, Arthur de soixante ans. » — De Boigne.

Article (Faire l’) : Faire valoir une personne ou une chose comme un article de commerce. — « Malaga ferait l’article pour toi ce soir. » — Balzac. — Examinez-moi ça ! comme c’est cousu ! — Ce n’est pas la peine de faire l’article. » — Montépin.

Être à l’article : Être à l’article de la mort, sur le point de mourir.
Porté, fort sur l’article : Enclin à la luxure.

Articlier : « C’est un articlier. Vernon porte des articles, fera toujours des articles, et rien que des articles. Le travail le plus obstiné ne pourra jamais greffer un livre sur sa prose. » — Balzac.

Artie, Arton : Pain. — « En cette piolle On vit chenument ; Arton, pivois et criolle On a gourdement.» — Grandval, 1723.

Artilleur à genoux : infirmier. — Allusion au canon du clystère et à la posture que réclame sa manœuvre. Ph. Le Roux (1718) nomme déjà mousquetaires à genoux les apothicaires. — On dit aussi : Canonnier de la pièce humide.

As de carreau : Havre-sac d’infanterie. — Allusion à sa forme carrée. — « Troquer mon carnier culotté contre l’as de carreau ou l’azor du troupier. » — La Cassagne.

As de pique (Fichu comme un) : Mal bâti, mal vêtu. Jadis on appelait as de pique un homme nul. — « Taisez-vous, as de pique ! » — Molière.

aspic : Calomniateur (Vidocq). — Grâce à leur venin, ces serpents ont toujours symbolisé la calomnie. L’aspic des voleurs n’est que la vipère des honnêtes gens.

Asseoir (S’) : Tomber, ironiquement : s’asseoir par terre.

Allez vous asseoir : Taisez-vous. — Allusion à la fin obligée des interrogatoires judiciaires. — Asseyez vous dessus : Imposez-lui silence. — En 1859, M. Dallès a fait deux chansons intitulées l’une : Allez vous asseoir, et l’autre : Asseyez-vous donc là-d’sus. — Un petit théâtre de Paris a également donné ce premier terme pour titre à une revue de fin d’année.

Astic : Tripoli, mélange servant à nettoyer les pièces de cuivre. — « Et tirant du bahut sa brosse et son astic, il se met à brosser ses boutons dans le chic. » — Souvenirs de Saint-Cyr.

astiquer : Nettoyer. — « Quand son fusil et sa giberne sont bien astiqués. » — 1833, Vidal.

Un troupier dira de bourgeois élégants : Ce sont des civils bien astiqués. La marine donne à ce mot de nombreux synonymes : — « Peste ! maître Margat, vous avez l’air d’un Dom Juan… — Un peu, que je dis ! on a paré la coque… On s’a pavoisé dans le grand genre ! On est suifé et astiqué proprement. » — Capendu.
Astiquer : Battre. — « Sinon je t’astique, je te tombe sur la bosse. » — Paillet. — Du vieux mot estiquer : frapper d’estoc ou de la pointe. V. Du Cange. — Nous croyons cette étymologie commune à l’autre sens. L’homme qui frappe droit exécute le même mouvement qu’un fourbisseur en exercice.

Asticot : Vermicelle (Vidocq). Calembour. Le vermicelli italien s’applique à un asticot, à un vermisseau, comme à une pâte alimentaire.

Atout : Coup grave. — « Voilà mon dernier atout… Vous m’avez donné le coup de la mort. » — Balzac. — Expression de joueurs de cartes, qui ont appliqué aux accidents de la vie le nom de l’ennemi que craignent leurs combinaisons.

Atout : Courage Vidocq). « Je ne me plains pas. Tu es un cadet qui a de l’atout. » — E. Sue. — Même allusion ; seulement elle est retournée. L’homme a ici l’atout dans le jeu de sa vie au lieu de l’avoir contre lui.
Atouser : Encourager (Vidocq). — C’est-à-dire donner de l’atout.

attache : boucle (Vidocq). — Effet pris pour la cause. Une boucle sert à attacher. V. Chêne. — « J’engantais sa tocquante, ses attaches brillantes avec ses billemonts. » — Vidocq.

Attaque (D’) : Vivement, spontanément. — Un homme d’attaque est un homme d’action.

Attendrir (S’) — S’attendrir sous l’empire d’un commencement d’ivresse. Dix minutes avant, le buveur attendri n’était qu’ému. Dix minutes encore, et il sera sur le point de pleurer. — « Le capitaine qui avait religieusement vidé son verre à chaque mot, s’attendrit. » — Th. Gautier.

Attriquer : Acheter (Vidocq). — Ce doit être un mot ancien, car Du Cange lui donne un pendant dans attrosser : vendre.

auber : Somme d’argent (Vidocq). — Calembour sur l’équivoque présentée par le vieux mot maille, qui signifiait en même temps monnaie et maille de auber ou cotte de mailles. V. Du Cange. — Au point de vue financier comme au point de vue militaire, l’auber a donc représenté la réunion d’un certain nombre de mailles. — V. Chêne.

Auteur : Père. — Abrév. d’auteur de mes jours. — « Il est impossible de voir un auteur (père) plus chicocandard. » — Th. Gautier.

autor (D’) : D’autorité. — Abrév. — Un coup d’autor et d’achar est irrésistible. On joint d’ordinaire ces deux mots. — « Et d’autor et d’achar Enfoncé le jobard. » — De Montépin.

Autan : Grenier (Vidocq). — Vient du vieux mot hautain : élevé, en bas latin altanus. V. Roquefort. — Un grenier occupe toujours le haut de la maison.

Autre (L’) : Nom donné à Napoléon I par ses partisans. Sous Louis XVIII, il avait une valeur exceptionnelle ; il signifiait : l’Autre souverain. — « M. de Saint-Robert était, du temps de l’Autre, officier supérieur dans un régiment de la vieille. » — Couailhac.

Autre côté (Femme de l’) : Les étudiants de Paris appellent ainsi les lorettes habitant la rive droite, c’est-à-dire l’autre côté de la Seine (pour le quartier latin). — « C’est Annette. C’est une femme de l’autre côté. » — Les étudiants, 1860.

auverpin : Auvergnat. V. Charabia.

avaloir : Gosier (Vidocq). — Inutile d’insister sur l’origine du mot. On voit que le gosier est ici dans l’exercice de ses fonctions.

Avantages, Avant-cœur, Avant-scènes : Seins. — « N’étouffons-nous pas un petit brin ? lui dit-il en mettant la main sur le haut du busc ; les avant-cœur sont bien pressés, maman. » — Balzac. — « C’est trop petit ici : la société y sera comme les avantages de madame dans son corset. » — Villemot.

azor : Sac d’infanterie. Son pelage lui a fait donner ce nom de chien. — Un fantassin en route dit qu’il part à cheval sur Azor. — « Le mauvais drôle avait vendu son havre-sac, qu’il appelait son Azor. — Vidal, 1833.

Appeler Azor : Siffler un acteur comme un chien. — « Dites donc, mame Saint-Phar, il me semble qu’on appelle Azor. » — Couailhac.




bac : Baccarat. — Abrév. — « La musique n’arrivant pas, on a taillé un petit bac pour prendre patience. » — A. Second.

babillard, llarde : Livre, lettre — Babiller : Lire. — Comparaison d’une lecture au babillage d’une personne qui cause sans s’arrêter. — « Ma largue part pour Versailles aux pieds de Sa Majesté ; elle lui fonce un babillard pour me faire défourailler. » — Vidocq.

Babillard : Confesseur (Vidocq). — Allusion aux efforts persuasifs des aumôniers de prison vis-à-vis de leur troupeau.

Bachasse : Galère. — Augmentatif de bac : bateau. — « En bachasse tu pégrenneras jusqu’au jour du décarement » — Vidocq.

Bachot : Cette abréviation de bachelier désigne à la fois le bachelier, l’aspirant bachelier, l’examen du baccalauréat et enfin la pension spéciale où on se prépare à cet examen. V. les Institutions de Paris.

Bachotteur : Grec chargé du rôle de compère dans une partie de billard à quatre. Il règle la partie, tient les enjeux ou baches et paraît couvrir la dupe de sa protection. Les deux autres grecs sont l’emporteur chargé de lier conversation avec la dupe pour l’amener dans les filets de ses compagnons et la bête qui fait exprès de perdre au début pour l’allécher (Vidocq).

Bacler : Fermer (Vidocq) — (Vieux mot). V. Roquefort.

Badouillard : « Pour être badouillard, il fallait passer trois ou quatre nuits au bal, déjeuner toute la journée et courir en costume de masque dans tous les cafés du quartier latin jusqu’à minuit. » — P. d’Anglemont.

Badouiller : Faire le badouillard.
Badouillerie : Art de badouiller. — « La Badouillerie est la mort des sociétés de tempérance. » — 1844, Cat. poissard.

bagou : « Ce mot, qui désignait autrefois l’esprit de répartie stéréotypée, a été détrôné par le mot blague. — Balzac.

Bagou, Bague : Nom propre (Vidocq). Du vieux mot bagouler : parler. V. Lacombe.

Bahut : Institution académique. — « Je te croyais au bahut Rabourdon. Jamais j’aurais pensé qu’t’étais devenu potache. Et Furet, as-tu de ses nouvelles ? en v’là un bahuteur. Il a fait la moitié des bahuts au Marais et une douzaine au moins dans la banlieue. » — Les Institutions de Paris, 1858.

Quelques fils de famille disent, par extension : le bahut paternel, en parlant du logis de leurs auteurs.
Bahut spécial : École de Saint-Cyr. — « L’École de Saint-Cyr ! j’ai le bonheur d’être admis à ce bahut spécial. » — La Cassagne.
Bahuter : Faire tapage. Terme propre aux élèves de Saint-Cyr. Pour eux, « ceci est bahuté » veut dire aussi : « Ceci a le chic troupier. »
Bahuteur : Tapageur. « Cette écorce rude et sauvage qui allait au bahuteur de Saint-Cyr. » — La Barre. — Vient du vieux mot bahutier. — « Quand un homme fait plus de bruit que de besogne, on dit qu’il fait comme les bahutiers. Car en effet les bahutiers, après avoir cogné un clou, donnent plusieurs coups de marteau inutiles avant que d’en cogner un autre. » — Dict. de Le Roux.
Bahuteur : Coureur de bahuts. V. ce mot.

Baigneuse : Chapeau de femme (Vidocq). — Du nom d’une coiffure à la mode vers la fin du siècle dernier.

Bain de pied : Excédant de liquide versé à dessein dans une tasse ou dans un verre ; il déborde et fait prendre au récipient un bain de pied dans la soucoupe.

baïte : Maison. équivalent de boîte (?) — « Jorne et sorgue, tu poisseras boucart et baïte chenument. » — Vidocq.

balader (Se) : Flâner. — Diminutif du vieux mot baler : se divertir, se remuer. V. Roquefort. — « Je suis venu me balader sur le trottoir où j’attends Millie. » — Monselet.

Balader : Choisir, chercher (Vidocq). — Même racine. Le choix comporte toujours un déplacement.
Baladeuse : Coureuse. — « Elle t’a trahi sans te trahir. C’est une baladeuse, et voilà tout. » — Nerval.

Balai : Gendarme (Vidocq). — On appelle de même raclette une ronde de police ; elle racle les gens que la gendarmerie balaie.

balancer : Jeter au loin. On sait que l’action de balancer imprime plus de force à une projection. V. Litrer.

Balancer, envoyer à la balançoire : Congédier, renvoyer. — « Elle m’a traité de mufle. — Alors il faut la balancer. » — Monselet. — « Je l’envoie à la balançoire. » — Id. — On dit aussi exbalancer : — « Je vais les payer et les exbalancer à la porte. » — Vidal, 1833.
Balancer son chiffon rouge : Parler, remuer la langue. — Balancer sa canne : Devenir voleur. — C’est-à-dire jeter la canne de l’homme qui marche dans l’unique but de se promener. — Balancer ses halènes : Cesser de voler, jeter ses outils de voleur. — Balancer une lazagne : Adresser une lettre. — Balancer ses chasses : Regarder à droite et à gauche.
Balancement : « Le conducteur appelle son renvoi de l’administration un balancement. » — Hilpert.
Balançoire : mensonge, conte en l’air. — « Non, monsieur ! je n’avais pas fait un accroc. — C’est une balançoire. " — P. de Kock.

Balançoir, Balançon : Barreau de fenêtre (Vidocq). — Est-ce parce que les prisonniers s’y cramponnent parfois en se balançant ?

balle : Tête. — Comme Boule et Coloquinte, balle est une allusion à la rondeur de la tête. Une bonne balle est une tête ridicule. Une rude balle est une tête énergique et caractérisée. — « Une balle d’amour est une jolie figure. » — Vidocq.

Être rond comme une balle, c’est avoir bu et mangé avec excès.
Balle : Franc. — Allusion à la forme ronde d’une pièce de monnaie. — « Je les ai payées 200 fr. — Deux cents balles, fichtre ! » — De Goncourt.
Balle de coton : Un coup de poing. — Allusion aux gants rembourrés des boxeurs. — « Il lui allonge sa balle de coton, donc qu’il lui relève le nez et lui crève un œil. » — La Correctionnelle.

Ballon : Derrière. — Enlever le ballon : Donner un coup de pied au derrière. — « Inutile de faire remarquer l’analogie qu’il y a ici entre la partie du corps ainsi désignée et une peau gonflée de vent qu’on relève du pied. » — F. Michel.

balochard, balocheur : « Le balochard représente surtout la gaîté du peuple ; c’est l’ouvrier spirituel, insouciant, tapageur, qui trône à la barrière. » — T. Delord.

Pardon ! pardon ! Louise la Balocheuse,
De t’oublier, toi, tes trente printemps,
Ton nez hardi, ta bouche aventureuse,
Et tes amants plus nombreux que tes dents. — Nadaud.

Le carnaval parisien a eu aussi ses costumes de balochard. C’était la tenue de chicard, avec un feutre défoncé pour casque.

Balocher : « C’est quelque chose de plus que flâner. C’est l’activité de la paresse, l’insouciance avec un petit verre dans la tête. » — T. Delord.
Balocher : S’occuper d’affaires véreuses. — Vidocq.

Balthazar : Repas plantureux. — Allusion biblique — « Je vais me donner une bosse et faire un balthazar intime. » — Murger.

baluchon : Paquet (Vidocq). — Diminutif de Ballot.

Banban : personne de petite taille aux membres noués. — Allusion au dandinement particulier de la marche. — « J’entrai chez Dinah, jolie petite brune un peu banban. » — Mogador.

Bancal : Sabre courbe. — Allusion aux jambes arquées du bancal. « Voilà M. Granger qui apporte le bancal. » — Gavarni.

Banco (Faire) : Tenir tous les enjeux qui sont opposés par le banquier. — Terme de lansquenet. — « Certains joueurs arrivent avec dix louis dans leur poche ; ils font des banco de cent, deux cents, trois cents louis. » — Karr.

Bande (Coller sous) : Acculer dans une situation difficile. — Terme de billard.

Banquette : Menton (Vidocq). — La saillie du menton forme en effet une banquette au bas du visage.

Baptême (Se mettre sur les fonts du) : Se mettre dans l’embarras. — « Nous ne voulons enquiller chez aucun tapissier, c’est se mettre sur les fonts du baptême. » (Vidocq). Pour comprendre ce terme, il faut savoir que Parrain veut dire témoin à charge. C’est donc s’exposer au parrain que se mettre sur les fonts du baptême.

Barbaudier : Guichetier (Vidocq). — Il est chargé du barbot des prisonniers.

Barbe (Prendre la) : S’enivrer. — « La Saint-Jean d’hiver, la Saint-Jean d’été, la Saint-Jean-Porte-Latine, le moment qui commence les veillées, celui qui les voit finir, sont autant d’époques où (pour les compositeurs d’imprimerie) il est indispensable de prendre là barbe. » — Ladimir.

Barberot : Barbier (Vidocq). Dimin. de barbier.

barbillon : Souteneur de filles (Vidocq). — Équivalent de poisson.

Barbot : Canard (Vidocq). — L’acte est mis pour l’acteur.

Barbot : Fouille. — Allusion à la main fouillant une poche, comme un bec de canard barbotte dans un trou. — « Je fis le barbot et je m’emparai de quelques pièces de vingt et quarante francs. » Canler.

Barbotter : Voler (Vidocq). — Mot à mot : faire le barbot. «Tous deux en brav’s nous barbottions, D’or et d’billet nous trouvons un million. » — Paillet.

barbue : Plume (Vidocq). — Allusion aux barbes de plume. V. Arguemine.

Basourdir : Assommer (Vidocq). — Abrév. d’abasourdir.

Bassin, Bassinoire : Importun. « Allons, vieux bassin, Avez-vous fini vos manières. » — Becquet, chanson.

Bassiner : Importuner. — « Il me bassine, cet avoué. » — Labiche.
Bassinoire : Grosse montre de cuivre. — Moins le manche, elle offre un diminutif assez exact de la bassinoire classique. — « C’était une vénérable montre de famille, dite bassinoire en langage familier. » — Champfleury.

Bastringue. — Étui conique en fer d’environ quatre pouces de long sur douze lignes de diamètre, contenant un passe-port, de l’argent, des ressorts de montres assez dentelés pour scier un barreau de fer, un passe-port, de l’argent, etc. — Vidocq — Les malfaiteurs, sur le point d’être pris, cachent dans leur anus cette sorte de nécessaire d’armes, mais il doit être introduit par le gros bout. Faute de cette précaution, il remonte dans les intestins et finit par causer la mort. Un prisonnier périt il y a quelques années de cette manière, et les journaux ont retenti du nombre prodigieux d’objets découverts dans son bastringue, après l’autopsie.

Bataille (Chapeau en) : Chapeau à cornes tombant sur chaque oreille. Mis dans le sens contraire, il est en colonne. Terme de manœuvres militaires. — « Les uns portent d’immenses chapeaux en bataille, les autres de petits chapeaux en colonne. » — La Bédollière.

bath : Remarquable. — Terme contemporain du papier anglais dit papier bath, qui fut notre premier papier à lettre. Sans l’h final, nous aurions vu là une abrév. de batif. V. ce mot. — « Nous avons fait un lansquenet un peu bath cette nuit. » — Vitu.

Batif : Neuf (Vidocq). — Corruption de battant.

Batouse : Toile (Vidocq).

Batouse battante : Toile neuve. — On dit communément battant neuf pour neuf.

battant : Cœur (Vidocq). — Mot imagé. C’est le cœur à son état ordinaire. Il ne mérite pas encore le nom de palpitant.

Battoir : Main large, main de claqueur, sonore comme un battoir de blanchisseuse. — « Dieu ! la belle tragédienne ! En avant les battoirs ! » — L. Reybaud.

Batterie : Mensonge (Vidocq). — Allusion aux batteries d’artillerie dont le jeu est souvent caché. On dit de même usuellement démasquer ses batteries. — Un faiseur de batteries s’appelle un batteur.

Battre : Contrefaire, mot à mot : faire une batterie. — Ce verbe a un peu le même sens dans l’expression actuelle : battre froid.
Battre job, battre comtois : Faire le niais (Vidocq). — V. Job, comtois. — Battre morasse : Crier à l’aide, mot à mot : crier à la mort, à l’assassin. — Battre a un autre sens dans Battre son quart (V. Quart), et Battre sa flème : Ne rien faire. — Il a ironiquement le sens actif.

Baude : Vérole (Vidocq). — Du vieux mot baut : joyeux. V. Lacombe Du Cange. — La baude serait donc la joyeuse, ou plutôt le mal de la joie.

baudru : Fouet. — Corruption du vieux mot baudre : courroie, baudrier. V. Roquefort.

Bayafe : Pistolet. — « On peut remoucher les bayafes. Alors le taffetas les fera dévider et tortiller la planque où est le carle. » — Vidocq.

Bazar : Maison chétive, ou mal distribuée. — « Petit bazar entre cour et jardin. » — Labiche.

Bazar : Mobilier. — J’ai vendu la moitié de mon bazar pour payer le médecin. » — E. Sue.
Mot contemporain de notre entrée en Afrique.
Bazarder : Vendre. « J’ai bazardé mon pantalon.» — Les Tribunaux.

Beau : Homme à la mode. — « Le beau de l’Empire est toujours un homme long et mince, qui porte un corset et qui a la croix de la Légion d’honneur. — Balzac. — Il y a les ex-beaux et les beaux du jour.

Bébé : Poupard. — De l’anglais baby. — « Emma arriva le lendemain, au sortir du bal de la Porte Saint-Martin, en costume de bébé. » — Ces Dames, 1860.

Bébé sert aussi de mot d’amitié. — Tu sais, mon petit homme, que je n’ai plus un sou, et que ton petit bébé ne doit pas rester sans espèces. — Id.

bec : Bouche. — Casser, chelinguer du bec : Avoir mauvaise haleine. — Rincer le bec : Faire boire. — Faire le bec : Donner des instructions. — Avoir du bec : Être éloquent. — Tortiller du bec : Manger. — River le bec : Faire taire. — Fin bec : Gourmand.

bêcher : Battre, dire du mal. Vient du vieux mot béchier : frapper du bec (DuCange). — « Je suis comme je suis, c’est pas une raison pour me bêcher. » — Monselet.

Avocat bécheur : Magistrat chargé du ministère public. Il bêche le prévenu.

béguin : Passion. — Vient du mot béguin : chaperon, coiffure. Allusion semblable à celle qui fait appeler coiffée une personne éprise. — « Il y a bel âge que je ne pense plus à mon premier béguin. » — Monselet.

Béguin : Tête. — « Tu y as donc tapé sur le béguin. — Robert Macaire, 1836.

Bécot : Petit baiser pris du bout des lèvres avec la prestesse de l’oiseau qui donne son coup de bec. — « Encore un bécot. » — Champfleury.

Bécoter : Donner des bécots. — « Tiens, j’effarouche les tourtereaux… On se bécotait ici. » — Cormon.

Becqueter : Manger. De bec. — « J’ai vendu ce que j’avais pour becqueter. » — Lynol.

bélier : Cocu (Vidocq). — Allusion aux cornes symboliques du cocuage.

Belle (Jouer la) : Tout risquer d’un seul coup. — On sait que deux joueurs jouent la belle (partie), lorsque après avoir gagné chacun une partie, ils conviennent d’en jouer une décisive.

bénef : Bénéfice. — « Un billet, mon maître, moins cher qu’au bureau ! Deux francs cinquante de bénef ! » — Second.

Béquille : Potence (Vidocq). — La potence ressemble à une béquille. — Béquiller : Pendre. V. Farre.

Béquiller : Manger. — « C’est égal, je lui ai envoyé un coup de tampon sur le mufle qu’il ne pourra ni béquiller, ni licher de quinze jours. » — Th. Gautier. Même étymologie que Becqueter.

Berlue : Couverture (Vidocq).

Berry : Capote d’études à l’École polytechnique. — « Toujours plus ou moins culottée, veuve d’un certain nombre de boutons. » — La Bédollière.

Bertrand : Fripon dupé par son complice. — La fable connue de Bertrand et Raton, et le drame de l’Auberge des Adrets, ont mis ce terme à la mode. — « Il s’était posé à mon endroit en Robert Macaire, me laissant le rôle désobligeant de Gogo ou de Bertrand. — E. Sue.

Bête : V. Bachotteur.

Bêtises (Dire des) : Tenir des propos grivois. — Passer des paroles à l’action, c’est faire des bêtises.

Beuglant : Café chantant. — « Nous allâmes au beuglant, c’est-à-dire au café chantant… Vous devez juger par le nom donné à cet établissement que les chants des artistes sont fort peu mélodieux. » — Les Étudiants, 1860.

Brugne : Coup violent. — Corruption des vieux mots beigne, bigne, employés dans le même sens. V. Roquefort.

Beurre : Argent. — V. Graisse. — « Nous v’là dans le cabaret À boire du vin clairet, À ct’heure Que j’ons du beurre. » — Chansons, Avignon, 1813.

Mettre du beurre dans ses épinards : Voir augmenter son bien-être. — On sait que les épinards sont la mort au beurre.
Avoir du beurre sur la tête : Être couvert de crimes. — Allusion à un proverbe hébraïque. V. Vidocq.
Beurrier : Banquier (Vidocq).

Bibard, Biberon : Ivrogne (Dhautel). — « Par rapport à ces vieux bibards d’invalides. » — La Bédollière. — « C’est un fameux biberon. Quand on lui demande quel temps il fait, il vous répond :Il fait soif. » — Vidal, 1833.

Bibi : Petit chapeau de femme. — « Malaga portait de jolis bibis. » — Balzac.

Bibi : Nom d’amitié donné à l’homme ou à la femme dont on est coiffé. — « Paul, mon bibi, j’ai bien soif. — Déjà ? » — Montépin.

Biblot : Objet de fantaisie propre à décorer une étagère. — Abréviation de bimbelot : jouet d’enfant. — « Il y a biblot et biblot : celui qu’on gagne à la fête de Saint-Cloud et celui que cent capitaines de navire ont à grands frais rapporté de toutes les îles connues ou inconnues. » — Mornand.

Mon biblot, dans la bouche d’un soldat, signifie : Mon attirail militaire.
Biblot : Bijou. — « Trouve-moi des dentelles chouettes ! et donne-moi les plus reluisants biblots.» — Balzac.
Biblot : Outil d’artisan (Vidocq).

biche : Lorette. — Abréviation de biche d’Alger, synonyme populaire de chameau. — « Une biche, — il faut bien se servir de cette désignation, puisqu’elle a conquis son droit de cité dans le dictionnaire de la vie parisienne, — se trouvait cet été à Bade. » — Figaro, 1858. — Forte biche : Lorette élégante.

Bicherie : Monde galant. — « Mme Marguerite V., de la haute bicherie du quartier d’Antin. » — Les Cocottes, 1864.

Biche, chette, chon : Mots d’amitié. — « Viens ici, ma biche, viens t’asseoir sur mes genoux. » — Frémy. — « Oui, ma bichette ! oui, mon petit chien-chien. » — Leuven. — « Mon bichon, tu seras gentil, faudra voir ! » — Gavarni.

Bidet : Ficelle transportant la correspondance des prisonniers enfermés à des étages différents (Vidocq). — C’est leur bidet de poste.

Bien : D’apparence distinguée. — « Elle aime à causer, surtout avec les messieurs bien. » D’Anglemont.

Être bien : Être gris. Éprouver le bien-être factice causé par un commencement d’ivresse.
Bien mis : Fashionable. — « Ohé ! ce bien mis, il vient faire sa tête, parce qu’il a du linge en dessous. » — E. Sue.

Bier : Aller. — Abrév. d’ambyer.

Biffer : Manger goulument (Vidocq). — Forme de Bouffer.

Biffin, Bifin : Chiffonnier. — Ce n’est pas le chiffonnier pur-sang, c’est celui qui a déchu d’une position meilleure. De là sans doute le nom de biffin : goulu, donné par l’ancien chiffonnier au nouveau venu. — « J’ vois deux bifins et leurs femelles. » — Chansonnier, 1836.

bigorne : Argot. — Du vieux mot biguer : changer, troquer. V. Roquefort. L’argot n’est qu’un langage bigué, d’où le diminutif bigorne. — « Rouscaillons bigorne. Qui enterver le saura, à part sézière en rira, mais les rupins de la vergne ne sont dignes de cela. » — Vidocq. — V. Jaspiner.

bigorneau : Soldat de marine. — Tenue de matelot. Comme le petit coquillage de ce nom, le soldat reste attaché au navire ou aux garnisons de la côte, sans naviguer à l’aide de ses propres forces.

Bigotter : Prier (Vidocq). — Mot à mot : faire le bigot.

Bigrement : Superlativement. Forme de Bougrement. — « C’est bigrement embêtant, allez. » — Gavarni.

Bijoutier : Marchand d’arlequins. V. ce mot.

Billard (Décoller, dévisser son) : Mourir. V. Claquer.

bille, billemont, billon : Espèces monnayées. — Billemont et billon sont des diminutifs de bille qui, comme balle, fait allusion à la forme ronde de la monnaie. — « L’argent au Temple est de la braise, ou de la thune, ou de la bille. » — Mornand. — « Nous attendions la sorgue, voulant poisser des bogues, pour faire du billon. » V. Attache, Flacul.

Billet de 500, de 1,000 : De 500 francs, de 1,000 francs. — « Te faut-il beaucoup ? — Un billet de cinq cents. » — « Les ressources d’une lorette pour extraire un billet de mille. » — Balzac.

Je t’en fiche mon billet : Je te le certifie, mot à mot : Je suis prêt à signer un billet attestant la chose.

Binelle : Banqueroute. — Binellier : Banqueroutier. — Vidocq.

Binôme : « Aux laboratoires, nous verrons chacun des élèves (de l’École polytechnique) manipuler avec un camarade qu’il nomme son binôme. » — La Bédollière. — Allusion à la signification algébrique de Binôme : quantité composée de deux termes.

Bisard : Soufflet (Vidocq). — Mot à mot ; vent qui brûle, bise qui ard.

biture : Excès de boisson. — Du vieux mot boiture : goinfrerie. V. Roquefort. — « N’aspirons-nous le grand air que pour l’ineffable joie d’engloutir impunément du piqueton jusqu’au gobichonnage majeur, jusqu’à prendre une biture ? » — Luchet.

Birbe, Birbon, Birbette : « Les dames des tables d’hôte ont adopté trois mots pour peindre la vieillesse : à cinquante-cinq ans, c’est un birbon ; à soixante ans, c’est un birbe ; passé ce délai fatal, c’est une birbette. — Lespès. — Vidocq donne un quatrième synonyme : birbasse. — Birbe dabe : grand-père. — Birbasserie : vieillerie. — Id.

blague : Causerie. — On dit : J’ai fait quatre heures de blague avec un tel

Blague : Verve ; faconde railleuse. — « Quelle admirable connaissance ont les gens de choix des limites où doivent s’arrêter la raillerie et ce monde de choses françaises désigné sous le mot soldatesque de blague. — Balzac.
Blague : Plaisanterie. — « Je te trouve du talent, là sans blague ! » — De Goncourt. — « Pas de bêtises, mon vieux, blague dans le coin ! » — Monselet.
Pousser une blague : Conter une histoire faite à plaisir. — « Bien vite, j’pousse une blague, histoire de rigoler. » — F. Georges, Chansons.
Ne faire que des blagues : Faire des œuvres de peu de valeur.
L’étymologie du mot est incertaine. Dhautel (1808) admet les mots blaguer et blagueur avec le triple sens de railler, mentir, tenir des discours dénués de sens commun. — Cet exemple, des plus anciens que nous ayions trouvés, ne prend blague qu’en mauvaise part. On en trouverait peut-être la racine dans le mot blaque qui désignait, du temps de Ménage, les hommes de mauvaise foi (V. son dictionnaire). — M. Littré, qui relègue Blague et Blaguer parmi les termes du plus bas langage, donne une étymologie gaëlique beaucoup plus ancienne Blagh : souffler, se vanter.

blaguer : Causer. — « Nous venons blaguer. » — Balzac.

Blaguer : Posséder cette verve familière, pittoresque et railleuse qui est l’humour des conversations parisiennes. — « Enfin elle blague aujourd’hui, elle qui ne connaissait rien de rien, pas même ce mot-là ! » — Balzac.
Blaguer : Plaisanter. — « Ne blaguons plus. » — Balzac. — Un homme blagué : un homme raillé, berné.
Blagueur : Menteur. — « En 1813, deux femmes, Pauline la Vache et Louise la Blagueuse, enlevèrent 50,000 fr. » — Vidocq. — « Les marchands sont encore de fameux blagueurs. » — Ricard.
Blagueur : Loustic. — « Il ne pouvait y avoir circonstance si grave qui empêchât ce blagueur fini de se livrer à sa verve. » — L. Desnoyer.

blaiche : Médiocre. — Du vieux mot blaiche : mou, paresseux. — V. Lacombe.

blaireau : Conscrit. — « Moi, j’ai carotté un blaireau… » — La Bédollière.

Blaireauter : Peindre avec trop de fini, faire abus du pinceau de blaireau qu’on a entre les mains. — « Aussi sa peinture est-elle fameusement blaireautée. » — La Bédollière.

Blanquette : Argenterie (Vidocq). — Allusion à la blancheur de son éclat.

blavin : Mouchoir (Vidocq). — Dimin. du vieux mot blave : bleu. V. Roquefort. — Un grand nombre de mouchoirs sont de cette couleur. — Blaviniste : Voleur de mouchoirs. — V. Butter.

bleu : Conscrit. — Allusion à la blouse bleue de la plupart des recrues. — « Celui des bleus qui est le plus jobard. » — La Barre.

Bleu : Gros vin dont les gouttes laissent des taches bleues sur la table. — « La franchise, arrosée par les libations d’un petit bleu, les avait poussés l’un l’autre à se faire leur biographie. » — Murger.

Bloc : Prison. — Du vieux mot bloc : barrière. V. Roquefort. — « Prenez trois hommes et menez cette fille au bloc. » — V. Hugo.

Bloquer : Consigner. — « Colonel, c’est que je suis bloque. — Je vous débloque. » — J. Arago, 1838.

Blonde : Amante. — « Blonde s’emploie dans ce sens sans distinction de la couleur des cheveux, car il existe une chanson villageoise où, après avoir fait le portrait d’une brune, l’amoureux ajoute qu’il en fera sa blonde. » — Monnier, 1831.

Bloquer : Vendre. V. Abloquir.

Blot : Bon marché (Vidocq). — Corruption de Bloc. Les marchés d’objets en bloc sont, on le sait, les plus avantageux.

Blousier : Voyou, mot à mot : porteur de blouse. — « Vous verrez là des blousiers qui viennent fumer. » Delvau.

Boc, Bocard, Bocson : Mauvais cabaret, lieu de débauche. — Vient du vieux mot boque : bouc. V. Roquefort. — Le bouc est l’emblème de la luxure et des querelles. On disait jadis boquer pour frapper. — « Montron, ouvre ta lourde, si tu veux que j’aboule et pionce en ton bocson. » — Vidocq.

Bocal : Petit appartement. — « Voyons si le susdit bocal est toujours à louer. » — Montépin.

Bocal : Estomac. — « Au restaurant le bohème dit qu’il va se garnir le bocal. » — Lespès.
Dans les deux mots, l’allusion s’explique d’elle-même, et les logements parisiens continuent de la mériter.

bœuf : Monstrueux. — Mot à mot : aussi énorme qu’un bœuf. — « Regarde donc la débutante. Quel trac bœuf ! Elle va se trouver mal. » — Ces Petites Dames.

Se mettre dans le bœuf : Tomber dans une situation misérable. Allusion au bouilli qui représente le rôti des indigents.
On lit dans une mazarinade de 1649 : « Auprès de la Bastille, Monsieur d’Elbeuf, Dans sa pauvre famille, Mange du bœuf, Tandis que Guénégaud Est à gogo. »

Bog, Bogue : Montre. — Onomatopée ; bog comme toc imite le bruit de la montre. — V. Toquante, Butter, Litrer, Billon.

Bogue en plâtre, en jonc : Montre d’argent, d’or. — Allusions de couleurs. — Tire-bogue : Voleur de montres. — Boguiste : Horloger.

Bohème : « La bohème se compose de jeunes gens, tous âgés de plus de vingt ans, mais qui n’en ont pas trente, tous hommes de génie en leur genre, peu connus encore, mais qui se feront connaître, et qui seront alors des gens fort distingués… Tous les genres de capacité, d’esprit, y sont représentés… Ce mot de bohème vous dit tout. La bohème n’a rien et vit de ce qu’elle a. » — Balzac.

La citation suivante est le correctif de cette définition trop optimiste : « La bohème, c’est le stage de la vie artistique, c’est la préface de l’Académie, de l’Hôtel-Dieu ou de la Morgue… Nous ajouterons que la bohème n’existe et n’est possible qu’à Paris. » — Murger.
On dit un bohème : « Tu n’es plus un bohème du moment que je t’attache à ma fortune. » — Augier.
Comme on voit, le bohème du dix-neuvième siècle n’a de commun que le nom avec celui de Callot. Saint-Simon a connu l’acception fantaisiste du mot bohème. M. Littré en donne un exemple, bien qu’il n’admette bohème qu’en mauvaise part.

Boissonner : Boire avec excès (Dhautel). — « Dites donc, voisin, on a un peu boissonné chez vous hier ? » — Gavarni.

Bolivar : Chapeau évasé dont la forme nouvelle prit le nom de ce héros populaire : — « Le front couvert de son bolivar. » — Cabarets de Paris, 1821.

Bon : Bon apôtre, hypocrite. — « Vous n’êtes bons ! vous… N’allons, vous n’avez fait vos farces ! » — Balzac.

C’est un bon : C’est un homme solide, à toute épreuve. — « Ce sont des bons. Ils feront désormais le service avec vous. » — Chenu.
Pour un agent de police, un homme bon est bon à arrêter.
Être des bons : Avoir bonne chance.

Bon-Dieu : Sabre-poignard ; allusion à la croix figurée par la lame et la poignée.

Bon-Dieu (Il n’y a pas de) : Mot à mot : il n’y a pas de bon Dieu qui puisse l’empêcher. — « Gn’y a pas d’Bon-Dieu, Faut s’dire adieu. » — Désaugiers.

Bonhomme : Saint (Vidocq). — Allusion aux statuettes qui peuplent les églises.

Boniment : Discours persuasif. — Mot à mot : action de rendre bon un auditoire.

Bonir, Bonnir : Persuader, avertir, dire. V. Servir, Parrain, Criblage, Girofle.

Bonjour (Voleur au), Bonjourier : — « Voleur s’introduisant de grand matin dans les maisons où les bonnes laissent les portes entr’ouvertes et dans les hôtels garnis dont les locataires ne ferment pas leurs chambres. » — Canler. — Allusion ironique à l’heure matinale choisie par le voleur ; il vous souhaite en quelque sorte le bonjour.

Bon motif : « Vous ne savez pas ce que c’est que le bon motif ? — Ah ! vous voulez dire un mariage ? — Précisément. » — Aycard.

bonne (Prendre à la) : Prendre en bonne amitié. — Être à la bonne : Être aimé. — « Je ne rembroque que tezigue, et si tu ne me prends à la bonne, tu m’allumeras bientôt caner. » — Vidocq.

Bonne : Bonne histoire. — « Ah ! par exemple, en v’là une bonne. » — Cormon.
Bonne-grâce : Toile dans laquelle les tailleurs enveloppent les habits. — «Le concierge de l’hôtel dépose qu’il a vu Crozard traverser la cour avec une bonne grâce sous son bras. » — La Correctionnelle.

Bonneteur : Industriel tenant aux foires de campagne un de ces jeux de cartes auxquels on ne gagne jamais. — Vidocq.

Bordeaux (Petit) : Cigare de 5 c. fabriqué à la manufacture de Bordeaux — « Avec un sou, tous sont égaux devant le petit bordeaux. » Liorat, Chansons.

Bordée (Tirer, courir une) : S’absenter sans permission. — Terme de marine. — On dit d’un navire louvoyant, qu’il court des bordées. Or, un matelot en bordée ne tarde pas à en imiter les capricieux zig-zags. — « C’est un brave garçon qui ne boit jamais et qui n’est pas homme à tirer une bordée de trois jours. » — Vidal, 1833.

Borgne : Derrière. — Comparaison de l’anus à l’œil. — « V’là moi que je me retourne et que j’li fais baiser, sauf votre respect… mon gros visage… Ce qui a fait dire aux mauvaises langues qu’il a vu mon borgne. » — Rétif, 1783.

Boscot, tte : « Petit homme, petite femme contrefaits, bossus. » — Dhautel, 1808.

Bosse (Se donner une) : S’empiffrer. — Allusion à la bosse formée par la réplétion du ventre. — « Je veux, dit-il, qu’à sa noce Ça soit beau Et qu’on s’y flanque une bosse De chameau. » — Delange, Chansons. — Se donner une bosse de rire : Rire immodérément. — Rouler sa bosse : Cheminer. — « Nous roulons not’bosse Dans un beau carrosse. » — Decourcelle, 1832.

Bossoirs : Seins. — Terme de marine.

Boubane : Perruque. — Vidocq. — Du vieux mot bouban : luxe, étalage. V. Roquefort.

Bouc : Cocu. — Vidocq. — Allusion à ses cornes.

Boucanade : Corruption à prix d’argent d’un juge ou d’un témoin. — Coquer la boucanade : Corrompre. Mot à mot : donner pour boire. En Espagne, la boucanade est une gorgée du vin renfermé. selon l’usage, dans une peau de bouc.

boucard, boutogue : Boutique. — Le premier mot paraît une forme de boc ; le second est une corruption de Boutique. V. Baïte, Esquinteur.

Boucarniers : « Voleurs dévalisant les boutiques à l’aide d’un pégriot ou gamin voleur, qui s’y cache à l’heure de la fermeture, et qui vient leur ouvrir. » — Canler. — Vidocq les appelle Boucardiers.

Bouchon : Qualité, genre. — Allusion aux produits sortant des débits de vins appelés bouchons. On a dit ironiquement : Ceci est d’un bon bouchon, comme : Ceci est d’un bon tonneau, — ou : Ceci est du bon coin.

Boucler : Enfermer. — Vidocq. — Du vieux mot Bacler. V. Roquefort.

Botte de neuf jours : Botte percée. — Vidocq. — Calembour. Jour est pris pour trou, et une botte trouée ne passe guère la huitaine.

Botter : Convenir. — Mot à mot : aller comme une botte qui chausse bien. — « J’aurai l’honneur de vous envoyer ma voiture à onze heures. — Ça me botte. » — Gavarni.

boudin : Verrou (Vidocq). — Allusion à la forme des verrous ronds qui ferment les grandes portes.

bouffarde : Pipe. — Allusion aux bouffées de fumée qui s’en échappent.

Bouffardière : Cheminée (Vidocq). — Id.

Bougie : Canne (Vidocq). — Allusion de forme. — Bougie grasse : Chandelle. — Ironique.

Bougre : Mot à noter comme ayant perdu sa portée antiphysique. Ce n’est plus qu’un synonyme de garçon. 0n dit : un bon bougre.

Bougrement : Très. — Pris en bonne comme en mauvaise part.

bouillante : Soupe. — Soldats, vagabonds ou prisonniers n’ont pas le temps d’attendre qu’elle refroidisse.

Bouillon : Mauvaise opération. — Allusion aux gorgées d’eau qui asphyxient un noyé. — « Il a bu un fameux bouillon : il a fait une perte considérable. » — Dhautel, 1808.

Prendre un bouillon d’onze heures : Se noyer, s’empoisonner.
Bouillon de canard : Eau. — « Jamais mon gosier ne se mouille avec du bouillon de canard. » — Dalès.
Bouillon : Pluie torrentielle. — « Il va tomber du bouillon, pour dire une averse. » — Dhautel, 1808.
Bouillon pointu : Lavement. Double allusion au clystère et à son contenu. — « Dieu ! qu’est-ce que je sens ? » — L’apothicaire (poussant sa pointe) : C’est le bouillon pointu. » — Parodie de Zaïre. Dix-huitième siècle. — Bouillon pointu : Coup de baïonnette : — « Toi, tes Cosaques et tous tes confrères, nous te ferons boire un bouillon pointu. » — Layale, Chansons, 1855.

bouisbouis : Marionnette. — Onomatopée imitant le cri de Polichinelle.

Bouisbouis : Petit théâtre, tripot. — Vient de Bouis : cloaque, maison de boue. V. Dhautel. — « Le bouisbouis est le café-concert qui a pour montre un espalier de femmes. Le théâtre qui en étale est un bouisbouis. » — 1861, Dunay.

boulanger : Diable (Vidocq). — Il vous met au four de l’enfer.

Boule : Tête. — Allusion de forme. — « Polissonne de boule ! en fais-tu des caprices ? » — Les Amours de Mayeux, chanson, 1833. — Perdre la boule : Perdre la tête. — « Mais Javotte a perdu la boule. » — E. de Pradel, 1822.

Boule de son : Figure couverte de rousseurs. — Celles-ci sont appelées communément taches de son. L’image est juste. — Boule de son : Pain de munition. — Il contenait autrefois beaucoup trop de son. — Boulendos : Bossu (Vidocq). — Allusion à l’effet de la bosse sous l’habit : on paraît avoir une boule dans le dos.

Bouler : Aller (Vidocq). Même étymologie que Abouler.

Bouler : Battre (id., id). — Bouler, c’est rouler son combattant à terre. — « Si tu dis mot, j’te boule. » — Chanson, Avignon, 1813.

Boulet à queue : Melon (id.) — Mot imagé.

Boulette : Petite faute. Un peu plus grave, elle devient une brioche. On appelle de même sale pâtissier, un homme peu soigneux de sa personne ou tripotant des affaires véreuses. La pâtisserie est-elle redevable de l’honneur de ces acceptions aux soins minutieux qu’exige son exercice ? Le fait est possible. En ce cas, il faut sous-entendre mauvaise avec brioche et boulette.

Bouliner : Faire un trou ou boulin à la muraille (Vidocq). — C’est pour la même raison qu’on appelle un villebrequin une boulinoire, à cause du mouvement circulaire imprimé à cet instrument.

Boulotter : Vivre à l’aise. Mot à mot : rouler sans peine dans la vie. — Diminutif de bouler. — « Ils boulottaient l’existence, sans chagrin de la veille, sans souci du lendemain. » — De Lynol.

Boulotter : Assister (Vidocq).

Bouquine : Mot à mot : barbe de bouc, poussant sous le menton ; la mouche au contraire ne le dépasse pas.

Bourgeois : « Le bourgeois du cocher de fiacre, c’est tout individu qui entre dans sa voiture. » — « Chez les artistes, le mot Bourgeois est une injure, et la plus grossière que puisse renfermer le vocabulaire de l’atelier. » — « Le Bourgeois du troupier, c’est tout ce qui ne porte pas l’uniforme. » — H. Monnier.

Bourrique (Tourner en) : Abrutir. — « C’est ce gueux de Cabrion qui l’abrutit… Il le fera bien sûr tourner en bourrique. » — E. Sue.

Bouscaille : Boue (Vidocq). — Diminutif de boue. — Bouscailleur : balayeur.

Bousineur : Tapageur, faiseur de bousin. — « Est-on bousineur dans ce bahut-ci ? — Pas trop ; le sous-directeur est sévère ! — Ça m’l’enfonce… » — Les Institutions de Paris, 1858.

Boussolle : Cerveau. — Le cerveau dirige l’homme comme la boussole dirige le navire. — « J’ai ça dans la boussole. Ainsi ne m’en parlez plus. » — Vidal, 1833. — Boussolle de refroidi : Fromage de Hollande (Vidocq). — Mot à mot : tête de mort. Allusion à la forme de ce fromage qui est celle d’une boule assez grosse.

Bouterne : Boîte vitrée où sont exposés, aux foires de villages, les bijoux destinés aux joueurs que la chance favorise. Le jeu se fait au moyen de huit dés pipés au besoin. Il est tenu par une bouternière qui est le plus souvent une femme de voleur. — Vidocq.

Boutique : « Ce n’est pas une chose, c’est un esprit de petit négoce, de profits troubles et de soigneuses affaires, qui ne recule devant rien pour arriver à un gain quelconque. Il y a la boutique industrielle comme la boutique scientifique, artistique et littéraire. » — A. Luchet. — « On dit en plaisantant d’une femme qui en tombant a laissé voir trop de choses, qu’elle a montré toute sa boutique. » — Dhautel, 1808.

Quelle boutique ! est synonyme de Quelle baraque ! Quelle mauvaise organisation !
Il est de la boutique : Il fait partie de la maison de l’administration ou de la coterie.
Boutiquer : Fagoter, mal faire. — Boutiquier : Homme à idées rétrécies, parcimonieuses.

Boutogue : V. Boucard.

Bouzingot : — « À la révolution de Juillet, les romantiques se divisèrent en bouzingots et en jeunes-France. Les premiers adoptèrent l’habit de conventionnel, le gilet à la Marat et les cheveux à la Robespierre ; ils s’armèrent de gourdins énormes, se coiffèrent de chapeaux de cuir bouilli. » — Privat d’Anglemont. — Mot à mot : faiseur de bousin, tapageur. Le bouzingot voulait bouziner le régime de 1830.

Braise : Argent. — Allusion à sa destination de première utilité. Sans braise, on ne peut faire bouillir la marmite. — « Pas plus de braise que dans mon œil. » — Mornand. — V. Bille.

Branche : Ami aussi attaché de cœur qu’une branche à l’arbre. — « Allons, Panaris, le dernier coup, ma vieille branche ! » — J. Moinaux.

Brancher : Pendre. — Vidocq. — Mot à mot : accrocher à la branche.

breloque : Pendule. — Vidocq. — Onomatopée imitant le bruit du balancier.

brème : Carte (Vidocq). — Allusion au poisson de ce nom qui est blanc, plat et court. — Maquiller la brème : Gagner en trichant aux cartes. — Un bremmier est un fabricant de cartes. — Brème de pacquelins : Carte géographique. Mot à mot : carte de pays.

Bric-à-brac : « Ces travaux, chefs-d’œuvre de la pensée, compris depuis peu dans ce mot populaire, le bric-à-brac. » — Balzac. — « Le fait est qu’aujourd’hui le bric-à-brac est une industrie formidable, que le gros marchand de bric-à-brac possède jusqu’à 500,000 fr. de marchandises. » — Roqueplan, 1841.

Bric-à-brac : Marchand de bric-à-brac. — « Ce voleur de bric-à-brac ne voulait me donner que quatre livres dix sous. » — Gavarni.

Bricole : Petit travail mal rétribué.

Bricoler : « M. Jannier bricolait à la Halle, c’est-à-dire qu’il y faisait à peu près tout ce qu’on voulait, qu’il était au service de qui désirait l’occuper. » — P. d’Anglemont. — Vient de bricole : harnais qui fait de l’homme qui le porte une sorte de cheval bon à tout traîner.
Bricoler : Faire effort, donner un coup de collier ou bricole. — « Et bricolons tout plus vite que ça, car j’ai les pieds dans l’huile bouillante. » — Balzac.

Brimade : Épreuve vexatoire infligée aux nouveaux de l’École Saint-Cyr — « Point de ces brimades, qui ont longtemps déshonoré Saint-Cyr. » — La Bédollière.

Brimer : Donner une brimade.

Brindezingues (Être dans les) : Être ivre. Mot à mot : avoir trop bu à la santé des autres. — « Tiens, toi, t’es déjà dans les brindezingues. » Vadé, 1756. — Du vieux mot brinde : toast. — « Ces grands hommes firent tant de brindes à vostre santé et à la nostre, qu’ils en pissèrent chacun plus de dix fois. » — Lettre curieuse envoyée au cardinal Mazarin par ses nièces. — Paris, 1651.

Brio : « Le brio, mot italien intraduisible et que nous commençons à employer, est le caractère des premières œuvres. C’est le fruit de la pétulance et de la fougue intrépide, du talent jeune, pétulant, qui se retrouve plus tard dans certaines heures heureuses. « — Balzac.

Brioche : V. Boulette.

Brisant : Vent. — Vidocq. — Diminutif de brise.

Briser (Se la) : S’enfuir. — Mot à mot : se laisser aller à la brise. — « Dans le beau monde on ne dit pas : Je me la casse, ou : Je me la brise. » — Labiche.
Briseur : « Les briseurs sont tous Auvergnats et se prétendent commerçants. Ils s’entendent pour inspirer toute confiance à des fabricants qu’ils trompent pour une grosse somme, après leur en avoir payé plusieurs petites. Les marchandises brisées sont revendues à 40 p. 100 de perte, et le produit de la brisure est placé en Auvergne. » — Vidocq. — Même étymologie que les mots précédents. Un briseur est un homme qui se la brise dès qu’il a fait son coup.

Brocantes : Troc de marchandises de hasard. — « Je vais faire des brocantes. » — Balzac.

Brocante : Objet sans valeur.

Broder : Écrire — Allusion au va-et-vient de la plume sur le papier. — Un brodeur est un écrivain. — En revanche, on a dit brodancher pour broder, pris dans son acception ordinaire. V. Ravignolé.

BROQUILLE : Minute (Vidocq). — Ce diminutif du vieux mot broque : petit clou, ardillon (V. Roquefort) fait sans doute allusion au petit signe indiquant la minute sur un cadran.

BROSSÉE : Grêle de coups, défaite. — « Les Turcs ont reçu une brossée. » — Ricard.

Brosser : Battre. Mot à mot : brosser de coups.

Se brosser le ventre : Se brosser le ventre pour lui faire oublier l’heure du repas. Pris souvent au figuré. — « Vous brosser le ventre faute d’un éditeur. » — Commerson.

Dès 1808, on disait : Ça fait brosse, pour : Rien ,pour toi ! tout est brossé. — Dhautel. — « Brosse pour lui ! Zut pour lui ! Fallait pas qu’y liche.» — A. Dalès, Chanson.

BROUILLARD (Être dans le) : Être absorbé par l’ivresse. Chasser le brouillard : Boire un verre d’eau-de-vie dont la chaleur combat, dit-on, les mauvais effets de l’humidité. — On dit tuer le ver par un motif analogue ; — l’alcool pris à jeun passe pour causer de vives contrariétés aux helminthes et aux ascarides vermiculaires. — Ces deux termes peuvent être considérés comme une allusion ironique aux prétextes hygiéniques des buveurs d’alcool.

BROUTTA : Discours. V. Laïus. — Du nom d un ancien professeur de l’École militaire.

BRUGE : Serrurier. — Vidocq. — Du vieux mot bruger : pousser, heurter.

V. Roquefort.
Brugerie : Serrurerie. — Id.

Brûlage : Déconfiture. — « C’est un brûlage général. » — Balzac.

Brûler : Perdre sans retour. — Comment sommes-nous avec le boulanger ? — M’sieur, le boulanger est brûlé, il demande un à-compte. » — Champfleury.
Brûler : Démasquer. — « Le grec brûlé prend son parti lestement et va, sous un autre nom nobiliaire, se faire pendre ailleurs. » — Mornand.
Brûler la politesse : S’esquiver sans faire la politesse d’un adieu. — « Quand il nous met à l’ombre, c’est que nous avons brûlé la politesse à la consigne. " — J. Arago, 1838.
Brûle-gueule : Pipe dont le tuyau écourté brûle les lèvres. — « Une de ces pipes courtes et noires dite brûle-gueule. » — De Banville.

Brûlot : Mélange de sucre et d’eau-de-vie brûlée. — « Ils cassent les tasses où ils allument leur brûlot quotidien. » — De la Barre.

Brutal : Canon. — Allusion au bruit de son tir. — « As-tu entendu ronfler le brutal ? » — Dhautel, 1808. — « Une détonation sourde se fit entendre. — Tiens, dit Pierre, voilà déjà le brutal qui chante. » — Ricard.

Bûche plombante : l’allumette (Vidocq) — Mot à mot : brin de bois sentant mauvais. On connaît l’odeur du soufre. V. Plomber.

Bûcher : Travailler. — Du vieux mot buscher : fendre du bois. V. Roquefort.

Bûcher : Battre (id.). — « I’ vient pour me bûcher. Moi, je l’fais trébucher. » — Chansons, Avignon, 1813. — « Il y a lieu de se bûcher… J’aimerais mieux les voies de douceur. » — L. Reybaud.
Bûcherie : Combat.

Buquer : Voler dans une boutique en demandant de la monnaie (Vidocq).

burlin : Bureau. Diminutif du mot. — V. Parrain.

buson : Bête. Diminutif de buse qui a le même sens.

Butte : Guillotine. Mot à mot, c’est l’action de tomber à la renverse, de butter, c’est la dernière culbute. — « Tu n’es qu’un lâche. Avec toi, on va tout droit à la butte. » — Canler.

butter : Assassiner. — Du vieux mot buter : frapper, renverser, qui a fait Culbuter. V. Roquefort. — « Voilà donc une classe d’individus réduite à la dure extrémité de travailler sur le grand trimar, de goupiner, de faire le bog et le blavin, de butter même s’il en était besoin. » — Cinquante mille voleurs de plus à Paris, Paris, 1830. — « Voilà pour butter le premier rousse, dit-il en montrant un couteau. » — Canler.




ça (C’est), c’est un peu ça : C’est superlatif. — « Ils sont laids que c’est ça. » — Pecquet. — « C’était ça, presque aussi bath qu’au café. » — Monselet. — « On me cognait, mais c’était ça. » — Zompach, 1852.

Cabillot : « L’ennemi naturel du matelot, c’est le soldat passager, plus souvent nommé cabillot, à cause de l’analogie qu’on peut trouver entre une demi-douzaine de cabillots (chevilles) alignés au râtelier et des soldats au port d’armes. » — Physiologie du Matelot, 1843. — La langue romane avait déjà cabi : serré, rangé. V. Roquefort.

cabe, cabot : Chien (Vidocq). — Contraction des deux mots : qui aboie. Les voleurs ont, comme toujours, donné le nom de l’acte à l’acteur. Au lieu de dire le chien, ils ont dit : le qui aboie, et en abrégeant : le qu’abe, le qu’abo. V. Calvin, Combre.

Cabermont : Cabaret (Vidocq). — Corruption de mot.

Cabestan : Agent de police. — Comparaison de la corde qu’enroule le cabestan à celle avec laquelle l’agent garrotte les criminels ( ?). V. Macaron.

cadenne : Chaîne de cou (Vidocq). La racine latine (catena) est demeurée presque intacte.

Caboulot : « Le caboulot est un petit café où l’on vend plus spécialement des prunes, des chinois et de l’absinthe. — Daunay, 1861. — Une monographie des Caboulots de Paris a paru en 1862. — C’est aussi un cabaret de dernier ordre. V. Camphrier.

Cadet : Derrière. — « Sur un banc elle se met. C’est trop haut pour son cadet. » — Vadé.

Cadet : Pince de voleur (Vidocq). — Cadet a ici le sens d’aide, de servant. On sait que le nom de cadet est donné aux apprentis maçons. V. Caroubleur.
Cadet : Individu. — Pris souvent en mauvaise part. — « Le cadet près de ma particulière s’asseoit sur l’ banc. » — Le Casse-Gueule, chanson, 1841.

Cadichon : Montre (Vidocq). — Diminutif de Cadran. Le cadran des montres est fort petit.

Cadran : Montre. — Cadran solaire, lunaire : derrière. — Allusion à la forme ronde du cadran. — « Est-ce l’apothicaire Qui vient placer l’aiguille à mon cadran lunaire ? » — Parodie de Zaïre, dix-huitième siècle.

Cagne : Cheval (Vidocq). — Pris en mauvaise part. Abrév. du vieux mot cagnard : mou, paresseux. V. Roquefort.

cabriolet, cachemire d’osier : Hotte de chiffonnier (Vidocq). — Comparaison ironique. Comme le cachemire, la hotte se met sur le dos. Même ironie pour le premier mot. Le chiffonnier roule avec son cabriolet comme le fantassin part à cheval sur Azor.

Cabriolet : Chapeau de femme. — Une capote de femme ressemble assez à celle d’un cabriolet.

Cafarde : Lune (Vidocq). — C’est la lune voilée qui se dissimule derrière un nuage avant d’être la Moucharde, de briller de tout son éclat.

café (Fort de), Fort de chicorée, Fort de moka : Excessif, peu supportable. — « On dit : C’est un peu fort de café, pour exprimer que quelque chose passe les bornes. » — Dhautel, 1808. — « Oh ! Oh ! dirent Schaunard et Marcel, ceci est trop fort de moka. » — Murger. — « S’unir à un autre ! C’est un peu fort de chicorée. » — Cormon.

On sait quelle irritation le café trop fort cause dans le système nerveux. La chicorée jouit des honneurs peu mérités du synonyme. Il semble qu’ici, comme dans le café du pauvre, elle tienne à entrer en fraude. En revanche, on sait que le moka tient le haut de l’échelle.
Prendre son café : Rire, se moquer. — « Ah ! fusilier, vous voulez prendre votre café » — Bertall.

Cagnotte : « Espèce de tirelire d’osier recevant les rétributions des joueurs. » — Montépin.

caisse (Donner de la grosse) : Louer très-bruyamment — Allusion aux bateleurs qui attirent leur public à coups de grosse caisse. — « Il faut qu’Artémise réussisse… C’est le cas de donner de la grosse caisse à se démancher le bras. » — L. Reybaud.

Sauver la caisse : S’enfuir avec les fonds dont on est dépositaire. — Fort à la mode depuis le fameux mot de Bilboquet : Sauvons la caisse !

caillé : Poisson. — Vidocq. — Mot à mot : couvert d’écailles. — Du vieux mot caille : écaille. V. Roquefort.

Caisson (Faire sauter le) : Faire sauter la cervelle. — « Quelle mort préférez-vous ? — Faites-moi sauter le caisson. » — P. Borel, 1833.

Calé : Riche (Dhautel). — Terme de marine. Être calé, c’est avoir assez de biens pour en remplir sa cale. Usité en 1808. — « Les plus calés sont quelquefois gênés. » — E. Sue.

Calebasse : Tête. — Allusion de forme. — « Faudrait pas gros de sens commun pour remplir une calebasse comm’ ça. » — Gavarni.

calège : Prostituée élégante, et associée à des hommes dangereux. — « Elle vend très-cher ce que la ponante et la dossière livrent à des prix modérés. Sa toilette est plus fraîche ; ses manières plus polies. Elle a pour amant un faiseur ou un escroc, tandis que les autres sont associées à un cambriolleur ou à un roulotier. » — Vidocq. — Vient de cale, qui signifiait grisette au dix-septième siècle. — « Gombault, qui se piquait de n’aimer qu’en bon lieu, cajolait une petite cale crasseuse. » — Tallemant des Réaux.

Câler : Ne rien faire. — « La plus grande jouissance du compositeur d’imprimerie est de câler. » — Ladimir.

Calibre : Qualité. — On sait que les armes et bouches à feu sont graduées par calibre. — « Un particulier de ce calibre-là. » — Randon.

Calicot : Commis marchand. Mot à mot : vendeur de calicot. — « Triple escadron ! le calicot s’insurrectionne. » — P. Borel, 1833.

Calicote : Femme fréquentant un ou plusieurs calicots. — « Clara Fontaine est une étudiante, Pomaré est une calicote. » — Paris dansant.

Californien : Riche. — Grâce à des découvertes aurifères bien connues, ce mot a remplacé le Pérou dans nos locutions proverbiales. — « La jeune fille regrettait de ne pouvoir garder pour elle-même cette bonne fortune californienne. » — Montépin.

Calino : Homme ridiculement naïf. — C’est une pièce du vaudeville qui a vulgarisé ce nom et ce type. — « L’artiste était fort ennuyé par une espèce de calino. » — Figaro.

Calme et inodore (Être) : Affecter une certaine sévérité de manières. — Ces deux mots ne vont jamais l’un sans l’autre, et parodient sans doute quelque manuel de civilité puérile et honnête.

caloquet : Coiffure de femme (Dhautel). — Caloquet : Chapeau. — « Achetez un caloquet plus méchant, le vôtre n’est pas trop rup. » — L. de Neuville. — Caloquet : Couronne. V. Dab.

Calot : Dé à coudre, coquille de noix (Vidocq). — Comparaison de ces objets à la calotte qui est de même forme. — Calot : Teigneux. Mot à mot : ayant une calotte de teigne.

Calotter : C’est frapper de la main sur la tête, faire une calotte de coups. — « Calottez-moi, gifflez-moi. » — J. Arago, 1838.

Calottin : Ecclésiastique. — Allusion a la calotte cléricale. — Dans le Déjeuner de la Râpée, pièce poissarde de L’Écluse (1750), une poissarde repousse un abbé en disant : « Adieu, monsieur le calottin ! »

calvigne : Vigne (Vidocq). — Mot à mot : lieu qu’a l’vigne, qui est planté de vigne.

Calvin : Raisin (Vidocq). — Donnant le nom du jus au fruit, les voleurs ont dit le qu’a le vin pour le raisin. V. Cabe.

Camboler : Tomber. — Contraction de Caramboler. — « V’là qu’elle cambole sur son prussien et feint de tomber de son digue-digue. » — Decourcelle, 1840.

Cambriolle : Chambre (Vidocq). — Diminutif du vieux mot cambre : chambre. V. Roquefort. — V. Pieu, Esquintement, Rincer.

Cambriolleur :Voleurs s’introduisant dans les chambres (cambriolles) par effraction ou par escalade. — M. Canler les divise en six classes. — Vidocq, sans apporter autant de méthode que Canler dans la classification des cambriolleurs, ajoute des particularités assez curieuses sur leurs costumes où dominent les bijoux et les cravates de couleurs tranchées, telles que le rouge, le bleu ou le jaune ; sur la manie singulière de faire faire leurs chaussures et leurs habits chez les mêmes confectionnneurs, ce qui n’était souvent pas un petit indice pour la justice ; sur leur habitude de se faire accompagner d’une fausse blanchisseuse dont le panier cache leur butin. — Les plus dangereux cambriolleurs sont appelés nourrisseurs, parce qu’ils nourrissent une affaire assez longtemps pour en assurer l’exécution, et, autant que possible, l’impunité.

Cambronne (Le mot de) : Merde ! — Cette allusion à un mot historique discutable, sert aujourd’hui d’équivalent à une injure populaire fort répandue. Que Cambronne l’ait dit ou non, on ne lui en fera pas moins honneur. Nous rappelons aux curieux qui voudraient s’édifier à ce sujet, un chapitre des Misérables de M. Victor Hugo ; un article de M. Cuvillier Fleury, aux Débats, qui sera sans doute reproduit dans ses études littéraires, et enfin une lettre publiée par le journal l’Intermédiaire, du 15 février 1864.

Cambrou, Cambrouse : Serviteur, servante (Vidocq). — Corruption de l’ancien mot : cambrier : valet de chambre. Chambrière est resté.

cambrouse : Campagne (Vidocq). — Du latin campus : campagne. — Cambrousier : Voleur de campagne (id.). — « La rousse pousse comme des champignons, et même dans la cambrouse, ils viennent vous dénicher. » — Patrie du 2 mars 1852. — V. Garçon.

Cambrousiers : « C’est ainsi que les marchands forains nomment les paysans. » — P. d’Anglemont.

Camélias, Dame aux camélias : « Quand la lorette arrive à la postérité, elle change de nom et s’appelle dame aux camélias. Chacun sait que ce nom est celui d’une pièce de Dumas fils, dont le succès ne semble pas près de finir au moment où nous écrivons. » — E. Texier, 1852.

Camelot : « C’est-à-dire marchand de bimbeloteries dans les foires et fêtes publiques. » — P. d’Anglemont.

Camelotte dans le pied : En flagrant délit de vol. — « J’ai été pris, la camelotte dans le pied. » — La Correctionnelle, journal.

Camoufle : Chandelle (Vidocq). — Camouflet : Chandelier. — Du vieux mot camouflet : fumée.

Camoufler : Déguiser. — Mot à mot : cacher le muffle. — Camouflement : Déguisement (Vidocq).

Campagne (Aller à la) : Être enfermée à la maison de Saint-Lazare. — Usité parmi les filles.

Aller à la campagne : « Elles ont disparu trois, quatre ou six mois. On les savait malheureuses. Elles reparaissent tout à coup plus fières et plus fringantes que jamais ; elles ont été passer une saison à la campagne (dans une maison de prostitution de province). » — Ces Dames, 1860.

camphre : Eau-de-vie. — Allusion a l’alcool camphré. — « Aux buveurs émérites et à ceux qui ont depuis bien des années laissé leur raison au fond d’un poisson de camphre. » — P. d’Anglemont. — V. Casse-poitrine.

Se camphrer : S’adonner à l’eau-de-vie.
Camphré : Alcoolisé. — « Dis donc, avec ton gosier camphré, tu fais bien tes embarras. » — 1844, Catéch. poissard.
Camphrier : Buveur d’eau-de-vie. — « Entends-tu, vieux camphrier, avec ta voix enrhumée. » — 1844, Catéch. poissard.
Camphrier : « Le camphrier est un sale débit de liqueurs atroces à un sou le verre et à dix-sept sous le litre. Le caboulot ne diffère du camphrier que par sa moindre importance comme établissement. C’est, du reste, le même breuvage qu’on y débite aux mêmes habitués. » — Castillon.

Canage, Cane : Mort. — V. Caner.

Canapé : Lieu public fréquenté par les pédérastes (Vidocq). — Ironique, car les parapets des quais et les bancs de certains boulevarts sont de tristes canapés.

canard : Récit mensonger inséré dans un journal. — « Nous appelons un canard, répondit Hector, un fait qui a l’air d’être vrai, mais qu’on invente pour relever les Faits-Paris quand ils sont pâles. » — Balzac.

Canard : Fausse nouvelle. — « Ces sortes de machines de guerre sont d’un emploi journalier à la Bourse, et on les a, par euphémisme, nommés canards. » — Mornand.
Canard : Imprimé banal crié dans la rue comme nouvelle importante. V. Canardier.
Autrefois, on disait vendre ou donner un canard par moitié pour mentir, en faire accroire. — Dès 1612, dans le ballet du Courtisan et des Matrones, M. Fr. Michel a trouvé : « Parguieu vous serez mis en cage, vous estes un bailleur de canars. » — On trouve « donner des canards : tromper » dans le Dict. de Dhautel, 1808.
Canard, couac : « Ces explosions criardes des instruments à vent si connues sous le nom de canards. » — V. Luchet. — Le second mot est une onomatopée, et la comparaison d’une fausse note au cri du canard (couac) a fait former le premier.
Canard : Sobriquet amical donné aux maris fidèles. Le canard aime à marcher de compagnie. — « Or, le canard de madame Pochard, s’était son mari ! » — Ricard.
Canarder : Faire feu d’une embuscade comme si on était à l’affût des canards sauvages. — Canarder : tromper. — « On a trop canardé les paroissiens… avec la philanthropie. » — Gavarni.
Canardier : Crieur, confectionneur de fausses nouvelles. — « Place au célèbre Édouard, le canardier par excellence, le roi des crieurs publics ! » — Privat d’Anglemont.

Cancan : Danse. — Du vieux mot caquehan : tumulte (Littré). — « Messieurs les étudiants, Montez à la Chaumière, Pour y danser le cancan Et la Robert Macaire. » — Letellier, 1836. — « Nous ne nous sentons pas la force de blâmer le pays latin, car, après tout, le cancan est une danse fort amusante. » — L. Huart, 1840. — M. Littré n’est pas aussi indulgent. — « Cancan : Sorte de danse inconvenante des bals publics avec des sauts exagérés et des gestes impudents, moqueurs et de mauvais ton. Mot très-familier et même de mauvais ton. » — Littré, 1864.

Cancanner, Pincer le cancan : Danser le cancan — Pincer un léger cancan n’est pas tout à fait cancaner ; c’est une chorégraphie mixte où se fait deviner seulement le fruit défendu. — Chahuter, c’est épuiser au contraire toutes les ressources pittoresques de ce fandango national. — « On va pincer son petit cancan, mais bien en douceur. » — Gavarni. — « J’ai cancané que j’en ai pus de jambes. » — Id.

caner : Avoir peur, reculer au lieu d’agir, faire le plongeon comme le canard ou la cane. — « Par Dieu ! Qui fera la canne de vous aultres, je me donne au diable si je ne le fais moyne. » — Rabelais. — « Oui, vous êtes vraiment français, vous n’avez cané ni l’un ni l’autre. " — Marco Saint-Hilaire.

Caner : Mourir (Vidocq). — Les approches de la mort vous font peur, vous font caner. — V. Rengracier.

caniche : Ballot carré (Vidocq) aux coins duquel la toile d’emballage forme des oreilles semblables à celles d’un petit chien.

Canon : Mesure de liquide en usage chez les marchands de vins de Paris. — N’oublions pas que canon signifie verre dans le vocabulaire des francs-maçons. — Prendre un can sur le comp : Prendre un canon sur le comptoir. — « Les canons que l’on traîne à la guerre Ne valent pas ceux du marchand de Vin. » — Brandin, Chansons, 1826.

Canonnier de la pièce humide. — V. Artilleur.

cantaloup : Niais. — V. Melon.

Canton : Prison (Vidocq). — Du vieux mot canton : coin. C’est dans les coins qu’on est à l’ombre. — Cantonnier : Prisonnier. V. Carruche.

Canule : Homme canulant. — Canuler : importuner. — « C’est canulant. » — H. Monnier. — Mot inventé par les ennemis du clystère.

Capahuter : Assassiner son complice pour s’approprier sa part (Vidocq). — Du nom de Capahut, un malfaiteur coutumier du fait.

Capitaine : Agioteur (Vidocq). Corruption de Capitaliste.

Caporal : Tabac à fumer. — Allusion à un tabac haché plus gros, dit de soldat, qui est vendu a un prix moindre. — « Un fumeur très-ordinaire brûle à lui seul son kilogramme de caporal par mois, cent francs par an au bas mot, dont soixante-dix pour le Trésor. » — A. Luchet.

Caprice : Objet d’une vive et subite affection. — « Tu es mon caprice, et puisqu’il faut sauter le pas, que du moins j’y trouve du plaisir. » — Rétif, 1776.

capsule (Chapeau) : Chapeau affectant les petits bords et la forme cylindrique d’une capsule de fusil ; à la mode depuis 1860. V. Carreau.

Capucine : « Veuillez excuser notre ami, il est gris jusqu’à la troisième capucine. » — Murger. — C’est comme si l’on disait : Il en a par dessus le menton. La troisième capucine est très-près de la bouche du fusil.

Carabine : Fouet de conducteur du train. — Allusion ironique à son claquement.

Carabiné : De première force. — Terme de marine. On sait qu’un vent carabiné est très-fort.

Caramboler : Faire d’une pierre deux coups — « Leur père qui carambole, en ruinant son fils et sa fille. » — Balzac.

Caramboler : Tomber, faire tomber en ricochant. — Carambolage : Chute, choc général.

Carante : Table (Vidocq). — Diminutif de carrée (?). — Allusion de forme.

Carcan : Cheval étique, femme maigre et revêche. — « C’est pas un de ces carcans à crinoline. » — Monselet.

Care (Voler à la), Carer, Caribener : Voler. Un marchand en proposant un échange avantageux de monnaies anciennes contre des nouvelles (Vidocq). — Carer n’est qu’une forme ancienne (V. Roquefort) et par conséquent un synonyme de charrier. V. ce mot. — Caribener est un diminutif.

Cargot : Cantinier. — Corruption de gargotier. — V. Aide.

carle : Argent (Vidocq). — De Carolus, ancienne monnaie de Charles VIII. — « Le cidre ne vaut plus qu’un carolus. » — Ol. Basselin. V. Bayafe.

Carline : La mort (Vidocq). — Allusion au masque noir de Carlin et à son nez camus. Jadis on appelait la mort camarde, parce qu’une tête de mort n’a pour nez qu’un os de très-faible saillie.

Carne : Mauvaise viande (Vidocq). — Du vieux mot caroigne : charogne. — « Un morceau d’carne dur comme un cuir » — Wado.

Carne : Mauvaise femme. — C’est la carogne de Molière. — « Je la renfoncerais dedans à coups de souliers… la carne. » — E. Sue.

carotte (Tirer une) : Demander de l’argent sous un faux prétexte. — « Nul teneur de livres ne pourrait supputer le chiffre des sommes qui sont restées improductives, verrouillés au fond des cœurs généreux et des caisses par cette ignoble phrase : « Tirer une carotte. » — Balzac. — Carotte de longueur : Grosse demande, demande subtile. — Vivre de carottes : Vivre en faisant des dupes.

Carotter : Obtenir de l’argent en tirant une carotte : « Allons, va au marché, maman, et ne me carotte pas. »

Carotter : Ne vivre que de légumes. Vivre mesquinement. — « Il se dépouillait de tout… Il sera très heureux de vivre avec Dumay en carottant au Havre. » — Balzac.

Carotter le service : Éluder sous de faux prétextes les obligations du service militaire.

Carotteur, tier : Tireur de carottes. — « Allons, adieu, carotteur ! » — Balzac. — « Joyeux vivant, mais point grugeur et carottier. » — Vidal, 1833.

carouble : fausse clé (Vidocq). V. Esquintement.

Caroubleur : « Voleur employant des caroubles fabriquées par lui-même sur des empreintes livrées par des domestiques, des frotteurs, des peintres, ou des amants de servantes. — Le Caroubleur à la flan ou à l’esbrouffe vole aussi avec de fausses clés, mais au hasard, dans la première maison venue. Le Caroubleur au fric-frac emploie, au lieu de clés, un pied de biche en fer appelé cadet, monseigneur, ou plume. » — Vidocq.

Carreau : Lorgnon monocle. — « M. Toupard, cinquante-deux ans, petite veste anglaise, chapeau capsule, un carreau dans l’œil. » — Mém. d’une Dame du Monde, 1861.

Carruche : Prison (Vidocq). Diminutif du vieux mot car : coin. V. Roquefort. — V. Canton. — Comte de la Carruche : Geôlier.

Carte (Revoir la). — On comprend l’ironie du mot en se rappelant qu’on entend par carte la liste des mets choisis pour son repas.

Femme en carte : Femme à laquelle la police impose une carte de fille soumise. — « La fille en carte est libre, peut demeurer où bon lui semble, pourvu qu’elle se présente exactement aux visites des médecins. » — F. Béraud.

carton : Carte à jouer. — « Je n’ai pas parlé des tables d’hôte où on donne le carton, c’est-à-dire où l’on fait jouer. » — Lespès. — « Lorsqu’on a dîné entre amis, il faut bien remuer des cartons peints pour se dégriser. » — About.

Travailler, tripoter, graisser le carton : Jouer aux cartes. — Maquiller le carton : Faire sauter la coupe.

De carton : De petite valeur. V. Occasion (D’), Michet.

Casaquin : Corps (Dhautel 1808). — « Je te tombe sur la bosse, je te tanne le casaquin. » — Paillet.

Cascades : Vicissitudes, folies. — « Sur la terre j’ai fait mes cascades. » — Robert Macaire, chanson, 1836.

Cascades (Faire des) : « Ce mot dépeint les fantaisies bouffonnes, les inégalités grotesques, les lazzi hors de propos, les improvisations les plus fantasques. » — J. Duflot.

casque : Chapeau rond. — Casque à mèche : Bonnet de coton à mèche. — « Il dévoilera les mensonges cotonneux de madame et apportera dans le salon le casque a mèche de monsieur. » — Th. Gautier.

Avoir son casque : V. Casquette.

casquer : Donner dans un piége. — Mot à mot : tomber tête baissée dans un casque, c’est à dire dans une enveloppe assez épaisse pour ne rien apercevoir. — De là aussi casquer dans le sens de : donner de l’argent sans voir qu’il est escroqué. V. Cavé.

casquette : Chapeau de femme. V. Chouette.

Être casquette : Être ivre. — Mot à mot : avoir plein son casque. Casque est pris ici pour tête. — « Il me demande si je veux m’humecter. Je lui dis que j’ai mon casque. » — Monselet. — « Ai-je manqué, soit à jeun, soit casquette, De t’apporter ma soif et ma chanson ? — Festeau.

cassante : Noix, dent. (Vidocq). — Effet pris pour la cause. La noix se casse et la dent casse.

Casse-gueule : Bal public de dernier ordre, où on se bat souvent. — « Veux-tu v’nir aux Porcherons, Ou j’irons au cass’gueule à la basse Courtille. » — Duverny, Chanson, 1813.

Casse-poitrine : « Cette boutique est meublée de deux comptoirs en étain où se débitent du vin, de l’eau-de-vie et toute cette innombrable famille d’abrutissants que le peuple a nommés, dans son énergique langage, du Casse-Poitrine. » — P. d’Anglemont. — « Ces demoiselles n’ont plus la faculté de se faire régaler du petit coup d’étrier, consistant en casse-poitrine, vespetro, camphre et autres ingrédients. » — Pétition des filles publiques de Paris, Paris, 1830, in-8.

Casser du bec : Sentir mauvais. — Casser a ici le sens de couper, ce qui donne mot à mot : couper de son bec… celui des autres. V. Couper la gueule.

Casser (Se la) : S’enfuir. — « Vous vous esbignez. Ils se la cassent. » — A. Second.

Casserole : Personne dénonçant à la police. Il est à noter que le dénonciateur s’appelle aussi cuisinier.

Casseur : Tapageur, prêt à tout casser. — « La manière oblique dont ils se coiffent leur donne un air casseur. » — R. de la Barre.

Cassine (Une) : « Ce mot signifiait autrefois une petite maison de campagne ; maintenant, il n’est plus d’usage que pour dire un logement triste et misérable. » — Dhautel, 1808. — Diminutif de Case.

castor : Officier de marine qui évite les embarquements. — Le castor bâtit volontiers sur le rivage.

Cauchemarder : Ennuyer comme un cauchemar. — « C’est cauchemardant ; depuis deux ans, elle en raconte. » — Jaime.

Castuc : Prison (Vidocq). — Corruption du vieux mot castel, château. — V. Ravignolé.

Castus : Hôpital. — Vient du même mot, a moins que ce ne soit un jeu de mots sur la grande phrase de l’hôpital : Qu’as-tu (que ressentez-vous ?). C’est ainsi qu’on appelle les douaniers qu’as-tu là.

Cavalcades : Vicissitudes amoureuses. — « Ça fait des manières, une porte-maillot comme ca. — Et qui en avait vu des cavalcades. » — Gavarni.

Cavaler (Se) : S’enfuir avec la vitesse d’un caval : cheval. V. Roquefort. — « Il faut se cavaler et vivement. » — Chenu.

cavé : Dupe (Vidocq). — Mot à mot : tombé dans un trou, une cave. — Même image que dans enfoncé, casqué.

 : Argent. V. Chêne.

Centre : Nom. — Centre à l’estorgue : faux nom. V. Estorgue. — Coquer son centre : Donner son nom. (Vidocq). — V. Ravignolé.

Centre de gravité : Derrière. — « Porter une main furtivement timide à son centre de gravité. » — Ed. Lemoine.

Centrier : Député du centre conservateur sous Louis-Philippe. — « Moreau ! mais il est député de l’Oise. — Ah ! c’est le fameux centrier. » — Balzac.

Centrier, Centripète : Soldat du centre.

Cerbère : Portier malhonnête. — Comparaison Mythologique. — « Misérable, disait-elle au cerbère, si mon mari le savait. — Bah ! répondait-il… un terme de payé, ça aide. » — Ricard.

cercle : Pièce d’argent. — Allusion à la forme circulaire de la monnaie.

Pincer, Rattraper au demi-cercle : Prendre à l’improviste. — Terme d’escrime.

Cerclé : Tonneau (Vidocq). — Allusion aux cercles qui retiennent les douves.

Cerf (Se déguiser en) Courir. — Allusion à la vitesse du cerf.

Cerisier : Cheval aussi mauvais que les bidets qui portent des cerises au marché. — Un mauvais cavalier monte aussi en marchand de cerises (Dhautel).

Chafrioler : Se complaire. — « L’atmosphère de plaisirs où il se chafriolait. » — Balzac. — M. Paul Lacroix affirme que ce verbe a été inventé par Balzac en ses Contes drolatiques.

Chahut : Dispute. — « Je n’ai jamais de chahut avec Joséphine comme toi avec Millie. » — Monselet.

Chahut : Danse populaire. — « Un caractère d’immoralité et d’indécence comparable au chahut que dansent les faubouriens français dans les salons de Dénoyers. » — 1833, Mansion. — « La chahut comme on la dansait alors était quelque chose de hideux, de monstrueux ; mais c’était la mode avant d’arriver au cancan parisien, c’est-à-dire à cette danse élégante décemment lascive lorsqu’elle est bien dansée. » — P. d’Anglemont.
Chahuter : Faire tapage, danser le chahut. — « Ce verbe, qui, à proprement parler, signifie crier comme un chat-huant, vient du nom de cet oiseau autrefois appelé chahu ou cahu… » — Fr. Michel. — « Ça mettra le vieux Charlot en gaîté… il chahutera sur sa boutique. » — E. Sue.
Chahuter : Renverser, culbuter. — « Sur les bords du noir Cocyte, Chahutant le vieux Caron, Nous l’fich’rons dans sa marmite, etc. » — Chanson de canotiers.

Chaillot ! (À) : Terme injurieux fort en usage à Paris. C’est comme si on criait : À l’eau ! à l’eau ! — Et par le fait, Chaillot est au bord de la Seine. Le mot pourrait être fort ancien, si on en juge par cet extrait d’une mazarinade de 1649 (La Nape renversée) : — « Les gens de l’assemblée s’en allèrent je ne sçay où, à Chaillot ou à Saint-Cloud. » — « À Chaillot les géneurs. » — Les Cocottes, 1864.

Chair humaine (Vendeur de) : Agent de remplacement militaire. — Au dix-huitième siècle, on donnait déjà ce nom aux sergents recruteurs.

Chaloupe : Femme dont le jupon se gonfle comme une voile de chaloupe. — « C’te chaloupe ! » crie Un gamin de Gavarni derrière une élégante.

Chaloupe orageuse : Variété pittoresque du cancan. V. Tulipe. — « Ils chaloupaient à la Chaumière. " — Les Étudiants, 1864. — Comparaison de la danse au roulis d’une chaloupe.

chameau : Femme de mauvaise vie. — On dit aussi : Chameau d’Égypte, chameau à deux bosses, ce qui paraît une allusion a la mise en évidence de certains appas. — « Qu’est-ce que tu dis là, concubinage ? coquine, c’est bon pour toi. A-t-on vu ce chameau d’Égypte ! » — Vidal, 1833. — « Cette vie n’est qu’un désert, avec un chameau pour faire le voyage et du vin de Champagne pour se désaltérer. » — F. Deriège, 1842.

Champ : Champagne. — « Maria. Oh !… du champ !… — Eole… agne. — Maria. Qu’est-ce que vous avez donc ? — Eole. On dit du champagne. — Maria. Ah bah ! où avez-vous vu ça ? » — Th. Barrière.

Champagne (Fine) : Eau-de-vie fine. — Du nom d’un village de la Charente-Inférieure. — « Nous lui ferons prendre un bain de fine champagne. » — Cochinat.

Chançard : Favorisé habituellement par la chance.

Chandelle (Tenir la) : Être placé dans une fausse position, favoriser le bonheur d’autrui sans y prendre part. — « Embrassez-vous, caressez-vous, trémoussez-vous, moi je tiendrai la chandelle. » — J. Lacroix. — Une chanson imprimée chez Daniel, à Paris, en 1793, — Cadet Roussel républicain, — fournit cet exemple plus ancien : « Cadet Roussel a trois d’moiselles Qui n’sont ni bell’s ni pucelles, Et la maman tient la chandelle.»

Moucher la chandelle : S’adresser pour l’explication aux cinq vers suivants qui jouent très-finement sur le mot : « Comment, disait-il, D’un mari, ma belle, Malgré la chandelle, Tromper l’œil subtil ? — Mouchez, disait-elle. » — V. Mabille.

Chantage : Extorsion d’argent sous menace de révélations scandaleuses. — « Le chantage, c’est la bourse ou l’honneur… » — Balzac.

Chanter : Être victime d’un chantage. — « Tout homme est susceptible de chanter, ceci est dit en thèse générale. Tout homme a quelques défauts de cuirasse qu’il n’est pas soucieux de révéler.» — Lespès.
Faire chanter signifie obtenir de l’argent de quelqu’un en lui faisant peur, en le menaçant de publier des choses qui pourraient nuire à sa considération, ou qu’il a pour d’autres raisons un grand intérêt a tenir ignorées.» — Roqueplan. — « Faire chanter : Faire payer par ruse une chose qu’on ne doit pas.» — Dhautel, 1808.
Étymologie incertaine. Faire chanter devrait, selon nous, s’appliquer a la bourse. C’est celle-ci qui ouvre sa bouche pour faire entendre le chant de ses pièces d’or.
Chanteurs : « Hommes exploitant la crainte qu’ont certains individus de voir divulguer des passions contre nature. Ils dressent à cette fin des jeunes gens dits Jésus qui leur fournissent l’occasion de constater des flagrants délits sous les faux insignes de sergents de ville et de commissaires de police. La dupe transige toujours pour des sommes considérables.» — Canler.
Vidocq range dans la catégorie des chanteurs : — 1° les journalistes qui exploitent les artistes dramatiques ; — 2° les faiseurs de notices biographiques qui viennent vous les offrir à tant la ligne ; — 3° ceux qui vous proposent à des prix énormes des autographes ayant trait à des secrets de famille. — « Sans compter, ajoute-t-il, mille autres fripons dont les ruses défraieraient un recueil plus volumineux que la Biographie Michaud

chanterelle (Appuyer sur la) : Faire crier. — Assimilation de la voix à la corde aiguë d’un instrument.

Chaparder : Marauder. — De chat-pard : chat-tigre ou serval. — Les zouaves passent pour les plus habiles chapardeurs de l’armée française.

charabia « Toutes ces affaires se traitent en patois d’Auvergne dit charabia. » — Balzac.

Charabia : Auvergnat. On dit aussi Auverpin. — « Que penseriez-vous d’un homme qui n’est ni Auverpin ni Charabia ? » — P. d’Anglemont.
Charlemagne (Faire) : Se retirer du jeu sans plus de façon qu’un roi, et sans laisser au perdant la faculté de prendre sa revanche. — « Si je gagne par impossible, je ferai Charlemagne sans pudeur.» — About.
Charlemagne : Poignard d’infanterie. — Allusion ironique à l’épée du grand monarque.

Charlot : « Le peuple et le monde des prisons appellent ainsi l’exécuteur des hautes œuvres de Paris. » — Balzac. — « Allez, monsieur le beau, Que Charlot vous endorme ! Tirez d’ici, meuble du Châtelet. » — Vadé, 1788. — V. Garçon.

Charmante : Gale. — « La charmante y fait gratter bien des mains, aussi la visite était-elle rigoureuse. » — Vidal, 1833.

Charon : Voleur (Vidocq). — Diminutif de Charrieur. V. ce mot. — « Dessus le pont au Change, certain agent de change se criblait au charon. » — Vidocq.

Charpentier : Auteur dramatique dont le talent consiste à bien tracer la charpente, c’est-à-dire le plan d’une pièce. — « As-tu vu la pièce d’hier ? — Oui, c’est assez gentil. — Est-ce bien charpenté ? — Peuh ! couci-couci. » — De la Fizelière. — « Il n’est pas si facile de se montrer un habile charpentier. » — Second.

Charriage : Action de charrier. — Charrier : terme générique qui signifie voler quelqu’un en le mystifiant (Vidocq). — Charrieur, careur, charon : Voleurs pratiquant le charriage.

Charrier vient des anciens verbes charier, chariner : aller, procéder, mystifier. V. Roquefort. — Ce dernier sens répond tout à fait à celui de Vidocq.
Charriade à l’américaine : « Il exige deux compères ; celui qui fait l’américain et celui qui lui sert de leveur ou de jardinier. Le leveur lie conversation avec tous les naïfs qui paraissent porter quelque argent. Puis on rencontre l’américain qui leur propose d’échanger une forte somme en or contre une moindre somme d’argent. La dupe accepte et voit bientôt les charrieurs s’éloigner, en lui laissant contre la somme qu’il débourse des rouleaux qui contiennent du plomb au lieu d’or.» — Canler.
Charriage au pot : Il débute de la même façon que le précédent. Seulement l’américain offre à ses deux compagnons d’entrer à ses frais dans une maison de débauche. Par crainte d’un vol, il cache devant eux dans un pot une somme considérable. Plus loin, il se ravise et envoie la dupe reprendre le trésor après lui avoir fait déposer une caution avec laquelle il disparaît, tandis que le malheureux va déterrer un trésor imaginaire.
Charriage à la mécanique : Un voleur jette son mouchoir au cou d’un passant et le porte à demi-étranglé sur ses épaules pendant qu’un complice le dévalise.

Chasse : Mercuriale (Dhautel, 1808). — « C’est pas l’embarras, faut croire qu’il aura reçu une fameuse chasse pour être remonté si en colère. » — H. Monnier. — Donner une chasse, c’est mot à mot pourchasser à coups de langue.

Chasse, Chassis : Œil. — L’œil est pour la vue une sorte de châssis. — « Je m’arcboute et lui crève un chassis. » — Vidocq. — V. Coquer, Balancer, Estorgue.

Chasser les reluits : Pleurer (Vidocq). — Mot à mot : chasser les larmes des yeux.

chat : Guichetier (Vidocq). — Allusion au guichet, véritable chatière derrière laquelle les prisonniers voient briller ses yeux.

Chat : Nom d’amitié. — « Les petits noms les plus fréquemment employés par les femmes sont mon chien ou mon chat.» — Ces Dames, 1860.

Chauffe la couche : Homme qui ne connaît au lit que les douceurs du sommeil. — « Les maris qui obtiennent le nom déshonorant de chauffe la couche.» — Balzac.

Chauffer : Applaudir chaleureusement. — « Elle recueillait les plaintes de son petit troupeau d’artistes… on ne les chauffait pas suffisamment.» — L. Reybaud. V. Chaud.

Chauffeur : Homme d’entrain. — « C’était un bon enfant… un vrai chauffeur ! » — H. Monnier.
Chauffeur : Courtisan. — « C’est l’officier, le chauffeur de la petite.» — Id.

Chausser : Convenir (Dhautel, 1808). — « Les diamants ! ça me chausse, ça me botte.» — Mélesville.

Chauvin, niste : Patriote ardent jusqu’à l’exagération. — « Je suis Français ! Je suis Chauvin ! » — Cogniard, 1831. — Allusion au nom d’un type de caricatures populaires.

Le Chauvinisme est la doctrine de Chauvin. — « Le chauvinisme a fait faire de plus grandes choses que l’amour de la patrie dont il est la charge.» — Noriac.

chaud : Coureur de belles, homme ardent et résolu. — Autrefois on disait chaud lancier : — « Le chaud lancier a repris Son Altesse royale.» — Courrier burlesque, 2e p., 1650.

Il y faisait chaud : La bataille était rude. — « Ah ! vous étiez à Wagram. — Un peu. — Il y faisait chaud, hein ! — Oui, qu’il y faisait chaud.» — H. Monnier. — Allusion aux feux de l’artillerie et de la mousqueterie. — On emploie Chauffer dans le même sens. — « Ça chauffe ! disait-on dans les groupes.» — C. de Bernard.
Il fera chaud : Jamais. Mot à mot : il fera un temps plus chaud que celui-ci. — « C’est bien. Quand tu me reverras, il fera chaud. » — Méry.
Chaude-lance : gonorrhée (Vidocq) — Allusion à la chaleur et aux élancements du canal de l’urètre.

Chaumir : Perdre (Vidocq). — Corruption de chomer ( ?). Le chômage entraîne une perte d’argent.

Chemises (Compter ses) : Vomir. — Allusion à la posture penchée de l’homme qui vomit.

chenatre, chenu : Bon (Vidocq). — Chenu sorgue : Bonsoir. — « Chenu sorgue, roupille sans taffe.» — Vidocq. — Chenu reluit : Bonjour. V. Fourgat.

Chenu : Bon, exquis. — Le Dictionnaire de Leroux (1718) l’emploie dans ce sens : Voilà du vin chenu. Selon Dhautel (1808), chenu, signifiant au propre blanc de vieillesse (Roquefort), est appliqué au vin que la vieillesse améliore, et par extension à toute chose de première qualité. — « Goujeon, une prise de tabac. — Oui-da, t’nez en v’là qu’est ben chenu.» — Vadé, 1755. — « As-tu fréquenté les marchandes de modes ? c’est là du chenu ! » — P. Lacroix, 1832.
Chenument : Très-bien. — « Une ville a beau feindre de se défendre ch’nument. » — Vadé, 1755. V. Artie.

chêne : Homme. — Abréviation de chenu. — Le chêne serait un homme chenu à voler, bon à voler. — « Qu’as-tu donc morfillé ? — J’ai fait suer un chêne, son auber j’ai enganté et ses attaches de cé.» — Vidocq.

Chenique : Eau-de-vie. — diminutif de chenu : Bon.

Cheniqueur : Buveur d’eau-de-vie. — « Être cheniqueur, railleur, vantard, gourmand, Courir au feu comme à la gloire, Du troupier français v’là l’histoire. ». Wado, Chanson.

cheval : Homme brusque, grossier.

Cheval de retour : Condamné conduit au bagne pour la seconde fois. — « C’est un cheval de retour, vois comme il tire la droite. » — Balzac.
Cheval de trompette : Personne ne s’effrayant pas plus des menaces, que le cheval d’un trompette, du son aigre de son instrument. — Usité en 1808. — « Moi d’abord, je suis bon cheval de trompette, le bruit ne m’effraie point. » — H. Monnier.
Chevaux à double semelle : Jambes. — « Tiens, apprête tes chevaux à double semelle, prends ce paquet et valse jusqu’aux Invalides.» — Balzac.

chevalier de l’aune : Commis en nouveautés. — « Il n’y a que ces chevaliers de l’aune pour aimer la boue au bas d’une robe. » — Balzac. — De la rosette : Sodomiste. — Du printemps : Niais portant un œillet rouge à la boutonnière pour singer une décoration.

Chevelu (Art, école) : Art, école Romantique. — Les longs cheveux y étaient de mode. — « Il peuplait mon salon de jeunes célébrités de l’école chevelue.» — L. Reybaud. — « L’art chevelu a fait une révolution pour abolir les tirades de l’art bien peigné. » — Id.

Cheveu : Inquiétude, souci aussi tourmentant qu’un cheveu avalé l’est pour le gosier. « Veux-tu que je te dise, t’as un cheveu. — Eh bien ! oui, j’ai un cheveu. » Monselet.

Avoir mal aux cheveux : Avoir la tête lourde un lendemain d’ivresse.

chèvre (Gober sa) : Se mettre en colère. — La chèvre est peu endurante de sa nature.

Chevronné: Récidiviste (Vidocq). — Allusion aux chevrons qui marquent l’ancienneté du service militaire.

chic : Élégance. — « Vous serez ficelé dans le chic. » — Montépin. — « L’officier qui a du chic est celui qui serre son ceinturon de manière à ressembler à une gourde.» — Noriac. — À l’École de Saint-Cyr, sous le premier Empire, chic était déjà synonyme d’Élégance militaire.

Une esquisse qui a du chic a un bon cachet artistique. — « Il lui révéla le sens intime de l’argot en usage cette semaine-là, il lui dit ce que c’était que chic, galbe, » etc. — Th. Gautier, 1838.
Une tête faite de chic, tout au contraire, n’a rien de sérieusement étudié. Ici, chic est à l’art ce que ponsif est à la littérature. — « C’étaient là de fameux peintres. Comme ils soignaient la ligne et les contours ! Comme ils calculaient les proportions ! ils ne faisaient rien de chic ou d’après le mannequin. » — La Bédollière.
Chic, quelquefois, veut dire mauvais genre, genre trop accusé. — « C’était ce chic que le tripol colle à l’épiderme des gens et qui résiste à toute lessive comme le masque des ramoneurs. » — P. Féval.
Chic est, on le voit, un mot d’acceptions fort diverses et fort répandues dans toutes les classes. — Vient du vieux mot Chic : finesse, subtilité. V. Roquefort. — C’est donc, mot à mot, le fin du fin en tout genre, et les exemples les plus anciens confirment cette étymologie , car ils prennent tous chic en ce sens.
Chic, chique : Distingué, qui a du chic. — « C’est chique et bon genre. » — Ça un homme chic ! C’est pas vrai, c’est un calicot. » — Les Cocottes, 1864.
Chicard, Chicandard, Chicocandard, Chicancardo : Très-chic, très-remarquable. — « On y boit du Vin qu’est chicandard, chicancardo. » — Vacherot, Chanson, 1851. — « Une dame très-belle, très-coquette, très-élégante, en un mot très-chicandarde. » — Ed. Lemoine. — « Un auteur plus chicocandard. » — Th. Gautier. — « Un déjeuner chicocandard. » — Labiche. — V. Chocnoso.

chicard : Le héros du carnaval de 1830 a 1850. Son costume, bizarre assemblage d’objets hétéroclites, se composait le plus souvent d’un casque à plumet colossal, d’une blouse de flanelle et de bottes fortes. Ses bras à moitié nus s’enfonçaient dans des gants à manchette de buffle. Tel était le fond de la tenue ; quant aux accessoires, ils variaient à l’infini. Celui qui le premier mit ce costume à la mode était un marchand de cuirs ; son chic le fit nommer Chicard. Il donna des bals et inventa un pas nouveau. — « Et puis après est venu Chicard, espèce de Masaniello qui a détrôné l’aristocratie pailletée des marquis, des sultans et a montré le premier un manteau royal en haillons. » — M. Alhoy. — « L’homme de génie qui s’est fait appeler Chicard a modifié complètement la chorégraphie française. » — T. Delord. — « La sage partie du peuple français a su bon gré à maître Chicard d’avoir institué son règne de mardi-gras. » — J. Janin. — « Mais qu’aperçois-je au bal du Vieux Chêne ? Paméla dansant le pas chicard. » — Chauvelot aîné, Chanson.

Chicarder : Danser le pas chicard. — « Quand un bal de grisettes est annoncé, le vaurien va chicarder avec les couturières. » — E. Deriège.

Chicane (Grinchir à la) : Prendre la bourse ou la montre d’une personne en lui tournant le dos. Ce genre de vol exige une grande dextérité (Vidocq). — De là le mot de chicane qui a le sens de finesse.

Chicorée : V. Café.

chien : Mot d’amitié. V. Chat.

Chien de collège : Maître d’études. — Chien de régiment : Caporal ou brigadier. — Leurs missions sont un peu celles du chien de berger. — Chien de commissaire : Secrétaire de commissaire de police.
Chien : Compagnon. — « Tu passeras renard ou aspirant, après ça tu deviendras chien ou compagnon. » — Biéville.
Chien : « Le chef est chien ou bon enfant. Le chien est dur, exigeant, tracassier, méticulier. » — Balzac.
Chien : Avare. — Horace (I. II, sat. 2) emploie le mot canis pour signifier avare. — « Chien : Égoïste, homme injuste, qui blesse les intérêts d’autrui. » — Dhautel, 1808. — N’être pas chien en affaires : Aller grandement, sans chicane.
Sacré-chien : Eau-de-vie. — Dans le monde artistique le sacré-chien, c’est le sentiment de l’art, c’est le feu sacré. — On dit dans le même sens : Il a du chien. Allusion à l’eau-de-vie.
Piquer un chien : Dormir. On trouve dans Rabelais un exemple de dormir en chien. — « Sur l’étude passons. Il n’est qu’un seul moyen De la bien employer, c’est de piquer son chien. ». — Souvenirs de Saint-Cyr.

Chiffarde : Pipe (Vidocq).

Chifferton : Chiffonnier (id.).

Chiffon : Mouchoir. — Chiffonnier : Voleur de mouchoirs.

Chiffon rouge : Langue. — Allusion à la couleur et à la souplesse de la langue. V. Balancer.

Chigner : Pleurer. — « Ça lui fera du bien de chigner. » — Balzac.

chiner : Aller à la recherche de bons marchés. — « Remonenq allait chiner dans la banlieue de Paris. » — Balzac. — « Les roulants ou chineurs sont des marchand d’habits ambulants qui, après leur ronde, viennent dégorger leur marchandise portative dans le grand réservoir du Temple. » — Mornand.

Chinois : Homme original, fantasque. — « Là-dessus, v’là mon Chinois qui se fâche. » — Monselet.

Chique : Église (Vidocq). V. Momir, Rebâtir.

Couper la chique : Dérouter. — Du vieux mot chique : finesse (Roquefort). — « De la réjouissance comme ça ! Le peuple s’en passera. C’est c’qui coupe la chique aux bouchers. » — Gaucher, Chansons. — Couper la chique à quinze pas : Se faire sentir de loin.

Chique : V. Chic. — Chiquement : Avec chic.

Chiquer : Faire avec chic, supérieurement. — « Je leur en ferai des discours, et des chiqués. » — Chenu. — « Auprès d’elle, Eugénie Nu Bras, Nous chique avec génie, Son pas. » — 1846, Priv. d’Anglemont.

Chiquer : Manger, dépenser. — Mot de la langue romane. V. Roquefort. — « Ne pourrions-nous pas chiquer un légume quelconque ? mon estomac abhorre le vide. » — Balzac. — « Il m’a fallu tout mettre en plan. J’ons chiqué jusqu’aux reconnaissances. » — Dialogue entre Zuzon et Eustache, chanson, 1836.
Chiquer : Battre. Mot à mot : avaler. Même racine que la précédente.
Chiqueur : Glouton. — Chiqueur : Artiste dessinant de chic, sans étudier la nature.

chocnoso, sof, sophe, sogue, koxnoff : Brillant. — On ne paraît pas bien fixé sur l’orthographe de ce mot. — « Dans cette situation, comment dire ?… — Chocnoso… » — Balzac. — Dans Pierre Grassou, le même auteur écrit Chocnosoff. — « Je m’en vais chez le restaurateur commander un dîner kox-noff. » — Champfleury — « C’est koksnoff, chocnosogue, chicardo, snoboye. » — Bourget, Chansons. — « Sa plume était chocnosophe, et ses goûts ceux d’un pacha. » — Commerson.

Cholette : Demi-litre (Vidocq)

Choper : Voler (Vidocq). — Mot à mot : toucher quelque chose pour le faire tomber. — Roquefort donne choper dans ce sens.

Chopin : Vol. — «Quand un voleur fait de la dépense, c’est qu’il a fait un chopin. » — Canler.

Chose, Machin : On appelle ainsi celui dont on ne se rappelle pas le nom (Dhautel). — « Chose est malade. — Qui ça, Chose ?) » — H. Monnier. — La coutume est ancienne. Tallemant des Réaux conte que M. le Mage, conseiller à la Cour des aides, dit toujours Chose au lieu du nom. »

Chose : Dignité. — « Tu me feras peut-être accroire que tu n’as rien eu avec Henriette ? Vois-tu, Fortuné, si tu avais la moindre chose, tu ne ferais pas ce que tu fais… » — Gavarni.
Chose : Indignité. — « C’est ce gueusard d’Italien qui a eu la chose de tenir des propos sur Jacques. » — Ricard.
Chose : Embarrassé. — Du vieux mot choser : gronder. V. Roquefort. — « Ma sainte te ressemble, n’est-ce-pas, Nini ? — Plus souvent que j’ai un air chose comme ça ! » — Gavarni. — « Ce pauvre Alfred a sa crampe au pylore, ça le rend tout chose. » — E. Sue. — « Mamselle, v’là qu’vous m’rendez tout chose, je vois bien que vous êtes un esprit fort. » — Rétif, 1783.

chou : Sobriquet amical. — « L’une m’appelle mon chou, mon ange. » — Francis, 1825.

Chouchouter : Choyer tendrement. Vient de chou. — « Tu seras chouchouté comme un dieu. » — Balzac.

Choucroute (Tête ou Mangeur de) : Allemand.

Chou colossal : Entreprise destinée à tromper le public par des promesses ridiculement alléchantes. — « Il y a deux ou trois ans, on vit à la quatrième page des journaux un éloge pompeux d’un nouveau chou… Ce chou était le chou colossal de la Nouvelle-Zélande, servant à la fois à la nourriture des hommes et des bestiaux et donnant un ombrage agréable pendant l’été. C’était un peu moins grand qu’un chêne, mais un peu plus grand qu’un prunier. On vendait chaque graine un franc… On en achetait de tous les coins de la France. — Au bout de quelques mois, les graines du chou colossal avaient produit deux ou trois variétés de chou connues et dédaignées depuis longtemps. La justice s’en mêla. » — Alph. Karr, 1841. — L’inventeur du chou colossal était un bonnetier. Il se suicida en voyant la mauvaise tournure que prenait la spéculation.

chouette, tard, taud : Parfait. — « Cré chien ! Loïse, t’as là une casquette un peu chouette !… » — Gavarni. — « Ah ! vous avez là une chouette femme. » — Gavarni. — Voici peut-être un des premiers exemples du mot : « Ma femme sera coincte et jolye comme une belle petite chouette. » — Rabelais.

Chouettement : Parfaitement. — « Suis-je près d’un objet charmant, Pour l’allumer chouettement, Mon cœur est comme une fournaise. » — Festeau.

Chourin : Couteau. — Chouriner : Donner des coups de couteau. Formes des mots surin et suriner, usités dans le même sens. — Le Chourineur est un type des Mystères de Paris d’E. Sue.

Chrétien (Lait) : Lait baptisé, étendu d’eau. — « Une douzaine de drôlesses déguisées en laitières vendent du lait trois fois chrétien. » — Privat d’Anglemont.

cigale : Pièce d’or (Vidocq). — Comparaison du tintement des louis au cri de la cigale.

cigogne : Préfecture de police. — « Railles, griviers et cognes nous ont pour la cigogne en partie tous paumés. » — Vidocq. — V. Dab.

Cipal : Soldat de la garde municipale. — « Les danses ont été légèrement échevelées, mais, suivant les auteurs de la Corde sensible : Le Cipal n’a rien a dire Aux entrechats de la vertu. » — Naquet.

citron : Note aigre. — « Trois citrons à la clef. » — Nadar.

Claques (Figure à) : Figure qu’on souffletterait volontiers. — « Oui, ces figures a claques, nous les caresserons. » — Cogniart, 1831.

Civil : Bourgeois. V. Astiquer.

Clair : Œil. — Allusion à l’éclat du regard. — « Allumez vos clairs et remouchez. » — Balzac.

claquer : Mourir. Terme figuré. Ce qui claque, dans le sens ordinaire, est hors de service. — « C’est là que j’ai appris, entre autres bizarreries, les dix ou douze manières d’annoncer la mort de quelqu’un : Il a cassé sa pipe, — il a claqué, — il a fui, — il a perdu le goût du pain, — il a avalé sa langue, — il s’est habillé de sapin, — il a glissé, — il a décollé le billard, — il a craché son âme, etc., etc. » — Delvau

Claquer : Manger — Allusion au bruit des mâchoires. — « Il faut claquer, vaille que vaille : De par la loi l’on te nourrit. » — Wado, Chanson. — On dit au figuré Claquer : dissiper.

Clarinette : Fusil de munition. — « Quant au fantassin, il est obligé de porter un fusil de quatorze livres, aimable clarinette de cinq pieds. » — Vidal, 1833. — V. Agrafer, Toile.

Cliché : Invariable. — Synon. de Stéréotypé, et emprunté comme lui à certains procédés d’impression. — « Tel est le discours cliché que le vénérable baron Taylor a en réserve pour toutes les circonstances. » — Figaro.

Cloporte : Portier. — Calembour : clôt-porte. — « Je connais le truc pour apprivoiser les cloportes les plus farouches. » — Montépin.

Cloche de bois (Déménager à la) : Déménager furtivement en tamponnant la clochette d’éveil adaptée aux portes de beaucoup d’hôtels garnis.

clou : Prison. On ne peut pas en bouger plus que si on y était cloué. — « Je vous colle au clou pour vingt-quatre heures. » — Noriac.

Clou : Mont-de-Piété. — Mot à mot : prison d’objets engagés. — « Il avait mis le linge en gage ; on ne disait pas encore au clou. » — Luchet.
Clouer : De clou dérivent accrocher, clouer, déclouer et surclouer. (Regager, dégager et renouveler au Mont-de-Piété.) — « Jeune insensé, oublies-tu que nous avons passé le 20 du mois, et qu’à cette époque les habits de ces messieurs sont cloués et surcloués. » — Murger.
Clous de girofle : « Mme Cramoisi demanda un jour à Santeuil combien ils étaient de moines a Saint-Victor. — « Autant que vous avez de clous de girofle dans la bouche, dit Santeuil qui n’était pas de bonne humeur, voulant parler de ses dents qu’elle avait noires et gâtées. » Santoliana, 1764.

cocarde : Tête. — En prenant la coiffure pour la tête, on a dit taper sur la cocarde ou sur le pompon, pour : frapper sur la tête de quelqu’un.

Avoir sa cocarde : Être ivre, avoir le visage teinté par un excès de boisson. — « Vieux ! Avec sept cent mille francs on a bien des cocardes. » — Balzac. — « J’y voyais en dedans, Todore ne parlait pas. Robert nous dit : Vous avez votre cocarde. » — Monselet.

Cocardier : Homme fanatique de son service, zélé jusqu’à l’exagération de ses devoirs. — Cette dénomination spéciale à l’armée se sent plus qu’elle ne s’explique. Le cocardier croit avoir toujours l’honneur de sa cocarde à soutenir.

Coco : Cheval. — « Ce grossier animal qu’on nomme vulgairement coco. » — Aubryet.

Coco : Nom d’amitié. — « J’vais te donner un petit becquau. Viens, mon coco. » — Dialogue entre Zuzon et Eustache, chanson, 1836.
Coco : Homme peu digne de considération. — « Joli Coco pour vouloir me faire aller. » — Balzac.
Se passer par le coco : Manger. — Comparaison de l’estomac humain à celui du cheval et du perroquet. Les refrains connus de la Botte à Coco et de As-tu déjeuné, Coco, ont pu en donner l’idée à l’armée comme à la bourgeoisie.

Cocodès : Jeune dandy ridicule. — Diminutif de coco pris en mauvaise part. — « Ohé ! ce cocodès a-t-il l’air daim ! » — L. de Neuville. — Une physiologie des Cocodès a paru en 1864.

cocotte : Femme galante. — Mot à mot : courant au coq. — On disait jadis poulette. « Mme Lacaille disait à toutes les cocottes du quartier que j’étais trop faible pour faire un bon coq. » — 1817, Sabbat des Lurons. — Aujourd’hui une cocotte est un embryon de lorette. — « Les cocottes peuvent se définir ainsi : Les bohèmes du sentiment… Les misérables de la galanterie… Les prolétaires de l’amour. » — Les Cocottes, 1864.

Coenne de lard : Brosse (Vidocq). — Allusion aux soies qui garnissent la coenne.

Cœur sur le carreau (Jeter du) : Vomir. — Ce calembour se trouve déjà dans Le Roux (1718) et dans les Jeux d’esprit de La Châtre.

cognac, cognard, cogne : Gendarme (Vidocq). — Est-ce parce qu’ils cognent les malfaiteurs. V. Cigogne, Raille.

Cognade : Gendarmerie. V. Garçon.
Cogner : Battre. — « Je me cogne quelquefois… On me craint comme le feu dans la Cité. » — E. Sue. V. Ça.

Coiffer : C’est-à-dire : coiffer de cornes, faire une infidélité conjugale. — « Mariez-vous, et par votre compagne, Heureux coiffeur, ne soyez pas coiffé ! ! ! » — La Bédollière.

Col (Se pousser du) : Se faire valoir. Passer la main sous le menton en renversant la tête est un geste de présomptueux. — « Toi qui te poussais tant du col, Nous t’avons pris Sébastopol. — Remy, Chanson, 1856.

Colas, Colin (Vidocq). — Diminutif de col. — Faucher le colas : Couper le cou.

Colback : Conscrit. — Comparaison de sa chevelure, qui n’est pas encore taillée militairement, au bonnet à poil dit colback.

Collage : Liaison galante de longue durée.

Se coller : Contracter un collage. — « Julia : Qu’est-ce que va devenir Anatole ? — Amandine : Le monstre ! il est déjà collé avec Rachel. » — Les Cocottes, 1864.
Collant : Dont on ne peut se débarrasser. — « Nous sommes rabibochés. C’est une femme collante. » — L. de Neuville.

Colle : Mensonge. — Nous trouvons dans la Juliade (1651) : « Pour mieux duper les amoureux, Être adroit à ficher la colle. » — Les coquillards de Dijon disaient dès 1455 : faire la colle, pour feindre.

Colle : Examen préparatoire. — « On est toujours tangent à la colle. » — La Bédollière.

Coller : Examiner. — Colleur : Répétiteur chargé d’examiner. — « Un colleur à parler m’engage. » — Souvenirs de Saint-Cyr.
Coller : Prendre en défaut. — « Voilà une conclusion qui vous démonte. — Me prêtes-tu 500 fr. si je te colle ? » — E. Auger.
Coller sous bande (V. Bande) : — « C’est fini, ils sont collés sous bande. » — Robquin, Chansons.
Coller : Jeter. V. Clou. — « On l’a collé au dépôt, envoyé à la Préfecture de police. » — Monselet. — « Pas un zigue, mêm’un gogo, Qui lui colle un monaco. » — Léonard, Parodie, 1863. — V. Colle.

Collége : Prison. — Collégien : Prisonnier (Vidocq). — Ces mots ont dû être inventés par un malfaiteur qui avait reçu de l’éducation.

Colletin : Force (Vidocq). — Vient de Colleter.

Collier, Coulant : Cravate (Vidocq). — Mots expressifs et bien dus aux voleurs qui voient dans la cravate un moyen de vous étrangler.

coloquinte : Tête de forte dimension. — Allusion de forme. — « Je crois que vous avez la coloquinte tant soit peu dérangée. » — L. Desnoyer.

Coltiger : Arrêter. — Diminutif de Colleter. — « J’ai été coltigé et trois coquins de railles sur mesigue ont foncé, ils m’ont mis la tortouse. » — Vidocq.

Comberger : Compter (Vidocq).

combre, combrieu : Chapeau (Vidocq). — Même observation pour ce mot que pour cabe et calvin. Le chapeau est ce qui ombrage la tête et, par contraction, ce qu’ombre. — Combrieu est un diminutif de Combre. V. Tirant.

Come : Commerce (Vidocq). — Abréviation.

Comme il faut : Air de bonne compagnie. — «Tu les reconnais à leur élégance un peu prétentieuse, à leurs grâces étudiées, à leur comme il faut qui manque de naturel. » — J. Janin.

Pris aussi adjectivement — « Elles hantent les endroits comme il faut. » — Lynol — « Il y a des personnes très-comme il faut qui viennent chez elles. » — E. Sue.

compas (Ouvrir, fermer le) : Activer, ralentir sa marche. — « Nos conscrits ferment le compas. » — Comparaison des jambes aux branches d’un compas.

Complet (Être) : Être complètement ivre.

Compote (Mettre en) : Contusionner fortement. On dit aussi en marmelade (Dhautel, 1808). — « M’éreinter un chapeau, me mettre le nez en compote un jour de bal. » — Michel.

Compte (Avoir son) : Être complètement ivre, avoir absorbé son compte de liquide.

Avoir son compte : Mourir, voir finir le compte de ses jours. — « J’ai mon compte pour ce monde-ci. C’est soldé. » — L. Reybaud.
Son compte est bon : Se dit d’un coupable à punir et dont on compte les méfaits.

Comtois : Niais. — Diminutif de c-n : imbécile. — Sans doute qu’elle bat comtois. » Decourcelle. — V. Battre.

Condé : Maire — Demi-condé : Adjoint. — Grand condé : Préfet de police. — Diminutif dérivant du même mot que le précédent.

Condé franc : Magistrat corrompu.(Vidocq). — V. Affranchir.

Conduite (Faire la) : Chasser avec voies de fait. — « les Français-Anglais vont te faire la conduite. » — Layale, Chansons, 1855.

Connaissance : Maîtresse. — « Ah ! vous avez une connaissance, monsieur ! » — De Leuven.

Connasse : Les femmes inscrites à la police donnent ce nom à toutes celles qui ne le sont pas.

Connir : Tuer (Vidocq). V. Sciage. — La mort est la conne.

Connobrer : Reconnaître (id.). — Corruption de mot.

Conservatoire : Mont-de-Piété (Vidocq). — On y conserve les objets mis en gage.

Consolation : Eau-de-vie. — Ce mot dit avec une éloquence navrante ce que le pauvre cherche souvent dans un petit verre ; — L’oubli momentané de ses maux, et souvent de sa faim. — « Bon, il entre dans le débit de consolation.» — E. Sue.

Consomm : Rafraîchissement. — Abrév. de consommation. — « Ces dames doivent être altérées par la danse, ce dont elles ne disconviennent pas. Partant de là, il les supplie d’accepter une consomm. » — Mornand.

copain : « Être copain, c’est se joindre par une union fraternelle avec un camarade, c’est une amitié naïve et vraie qu’on ne trouve guère qu’au collège.» — H. Rolland. — Du vieux mot compain : compagnon. V. Roquefort.

Copeau : Ouvrier en bois. — Mot à mot : faiseur de copeaux.

coquer : Dénoncer. — Mot à mot : cuisiner, apporter tout préparé. — Du vieux mot coc : cuisinier (coquus). V. Raynouard. — On retrouve la même allusion dans les mots cuisinier et casserole. — « En province, il avait coqué quelqu’un de leur bande.» — E. Sue.

Coquer le poivre : Empoisonner. — Coquer le rifle : Mettre le feu. — « Girofle largue, depuis le reluit où j’ai gambillé avec tezigue et remouché tes chasses et ta frime d’altèque, le dardant a coqué le rifle dans mon palpitant qui n’aquige plus que pour tezigue.» — Vidocq. — Coquer : Donner. V. Ravignolé.

coqueur : « Le coqueur vient dénoncer les projets de vol à la police de sûreté. Le coqueur est libre ou détenu. Ce dernier est coqueur mouton ou musicien. Le mouton est en prison et capte ses codétenus. Le musicien ne révèle que ses complices. — Ce métier de dénonciateur s’appelle coquage. La musique est une réunion de coqueurs (musiciens). » — Canler.

Coqueur de bille : Bailleur de fonds.

Coquille de noix : Petite barque, petit navire. — Image très juste. — « Napoléon met le pied sur une coquille de noix, un petit navire de rien du tout. » — Balzac.

Coquillon : Pou (Vidocq). — Comparaison du pou à une très-petite coquille.

corbeau : Frère de la doctrine chrétienne. — Allusion aux longues robes noires de cet ordre.

Corde (Tenir la) : Avoir la vogue. — « Qui est-ce qui tient la corde en ce moment dans le monde dramatique ? » — Figaro.

Corne : Puanteur. — Corner : Puer (Vidocq). — Vient peut-être de cor : cœur, qui a fait au moyen âge coreux : répugnant, écœurant. V. Roquefort.

cornante : Bête à cornes (Vidocq)

Cornard : Cocu. — Mot à mot : porte-cornes. — Cornard : À l’École de Saint-Cyr, on ne mange que du pain sec au premier déjeuner et au goûter, et les élèves prennent sur leur dîner de quoi faire un cornard — « Faire hommage de votre viande à l’ancien pour son cornard. » — De la Barre.

Cornet : Estomac. — « Je n’suis pas fâché de m’mettre quelque chose dans le cornet. » — H. Monnier. — Rincer le cornet : Donner à boire.

Cornet d’épices : Capucin (Vidocq). — Allusion au capuchon brun que représente assez bien un grand cornet d’épicier.

cornichon : Veau (id.). — Mot à mot : fils de cornante. — Cornichon : Niais (Dhautel, 1808). — « Jour de Dieu ! Constantin, fallait-il être cornichonne. » — Gavarni. — Cornichon : Élève de l’École militaire. — « Une fois en élémentaires, il se bifurque de nouveau en élève de Saint-Cyr ou cornichon, et en bachot ou bachelier ès-sciences. » — Institutions de Paris, 1858.

Cosaque : Brutal, sauvage, maladroit.

Côte (Être à la) : Être à sec d’argent. On est à flot quand la fortune sourit. — « Si vous êtes vous-même à la côte, — quelles singulières expressions on a dans les coulisses pour exprimer qu’on manque d’argent.» — Achard.

Côtelettes : Favoris s’élargissant au bas des joues, de façon à simuler la coupe d’une côtelette.

Coterie : « Les tailleurs de pierres s’interpellent du nom de coterie. Tous les compagnons des autres états se disent pays. » — G. Sand.

Coton (Filer un mauvais) : Se mal porter. Rappel mythologique du fil de la Parque. — « Il file un mauvais coton. » — E. Jourdain.

Cou (Casser Le) : « Viens-tu casser le cou à une gibelotte ? » — Nadar. — C’est-à-dire : Viens-tu manger un lapin ? On casse le cou de l’animal devant vous pour que vous ne craigniez pas de manger du chat.

couac : Fausse note. V. Canard. — « Il lui échappa un couac épouvantable au milieu d’un couplet. » — A. Signol.

coucou : Cocu. — « Une simple amourette Rend un mari coucou. » — Chansons. impr. Chassaignon, 1851. — En 1350, un mari trompé s’appelait déjà en bas latin cucullus (prononcez coucoullous), et, en langue romane, cous. V. Du Cange.

Coude (Lâcher le) : Quitter — « Vous n’pourriez pas nous lâcher le coud’bientôt. » — Léonard, parodie, 1863. — Allusion à la recommandation militaire de sentir les coudes à gauche, en marche.

Lever le coude : Boire à longues rasades. — Usité dès 1808. — « Ça n’a pas d’ordre, ça aime trop à lever le coude. » — P. d’Anglemont.

couenne : « On dit d’un nigaud, d’un maladroit, d’un sot qu’il est couenne. » — Dhautel, 1808. — V. Coenne.

Couillé : Niais. — Forme de couyon. — « Un couillé, j’ai remouché. » — Vidocq.

Coule (À la) : Adroit, expert en l’art de se couler entre les obstacles.

Couleur : Soufflet. — Il colore la joue. — « J’bouscule l’usurpateur, Qui m’applique sur la face, Comm’on dit, une couleur. » — Le Gamin de Paris, chanson, 184…

Coulissiers : « Les coulissiers sont des agents de change sans brevet ; ils traitent des opérations pour leur compte et pour celui de leurs clients ; on leur paie moitié courtage, ils ont une chambre organisée comme la chambre syndicale des agents de change ; on en cite de très-honorables et de très-riches, offrant tout autant de garantie que des agents de change. Ils se réunissent à midi sur les boulevarts, ils établissent le cours de la rente qui souvent est accepté par le parquet. À la Bourse, ils se placent à peu de distance des agents de change, à gauche de la corbeille. Les opérations de la coulisse s’élèvent à un chiffre énorme. » — De Mériclet.

Courailler : Donner dans la galanterie facile. — « Vous l’auriez empêché de courailler. » — Balzac.

Courir a le même sens. — « Monsieur n’est pas heureux quand il court. » — H. Monnier. — On dit aussi : Courir la gueuse.

courbe : Épaule (Vidocq). — Allusion de forme.

courir (Se la) : S’enfuir. — Se courir : Se méfier (Vidocq). — Vient de l’ancien verbe se covrir : se couvrir, se protéger.

Coup à monter : Grosse entreprise. — « Un coup à monter, ce qui, dans l’argot des marchands, veut dire une fortune à voler. » — Balzac.

Se monter le coup : S’illusionner.
Monter le coup : Tendre un piége. — « C’est des daims huppés qui veulent monter un coup à un ennemi. » — E. Sue.
Monter un coup : Inventer un prétexte. — « Je monte plus d’un coup pour vanter l’auteur Dorville. » — 1817, Brazier.
Coup de bas : Coup dangereux. — « Ces fats nous donnent un rude coup de bas. » — Chansons, Clermont, 1835.
Coup de chien, peigne, torchon : V. ces mots.
Coup de pistolet : « Alléché par l’exemple et la perspective de quelques bénéfices énormes, un novice vient de tirer un coup de pistolet à la Bourse (c’est l’expression pour désigner une opération isolée et sans suite, Un coup de main). » — Mornand.
Avoir un coup de soleil : Avoir une pointe de vin (Dhautel, 1808). — Le vin et le soleil ont également la vertu d’empourprer Le visage.
Coup de temps : Accident subit, surprise. — Terme d’escrime. — Voir le coup de temps, c’est le prévoir.
Coup de vague : Vol improvisé. — Le voleur est dans le vague sur les résultats de son coup.

Coupe (Tirer sa) : Nager. — « Rodolphe, qui nageait comme une truite… se prit à tirer sa coupe avec toute la pureté imaginable. » — Th. Gautier.

Faire sauter la coupe : Battre à l’écarté de façon à retourner le roi, en neutralisant la coupe.

Coupe-choux : Sabre d’infanterie. — L’emploi de cette arme est en campagne des plus pacifiques. — « Mon coupe-choux au côté. » — Lacassagne.

Coupe-ficelle : Artificier d’artillerie.

Coupe-sifflet : Couteau. V. Couper.

couper la gueule à quinze pas : Exhaler une si mauvaise odeur qu’on la sent à quinze pas. — Cette expression ne manque pas de justesse, car la bouche souffre autant que le nez en pareil cas. — « Quand elle a mangé du cerv’las, Ça vous coup’la gueule à quinz’pas. » — Colmance.

Se couper : Se contredire, couper ses propres arguments.
Ça te la coupe : Cela te contrarie, te déroute (Dhautel, 1808).
Couper, Couper dans le pont : Donner dans le panneau. « Laisse-la couper dans le pont. » — Balzac. — « Ah ! ! dit Marlot en faisant sauter l’or dans sa main, elle a donc coupé dans le mariage ? » — Champfleury. — « Vient du terme : faire le pont : plier légèrement les cartes a un endroit déterminé, de façon à guider la main de l’adversaire dans la portion du jeu où elle doit couper innocemment, secondant ainsi les vues de l’aventurier. L’expression est pittoresque. » — Mornand.
Couper la chique : V. Chique.
Couper la musette : Couper la parole. — Comme dans chanterelle et dans sifflet, la voix est assimilée à un instrument. — « Ta remontrance me coupe la musette. » — Chansons, Châteauroux, 1826.
Couper le sifflet : couper la parole, couper la gorge.

couyon, Couillon : Lâche, poltron. — Du vieux mot coion qui a le même sens (V. Roquefort), et qui est un diminutif de coy : tranquille, indolent. — Mazarin est souvent appelé coyon dans les pamphlets de la Fronde. — « Beaulieu, Cobourg en furent touchés De voir leur troupe à l’abandon Qui fuyoient comme des couillons Devant les patriotes. » — Mauricault, Chanson, 1794.

Couyonnade : Affaire misérable, action lâche. — Couyonner : Reculer au moment d’agir — Couyonnerie : Lâcheté. Du vieux mot coionnerie. V. Roquefort.

Cracher : Parler (Vidocq). — Mot à mot : cracher des paroles.

Cracher : Décharger. — Le canon crache la mitraille.
Cracher, Cracher au bassin ou au bassinet : Donner de l’argent de mauvaise grâce. — Allusion au bassin qu’on présente pour les quêtes. — « Tu dois faire cracher encore 150,000 francs au baron. » — Balzac.
Cracher dans le sac : V. Raccourcir.

Crampe (Tirer sa) : Fuir. — « Elle a pris ses grands airs et j’ai tiré ma crampe. » — Montépin.

Se cramper : Se sauver (Vidocq). V. Pré.

crampon : Fâcheux dont on ne peut se débarrasser.

Cran (Lâcher d’un) : Planter là, abandonner subitement. — « Nous vous lâcherons d’un cran. » — Vidal, 1833.

Faire un cran : Tenir bonne note d’une chose.

Crâne : Hardi. — « Est-il crâne cet enragé-là ! » — P. Lacroix, 1832.

Crâne : Beau. — « C’est ça qui donne une crâne idée de l’homme ! » — Gavarni.
Crâne : Bon. — « Quand j’étais sur la route de Valenciennes, c’est là que j’en avais du crâne du tabac ! » — H. Monnier.
Vient de l’ancien terme : mettre son chapeau en crâne. C’était le mettre sens devant derrière, à la façon des tapageurs qui prétendaient faire partout la loi sous le premier Empire. V. Dhautel.
Crânement : Supérieurement. — « J’ai été maître d’armes… et je puis dire que je tirais crânement. » — Méry. — « Elle prenait la brosse chez un peintre, la maniait par raillerie, et faisait une tête assez crânement. » — Balzac. — « Je suis crânement contente de vous voir. » — E. Sue.

crapaud : Homme petit et laid. — Crapoussin, qui a le même sens, est son diminutif. — Usité dès 1808. — « Tiens ! Potier, je l’ai vu du temps qu’il était à la Porte-Saint-Martin. Dieux ! que c’crapaud-là m’a fait rire ! » — H. Monnier.

Crapaud : Bourse de soldat. Simple poche de cuir dont l’aspect roussâtre et aplati peut à la rigueur rappeler l’ovipare en question. On appelle grenouille le contenu du crapaud. — Les deux mots doivent être reliés l’un à l’autre par quelque affinité mystérieuse.
Crapaud : Cadenas (Vidocq).
Crapaud : Fauteuil bas. — « Une bergère… Avancez plutôt un crapaud ! » — El. Jourdain.

Créateur : Peintre (Vidocq). — Il renouvelle en effet sur la toile l’œuvre de la Création.

Créature : — « Pour la grande dame qui se voit enlever ses adorateurs par une grisette, cette grisette est une créature ! » — L. Huart.

Crêper le toupet : Prendre aux cheveux, battre. — « Nous v’là tous deux à nous crêper le toupet. » — Letellier, 1839.

Les femmes se crêpent le chignon.

Crépin : Cordonnier. — Mot à mot : enfant de saint Crépin. — On sait que saint Crépin est le patron des bottiers et des cordonniers. — « Je défie bien le Crépin de me faire des bottes plus justes. » — La Correctionnelle.

Crépine : Bourse (Vidocq). — Ce doit être, comme le crapaud, une bourse de cuir.

Crie, Criolle : (Vidocq). — Viande. V. Artie.

Criolier, Crinolier : Boucher. — « Nous allons barbotter demain la cambriolle d’un garçon crinolier. » — Canler.

CRIBLAGE : Cri. — « On peut les pésiguer et les tourtouser en leur bonnissant qu’ils seront escarpés s’il y a du criblage. » — Vidocq.

Cribler : Crier. — Corruption du mot crier. V. Charron.

Cribleur de lance : Porteur d’eau. — Il crie à l’eau.

CRIQUE : Eau-de-vie (Vidocq). — « Un verre de criq’ ne fait pas de mal. » — J. Choux.

CRISTALLISATION : Condensation intellectuelle. — « Un homme d’esprit, Stendhal, a eu la bizarre idée de nommer cristallisation le travail que la pensée de la marquise fit avant, pendant et après cette soirée. » — Balzac. — On sait que la cristallisation unit et solidifie les parties d’une substance dissoute dans un liquide.

CRISTALLISER : Paresser au soleil. — Terme de chimie. — « Permis à tous de se promener dans les cours, de fumer leur pipe,, de cristalliser au soleil. » — La Bédollière.

CROCHER (Se) : « Je grille de vous voir crocher avec le Maître-d’École, lui qui m’a toujours rincé. » — E. Sue. — V. S’Accrocher.

CROISANT : Gilet (Vidocq). — Il croise sur la poitrine.

CROQUER : Esquisser, dessiner. — « Si je croquais ce chêne avant de déjeuner ! » Marcellin.

CROSSE : Ministère public (Vidocq). — Il frappe (crosse) les accusés.

CROSSER : Sonner. — Mot à mot : frapper sur l airain. — « Quand douze plombes crossent, les pègres s’en retournent au tapis de Montron. » — Vidocq.

Croupionner : Remuer du croupion, faire bouffer un vêtement sur le croupion.

Croûte (Vieille), Croûton : Homme arriéré. — « Refuser ce tableau ! Quels croûtons ! » — Bertall.

S’embêter comme une croûte de pain derrière une malle : Dessécher d’ennui.

Croutéum : Collection de croûtes ou de mauvais tableaux. — « Bientôt la boutique, un moment changée en croutéum, passe au muséum. » — Balzac.

Croutonner : Mal peindre, peindre des croûtes. — Bertall.

Cruche, Cruchon : Épais de forme et creux d’esprit. — « Il est assez cruche, pour ne pas comprendre. » E. Sue.

Crucifix à ressorts : Pistolets (Vidocq). — Ils se présentent comme le crucifix aux heures suprêmes.

cuir : Peau. — « C’était aux nègres qu’il en voulait, à cause du coloris de leur cuir. » — L. Desnoyer. — Tanner le cuir : Battre.

Cuirassier : Homme fréquemment coupable des fautes de liaison appelées cuirs. — « Veux-tu savoir ta langue et l’ostographe ? Prends moi z’un cuir, prends moi z’un cuirassier » — Festeau.

Cuisine : Préfecture de police. — Cuisinier : Agent de police (Vidocq). — Cuisinier : Dénonciateur, espion. — « Lui qui avait servi plusieurs fois de cuisinier à la police. n — Canler. — « Mauvais signe ! un sanglier ! comment s’en trouve-t-il un ici ? — C’est un de leurs trucs, un cuisinier d’un nouveau genre. » Balzac. — V. Coqueur.

Cuisine de journal : Tout ce qui regarde les petits détails et l’ordonnance matérielle d’un journal. — Le rédacteur chargé de cette mission est un Cuisinier. — « C’est lui qui fait la cuisine du journal. » — L. de Neuville.

Cuit : Perdu — « Cuits, cuits ! les carlistes, ils seront toujours cuits. » — Métay, 1831.

Cul : Homme bête et grossier. — Cul goudronné : Matelot. — Cul de plomb : Homme sédentaire, peu alerte (Dhautel, 1808). — Cul rouge : Soldat porteur du pantalon rouge qui compose l’uniforme de presque toute l’armée. — Autre temps, autres culottes. Au dix-huitième siècle, on disait cul blanc, témoin ce passage des Mémoires de Bachaumont : « Le 27 janvier 1774. Il est encore arrivé à Marseille à la Comédie une catastrophe sanglante. Un officier du régiment d’Angoulême était dans une première loge ; il s’était retourné pour parler à quelqu’un. Le parterre, piqué de cette indécence, a crié à bas, cul blanc ! (le blanc est le fond de l’uniforme de l’infanterie), » etc., etc.

Culbute : Culotte (Vidocq). — Jeu de mots. C’est dans la culotte qu’on bute cul. (Buter : Pousser. V. Du Cange.) — V. Affure.

Cupidon : Chiffonnier (Vidocq). — Comparaison ironique du carquois et du trait de l’Amour à la hotte et au crochet du chiffonnier.

Culotte : Partie de dominos qui procure au gagnant un grand nombre de points. Les joueurs, n’ayant plus de quoi poser, sont obligés d’abattre leurs dominos. Celui qui conserve les moins élevés, bénéficie des points de son adversaire, il fait une culotte. — « Le joueur de dominos préfère le double-six culotte avec six blancs dans son jeu. » — Luchet.

Culotte : « Plus d’une fois, il est arrivé qu’un étudiant poursuivi par le guignon s’est vu mettre sur son compte toutes les demi-tasses consommées dans le courant de la soirée par tous les habitués du café. Total : cinquante ou soixante francs. Cela s’appelle empoigner une culotte. » — Louis Huart.

Se donner une culotte, se culotter : Faire excès de boire ou de manger. — Donné déjà par le Dict. de Leroux, 1718. — Synonyme d’un terme fréquemment employé : S’en donner plein la ceinture. — « Nous pouvons donc enfin nous culotter avec du vin du tyran. » — Chenu. — « Un ivrogne ferait bien mieux de s’acheter un pantalon que de se donner une culotte. » — Commerson.

Culotte se prend au figuré pour tout autre excès — « Nous nous sommes donné une fameuse culotte monarchique et religieuse. » — Balzac.

CULOTTÉ : Bistré. — « Les yeux culottés par les veilles malsaines. » — Delvau. — Culotté : Aguerri. — « Oh ! ma chère, je suis culottée, vois-tu. » — Gavarni. — Dans ces deux acceptions, comme dans la suivante, il y a évidemment allusion au culottage de la pipe.

Se culotter : Se former, prendre une tournure décidée. — « Voici un pied d’Andalouse, se dit-il à part lui, ceci est d’une bonne couleur, et ma passion se culotte tout à fait. » — Th. Gautier, 1838.

CUMULARD : « Fonctionnaire qui cumule les émoluments de plusieurs places. » — Lubize. — « Le cumulard est travailleur, il a de l’esprit. » — Balzac.

curieux : Juge d’instruction. — Il est curieux par métier. — « Le curieux a servi ma bille (mon argent). » — Vidocq. V. Escrache.

Cylindre (Se faire éclater le) : Crever. — « Une biche dit : Mon p’tit homme : Je mangerais bien des fraises, des p’tits pois, Paye m’en !… La scène était à peindre. Le cocodès dit en baissant la voix : Tu t’en ferais éclater le cylindre. » — Alphonse Duchesne.




Dabe : Dieu. — « Mercure seul tu adoreras comme dabe de l’entrollement. » — Vidocq.

Dabe : Père. — Dabuche : Mère. — Dabuchette : Jeune mère, belle-mère.
Dabe : « C’est notre dabe, notre maître. » — Balzac.
Grand dabe : Roi. — « Mais grand dabe qui se fâche dit : Par mon caloquet. » — Vidocq.
Dab de la cigogne : Procureur général. — « On vient me chercher de la part du dab de la cigogne. » — Balzac.
Dabot : Préfet de police.
L’étymologie de dabe est incertaine. Il est à noter que Dam avait au moyen âge la même signification.

Dada (À) : À cheval. — « V’là z’une belle amazone à dada. » — 1810, Désaugiers.

daim : Niais, dupe. — « L’une des grandes finesses des garçons de restaurant, quand ils servent un homme et une femme dans un cabinet, est de pousser à la consommation… persuadés que le daim n’osera refuser aucune dépense en présence de celle à qui il veut plaire. » — La Fizelière. — V. cocodès. — Il est possible que Daim soit une abréviation de dindon. V. ce mot.

Daims huppés : Bourgeois riches. — « Il y a de l’argent à gagner, c’est des daims huppés.» — E. Sue. — V. Coup.

Dale : Argent. — Abrév. de rixdale, ancienne monnaie allemande. — « Faut pas aller chez Paul Niquet, Ça vous consume tout vot’ pauv’dale. » — P. Durand, vaudeville, 1836.

Dalle : Bouche. — Comparaison de la bouche à la pierre d’évier (appelée dalle en beaucoup de cuisines). Cette pierre est percée d’un trou qui sert comme le gosier à l’écoulement des liquides. V. Rincer.

Dandysme : « Cette fatuité commune à tous les peuples chez lesquels la femme est quelque chose n’est point cette autre espèce qui, sous le nom de dandysme, cherche depuis quelque temps à s’acclimater à Paris. L’une est la forme de la vanité humaine, universelle ; l’autre d’une vanité particulière et très-particulière : de la vanité anglaise… Voilà pourquoi le mot dandysme n’est pas français. Il restera étranger comme la chose qu’il exprime… Bolingbroke seul est avancé, complet, un vrai dandy des derniers temps. Il en a la hardiesse dans la conduite, l’impertinence somptueuse, la préoccupation de l’effet extérieur et la vanité incessamment présente. Enfin, il inventa la devise même du dandysme, le nil mirari de ces hommes qui veulent toujours produire la surprise en gardant l’impassibilité.» — B. d’Aurevilly.

Danse : Grêle de coups. — Allusion ironique aux piétinements forcés de la lutte. — « Je prends le sabre. — C’est dit, et à quand la danse ? » About. — « Donner une danse : Casser les épaules à coup de bâton.» — Dhautel, 1808.

Faire danser : Battre. — « Tu vas me payer l’eau d’aff, ou je te fais danser sans violons. » — E. Sue.
La danser : Être battu. — « Ah ! je te tiens et tu vas la danser. » — Id.
La danser : Être maltraité en paroles. — « Quiconque poussait les enchères était empoigné, témoin une jeune fringante qui la dansa, mais tout du long. » — Vadé, 1788.

Danser : Payer. — Mot à mot : danser de ses écus. — « C’étaient d’assez bons pantres. Enfin ils savaient danser. » — De Lynol.

Faire danser : Dissiper. — « Et je me mets à faire danser mes 300 francs. Ça été mon grand tort. » — Id.
Danser de : Se mettre en frais de… — « Je dansais pour c’te reine d’un joli châle tartan. » — A. Cahen, Chansons.
Danser devant le buffet : N’avoir rien à manger. — « Tu bois et négliges ta besogne, Tu me fais danser devant le buffet. » — Aubry, Chansons. — « Nous faudra danser sans musique devant le buffet, aux heures des repas. » — Chansons, Clermont, 1835.

Dardant : L’amour. — C’est l’archerot de nos anciens poètes, c’est Cupidon dardant son trait. — « Ici-caille est le théâtre Du petit Dardant ; Fonçons à ce mion folâtre Notre palpitant. » — Grandval, 1723. — V. Coquer.

Dar-dar : Tout courant. — « Qu’il vienne tout de suite ! — Oui, dar-dar… » — Labiche. — Même racine que le mot suivant. Dar (dare) serait l’impératif de darer.

dariole : Coup. — De l’ancien verbe darer : lancer vivement. V. Roquefort. — « V’là que je vous y allonge une dariole Qu’i r’pare avec son nazaret ; Le raisinet Coulait D’son nez comm’ une rigole. » — Le Casse-Gueule, ch., 1841.

Daron, Daronne : Père, mère. — Daron de la rousse : Préfet de police. — Daronne du mec des mec : Mère de Dieu. V. Rebâtir.

Débacler : Ouvrir (Vidocq).

Déballage (Être volé au) : Reconnaître dans les charmes d’une femme aimée autant d’emprunts décevants faits aux ressources de la toilette. — « Il est accablé de rhumatismes ce qui le fait ressembler, au déballage, à ces statuettes que vous avez sans doute remarquées dans la vitrine des bandagistes. » — Monselet.

Débinage : Médisance. — « Compliments désagréables, indiscrétions et débinages. » — Commerson.

Débiner : Médire. — « On le débine, on le nie, on veut le tuer. » — A. Scholl.

débine : Mot qui signifie déchéance, misère, pauvreté (Dhautel, 1808). — « La débine est générale, je suis enfoncé sur toute la ligne. » — Montépin.

Se débiner : Disparaître. — « Quant à moi, je maquille une aff après laquelle j’espère me débiner pour m’éloigner de la rousse. » — Patrie du 2 mars 1852.

Débloquer : Lever une consigne. V. Bloquer.

Déboucler : Faire sortir de prison (Vidocq).

Débrider : Ouvrir (Vidocq). — Débrider les chasses : Ouvrir l’œil. V. Temps. — Débridoir : Clef.

Débrouiller (Se) : Vaincre les obstacles. — Usité dans la marine, où un homme qui se débrouille est un homme aguerri qui sait son métier.

Décaniller : Décamper. — Mot à mot : sortir du chenil (canil). V. Roquefort. — « Ils ont tous décanillé dès le patron-jacquette. » — Balzac.

Décarade, Carrement : Départ. — Jorne du décarement : Jour de la mort. V. Bachasse.

Décarcasser (Se) : Agir activement. — Mot à mot : remuer sa carcasse.

Décarer : Partir. Mot à mot : se faire voiturer dehors. V. Car, Roquefort. — « Faut décarer. Ces gens la veulent m’assommer. — « Dialogue entre Charles X et le duc de Bordeaux, chanson, 1832.

Décatir (Se) : S’user, s’enlaidir. — Allusion au décatissage des tissus. — « Elle sentait la pane venir, elle se décatissait. — Les Étudiants, 1860.

Décavé : Homme ruiné, qui n’a plus de quoi caver à la roulette. — « A Bade, les décavés vivent sur l’espérance aussi somptueusement que les princes de la série gagnante. » — Villemot.

Dèche : Ruine, misère. — Abrév. de déchet. — « Elles se présentent chez les courtisanes dans la dèche. » — Paillet. — « Sans argent dans l’ gousset, C’est un fameux déchet. , — Chansons, Avignon, 1813.

Décompte (Recevoir son) : Mourir. — Dans l’armée, on ne quitte pas le service sans toucher son décompte. — « Tué raide sur le champ de bataille, le beau tambour-major avait, pour parler en style de bivouac, reçu son décompte. » — Ricard.

Décrocher : Retirer du Mont-de-Piété. V. Clou. — On dit aussi Déclouer. — « Les révolutions m’ont réduite à mettre au clou les diamants de ma famille… faudra que tu me décroches ça, mon chéri. » — Lefils. — « M. Auguste s’habille au décroche moi cela ; ce qui veut dire en français chez le fripier. » — P. d’Anglemont — « Au Temple, un Décrochez-moi ça est un chapeau de femme d’occasion. — J’ai vu au carré du Palais-Royal (du Temple) des Décrochez-moi ça qu’on eût pu facilement accrocher au passage du Saumon. » — Mornand.

Décrocher : Faire tomber d’un coup de fusil.

Dedans (Mettre) : Mettre en prison (Dhautel, 1808).

Mettre dedans : Tromper. — « Il met les gabelous joliment dedans. On a descendu plus de vingt fois dans sa cassine, jamais on n’a rien trouvé. » — E. Sue. — « Serais-je pris pour dupe ! — Eh ben ! conv’nez que vous êtes d’dans. » — Vadé, 1756.
Être dedans (dans les vignes) : Être ivre. — « Quand on trinque avec une fille aimable Il est permis de se mettre dedans. » — Désaugiers.
Voir en dedans a la même signification, mais non la même racine. Il s’applique aux ivrognes illuminés qui se tiennent eux-mêmes de longues conversations. V. Cocarde.

Défargueur : Témoin à décharge. — Du vieux mot fardage : fardeau. V. Roquefort.

Défleurir la picouse : Voler du linge qui sèche sur une haie. — Allusion à la couleur tranchante des objets étendus et aux épines de la haie.

Défourailler : Sortir de prison. — Du vieux mot defors : dehors. V. Babillard.

Défrimousser : Dévisager. V. Frime.

Défrusquer : Déshabiller. V. Frusque.

Défriser : Désappointer. — « Ce qui nous défrise, c’est que je suis retenu. » — P. Lacroix.

Dégel : Mortalité. — « Il y aura un rude dégel. » — Watripon. — On connaît les effets dissolvants du dégel.

Dégelée : Volée de coups. — Il y a une chanson de V. Gaucher intitulée la dégelée de 1854, ou la Prise de Bomarsund. — Une volée dégèle ordinairement ce lui qui la reçoit.

Dégommer : Destituer. — « Réélu ! — Dégommé ! » — Gavarni.

Dégommé : Fané, terni. — « Je me rouille, je me dégomme. » — Labiche.
Se dégommer : S’entre-tuer. — « Napoléon, c’vieux grognard, D’ces jeux où l’on se dégomme En queuqu’s mots résumait l’art. » — Festeau.

Dégotter : Surpasser. On disait en 1808 dégoutter, c’est-à-dire : être placé au-dessus de quelqu’un, dégoutter sur lui. V. Dhautel. — « Quel style ! Ça dégotte Mme de Sévigné. » — Labiche.

Dégouliner : Couler doucement. — Onomatopée. — « V’là au moins la vingtième (larme) qui dégouline sur ma joue. » — Ricard.

Dégouté (Pas) : Ambitieux. — « Se dit en plaisantant d’un homme qui sans avoir l’air de choisir, prend le meilleur morceau. » — Dhautel, 1808. — « Belle dame, vous êtes joliment jolie ce soir ! je souperais fièrement avec vous. — « Tu n’es fichtre pas dégoûté. » — Gavarni.

Délicoquentieusement : Délicieusement. — « Pour y retrouver un Arthur délicoquentieusement séducteur. » — Ed. Lemoine. — V. Supercoquelicantieux.

delige : Voiture publique (Vidocq). — Abrév. de diligence.

Demain : Jamais. — Terme ironique. — Demain ne sera jamais aujourd’hui.

Démancher (Se) : Se donner grand mouvement. — « Et d’la façon dont j’me démanche, On nous verra requinqués à la papa. » — Duverny, Chanson, 1813.

Démaquiller : Défaire. V. Maquiller.

Déménager : Faire des extravagances, agoniser. — Ces deux sens étaient connus de Dhautel.

Demi-aune : « Il y avait deux heures que je tendais ma demi-aune sans pincer un radis. » — Luc Bardas.

Demi-monde : Une femme demi-monde est celle qu’on appelait en 1841 une femme déchue, — née dans un monde distingué dont elle conserve les manières sans respecter les lois. Le succès d’une pièce de Dumas fils a créé le nouveau mot. On a créé par analogie ceux de meilleur monde, et de quart de monde. — « On écrit en toutes lettres que vous régnez sur le demi-monde. — C’est fort désagréable pour moi. » — A. Second.

Demi-stroc : Demi-setier (Vidocq). — Diminutif corrompu du même mot.

Démoc-soc : Démocrate socialiste. — Abréviation. — Messieurs les Démocs-socs, vous voyez si vos menaces m’ont effrayé. » — Chenu.

Démolir : Maltraiter quelqu’un en actes, en paroles, en écrits. — « Deux champions prononçant la phrase sacramentelle : Numérote tes os que je les démolisse. » — Th. Gautier, 1845. — « Ruffard la dansera, c’est un raille à démolir. » — Balzac. — « On démolissait Voltaire, on enfonçait Racine. » — L. Reybaud.

Démorganer : Se rendre à une observation. — Mot à mot : perdre de sa morgue.

Dépioter : Enlever la peau. — « Si monsieur croit que c’est commode… on se dépiote les pouces. » P. de Kock.

Déplanquer : Exhiber (Vidocq). V. Vague.

Déralinguer : Mourir. — Terme de marine.

Dernier (Avoir le) : Avoir le dernier mot. V. Double.

Dernier de M. de Kock : « Ce mot a signifié cocu pendant quinze jours. En ce temps, il venait de paraître un roman de M. Paul de Kock intitulé le Cocu. Ce fut un scandale merveilleux… Il fallait bien pourtant se tenir au courant et demander le fameux roman. Alors (admirez l’escobarderie !) fut trouvée cette honnête périphrase : Avez-vous le dernier de M. de Kock ? » — Th. Gautier. — « Le mari. — Et de cette façon je serais le dernier de M. de Kock, minotaure, comme dit M. de Balzac. » — Id.

Descendre : Tuer, faire tomber. — « J’ajuste le Prussien et je le descends » — M. Saint-Hilaire.

Descendre la garde : Mourir. — Mot à mot : n’être plus de service. — « Amis, quand la camarde M’fera descendre la garde. » — Festeau.

Désentifler : Divorcer. V. Antifler.

Dessaler (Se) : Boire.

Détaffer : Aguerrir. V. Taffe.

Détail (C’est un) : C’est un accident grave. — Ironie parisienne… Annoncez qu’un tel s’est cassé le bras, a perdu cinquante mille francs, etc., on vous répondra toujours : C’est un détail !

Détaroquer : Démarquer (Vidocq). — Du vieux mot taroter : marquer. V. Roquefort.

détourner : Voler dans l’intérieur d’une boutique. — « Parmi les détourneurs, on distingue : 1° les grinchisseuses à la mitaine, assez adroites de leur pied pour saisir et cacher dans de larges pantoufles les dentelles et les bijoux qu’elles font tomber (on appelle mitaine leur bas qui est coupé pour laisser aux doigts leur liberté d’action) ; 2° les enquilleuses, femmes cachant des objets entre leurs cuisses (quilles) ; 3° les avale tout cru, cachant les bijoux dans leur bouche ; 4° les aumôniers, jetant le produit de leur vol à de faux mendiants. » — Vidocq. — Ces genres de vol constituent le vol à la détourne.

Deuil (Ongle en) : Ongle cerné d’une crasse noire. — « J’aurai l’air d’être en deuil depuis la cravate jusqu’aux ongles, inclusivement. » — A. Second.

Faire son deuil : Se passer. — « Tu vas faire ton deuil de me voir avant deux ou trois heures. » — L. Reybaud.

Déveine : Malheur constant. V. Veine. — « Il paraît que la banque est en déveine. » — About.

Dévidage : Discours aussi long que le dévidage d’un écheveau.
Dévidage à l’estorgue : Acte d’accusation.

Dévider : Avouer. V. Bayafe. — On dit communément dévider son chapelet. — Dévider à l’estorgue : Mentir. — Dévideur : Bavard (Vidocq).

Dévorant : Compagnon. — « Je ne suis pas un dévorant, je suis un compagnon du devoir de liberté, un gavot. » — Biéville.

Digue-digue : Attaque d’épilepsie. — De dinguer : tomber. V. Camboler.

dijonnier : Moutardier (Vidocq). — Dijon est la capitale de la moutarde.

dindon : Niais, dupe. — « J’ne veux pas être le dindon de vos attrapes. » — Vadé, 1788. — Mari dindon : Mari trompé. — « Il est le dindon de la farce ; il est seul dupe dans cette affaire. » — Dhautel, 1808. — V. Gogo.

Dindonner : Duper. — « Je n’ai jamais été chiche avec les femmes, mais je n’aime pas à être dindonné. » — E. Sue.

Dinguer : Tomber. — Envoyer dinguer : Jeter à terre.

Dix-huit : « Le fabricant de dix-huit s’appelle le riboui… Le dix-huit n’est pas un soulier remonté ou ressemelé, c’est plutôt un soulier redevenu neuf : de là lui vient son nom grotesque de Dix-huit ou deux fois neuf. Le dix-huit se fait avec les vieilles empeignes et les vieilles tiges de bottes qu’on remet sur de vieilles semelles retournées, assorties, et qui, au moyen de beaucoup de gros clous, finissent par figurer une chaussure. » — P. d’Anglemont.

Dixième (Passer au) : Devenir fou. — Terme usité parmi les officiers d’artillerie. Frappés du nombre des camarades que leur enlevaient des attaques subites d’aliénation mentale, ils disent : Il est passé au dixième (régiment), pour montrer combien ils sont décimés par des pertes sur lesquelles l’étude des sciences exactes n’est pas, dit-on, sans influence.

Doctrinaire : « On donne ce nom à une secte de gens bilieux, mais enchantés d’eux-mêmes, qui avouent que rien n’est plus raisonnable que leur propre raison. » — Ch. Blanc, 1844.

Dodo : Lit. — Redoublement de la première syllabe de Dormir. « Dans le dodo jusqu’à midi, Je reste en attendant l’appétit. » — La Femme comme on en voit peu, chanson, 1789.

Faire dodo : Dormir.

Doigt dans l’œil (Se fourrer le) : S’abuser, ne pas bien voir les choses. Le nom de la cause est donné à l’effet. — « Il s’est un peu fourré le doigt dans l’œil, le brave garçon. » — De Goncourt. — Se fourrer le doigt dans l’œil jusqu’au coude : Se faire de grandes illusions.

domino : Dent. — Allusion de forme et de couleur. Pris en mauvaise part. — Quel jeu de dominos se dit de dents longues et jaunes. — Les jolis petites dents sont des quenottes ou des loulouttes. — « Jouer des dominos signifie manger. » — Balzac.

Boîte aux dominos : Cercueil. — Domino est pris ici pour os. Il y a de plus quelque analogie d’aspect, car la forme du cercueil, comme celle de la boîte, est oblongue. — « Puisqu’on va l’un après l’autre Dans la boite aux dominos. » — E. Aubry, Chanson.

Donner une affaire : Céder les renseignements propres à commettre un vol.

Se la donner : S’enfuir.

Dont auquel : Auquel rien n’est comparable. — « Car moi je suis un militaire dont auquel. » — Vadé, 1756.

Dormir debout (Pied à) : Pied démesurément large et long. — « Votre général qui a des pieds à dormir debout. » Gavarni.

Dos (Scier le) : Importuner. V. Scier. — « Moi, ça me scie le dos. » — Rétif, 1782.

En avoir plein le dos : Être assommé d’ennui. — « Tu sais que j’ai de la maison plein le dos ? » — Désaugiers.

Dossière de satte : Chaise de bois. — Dossière : Prostituée de dernier ordre. — Mot à mot : femme sur laquelle tout le monde peut s’asseoir. V. Calège.

Double : Sergent-major, maréchal des logis chef. L’insigne de ce sous-officier est un double galon. — « Si son double un soir pris d’humeur noire veut tempêter… il n’a pas le dernier. » — Wado.

Double cholette : Litre (Vidocq). — Double vanterne : Lunettes. — Mot à mot : double vitre.

Doubler un cap : « Doubler un cap dans Paris, c’est faire un détour, soit pour ne pas passer devant un créancier, soit pour éviter l’endroit où il peut être rencontré. » — Balzac.

Douce : Soie (Vidocq). — Elle est douce au toucher.

À la douce : Doucement. — « Comment qu’ça va, vous, à ce matin ? — Mais, merci, à la douce. » — H. Monnier. — On dit quelquefois à la douce, comme les marchands de cerises, par allusion au cri de ce métier (à la douce ! à la douce !).

Doucette : Lime (Vidocq). — Allusion au travail de la lime qui opère tout doucement.

Douille : Argent. — « Il y a de la douille à grinchir. » — Paillet. — Du vieux mot double : monnaie. V. Roquefort. — Douiller : Donner de l’argent. — Douillard : Homme qui a de la douille. — « Oh ! oh ! fit-il, un public ficelé ! rien que des hommes et des douillards. » — De Pène.

Douille : Cheveux. — Du vieux mot doille : mou, délicat. V. Roquefort. — Douilles savonnés : Cheveux blancs. — Douillure : Chevelure. — Douillette : Crin (Vidocq).

Doux (Un verre de) : « Un verre de liqueur sucrée, par opposition à un verre de liqueur forte ou de rude. » — Dhautel, 1808.

dragée : Balle. — Allusion à la forme. — « Il a reçu la dragée : Il a été atteint d’une balle. » — Dhautel, 1808.

Dragueur : Banquiste (Vidocq).

Drogue : Mauvaise femme. — On dit souvent drogue, pour une chose de mauvaise qualité.

Droguer : Attendre infructueusement : — Métaphore empruntée au jeu de la drogue. — « Vous droguez nuit et jour autour de sa maison.» — G. Sand. — « Il m’a fait droguer plus d’une heure dans la rue. » — Dhautel, 1808.

Droguer : Dire. V. Girofle.

Drôle (Pas) : Très-malheureux. — Expression singulière, dont le peuple de Paris connaît seul la valeur saisissante. Si quelqu’un est frappe par un accident grave, on le plaint par ces mots : « Le pauvre homme ! ça n’est pas drôle ! » Un homme sans ressources dira : « Je ne sais si je mangerai ce soir, et ça n’est pas drôle. » — « Et ça vous fiche des coups… — Ça c’est peu drôle. » — Gavarni.

Dulcinée : Maîtresse. — Dû à la vogue du roman de Cervantes. — « Une mijaurée qui s’en fait accroire fait la Dulcinée du Toloso. — Dulcinée veut dire aussi une femme galante, une donzelle. » — Dhautel, 1808.

dur : Fer (Vidocq).

Dur : Eau-de-vie. V. Chenique. — « Pour faire place aux petits verres de dur. » — Th. Gautier.
Dur à cuire : Homme solide, sévère, ne mollissant pas. V. Dhautel. — « En voilà un qui ne plaisante pas, en voilà un de dur à cuire. » — L. Reybaud.
Dure : Terre (Vidocq). — On dit classiquement coucher sur la dure.
Dans ces quatre acceptions du mot dur, l’effet est pris pour la cause.
Être dans son dur : « Travailler avec ardeur et grande assiduité. Terme de compositeurs typographes. » — J. Ladimir.

Durème : Fromage (Vidocq).



Eau d’affe : Eau-de-vie. V. Paf, Danser.

Ecce homo : Homme dont l’extérieur macéré rappelle celui d’un Christ. — « Humilité incarnée, espèce d’ecce homo. » — David.

échalas : Jambe maigre comme un échalas (Dhautel). — Les jambes fortes sont des Poteaux. — « Joue des guibolles, prends tes échalas à ton cou.» — Montépin.

Échelle (Tirer l’) : Être aussi haut qu’on peut monter et, par conséquent, n’avoir plus besoin d’échelle. — Pris au figuré.

éclairer : Payer d’avance au jeu. — Mot à mot : faire luire (éclairer) sa monnaie. — « C’est pas tout ça, i’faut éclairer. C’est six francs. » — Monselet.

Écluse (Lâcher l’) : Uriner. — « Allons ! il faut lâcher l’écluse du bas rein » — Parodie de Zaïre (dix-huitième siècle).

Écossais : Homme sans pantalon. — Les Écossais ont les jambes nues. — Hospitalité écossaise : Hospitalité gratuite. — Usité depuis les représentations de la Dame blanche.

elbeuf : Habit de drap d’Elbeuf. — « Si l’étoile au mérite N’orne pas mon elbeuf usé. » — Festeau.

Emballer : Arrêter, écrouer. — « Tu vas nous suivre à la Préfecture. Je t’emballe. » — Chenu.

On dit d’un cheval emporté qu’il emballe son cavalier, sans doute parce que celui-ci est réduit au rôle passif d’un simple ballot.

Emballes, Embarras (Faire ses) : « Faire son embarras : Faire beaucoup d’étalage pour peu de chose. » — Dhautel, 1808. — Emballe est une corruption d’embarras.

Emblème : Mensonge, conte fait à plaisir. — Terme ironique inventé sans doute par un ennemi de l’allégorie mythologique dont le peuple comprend mal les finesses. — « Voyez quel emblème ! Sa nièce d’Angoulême Nous met tous à même. » — Decourcelle, 1832. — Emblêmir : Tromper (Vidocq).

Embrouille (Ni vu, ni connu ! je t’ ) : Locution placée ordinairement à la fin d’un récit pour peindre la rapidité d’un acte et la difficulté de l’expliquer. V. Dhautel.

Éméché : Ivre. — Allusion à l’air échevelé des ivrognes. — « Quand je rentre un peu éméché après minuit, elle me dit : La cruche est dans le coin. » — Monselet.

Emmerdement : Peine, ennui. — Emmerder : « Figurément et d’une manière ignoble pour attraper, ennuyer, obséder, injurier. » — Dhautel, 1808.

Emmieller : Emmerder. — « M’emmiell’ra Qui voudra ! Moi, je n’m’emmielle guère. » — Valère, Chanson.

Empaffe : Drap de lit (Vidocq). — Il est à remarquer que paffe veut dire aussi soulier. Appliqué à des objets différents, ce même mot semble être un essai d’harmonie imitative. On a voulu indiquer l’action de se jeter sur le lit ou d’entrer son pied d’un seul coup dans de gros souliers.

Empaffer : Enivrer. V. Paf.

Emplâtre : Empreinte (Vidocq). — Allusion à la couche de cire molle sur laquelle est prise l’empreinte.

Empoigner : Critiquer. — « Attends donc à demain, mon cher, tu verras comment Lucien t’a empoigné.» — Balzac.
Empoigner : Séduire, émouvoir. — « Me parlerez-vous de la fille aux yeux bleus ? Il parait que vous avez été solidement empoigné. » — About. — On dit d’un drame à effet qu’il empoigne son public.

Empoivrer (S’) : S’enivrer. — Mot à mot : s’empourprer. V. Poivre. — « Les fêtes tu t’empoiveras avec ta largue au tapis franc. » — Vidocq.

Emporter : V. Bachotteur. — Emporteur à la côtelette : Grec exerçant son art dans les cafés et dans les restaurants, à la suite d’un déjeuner offert à sa dupe (Vidocq). — Il emporte l’argent de son invité à la côtelette, comme des troupiers emportent à la baïonnette une position. — « Les emporteurs sont des malfaiteurs qui, sous prétexte de payer leurs achats à domicile, font emporter leurs acquisitions par des commis du magasin. Le grand point, c’est de séparer le commis de sa marchandise. Tantôt on le renvoie au magasin pour faire rectifier un prix de la facture, tantôt on le fait entrer par une porte dans un hôtel garni, et l’on en ressort par une autre. » — Al. Monnier.

Empousteur : « Escroc faisant métier de vendre à des détaillants des produits dont le premier dépôt a été acheté par des compères. » — Vidocq.

Ému : Troublé par les fumées du vin. V. Paff. — Le buveur ému est sur le point de s’attendrir. — « Tu me crois ému, vieux… Allons donc ! je boirais dix fois autant. » — Frémy. — « Girard et Maret-Boistrop rentrèrent au quartier légèrement émus, et on ne put les réveiller à l’appel du soir. » — Vidal, 1833.

Encarrade : Entrée. — Encarrer : Entrer. V. Décarer.

ENFILADE : Série de pertes. — « Ils croient que la veine est revenue, mais ils ont une enfilade désespérante. » — Paillet.

S’enfiler : « Terme de jeu. Se laisser aller à jouer gros et perdre. » — Dhautel, 1808. — « Je m’enfile de douze sous. » — Monselet.

ENCRE (Tremper son pied dans l’) : Être consigné. Les soldats consignés portaient autrefois une guêtre blanche et une guêtre noire. — « Il ne sait pas ce que c’est que de tremper son pied dans l’encre, et jamais n’a entrevu la porte de la salle de police. » — Vidal, 1833. — V. Criblage.

ENDÊCHER : Ruiner. — « Je m’endêche de plus en plus ; je viens de mettre au clou la robe de soie. » — H. de Lynol.

ENFANT DE CHOEUR : Pain de sucre (Vidocq). — Allusion à sa petite taille et à sa robe blanche.

ENFLACQUÉ : Emprisonné. — Mot à mot : jeté en — Du vieux mot flaquer : lancer violemment. V. Roquefort. — « C’est donner tout son argent à l’homme enflacqué. » — Balzac.

ENFLÉE : Vessie (Vidocq).

ENFONCER : Dominer. — « Vous n’êtes pas de force au piquet ; je vous enfonce. » — Gavarni.

Enfoncer : Duper. — « Il m’apprenait la vie qu’il fallait mener pour ne pas être enfoncé. » — E. Sue.

Enfoncer : « Lorsqu’on réussit à perdre un journal à force de le décrier, ou un théâtre à force de blâmes, cela s’appelle enfoncer la feuille rivale ou le théâtre ennemi. » — Biogr. des Journalistes, 1826.

Enfonceur : Agent d’affaires, faiseur (Vidocq).

Enfourailler : Arrêter. — Mot à mot : fourrer dedans. — « Va-t’en dire à ma largue que je suis enfouraillé. » — Vidocq.

Enfrimer : Dévisager. V. Frime.

Enganter : Voler, prendre. — C’est un équivalent d’empoigner. Le gant est pris pour la main. V. Chêne.

Engrailler, Égrailler, Érailler : Attraper, prendre (Bailly).

Engueulement : Bordée d’injures. — « Vadé est le Démosthènes de l’engueulement. » — Catéch. poissard, 1844.

Engueuler : Invectiver. — «Et puis j’vous engueule la vilaine. » — Rétif, 1783.

enlevé : Réussi de prime-saut. — On dit : un article enlevé, au journal ; une scène enlevée, au théâtre. — Une œuvre s’enlève à la plume comme une position ennemie s’enlève a la baïonnette.

Enplanquer : Arriver. — « La rousse enplanque. » — Bailly.

enquiller : Entrer. — Mot à mot : jouer des quilles dans… V. Quille. — Ancien mot, car nous trouvons déquiller : sortir, dans Du Cange. V. Baptême. — Enquilleuse : V. Détourner.

Enquiner, Enquiquiner à la course : Insulter.

Enrosser : Donner une rosse pour un bon cheval. — « Des maquignons des Champs-Élysées les ont enrossés. » — Roqueplan.

Entauler : Pénétrer dans une maison. V. Taule.

Enterver, Entraver : Savoir. — Du vieux mot entrever, entrevoir. V. Roquefort. — « Électre le parlait, dit-on, divinement, Iphigénie aussi l’entravait gourdement. » — V. Bigorne.

Entiflement : Mariage. — Entifler : Épouser. V. Antifler.

Entortiller : Circonvenir, captiver. — « Ma chère, voici comment On entortille un amant. » — Festeau.

Entraîner un cheval : « L’animer et l’enivrer graduellement par la course et par des obstacles légers d’abord, dont le plus grand est le dernier. » — Alph. Karr. — Il y a des entraîneurs de profession.

Entraver : V. Enterver.

Entrollement : Vol (Vidocq). V. Dabe, Antroller.

Épatage (Faire de l’), Épate (Faire de l’) : Vouloir en imposer par un grand étalage. — « As-tu fini tes épates avec ta pelure de velours de coton. » — Les Cocottes, 1864. — « Ces jeunes troupiers font de l’épate, des embarras si vous aimez mieux. » — Noriac.

Épater : Stupéfier, émerveiller. — « Il nous regarda d’une façon triomphante, et il dit à ses admirateurs : Je les ai épatés, les bourgeois. — Il avait raison : nous étions émerveillés. » — P. d’Anglemont. — « Elle porte toujours des robes d’une coupe épatante. » — Les Étudiants, 1860.
Épateur : Faiseur d’embarras (Vidocq).

Épicerie : Mesquinerie. — « L’épicerie du siècle avait enfin rompu le cercle magique d’excentricité dont Rodolphe s’était entouré. » — Th. Gautier, 1838.

Épicier : « Les romantiques n’avaient de commun que leur haine des bourgeois qu’ils appelèrent génériquement épiciers (1830). La société ne se divisa plus à leurs yeux qu’en bourgeois et en artistes, — les épiciers et les hommes. » — P. d’Anglemont. — Épicier s’emploie adjectivement : — « Allons, vraiment, c’est épicier. » — Balzac.

Épicer : Railler (Vidocq). — On dit de même saler pour Gronder.

Épinard : Peint en vert cru. — « Le mercier amateur de jolis paysages épinard. » — Daumier.

Époux, Épouse : Amant, maîtresse. — « Vous pouvez amener vos épouses, il y aura noces et festins ; nous avons Adèle Dupuis, Mlle Millot, ma maîtresse. » — Balzac. — « Les femmes elles-mêmes appellent leurs amants : Mon époux. » — L. Lespès. — V. Monsieur.

Éreintement : Critique excessive.

Éreinter : Maltraiter un écrit. — « Tu pourras parler des actrices… tu éreinteras la petite Noémie. » — E. Augier. — « Donc le livre de Charles fut éreinté à peu près sur toute la ligne. » — De Goncourt.

Es : Escroc (Vidocq). — Abréviation.

Esbigner (S’) : S’enfuir. — « Et l’amant qui s’sent morveux, Voyant qu’on crie à la garde, S’esbigne en disant : Si j’tarde, Nous la gobons tous les deux. » — Désaugiers.

esbrouffe : Fanfaronnades, étalage de grands airs. — « Pas d’esbrouffe ou je repasse du tabac. » — P. Borel, 1833. — « Faut pas faire ton esbrouffe, vois-tu ! ça ne prendrait pas. » — Cogniard, 1831. Vol à l’esbrouffe : V. Caroubleur.

Esbrouffer : Intimider, en imposer. — Du vieux mot esbrouffer : éclabousser. V. Du Cange. — « Allons, mouche-lui le quinquet, ça l’esbrouffera. » — Th. Gautier.

Escape, Escaper : Corruption d’Escarpe.

escarpe, scionneur : « Voleur détournant après minuit sur la voie publique, par violence et quelquefois par assassinat. » — Canler.

Escarper : Assassiner. — Du vieux mot escharper : mutiler, couper en morceaux (Roquefort). — « Mais tu veux donc que je t’escarpe (que je te tue). » — E. Sue. — V. Criblage.

Esclave : Domestique, garçon de restaurant, de café. Le mot date de Ponsard, de Rachel et du temps où l’on inventa de vraies coupes pour boire du champagne. — « Cet esclave pourrait dire vrai… Allons, va prendre l’ancien écriteau. » — Labiche.

esclot : Sabot (Vidocq). — Mot de langue romane. Roquefort.

Escofier : Tuer sur le coup. — Usité dès 1808. — Escofion voulait dire autrefois ou Bonnet de femme ou Mauvais coup. Calotte, à un degré beaucoup plus faible présente encore ce double sens. — « Trois sentinelles ont déjà été escofiées » — Cogniard, 1831.

escrache : Papiers. — Diminutif d’escrit. — « Le curieux a servi ma bille, mais j’ai balancé mes escraches. » — Vidocq. — Escrache tarte : Faux passeport.

Escracher : Demander le passe-port, interroger. — « En passant le portier vous escrache ; J’étais fargué, mais l’habit cachait tout Le jardinant, je frisais ma moustache ; Un peu de toupet, et je passe partout. » — Chans. nouv., Dict. Le Bailly.

Esgard (Faire l’) : Dérober à ses complices une part de vol (Vidocq). — Mot à mot : garder en dehors (exgarder).

espalier : Réunion de figurantes chargées d’animer un décor comme un espalier garnit un mur. — « Les petites filles qui se destinent à être danseuses et qui figurent dans les espaliers, les lointains, les vols, les apothéoses. » — Th. Gautier. — V. Bouisbouis.

Esquintement : Fatigue extrême, lutte meurtrière.

Esquintement : Effraction. — « Cambriolle tu maquilleras par carouble et esquintement. » — Vidocq.
Esquinter : Battre. — « Ceux qui veulent se faire esquinter peuvent venir me trouver, je m’appelle Bonne-Lame. » — Vidal, 1833.
Esquinter : Harasser. — « Que dirais-tu si, au lieu d’avoir le fouet à la main, tu étais obligé de t’esquinter comme nous a la limonière ? » — Buchon.
Esquinter : Fracturer (Vidocq). — Roquefort donne avec le même sens les trois verbes d’esquatir, esquacher, esquisar.
Esquinteur : Voleur par effraction. — « Esquinteurs de boutogue : Enfonceurs de boutiques. » — Vidocq.

Estoc : Esprit, malice (Vidocq). — Acception figurée du mot qui désigne ordinairement une pointe acérée.

Estom : Estomac. — Abréviation. — « Je lui appuie le genou sur l’estom. » Monselet.

Estorgue : Fausseté. — Chasses à l’estorgue : Yeux louches (Vidocq). — Du vieux mot estor : duel, conflit. V. Roquefort. — Deux yeux louches ont l’air en effet de se contrarier ; et, comme on dit dans le peuple, ils se battent en duel. — Un centre à l’estorgue (faux nom) amène de même un malentendu (estor). V. Dévider.

Estourbir : Tuer. — Mot à mot : mettre hors de combat. — Du vieux mot estor : choc, mêlée, duel.(Roquefort). — « En goupinant de cette sorte, les parains seront estourbis ; il sera donc impossible de jamais être marons. » — Vidocq.

estrangouiller : Étrangler (Vidocq). — À peu de chose près, c’est le latin strangulare.

Éteignoir : Nez aussi gros qu’un éteignoir. — « Ah ! Quel nez ! Rien que de l’apercevoir, On s’dit : Dieu ! quel éteignoir ! » — Guinod, 1839. — V. Piston.

Éteignoir : Personne assez maussade pour éteindre la gaîté de ses voisins.

Étoile : Croix d’honneur. — « Ceux qui n’ont pas l’étoile disent : Bon ! je l’aurai une autre fois. » — E. Sue. — Avoir les deux, les trois étoiles : Être nommé général de brigade, général de division. — Les étoiles placées sur l’épaulette sont la marque distinctive de ces deux grades.

Étoile : Femme réputée en tel ou tel genre. On dit indifféremment : une étoile du monde officiel, une étoile du monde galant, une étoile du monde dramatique.

Étrangère (Piquer l’) : Penser à des choses étrangères à celles qui doivent occuper. — « Il en est qui ne se font point scrupule de piquer l’étrangère, bouquiner, piquer un chien, c’est-à-dire rêver pendant les classes, lire des livres interlopes ou se pelotonner dans un coin pour dormir. » — La Bédollière.

Être (L’) : Être trompé par sa maîtresse ou par sa femme. — « C’est notre sort… C’en est fait… je le suis. » — Boucher de Perthes, 1836.

L’Être : Être vierge. — « Je le suis encore, m’a-t-elle dit en riant, je voudrais cesser de l’être par un joli homme comme toi. » — Rétif, 1786.
Être avec : Être maître ou amant. — « Être avec un Anglais, c’était pour les femmes une fortune. » — Villemot.
En être : Être agent secret de la police. — « Il n’est pas assez malin pour en être. » — Balzac.
En être : Être pédéraste (Vidocq) — Ménage, dans ses Origines, avait commencé sa dissertation sur le mot Bougre par ces mots : Bougre : Je suis de l’avis, etc. — « Ah ! lui dit Bautru en se moquant, vous en êtes donc aussi et vous l’imprimez. Tenez ! il y a bien moulé : Bougre je suis. » — T. des Réaux. — On dit encore aujourd’hui dans le même sens : Il en est.

Étroite (Faire son) : Affecter un air virginal.

Étron de mouche : Cire (Vidocq). — Allusion au travail des abeilles.

Étudiante : Maîtresse d’étudiant. — « Toute étudiante pur-sang fume son petit cigare. » — L. Huart. — V. Haute.

Évanouir (S’) : Mourir, s’enfuir.

Expédier : Tuer. — Mot à mot : expédier en l’autre monde.

Extra : Repas plus soigné qu’à l’ordinaire. « Je crois qu’on peut bien se permettre un petit extrà une fois par mois. » — Canler. — Aux tables d’officiers, un extrà est un invité. — Dans un café ou un restaurant on appelle un extrà, soit un plat demandé en dehors de la carte, soit un garçon de supplément qui vient aider au service.



Face : Écu à l’effigie (face) royale. — « Je n’ai plus de faces. La drôlesse me chasse. » — Decourcelle, 1832.

Facies : Figure. — « C’est mon épouse… Un assez beau facies, hein ? » — Labiche.

Factionnaire : Excrément déposé aux abords de certains lieux, et semblant crier aux souliers aventureux : On ne passe pas ici. — « Dans les escaliers à chaque instant, Elle vous pose des factionnaires Qui ne Crient pas : Qui vive ! aux passants. — Le Portier, chanson, 1856.

Fadage : Partage de vol. — Fade : Part de vol. V. Vioque. — « Ruffart a son fade chez la gonore, dans la chambre de la pauvre femme. » — Balzac.

Fader : Partager. — V. Coquer. — De l’ancien verbe fadiar : assigner. V. Roquefort.

Fadasse : Fade. — « Le carnaval est bien fadasse cette année. » — 1844, Cat. poissard.

Fade, Fadard : Personne de mine ou de parler prétentieux. — Mot à mot : débitant de fadeurs. — « Eh va donc, grand fade ! » — Ricard. — « Est-il devenu fadard ? » — Labiche.

Fadeurs (Des) : « C’est Anna. — Avec qui est-elle ? — Avec son premier amour, je crois. — Des fadeurs !» Monselet. — Cet exemple explique le mot. C’est comme si on disait : À d’autres ! Nous savons à quoi nous en tenir sur ces fadeurs.

Faffe : Papier — Onomatopée. — Faffiot : Papier blanc, billet de banque. — « On invente les billets de banque ; le bagne les appelle des fafiots garatés du nom de Garat, le caissier qui les signe. Fafiot ! n’entendez-vous pas le bruissement du papier de soie ? Le billet de mille francs est un fafiot mâle, le billet de cinq cents un fafiot femelle. » — Balzac. — Faffiot sec : Bon certificat. — Faffiot lophe : Faux certificat. — Faffioteur : Papetier (Vidocq).

fagot : Aspirant à l’École des eaux et forêts. — C’est dans ces dernières qu’on doit aller chercher la raison de ce sobriquet.

Fagot : Ancien forçat. — « Eh ! mais ! je connais cet homme-là. C’est un fagot » — V. Hugo.

Faire : Nouer une intrigue galante. — Est-ce qu’un homme qui a la main large peut prétendre à faire des femmes ? » — Ed. Lemoine.

Dans une bouche féminine, le mot faire indique de plus une arrière-pensée de lucre. C’est l’amour uni au commerce. — « Et toi, ma petite, où donc as-tu volé les boutons de diamant que tu as aux oreilles ? As-tu fait un prince indien ? » — Balzac. — « Tu as donc fait ton journaliste ? répondit Florine. — Non, ma chère, je l’aime, répliqua Coralie. » — Id.
Faire : Faire la place, commercialement parlant. — « De tous les points de Paris, une fille de joie accourait rait faire son Palais-Royal. » — Balzac. — « Je suis heureux d’avoir pris ce jour-ci pour faire la vallée de l’Oise. » — Id.
Faire : Voler. — « Nous sommes arrivés à faire les montres avec la plus grande facilité. » — Bertall. — « Son fils qui fait le foulard à ses moments perdus. » — Commerson.
Faire sa poire : sa tête, sa Sophie, son Joseph, son étroite, ses embarras, faire suisse. V. ces mots.
Faire, refaire au même : Tromper. — « Je me suis engagé tantôt, et les racoleurs qui croient m’avoir fait me retiennent. » — « Garde-moi le secret, brûle ma lettre ; je veux faire ces drôles-ci… » — Rétif, 1776. — « Les soldats s’imaginent toujours que les sergents majors les refont au même. » — La Bédollière.
Faire : Risquer au jeu. « Nous faisions l’absinthe au piquet à trois. », — Noriac. Faire dans la quincaillerie, l’épicerie, la banque, etc. : Faire des affaires dans la quincaillerie, etc.
Allez vous faire fiche : Allez au diable. — « Ce mot couvre un jurement très-grossier. » — Dhautel, 1808.
Faire la tortue : Jeûner (Vidocq). — On connaît la sobriété de la tortue.

faiseur : « On entend par faiseur l’homme qui crée trop, qui tente cent affaires sans en réussir une seule, et rend souvent la confiance publique victime de ses entraînements. En général, le faiseur n’est point un malhonnête homme ; la preuve en est facile à déduire ; c’est un homme de travail, d’activité et d’illusions ; il est plus dangereux que coupable, il se trompe le premier en trompant autrui. » — Léo Lespès.

On connaît la pièce de Balzac, Mercadet le faiseur. Son succès a été tel, qu’elle a doté le mot faiseur d’un synonyme nouveau. On dit un Mercadet. — Pour Vidocq, le faiseur n’est qu’un escroc et un chevalier d’industrie. — On dit aussi c’est un faiseur, d’un écrivain qui travaille plus pour son profit que pour sa gloire.

Fanal : Estomac. — Comparaison de l’estomac à une lanterne. — « Ces deux dames se fourraient par le fanal Petit vin, superbe hareng. » — Chansonnier, impr. Stahl. — « Se bourrer le fanal de bouillon de rata. » Wado. — On dit de même : Mettre de l’huile dans la lampe.

Fanandel, Fanande : « Ce mot de fanandel veut dire à la fois frères, amis, camarades. Tous les voleurs, les forçats, les prisonniers sont fanandels. » — Balzac.

Fanffe : Tabatière (Vidocq). — Fanfouiner : Priser. — Onomatopée qui rend assez bien le bruit produit par l’aspiration du tabac dans les narines. Fanfouineur : Priseur.

Farce : Comique. — « C’est farce ! Mais vous faites de moi ce que vous voulez. » — E. Sue.

Farces : Infidélités galantes. — « On ne peut pas faire de farces à sa Nini… v’là ce qui vous chiffonne. » — Gavarni.
Farceur : Homme sur lequel on ne peut compter.
Farceuse : Femme galante. — « Lorsqu’une farceuse voudra me séduire, je lui dirai : Impossible ! » — Amours de Mahieu, chanson, 1832.

Fargue : Charge. — Farguer : Charger. V. Escracher. — Fargueur : Témoin à charge.

Farre : Vite. — « Farre, farre, la marcandière, car nous serions béquillés. » — Vidocq.

Faubourien : Ouvrier des faubourgs de Palis. — « Ces combats que la jeunesse dorée livrait non sans succès aux farouches faubouriens, aux septembriseurs endurcis. » — Roqueplan.

fauchant, faucheux : Ciseaux (Vidocq). — Les ciseaux fauchent. — Fauche-ardent : Mouchettes. — Mot à mot : coupe-lumière.

Faucher : Couper. — « Faucher, dans leur langage veut dire l’exécution de la peine de mort. » — Balzac. — V. Colas, Terrer. — Faucher dans le pont : Couper dans le pont. V. ce mot. — Faucheur : Voleur coupant (fauchant) les chaînes de montre. — Faucheur : Bourreau.

fenasse : Mou, paresseux. — Du vieux mot fenassil : tas de foin. V. Roquefort.

Fendre (Se) : Commettre une prodigalité peu habituelle. — « Descends huit bouteilles. — Puisque vous vous fendez, dit le peintre, je paie un cent de marrons. — Oh ! oh ! » — Balzac. — Le mot indique bien un jour de largesses inaccoutumées. Ce n’est pas la bourse de l’avare qui se fend, ce sont ses propres entrailles.

Se fendre jusqu’à s’écorcher : Pousser la prodigalité jusqu’au regret. — « Cadet, tu te fends ; ca me flatte. Tu vas t’écorcher. » — Cabassol.
Fendant : Faiseur d’embarras. V. Fignoler. — « Ne fais donc pas tant ta fendante. » — 1844, Catéch. poissard.

Fenêtre (Mettre la tête à la) : Être guillotiné. — Allusion au passage de la tête dans la lunette. V. Raccourcir.

Fenouse : Prairie (Vidocq). — Du vieux mot fen : foin. V. Roquefort.

Féodec : Arbitraire (Vidocq). Corruption de féodal.

Ferlingante : Faïence, verre, cristal (Vidocq). — Diminutif du vieux mot frêle : fragile. V. Roquefort.

Fertilliante : Queue (Vidocq). Allusion à son frétillement.

Fesses (S’en battre les) : S’en moquer. « Va, je m’en bats les fesses, et n’en fais pas le fin. » — Parodie de Zaïre, dix-huitième siècle. — V. Miché.

Festonner : Avoir une démarche que l’ivresse accidente comme des festons de broderie. — « Il va encore, ma foi, très-droit… c’est à peine s’il festonne. » — E. Sue.

Féroce : Laborieux, capable. — C’est un féroce : C’est un homme tout entier à son devoir, féroce sur l’exactitude avec laquelle il entend le remplir. — Il n’est pas féroce : Il n’est pas capable. V. Méchant.

Fête :(Être de la) : Être riche, avoir les moyens de festoyer. — « Moi je suis toujours de la fête, j’ai toujours bogue et bon radin. » — Vidocq.

Feu (N’y voir que du) : Être ébloui, aveuglé. — « Et tu n’y verras que du feu. » — Cogniard, 1831.

Feuille à l’envers (Voir la) : « Sitôt, par un doux badinage, Il la jeta sur le gazon. Ne fais pas, dit-il, la sauvage ; Jouis de la belle saison. Ne faut-il pas dans le bel âge Voir un peu la feuille à l’envers ? » — Cet exemple est pris dans la 177e Contemporaine de Rétif (édit. 1783) ; mais la chanson est plus ancienne, car ses auditeurs ajoutent dans le texte : Charmante quoique vieille !

Feuille de chou : Guêtre militaire, mauvais journal, titre non valable.

Feux de file (Ne pas s’embêter dans les) : Être indépendant. — Mot à mot : faire feu à volonté. — « Pour lors ! not’colonel, qui ne s’embête pas dans les feux de file… » — Ancien Figno, 1827.

Ficeler (Se) : Soigner sa tenue. — Les carottes de tabac étaient autrefois ficelées avec beaucoup de soin. V. Chic. — « Voilà maman Vauquer belle comme un astre, ficelée comme une carotte. » — Balzac.

ficelle : Procédé de convention, acte de charlatanisme. M. Reboux a publié, en 1864, Les Ficelles de Paris. — « M. M…, pour animer la statuaire, emprunte a la peinture quelques-uns de ses procédés ; je n’oserais l’en blâmer, si l’austérité naturelle de ce grand art ne repoussait point les ficelles. » — Ch. Blanc. — « Mais il n’est pas en relation avec les directeurs, et d’ailleurs il n’est pas outillé pour le théâtre ; il ne connaît pas les ficelles de la scène. » — P. d’Anglemont. — « Ferdinand lui indiqua plusieurs recettes et ficelles pour différents styles, tant en prose qu’en vers. » — Th. Gautier, 1833.

Ficelle : Chevalier d’industrie. — « Cadet Roussel a trois garçons : L’un est voleur, l’autre est fripon. Le troisième est un peu ficelle. » — Cadet Roussel, chanson, 1793, Paris, impr. Daniel.
Cheval ficelle : Cheval de course léger et décousu.
Déménager à la ficelle : Déloger clandestinement par la fenêtre en descendant certains objets à l’aide d’une ficelle. — Mettre les ficelles : Garrotter.

Fichaise : Niaiserie, chose dont on peut se ficher. — « Le passé n’est qu’un songe, Une fichaise, un rien. » — Vadé, 1756.

Fichant : Navrant. — « N’est-ce pas, mon vieux, c’est tout de même fichant de se dire !… — E. Sue.

Fiche de consolation : Dédommagement. — Terme de whist.

Ficher : Faire. — Il est à remarquer que la finale de cet infinitif s’élide presque toujours. — « Mais voyons, Limousin, avec un méchant budget d’une cinquantaine de millions, qu’est-ce que tu peux fiche ? » — Gavarni.

Ficher : Donner, flanquer. — « Je l’ai fichue à l’eau. » — E. Sue, — « J’lui fiche un soufflet. » — 1750, Cailleau. — « Fiche-moi la paix. » — Jaime.
Dès la fin du quatorzième siècle, ficher se trouve souvent dans le Livre des faicts du mareschal de Boucicaut (édit. Michaud). — À une déroute de Sarrasins, il est dit que les jardins favorisèrent beaucoup leur retraite, car s’y fichèrent ceulx qui eschapper peurent (p. 276). — La même année (1399), on nous représente les Vénitiens après un combat maritime s’en allant ficher en leur ville de Modon (p. 283). — Enfin, « quand Chateaumorant, avec la compaignée des autres prisonniers feurent arrivez à Venise, adonc on les ficha en forte prison (édit. Petitot, t. II, p. 83). »
Ficher une colle : Conter un mensonge. — « Pour mieux duper les innocents, Être adroit à ficher la colle. » — 1651, la Juliade. — V. Colle.
Ficher dedans : Tromper. V. Dedans.
Ficher la misère par quartiers : Être pauvre.
Ficher le camp : Décamper. — « Mon enfant, fiche moi le camp. » — Rétif, 177e Contemporaine, 1783.
Ficher (Se) : S’habiller. — « Faut-y que ca soit chiche de ne pas se fiche en sauvage. » — Gavarni.
Ficher : Fourrer. — « Ne vas pas te ficher cela dans la cervelle. » — Le Rapatriage, parade du dix-huitième siècle.
Je m’en fiche comme de colin-tampon : Je ne fais aucun cas de sa personne (1808, Dhautel). — On appelait colin-tampons les Suisses en garnison à Paris. Les mazarinades en donnèrent plus d’une preuve.
Ficher (Se) : Se moquer. — « Vous vous fichez du monde. » — Vadé, 1755. — « Ah bah ! je t’en fiche, il m’embrassait toujours. » — L. Beauvallet.
Allez vous faire fiche ! : Allez au diable. — « Ce mot cache un jurement très-grossier. » — Dhautel, 1808. — « Eh bien ! dis à grand’maman qu’elle aille se faire fiche ! » — Gavarni.
Fichu : Capable. — « Eh ! là-bas… y sont fichus de ne point ouvrir… y faut donc enfoncer la porte… » — H. Monnier.
Fichu, mal fichu : Mal accoutré. — Tallemant des Réaux dit dans son historiette sur Marville : « Le voylà tout aussi fichu que du temps de Richelieu. »
Fichu : Détestable. — « Cette fichue traduction l’avait pourtant fait secrétaire interprète de la langue anglaise, » dit Tallemant des Réaux en parlant de Maugars. — « C’est là l’éloquence salote et le fichu raisonnement de ce burlesque jugement. » — La Juliade, Paris, 1651, in-4. « Un fichu temps comme ça, c’est bon pour une grenouille. » — Delange, Chansons. — « Toinon, je ne vaux rien quand on m’ostine ; je m’connais ! — Une fichue connaissance que t’as là. » — Gavarni.
Fichumacer : Diminutif de ficher. — D’mandez moi donc où c’qu’est Allé c’flaneux d’ Cadet ! C’qu’il peut fichumacer À l’heure qu’il est. » — Désaugiers.

Fidibus : Longue bande de papier pliée ou roulée tout exprès pour allumer la pipe. Jeu de mots basé sur le pluriel de fides. — Un fidibus sert à plusieurs fois ; il est assez long pour allumer plusieurs pipes. — « Un roman de G. Sand dont il fera un fidibus après l’avoir lu. » — Ch. Rouget.

Fier : Grand. V. Blagueur. — « Ça lui portera un fier coup. » — Lubize. — « C’est la mère Burette, une fière femme pour les cartes. » — E. Sue.

Fièrement : Grandement. — « Que demain je lâche ma place, on me tomberait fièrement dessus. » — De Goncourt. — « Y aura fièrement de monde. Venez-y. » — Vadé, 1788. — V. Dégoûté, Tomber.

Fièvre cérébrale : Accusation entraînant la perte de la tête (Vidocq). — Jeu de mots.

Fignoler : Exécuter avec fion. — « C’est qu’vous fignolait (la contredanse). Dame, il y allait de tête et de queue. » — Rétif, 1783. — « Quel style ! comme c’est fignolé. » — Labiche — « C’est un fignoleux, mais il fait trop le fendant à cause qu’il a du bec.» — Vadé, 1788.

Fil (Avoir le) : Être rompu à tel ou tel exercice. — Allusion au fil qui donne à une arme ou à un outil le dernier degré de perfection. — « Voyez comm’elle avait le fil Pour tramer la guerre civile. » — Chansons, 1830. — « Quand le jean-jean est passé de l’école du soldat à l’école de peloton, il possède ce qu’on appelle le fil. » — M. Saint-Hilaire.

Une langue qui a le fil est une langue médisante, acérée comme une lame fraîchement émoulue.

Fil en quatre : « Voulez-vous une gorgée de fil en quatre ? — Je veux bien… Elle est bonne, votre eau-de-vie. » — H. Monnier, 1836. — « Allons, Auguste, un petit verre de fil en quatre, histoire de se velouter et de se rebomber le torse. » — Th. Gautier.

Fil en quatre signifie plus fort que le vin, car celui ci s’appelle aussi fil en deux.
Fil en double : « Le vin s’appelle du fil en double. » — Grandval, 1827.

filasse : Chevelure blonde (Vidocq). — Filasse : Matelas. On y trouve souvent plus de filasse que de crins. — Piquer une tête dans la filasse : Dormir.

Filet : Nuance délicate. — « Peut-être aussi y a-t-il un filet de concetti shakspearien, mais c’est peu de chose. » — Th. Gautier.

Filer le parfait : S’abandonner aux chastes douceurs du véritable amour.

Filer : Suivre. — « Un voleur se charge de filer la personne. » — Vidocq. — « Être filé signifie, dans le langage des débiteurs, que le recors vous suit à la piste. » Montépin. — Dans le même vocabulaire, Être fumé signifie être arrêté.

Fileuse : « Chanteur suivant les voleurs et les prenant en flagrant délit, dans le seul but de faire payer son silence par une remise de 15 p.100. » — Vidocq.

Fille de marbre : Courtisane. — Une pièce de M. Barrière a consacré les Filles de marbre, comme celle de Dumas fils a créé les Camélias, avec cette différence toutefois que Camélia se prend en meilleure part. — « C’est à Paris que les filles de marbre apprennent péniblement le métier qui les fait riches en une heure. » — J. Janin.

Fils de fer : Jambes très-minces.

Filoche : Bourse (Vidocq). — Diminutif de filet. — « Si ta filoche est à jeun (si ta bourse est à vide). » — E. Sue.

Fin (Faire une) : Se ranger, en finir avec la vie de jeune homme. — « Cependant il faut absolument faire une fin. — Dame, le siècle est positif, et l’on trouve si difficilement à tailler un homme utile dans la peau d’un vieux lion. » — Deriège.

Fine : Excrément. — Allusion a la fine moutarde. — « Un vidangeur de mes amis Nous a chanté la plus fine. » — Aubry, Chanson. 1836.

Fiole : Bouteille de vin. — « Nous avons presque entièrement vidé nos fioles. » — Frémy. « Fioler, c’est boire avec excès. » — Dhautel, 1808. — C’est un mot de langue romane. V. Roquefort.

Fion : Élégance. — « Un François enseignoit à des mains royales à faire des boutons, quand le bouton étoit fait, l’artiste disoit : À présent, Sire, il faut lui donner le fion. À quelques mois de là, ce mot revint dans la tête du roi ; il se mit à compulser tous les Dictionnaires françois, Richelet, Trévoux, Furetière, l’Académie françoise, et il n’y trouva pas le mot dont il cherchoit l’explication. Il appela un Neuchatelois qui était alors à sa cour, et lui dit : Dites-moi ce que c’est que le fion dans la langue françoise ? — Sire, reprit le Neuchatelois, le fion c’est la bonne grâce… Graves auteurs, graves penseurs, naturalistes, politiques. historiens, vous n’êtes pas dispensés de donner le fion à vos livres ; sans le fion vous ne serez pas lus. Le fion peut s’imprimer dans une page de métaphysique, comme dans un madrigal à Glycère. Académiciens qui parlez de goût, étudiez le fion, et placez ce mot dans votre Dictionnaire qui ne s’achève point. » — Mercier, 1783.

Fionner : Faire du fion. — « Ça s’fionne, ça se pavane et ça se carre. » — Bourget.
Fionneur : Homme recherché dans sa tenue — « Le fionneur possède une glace, huile antique, pommade du lion et cire à moustaches. » — Bertall.

Fiscal : Riche. — Allusion aux revenus du fisc ( ?). — « À des favoris côt’lettes… A son costume fiscal… » Léonard, parodie, 1863.

Fiston : Terme amical. — Diminutif de fils. — « Par ma fé, mon doux ami, mon fiston. » — Contes d’Eutrapel, seizième siècle.

Flacul : Sac d’argent. — Diminutif du vieux mot Flac : flacon. V. Roquefort. — Il y a ressemblance de forme. — « Le vioque a des flaculs pleins de bille ; s’il va à Niort, il faut lui riffauder les paturons. » — Vidocq.

Flacul : Lit. — « Je raplique au flacul qui m’attend. » — Vidocq. — Jeu de mots ; c’est sur le lit qu’on flaque son c-l.

Flafla : Grand étalage. — Onomatopée.

Flageolets : Longues jambes flageolantes. — « Il est monté sur des flageolets. » — Dhautel, 1808.

Flambant, bard : Superbe. — « Les caporaux y trouvent une table un peu flambarde. » — La Bédollière. — « T’es flambante comme une Vénus. » — E. Sue. — Flambant : Artilleur à cheval. — Flambard : Matelot. — « Eugène Sue est cause que la plupart des canotiers s’appellent flambards. » — Roqueplan.

Flambe : Épée (Vidocq) — Allusion au flamboiement de la lame. — Flambart : Poignard.

Flambé : Perdu en un moment. — Usité dès 1808. V. Brûlé. — « V’là mon mariage flambé. » — Cormon.

Flamber : Briller entre tous. — « Des raretés qu’on offre à des filles qui aiment à flamber. » — Balzac.

flan (Du) : Non. — « Si on leur présentait zut, du flan et des navets comme le fonds de la langue des vaudevillistes. » — Villemot. — V. Zut. — C’est du flan : C’est bon — « J’aime mieux gouêper, c’est du flan. » — Vidocq. — À la flan : Sans préméditation. V. Caroubleur. — Abréviation de à la bonne flanquette.

Flanche : Jeu de roulette. — Flancher : Jouer franchement (Vidocq). — Flancher, Flacher : Plaisanter (Bailly). — Flanche : Plaisanterie.

Flanelle : Flâneur galant qui se borne, près des femmes dont l’amour se paie, à des frais de conversation. — « Lèves-tu ce soir ? — Ah ouiche ! tous rapiats. — Et celui-là qui t’allume ! — Flanelle ! » — Lem. de Neuville.

Flanocher, notter : Flâner tout doucement. — « Il fit la rencontre d’un beau page de Marie-Thérèse qui flanochait en rêvant. » — Commerson. — « Nous flanottons depuis quinze heures. » M. Michel.

FLaquer : Aller à la selle (Vidocq) — Onomatopée.

Flème : Paresse invincible. Un jour de flème est un jour où il est impossible de travailler. — « Lundi, la flemm’ m’accroche ! » — A. Cahen, Chanson. — En argot, battre sa flème veut dire flâner.

Fleur de Marie : Virginité (Vidocq). — Allusion a l’Immaculée Conception. — Fleur des pois : Homme à la mode.

Flottant : Poisson (Vidocq). — Flotter : Nager. — Faire flotter : Noyer.

Flou, Floutière : Rien (Le Bailly).

Flou : Douceur, légèreté (fluidus). — C’est un mot de langue romane. V. Roquefort. — « Tu as dans le style on ne saurait dire quel moelleux, quelle grâce, quel flou. » — L. Reybaud. — Pris quelquefois adjectivement.

flouer : Flouer n’est pas voler brutalement, c’est plutôt escroquer. On dit Flouer des actionnaires mais on ne dit jamais Flouer un couvert d’argent. — Flouerie : Escroquerie. — « Tous les frères flouent plus ou moins leur sœur. » — Balzac. — Du vieux mot fluer (couler) pris dans le sens actif. V. Roquefort. — Flouer : Voler au jeu (Vidocq). Floueur : Escroc. — « Bien que notre époque ait donné naissance à une effrayante quantité de floueurs de toute espèce. » — A. Dubuisson. — Floueur : Grec (Vidocq).

Floume : Femme (Vidocq). — Au dix-huitième siècle, on disait Fumelle pour Femelle.

Flut : Non. — Mot à mot : C’est comme si tu flûtais ; — locution dont on use aussi pour refuser quelqu’un.

Flutes : Jambes minces. — Mot à mot : fluettes. — « Arranger ses flutes : Se disposer, prendre ses mesures. » — 1808, Dhautel.

Fluter : Boire. — « C’est un gaillard qui flute joliment, un buveur intrépide. » — 1808, id. — Allusion au bruit produit par l’aspiration de chaque gorgée.

Foirer : Défaillir au moment de l’action. Mot à mot : faire une cacade. On connaît l’action du danger sur les intestins. Une mazarinade nous donne l’équivalent de Foirer dans cet extrait : « On en alloit voir escamper qui, pour rendre un prétexte honneste, auroient dit : J’ay mal à la teste. Que de pisseurs, que de chieurs s’alloient séparer de Messieurs et dont le lendemain l’absence fit voir le crime et la prudence. » — Courrier burlesque, 1650, 2e pièce. — Foireux : Poltron. V. Du Cange (Dhautel, 1808). — Foirou : Derrière (Vidocq).

Folichonner : Folâtrer. — « Puis nous irons retrouver Florine et Coralie au Panorama dramatique où nous folichonnerons avec elles dans leurs loges. » — BALZAC ;

Folichon : « Homme d’une humeur folâtre qui fait le farceur et le falot. » — 1808, Dhautel.
Folichonneuse, nette : Fille réjouie et aimant le plaisir. — « Je fus épris, comme un toqué, D’une aimable folichonnette. » — J. Kelm. — « Une folichonnerie cancane et me plaît mieux. » — Aubry. 1842.

Foncer : Se précipiter. — Abrév. d’enfoncer. — « Trois coquins de railles sur mesigue ont foncé. » — Vidocq. — Foncer, foncer à l’appointement : Payer. — Foncer : Donner. V. Dardant. — Foncer un babillard : Adresser une pétition. V. Babillard.

Fortin : Poivre (Bailly). — Diminutif de fort. — Vidocq donne Fretin.

Fouiller (Tu peux te) : Tu n’auras rien. — Mot à mot : Si tu veux avoir mon argent, tu peux fouiller dans ta poche et te payer toi-même. — « Justement mon propriétaire Vint me réclamer mon loyer. Je lui dis, feignant la colère : Tu peux te fouiller. » — Hardy, Chanson.

fouillouse : Poche. — Mot à mot : endroit où l’on fouille. — « Et vous aurez, sçavez-vous quoy ? force d’aubert en la follouse. » — Vie de Saint Christophe, Grenoble, 1530.

Fouiner : S’échapper. — Mot de la langue romane. V. Roquefort. — « S’il est pressé, qué qui l’empêche de fouiner ? » — Vadé, 1755. — « Allons, il faut fouiner, la queue entre les jambes. » — P. Lacroix, 1832.

Four (Faire) : Ne pas réussir. — Se disait autrefois des comédiens qui renvoyaient les spectateurs parce qu’ils n’avaient pas assez de monde pour couvrir leurs frais. La salle, privée de l’éclairage ordinaire, ressemblait à un four. — « Nous faisons four, dit Lousteau, en parlant à son compatriote la langue des coulisses. » — Balzac.

Fourrier : Être mauvais fourrier c’est s’acquitter de la distribution de certaines choses de manière à satisfaire tout ayant droit. — Être bon fourrier veut dire le contraire. — On saisit facilement l’ironie de cette locution toute militaire.

fourchette : Homme de grand appétit, sachant bien jouer de la fourchette.

Fourchette : Réunion des doigts de la main (Bailly).
Voler de la fourchette : Voler à l’aide des deux premiers doigts qui font fourchette et pince, en les introduisant dans la poche.
Jouer des fourchettes : Se sauver, s’enfuir (la Correctionnelle).

fourchu : Bœuf (Vidocq). — Ses cornes font fourche.

Fourgat, Fourgue, Fourgasse : Recéleur, recéleuse. — « Chenâtre fourgat litreras afin de solir surement.» — Vidocq. — Fourguer : Vendre à un recéleur. — Du vieux mot fourgager : placer dehors à moitié profit. V. Roquefort.

Fourline : Filou. — Fourliner : Voler (Vidocq). — Du vieux mot fourloignier : écarter. V. Litrer. — Fourlineur : Tireur volant dans les foules (Bailly).

Fourloure : Malade. — Fourloureur : Assassin (Vidocq).

Fourmiller : Marcher. — Fourmillon : Marché public. — Mot expressif qui peint bien le fourmillement des vendeurs et des acheteurs. V. Parrain.

Foutaises : « Bagatelles de peu d’importance. On dit moins incivilement fichaise. — 1808, Dhautel.

Pour le verbe d’où dérive ce substantif, voir également Ficher, dont il est en tout le synonyme. — Quelques exemples suffiront à prouver que son usage est général. Il signifie tour à tour :
Perdre : « Et bien, dit-elle, soit !… ce qui est fait est fait, il n’y a point de remède, qui est outu est outu. (Quelques docteurs disent qu’elle adjoucta une F). » — Contes d’Eutrapel (seizième siècle). — « Certes on peut dire que tout est foutu pour eux (les mazarins), puisque dans le festin des princes, le libérateur et les délivrez ont beu, disant : À la santé du Roy et foutre du Mazarin ! » — Les Trois Masques de bouc, ou la Savonette, 1651.
Se moquer : Une des brochures les plus violentes de la révolution de 1789 porte pour titre : Et je m’en fouts. — « Ils ne s’en foutront plus les coquins. » — Hébert, 1793. — « Je me fouts de la guillotine. » — P. Lacroix, 1832.
Frapper : « Nos Parisiens portent moustaches ; Ils te foutront sur la carcasse. » — Layale, Ch., 1855, Carcassonne, impr. Polère.
Décamper : « Il médite encore pour foutre le camp. » — Hébert, 1793.
Envoyer promener : Parmi des autographes en vente chez Charavay (février 1862), figure une lettre où Mme de Graffigny, — l’auteur des Lettres péruviennes, — dit à Devaux : « Oublie tes projets de retraite et envoye faire… lolote tous les mauvais propos. »
Se dit aussi ironiquement pour refuser un prix demandé : — « Cinquante sols, je vous en fous ! c’est trop cher. » — Vadé, 1788.
Foutu : Mauvais. — « À toy, foutu esprit, je fais ces foutus vers. » — Paroles grasses de Carême Prenant, 1589. — « Chasser cette foutue canaille. » — Hébert, 1793. — V. Fichu dont toutes les acceptions sont les mêmes.

Foutimasser : « Ne faire rien qui vaille. » — 1808, Dhautel.

Foutreau : Combat, action de se foutre des coups. — « Oh ! il va y avoir du foutreau, le commandant s’est frotté les mains. » — Balzac.

Foutriquet : Homme nul. — « Tous les foutriquets à culottes serrées et aux habits carrés. » — 1793, Hébert. — « Je serais la première à t’aider de mes conseils maternels… mais correspondre à la passion d’un foutriquet, fi ! » — Festeau.

Frais (Faire ses) : Percevoir le dédommagement qu’on croit dû à des frais d’esprit, d’amabilité ou de toilette. — « J’en obtiens un rendez-vous, et quoi qu’il arrive maintenant… j’ai fait mes frais. » — E. Sue. — « La littérature, primée en ce moment par la peinture, ne fait pas ses frais. » — Villemot.

Fralin, Fraline : Frère, sœur (Vidocq).

Frangin, Frangine : Frère, sœur. V. Servir, Altèque. — Frangin dabe : Oncle. — Frangine dabusche : Tante. — Mot à mot : frère, père, sœur, mère.

Frappeur (Esprit) : Ce mot sert, depuis 1857 environ, à désigner la cause de certains coups qu’on prétend frappés par des esprits invisibles et qu’on s’est imaginé de traduire en langue vulgaire au moyen d’un alphabet de convention. Les esprits frappeurs ont leurs sociétés, leurs journaux et leurs souscripteurs.

Frégate, Corvette : C’est le jésus de la marine (Vidocq). — Allusion au genre féminin de ces deux substantifs. Le masculin est représenté par un brick, par le vaisseau et par l’aviso.

Fricasser : Dépenser, ruiner. — « J’ai fricassé ma masse les yeux fermés. » — E. Sue. — « La ruyne généralle dont le royaume est menacé si Paris estoit fricassé. » — Second Courrier françois, Paris, 1649.

Fric-frac : Effraction. — Onomatopée. V. Caroubleur.

Frichti : Régal. — Corruption du mot allemand früstück, déjeuner. — « Voilà ce que je te conseille ; c’est de payer un petit frichti. — Champfleury.

Fricoteur : Parasite, maraudeur. — « Ces mauvais troupiers pillaient tout sur leur passage. On les appelait des fricoteurs. » — M. Saint-Hilaire. — « Quant a vos écuyers, chambellans et autres fricoteurs de même espèce. » — Van der Burch.

Frileux : Poltron. — On dit aussi d’un brave qu’il n’a pas froid aux yeux. — « Il va sans dire qu’il n’a pas froid aux yeux. » — Noriac. — « Je suis un ferlampier qui n’est pas frileux. » — E. Sue.

frime : Visage. V. Coquer, Altèque. — Tomber en frime : Tomber en face de. V. Gouêpeur.

Frimer : Dévisager (Vidocq). — Du vieux mot frume : grimace, air de visage. V. Roquefort.
Frimousse : Visage. — Diminutif de Frime. — « C’est bien là le son du grelot, si ce n’est pas la frimousse. » — Balzac.
On a dit aussi : firlimousse : « Je voy bien à leur physionomie ou firlimousse, mine et trogne, que l’une est subjecte au vin. » — Parlement nouveau, par D. Martin, Strasbourg, 1660.
Frimousser : Tricher (Vidocq). — Mot à mot : faire des signes de tête révélateurs. — Frimousseur : Tricheur.

Frisé : Juif (Vidocq). — Allusion à un signe de race.

Frit : Perdu, condamné — Rien à frire : Rien à manger. — « La guerre en tous lieux si amère… tellement que plus rien à frire n’entrèrent à Paris » — La Miliade, 1651.

Froller : Médire. — Du vieux mot froler : frotter. V. Du Cange. — Frollaux : Traître (Vidocq). — De là, le nom donné par Victor Hugo à un personnage de sa Notre-Dame.

From : Fromage. — Abréviation.

Front : « Le front, ce n’est point de la hardiesse. C’est la faculté de faire bon visage en tremblant tout bas. L’effronté se force à oser. — Ce qui distinguait M. Burot, c’était le front. » — P. Féval. — « Il faut avoir du front pour faire de pareilles propositions. » — Dhautel, 1808.

Froteskant : Dansant la froteska. — « Mazourkant et froteskant sans trêve ni relâche. » — Montépin.

Frotter : « Battre, rosser. » — Dhautel, 1808. — On dit aussi : Donner une frottée.

Froufrou : Bruit produit par le froissement d’une robe. — Onomatopée. — « Son oreille recueille précieusement le froufrou que fait la soie de sa robe. » — Ricard.

Frousse : Peur, frisson. — Du vieux mot frillouseté : sensibilité au froid. V. Frileux.

Fruit sec : « Les fruits secs sont ceux qui, après leur examen de sortie, ne sont pas déclarés admissibles dans les services publics. » — La Bédollière. — Le mot s’explique de lui-même. Un fruit sec est un sujet dont les aptitudes n’ont pu mûrir. — L’Intermédiaire (mai 1865) le fait remonter au premier polytechnicien déclaré non admissible (1800), et appelé fruit sec parce que sa famille lui envoyait beaucoup de provisions.

Frusques : « Les vêtements, en terme générique, sont des frusques ; une pelure est un habit ou une redingote ; le pantalon est un montant. » — Mornand. Vient de l’ancien mot frusquin : bien mobilier. V. Roquefort. — Frusquineur : Tailleur.

Fumé : Perdu sans ressources. V. Filer. — « Trahison ! nous sommes fumés. » — Mélesville.

Fumer, Fumer sans tabac : Bouillir d’impatience. Qui bout fume. — « J’ai cent mille fois, étant au bivouac, Fumé sans tabac. » — Duverny, 1815. — « L’époux dit : Ma femme entêtée À la mod’ va se conformer, Et cela va me faire fumer. » — Metay, Chansons.

Fumiste : Trompeur, mystificateur, homme qui fait fumer les gens.

Fumerons, Fuseaux : Jambes maigres. — Le fumeron est un gros brin de fagot encore vert et fumant plus qu’il ne chauffe.

Fusée (Lâcher une) : Vomir. — Mot imagé.

Fusiller : Donner un mauvais dîner. — Usité dans l’armée.



Gabegie : Mauvais dessein. De l’ancien mot gaberie : tromperie. V Roquefort. — « Assurément, il y a de la gabegie là-dessous. » — Deslys.

Gabelou : Employé des contributions indirectes. — Du vieux mot gabloux : officier de gabelle. V. Roquefort. — « Bras-Rouge est contrebandier… il s’en vante au nez des gabelous. » — E. Sue.

Gadoue : Sale femme. — Du vieux mot gadoue : ordure, fumier. — « Fils, mon fiston, roule ta gadoue, mon homme, ça pue. » — Cat. poissard, 1844. — Rouler veut dire ici Mener plus loin.

Gafe : Soldat de service. — Gafe de sorgue : Patrouille. — Gafer : Guetter. — Gafeur : Sentinelle (Vidocq). — Est-ce une acception figurée du vieux mot gafe : crochet ? — Gafer serait mot à mot accrocher (V. ce mot) les malfaiteurs. C’est une image analogue à celle que présente la raclette. V. ce mot.

Galapiat : Galopin. — Corruption du mot. — « Il dit aux avocats : Vous êtes un tas de galapiats qui vous fichez du monde. » — Balzac.

Gai (Être) : Montrer une gaîté due à un léger excès de boisson.

Galette : Homme nul et plat ; contre-épaulette portée autrefois par les soldats du centre. — « Pour revêtir l’uniforme et les galettes de pousse-cailloux. » — La Bédollière. — Aux écoles militaires, une sortie galette est une sortie dont tous les élèves profitent, même ceux qui sont punis.

Galier : Cheval (Bailly). V. Gayet.

Galifard : « Commissionnaire, saute-ruisseaux qui porte au client les marchandises vendues au Temple. » — Mornand.

Galiotte, Gaye : Partie entamée entre une dupe et deux grecs.

Galons (Arroser ses) : Payer à boire lorsqu’on est promu sous-officier. — « Je ne dis pas que… avec les camarades, pour arroser mes galons. » — Cormon.

Galop : Réprimande énergique. — « Tu as tant fait que ma mère va me donner un galop. » — Champfleury. — Allusion au bruit précipité des paroles.

Galoper : Envahir au galop. Très-expressif et toujours pris au figuré. — « Voilà la peur qui me galope. Qu’est-ce que je pourrai dire ? » — E. Sue. — Galoper : « Travailler à la hâte, bousiller un ouvrage. » — 1808, Dhautel.

Galucher : Galonner. — Corruption de mot. — « J’li ferai porter fontange et souliers galuchés. » — Vidocq. — V. Tirant.

Galuchet : Valet de cartes. — Allusion aux galons de sa livrée. — « Cinq atouts par le monarque son épouse et le galuchet. » — Montépin. — « Qu’est-ce que c’est que ça, galuchet ? — C’est le valet. » — Méry.

Galvaudage : Tripotage. — « Surtout pas de galvaudage ni de chipoteries. » — Balzac. — Se galvauder : Compromettre sa réputation.

gambiller : Danser. — Mot de langue romane. V. Roquefort. — Tout récemment une danseuse du Casino portait le sobriquet de Gambilmuche. V. Coquer. — Gambille : Jambe. Diminutif du vieux mot gambe.

Gamme (Monter une) : Gronder, tancer crescendo.

Ganache : « On dit d’un homme âgé et radoteur : C’est une vieille ganache. » — Dhautel, 1808. — Du vieux mot ganache : grosse mâchoire. V. ce mot. — « Le père ganache ou le père dindon, ou bien encore le compère, c’est le nom d’un emploi dans lequel le père Brunet et Lepeintre jeune ont excellé. Ce type du vieillard imbécile et crédule est une création de Térence. On lui a donné le nom de ganache, à cause des efforts que fait la mâchoire pour articuler des sons. » — Duflot.

Ganache : Ennemi du progrès. — « Il déblatérait contre les ganaches de la Chambre. » — G. Sand.
Ganache : Fauteuil de forme basse. — « Puis s’étant blottie dans une ganache, elle tendit ses jambes. — Achard.

Gandin : Dandy ridicule. Du nom d’un personnage de vaudeville. — « L’œillet rouge à la boutonnière, Les cheveux soigneusement ramenés sur les tempes comme deux gâteaux de pommade, le faux-col, les entournures, le regard, les favoris, le menton, les bottes ; tout en lui indiquait le parfait gandin, tout, jusqu’à son mouchoir fortement imprégné d’essence d’idiotisme. » — Figaro, 1858.

Gandinerie, Gandinisme : Genre du gandin. — « La population du quartier latin aspira à la gandinerie, elle n’eut plus qu’un but, le luxe. » — Le Passé de ces Dames, 1860. — « Le gandinisme, c’est le ridicule dans la sottise. » — G. Naquet.
Monter un gandin : Dans l’armée d’Afrique, c’est essayer de consommer sans payer le cabaretier maltais. » — De Vauvineux. Gandin : Tromperie. — Du vieux mot gandie : tromperie. V. Du Cange.
Gandin d’altèque : Croix, décoration :- (Vidocq).

Gants (Donner pour les) : Donner une gratification en sus du prix convenu — Expression dont l’usage est restreint au monde de la galanterie banale. Prise au dix-septième siècle dans l’acception générale de pourboire. Elle venait de l’espagnol paragante. — « Et le luy rendoit moyennant tant de paragante. » — T. des Réaux.

Gant jaune : « Il n y a plus que deux classes d’hommes en France… ceux qui portent des gants jaunes et ceux qui n’en portent pas. Quand on dit d’un homme qu’il porte des gants jaunes, qu’on l’appelle un gant jaune, c’est une manière concise de dire un homme comme il faut. C’est en effet tout ce qu’on exige pour qu’un homme soit réputé comme il faut. » — Alph. Karr, 1841.

Garçon de cambrouse : Voleur de campagne. — « La cognade a gayet servait le trèpe pour laisser abouler une roulotte farguée d’un ratichon, de Charlot et de son larbin et d’un garçon de cambrouse que j’ai reconobré pour le petit Nantais. » — Vidocq. — Au moyen âge, garson signifiait souvent vaurien. V. Roquefort.

Garde (Descendre la) : Mourir. — « Kléber, un grand mâtin qu’a descendu la garde, assassiné par un Égyptien. » — Balzac.

Garé des voitures : Prudent et rangé. — L’effrayant tohu-bohu de la circulation parisienne devait enfanter ce synonyme.

Gargamelle, Gargoine, Gargue : Gosier. — Du bas latin gargaillus. V. Du Cange. — De là le nom de Gargamelle donné par Rabelais à une gourmande. — Notre langue usuelle a encore Gargariser. V. Taper.

Garibaldi : Courte chemise rouge, petit chapeau de feutre. — Allusion au costume du patriote italien. — « On peut faire le dandy, La vareuse en futaine Et le Garibaldi Sur le coin de l’oreille. » — Le Gai Compagnon maçon, chanson.

Garnafier : Fermier. — Garnafle : Ferme (Vidocq).

Garni : « Un lit en bois peint, une commode en noyer, un secrétaire en acajou, une pendule en cuivre, des vases de porcelaine peinte avec des bouquets de fleurs artificielles sous verre ; cela s’appelle un garni. » — Champfleury.

Gaudineur : Décorateur (Vidocq). — De gaudiner : s’amuser. V. Roquefort. — La gaîté des peintres en bâtiment est proverbiale.

Gaulois : « Autrefois c’était peut-être un compliment à un écrivain que de dire : Vous êtes Gaulois. L’esprit gaulois, c’est-à-dire la belle humeur triviale, est devenu un anachronisme. » — Aubryet.

Gaulé : Cidre (Vidocq). — Mot à mot, boisson gaulée dans les pommiers.

Gaux : Pou (Vidocq).

Gavé, Gaviolé : Ivre (Vidocq). — Mot à mot : gorgé jusqu’au gosier. — Du vieux mot gaviot : gosier. V. Roquefort.

Gavot : Compagnon. V. Dévorant.

Gay : Laid, drôle (Vidocq).

Gayerie : Cavalerie (id.).

gayet, galier : Cheval. — Mot ancien ; car on trouve dans Roquefort le diminutif gaillofre ; mauvais cheval, rosse. V. Garçon.

Gaz (Lâcher le) : Pêter. — Double allusion à la nature et à la mauvaise odeur de l’expulsion. — « D’autres dans un coin, mais sans honte, Lâchent le gaz et font des renards. » — Chansonnier, 1836.

Faire son gaz : Aller à la garde-robe (Dict. d’Argot, 1827.

gazon : Perruque mal peignée, ébouriffée comme une touffe d’herbes.

Gazouiller : Parler. — Mot de langue romane. V. Roquefort. — « Laquelle de tous les deux qu’a le plus de choses dans le gazouillage. » — Vadé, 1788.

Genou : Tête chauve. — « Il ébauchait une calvitie dont il disait lui-même sans tristesse : Crâne à trente ans, genou à quarante. » — Victor Hugo.

Genre : Ostentation. — « Un éteignoir d’argent, pus que ça de genre ! » — La Bédollière. — Monsieur fait du genre : Monsieur fait ses embarras.

Gerber : Juger (Vidocq). — Mot à mot : réunir tous les actes de la vie passée, en faire une gerbe, un faisceau pour l’accusation. — Gerbement : Jugement. V. Manger. — Gerberie : Tribunal. — Gerbier : Juge.

Gerber à la passe : Condamner à mort. — On dit souvent en parlant de la mort : Il faut la passer. — « On va le buter. Il est depuis deux mois gerbé à la passe. » — Balzac.

Gérontocratie : Puissance de la routine et des anciennes idées, représentées au théâtre par le type de Géronte. — « La gérontocratie sous laquelle tout se flétrit en France. » — Balzac.

Giberne (Enfant de) : Enfant de troupe.

Taper sur la giberne : Taper sur le derrière. — Allusion à la place ordinaire de la giberne. — « Je lui détache un coup de pinceau sur la giberne. » — Monselet.

Gigue : Jambe. — Gigot est resté. — Au moyen âge, gigue signifiait cuisse. — « Je me jette sur tous les deux en empoignant le Maître-d’École par une gigue. " — E. Suc. — De là gigoter : remuer les jambes. — « Ils gigotaient sous l’archet de Musard. » — Chauvelot aîné.

Ginginer : Faire une œillade. — « Elle gingine à mon endroit… » — Gavarni.

Gilboque : Billard (Bailly). — Onomatopée.

ginglard : Piquette. — Diminutif du vieux mot ginguet : petit vin fort aigre. V. Roquefort. — « Nous avons arrosé le tout avec un petit ginglard à six qui nous a fait éternuer... oh ! mais, c’était ça. » Voizo, Chanson.

Girofle : Jolie, aimable, bonne. « Montron drogue à sa largue : Bonnis-moi donc, girofle. » — Vidocq. — V. Coquer. — Giroflerie : Amabilité. — De girolle : très-bien.

Girolle : Très-bien. V. Gy.

Gironde : Jolie fille. — Terme de mépris (Bailly).

Girofletter : Souffleter. — De giroflée à plusieurs feuilles : soufflet. — « Ah ! l’a-t-elle giroflettée ! » — Balzac. — « Je vous lui donnai une giroflée a cinq feuilles sur le musiau. » — Rétif, I783.

Girouette : Homme politique dont les opinions changent selon le vent de la fortune. — On a publié depuis 1815 quatre ou cinq Dictionnaires de Girouettes.

Gitrer : Posséder (Vidocq). — Au moyen âge, on trouve gie pour j’ai. V. Roquefort.

Giverneur : Vagabond couchant dans la rue (Vidocq).

Glace, Glacis, Gobbe : Verre à boire (Vidocq). — Le nom de la matière est appliqué à l’objet dans glace. — Glacis est un diminutif. — Gobbe est une abréviation de gobelet.

Glaviot : Crachat. — Le Dictionnaire Dhautel dit Claviot. — De gaviau : gosier. V. Du Cange.

glissant : Savon (Vidocq). — Allusion d’effet.

Gloria : Petit verre d’eau-de-vie versé dans une tasse de café. — « À la chaleur d’une demi-tasse de café bénie par un gloria quelconque. » — Balzac. — « De même que le gloria patri se dit à la fin des psaumes, ce gloria d’un autre genre est la fin obligée d’un régal populaire. » — Encyclopédiana.

Gloria : Demi-demi-tasse. — « Ne fût-ce qu’une absinthe ou un gloria. » — About.

Gnan-gnan : Personnage mou, sans consistance. — Redoublement du vieux mot niant : rien. V. Roquefort. — Gnolle et Gnognote sont des diminutifs. — Talma écrivait à Mme Bourgoin, le 19 septembre 1825 : « Vous avez prouvé au public et à vos camarades que vous êtes en état de jouer autre chose que des gnans-gnans. »

Gnognote : Chose sans valeur. — « Josepha… c’est de la gnognote. « — Balzac.

Gnolle : Mou, sans force. — « Mais il est si gnole ce gouvernement ! il est si feignant ! si propre à rien. » — Montépin. — « Pas si gnolle, c’est des gosses ». — Rousseliana, 1805.

GNIAFFE : Cordonnier en vieux. — « C’est le cordonnier gniaffe que nous nous sommes proposé surtout de peindre. » — P. Borel.

Go (Parler en) : « Quand les termes qu’il s’agit d’altérer (en argot) sont trop courts pour pouvoir être abrégés, ils reçoivent seulement une terminaison qui en change la physionomie ; là devient lago ; là-bas, labago ; ici, icigo ; Versailles, Versigo. » — Marty Laveau. — (V. Mar, Man, Rama, Lem.)

GOBER (La) : Mourir, avaler une bourde, être victime d’un accident. — « Ce poltron-là, c’est lui qui la gobe le premier. » — L. Desnoyer — « Si bien que j’suis dupé, C’est moi qui la gobe. » — Chanson, 1854. — V. Esbigner.

GOBESON : Calice (Vidocq). — Diminutif de Gobbe.

GOBICHONNADE, NAGE : Régal, festin. V. Bitture. — « En avant la gobichonnade ! « — Labiche.

Gobichonner : Se régaler. — Diminutif du vieux mot gobiner qui avait le même sens. V. Roquefort. — « Il se sentit capable des plus grandes lâchetés pour continuer à bien vivre... à gobichonner de bons petits p]plats soignés. » — Balzac.

Gobichonneur : Gourmand — « Le roi, le triomphateur des gobichonneurs. » — La Bédollière.

GOUTTE : Ration d’eau-de-vie que les soldats boivent habituellement le matin avant l’appel, et les ouvriers avant l’heure du travail. — Allusion à la petite dose (goutte) d’alcool qu’on prend ou qu’on est censé prendre. — « J’appelis ma mère qui buvait sa goutte au P’tit trou. » — Rétif, 1783. — « Mais pourvu qu’on paie la goutte aux anciens, N’est-ce pas, colonel ? » — Gavarni.

Goddem : Anglais. — « Un gros Auvergnat piqué jusqu’au vif, Au Goddem mettant le poing sous le pif. » — Festeau. — M. Fr. Michel trouve godon dans les Poésies de Crétin, 1513. — « Cryant qui vive aux godons d’Angleterre. » — Mais Godon signifie là glouton et non goddem. V. Du Cange.

Godiller : Arriver au paroxysme du désir. — Diminutif de gaudir : se réjouir. V. Roquefort. — Louis Festeau a chanté Monsieur Godillard.

Gonze, Gonzesse : Homme, femme. V Regout, Raleur. — Pris souvent dans le sens de Bourgeois à dépouiller. — « Mais votre orange est fichée. Elle n’a point de queue ? — Allez donc, gonze. » — Vadé, 1788.

Goguette : Société chantante. — Au moyen âge, ce mot signifiait Amusement, réjouissance. — « Il y a environ trois cents goguettes à Paris, ayant chacune ses affiliés connus et ses visiteurs. L’entrée de la goguette est libre. » — Berthaud. — L’affilié de la goguette est un goguettier.

Goguenot : « Grand quart, vase de fer-blanc de la contenance d’un litre dont se munissent les troupiers d’Afrique. Il va au feu, sert à prendre le café, s’utilise comme casserole et comme gobelet. » — De Vauvineux.

Goguenot : Baquet servant de latrines portatives. — « La meilleure place, la plus éloignée de la porte, des vents coulis et du goguenot ou thomas. » — La Bédollière.
Goguenaux : Lieux d’aisance. — « Il fumera dans les goguenaux aux jours de pluie. » — La Cassagne.

gogo : Dupe, homme crédule, facile à duper. — Abréviation du vieux mot gogoyé : raillé, plaisanté. V. Roquefort. — Villon paraît déjà connaître ce mot dans la ballade où il chante les charmes de la grosse Margot qui… « Riant, m’assit le point sur le sommet, Gogo me dit, et me lâche un gros pet. » — « C’est en encore ces gogos-là qui seront les dindons de la farce. » — E. Sue. — « Avec le monde des agioteurs, il allèche le gogo par l’espoir du dividende. » — F. Deriège.

Gosse, Gosselin : Enfant, enfant mort-né. Quelquefois aussi, c’est un synonyme de jésus.

Goualer : Chanter. — Vient, comme gueuler, du vieux mot goule (gula) : gosier. — Goualeur, leuse : Chanteur, teuse.

Gouape, peur, peuse : Débauché, coureur. — On trouve dans Horace vappa, avec le sens de vaurien. — Vigneul-Marville (dix-septième siècle) dit qu’il y a en Espagne de jeunes seigneurs appelés guaps qui ont rapport à nos petits-maîtres. — « Pauvre Depuis, marchand de vin malheureux, que de gouapeurs trompèrent ta confiance ! » — Monselet. — En 1836, J.-E. Aubry a fait une chanson intitulée : le Gouappeur, très-complète comme physiologie.

Gouêpeur : Vagabond. — « Sans paffes, sans lime, plein de crotte, aussi rupin qu’un plongeur, un soir un gouêpeur en ribotte tombe en frime avec un voleur. » — Vidocq. — « Quant aux vagabonds adultes qu’on désigne en style d’argot des goêpeurs. » — M. Christophe. — « Je couchais les bonnes nuits dans les fours à plâtre de Clichy en vrai gouêpeur. » — E. Sue.
Gouape : Débauche. — « Mes amis, unissons nos voix pour le triomphe de la gouape. » — L. Reybaud. — « J’aime mieux jouer la poule. — Parce que t’es un gouêpeur, mais ceux qui préfèrent le sentiment la gouape, c’est pas ça. » — Monselet.
Gouêper : « J’ai comme un brouillard d’avoir gouêpé (vagabondé) dans mon enfance avec un vieux chiffonnier. » — E. Sue.

Gougnotte, Gousse : Tribade. — D’où les verbes gougnotter et gousser.

Goujon (Avaler le) : Mourir. — Quoi qu’on dise et quoi qu’on fasse, il faut avaler le goujon. » — 1815, Francis. — Se dit aussi pour Tomber dans un piège.

Goulu : Poêle (Vidocq). — Il avale beaucoup de bois.

Goupiner : Voler. V. Estourbir, Butter. — « Voilà donc une classe d’individus réduite à la dure extrémité de travailler sur le grand trimar, de goupiner » — Cinquante mille voleurs de plus à Paris, Paris, 1830, in-8. — « J’ai roulé de vergne en vergne pour apprendre à goupiner. » — Vidocq.

Gourdement : Bien, beaucoup. V. Pavillonner, Artie.

Goureur : « Les goureurs sont de faux marchands qui vendent de mauvaises marchandises sous prétexte de bon marché. — Le faux marin qui vend dix francs des rasoirs anglais de quinze sous… goureur. — Le chasseur d’Afrique qui rapporte d’Alger des cachemires… goureur. — L’ouvrier qui a trouvé une montre d’or et qui veut la vendre aux passants… goureur. — A. Monnier.

Gouspin : Mauvais gamin. — Diminutif du vieux mot gous : chien. — « Quarante ou cinquante jeunes gouspins bruyants et rageurs. » — Commerson.

Gousse : V. Gougnotte. — Mot à mot : chienne.

Gousset percé (Avoir le) : n’avoir pas un sou en poche. — « Comment faire quand on a le gousset percé » — Letellier, Chanson, 1839.

Goye : Dupe, niais. — Signifie depuis longtemps Chrétien chez les juifs. — « Le goye te mire, le pante te regarde. » — Monselet.

Graillonner : Parler (Vidocq). — Diminutif du vieux mot grailler : croasser. V. Roquefort.

Graillonneur : Homme qui expectore souvent. — « Comme c’est ragoûtant d’avoir affaire avant son déjeuner à un graillonneur pareil ! » — H. Monnier.

Grain (Écraser un) : Boire la goutte. Plus applicable à l’alcool dans lequel on conserve quelques grains de verjus. — « Est-ce que nous n’écrasons pas un grain ? » — La Bédollière.

Graine d’épinards : Épaulette d’officier supérieur. — Avant d’avoir quitté la branche, ces graines ressemblent en effet assez aux grosses torsades d’épaulettes. — « Les grands qui viennent au monde avec des épinards d’amiral sur l’épaule. » — L. Desnoyer. — « Graine d’épinards à part, les officiers du 101e sont tous supérieurs. » — Noriac.

Graisse : Argent. — Il y a gras, il y a de la graisse : Il y a un bon butin à faire. — « Il n’y a pas gras ! » — Gavarni.

Voler à la graisse : Se faire prêter sur des lingots d’or et sur des diamants qui ne sont que du cuivre et du strass. (Vidocq).
Graisser la marmite : Payer sa bienvenue. — À mon régiment, M’fallut graisser la marmite, Et j’n’ai plus d’argent. » — Vachelot, Chansons, 1855.
Graisser la patte : Remettre une somme de la main à la main, corrompre.
Graisser ses bottes : Se préparer au départ, et au figuré : Être près de mourir.

Grand Turc : Le Grand Turc et Le roi de Prusse jouissent d’un égal degré de la faveur d’être employés lorsqu’il s’agit d’une fin de non-recevoir. — « Ma chère, il pense à toi comme au Grand Turc. » — Bal : zac. — « A qui voulez vous que je le dise donc ? au Grand Turc ? » — Murger.

Gras (Parler) : Tenir des propos grivois (1808, Dhautel).

Gras-double : Feuille de plomb (Vidocq). — Allusion à la facilité avec laquelle on la roule. — Gras-doublier : Voleur de plomb. C’est sur les toits qu’il exerce ordinairement. V. Limousineur.

Gras (Il y a) : V. Graisse, Train. — « Faire tant d’embarras, Quand dans le gousset y n’i a pas gras. » — Metay, Chansons.

Gratte : Abus de confiance. — « Il y a de la gratte là-dessous. » — La Correctionnelle.

Gratter : Voler. — « Au diable la gloire ! il n’y a plus rien à gratter. » — M. Saint-Hilaire.
Gratter : Arrêter (Vidocq). V. Raclette.

Gratte-couenne : Barbier. — Mot à mot : gratte-peau.

Gratte-papier : Fourrier. — Allusion à ses fonctions de scribe. V. Rogneur.

Grattoir : Rasoir (Vidocq). — Il gratte l’épiderme. — Grattouse : Dentelle. — Elle gratte aussi légèrement la peau.

Grêle : Tapage (Bailly) — Allusion au bruit de la grêle.

Grenadiers (Tirer aux) : V. Tirer.

Grenadier : Pou. V. Négresse.

Greffier, Griffon : Chat. — Mot à mot : qui griffe.

Grenasse : Grenier. — Grenu : Blé. — Grenuche : Avoine. — Grenuse : Farine (Vidocq). — Tous ces mots dérivent de grain, comme les mots usuels de grenier, grenaille, etc. Le choix des désinences est remarquable par une sorte d’harmonie imitative. Grenuche indique bien les petites aspérités de l’avoine, et grenuse fait sentir la douceur de la farine.

grenouille : Caisse, trésor. — « Il tenait la grenouille. » — Vidal, 1833.

Manger ou faire sauter la grenouille : Dissiper les fonds dont on est dépositaire. V. Crapaud. — « Il a fait sauter la grenouille de la société. » — L. Reybaud.

Grenouiller : Boire beaucoup d’eau.

Griller une (En) : Fumer une cigarette. — « Passe-moi du tabac que j’en grille une. » — Lem. de Neuville.

Grinche, chisseur : Voleur. — « Après avoir choisi l’écrin, Le grinche paie le joaillier. » — Paillet.

Grinchir : Voler (Vidocq). V. Turbinement, Plan, Douille, Affranchir. — Grinchissage : Vol. V. Parrain.

Grispis : Meunier. — Du vieux mot griper : prendre. — Les meuniers ont souvent passé pour des accapareurs.

Gris : Vent froid (Bailly). — Mot de la langue romane. V. Roquefort. — La bise est la sœur du gris. On dit encore souvent : un froid noir.

Grises (En faire voir de) : Se jouer de quelqu’un, lui faire voir des choses qu’il ne peut démêler. « Ma tante Aurélie qui disait l’autre jour à maman qu’elle t’en ferait voir des grises… » — Gavarni.

Grive : Garde, patrouille (Bailly). — Grivier : Soldat. — Dans le vieil argot, grive signifiait armée comme on le voit ici. — « Les drilles ou les narquois, en revenant de la grive, en trimardant, quelquefois basourdissent les ornies. » — Vidocq. — Grive est donné par Roquefort comme synonyme de méchante, fâcheuse (on dit encore Griève). — Mot à mot, un grivier est donc pour les voleurs un vrai fâcheux. V. Cigogne.

Corps-de grives : Corps-de-garde. — Harnais de grives : Équipement militaire. — On sait qu’au moyen âge, harnais signifiait armure.

Grognard : Le grognard d’aujourd’hui et le vieux grognard d’autrefois, ce vieux de la vieille, comme on dit encore en parlant des nestors de la garde impériale. » — M. Saint-Hilaire. — Allusion à l’humeur grognonne des vétérans.

Groom : Petit valet. — « Savez-vous ce que c’est qu’un petit groom ? Eh bien ! c’est un petit bas des reins qu’est pas plus haut que ma botte, et qui trotte comme une ablette. » — Festeau.

Grouchy (Petit) : « Article arrivé en retard à l’imprimerie. » — Balzac. — Allusion à la tradition populaire, mais contestable, qui impute à Grouchy le retard de sa marche sur Waterloo.

grue : « Pour qualifier une fille aux jambes maigres aux gros yeux à fleur de tête, à l’intelligence épaisse, on dit : C’est une grue. » — Scholl. — « Mme Croquoison : Nous sommes tous des grues. » — Le Rapatriage, parade du dix-huitième siècle.

Guêtres (Tirer ses) : Détaler. — « Cadet, tire au loin tes guêtres, au lieu de m’approcher. » Cabassol. — « Fuyons, tirons nos guêtres. » — Le Rapatriage.

Gueulard : Braillard. — Gueulard : Gourmand. — « La gourmandise a aussi une place d’honneur dans le cœur de l’écolier ; mais comme c’est un vice réclamé par les moutards, la honte de paraître gueulard comme eux en arrête la manifestation. » — H. Rolland. — Gueulardise : Friandise. — Gueulard : poêle (Vidocq). V. Goulu. — Gueulard : Sac (id.). — Du vieux mot gueulle : gibecière, bourse (Roquefort). — Ce dernier sens confirme encore ce que nous avançons pour chanter. V. ce mot. L’homme qui chante ouvre sa gueule.

GUEULE : Bouche. — « Il faudrait avoir une gueule de fer-blanc pour prononcer ce mot. » — P. Borel, 1833. — Gueule fine : Palais délicat. — « Un régime diététique tellement en horreur avec sa gueule fine. » — Balzac. — Fort en gueule : Insulteur. — Sur sa gueule : Friand. — « L’on est beaucoup sur sa gueule. » — Ricard. — Faire sa gueule : Faire le dédaigneux. — Casser, crever la gueule : Frapper à la tête. — « Tu me fais aller, je te vas crever la gueule. » — Alph. Karr. — Gueuler : Crier. « Leurs femmes laborieuses, De vieux chapeaux fières crieuses, En gueulant arpentent Paris. » — Vadé, 1788.

GUEULETON : Repas plantureux, dont on a plein la gueule. — Gueuletonner : Faire un gueuleton. — « Je ne vous parle pas des bons gueuletons qu’elle se permet, car elle n’est pas grasse à lécher les murs. » — Vidal, 1833. — « Chacun d’eux suivi de sa femme, À l’Image de Notre-Dame, firent un ample gueuleton. » — Vadé, 1788.

GUEUSARD : Petit gueux, amicalement parlant. — « Appelle-moi gueusard, scélérat, lui dis-je. » Amours de Mathieu, chanson, 1832. — « Et vous flânez souvent, gueusard » — E. Sue. — Pris aussi en mauvaise part : « Les gueusards ! ils n’ont pas seulement le courage de faire leurs mauvais coups. » — E. Sue.

Gueux : « Que j’en ai gagné de c’te gueuse d’argent ! » — H. Monnier. — Pris en bonne part.

GUEUX : « Les dames des halles se servent toutes de chaufferettes et de ces horribles petits pots en grès qu’on nomme des gueux. Elles les posent sur leurs genoux pour se réchauffer les doigts. » — P. d Anglemont.

Guibolle, Guibbe : « Guibolles, c’est ce que vous nommez jambettes, petites jambes. » — Mélesville. — Du vieux mot guiber : se débattre des pieds.

Guichemar : Guichetier (Vidocq). V. Mar.

guimbarde : Vieille voiture, grosse voiture a quatre roues. — « Monsieur, pourquoi votre guimbarde n’est-elle pas prête ? " — Cormon.

Guignolant : Malheureux. — « Ce n’est t’y pas guignolant, Rien qu’en balais Je me ruine en frais. » — Ch. Voizo, Chanson. — Vient de Guignon.

guinal : Juif (Vidocq). — Mot à mot : circoncis. — Guinaliser : Circoncir. — Du latin inguen, inguinis : partie située entre les deux aines. — Allusion à l’opération de la circoncision.

guitare : Rengaine. — Terme inventé par les Romantiques qui voulurent réagir contre l’école des Troubadours classiques de 1820. Chaque volume de vers était alors précédé du portrait de l’auteur drapé dans un manteau à grand collet et faisant vibrer son luth (guitare classique) au milieu de ruines éclairées par la lune. — « On désigne au théâtre sous le nom de guitare une sorte de plainte incessante, revenant comme une mélopée, le son monotone d’une guitare modulant un rhythme triste et sans fin » — Duflot.

Gy, Girolle : Oui, bien, très-bien (Vidocq). — Il est à noter qu’autrefois giz voulait dire non. V. Roquefort.



Habit rouge : Anglais. — Allusion d’uniforme. — « Les habits rouges voulaient danser, Mais nous les avons fait sauter. Vivent les sans-culottes ! » — Mauricault, Chanson, 1793.

Habin, Happin : Chien. — De happer : saisir. — Roquefort donne happelopin : chien âpre à la curée. — Happin engamé : Chien enragé. — Happiner : Mordre.

Halènes : Outil de voleur. — Allusion aux alênes de cordonnier ? — « Crois-moi, balance tes halènes, fais-toi gouépeur. » — Vidocq.

haria, aria : Embarras. — Du vieux mot arrie : obstacle. — « C’est un haria que de chasser si loin. » — Balzac. — « J’ai eu bien des arias avec la douane à cause de mes malles. » — Monselet.

Haricots (Être condamné aux) : être condamné à la prison pour manque de service de la garde nationale. — « À midi, j’arrive à la prison de la garde nationale, hôtel Darricaud, vulgairement appelé des haricots. » — Villemot. — M. Albert de Lasalle a publié en 1864 une histoire de l’hôtel aujourd’hui démoli.

Hariadan Barberousse : Christ. — Allusion à la barbe rousse de Jésus-Christ. — « Il rigolait malgré le sanglier qui voulait lui faire bécoter Hariadan Barberousse. » — Vidocq.

harpe : Barreaux de fenêtre (Vidocq). — Ils garnissent une fenêtre de prison comme les cordes d’une harpe.

Haussier : Boursier jouant à la hausse des fonds. — « Deux grandes catégories qui distinguent les spéculateurs, les haussiers et les baissiers. » — Mornand.

Haute (La) : La partie riche de chaque classe sociale. Il y a des bourgeois de la haute, des lorettes de la haute, des voleurs de la haute. — L’homme du peuple qui se trouve en fonds dit en plaisantant : Je suis de la haute. — « Pour les menus plaisirs d’un monsieur de la haute. » — Ricard. — « Jamais aussi le sportman n’a couru les salons et la haute, comme on dit au club. » — Rod. d’Ornano. — « Des dames de la haute ? — Non, des étudiantes. » — Carmouche. — « Il y a lorette et lorette. Mlle de Saint-Pharamon était de la haute. » — P. Féval. — « Si nous ne soupons pas dans la haute (dans un restaurant fashionable), je ne sais guère où nous irons à cette heure-ci. » — G. de Nerval.

Homme de bois : Nom qu’on donne dans les imprimeries à celui qui rajuste les planches avec des petits coins en bois. — Cabarets de Paris, 1821. — Jeu de mots.

Homme de lettres : Faussaire. — Jeu de mots.
Homme de paille : Homme couvrant de son nom des actes, des écrits qui n’émanent pas de lui. Le journalisme et la finance emploient fréquemment l’homme de paille. — « Ce Claparon fut pendant six ou sept ans l’homme de paille, le bouc émissaire de deux de nos amis. » — Balzac. — « Quoi qu’il arrive, M. Bitterlin aurait été… son homme de paille, son gérant, son compère. » — About.

Hommelette : « Homme sans force et sans énergie. » — 1808, Dhautel. — Jeu de mots.

Horreurs : Propos libertins. — « Quand les bégueules ont des masques, Elles racontent des horreurs. » — Festeau.

Faire des horreurs : En venir des paroles à l’action. — « Puis, sur un lit je la jette, Et nous faisons des horreurs. » — Les Amours de Mahieu, chanson, 1832.

Hoteriot : « On nomme ainsi la hotte des chiffonniers. » — P. d’Anglemont. — Diminutif de hotte.

Hôpital : Prison (Vidocq). — On concevra le mot en voyant Fièvre cérébrale et Malade.

Huile : Argent (Vidocq). — Tout ce qui est gras symbolise l’argent. V. Beurre, Graisse. — Huile : Soupçon (id.). — Il pénètre et s’étend comme une tache d’huile.

Huile de bras : Vigueur corporelle. — Huile de cotterets : Coup de bâtons (Dhautel, 1808).

huître : Graillon, imbécile. — Huitrifier : Abrutir. — « Il poursuivit de tant de plaisanteries ce qu’il appellait le parti des huîtres. » — L. Reybaud.

Humanitaire : « L’humanitaire est le zélateur d’une secte récente née du dégoût de nos troubles politiques… L’humanitaire est le radical par excellence. Petites ou grandes, à ses yeux, toutes les réformes se tiennent. » — M. Raymond.

Humecter (S’) : Boire. — « Il me demande si je veux m’humecter. Je lui réponds : J’ai mon casque. » — Monselet.

Huit ressorts : Voiture très-suspendue. — « Jamais Anna Deslion, Julia Barucci, Adèle Courtois, n’ont dans le huit ressorts promené de mine aussi noble. » — Les Cocottes, 1864.

Hussard à quatre roues : Conducteur d’artillerie, soldat du train des équipages — « Aussi partagent-ils avec le train des équipages militaires le sobriquet de hussards à quatre roues. » — La Bédollière.

Hussard de la guillotine : « Le gendarme a différents noms en argot : quand il poursuit le voleur, c’est un marchand de lacets ; quand il l’escorte, c’est une hirondelle de la Grève ; quand il le mène à l’échafaud, c’est un hussard de la guillotine. » — Balzac.



I

ICICAILLE, ICIGO : V. Dardant, Go.

IDÉE (Une) : On dit une idée, ou un soupçon, ou un scrupule, ou une larme, pour dire quelques gouttes de liquide.

Donner des idées : Inspirer d’amoureux désirs.

ILLICO : De suite. — « En se promettant bien de l’envoyer illico. » — Balzac. — Latinisme.

Illico : Grog d’alcool, d’eau et de sucre en usage dans les pharmacies d’hôpital. — Allusion a un terme de formulaire.

IMBÉCILE (Galon d’) : Galon de soldat de première classe. Il est donné a l’ancienneté et non au mérite. — On rencontre l’équivalent de ce mot dans les autres grades. — « Il passa capitaine à l’ancienneté, à son tour de bête, comme il disait en rechignant ;. » — About.

IMPÉRIALE : Bouquet de poils plus grand que la mouche et moins grand que la bouquine. — « Il avait six pieds six pouces, L’impériale au menton. » — Festeau.

IMPOSSIBLE : Impossible à figurer. — « Avec son col exorbitant et ses lunettes impossibles. » — Delvau.

INCONSÉQUENT : « Lorsque, dans le monde, une jeune dame n’a pas très-bien su étendre le voile par lequel une femme honnête couvre sa conduite, là où nos aïeux auraient rudement tout expliqué par un seul mot, vous, comme une foule de belles dames à réticences, vous vous contentez de dire : Ah ! oui, elle est fort aimable, mais… — Mais quoi ? — Mais elle est souvent bien inconséquente. » — Balzac.

Inexpressible : Pantalon. — « Au sortir des bancs du collège, où nous avions usé, tous deux, pendant huit mortelles années, ce que la pruderie anglaise exprime par inexpressible. » — Mornand.

Infect : Laid. — L’infection n’est prise qu’au figuré. — « Viens-tu voir la petite nouvelle ? — Pardieu ! et si elle n’est pas trop infecte, nous l’emmenons à la Maison-d’Or. » — Ces Petites Dames, 1862.

Inglichmann : Anglais. — « Avec ça que l’amiral l’avait fait habiller en inglichmann. » — L. Desnoyer.

Ingriste : Peintre de l’école d’Ingres. — « À vous Lehmann, Ziegler, Flandrin, Romain, Cozes et autres ingristes. » — Ch. Blanc.

Inodores : Latrines. — « Fournier aux inodores Présente le papier. » — Revue anecdotique — V. Calme.

Intime : Claqueur — C’est un intime pour le théâtre. — « Adolphe allait en intime au Théâtre de Madame. » — Cinquante mille voleurs de plus à Paris, Paris, 1830, in-8.


J

jaboter : Causer. — « Asseyez-vous donc un peu… nous jaboterons. » — Ricard. — On trouve jabotein avec ce sens dans Roquefort.

Jacqueline : Fille de mauvaise vie. — On dit de même une Margot. — « Notre Jacqueline le fouille, Empoigna la grenouille, Laissa là mon nigaud. » — Chanson du jeune Picard partant pour Paris.

Jambe (Faire une belle), Rendre la jambe mieux faite : Donner un avantage illusoire. — « Tu as maudit ton père de t’avoir abandonné ? — Ça m’aurait fait une belle jambe. » — E. Sue.

S’en aller sur une jambe : Ne boire qu’une seul tournée. — « Dès l’aube, on s’offre la goutte, on s’offre le canon, on s’offre le rhum, on s’offre l’absinthe ou le bitter, et l’on ne veut jamais s’en aller sur une jambe. » — La Bédollière.
Lever la jambe : Danser le cancan (haute école). — « Elle levait la jambe avant Rigolboche. » — Les Étudiants, 1860.

Jar : Argot (Vidocq). — Abréviation du vieux mot jargon : langage. V. Roquefort.

Jardiner : Parler en se moquant. — Vient de Jar. V. Escracher.

Jaspiner : Parler, causer. — Diminutif de Jaser. — « Ils jaspinaient argot encore mieux que français. » — Grandval, 1723. — « Alle voulut jaspiner avec moi. " — Vadé, 1788. — « Je lui jaspine en bigorne : « N’as tu rien a morfiller ? » — Vidocq.

Jaune : Eau-de-vie. — « Estaminet dit poétique, espèce de paradis perdu dans le jaune et le petit bleu. » — La Maison du Lapin blanc, typ. Appert. — « Lapin blanc, que me veux-tu ? Avec ton jaune et ton camphre, Tu déranges ma faible vertu. » — Id.

Rire jaune : Rire forcément. — Aimer avec un jaune d’œuf : Tromper. — Allusion à la couleur jaune qui est celle du cocuage.

Jaunet : Pièce d’or. — « Un seul regret, celui de n’avoir pu débarrasser les pigeons de leurs jaunets. » — Paillet.

Javanais : « La Crécy parlait le javanais, cet argot de Bréda où la syllabe va, jetée après chaque syllabe, hache pour les profanes le son et le sens des mots, idiome hiéroglyphique du monde des filles qui lui permet de se parler à l’oreille — tout haut. » — Goncourt. — Ex. : Jaunet, javaunavet ; jeudi, javeudavi ; etc., etc.

Jeanfesse, Foutre : Coquin, misérable. — « Ça, c’est un jeanfesse. » — Ricard. — « Grande colère du père Duchesne contre les jeanfoutres de chasseurs qui ont voulu faire une contre-révolution. » — 1793, Hébert.

Je ne sais quoi : Qualité indéfinissable. — « Le savoir-vivre, l’élégance des manières, le je ne sais quoi, fruit d’une éducation complète. » — Balzac.

Jean-Jean : — « On qualifie de Jean-Jean en France le jeune indigène que la conscription a arraché à l’âge de vingt ans d’un atelier du faubourg, de la queue d’une charrue, etc. Le Jean-Jean est reconnaissable à sa tournure indécise, à sa physionomie placide. » — M. Saint-Hilaire.

Jeanneton : « Servante d’auberge, fille de moyenne vertu. » — 1808, Dhautel.

Jésuite : Dindon (Vidocq). — C’est aux jésuites qu’on doit l’acclimatation du dindon.

Jésus : « Jeune et beau garçon lancé comme appeau près des sodomistes que veut exploiter le chanteur. » — Canler.

Grippe-Jésus : Gendarmes. — Le jésus n’est ici qu’un homme garrotté comme le Christ, lorsqu’il fut conduit devant Pilate.

Jettard : Cachot (Bailly) — Mot à mot : endroit où l’on vous jette.

Jeudis (La semaine des quatre) : La semaine qui n’arrivera jamais, puisqu’elle n’existe pas. — « C’est comme la robe que vous m’avez promise. — Tu l’auras. — La semaine des quatre jeudis. » — H. Monnier.

Jeune (Tu es trop) : Tu n’as pas l’intelligence nécessaire à l’accomplissement de telle ou telle chose. — Cela peut se dire à un octogénaire.

Jeune France : « Les romantiques se divisèrent en Bouzingots et en Jeune France. Les Jeune France conservèrent longtemps leurs pourpoints, leurs barbes fourchues, leurs cheveux buissonneux. » — P. d’Anglemont. — « Ils ont fait de moi un Jeune France accompli. J’ai un pseudonyme très-long, et une moustache fort courte ; j’ai une raie dans les cheveux à la Raphaël. Mon tailleur m’a fait un gilet… délirant. Je parle art pendant beaucoup de temps sans ravaler ma salive, et j’appelle bourgeois ceux qui ont un col de chemise ; de plus j’ai fait acquisition d’une mignonne petite dague en acier de Toscane, pas plus longue qu’un aiguillon de guêpe. » — Th. Gautier, Préface des Jeune France, 1833.
Avoir son jeune homme : Être gris. — Allusion à la forte mesure de liquide qui dans les brasseries a reçu le nom de jeune homme, et qui vaut deux moos. — « Chaque fois qu’il rentrait avec son jeune homme. » — P. d’Anglemont. — « Un individu en blouse qui semblait avoir son petit jeune homme. » — G. de Nerval.

Jeunesse : Fillette. — « Une jeunesse d’Orléans, un marchande de cols. » — Cormon.

Job : Niais. — Abrév. du vieux mot jobelin. V. Roquefort. — « Si j’étais assez job pour croire que vous me donnez toute une fortune. » — E. Sue. — Jobarder : Duper. — « Je ne veux pas être jobardé. » — Balzac. — Joberie : Niaiserie (Vidocq).

Jocko : Pain long dont la forme fut sans doute inventée lorsque le singe Jocko était à la mode. — « Des gens qui appellent un pain jocko un singe de quatre livres. » — Bourget.

Joli : Jeté dans une position critique. — « Nous. v’là jolis garçons ! » — Désaugiers.

Jonc : Or (Vidocq). — Allusion à la couleur jaune du jonc. V. Bogue.

jorne : Jour. — Vieux mot de langue d’oc. V. Roquefort. V. Baïte, Poisser.

Joseph (faire son) : Affecter un air chaste. V. Putipharder.

Jouer de : Faire ce qu’on veut. — « Nachette, en un mot, joua parfaitement du baron. » — De Goncourt.

Judacer : Trahir. — Judacerie : Trahison (Vidocq). — Allusion biblique.

Jugeotte : Jugement, avis. — « Dis-moi z’un peu franchement, Là dessus ta petite jugeotte. » — Léonard, parodie, 1863.

Jus de bâton : Coup de bâton. — « Pour passer votre rhume, j’ai du jus de bâton. » Aubert, Chanson, 1813.

Juste-milieu : Partisan du statu quo politique, en opposition à la gauche qui représente le côté radical ou avancé, et à la droite qui se retranche dans le maintien des anciens principes. V. Centrier. — « Luc riait comme un républicain qui voit le juste-milieu recevoir un soufflet. » — Ricard.

Juste-milieu : Derrière. — « Mayeux envoya la pointe de sa botte dans le juste-milieu de Mlle Justine. » — Ricard.

K

Kaiserlich : Autrichien. De l’allemand Kaiserlich, impérial. — « Les Kaiserlich ont été étourdis du coup. » — Balzac.

Koxnoff : V. Chocnoso.



Là-bas : Maison du correction de Saint-Lazare. — « Julia à Amandine : Comme ça, cette pauvre Angèle est là-bas ? — Ne m’en parle pas. Elle était au café Coquet a prendre un grog avec Anatole. Voilà un monsieur qui passe, qui avait l’air d’un homme sérieux avec des cheveux blancs et une montre. Il lui offre une voiture, elle accepte, un cocher arrive, et… emballée ! Le monsieur était un inspecteur. " — Les Cocottes, 1864.

Lacet : Poucette. — V. Marchand.

Lâcheur : Homme sur lequel on ne peut compter. — Mot à mot : qui lâche ses amis. — « Le lâcheur est la lorette de l’amitié. » — A. Scholl, 1858. — Se lâcher de : Se payer. V. Rotin.

Laine : Mouton (Vidocq).

Lait à broder : Encre (id.) — Allusion ironique à la couleur de l’encre. V. Broder.

Laïus : Discours — « Dans le dialecte de l’École polytechnique, tout discours est un laïus, depuis ]a création du cours de composition française en 1804. L’époux de Jocaste, sujet du premier morceau oratoire traité par les élèves, a donné son nom au genre. Les députés à la Chambre, les avocats au barreau, les journalistes dans les premiers-Paris, piquent des laïus. » — La Bédollière. — « Pour les officiers sortant de Saint-Cyr, le laïus est un broutta, du nom d’un professeur de l’École, doué d’une certaine facilite d’élocution. Ce qui a fait le verbe broutasser et le substantif broutasseur. » — De Vauvineux.

Lampion : Chapeau à cornes. — « Je passe le pantalon du cipal et je coiffe le lampion. » — Bourget.

Lampion : Œil. — Allusion à la flamme. — « Si j’te vois faire l’œil en tirelire à ton perruquier du bon ton, Calypso, j’suis fâché d’te l’dire, Foi d’homme ! j’te crève un lampion. » — Chanson populaire.

lance : Eau (Vidocq). — Pour désigner l’eau, on a fait allusion à son extrême fluidité ; on a dit la chose qui se lance. Dans Roquefort, on trouve lancière : endroit par où s’écoule l’eau surabondante d’un moulin. V. Mourir, Trembler.

Lancé : Gris. — « Patara, au moins aussi lancé que le cheval, tapait sur la bête à tour de bras. » — Phys. du Matelot, 1843.

Lancé : Rapide projection de la jambe. — « Paul a un coup de pied si vainqueur et Rigolette un si voluptueux saut de carpe ! Les admirateurs s’intéressaient à cet assaut de lancés vigoureux. » — 1847, Vitu.

Lanciers (Danser les) : « Quant à cet inévitable quadrille des lanciers, je ne vous dissimule pas qu’il commence à m’agacer cruellement le système nerveux. » — Alb. Second, 1857. — V. Œil ! (Mon).

Langue (Avaler sa) : Mourir. V. Claquer.

Donner sa langue aux chiens, aux chats : Renoncer à deviner. — « Je donne ma langue aux chiens, dit Jérôme, je renonce. » — E. Sue.

Lansq : Partie de lansquenet. — « Cette espèce de cornichon qui l’a dansé de 1,500 fr. hier au lansq. » — Jaime.

Lansquiner : Pleurer. — De lance : eau. — « Bien des fois on rigolle qu’on devrait lansquiner. » — Vidocq.

Lanternes de cabriolet : Yeux fort saillants. — « Oh ! c’est vrai ! t’as les yeux comme les lanternes de ton cabriolet… » — Gavarni.

Lanturlu : Vient de l’ancien mot enturlé qui signifiait Fol, étourdi. V. Du Cange,. — On aura dit l’enturlé, puis lanturlu.

lapin : Bon compagnon. — « Ils ont appelé dans leurs rangs Cent lapins quasi de ma force. » — Festeau. — « C’est un fameux lapin, il a tué plus de Russes et de Prussiens qu’il n’a de dents dans la bouche. » — Ricard. — « L’homme qui me rendra rêveuse pourra se vanter d’être un rude lapin. » Gavarni.

Au collège, on appelle lapins des libertins en herbe, pour lesquels Tissot eût pu écrire un nouveau Traité.
Lapin a aussi sa signification dans le monde des messageries. — « Et puis le jeune homme était un lapin, c’est-à-dire qu’il avait place sur le devant, a côté du cocher. » — Couailhac.
Lapin : Apprenti compagnon. — « Pour être compagnon, tu seras lapin ou apprenti. » — Biéville.

Larbin, Larbine : Domestique (Vidocq).« Le faux larbin va se poster sous la porte cochère. » Paillet. — Larbinerie : Valetaille. V. Garçon, Pieu.

Larcottier : Paillard (Vidocq). — Mot à mot : larguotier : amateur de largues.

Lard (Faire du) : Engraisser. — « La femme ronfle et fait du lard. » — Festeau.

Larder : Percer d’un coup de pointe. — Lardoire : Épée. — « Vous verrez si je manie bien la lardoire. » — Ricard.

Large des épaules : Avare. — Équivoque sur le mot large. — V. Dauthel, 1808.

Largue : Femme. — « Si j’éprouve quelque malheur, je me console avec ma largue. » — Vidocq. — V. Coquer, Momir.

Lartie, Lartif, Larton : Pain. — On devrait dire l’artie, l’artif, l’arton. — Au moyen âge, artuit signifiait Repas. V. Roquefort. — Il est à remarquer qu’άρτος en grec veut dire Pain — Larton brutal : Pain noir. Larton savonné : Pain blanc. — Brutal est un diminutif de brut. Savonné s’explique de lui-même. V. Tremblant. — Lartonnier : boulanger.

Lascailler : Pisser (Vidocq). — De lance. On dit encore : Lâcher de l’eau. V. Lansquiner.

Lascar : Fantassin. — « Vient de l’arabe el-askir qui a la même signification. Date sans doute de l’expédition d’Égypte. » — De Vauvineux. — « A-t-il du toupet, le vieux Lascar ! dit l’invalide dans son langage pittoresque. » — Balzac.

Lavabes : « Les lavabes sont ceux que l’on fait entrer au parterre des théâtres, en ne payant que quinze sous par place. » — Cinquante mille voleurs de plus à Paris, Paris, 1830, in-8. — « Gustave achetait un lavabe pour les Variétés. » — Id.

Lavage, Lessive : Vente, à gros rabais, d’objets ayant déjà eu un premier propriétaire. — « Les quatre volumes in-12 étaient donnés pour cinquante sous… Barbet n’avait pas prévu ce lavage. » — Balzac. — À la Bourse, une Lessive est une opération désastreuse, qui vous nettoie. V. Nettoyer.

Laver, Lessiver : Vendre, ironiquement envoyer ses effets mobiliers à une lessive dont ils ne reviennent pas. Même allusion dans Passer au bleu et Nettoyer. — « Comme ce n’était pas la première fois que j’avais lavé mes effets sans savon. » — Vidal, 1833. — « Il a lavé sa montre, ses bijoux, pour dire qu’il les a vendus. » — 1808, Dhautel.

Lazagne : Lettre (Vidocq). — Allusion aux lazagnes, longues bandes de pâtes d’Italie, ressemblant assez à des morceaux de papier. V. Balancer.

Lègre : Foire (Vidocq). V. Servir.

Lève-pieds : Escaliers, échelle (Vidocq). — Effet pris pour la cause.

Lem (Parler en) : Soumettre chaque substantif à l’emploi d’une même syllabe finale et à la transposition de deux lettres. On peut ainsi parler un français inintelligible pour les profanes. Ce système consiste : 1° à ajouter la syllabe lem à chacun des mots qui viennent à la bouche ; 2° à troquer la lettre l de lem contre la première lettre du mot qu’on prononce. — « Et alors que tous les trucs seront lonbem (bons). » — Patrie du 2 mars 1852.

On parle en luch comme en lem. On combine quelquefois les deux.

Levage : Opération qui consiste de la part d’un homme à faire sa maîtresse d’une femme, ne fût-ce que pour un jour. De la part d’une femme, c’est amener un homme à lui faire des propositions. — Terme de chasse.

Y-a-t-il du levage ? Y-a-t-il moyen de faire un levage.
Lever : Faire un levage. — « Tiens, Xavier qui vient d’être levé par Henriette. » — Monselet. — « J’irai ce soir à Bullier, et si je ne lève rien… » — Lynol. — V. Flanelle.
Lever : Capter, empaumer. — « Il lève un petit jeune homme. Vous verrez qu’il en fera quelque chose. » — De Goncourt.
Être levé : Signifie dans l’argot des débiteurs et des créanciers qu’on a à ses trousses un recors, qui vous a vu dans la rue ou déterré quelque part. » — Montépin.
Lever : Voler. — « Robert dit : Je suis levé et il nous appelle filous. » — Monselet. — « Tiens, dit le voleur, voici un pantre bon à lever. » — Canler.

Lice : Bas de soie (Vidocq). — Les bas de soie sont plus lisses que les autres.

lichard, Licheur : Gourmand. — Mot de langue romane. V. Roquefort. — « Je vois que tu es toujours un fameux licheur. » — E. Sue.

Liche, Lichette : Régal. Être en liche : Faire bombance.
Licher : Aimer les bons plats, faire débauche. — Jadis, on disait licharder. — « Je liche chez le mannezingue, motus ! » — Paillet. — « Buvons plutôt bouteille. En lichant, nous ne penserons pas à toutes ces bagatelles. » — Chanson poissarde, 1772.
Licher : Boire. — « Puis il liche tout’la bouteille. Rien n’est sacré pour un sapeur. » — Houssot. — V. Béquiller.

Lignard : Officier ou soldat des troupes de ligne.

Ligne (Tirer à la) : Écrire des phrases inutiles dans le seul but d’allonger un article payé à tant la ligne.

Vive la ligne ! « Je rapporte un petit magot. Ah ! quelle chance ! Vive la ligne ! » — Léonard, parodie, 1863. — Ce vivat, poussé fréquemment aux jours d’émeute où l’on veut gagner le cœur des troupes de ligne, est devenu proverbial et s’applique ironiquement à tous les cas d’enthousiasme.

ligote : Lien, corde. — Mot de langue romane. V. Roquefort. — Ligoter : Lier.

Lillois : Fil (Vidocq). — On en fait beaucoup en Flandre. V. Lyonnaise.

Limace, Lime : Chemise. — Mot de langue romane. Du Cange donne le même sens au latin limas. — Limacier : Chemisier. V. Gouêpeur.

Limande : Homme nul et plat comme le poisson de ce nom (Vidocq).

Limer : Aller lentement en affaire.

Limonade : Assiette (Vidocq). — Comparaison de l’assiette à une rouelle de limon.

Limousineurs : « On donne le nom de voleurs au gras-double ou de limousineurs à des ouvriers couvreurs qui volent le plomb des couvertures, en coupent de longues bandes avec de bonnes serpettes, puis l’aplatissent et le serrent à l’aide d’un clou. Ils en forment ainsi une sorte de cuirasse qu’ils attachent à l’aide d’une courroie sous leurs vêtements. » — Petit Journal. — Allusion à leurs vêtements de plomb, non moins imperméables que les gros manteaux nommés limousines.

Linge (Avoir du) : Avoir une garde-robe bien montée. — « Et Bovarine ! Qu’est-ce que c’est ? Ça a-t-il du linge ? » — Lem. de Neuville.

Lingre : Couteau (Vidocq). — Lingrer : Frapper à coups de couteau. — Lingrerie : coutellerie. — Lingriot : Canif. — Quadruple allusion à Langres, ancienne capitale de la coutellerie.

lion : « Depuis que nous avons attrapé ce mot anglais, qui s’applique à Londres à toutes sortes de notabilités, nous en avons fait abus comme du calicot et du fil d’Écosse. Il ne se fait pas un vaudeville, un feuilleton, un roman de mœurs contemporains, qui ne parle des lions de Paris. Aujourd’hui, pour être lion, la moindre chose suffit : avec un paletot jaune, un chapeau neuf, des moustaches, vous êtes reçu lion d’emblée. » — Roqueplan, 1841. — Deriège a fait la Physiologie du Lion. — Un lionceau est un lion ridicule.

Lionne : « C’étaient de petits êtres féminins, richement mariés, coquets, jolis, qui maniaient parfaitement le pistolet et la cravache, montaient à cheval comme des lanciers, prisaient fort la cigarette, et ne dédaignaient pas le champagne frappé. » — F. Deriège.
Lionnerie : Monde des lions. — « Nous étions installés dans un restaurant cher à la lionnerie. » — Mornand.

Liquid : « Liquid est mis ici pour liquidation. Le coulissier, facétieux et aussi de belles manières, se plaît à abréger ses formules comme la jeunesse dédorée de l’époque, et elle dit liquid comme on dit d’autor, d’achar, soc ou démoc. » — Mornand. — « Les ventes et achats de chemins de fer se liquident tous les quinze jours et la rente à la fin de chaque mois. Si vous êtes acheteur de 3,000 fr. de rente fin du mois à 72 fr., que la rente baisse a 71 fr., votre perte s’élève à 1,050 fr., courtage compris. Vous pouvez continuer votre opération en vous faisant reporter. On ajoute alors au cours de 71 fr. le prix du report, plus un nouveau courtage. La cherté des reports tempère souvent les dispositions à la hausse. Il est en effet très-onéreux pour un acheteur de rente de passer 70 c. de report, ce qui, sur 3,000 fr. de rente, augmente de 700 fr. le prix d’achat. » — De Mériclet.

Lisette : Gilet long. V. Tirant. — Doit avoir la même racine que Lice.

Pas de ça, Lisette : Formule négative due sans doute à la vogue de cette chanson connue : Non ! non ! vous n’êtes plus Lisette, etc. — « Un jeune drôle fait la cour à ma nièce… pas de ça, Lisette ! » — Ricard.

litrer : Contenir, posséder. — Ce terme a une forme aussi régulière que cuber. — « J’avais balancé le bogue que j’avais fourliné et je ne litrais que nibergue en valades. » — Vidocq. — V. Fourgat.

Locandier : « Le locandier est une des nombreuses variétés des voleurs au bonjour. Sous prétexte d’examiner un logement à louer et en dépit de la présence du concierge, il vole avec dextérité. » — A. Monnier.

Loche : Oreille. — Locher : Écouter (Vidocq).

Lofat : Aspirant au grade de compagnon. — «C’était pour le baptême d’un lofat… On devait le baptiser à la Courtille ; j’étais le parrain. » — La Correctionnelle.

Loffiat : Maladroit, imbécile.

Londrès : Cigare de la Havane. — « Je me rejetai dans le fond de la voiture et j’allumai un londrès. » — Mornand.

Longchamp : « D’autres font une excursion au longchamp, cour oblongue, bordée d’une file de cabinets dont nous laissons deviner la destination. Comme c’est le seul endroit où pendant les heures d’étude, les élèves de l’École polytechnique puissent aller humer l’air, filer, causer, chercher des distractions, le lonchamp a acquis une grande importance. » — La Bédollière.

Longe : Année (Vidocq). — Forme de longue. Une année est souvent longue à passer.

Lophe : Faux. — V. Fafiot.

Loques : « Le gamin de Paris a sa monnaie à lui, qui se compose de tous les petits morceaux de cuivre façonné qu’on peut trouver sur la voie publique. Cette curieuse monnaie, qui prend le nom de loques, a un cours invariable et bien réglé dans cette petite bohème d’enfants. » — V. Hugo.

Lorette : « C’est peut-être le plus jeune mot de ]a langue française ; il a cinq ans à l’heure qu’il est, ni plus ni moins, l’âge des constructions qui s’étendent derrière Notre-Dame-de-Lorette, depuis la rue Saint-Lazare jusqu’à la place Bréda, naguère encore à l’état de terrain vague, maintenant entourée de belles façades en pierres de taille, ornées de sculptures.

« Ces maisons, à peine achevées, furent louées à bas prix, souvent à la seule condition de garnir les fenêtres de rideaux, pour simuler la population qui manquait encore à ce quartier naissant, à de jeunes filles peu soucieuses de l’humidité des murailles, et comptant, pour les sécher, sur les flammes et les soupirs de galants de tout âge et de toute fortune. Ces locataires d’un nouveau genre, calorifères économiques à l’usage des bâtisses, reçurent, dans l’origine, des propriétaires peu reconnaissants, le surnom disgracieux, mais énergique, d’essuyeuses de plâtres. L’appartement assaini, on donnait congé à la pauvre créature, qui peut-être y avait échangé sa fraîcheur contre des fraîcheurs.
« À force d’entendre répondre « rue Notre-Dame-de-Lorette » à la question « où demeurez-vous, où allons-nous ? » si naturelle à la fin d’un bal public, ou à la sortie d’un petit théâtre, l’idée est sans doute venue à quelque grand philosophe, sans prétention, de transporter, par un hypallage hardi, le nom du quartier à la personne, et le mot Lorette a été trouvé. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’il a été lithographié pour la première fois par Gavarni, dans les légendes de ses charmants croquis, et imprimé par Nestor Roqueplan dans ses Nouvelles à la main.

« Ordinairement fille de portier, la Lorette a eu d’abord pour ambition d’être chanteuse, danseuse ou comédienne ; elle a dans son bas âge tapoté quelque peu de piano, épelé les premières pages de solfège, fait quelques pliés dans une classe de danse, et déclamé une scène de tragédie, avec sa mère, qui lui donnait la réplique, lunettes sur le nez. Quelques-unes ont été plus ou moins choristes, figurantes ou marcheuses à l’Opéra ; elles ont toutes manqué d’être premiers sujets. Cela a tenu, disent-elles, aux manœuvres d’un amant évincé ou rebuté ; mais elles s’en moquent. Pour chanter, il faudrait se priver de fumer des cigares Régalia et de boire du vin de Champagne dans des verres plus grands que nature, et l’on ne pourrait, le soir, faire vis-à-vis a la reine Pomaré au bal Mabile pour une polka, mazurka ou frotteska, si l’on avait fait dans la journée les deux mille battements nécessaires pour se tenir le cou-de-pied frais. La Lorette a souvent équipage, ou tout au moins voiture. — Parfois aussi elle n’a que des bottines suspectes, à semelles feuilletées qui sourient à l’asphalte avec une gaîté intempestive. Un jour elle nourrit son chien de blanc-manger ; l’autre, elle n’a pas de quoi avoir du pain, alors elle achète de la pâte d’amandes. Elle peut se passer du nécessaire, mais non du superflu. Plus capable de caprice que la femme entretenue, moins capable d’amour que la grisette, la Lorette a compris son temps, et l’amuse comme il veut l’être ; son esprit est un composé de l’argot du théâtre, du Jockey Club et de l’atelier. Gavarni lui a prêté beaucoup de mots, mais elle en a dit quelques-uns. Des moralistes, même peu sévères, la trouveraient corrompue, et pourtant, chose étrange ! elle a, si l’on peut s’exprimer ainsi, l’innocence du vice. Sa conduite lui semble la plus naturelle du monde ; elle trouve tout simple d’avoir une collection d’Arthurs et de tromper des protecteurs à crâne beurre frais, à gilet blanc. Elle les regarde comme une espèce faite pour solder les factures imaginaires et les lettres de change fantastiques : c’est ainsi qu’elle vit, insouciante, pleine de foi dans sa beauté, attendant une invasion de boyards, un débarquement de lords, bardés de roubles et de guinées. — Quelques-unes font porter, de temps à autre, par leur cuisinière, cent sous à la caisse d’épargne ; mais cela est traité généralement de petitesse et de précaution injurieuse à la Providence. » — Th. Gautier, 1845.

Lorgne : Borgne (Vidocq). — Abréviation de Calorgne. — Lorgne : As (id.).

Loubion : Bonnet. — Loubionnier : Bonnetier.

Loucher (Faire) : Faire changer de manière de voir, d’opinion. — « Avec qui tu veux que je soye ? Est-ce que ça te fait loucher ? » — Monselet.

Louche : Main. — Comparaison de la main à la grande cuiller appelée de temps immémorial louche. V. Roquefort.

Louloutte : Petite dent. — Allusion aux dents du loup dont on effraie toujours les petits enfants. — Loulou, louloutte : Mot d’amitié. — « La louloutte à son chéri. » — Montépin.

Loup : Dette criarde, créancier. V. Dhautel, 1808. — Au théâtre, c’est une scène manquée.

On dit faim de loup et froid de loup ! pour dire grande faim et grand froid. — Ces deux causes font en effet sortir les loups du bois.

Loupe : Fainéantise, flânerie. — « Ma salle devient un vrai camp de la loupe. » — Decourcelle, 1836. — Louper : Flâner, rôder comme un loup errant. — Mot de la même famille que chat-parder. — « Quand je vais en loupant, du côté du Palais de Justice. » — Le Gamin de Paris, ch., 1838. — Loupeur : Flâneur, rôdeur. — « Que faisaient-elles au temps chaud, ces loupeuses ? » — Lynol.

Lourde : Porte. — On ne les faisait pas légères jadis et pour cause. V. Bocson, Tremblant. — Lourdier : Portier. V. Lordant.

Louviers : Habit de drap de Louviers. — « La veste de petite tenue avait remplacé le fin louviers. » — Ricard.

Lucarne : Lorgnon monocle. — « Du malheureux monde comme ça, on n’y voit que d’un œil et encore pas sans lucarne. » — Gavarni.

Luch (Parler en). V. Lem.

Lune, pleine lune : Derrière. — Allusion de forme. — « J’ai pincé n’importe quoi, j’ai cru que c’était dans la figure. — En voilà une bonne ! il a pris la lune de Pétronille pour sa figure. » — P. de Kock. — V. Cadran.

luisant, reluit : Jour. — Allusion à la lumière. — « Pitanchons pivois chenâtre jusques au luisant. » — Grandval, 1723.

Luisante : Lune. — Luisard : Soleil.

Lustre (Admirateur du) : Claqueur posé au parterre sous le lustre. — « Les admirateurs du lustre donnèrent, mais le public resta froid. » — L. Reybaud.

Lyonnaise : Soierie (Vidocq). — Lyon est le grand centre de la fabrication des soieries.




Mac, Macque, Macchoux : Maquereau. — Maca : Maquerelle. — Macchoux est une corruption du mot maquereau. — Mac et maca sont deux abréviations. — Par un hasard singulier, la première de ces abréviations donne la clef même du mot Au moyen âge, le mot maque signifiait : vente, métier de marchand. V. Roquefort. — De là sont venus maquillon ou maquignon et maquerel ou maquereau. Le maquereau n’est qu’un maquignon de femmes. Pendant tout le moyen âge, on a écrit maquerel ou maqueriau. Ce dix-neuvième siècle a oublié la véritable source du mot qu’il a confondu avec celui du poisson, d’où les synonymes de poisson et de barbillon. — « Le métier de mac autrefois n’était guère exercé que par des voleurs et des mouchards… maintenant les prêtresses de Vénus Callipyge ont pour amants des jeunes gens de famille. » — 1837, Vidocq. — « Le macque est le souteneur des filles de la plus basse classe. Presque toujours c’est un repris de justice. » — Canler, 1863. — « Une vieille maca : Entremetteuse, femme vieillie dans le vice. » — 1808, Dhautel.

Macaire : Malfaiteur audacieux, spirituellement cynique, affectant en toute occasion les manières d’un homme bien élevé. — Cc type étrange date, comme l’on sait, du drame de l’Auberge des Adrets ; il doit toute sa fortune à Frédérick-Lemaître qui, en créant le rôle de Macaire, a caractérisé pour toujours une classe particulière de criminels. — « Ils se croyaient des Macaires et n’ont été que des filous. » — Luchet.

Macaron : Dénonciation. — Du vieux mot maque : vente. V. Roquefort. — Un dénonciateur vous vend à la police. — « Dans le nez toujours tu auras ma macarons et cabestans. » — Vidocq. — Macaroner : Trahir.

Mac-farlanes : Long pardessus sans manches, avec grand collet tombant sur le devant. — « Ils portent des mac-farlanes. » — Les Étudiants, 1860.

Machabée : « On appelle machabée tout être, homme ou animal, qui est privé de vie, et que l’on rencontre flottant sur un cours d’eau ou échoué sur le rivage. " — Val. Dufour. — Machabée : Juif. — Allusion biblique.

Mâcher (Ne pas le) : Parler franchement sans murmurer entre ses dents. — « Quand j’ai lieu de vous en vouloir, Ah ! n’ayez pas peur que j’vous l’mâche ! » — De Longchamps, Ch., 1809.

Machin : L’homme ou la chose dont on ne peut se rappeler le nom. V. Chose. — « M. Mâchin, pardon ! je ne me rappelle jamais votre nom. » — H. Monnier, 1840. — Dans la Gabrielle d’E. Aubrier, l’avoué Chabrière prie sa femme de faire « un machin au fromage. »

Mâchoire : Suranné. « L’on arrivait par la filière d’épithètes qui suivent : ci-devant, faux toupet, aile de pigeon, perruque, étrusque, mâchoire, ganache, au dernier degré de la décrépitude, à l’épithète la plus infamante, académicien et membre de l’Institut. » — Th. Gautier, 1833, — « Vieille Mâchoire : Personne sans capacité, ignorant, sot. » — 1808, Dhautel. — V. Ganache.

Main chaude (Jouer à la) : Être guillotiné. V. Raccourcir.

Major : « Le chirurgien, le tambour-major, le sergent-major, enfin le gros et inévitable major, sont dénommés indistinctement majors. » — L. Huart.

Mal (faire) : Faire pitié. — « Qu’on vienne baiser son vainqueur — Comme tu me fais mal ! » — Gavarni.

Malade : Prisonnier. — Maladie : Emprisonnement (Vidocq). V. Hôpital.

Malade du pouce : Fainéant dont la paresse constitue la seule infirmité. — Malade du pouce : Avare — « Il est malade du pouce. Ça empêche les ronds de glisser. » — Monselet. — C’est-à-dire : ses doigts ne peuvent se résoudre à laisser échapper la moindre monnaie.

Mal blanchi : Nègre. — « Va donc ! mal blanchi, avec ta figure de réglisse. » — Bourget.

Malingrer : Souffrir (Vidocq). — Malingre se dit encore pour souffreteux.

Malle (Ch-r dans la) : Faire affront. — Mot à mot : chier dans la poche d’autrui. — « On se torche à présent de la foi conjugale. Quoi qu’il en soit, Léandre a chié dans ma malle. » — Le Rapatriage, parade du dix-huitième siècle.

Maltais : Cabaretier. — Beaucoup de Maltais exercent cette profession en Algérie, d’où vient le terme.

Maltouze : Contrebande. — Maltouzier : Contrebandier.

Manche de veste : Jambe arquée comme une manche d’habit. — « Mosieu Belassis, moi j’ai pas des jambes en manches de veste. » — Gavarni.

Être manche à : Avoir fait autant de progrès qu’un adversaire. — Mot à mot : être manche à manche. Au whist, la manche est une des parties liées qui compose le robber. — « Ça nous met manche à manche. A quand la belle ? » — E. Sue.

Manette (Mlle) : Malle (Vidocq). — Diminutif de manne : malle d’osier.

Manger, Manger le morceau : Dénoncer, avouer. — « Le morceau tu ne mangeras de crainte de tomber au plan… — Paumé tu ne mangeras dans le taffe du gerbement. » — Vidocq.

Manger sur : Dénoncer. — « François a mangé sur vous. » — Canler.

Mangeur : Dissipateur. — Mangeur de galette : Fonctionnaire vénal (Vidocq). — Mangeur de blanc : Homme se faisant entretenir par une femme. V. Dhautel. — Mangeur de blanche serait plus juste. — Mangeur de bon Dieu, de messes : Dévôt. — « Quittez vos tanières, antiques comtesses, mangeuses de messes. » — Départ de la Cour, Ch., 1830.

Manière (1re, 2e, 3e) : Ligne de conduite ou manière de faire son rapport avec l’âge, les progrès, ou les calculs d’un artiste, d’un écrivain, d’un intrigant, etc. — « Faustine en était encore au désintéressement, sa première manière, ainsi qu’elle disait elle-même, en empruntant le langage des artistes, » — dit M. Amédée Achard, dans ses Petits-Fils de Lovelace, d’une fille qui joue le désintéressement afin de mieux enlacer ses victimes.

Manières : Air d’importance. — «Ça fait des manières et ça a dansé dans les chœurs… » — Gavarni.

Mannesingue, Minzinguin : Marchand de vin. — Mot à mot : homme (mann) vendant à boire (zu trinken). On a dit d’abord Mannestringue, puis mannesingue. Minzinguin est un diminutif corrompu. — « Quel est celui-là ? — Un ami, un vrai, un marchand de vin… — Un mannezing ? » — G. Bourdin. — « Le roi est un bon zigue qui protège les minzinguins. » — Cabassol. — V. Licher.

Maquillage : Le maquillage est une des nécessités de l’art du comédien ; il consiste à peindre son visage pour le faire jeune ou vieux, le plus souvent jeune. — « Dans certains théâtres on voit de jeunes aspirantes qui se font des yeux jusqu’aux oreilles et des veines d’azur du corset jusqu’aux tempes ; ce ne sont pas des femmes, ce sont des pastels. Cette première catégorie de grues s’appelle les maquillées. » — Joachim Duflot, Dict. des Coulisses.

Maquiller : Farder. — Même origine que le mot suivant. On sait que les maquignons maquillent à merveille un cheval pour lui donner une meilleure apparence.

maquiller : Agir, machiner. — « C’est par trop longtemps boire ; Il est, vous le savez, heure de maquiller. » — Grandval, 1723. — Maquiller un suage : Se charger d’un assassinat. — Maquiller son truc : Faire sa manœuvre. — Maquiller une cambriolle : Dévaliser une chambre. — Maquiller les brèmes : Jouer aux cartes. V. Momir. Ce verbe paraît venir du vieux mot maquillon : maquignon, qui vient lui-même de maque. V. Roquefort et Fr. Michel. — Maquignonner, c’est, en effet, machiner n’importe quoi, pourvu qu’on y gagne.

Mar : Désinence arbitraire. — « Quant au reste de la langue, on se bornait (en 1830) à retrancher la dernière consonnance pour y substituer la syllabe mar. On disait Épicemar pour épicier, Boulangemar pour boulanger, Cafemar pour café, et ainsi de suite. C’était de l’esprit dans ce temps-là. Il est vrai que nos pères ont tous ri à se tordre en mettant le mot turlurette la fin de chaque couplet de chanson. Que signifiait mar ? Que voulait dire turlurette ? Absolument la même chose. Personne n’a jamais pu le savoir. » — P. d’Anglemont. « Méfie-toi… Le jeune épicemar est très-fort au billard et au piquet. » — Champfleury. V. Rama.

Marcandier : Marchand. — On trouve dans Roquefort mercadier. V. Solir, Farre.

Marchand d’hommes : Agent de remplacement militaire, négrier. — « D’un marchand d’hommes, je vois l’enseigne. » — Léonard, Parodie, 1863. — « Détestable anglais ! ajouta le marchand d’homme. » — L. Desnoyer.

Marchand de lacets : Gendarme — Il offre aux malfaiteurs des lacets (poucettes) que ceux-ci trouvent toujours trop chers. V. Hussard.
Marchand de soupe : Maître de pension qui spécule sur la nourriture de ses élèves. — « Style universitaire ! Les marchands de soupe doivent être bien fiers. » — L. Reybaud.

Marche à terre : Fantassin. — « Quand tu étais dans la cavalerie, tu n’étais pas dans les marche à terre. » — Vidal, 1833.

Marcher, Marcher au pas : Être contraint à obéir. — « Empereur Nicolas, Les Français et les Anglais te feront marcher au pas. » — Layale, Ch., 1855.

marcheuse : « La marcheuse est un rat d’une grande beauté que sa mère, fausse ou vraie, a vendu le jour où elle n’a pu devenir ni premier, ni deuxième, ni troisième sujet de la danse, et où elle a préféré l’état de coryphée à tout autre, par la grande raison qu’après l’emploi de sa jeunesse, elle n’en pouvait pas prendre d’autre. Pour qu’un rat devienne marcheuse, c’est-à-dire figurante de la danse, il faut qu’elle ait eu quelque attachement solide qui l’ait retenu à Paris, un homme riche qu’elle n’aimait pas, un pauvre garçon qu’elle aimait trop. C’est un débris de la fille d’Opéra du dix-huitième siècle. » — Balzac.

Marcheuse : « Un simple bonnet la coiffe ; sa robe est d’une couleur foncée et un tablier blanc complète ce costume. Les fonctions de la marcheuse sont d’appeler les passants à voix basse, de les engager à monter dans la maison qu’elle représente, où, d’après ses annonces banales, ils doivent trouver un choix exquis de jeunes personnes. » — Béraud. — « Enfin arrivent les marcheuses… Elles marchent pour les filles demeurant en hôtel garni ; celles-ci n’ont qu’une chaussure et un jupon blanc Faut-il qu’elles exposent dans les boues leur unique habillement, la marcheuse affrontera pour elles les chemins fangeux. » — 1783, Mercier.

Marécageux (Œil) : Œil voluptueux, à demi-noyé de langueur. — « Mais que tu danses bien la galope, Avec ton œil marécageux. » — Chans. populaire.

Margauder : Décrier la marchandise. — Corruption du mot marchander. — « Madame trouve moyen de margauder. » — La Correctionnelle.

Margot, goton : « Nom fort injurieux donné à une courtisane, à une femme de mauvaise vie. » — 1808, Dhautel. — « Nous le tenons. Nous savons où demeure sa margot. » — E. Sue. — On dit aussi sa jacqueline. (V. ce mot). — Dans son Vieux Cordelier, Camille Desmoulins apostrophe ainsi Hébert : « Le banquier Kocke, chez qui toi et ta Jacqueline vous passez les beaux jours de l’été. »

Margoulette : Bouche. — Diminutif de marge. Les lèvres forment la marge du palais. Peut être aussi diminutif corrompu du vieux mot gargoule : bouche.

Margoulin : Débitant, dans la langue des commis voyageurs. — « Parfois le margoulin est fin matois. » — Bourget.

Marlou : Souteneur. — Corruption du vieux mot marlier : sacristain. — Les souteneurs étaient de même appelés sacristains au dix-huitième siècle. On en trouve plus d’une preuve dans Rétif de la Bretonne. — « Un marlou, c’est un beau jeune homme, fort, solide, sachant tirer la savate, se mettant fort bien, dansant la chahu et le cancan avec élégance, aimable auprès des filles dévouées au culte de Vénus, les soutenant dans les dangers éminents… » — Cinquante mille voleurs de plus à Paris, Paris, 1830, in-8. — « Par extension, on appelle marlou tout homme peu délicat avec les femmes, et même tout homme qui a mauvais genre. » — Cadol.

Marmite : Fille publique nourrissant un souteneur. — Allusion facile à saisir. — « Un souteneur sans sa marmite est un ouvrier sans ouvrage. » — Canler. — Marmite de terre : Prostituée ne gagnant pas d’argent à son souteneur. — La Marmite de fer gagne un peu plus. — La Marmite de Cuivre rapporte beaucoup. — (Dict. d’argot, 1844.)

Marner : Voler. « Il y a des cabrioleuses très habiles qui, feignant une erreur, s’élancent dans les bras du voyageur qu’elles veulent marner : « C’est toi, mon loulou, s’écrient-elles, viens donc que je t’embrasse ! » On prétend que ces donneuses de bonjour sont rarement mises à la porte par le provincial, affriolé par des caresses de haut goût. » — Alb. Monnier. — Du vieux mot marronner : pirater.

Marottier : Marchand ambulant.

Marqueur : « On appelle marqueur, dans le langage des estaminets de Paris, l’individu chargé de faire la partie des habitués, quand ces derniers manquent de partenaires. La plupart donnent des leçons au cachet. » — Montépin. — Appelés ainsi parce qu’ils se chargent de marquer les points.

Marron : En flagrant délit de vol ou de crime. — Du vieux mot marronner : faire le métier de pirate, de corsaire. V. Roquefort. — Marron serait en ce cas une abréviation du participe marronnant. — Paumer marron, Servir marron : Prendre sur le fait. — « J’ai été paumé marron. » — La Correctionnelle. — V. Servir, Estourbir.

MARRONNER : Bouder, murmurer. — C’est, selon Dhautel, une corruption du mot marmonner : marmotter. — « J’peux pas voir ça, moi ! je marronne tout haut. » — Cognard, 1831.

MARSEILLAISE : Pipe courte et poreuse fabriquée à Marseille. — « Et tout en parlant ainsi, il chargeait et allumait sa marseillaise. » — Luchet.

MASTROQUET : Marchand de vins. Mot à mot : l’homme du demi-setier. — Vient de demi-stroc : demi-setier.

MATELOT : « Tous deux amis et se nommant mutuellement mon matelot : ce qui est le plus grand terme d’affection connu sur le "gaillard d’avant. » — Phys. du Matelot, 1843.

MAYEUX : Bossu. — Un peu avant 1830, d’innombrables charges, parmi lesquelles on distinguera celles de Traviès, eurent pour objet un bossu du nom de Mayeux : c’est le type d’un homme ridiculement contrefait, vaniteux et libertin, mais brave et spirituel à ses heures. De là son nom donné à tous ceux qu’affligent la même infirmité. — « Ici d’affreux petits mayeux.» — De Banville.

MÂTIN, MÂTINE : Personne déterminée, brusque, peu commode. — Terme emprunté à la race canine. «Kléber, un grand mâtin qu’a descendu la garde, assassiné par un Égyptien. » — Balzac. — « Ah ! mâtine de Turquie. Remy, ch., 1854.

Mauvaise (Elle est) : Cette histoire n’est pas bonne, cet acte est déplaisant. On dit dans le même sens : Je la trouve mauvaise. — « Quant à exiger qu’elles comprennent ce qu’elles disent, n’y pensez pas. — Elles la trouveraient mauvaise. » — Les Cocottes, 1864.

Mazaro : Prison militaire qu’il ne faut pas confondre avec la salle de police (ours). Dans celle-ci l’homme puni passe seulement la nuit sur une paillasse ; dans l’autre, il reste jour et nuit couché sur la planche.

Mécaniser : Ennuyer. — Mot à mot : réduire à un rôle passif, mécanique. — « Malgré qu’ça vous mécanise, Ça vous demande encore crédit. » — Chansons, Clermont, 1837. — « Et… Canalis regarda fixement Dumay qui se trouva, selon l’expression soldatesque, entièrement mécanisé. » — Balzac.

Méchant (Pas) : Encore une expression éminemment parisienne, dont la portée est plus grande qu’on ne pense. On dit d’une toilette mesquine, d’un homme inepte, d’un livre sans valeur : Ça n’est pas méchant ; ca ne mord pas ! — comme on dit d’un homme zélé : C’est un féroce. — « Achetez un caloquet plus méchant, votre tuyau de poêle n’est pas trop rup. » — Lem. de Neuville.

Mèche (Il y a mèche, il n’y a pas) : Il y a moyen il n’y a pas le plus petit moyen d’aboutir. Le mot fait image. Quand on a la mèche, on a bientôt fait de tirer la corde à soi. — « En termes typographiques, lorsque les ouvriers proposent leurs services au prote de l’imprimerie, ils demandent s’il y a mèche, c’est-à-dire : si on peut les occuper. » — 1808, Dhautel. — « Mais il te fera pincer. — Pas si bête ! il n’y a pas mèche. » — E. Sue.

Mèche : Moitié. — À six plombes et mèche : À six heures et demie. V. Momir. — Être de mèche : Être de moitié (Vidocq).

Méchi : Malheur (id). — Abrév. du vieux mot méchief. V. Roquefort.

Médaille : « La jolie voix ! dit Schaunard en faisant chanter les pièces d’or. — Comme c’est joli, ces médailles ! ajouta Rodolphe. » — Murger.

Médaillon : Derrière (Vidocq). — Allusion de rondeur.

Médecin : Avocat (id). — Ne soigne-t-il pas les malades à l’hôpital ? V. ces deux mots. — De là le mot médecine : bon conseil.

Médium : Homme qui prétend servir d’intermédiaire entre ses semblables et certains esprits plus ou moins infernaux. — Ses évocations sont désignées aussi par un adjectif nouveau : médianymique.

Meg, Mec : Maître. V. Chique. — Du vieux mot Mège : chef, souverain. V. Roquefort, au mot megedux. — Mec des mec : Dieu. V. Rebâtir.

Mêlé : Mélange d’eau-de-vie et de cassis, ou moins souvent de toute autre liqueur. « Aimez-vous l’eau-de-vie ? Dame ! on vend ytout du mêlé. » — Vadé, 1755. — « Coquelin, des verres de mêlé pour ces dames. » — 1845, P. d’Anglemont, le Prado.

melon : Niais, élève de première année à l’École Saint-Cyr. — « Vous êtes si melons à Châtellerault. » — Labiche. — « Qui viennent me brimer, moi, malheureux melon. » — Souvenirs de Saint-Cyr.

On dit aussi Cantaloup. — « Ah ça ! d’où sort-il, ce cantaloup ? Sur quelle couche monsieur son papa l’a-t-il récolté, ce jeune légume ? » — Ricard.

Même (Mettre a) : Tromper. V. Emblème. — On dit aussi Faire au même, Refaire au même.

Ménesse : Femme, maîtresse (Dict. d’Argot, 1844).

Méquard : Commandant. — Méquer : Commander. — De mec : maître.

Mercadet : Faiseur. V. ce mot.

Merde : « Mot ignoble et grossier dont le bas peuple se sert dans un sens négatif.» — Dhautel, 1808. — V. Cambronne. — Merde : Homme mou, sans consistance. — Merde alors ! Exclamation destinée à peindre une situation critique, un accident funeste. Elle peut se traduire ainsi : Alors, voici le moment de crier merde.

Merdeux : « Terme injurieux qui se dit d’un poltron, d’un fat sans esprit.» — 1808, Dhautel. — « Bâton merdeux : Homme qui brusque tous ceux qui s’adressent à lui.» — Id.

merlan : « Sobriquet donné à un perruquier à cause de la poudre qui couvre ordinairement ses habits.» — Dhautel, 1808. — La Peyronie est chef de perruquiers qu’on appelle merlans parce qu’ils sont blancs.» — Journal de Barbier, 1744.

Œil de merlan frit : Œil pâmé. — « Enfin cet homme de brelan / A les yeux faits comme un merlan.» — Troisième Suite du Parlement burlesque de Pontoise, 1652.

Métal : Argent. — « Et t’as pas de métal.» — Ricard.

métier : Habileté d’exécution. « Vois toutes ces esquisses : il y a de la main, du métier ; mais où est la conception, où est l’idée ? » — L. Reybaud.

Faire du métier : Écrire, peindre ou sculpter dans le seul but de gagner de l’argent et non de la gloire.

Mettre avec (Se) : Vivre maritalement. — « En se mettant avec Lise, le général aurait dû nous dire : J’ai ça et ça à payer ; il ne l’a pas dit, et ce n’est pas délicat. » — Ricard.

Le mettre à quelqu’un : En faire accroire, tromper.

Meuble (Vieux) : Personne usée, incapable de service. — « Prends garde à toi, vieux meuble, affreuse bohémienne ! » — Les Folles Nuits du Prado, 1854.

Meulard : Veau (Vidocq). V. Pavillonner. — Allusion au mugissement du veau.

Mezières : Bourgeois. — Corruption du vieux mot Messires. V. Regout.

Mezigue : Moi (Vidocq). V. Pavillonner.

Miché : Homme payant l’amour d’une femme. — Peut venir des vieux mots michon : sot (V. Roquefort) ou michon : argent de poche (V. Dhautel). — « On appelle miché Quiconque va de nuit et se glisse en cachette Chez des filles d’amour, Barbe, Rose ou Fanchonnette. » — Mérard de Saint-Just, 1764. — Dans une Protestation des Filles de Paris, 1790, nous lisons : « Ce pourfendeur de Mars avait bien affaire aussi de se présenter pour nous enlever nos michés. » — « La biche étudiante qui avait levé un michet quelconque. » — 1860, les Étudiants du Quartier latin.

On disait aussi micheton : « All’ me dit : Mon fiston, Étrenne ma tirelire. Je lui réponds : Ma poule, tu m’ prends pour un mich’ton. » — Le Bâtonniste à la Halle, Aubert, 1813.
Outre le miché proprement dit, il y a le miché sérieux et le miché de carton. — « 1° Le michet sérieux équivaut à l’entreteneur… Dans un lieu de plaisir où les femmes sont nombreuses, les jeunes gens se disent souvent, comme un mot d’ordre : Messieurs, ne parlez pas à la petite une telle, elle est ici avec son michet sérieux. Le même individu se désigne aussi par ce mot : Ponteur. Ce dernier mot, pris dans le vocabulaire des jeux, vient du verbe Ponter (V. Ponter). — 2° Le michet de carton est un jeune homme bien élevé, qui fréquente les femmes entretenues. Il ne va jamais coucher chez elles, sauf durant les interrègnes des michets sérieux. En tout autre cas, sa maîtresse vient chez lui. Il ne donne que des cadeau, paie à souper, à dîner dehors, à déjeuner chez lui. Il conduit aux courses en voitures et au théâtre en petites loges de baignoires Il ne sort point dans la rue avec les femmes. Il les salue au bois d’un petit geste. » — Cadol. — Il y a longtemps que le carton symbolise une apparence trompeuse. Saint-Simon appelait déjà le duc du Maine un roi de carton, c’est-à-dire un roi de cartes. V. Carton, Mikel.

Midi (Il est) : Il n’est plus temps. — Date du temps où midi était l’heure du repas, celle où cessait toute affaire.

Mie de pain : Vermine (Vidocq). — Allusion à la démangeaison causée par une mie de pain égarée.

Miette (Une) : Un peu. — « Minute ! je me chauffe les pattes une miette. » — Gavarni.

Mikel : Dupe (Vidocq). — C’est le nom de Michel, dont le diminutif michon signifiait autrefois sot. V. Roquefort.

Milord : On donne moins ce nom aux Anglais qu’à ceux dont les largesses rappellent l’opulence britannique. Au moyen âge, milourt avait déjà le même sens, avec une acception plus ironique encore. C’est, comme Anglais, un fruit de nos anciennes guerres. — « Ce sont milourdz qui ne voulsissent point d’hostes avoir. » — Cretin, Épitre à Charles VIII. — « Et je vous attise un beau feu au dessoubs et vous flambois mon milourt comme on faict les harencs sorets à la cheminée. » — Rabelais, Ch., 14. — « Le gros tailleur se dit négociant. À sa tournure il n’est pas milord russe. » — Sénéchal, Ch., 1852. — « Être sur le boulevard de Gand, se donner un air milord. » — Ed. Lemoine.

Milord est souvent synonyme du miché sérieux décrit plus haut. Exemple : — « Le notaire est son milord. » — Balzac.
Milord : Cabriolet à quatre roues. — « On vote vingt-deux sous à Clémence pour un cabriolet milord. » — Méry.

mince : Papier à lettres (Vidocq). — Allusion d’épaisseur.

Minette : Mot d’amitié. V. Chat. — « Oui, minette, je me calme. » — De Courcy.

Minotaure, risé : « Quand une femme est inconséquente, le mari serait, selon moi, minotaurisé. » — Balzac,

Minuit : Nègre (Vidocq). — Allusion à la couleur sombre de la nuit.

Minzinguin : « Le roi est un bon zigue qui protège les minzinguins. » — Cabassol. — V. Mannezingue.

mioche, mion : Bambin. — Mion est un mot de langue romane (V. Roquefort) dont mioche serait le diminutif. — « C’est à moi que reviendra le droit d’être le parrain de tous les mioches. » — Bourget. — V. Dardant.

Miradou : Miroir (Vidocq). — Mirauder voulait dire autrefois regarder.

Mirette : Œil (id). — L’œil est un petit miroir.

Mirobolamment : Merveilleusement. — « À meubler mirobolamment sa maison.» — Balzac.

Mirobolant : Merveilleux ; — « La cravate mirobolante. » — Ed. Lemoine. — « Je me sens d’une incapacité mirobolante. » — Balzac.

Mirzale : Boucle d’oreille (Vidocq). — Même construction que dans cabe, combre, calvin. Une mirzale est mot à mot : ce qui mir-oite z’à l’oreille.

Misérable : Petit verre. V. Monsieur.

Misloque : Comédie (Vidocq). — « Je joue la mislocq pour un fanandel en fine pégrenne. » — Balzac.

Molanche : Laine (Vidocq). — Diminutif de molle.

Mitraille : Monnaie de cuivre. — On disait autrefois mitaille. V. Roquefort.

Mitre : Cachot (Vidocq). — Au moyen âge le mitre était le bourreau.

Mobile : Garde mobile. De 1848 à 185O, on a dit souvent la mobile, un mobile. — « Qui sait comment cela eût fini si la mobile ne s’en fût mêlée. Brave mobile ! » — L. Reybaud. — À la révolution de juillet, on donnait déjà ce nom aux volontaires de la Charte. — « Pour m’engager dans la mobile j’avons quitté veste, tablier. » — Patriote Buteux, 1830.

Moka (Fort de) : V. Café.

Mollard : Graillon, expectoration laborieuse. Du vieux mot moller : s’efforcer. V. Roquefort.

mome, Momignard, Momaque : Petit enfant. — Du vieux mot momme : grimace. Les petits enfants en font beaucoup. — On dit encore momerie. En ce sens momaque et momignard sont les diminutifs dont Le second seul est pris en bonne part. — « Les rats dont nous voulons parler sont des mômes. » — Paillet. — « Elle entre avec un enfant dans un magasin et en faisant semblant de poser son momignard à terre. » — Id.

Tire-momes, momière : Sage-femme.
Momir : Accoucher d’un môme. — « Ma largue aboule de momir un momignard d’altèque qu’on trimbalera à la chique à six plombes et mèche pour que le ratichon maquille son truc de la morgane et de la lance. » — Vidocq.

Monacos : « Honoré V, mort de dépit en 1841, de n’avoir pu faire passer pour deux sous en Europe ses monacos, qui ne valaient qu’un sou. » — Villemot. — V. Coller.

Monant : Ami (Vidocq).

Monnaie ! : (Plus que ça de) : Exclamation admirative équivalant à Quelle bonne fortune ! — « Mon homme a la croix d’honneur. Pus que ça d’monnaie ! » — Ricard.

Monarque : Roi de cartes. — « Ou si c’est un roi qu’elle relève, elle s’écrie : Je pince le monarque. » — M. Alhoy.

Monarque : Pièce de monnaie. — Allusion à l’effigie royale. — « Il va nous donner quequ’vieux monarque pour y boire à la santé… » — Gavarni.

Monocle : Lorgnon simple. — « Adapte donc un monocle à l’arcade de ton œil gauche ! » — Montépin.

Monseigneur : Pince à forcer les portes. — Jeu de mots. — Quelle est la porte ne s’ouvrant pas lorsqu’on annonce monseigneur ? — Si, comme l’affirme M. Fr. Michel, on a dit autrefois Monseigneur le Dauphin et par abréviation Dauffe, nous voyons encore là un calembour sur le dos fin de la pince qui permet son introduction. V. Caroubleur.

Monsieur : Entreteneur. V. Amant de cœur. — On ne peut pas parler à mademoiselle. Et le mosieur… n’y est pas ? » — Gavarni. — « En argot de galanterie, le mot d’époux désigne l’entreteneur ; mais il n’est pas le seul. Suivant le degré de distinction d’une femme elle dit : Mon époux, — mon homme, — Mon monsieur, — mon vieux :, — monsieur chose, — mon amant, — monsieur, — ou enfin monsieur un tel. — Sauf dans la haute aristocratie où l’on dit : Monsieur un tel, ce mot mon époux est général, il se dit dans toutes les classes. » — Cadol.

Faire le monsieur : Trancher du maître, du fashionable. — « Sa suffisance le fait haïr, il fait le monsieur. » — Hilpert.
Monsieur : mesure de capacité — « Il existe de plus une certaine eau-de-vie dont le prix varie suivant la grandeur des petits verres. Voici ce que nous lûmes sur une pancarte : Le monsieur, quatre sous ; la demoiselle, deux sous ; le misérable, un sou. » — G. de Nerval.

Monstre : Détestable, monstrueux, au figuré. V. Crapaud. — « J’en ai assez de vos monstres de concerts. » — P. de Kock, 1845.

Monstre : Colossal. — « Elle lui apporte un bouquet monstre. » — M. Alhoy.
Monstrico : Petit monstre. — « Ce petit monstrico ! » — Balzac.

Mont : Mont-de-Piété. — Abréviation. — « Elle tient comme qui dirait un petit mont bourgeois… elle prête sur gages et moins cher qu’au grand mont. » — E. Sue. — V. Tante.

montant : Pantalon. — Le mot a été fait pour les anciennes culottes qui montaient assez haut. — V. Tirant.

Montmorency : À Paris, on appelle ainsi les cerises du nom de l’endroit où elles sont réputées. On dit de même Montreuil pour pêche, Fontainebleau pour raisin de treille, Valence pour orange. — Qui n’a entendu crier : « V’là des mémorenci, trois sous la livre ! »

Moquer comme de l’an 40 (Se)» : Sous-entendu, de l’an 40 de la République, c’est-à-dire d’un an qui n’arrivera point. Expression due sans doute aux royalistes. — « Je m’en moque comme de l’an 40 » — Jaime.

Monter le coup : Tromper. V. coup.

Monteur de coups : Faiseur. — « Je serai le seul monteur de coups À qui tu r’pass’ras en arrière Tes gros sous. » — Festeau.
Monter sur la table : Avouer ses crimes et ceux de ses complices (Vidocq). — Il paraît y avoir une certaine relation d’origine entre manger le morceau et monter sur la table.
Monter des couleurs : Mentir. — « As-tu fini ? Pour m’éprouver, tu veux monter des couleurs, belle Zaïre, mais cela ne va pas. » — Decourcelle, 1840.

Morasse (Battre) : Crier à l’assassin. V. Battre.

Mordre (Ne pas) : Être sans force, sans esprit ou sans talent. V. Méchant.

Mort (Faire le) : Jouer le whist à trois personnes, en découvrant le jeu d’un quatrième partenaire imaginaire. — « Mais nous ne sommes que trois ! — je ferai le mort. » — Achard.

Morgane : Sel (Vidocq). — De Morganer. V. Momir.

Morganer : Mordre (id.). — Mot de langue romane. V. Roquefort (Mordant).

morfiller : Faire, manger. — Du mot de langue romane morfier : manger. V. Du Cange. — Morfillante : assiette. — « Calvi morfile sa dernière bouchée. » — Balzac. — V. Chêne, Jaspiner.

moricaud : Broc (Vidocq). — Allusion à la couleur noire que lui donne le vin.

Morillo : Chapeau à petits bords, l’opposé du bolivar. V. ce mot. — « C’était le temps de la lutte des républiques de l’Amérique méridionale contre le roi d’Espagne, de Bolivar contre Morillo. Les chapeaux à petits bords étaient royalistes et se nommaient des morillos ; les libéraux portaient des chapeaux à larges bords qui s’appelaient des bolivars. » — V. Hugo.

Morne : Mouton (Vidocq). — Du vieux mot moraine : laine. V. Du Cange.

morue : Femme abjecte. — « Vous voyez, Françoise, ce panier de fraises qu’on vous fait trois francs ; j’en offre un franc, moi, et la marchande m’appelle… — Oui, madame, elle vous appelle… morue ! » — Gavarni.

Mots (Avoir des) : Échanger des reproches. — « En rentrant du bal avec ton amant, vous avez eu des mots, et il t’a flanquée à la porte. » — Montépin.

mouchailler, moucharder : Espionner, dénoncer. — En 1455, les gueux ou coquillards de Dijon disaient déjà mouschier à la marine, pour dénoncer a la justice.

Mouchard, Mouche : Espion de police. — On connaît l’indiscrétion des mouches ; elles se fourrent partout. — Dans une brochure de circonstance qui parut en 1625 (le Marchand arrivé sur les affaires du temps), on enjoint aux cabaretiers de frauder les droits de perception en ayant du vin chez leur voisin et n’allant le chercher que la nuit « pour n’estre pas veuz des mouches de ce païs icy qui valent pire que des guespes d’Orléans. » — Dans ses Politiques, Vincent Cabot (Toulouse, 1636) traite, en son chapitre II, « Des mouschards et escouteurs desquels les princes et les républiques se servent pour sçavoir les nouveautés et les entreprises. »
Moucharde : Lune. V. Cafarde. — « Mais bientôt la patraque au clair de la moucharde nous reluque de loin. » — Vidocq.

mouche : « Mouche, pour ceux qui ne comprendraient pas le langage parisien, signifie mauvais. » — Troubat. — Un volume intitulé les Mystères des théâtres, par un vieux comparse, publié en 1844, donne mouche dans le même sens. V. Toc.

Faire mouche : Tirer assez juste pour que la balle s’applatisse sur un point noir (mouche), au centre de ]a cible. — « Elles font mouche à tout coup et tuent les hirondelles au vol. » Second.
Tuer les mouches au vol : Avoir une haleine infecte. — Si vous aviez le pouvoir de faire croire que la soubrette tue les mouches au vol, vous seriez joué demain. » — Balzac. — V. Couper la gueule.
Non, c’est que je me mouche, que je tousse : Réponse ironique faite à celui qui demande la cause d’un bruit ou d’une chose qu’il aurait dû deviner. Dans cet exemple de Monselet : « Et maintenant regarde comment je me mouche ! » on fait aussi entendre à l’interlocuteur que sa pénétration est en défaut.
Ne pas se moucher du pied : Agir grandement. — Mot à mot : en personne qui sait vivre et non comme le voyou qui se mouche dans ses doigts, pour effacer avec le pied la trace de la déjection qu’il a rejetée a terre. — « Mais c’est des artistes… qui ne se mouchent pas du pied. » — Désaugiers. — « Ce petit vin colorié Ne se mouche pas du pié. » — J. Moineaux. — « Quoi ! ton amour contrefait déjà l’estropié. Crois-tu que je sois femme à me moucher du pié. » — Le Rapatriage, parade, dix-huitième siècle.
Moucher : Boucher. V. Esbrouffer. — Moucher : Corriger, remettre les gens à leur place. Mot à mot : éteindre leur insolence. — Moucher : Tuer, c’est-à-dire éteindre la flamme de la vie. — « Aussi ne se passait-il guère d’heures qu’il n’y eût quelqu’un de mouché. » — Mém. de Sully, seizième siècle. — « Je l’enfile par un coup droit. Encore un de mouché. » — Randon. — Du vieux mot muchier : cacher, couvrir. V. Roquefort.

moucheron : Enfant. — « La portière et son moucheron. » — Léonard, parodie, 1863.

Mouchettes (Des) : Non. — « Tu m’as volé ! tu vas rendre ! — Des mouchettes. » — Léonard, id.

Mouillante : Soupe (Vidocq). — Mouillante : Morue. — On sait que la morue trempe ordinairement dans des baquets d’eau.

Moule de gant : Soufflet. — La main est un moule de gant. — « Ne faut pas avoir un air, sans ça j’te repasse un moule de gants qui ne t’en restera pas une dent. » — 1844, Cat. poissard. — « Je lui donnai sur sa face un moule de gant. » — Rétif, 1783.

Mousse : Excrément. — On s’injurie fréquemment dans le peuple par ces mots : Vent et mousse pour toi !

Mouscailler : Aller à la garde-robe (Vidocq). — De mousse.
Faire mousser : Louer immodérément. — « Celui-ci commande de longs articles dans lesquels il faut faire mousser les modistes en dix lignes. » — Roqueplan. » — Mousser : Écumer de rage. — « Ne moussez donc pas comme ça. » — Labiche. — Mousseux : Faisant de l’effet redondant. — « J’estime et j’honore celui qui est un peu mousseux dans sa façon de parler. » — La Bédollière.

mouton : « En prison, le mouton est un mouchard qui parait être sous le poids d’une méchante affaire et dont l’habileté consiste à se faire prendre pour un ami. » — Balzac. — Allusion ironique à la fausse candeur de ces compères. — Moutonner : Dénoncer. V. Coqueur.

Moyambine : V. Panama.

Muette : Conscience (Vidocq). — Mot inventé pour les hommes qui n’ont pas de conscience.

Muette : Exercice dans lequel, par espièglerie ou par antipathie pour un chef, les élèves de Saint-Cyr ne font pas résonner leurs fusils. — « Lorsque vient le tour de commandement d’un gradé ou d’un chef détesté, on convient de lui donner une muette. » — De la Barre.

mufle, muffe, feton : Homme mal élevé, grossier. — Allusion au mufle d’un animal. — « Eh ! dis donc, la belle blonde, tu vas quitter ces deux muffles et t’en venir avec moi. » — E. Sue. — « Vois-tu, muffeton ? lui disait la dame. » — G. de Nerval. — V. Balancer.

Musardine : Habitué femelle des Concerts-Musards, de 1858 à 1860. — « On dit une musardine, comme jadis on disait une lorette. — A. Second.

musette : V. Piper, Couper.

musicien : Dénonciateur. — Allusion au bruit de la musique. V. Coqueur.

Musiciens : Haricots. — Allusion au bruit des vents qu’ils forment dans les entrailles.




nageoir : Poisson (Vidocq).

Nageoire : Favori large s’écartant de la joue comme une nageoire de poisson. — « L’ampleur de ses favoris qu’il persiste à appeler des nageoires. » — M. Saint-Hilaire.

Naturalibus (In) : Dans l’état de nature, nu. — « Mon Joseph eut avec elle un tête-à-tête in naturalibus. » — Beaufort, Elle et Moi, Troyes, an VIII. — « L’autre regardant à l’horizon in naturalibus. » — Commerson.

navets (Des) : Non. — « Est-ce que j’en suis ? — Toi, mon bonhomme, beaucoup de navets ! » — Montépin. — « M’exposer à Saint-Lazare pour ça… Des navets ! » — Jaime.

naze, nazicot, nazaret : Nez. — Mot de langue romande. V. Dariole.

nèfles (Des) : Même signification. — « Souper avec vous, des nèfles ! Les panés, il n’en faut pas. » — Les Cocottes, 1864.

Négociant : « Allons nous promener, faisons les négociants. — Terme suprême du matelot pour exprimer un homme qui n’a rien à faire. » — Phys. du Matelot, 1843.

Négresse : Paquet couvert de toile cirée (Vidocq, 1837). — La toile est noire.

Négresse : Punaise. — « Je sentis bien, quand nous étions couchés, Qu’il ne manquait pas de négresses, Et même de grenadiers. » — Lecart, Ch., 1851. — Allusion à la couleur foncée de la punaise. Quant aux grenadiers, qui représentent les poux de la plus forte taille, il faut se rappeler qu’on appelle grenadiers des soldats d’élite et garnison la vermine qui couvre une tête. Les gros poux sont donc les grenadiers de la garnison.

Nénais, Nénet : Sein. — « Tenez, mon cœur, voilà le corset, ajustez-moi ça sur mes nenets. » — Ricard. — « Petite maman s’est fait des nénais avec du coton. » — Gavarni.

Néo-catholique, néo : « Je passai ensuite en revue les diverses sectes de néo-chrétiens dont Paris était inondé. Il y avait les néo-chrétiens du journal l’Avenir, les néo-chrétiens de M. Gustave Drouineau, les néo catholiques et une foule d’autres, tous possédant le dernier mot du problème social et religieux. » — L. Reybaud, 1843.

Nep : Voleur brocantant de fausses décorations (Vidocq).

Nettoyer : Ruiner, voler. V. Lavage.

Nez (Faire son) : Montrer son désappointement. — « Nous nous sommes payé le billard, j’en ai rendu vingt-cinq de trente à Lahure, qui faisait un nez aussi long que sa queue de billard. » — Voizo, Ch.

Se rougir, se piquer le nez : S’enivrer. — Un nez piqué rougit, et on sait qu’un nez rouge pronostique souvent l’ivresse. — « Elle prend sa volée Pour se rougir le nez. De la Californie elle revient pompette. » Chansons, Guéret, 1851. « Qui ne s’est pas piqué le nez une pauvre fois dans sa vie ? » — Grévin.
Nez qui a coûté cher à mettre en couleur : Nez dont la teinte rubiconde atteste que son porteur a payé plus d’une bouteille.
Avoir dans le nez : Détester quelqu’un. — Mot à mot : être infecté par ses actes, par ses manières. — C’est ainsi qu’on appelle puant un homme qu’on ne peut supporter. V. Macaron.
Saigner du nez : Rester sans combattre. — Mot à mot : saigner du nez au lieu de saigner du bras. — « Sa grande colère de voir que les sans-culottes saignent du nez quand il faut frapper. » — 1793, Hébert.
Se casser le nez : Trouver porte close.

nibergue, niente : Rien. — Ce dernier est un mot de langue romane. V. Roquefort. — La négation Bernique paraît avoir fourni un anagramme dans Nibergue. V. Litrer.

Nicodème, Nicdouille, Nigaudinos : Nigaud. Le dernier mot vient du nom d’un personnage du Pied de Mouton, féerie de Martinville, 1806. — « Vous vous êtes en allé fâché, désespéré, nigaudinos. » — Balzac. — « Tais-toi donc, nicdouille. » — Phys. du Matelot, 1843. — « Va t’en, grand nicodème, avec ton air dindon. » — Decourcelle, 1832.

Nini, c’est fini : Formule négative, dont on épelle pour ainsi dire le premier mot. — « Ne me parlez plus de rien…, n, i, ni, fini. » — Rousseliana, 1805. — « N, i, n, i, c’est fini, plus de Malvina. » — L. Reybaud.

Nini, Niniche : Mot d’amitié. Diminutif d’Eugénie. — « Quand maman aime bien petit papa, elle appelle petit papa ma niniche. » — Gavarni.

Niolle, Niolleur : « Un niolle est un chapeau d’homme retapé. Les niolleurs sont les marchands de vieux chapeaux. » — Mornand.

Niort (Aller à) : Nier. — Jeu de mots. — « Je vois bien qu’il n’y a pas moyen d’aller à Niort. » — Canler. — V. Flacul.

Nisco, Nix : Non. — Nisco est un diminutif du vieux mot nis : pas un. V. Roquefort. — Nix est un germanisme. — « Nisco, mon Jésus. » — Festeau. — « Fût-il un phénix, Nix. » — Désaugiers.

Noce : Débauche. — Allusion aux excès qui accompagnent les noces de campagne. — « V’là deux jours que je fais la noce. » — H. Monnier. — « Pour y refaire leur santé délabrée par la noce. » — De Lynol.

Nocer : Faire la noce. — « Est-ce que tu as nocé aujourd’hui ? — Nocé ! ah bien oui ! » — E. Sue.
Être de la noce : Avoir de l’argent, c’est-à-dire les moyens de faire la noce. — N’être pas à la noce : Être dans une position critique. — « Il y a eu un moment où je n’étais pas à la noce. » — E. Sue. — Noceur : Débauché. — « Ce grand noceur de Louis XV. » — La Bédollière. — « Chaque aimable danseur m’appelle la noceuse. La noce est mon bonheur. » — Aubry, 1842.

Nœud (Filer son) : Partir. Terme de marine. — « Viens-tu ! ou je file mon nœud. » — H. Monnier.

Noir : Café. — Allusion de couleur. — « Je paie le noir et je m’enfile de douze sous. » — Monselet.

Nom d’un ! Nom d’un nom ! Nom d’une pipe ! Nom d’un petit bonhomme ! nom d’un tonnerre ! — Jurons innocents chargés d’exprimer la colère, la surprise ou l’admiration. — « 86,000 fr. par an ! Nom d’un petit bonhomme ! c’est joli. » — L. Reybaud. — Nom d’un petit bonhomme est une allusion aux statuettes qui représentent le Christ. — « Nom d’une pipe ! si vous m’approchez… » — Mélesville, 1830.

Nonne (Faire) : Faire un attroupement simulé pour aider à un vol (Vidocq). — Mot à mot : faire le neuvième. — Du vieux mot nonne. V. Roquefort.
Nonneur : Compère de voleur à la tire.

Nourrir : Préparer de longue main. — « Ce garçon qui devait avoir nourri ce poupon (complotté ce crime) pendant un mois. » — Balzac.

Nourrisseur : « Les nourrisseurs préparent et nourrissent une affaire ; ils savent le moment où le rentier touche sa rente et les jours de rentrée du négociant ; ils étudient la maison et les habitudes des gens qu’ils veulent faire voler. » A. Monnier. — V. Cambriolleur.

Noyaux : les pièces de monnaie. — Du vieux mot noiau : bouton d’habit. V. Roquefort. — « Le sacré violon qu’avait joué faux, Voulut me demander les noyaux. » — Vadé, 1760. — « Tu jouis des noyaux du défunt banqu’rout’mard. » — Festeau.

Numéro un, Premier numéro : Premier par ordre de mérite. — « C’est de la folie à l’état de numéro un. » — Janin. — « Une lanterne premier numéro et d’un tel reflet qu’on dirait un phare. » — Deslys.

Bon numéro : « Deux papas très-bien, ce sont deux papas d’un bon numéro. Comprenez-vous ? — Pas trop. — Deux pères parfaitement ridicules en leur genre. » — Th. Gautier.
Aller au numéro cent : Se rendre aux lieux d’aisance. — Calembour. C’est le numéro qui sent le plus.
Connaître le numéro de quelqu’un : Être fixé sur sa valeur morale. — « Je sais d’où tu viens, je sais par où tu as passé, je connais tous tes numéros. » — Ces Dames, 1860.
Numéro sept : Crochet de chiffonnier. — Allusion de forme.


OBÉLISCAL : Merveilleux. — Date du transport de l’obélisque de la place de la Concorde. — « Admirable ! pyramidal ! obéliscal ! » — 1845, Almanach de la Polka.

OBJET : Amante, objet de la flamme amoureuse. — « Il apprend que le cher père à cloîtré son objet. » Désaugiers. — « Quand on aime, on aime tout de son objet. » — Balzac.

OCCASE : Occasion. — « Deux francs cinquante de bénef, profitez de l’occase. — A. Second.

D’occasion : De mince valeur. — Allusion. — On dit : une vertu, un héros d’occasion. — « Ces Desgrieux de carton, ces Lucien de Rubempré d’occasion. » — Delvau. — « Maria, qui se case, Au mois, Fait sa tête d’occase, Parfois. — Ce couplet, extrait du Prado, de P. d’Anglemont, 1846, peut se traduire ainsi en langue vulgaire : Maria, à laquelle un amant paie chaque mois son entretien, fait parfois sa tête d’occasion, c’est-à-dire sans avoir de quoi légitimer cet orgueil.

OCRÉA : Soulier. Les élèves de l’École de Saint-Cyr font seuls cet emprunt au grec. — « Le pauvre Saint Cyrien portant des ocréas. » — Souvenirs de Saint-Cyr.

OEIL : Crédit. — Noté comme terme d’argot dans le Dictionnaire du Cartouche de Grandval, 1827. — « Je vous offre ]e vin blanc chez Toitot ; — j’ai l’œil. » — Chenu. — « La mère Bricherie n’entend pas raillerie à l’article du crédit. Plutôt que de faire deux sous d’œil, elle préférerait, etc. » — P. d’Anglemont. — « En m’achetant à l’œil, ma plus belle marée. » — Ricard. — Ouvrir l’œil : Accorder du crédit. — « La fruitière n’a jamais voulu ouvrir d’œil : elle dit qu’elle a déjà perdu avec des artistes. » Champfleury. — Fermer l’œil : Ne plus vouloir accorder de crédit. — Donner dans l’œil : Plaire, fasciner. — « Ma personne avait peine à te donner dans l’œil. » — Le Rapatriage, dix-huitième siècle. — Avoir de l’œil, Tirer l’œil : Produire de l’effet. — Terme d’impression. On dit aussi en parlant d’un tableau à effet qu’il a de l’œil. — « La chose a de l’œil. C’est léger, mais c’est trop léger. — A. Scholl. — « Aux provinciaux que l’œil de son ouvrage a attirés chez lui. » — P. Borel. — Faire l’œil : « Le faiseur d’œil n’a pas de prétention positive. Il promène sur toutes les femmes son regard de vautour amoureux ; il a toujours l’air d’un Européen lâché au milieu d’un sérail… Pourtant aucune femme n’est le point de mire de cette fusillade de regards. C’est au sexe entier qu’il en veut. Il fait l’œil, et voilà tout. » — Roqueplan. — V. Américain. — Ouvrir l’œil : Surveiller attentivement. — Se battre l’œil, la paupière : Se moquer. — « Gilles. Ah ! fussiez-vous elle ! — Isabelle. Ton maître s’en bat l’œil. » — Le Rapatriage, parade, dix-huitième siècle. — « Que Condé soit trompé par le duc d’Anjou, je m’en bats l’œil ! » — A. Dumas. — Mon œil ! Synonyme de Des fadeurs ! Des navets ! V. ces mots. — « Quand le démonstrateur expose la formation des bancs de charbon de terre, mon voisin s’écrie avec un atticisme parfait : Oui ! mon œil ! Au système du soulèvement des montagnes, il répond triomphalement : « Oui ! Garibaldi ! » — E. Villetard. — Cette expression est typique. Dès qu’une chose est à la mode au point d’accaparer toutes les conversations, les Parisiens procèdent eux-mêmes contre leur engouement, et font de son objet une dénégation railleuse essentiellement variable. C’est ainsi qu’après les événements d’Italie, on a dit : Oui ! Garibaldi ! — Auparavant, on disait : Oui ! les lanciers ! parce que cette danse avait envahi les salons. — Taper de l’œil : « Dormir profondément. » — Dhautel, 1808. — « Monsieur, faites pas tant de bruit, je vais taper de l’œil. » — Vidal. 1833. — « Si nous tapions de l’œil ? Ma foi ! j’ai sommeil. » — L. Gozlan. — Tourner, tortiller de l’œil : Mourir. V. Dhautel, 1808. — « J’aime mieux tourner la salade que de tourner de l’œil. » — Commerson. — « J’voudrais ben m’en aller, dit le pot de terre en râlant. Bonsoir, voisin, tu peux tortiller de l’œil. » — Thuillier, Ch.Pas plus que dans mon œil. V. Braise. — Œil de verre : Lorgnon. — « Ces mirliflors aux escarpins vernis, Aux yeux de verre. » — Festeau. — Quart d’œil : Commissaire de police.

Œuf (Plein comme un) : Soul. — Casser son œuf : Faire une fausse couche.

Ogre : Agent de remplacement. Allusion à leur trafic de chair humaine. — Ogre : Usurier. — Ogresse : Marchande à la toilette (Vidocq). — Allusion à leur avidité. — Ogre : « Les chiffonniers donnent ce nom à celui qui leur achète le produit de leurs recherches nocturnes, en détail et par hottes, pour les revendre en gros, après un triage minutieux et intelligent. Ordinairement, on ne devient ogre qu’après avoir passé par tous les degrés de l’état de chiffonnier. Il fut un temps, il est vrai, où ce nom était synonyme d’exploiteur et même de receleur. Dans ce but, l’ogre possédait à côté de son établissement d’achat de chiffons un débit de liqueurs qu’il faisait gérer par un affidé ou un compère ; il y recevait clandestinement des malfaiteurs qui apportaient là les produits de leurs rapines. » — Castillon.

oignon : Montre (Vidocq). — Allusion de forme. — Aux petits oignons : Très-bien. — On sait combien le peuple aime ce légume. — On dit par abréviation : Aux petits oignes ! — V. Aux pommes. — Il y a de l’oignon : Il y a du grabuge. — Allusion aux pleurs que l’oignon fait verser. « S’prend’ de bec c’est la mode, Et souvent il y a de l’oignon. — Dupeuty.

Oiseaux (Aux) : Très-bien — Il est meublé aux oiseaux. » — Balzac. — « Pour exprimer qu’un homme est très-bien fait, qu’une femme est très-belle, on dit qu’ils sont aux oiseaux. » — 1808, Dhautel.

Oiseau : Triste personnage. V. Dhautel. — « Minute ! quel est c’t oiseau-là ? » — Léonard, parodie, 1863. — Oiseau fatal : Corbeau (Vidocq). — On sait que le corbeau est pour le peuple un mauvais présage.

Ombre (Mettre à l’) : Tuer. — « Ici Vautrin se leva, se mit en garde et fit le mouvement d’un maître d’armes qui se fend. — Et à l’ombre ! ajouta-t-il. » — Balzac.

À l’ombre : En prison. — Le soleil n’y donne guère. — « Quand on aura mis à l’ombre tous les Jean-foutres. » — 1793, Hébert. — V. Brûler.

omelette : Mystification militaire en usage à Saint- Cyr. — « Voici en quoi consiste le supplice de l’omelette : Au milieu de votre sommeil quatre vigoureux anciens saisissent votre lit et le retournent comme une omelette. » — R. de la Barre. — L’omelette de sac consiste à bouleverser le havre-sac de celui qu’on veut ennuyer.

Omnibus : Prostituée, femme se donnant à tous. — « On y remarque aussi quelques femmes jeunes encore, pauvres beautés omnibus. » — La Maison du Lapin blanc, typ. Appert.

Omnibus de coni : Corbillard (Vidocq). — Mot à mot : voiture de mort. — Omnibus rappelle que tous doivent faire un jour le voyage.

Oncle : « Où prendras-tu de l’argent ? dit elle. — Chez mon oncle, répondit Raoul. — Florine connaissait l’oncle de Raoul. Ce mot symbolisait l’usure, comme dans la langue populaire ma tante signifie le prêt sur gage. » — Balzac.

orange : « La pomme de terre est aussitôt saluée par l’argot d’orange à cochons. » — Balzac.

Oreillard : Âne (Vidocq). — Allusion d’oreilles.

Orléans : vinaigre (id.). — Orléans est la patrie du vinaigre.

Ornie : Poule (id.). — Du grec ornis. — Ornichon : Poulet. — Ornion : Chapon. — Ornie de balle : Poule d’Inde.

Orphelin : Orfèvre (Vidocq). — Corruption du même mot.

Les Orphelins de muraille sont des factionnaires. V. ce mot. — L’abandon de leurs auteurs leur a fait donner ce nom. — Orphelins : « C’est sous ce nom que l’on veut dire en argot : une bande de voleurs. » — A. Durantin.

Orteil (Chelinguer de l’) : Sentir mauvais des pieds.

Os : « Dans la langue populaire parisienne, on appelle os le numéraire. » — Mornand. — « Il faut cependant que je lui donne de l’os. » — Lynol. — Pourquoi ne dirait-on pas au figure, de l’os, comme on dit du nerf, pour désigner aussi l’argent ?

Ouiche : Oui, pris dans un sens ironique. — « Croyez vous qu’il viendra me chercher ? — Ah bien ! ouiche ! » — About.

ours : Homme d’humeur brusque et sauvage.

Ours : « Ancien compagnon pressier que, dans leur argot typographique, les ouvriers chargés d’assembler les lettres appellent un Ours. Le mouvement de va-et-vient qui ressemble assez à celui d’un ours en cage, par lequel les pressiers se portent de l’encrier à la presse, leur a valu sans doute ce sobriquet. » — Balzac. — Richelet et Dhautel ont donné ce mot.
Ours : Salle de police. — « Je fus passer deux jours dans un lieu ténébreux qu’on appelle l’Ours. » — Souvenirs de Saint-Cyr.
Ours : « Tout le monde se souvient de cette farce désopilante appelée l’Ours et le Pacha. Le père Brunet représentait le pacha blasé qui veut qu’on l’amuse ; Odry jouait le montreur de bêtes, répétant à tout propos « Prenez mon ours ! » Ces trois mots obtinrent une telle vogue au théâtre, que les directeurs à l’aspect d un auteur qui tenait un manuscrit, lui disaient de loin : Vous voulez m’amuser, vous m’apportez votre ours. — C’est une pièce charmante faite pour votre théâtre, répondait l’auteur. — C’est bien ce que je pensais, prenez mon ours ! — Depuis ce temps, l’ours est un vaudeville où un mélodrame qui a vieilli dans les cartons. » — J. Duflot.
Envoyer à l’ours : Envoyer promener. — Mot à mot : envoyer voir l’ours du Jardin des Plantes, où se rendent d’ordinaire beaucoup de flâneurs.
Ourson : Bonnet à poil d’ours. — « J’allais me coiffer de l’ourson dévolu aux voltigeurs. » — L. Reybaud.

Outils : Instruments de voleur. V. Vague.

Outil de besoin : Mauvais souteneur (Bailly).
Ouvrage : Vol. — Ouvrier : Voleur (Vidocq).




P (il y a du) : Il y a du danger, la police est proche (Dict. d’argot, 1844). — On a probablement pris la première lettre du mot Police. — Faire le P : Faire mauvaise mine (Grandval, 1827).

Pacquelin, Linage, Lineur, Liner : Ces quatre mots répondent en argot à Pays, Voyage, Voyageur et Voyager (Vidocq). — On trouve dans Bailly les formes Paclin, Patelin, Pasquelin.

Paf : Ivre. Abréviation de Paffé. — « Vous avez été joliment paf hier. » — Balzac.

Paffer, empaffer : Enivrer. — « Au milieu de cette plèbe bariolée qui se paffe de vin bleu. » — Delvau. — « Nous allons à la Courtille nous fourrer du vin sous le nez, quand nous sommes bien empaffés. » — Vidal, 1833. Viennent de Paf qui représentait au dix-huitième siècle la goutte d’aujourd’hui ; comme elle, paf s’appliquait surtout à l’eau-de-vie. En voici de nombreux exemples. — « Viens plutôt d’amitié boire nous trois un coup de paffe. » — Vadé, 1758. — « Voulez-vous boire une goutte de paf. — J’voulons bien. — Saint-Jean, va nous chercher d’misequier d’rogome. » — 1756, l’Écluse. — « Il m’proposit le paf. Ça me parlit au cœur si bien, que j’y allis… dans une tabagie de la rue des Boucheries, où que j’bure du ratafia après le coco. » — Rétif, 177e, Contemp., 1783. — Il doit y avoir parenté entre le paf du dix-huitième siècle et l’eau d’aff de l’argot moderne. — « Tu vas me payer l’eau d’aff ou je te fais danser. » — E. Sue.

Paffe : Soulier. V. Gouêpeur, Empaffe. — Dans le dictionnaire du Cartouche de 1827, nous trouvons : Passans, passifs : Souliers. — Le second mot est un diminutif. Le premier semble faire allusion à la mission voyageuse du soulier. Paffe ne serait-il pas une abréviations de passif ?

Pagne : Secours envoyé à un détenu par un ami. (Vidocq).

Paillasse : Caméléon politique. — Allusion à la chanson de Béranger : Paillass’, mon ami, N’saut’ pas à demi, Saute pour tout le monde, etc. De là aussi est venu le synonyme de sauteur.

Paillasse : Ventre. — La paille s’en échappe comme les intestins. — « Il s’est fait crever la paillasse, il s’est fait tuer. » — Dhautel, 1808.
Paillasse de corps-de-garde : Prostituée de dernier ordre. Comme les paillasses de corps-de-garde, elles changent continuellement de coucheurs.
De là, le nom de Paillasson donné aux hommes qui fréquentent les filles publiques, sans néanmoins être leurs souteneurs. — « Chaque soir sur l’boul’vart, ma p’tite femm’ fait son trimar. Mais, si el’s’porte s’l’paillasson, J’lui coup’la respiration. J’suis poisson. » — Ancienne chanson d’argot.

Paille : Dentelle (Vidocq). — Allusion à sa légèreté.

Paille au cul (Avoir la) : Être mis à la réforme. On sait qu’on expose, après y avoir attaché un bouchon de paille, les objets dont on veut se défaire isolément. — « La paille au cul, repassez la frontière, Cafards Bourbons. » — La Paille au cul, ch., 1832.
Paille de fer : Dans le récit d’un combat, H. Monnier fait dire à un vieux sergent : « À toi, à moi la paille de fer. » — Allusion singulièrement pittoresque au hasard qui expose chaque combattant à un coup mortel. N’est-ce pas un vrai jeu de courte-paille ? — Seulement, les fétus sont des pointes meurtrières.
Homme de paille : Homme étranger aux choses accomplies sous la responsabilité de son nom.

Paillon : Cuivre (Vidocq). — Allusion de couleur.

Pain ? (Et du) : As-tu ou Ai-je de quoi manger ? — Donnez des conseils à un malheureux affamé, il vous ramène à la question par ces mots qui en résument toute l’immédiativité : Et du pain ? — Gavarni montre un masque abordant avec ces mots un domino femelle, qui l’attend, binocle sur les yeux : « Pus qu’ça de lorgnon… Et du pain ? » — La question déchire d’un seul coup les faux dehors de cette femme élégante qui n’a peut-être pas dîné pour acheter des gants.

Faire passer le goût du pain : Tuer. On trouve Perdre le goût du pain (Mourir) dans le Dictionnaire comique de Leroux. V. Claquer. — « Tous les jean-f…… qui voulaient faire perdre le goût du pain aux braves montagnards. » — 1793, Hébert. — « V’là la guillotine qui se met à jouer. On enlève le goût du pain au monde. » — H. Monnier.

Pallas (Faire) : Faire des façons, des embarras. — L’argot paraît s’être piqué là de certaines connaissances mythologiques, car Minerve faisait parfois la renchérie. — « Au pré finira ton histoire, et là l’on n’y fait plus pallas. » — Vidocq.

Pallot : Paysan (Vidocq). — Au moyen âge, palot signifiait bêche. V. Roquefort.

Palper : Toucher de l’argent (Dhautel, 1808).

Palpitant : Cœur ému. V. Coquer, Battant.

Pana, Panailleux : « Vieux pana se dit d’un homme avare, Laid et âgé, qui se laisse difficilement ruiner par les lorettes. Les panas s’emploient dans le Dictionnaire de la Curiosité comme exemple de tessons, de loques, de débris de toutes sortes, et ceux qui les vendent sont des panailleux. » — Champfleury. — Pana est une forme de panné. — Panailleux viendrait plutôt du vieux mot penaille : guenille.

Panade : Sans consistance. — Allusion à la soupe de ce nom. — « Notre gouvernement est joliment panade ! » — Ricard.

Panade : Chose sans valeur (Vidocq). — De Panne.

Panama : Chapeau tressé avec des joncs que nos fabriques vont chercher à Panama. — « J’ai dû chanter contre la crinoline et m’égayer aux frais du panama. » — J. Choux. — De 1858 à 1860, le panama fut à la mode. Une société dite des Moyabambines se forma pour l’exploiter, ce qu’il faut savoir pour comprendre cet exemple : « Que de coquins coiffés de moyambines (sic). » — Id.

Panier : Voiture basse en osier, à la mode vers 1860. — « Ange ! tu m’as transporté. Si une calvitie invétérée ne te fait pas peur, je suis homme à mettre à tes pieds un panier en pur osier. » — Les Pieds qui r’muent, 1864.

Panier à salade : « Geôle roulante appelée par le peuple dans son langage énergique des paniers à salade... Voiture à caisse jaune montée sur deux roues et divisée en deux compartiments séparés par une grille en fer treillissé… Ce surnom de panier à salade vient de ce que primitivement la voiture étant à claire-voie de tous les côtés, les prisonniers devaient y être secoués absolument comme des salades. » — Balzac.
Panier à deux anses : V. Anses.

Panne : Misère. — « Il est dans la panne et la maladie. » — Ricard.

Panné : Misérable. — « Ça marche sur ses tiges, ben sûr ! Pas pus de braise que dans mon œil. Ohé ! panné ! panné ! » — Ricard. — Du vieux verbe pannir : priver, retrancher, voler. V. Roquefort.

Panoufle : Perruque (Vidocq). — Du vieux mot panufle : guenille. V. Du Cange.

Pante, Pantre, Pantinois : Bourgeois bon à exploiter ou à voler. — Pante et Pantre sont des formes abrégées de Pantinois et Pantruchois, c’est-à-dire : bourgeois de Pantin ou Pantruche (Paris). On sait que la grande ville est pour les voleurs un séjour de prédilection. — « J’ai reniflé des pantes rupins. » — Paillet. — V. Lever.

Pantin : « Pantin, c’est le Paris obscur, quelques-uns disaient le Paris canaille, mais ce dernier s’appelle en argot, Pantruche. » — G. de Nerval. — Cette définition manque de justesse. Pantin est Paris tout entier, laid ou beau, riche ou obscur. — étymologie incertaine. Peut-être le peuple a-t-il donné à Paris, par un caprice ironique, le nom d’un village de sa banlieue (Pantin). — V. Pré.

Dans le goût de Pantin : À la mode de Paris, et, par extension, très-bien. — « Là ! v’là qu’est arrangé dans le goût de Pantin. » — Zombach, Chansons.

Pantoufle (Et cœtera) : Injure peu traduisible. Pour la comprendre, il faut savoir qu’on appelle aussi c-n pantoufle un homme nul, sans énergie, qui n’a rien de viril. — « L’animal le traitait alors de fainéant, de poule mouillée et d’et cœtera pantoufle. » — L. Desnoyer. — « Et cœtera pantoufle : Quolibet dont on se sert lorsqu’un ouvrage pénible et ennuyeux vient à être terminé. » — Dhautel, 1808.

Panturne : Fille de mauvaises mœurs. — Grandval.

Papa (À la) : Supérieurement. — Le père est maître au logis. — « On nous aura requinqués à la papa… Tu riras là mais j’dis à la papa… Ou sinon d’ça j’te brosse à la papa… » — Le Casse-Gueule. ch., 1841. — « Il va nous juger ça à la papa. » — Désaugiers, 1813.

Pape (Soldat du) : Mauvais soldat. — « Soldats du pape, méchantes troupes. Machiavel a dit que les compagnies de l’église sont le déshonneur de la gendarmerie. » — Le Duchat, 1738. — Le terme remonterait donc au seizième siècle. — « Vous êtes bien des soldats du pape. Est-ce que par hasard un jupon vous ferait peur ? » — L. Reybaud.

Papelard : Papier (Vidocq). Corruption de mot.

papillon : Blanchisseur (id.). — Comme le papillon, il arrive de la campagne, et ses ailes blanches sont représentées par les paquets de linge qu’il porte sur le dos.

Papillonneur : Voleur exploitant les voitures des blanchisseurs qui apportent le linge à Paris (id.).

Pacquecin : « Ne faut-il pas que baluchons et pacquecins (paquets) disparaissent subitement comme dans une féerie ? Personne n’égale le cambrioleur dans l’art de déménager sans bruit. » — A. Monnier.

Paquets (Faire des) : Médire, Tricher en interpolant des cartes préparées dans son jeu.

Parade (Défiler la) : Mourir. — « Alors tout l’monde défile à c’te parade d’où l’on ne revient pas sur ses pieds. » — Balzac.

Paradis (Porter en) : « Vous voulez parler du coup de poing. — Oui ; oh ! Le beau jeune homme ne portera pas cela en paradis, allez ! » — Ricard. — C’est-à-dire : Il me le paiera avant sa mort.

Paralance : Parapluie. V. Lance.

Parisien : Matelot indiscipliné et négligent. — «Ah ! millenoms ! faut-il être Parisien ! j’ai oublié l’ampoulette ! » — Phys. du Matelot, 1843.

Parler papier : Écrire. — « C’est lui qui parle papier pour moi à mon oncle. » — Vidal, 1833.

Parlotte : Lieu où l’on commère. — « La Chambre des députés n’est plus qu’une buvette, un cercle, une parlotte. » — Alph. Karr.

Paroissien : Individu. — « Que de paroissiens fameux dont il ne serait plus question par ici, si un homme de talent n’était là pour leur y tailler une couronne de n’importe quoi sur la mémoire ! » — Gavarni.

Parrain : Témoin. — Allusion à la fonction du parrainage qui consiste à donner votre nom, à faire constater votre identité. — Parrain fargueur : Témoin à charge. — Parrain d’altèque : Témoin à décharge. — « Des parrains aboulés dans le burlin du quart d’œil ont bonni qu’ils reconobraient ma frime pour l’avoir allumée sur la placarde du fourmillon, au moment du grinchissage. » — Vidocq. — V. Estourbir.

Parterre (Prendre un billet de) : Tomber. — Calembour.

Parti : Ivre, endormi. — « Allons, les voilà partis, dit Vautrin en remuant la tête du père Goriot et celle d’Eugène. » — Balzac.

Particulier : Individu. Pris souvent en mauvaise part. — « Ah ça ! mais vous êtes donc un particulier dépourvu de toute espèce de délicatesse. » — L. Reybaud.

Particulière : Fille suspecte. — « Les mauvaises têtes du quartier qui tiraient la savate pour les particulières de la rue d’Angoulême. » — Ricard. — « Voilà qu’un mouchard m’amène une particulière assez gentille. » — Vidal, 1833.

Particulière : Maîtresse. — « Ce terme, si trivial en apparence, appartient à la galanterie la plus raffinée et remonte aux bergers du Lignon. On lit à chaque instant dans l’Astrée : Particulariser une dame, en faire sa particulière dame, pour lui adresser ses hommages. Ces locutions ont sans doute été transmises par le Secrétaire des amants à nos soldats, qui n’ont fait que les abréger. » — Laveaux.
Dans l’armée, particulier et particulière sont synonymes de bourgeois et bourgeoise.

Parties : « La fille à parties n’est qu’une prostituée en carte ou isolée, mais avec plus de formes… Si elle se fait suivre par sa tournure élégante ou par un coup d’œil furtif, on la voit suivant son chemin, les yeux baissés, le maintien modeste ; rien ne décèle sa vie déréglée. Elle s’arrête à la porte d’une maison ordinairement de belle apparence ; là, elle attend son monsieur, elle s’explique ouvertement avec lui, et s’il entre dans ses vues, il est introduit dans un appartement élégant ou même riche, où l’on ne rencontre ordinairement que la dame de la maison. » — F. Bérand. Le théâtre de cette rencontre se nomme maison à parties ou maison de passe. L’acte des clientes est qualifié de passe ou passade. — C’est un terme qui remonte au dix-huitième siècle.

Pas (Ne), Ne rien : Négation est ironiquement prise pour une affirmation dans le peuple de Paris. — « Ernest : Avec qui que tu veux que je soye donc ? — Eugène : Merci, tu n’es pas rageur. » — Monselet. — On dit de même : Il n’est pas chien pour il est avare ; il n’est rien dégoûté pour il est difficile.

Pas (Sauter le) : Mourir (Dhautel, 1808). — « Un étudiant dans sa mansarde, Disposait de sa dernière harde, Puis après, voulait sauter le pas. » — Chanson. — V. Arnant.

Pas Grand’chose : Personne de médiocre vertu. — « Tu as filé avec ta pas grand’chose. » — P. de Kock.

Passacailler : Supplanter (Vidocq).

Passe : Guillotine. V. Gerber. — Allusion à la passe de la fatale lunette. — Passe-crick : Passe-port (Vidocq). — Passe-lance : Bateau (id.) V. Lance. — Passe-singe : Roué (id.), homme dépassant un singe en malice.

Passer au bleu : Disparaître. — « Plus d’un jaunet passe au bleu. » — Jouvet, Chansons. — Équivoque basée sur un procédé de blanchissage. V. Laver, Nettoyer, Lessiver. — La passer douce : vivre à l’aise. — On sous-entend vie. — Se passer de belle : Ne pas recevoir sa part de vol (Vidocq).

Passer la jambe : Donner un croc-en-jambes, et par extension, supplanter. — Son ennemi roulait à ses pieds, car il venait de lui passer la jambe. » — Vidal, 1833. — Passer la jambe à Thomas (V. ce mot), c’est, dans l’armée, être de corvée pour l’enlèvement des goguenots. — Allusion à l’action de les renverser dans les latrines.

Passant, Passif, Passifle : Soulier. — Passifleur : Cordonnier. — Le soulier sert à faire des pas.

Passions (À) : « Vous êtes trop jeune pour bien connaître Paris ; vous saurez plus tard qu’il s’y rencontre ce que nous nommons des hommes à passions. Ces gens-là n’ont soif que d’une certaine eau prise à une certaine fontaine, et souvent croupie. » — Balzac, Père Goriot.

Pastiquer : Passer. — Corruption de mot. V. Abadis.

Patafioler : Confondre. — « Aux gardes du commerce !...Que le bon Dieu les patafiole !… » — Gavarni. — V. pour l’étymologie de ce mot le Magasin pittoresque, t. II, p. 247.

Patapouf : Gros homme soufflant plus qu’il ne respire. — Onomatopée.

Patard : Monnaie de billon — En 1808, on donnait ce nom à un gros sou double. V. Dhautel. — Le patar était une monnaie flamande qui valait un sou au quinzième siècle. V. Du Cange.

Pâtée : Correction. — « Il avait voulu manger un grand gaillard. Aussi a-t-il reçu une pâtée. » Delagny, les Souteneurs, 1861.

Pâtissier (Sale) : Homme malpropre. V. Boulette.

Patraque : Patrouille (Vidocq). — Jeu de mots ironique. — On sait que les anciennes patrouilles étaient peu redoutables ; elles marchaient aussi mal qu’une patraque. V. Moucharde.

Patraque : Montre bonne ou mauvaise. — Patraque : En mauvais état de santé.

patte : Main. — « Et toujours de ma patte Frisé comme un bichon. » — Vadé, 1788.

Patte : Habileté de main. — « Mal dessiné, mais beaucoup de chic. — Oui, il a de la patte. » — L. de Neuville.
Patte : Pied. — Le testament de Villon parle déjà de « Soy soutenir sur les pattes. » — « On en voit qui se faufilent dans des omnibus. Le reste s’en retourne à pattes, honteusement. » — Alb. Second.
Pattes de mouche : Caractères très-fins. — « Et l’écriture, il était avec des petites pattes de mouche bien agréables. » — Festeau.
Patte d’oie : Triple ride qui imprime au coin de chaque œil, trois sillons d’apparence palmipède. — « Aux tempes la patte d’oie caractéristique et au front les marches du palais montraient des rides élégantes, bien prisées à la cour de Cythère. » — Balzac.
Coup de patte : Propos méchant.

Patrouille (En) : « Quatre jours en patrouille, pour dire en folies bachiques. » — Cabarets de Paris, 1821.

Patrouiller : Faire patrouille. — « En ma qualité de caporal postiche de voltigeurs, j’ai passé la nuit à patrouiller. » — Festeau.
Patrouiller : Manier, patiner. — Mot à mot : rouler dans ses pattes. — « Mais c’est vrai, tiens ! ça vous patrouille c’te marchandise, et puis ça part. » — Vadé, 1788.

paturon : Pied, pas. — Terme hippique. — V. Flacul, Rebâtir.

paumer : Perdre. — « Je ne roupille que poitou ; je paumerai la sorbonne si ton palpitant ne fade pas les sentiments du mien. » — Vidocq.

Paumer : Empoigner. V. Du Cange. — Du vieux mot paumoier. — « Rends-moi la bourse, ou sinon je te paume. » — Le Rapatriage, parade, dix-huitième siècle. — V. Cigogne.

Paupière (Se battre la) : V. Œil.

Pavé : Éloge maladroit. — Allusion au pavé de la Fontaine. — « C’était un journal pavé de bonnes intentions ; mais on y rencontrait plus de pavés encore que de bonnes intentions. » — Alb. Second.

Gosier pavé : Gosier supportant des boissons très-fortes ou très-chaudes.
C’est tout pavé : Ironiquement pour dire : C’est très loin d’ici, mais la route est si bonne !

Pavillon : Fou, homme dont les idées flottent tous les vents comme un pavillon. — Pavillonner : Deviser joyeusement, plaisanter, déraisonner. — « On renquillera dans la taule a mesigue pour refaiter gourdement, et chenument pavillonner, et picter du pivois sans lance. » — Vidocq.

Pavois : « Être pavois, c’est être dans la vigne du Seigneur, dans toute la joie de Bacchus, atteindre le parfait bonheur, c’est enfin être au pavois. » — Ch. Coligny.

Pavoiser (Se) : Faire toilette. V. Astiquer.

Paye (Bonne) : Débiteur solvable. — « Une lorette très-mauvaise paye. » — Ed. Lemoine.

Pays : Compatriote. V. Dhautel, 1808. — « Falleix trouvait son vieux pays trop cher. » — Balzac. — « Ces primeurs exposées pour le plaisir des caporaux et de leurs payses. » — Id. — V. Coterie.

Peau : Laide ou vieille prostituée.

Être dans la peau : Être à la place. — « Je ne voudrais pas être dans la peau du suborneur. » — Gavarni.
Porter à la peau : Exciter le désir.

Peausser (Se) : Se déguiser. — Mot à mot : se cacher dans la peau de. — « Je vais me peausser en gendarme. » — Balzac.

pécune : Argent. — Vieux mot. V. Roquefort.

Pédéro, Pédé : Pédéraste (Vidocq).

Pègre (Haute) : « Association des voleurs les plus anciens et les plus exercés ; ils ne commettent que de gros vols et méprisent les voleurs ordinaires qui sont appelés dérisoirement pégriots, chiffonniers, pègre à marteau, ou blaviniste, par un pègre de la haute. » — Vidocq. — La première catégorie de voleurs se compose de la haute pègre, c’est-à-dire le vol en bottes vernies et en gants jaunes. C’est un homme jeune, élégant, distingué ; vous ne le rencontrerez qu’en coupé… Deux ou trois fois par an, il travaille, mais ses expéditions sont toujours fructueuses. » — Canler.

Pègre : Voleur. — Un jour à la Croix-Rouge, nous étions dix à douze, tous pègres de renom. » — Vidocq. — Pégrenne : Faim, misère. — Pégrenner : Faire maigre chère. V. Bachasse.
Pegriot : Apprenti voleur se faisant la main aux étalages. » — Canler. — V. Boucannier.

Peignée, Coup de peigne : Lutte dans laquelle on s’empoigne aux cheveux, et, par extension, combat. — « Les enfants des sans-culottes qui vont se f..… un coup de peigne avec les brigands de la Vendée. » — 1793, Hébert. — « Là-dessus, elles commencent à se repasser une peignée des mieux administrées, criant, jurant, se rossant comme deux enragées. » — Vidal, 1833.

Se peigner : Se battre. — « Puis nous nous peignons… On s’poche les yeux. » — Le Gamin de Paris, chanson.

Peintre : Balayeur. V. Pinceau.

Peinture (Ne pouvoir voir en) : Détester quelqu’un au point de ne pouvoir souffrir son image.

Récompenser en peinture : Payer de belles promesses. — « Henri IV ayant envoyé d’Aubigné en plusieurs provinces, ne lui donna pour récompense que son portrait. D’Aubigné y ajouta ce quatrain : — « Ce prince est d’étrange nature. Je ne sais qui diable l’a fait ! Il récompense en peinture Ceux qui le servent en effet. »
Brave et riche en peinture : « Se dit d’un fanfaron qui parle de son courage qui est suspect et de sa fortune qui est problématique. » — Dhautel, 1808.

Peinturlureur : Mauvais peintre. — On emploie le verbe Peinturlurer.

Pékin : « On nomme Pékin tout ce qui n’est pas militaire, comme nous appelons militaire tout ce qui n’est pas civil. » — Talleyrand. — « De vieux dialogues militaires des règnes de Henri III et Henri IV emploient souvent le mot piquini ou péquin pour désigner les adversaires en religion. Ainsi, dans un de ces dialogues, nous voyons un papiste traiter Coligny de pékin ; un autre est intitulé les Pékins de Montauban. » — Ambert, Constitutionnel du 25 juin 1854.

Pellard : Foin (Vidocq). — Diminutif du vieux mot pel : poil. L’herbe est le poil de la terre. On dit pelouse.

Pelle : Chemin (Id.). — Pelle au cul (Recevoir la) : Être mis violemment à la porte. — « Mon rival, J’en suis convaincu, Va recevoir la pelle au cu. » — De Longchamps, 1809.

Pelote (Faire sa) : Arrondir sa bourse. — « J’fais, comme on dit, ma p’tite p’lote Tout en élevant mes bambins. » — Dalès, Chansons.

Peloter : Caresser des charmes arrondis en pelote. — Pelotteur : Flatteur. — « Se montrer rampant, pelotteur et bêta. » — Wado, Chansons.

Pelure : Vêtement. — C’est en effet une pelure pour le corps. V. Épates.

Pendante : Boucle d’oreilles, chaîne (Vidocq).

Pendu glacé : Réverbère (Id.). — Allusion à la suspension et au vitrage du réverbère.

Penne, Peigne : Clé (Vidocq)

Pente (Avoir une) : Être ivre à trébucher sur un terrain plat comme si on rencontrait une pente brusque.

Pépin : Vieux parapluie. — « De vilains noms qu’on l’apostrophe, Qu’on l’appelle pépin, rifflard, Le parapluie est philosophe. » — V. Mabille.

Perdre (Le) : Perdre son pucelage. — « Je l’ai perdu, s’écriait la jeune Perrette. De mon hymen, c’était le gage. » — Gustave, Ch., 1836.

Père frappart : Marteau (Vidocq). — Calembour.

Pérou : « Ce n’est pas le Pérou que ces bougres-là » — Hébert, 1793. — C’est-à-dire : Ce sont de pauvres bougres. — Allusion aux richesses naturelles du Pérou.

Perroquet (Étouffer un) : « Cette locution signifie, dans le langage des ateliers, prendre un verre d’absinthe. » — M. Bayeux. — Allusion à la couleur verte du verre à pattes dont la main du buveur semble en effet étrangler le cou.

Perruque : Suranné. — « Le mot perruque était le dernier mot trouvé par le journalisme romantique qui en avait affublé les classiques. » — Balzac. — V. Mâchoire.

Perruque : Détournement, abus de confiance. — C’est un superlatif de faire la queue.

Persiller, Cueillir du persil, Faire son persil : Raccrocher. — « Elles explorent les boulevarts, persillent dans les squares nouveaux, dans l’espoir d’y rencontrer des miches sérieux. » — Lynol. — Le miché représente ici le persil indispensable au pot-au-feu de la prostitution. V. Tante.

Pesciller : Prendre. — Du vieux mot peschier : pêcher. — V. Servir, Criblage.

pétard, péteux : Derrière. — On entend de reste l’étymologie de ce bruyant synonyme. — « Sur son péteux, V’là que je l’étale. » — Le Casse-Gueule, ch., 1841. — Pétard : Haricot (Vidocq). — Effet pris pour la cause.

Péter dans la main : Pousser trop loin la familiarité. Faire défaut au moment nécessaire. — Dans ce dernier sens, allusion au levier qui éclate entre les mains. (V. Dhautel, 1808.)
Péter : Se plaindre en justice (Vidocq).

Petit caporal : Napoléon 1er. — Allusion au grade imaginaire que lui décerna l’enthousiasme de ses soldats, au lendemain d’une victoire. — « Le souhait de S.M. Prussienne et les appréciations du petit caporal. — M. Saint-Hilaire.

Petit manteau bleu : Homme bienfaisant — L’usage de ce mot est la plus belle récompense qu’ait pu ambitionner un philanthrope bien connu. — « On parlerait de toi comme d’un petit manteau bleu. » — Balzac.

Petit-monde : Lentille (Vidocq). — Allusion de forme.

Peu (Excusez du) : Terme ironique pour dire : Excusez l’apparente énormité du chiffre. — « Il y avait 25,000 Français par terre… Excusez du peu ! » Balzac.

Peuple, du Public (Se moquer du) : Insulter à l’opinion. — « Grande colère du père Duchesne contre M. Veto qui se fout du peuple. » — 1793, Hébert. — Encore fort usité.

Pèze : Argent (Vidocq). — De pesos, monnaie espagnole.

Pharamineux : Éblouissant comme un phare.

Philanthrope : Filou (Vidocq). — Jeu de mots.

Philippe : Écu à l’effigie de Louis-Philippe. — « On dit que tu as poissé nos philippe. » — Balzac.

Philistin : « À propos, qu’est-ce qu’un Philistin ? — Autrefois, en Grèce, il s’appelait béotien ; on le nomme cokney en Angleterre ; épicier ou Joseph Prud’homme à Paris, et les étudiants d’Allemagne lui ont conféré l’appellation de Philistin. » — Neuville.

Piaf : Vanité, orgueil (Vidocq). — Au moyen âge. l’homme fastueux était un piafart. V. Roquefort. — Mot expressif : — Le vaniteux piaffe comme un cheval de luxe.

Pianoter : Jouer médiocrement du piano. — « On ne devait pas pianoter pendant la nuit. » — Balzac.

Piaule, Piolle : Taverne. — Du vieux mot piot : vin. V. Roquefort. Ce dernier donne pioller. s’enivrer. V. Artie.

Philosophe : Pauvre. — Philosophie : Misère (Vidocq). — Allusion ironique à la nécessité de la sagesse. — Philosophe : Savate, vieux soulier revenu des vanités de ce monde. V. Arpion.

Pic (Tomber à) : Tomber à point.

Picaillons : Écus. — « Je lui pinçais ses picaillons. » — Robert Macaire, ch., 1836. — « J’leur donnerons des picalions. Vive la paix ! Vive la nation ! » — Chanson poissarde du Consulat, Tourneur fils.

Picorage : Vol commis sur la grande route (Vidocq). — Allusion ornithologique.

Picouse : Haie d’épines. V. Défleurir.

Picter : Boire. — De piquette : petit vin. V. Pavillonner.

Picton, Piqueton : Vin supérieur à la piquette. — L’un et l’autre mot font allusion à l’effet produit par le vin commun qui picote le palais. — « Si l’ancien picton n’est que de la piquette, Espérons ct’année en fair’ de meilleur. » — Layale, ch., 1855. V. Biture.

Pièce de bœuf : « Grand article de pathos sur les choses du moment qui ouvre les colonnes de Paris. On l’appelle aussi la pièce de résistance. Un excellent journal qui ne servirait pas tous les jours à ses abonnés la pièce de bœuf ne serait pas sûr de réussir. » — 1826, Biog. des Journalistes. — On dit aujourd’hui tartine.

Pied (Donner un coup de) : Marcher vivement. — « Je vais donner un coup de pied jusque dans les salons. » — About. — V. Dhautel, 1808.

Ne pas se moucher du pied : V. Moucher. — En 1808, on disait dans le même sens : Ne pas se moucher sur sa manche.
Ne pas se donner de coups de pied : Se vanter.
Mise à pied : Mise en non activité — « Une mise à pied enseigna à notre inspecteur à faire plus exactement son service. » — Canler.
Pied bleu : Conscrit portant encore les guêtres bleues du paysan. — « Le pied bleu ne prête pas longtemps à rire par sa gaucherie. » — La Bédollière.
Pied de cochon : Pistolet. — Allusion de forme.
Jouer un pied de cochon : Tromper, décamper. — « Vous avez donc voulu nous jouer un pied de cochon. » — Canler.

pierreuse : « Prostituée qui, même dans sa sphère de turpitudes, est tombée au plus bas degré de l’abjection… elle cherche toujours les ténèbres… Derrière des monceaux de démolition, des tas de pierres, des restes d’édifices en ruines, elle traque l’homme que le hasard amène. » — F. Béraud. — V. Dhautel, 1808

Pierrot : Collerette à grands plis comme celle du pierrot des Funambules. — « Mme Pochard a vu les doigts mignons d’Anne aplatir sur son corsage les mille plis d’un pierrot taillé dans le dernier goût. » — Ricard, 1820.

Pierrot : Niais. — Même allusion funambulesque. « Le valet de cantine se fait rincer l’bec par les pierrots. » — Wado, Chansons.
Asphyxier le pierrot : Boire un verre de vin blanc. — Allusion de couleur. — « J’étais-t-allé à la barrière des Deux-Moulins, histoire d’asphyxier le pierrot. » — La Correctionnelle.

Pieu : Lit. — Allusion à la dureté des lits de bagne, de prison et de corps-de-garde. — « On peut enquiller par la venterne de la cambriolle de la larbine qui n’y pionce quelpoique, elle roupille dans le pieu du raze. — (Vidocq).

Pif, Pivase : Nez. — Ce dernier mot donne à penser que pif vient de pivois. Ce serait alors un nez de buveur. — « L’autre jour, rue Saint-Martin, Voilà qu’un plaisant gamin le dit, riant aux éclats : C’cadet-là quel pif qu’il a ! » — Guinad, Ch., 1839.

Pige : Année (Vidocq). — Mot à mot : mesure de temps. V. Piger.

Pigeonner : Duper. Le mot est vieux ; la chose est toujours nouvelle. — « Un de ceux qui se laissent si facilement pigeonner. » — Dialogues de Tahureau, 1585.

piger : Mesurer. — La pige est chez les ouvriers un morceau de bois donnant la longueur indiquée par le plan. — Au moyen âge on appelait pigours les fabricants de certaines mesures de capacité ?

Piger : Considérer, mesurer de œil. — « Pige-moi ça, regarde-moi un peu ce chique ! » — La Bédollière.
Piger : Saisir. V. Dhautel, 1808.

Piget : Château (Vidocq).

Pignard : Postérieur (id). — Ancien. V. Roquefort, Pigné.

pignouf : Chez les cordonniers, le maître s’appelle pontif ; l’ouvrier gniaf, et l’apprenti pignouf.

Pignouf : Homme grossier, mal élevé. — « Cet animal d’Amédée n’a pas le sou. — Prends-en un autre. — Où ça ! tous des pignoufs ici. » — 1860, À bas le quartier latin.

Piler du poivre : Marcher avec la plante des pieds écorchées, en souffrant à chaque pas comme si du poivre pilé brûlait la chair.

Faire piler du poivre : Terrasser quelqu’un plusieurs fois en le laissant retomber aussi lourdement qu’un pilon. — Poivre indique la cuisson qu’en ressent la partie contuse.

Pilier : Habitué dont la présence soutient un établissement comme un pilier soutient un plafond.

Pilier du creux : Maître du logis. — Même allusion. Pilier nous paraît plutôt une forme de pilleur, pillard dans Pilier de boutanche : Commis de boutique, et Pilier de pacquelin : Commis voyageur. Ces deux derniers volent leurs patrons et leurs hôteliers.

Pimpelotter (Se) : Se régaler. — « Elle n’haït pas de gobichonner et de se pimpelotter. » — La Correctionnelle.

Pimpions : Espèces monnayées. — Au moyen âge, on appelait Pipion une petite monnaie espagnole. Du Cange.

Pince-cul : Bal public de dernier ordre. — « Ce bal inouï que l’argot téméraire de ses habitués avait surnommé le pince… » — P. Féval. — V. Casse-gueule.

Pince sans rire : Homme sévère.

Pince (Chaud de la) : Débauché. — Corruption de mot. — « C’était un chaud de la pince, Qui peuplait dans chaqu’ province L’hospice d’s enfants trouvés. » — Festeau.

Pinceau : Balai. — Allusion de forme. — « Les hommes de corvée sont tous là prêts le pinceau en main, je veux dire le balai en joue. » — Vidal, 1833. — V. Giberne.

Pincer : Arrêter. — « Nomme l’coupable, qu’on l’pince » — 1813, Désaugiers. — En pincer : Avoir du goût. — « Comm’ j’en pince pour le spectacle, j’vas souvent z’à la Gaîté. » — 1809, Brazier. — On dit par extension en pincer pour Mme X : Aimer Mme X.

Pincer : exécuter. — « En revenant. je pinçais la chansonnette. » — Ricard. — « Le professeur nous pinçait une nuance de cancan véritablement inédite. » — L. Reybaud.

pioche : Travail opiniâtre. V. Bûche. — « Les cours cessent au mois de juillet ; le temps de pioche commence. » — La Bédollière.

Piocher : Travailler assidûment. V. Dhautel, 1808. — « Tu peux piocher douze heures par jour… une colonne de feuilleton par heure. » — L. Reybaud.
Piocher : Battre. — « Je te pioche, je te fais danser la malaisée. » — Paillet.
Piocheur : « Les professeurs établissent deux catégories, celle des élèves forts dans leurs classes, des travailleurs, et celle des faibles qu’on flétrit du nom de paresseux (en style technique, les piocheurs et les cancres). » — H. Rolland.
Piocheur : Homme travailleur et judicieux. — « Le Piocheur. Celui-ci a pris la carrière au sérieux, il étudie les choses, les hommes, les affaires. » — Balzac.

Pioncer : Dormir. — De pieu : lit. — « Nous nous sommes mis à pioncer, nous ne pensions plus à l’appel. » — Vidal, 1833. — V. Boc.

Piou, Pioupiou : Soldat du centre. — Corruption du vieux mot pion : fantassin. V. Roquefort. — « Militairement parlant, le piou-piou, comme l’euphonie de ce nom semble l’indiquer, est au jean-jean et au tourlourou ce que musicalement parlant le demi-ton est à deux tons naturels qui se suivent dans l’ordre de la gamme. » — M. Saint-Hilaire, 1841. — « Hier, la cuisinière de mon propriétaire a fait tourner son lait et la tête d’un pioupiou. » — Commerson.

Pipe (Casser sa) : Mourir. — Ceux qui sont morts ne fument plus. — « Papa avait beaucoup de blessures, et un jour il cassa sa pipe, comme on dit au régiment. » — Méry.

Pipelet : Portier. Du nom d’un portier ridicule des Mystères de Paris. — « Si vous avez un mauvais portier, envoyez-le-moi : je suis le grand redresseur de torts, le Cabrion des pipelets. » — P. d’Anglemont. — Chapeau Pipelet : Chapeau tromblon. — Même origine.

Piper : Fumer la pipe. — « Il me semble qu’on a pipé ici. » — Gavarni.

piquante : Épingle (Vidocq). — Effet pour la cause.

pique-en-terre : Volaille. — Mot imagé. On sait que les poules piquent toujours la terre du bec.

Piquer un chien : Dormir. — Rabelais l’écrit dormir en chien dans son livre IV, page 159. C’est, dit le Duchat, son annotateur, Dormir indifféremment à toute heure et en tous lieux. — « Lorsque la nuit est sombre, que les voyageurs pioncent ou piquent leur chien. » — Paillet.

Piquer un renard : Vomir. — V. Renard. — Piquer un soleil : Rougir subitement. — Piquer l’étrangère : V. ce mot. — Piquer une tête : S’élancer ou tomber la tête la première. — Piquer un laïus : V. ce mot. — Piquer une carte : « Lui imprimer certaines marques imperceptibles, et susceptibles de ne les faire connaître a d’autres qu’à vous. » — Mornand. — Piquer sur quatre : Gagner une partie d’écarté presque perdue, lorsque votre adversaire a sur vous quatre points d’avance. — Se piquer le nez : V. ce mot. — Pas piqué des vers, des hannetons : Vigoureux, intact, frais, sain.

— « C’est qu’il fait un froid qui n’est pas piqué des vers ici ! » — Gavarni. — « Une jeunesse entre quinze et seize, point piquée des hannetons, un vrai bouton de rose. » — Montépin. — « C’est qu’elle n’était pas piquée des vers, Et oui, morbleu ! C’est ce qu’il faut à Mahieu. » — Les amours de Mahieu, ch., 1832.

pisser ou Chier (Envoyer) : Renvoyer au loin. — Ce terme injurieux ; remonte à une haute antiquité. — Au mot Pissare, Du Cange cite une lettre de rémission de 1465, où, entre autres injures et grandes parolles reprochées au délinquant, on rapporte qu’il envoya pisser son adversaire. V. Foirer.

Pisser sa côtelette : Accoucher, mettre au monde un enfant. — Dhautel (1808) emploie dans le même sens pisser des os.
Faire pisser des lames de rasoir en travers : Ennuyer.

Pistolet : Demi-bouteille de champagne. Double allusion au petit calibre de la fiole et à l’explosion de son contenu. — C’est aussi un homme singulier. — « On rit avec toi et tu te fâches... En voilà un drôle de pistolet ! » — Gavarni.

Piston : Importun. — On connaît l’agaçante régularité du coup de piston. — On use du verbe pistonner. — Piston : Préparateur du cours de physique.

Piton : Nez saillant comme un piton vissé dans une planche. — « Ah ! quel nez, quel beau piton ! Chacun dit : Venez donc voir, C’est un marchand d’éteignoirs. — Pecquet, Chansons.

Pitre : « Qui ça, Giroflée ! — Notre pitre donc, notre paillasse. » — E. Sue.

pitroux : Pistolet (Vidocq). — Allusion à la détonation. Au moyen âge, on appelait petereau de petites bouches à feu.

Pituiter : Déblatérer. — Allusion au caractère pernicieux de la pituite. — « On en a déjà assez pituité sur notre compte. » — Lynol.

Piver : Ressort de montre ou de pendule servant à couper les barreaux. — Il revient à la charge contre le fer, comme le piver contre l’arbre qu’il perce de son bec.

Pivois : Vin — Allusion à la couleur rouge de la pivoine. V. Pavillonner, Solir, Tremblant, Artie. — « On s’pousse du pivois à six ronds dans l’battant. » — Chansonnier. impr. Stahl, 1836. — « Avons-je du vin ? — Non. — Apportez du pivois, hé vite ! — Vadé, 1788. — Peut-être aussi est-ce un diminutif du vieux mot piot : vin ? — Pivoiner : Rougir (Vidocq).

Pivot : Plume. V. Servir. — Le bec d’une plume figure assez bien un petit pivot.

Placarde : Place. — Diminutif. V. Parrain.

Plan (Mettre en) : Engager. — « Pour faire à sa belle Un don digne d’elle, L’employé met sa montre en plan. » — Désaugiers, 1815.

Être en plan : Rester en gage chez un restaurateur jusqu’à l’acquittement de sa note.
Laisser en plan : Abandonner. — « Et cet animal de barbier qui me laisse en plan. » — Cormon.
Tomber au plan : Être mis en prison. — « Tu voudrais que je grinchisse sans tracquer de tomber au plan. » Vidocq. — V. Manger.

Planche (Faire sa) : Montrer une froideur excessive. — Sans planche : Sans façon. — « L’écaillère de ses propos poissards vous entretient sans planche. » — Cabarets de Paris, 1821. — Planche au pain : Banc des prévenus.

Plancher : Moquer. — « Est-ce que tu planches ? pour : Te moques-tu de moi ? » — 1808, Dhautel. — Plancherie : Mauvaise plaisanterie. — « I’me propose le bâton. Moi, j’lui dis : Allons donc ! Tu planches. » — Ch., Avignon, 1813. — Planché : Condamné.

Plancher des vaches : « La terre était sa vraie patrie ; la terre, le plancher des vaches. » — J. Janin.

Planque : Cachette. V. Bayafe. — Planquer : Cacher. V. Déplanquer, Enplanquer.

Planque : Observation. — On se cache pour bien observer. — « J’allai en compagnie de H., et le laissant en planque (en observation), je montai chez Chardon. » — Canler.

Platine : « Il a une bonne platine, se dit d’un grand babillard. » — 1808, Dhautel.

Plâtre : Argent (Vidocq). — Il bouche plus d’un trou. Malgré la possibilité de cette image, on doit y voir une allusion à la blancheur de l’argent.

Fille de plâtre : Lorette. Vient du roman écrit sous ce nom par M. de Montépin, pour servir de contre-partie à la pièce des Filles de Marbre. — « Ces femmes ne sont que des filles de plâtre. » — 1860, les Étudiants du quartier latin.

Plein, Plein comme un œuf, comme un sac : Saoul. — « Un homme plein comme un œuf, pour avoir trop mangé.» — Le Duchat, 1738.

pleurant : Oignon (Vidocq). — Il fait pleurer.

Pleut (Il) : « Ces mots il pleut signifient, en langue de francmaçonnerie : Taisons-nous, parce qu’on nous écoute. » Aventures de J. Sharp, 1789.

Plomb : « Gaz caché dans les fentes des pierres, et qui tue comme la foudre le vidangeur qui en est atteint. » — Berthaud. — Plomb : Vérole. — Plomber : Infecter, donner la vérole.

Plombe : Heure. — Onomatopée. — Plombe imite le bruit grave d’une sonnerie de grosse horloge. V. Momir, Crosser. — Plomber : Sonner.

Plongeur : Misérable, déguenillé (Vidocq). — Allusion au costume primitif du plongeur. V. Paffe.

Ployant : Portefeuille. — Un portefeuille se ploie. — « Les dimanches tu grinchiras dans les toles bogues et ployants. » — Vidocq.

Plume : Pince à effraction. V. Caroubleur. — Plume de Beauce : Paille. — On sait combien la Beauce est riche en céréales. On appelle Chartres la ville des pailleux. — « Quelle poésie ! la paille est la plume de Beauce. » — Balzac.

Plumet (Avoir son) : S’enivrer. — Comparaison de la trogne à la couleur rouge d un plumet d’uniforme. — « N’est-ce pas que j’dois vous faire l’effet D’avoir c’qui s’appelle un plumet. Messieurs, c’est le picton ! » — Ch. Voizo, Ch. — M. Alphonse Duchesne a fait une chanson intitulée : J’ai mon plumet. (Paris, Roger, 1863.)

Plus souvent : Jamais. — « Ma sainte te ressemble, Nini. — Plus souvent que j’ai un air chose comme ça ! » — Gavarni.

Pochard, Poche : Ivrogne. (Vidocq, 1837). — Mot à mot : Ivre, ivrogne, homme qui remplit ou qui a rempli de vin la poche de son estomac. — « Je ne sais pas ce que j’ai… je crois que je suis un peu pochard. » — M. Michel.

Pocharder : Enivrer. — « Pisque tu soldes ma de pense, J’n’me pochardrai qu’avec toi. » — Festeau. — Pocharderie : Ivrognerie (Vidocq, 1837).

Pochon : Coup de poing. — « Suivant qu’un pochon bien appliqué vient nuancer un œil ou froisser un nez. » — H. Rolland.

Poigne, Pogne : Main (Vidocq, 1837). — Mot à mot : Main qui empoigne. — « J’ai la poigne solide, ça me suffit, et je vous étrangle. » — E. Lemoine. — Pognon : Argent.

Poil : Réprimande.

Faire le poil : Surpasser. — Mot à mot : raser. — « Personne n’a fait le poil à Gaudissart. » — Balzac. — « Il n’y a pas moyen de me faire le poil. » — Vidal, 1833.
Avoir un poil dans la main : V. Main.
À poils : Un homme à poils est un homme résolu. C’est le brave à trois poils de Molière. — « Des bougres à poil, déterminés à vivre libres ou mourir. » — 1793, Hébert. — « M’est avis qu’il faut z’être un artiste à poil (de mérite) pour ça. » — Désaugiers.
Être à poils : Être nu. — Monter à poils : Monter un cheval sans selle.

Pointe (Pousser sa) : Conter fleurette. — « Que de projets ma tête avorte tour à tour, Poussons toujours ma pointe et celle de l’amour. » — Le Rapatriage, parade du dix-huitième siècle.

poire (Faire sa) : Jouer le dédain, — Allusion à une moue prononcée qui allonge les lèvres en gonflant légèrement les joues. — « Je pourrais m’en targuer et faire ma poire. » — L. Pollet.

Poison : Méchante femme. — « Poison est aussi un sobriquet outrageant que l’on donne aux courtisanes les plus viles. » — 1808, Dhautel.

Poisser : Voler. — Allusion aux propriétés de la poix. — Une main poissée garde volontiers ce qu’elle touche, — V. Baïte, Billon, Philippe.

Se Poisser : S’enivrer, boire trop de poissons. — « Je ne voulais pas boire… mais quand j’ai vu qu’il allait se poisser, je l’ai aidé à vider les bouteilles : c’était pour le sauver. » — La Correctionnelle.

poisson : « Jeune, beau, fort, le poisson ou barbillon est à la fois le défenseur et le valet des filles d’amour qui font le trottoir, » — Canler. — V. Mac, Paillasson.

Poisson : Verre. — Du vieux mot poçon : tasse, coupe. V. Roquefort. — « J’n’ suis pas trop pompette, Viens, je régale d’un poisson. » — Les Amours de Jeannette, ch., 1813. — V. Camphre.

Poitou : Nulle chose. — Mot à mot : point du tout. — Jeu de mots analogue à celui de Niort. — « Tout est à notre usage, N’épargnons le poitou. » — V. Paumer.

Poivre : Ivre. — Du vieux mot poipre : pourpre. V. Roquefort. — Une trogne de buveur s’empourpre volontiers. — « Je voyais bien qu’il était poivre. » — Monselet.

Poivrier : « Voleur dévalisant les hommes ivres aux barrières. » — Canler.

Poivrement : Paiement. — Poivre pris dans ce sens, doit remonter au temps reculé où les épices étaient assez chères pour faire de ce mot un synonyme de Argent.

Poivrer : Vendre trop cher. On dit aussi : Saler (1808, Dhautel).

Poivrer : Donner la vérole. — « Pour se venger d’un homme, elle prit du mal exprès afin de le poivrer. » — Tallemant des Réaux.

Poivrière : Femme malade. — « Va, poivrière de Saint-Côme, je me fiche de ton Jérôme. » — Vadé.

Polichinelle : Canon d’eau-de-vie. — « Polichinel… C’est ainsi que les fiacres nomment une chopine en deux verres. » — Cabarets de Paris, 1821.

Avoir un polichinelle dans le tiroir : Être enceinte. — « Sais-tu ? lui dit sa femme, je crois avoir un polichinelle dans le tiroir. Le mari comprend, la femme est intéressante. » — Figaro.

Polisson : « Toutes les dames et demoiselles qui, pour suppléer au manque de rondeur de certaines parties, portent ce que Mme de Genlis appelle tout crûment un polisson et que nous appelons une tournure. » — Th. Gautier, 1833.

Polka : « Disons quelques mots de cette gigue anglaise croisée de valse allemande, qui fait sautiller aujourd’hui les Parisiens comme autant de coqs d’Inde sur une plaque brûlante. » — E. Arago, 1844.

Faire danser la polka : Battre. — « Ce grand empereur, On lui fera danser la polka. » — Layale, Ch.
On a dit un moment à la polka, pour dire très-bien.
Un petit polka : Jeune homme tiré à quatre épingles, et tellement satisfait d’être invité à un bal, qu’il y danse sans relâche jusqu’au matin. — « Les jolies femmes dédaignent les petits polka. » — Figaro.

pommes (Aux) : Très-bien. V. Ognons. — Nous ne savons si ce superlatif est causé par la folle passion des voyous parisiens pour les chaussons aux pommes, ou s’il faut y voir une locution plus âgée. — « Le feu duc de Brissac (mort en 1651) aimoit tant les pommes de reinette que, pour bien louer quelque chose, il ajoutait toujours de reinette au bout, tellement qu’on lui ouït dire quelquefois : C’étoit un honnête homme de reinette. » — Tallemant des Réaux. — Bath aux pommes : Bien (Lem. de Neuville). — « J’ai mijoté pour ce numéro un petit éreintement aux pommes. » — J. Rousseau.

Pompadour : Coquet, galant. — « C’est Régence, justaucorps bleu, Pompadour, dix-huitième siècle, tout ce qu’il y a de plus maréchal de Richelieu, rocaille, » — Balzac.

Pomper : Boire copieusement. — « À la Courtille, je fais des bêtises quand j’ai pompé le sirop. » — 1830, Mélesville.

C’est un pompier : C’est un fort buveur.

Pompette : Ivre. Du vieux mot pompette : pompon. — Cette allusion à la tronche rouge des buveurs se retrouve dans plumet et cocarde. — « Lupolde, à tout (avec) son rouge nez à pompette, conclud tous ses contes par le vin. » — Contes d’Eutrapel, seizième siècle. — « L’amant lui-même a perdu la raison, et Vénus est entièrement pompette. » — Cabarets de Paris.

Pompier : Ouvrier tailleur travaillant à la journée. — « Les pompiers réunis forment la pompe. Il y a la grande et la petite pompe : la grande, pour les habits et redingotes ; la petite, pour les pantalons et gilets. » — Roger de Beauvoir.

Pompon : Tête. — « Il vous y envoie des pavés que ça brise les pompons. » — H. Monnier. — V. Cocarde. — Avoir le pompon : Être au premier rang. — Allusion au pompon qui distingue les compagnies d’élite. — « À moi le pompon de la fidélité. » — M. Saint Hilaire.

Ponante, Ponisse : Fille publique. (Vidocq, 1837). Du vieux mot ponant : Derrière. V. Fr. Michel. — Le Ponant est le Couchant, en termes de marine. Peut-être est-on parti de là pour appeler ponante une fille qu’on voit toujours au coucher ? » — V. Calège.

Poncif : « Le poncif c’est la formule de style, de sentiment, d’idée ou d’image qui, fanée par l’abus, court les rues avec un faux air hardi et coquet. — Exemples : C’est plus qu’un bon livre, c’est une bonne action. — On ne remplace pas une mère. — Un homme d’esprit et de cœur. — L’horizon politique se rembrunit, etc. » — Aublyet. — « Si chacun de nous racontait ses bonnes fortunes ? — Allons donc, poncif ! Pompadour ! À bas la motion ! » — Th. Gautier, 1833.

Pont : V. Couper.

Ponter : Payer. — Ponteur : V. Miché.

Pontife : Maître cordonnier. V. Pignouf.

Pontonnière : « Fille publique fréquentant le dessous des ponts. » — Canler.

Popote : Table d’hôte, gâchis, ratatouille.

Porte-Maillot : Figurante bonne à porter des maillots, mais incapable de jouer un rôle. — « Je vous demande un peu ! une porte-maillot comme ça. » — Gavarni.

Porte-mince : Portefeuille (Vidocq). — Mot à mot : porte-papier.

Porte-pipe : Bouche. — « Si je lui payais la goutte, car il aime furieusement à se rincer le porte-pipe. » — Vidal, 1833.

Porte de prison : Personne revêche. » — 1808, Dhautel.
Porte-trèfle : Culotte (Vidocq). V. Trèfle.

Porter (En) : Être trompé. — Mot à mot : porter des cornes. — « Dis donc, Miroux…, de quoi donc que Mme Miroux te fait porter ? » — Gavarni.

Pose : Exhibition mensongère d’un défaut, d’une qualité, d’un scintillent ou d’un avantage qu’on ne possède pas. — « L’amour platonique !… en voilà une pose ! » — Gavarni.

Poser : Chercher à paraître ce qu’on n’est pas. — « Que cherches-tu sous les meubles ? — Le naïf pour qui tu poses. » — E. Augier. — « Pose et Poser sont donc substantif et verbe d’un sens vif et prompt, mais d’acceptation nouvelle, laquelle nous vient des arts et a bientôt passé dans le torrent du discours. Poser, c’est ne point vouloir être soi. Pendant le sombre procès de Tulle, toutes les femmes ont posé Mme Lafarge. Hélas ! des êtres sans méchanceté pour deux liards avaient posé Lacenaire quelque temps auparavant, etc., etc. » — Luchet. — « L’homme qui pose se place généralement dans la situation qu’il sait la plus favorable aux avantages physiques que lui a ou que ne lui a pas donné la nature. » — Ed. Lemoine.

Poser : Mettre en évidence. « Voilà un ménage qui pose une femme. » — Balzac. — « C’est une manière ingénieuse… ça pose un homme. » — L. Reybaud.
Poser : Se laisser mystifier. — « Il croyait toujours qu’on allait ce qui s’appelle le faire poser et se moquer de lui. » — Méry.
Poser sa chique : Garder le silence. — « Le roi règne sans gouverner. Si le nôtre un jour s’en écarte, Qu’il aille interroger la Charte ! Elle lui répondra d’abord : Pos’ta chique et fais l’mort. » — Paris chantant, Jules Leroy. — V. Chique.

Postérieur : Derrière. — On dit aussi, par pure délicatesse, le bas du dos, ou le bas de l’épine dorsale, ou les parties charnues, ou le bienséant, etc.

Postiche : Rassemblement sur la voie publique.

Postillon : « Un postillon est une boulette de mie de pain pétrie entre les doigts et renfermant un avis adressé à un détenu. » — Canler.

Envoyer des postillons : Crachotter sans le vouloir au nez d’un interlocuteur.

Potachien, Potache : Collégien. Allusion au chapeau de soie (pot à chien) qui était d’uniforme dans les collèges avant le képi. V. Bahut.

Pot-au-feu : Entreteneur fournissant de quoi faire aller le pot-au-feu. — « L’Anglais : Lorsque nous aimons, Nous finançons, Afin de plaire. D’où vient qu’en tout lieu on dit : un milord pot-au-feu. » — Désaugiers.

Pot-au-feu : Casanier, arriéré. — « Ce n’est pas cet imbécile qui m’aurait éclairée… il est d’ailleurs bien trop pot-au-feu. » Balzac.

Potard : Apprenti pharmacien. — Allusion aux innombrables pots dont il est gardien.

Potasse, seur : Élève de Saint-Cyr, très-bien coté à son cours et très-mal quant aux aptitudes militaires. » — De la Barre. — « Ce mot désigne aussi un piocheur malheureux, candidat très-laborieux, mais échouant aux examens. » — De Vauvineux. — Potasser : Travailler assidûment. — Faire de la potasse : Attendre. — « Voilà une heure que vous nous faites faire de la potasse. » — La Correctionnelle.

Pot-Bouillasser (Se) : Se mettre en ménage. — Mot à mot : faire bouillir à deux le pot-au-feu. — « Les pontonniers s’organisent aux environs de la caserne un ménage légitime ou illégitime ; ils se pot-bouillassent, comme disent les soldats. » — La Bédollière.

Poteaux : Grosses jambes. — Gavarni définit ainsi celles d’une danseuse qui ruine ses amants : « Deux poteaux qui montrent la route de Clichy. ». — V. Dhautel.

Potins : Embarras. commérages. — « De quoi ! on a ses potins comme tout le monde. » — Monselet.

Et le pouce ! Terme ironique pour dire : Il y a beaucoup plus que vous ne dites, le pouce dont vous parlez vaut plusieurs pieds.

Le coup de pouce du détaillant est une manœuvre qui permet de vendre à faux poids avec des balances exactes.
Donner le coup de pouce : Étrangler.

Poudre d’escampette (Prendre la) : Décamper. — Jadis, on disait escamper pour Décamper.

Pouf : Catastrophe financière, fauteuil bas largement capitonné. V. Puff. — « Les pertes que vos trous dans la lune ou vos poufs, pour parler le style du local, lui occasionnent. » — Vidal, 1833.

Pouffiace : Femme sale, avachie.

Poulailler : C’est la partie du théâtre la plus voisine du lustre. Les spectateurs y sont juchés par gradins comme sur un perchoir. — On dit aussi Paradis, parce que ces places sont au ciel, dont le soleil est le lustre.

poulet d’Inde : Cheval. — « Trois poulets d’Inde et puis monsieur feraient un fringant attelage. » — Vadé, 1755.

Poupard : « Un petit poupard (vol préparé de longue main) que nous nourrissons depuis deux mois. — E. Sue. — V. Nourrir.

Poupée : Soldat (Vidocq). — Allusion à la raideur militaire.

Poupée : Prostituée. — « Je m’en fus rue Saint Honoré pour y trouver ma poupée. » — Vidal, 1833. — En 1808, on disait une poupée à ressorts. V. Dhautel.

Poupoule : Mot d’amitié. Il va sans dire qu’un coq est censé le prononcer. — « Reste avec ta poupoule. » — E. Lemoine.

Pourri : Vénal, corrompu. — « Or, dans le cas où M. de la Baudraye serait acquis au gouvernement, Sancerre devenait, plus que jamais, le bourg pourri de la doctrine. » — Balzac.

Pourri de chic : Rempli d’élégance.

pousse : Gendarmerie. — Mot ancien. V. Roquefort. Il confirme le sens que nous avons donné à son synonyme Cogne. — « Archer, recors, exempts, Et tout ce que la pousse a nourri de vaillants. » — Grandval, 1723.

Pousse-cailloux : Fantassin. — Allusion à la marche du piéton. — « Votre frère était dans les dragons, moi, j’étais dans les pousse-cailloux. » — Balzac. — « Cavalier… tu arriveras au grade de maréchal des logis à force de trotter… Parole d’honneur ! Vaut mieux pousser les cailloux et devenir capitaine. » — Vidal, 1833.
Pousse-café : Petit verre de cognac, pris après le café. — « Ensuite nous avons pris le café, le pousse-café, le repousse-café. » — Voizo, Chansons.
Ce qui se pousse : Monnaie. Allusion à l’acte de compter des écus.

Poussière : Réprimande, charge victorieuse. — Connu dès 1808.

Pousser dans le battant (Se) : Boire. V. Pivois.

Poussier : Poussière. — Poussier : Lit. — La poussière n’y manque pas. — « Je lui paie son garni de la rue Ménilmontant, un poussier de quinze balles par mois. » — Monselet. — Poussier : Monnaie (Vidocq).

Pratique : Soldat indiscipliné, homme débauché, pratique de mauvais lieux. — « C’était une pratique qui se démenait comme un enragé entre les mains de la Garde. » — Vidal, 1833. — « Tout cela n’est que de la pratique ; ils t’ont fait voir le tour comme des gueux. » — Monselet.

Pratique : Instrument servant à imiter la voix de Polichinelle. — « Polichinelle le cynique Doit renfermer sa pratique. » — Complainte sur les jours gras, Paris, 1826, impr. Stahl.

Pré, Grand pré : Travaux forcés. — « Ne crains pas le pré que je brave. » — Vidocq. — On dit aussi le grand pré. — « Du grand pré tu te cramperas pour rabattre à Pantin lestement. » — (Id.). — Aller faucher au pré quinze ans : Avoir quinze ans de galères. — Le mot est imagé et doit être fort ancien, car le grand pré est ici la mer dont les anciens galériens coupaient en cadence de leurs longs avirons les ondes verdâtres, comme des faucheurs rangés dans une prairie. On sait qu’autrefois tous les condamnés ramaient sur les galères du Roi.

Prédestiné : Mari trompé. — « Prédestiné signifie destiné par avance au bonheur ou au malheur… Nous donnons à ce terme une signification fatale a nos élus. » — Balzac.

Premier-Paris : « Un grand article, appelé Premier-Paris, contenant des réflexions sur la situation. C’est une série de longues phrases, de grands mots qui, semblables aux corps matériels, sont sonores à proportion qu’ils sont creux. » — Alph. Karr.

Presse (Mettre sous) : Mettre en gages. — En 1808 on disait mettre en presse. — Dans le monde galant, être sous presse signifie Être en conférence intime. — « C’est parce que nous avons été mis trop de fois sous presse, qu’aujourd’hui nous sommes tant dépréciées. » — Lynol.

Preu : Premier. — Diminutif ancien déjà donné dans la Farce de Pathelin. — « Tiens, v’la le bijoutier du n° 10 qui vous a loué tout son preu (premier étage). » — H. Monnier.

Prise de bec : Engueulement. — « Entendez-vous son organe. Elle a une prise de bec avec Angelina. » — 1860, les Étudiants.

Profonde : Poche. — « Ils se désignent entre eux sous le nom de fouilleurs de profondes. » — Paillet.

Profonde : Cave. — « Je vais à la profonde vous chercher du frais. » — Vidocq.
Dans les deux mots, même allusion de cavité.

Promont : Procès (Vidocq) — Corruption de mot.

Propre : « Il est propre se dit d’un homme qui s’est mis dans de mauvaises affaires. » — 1808, Dhautel.

Protéger : Entretenir. — « Votre monstre d’homme protège Jenny. » — Balzac. — Protecteur : Entreteneur.

Proute : Plainte. — Allusion facile à saisir si on se reporte au sens de péter.

prune, neau : Projectile — Allusion de forme. — « C’est tout de même vexant d’avoir échappé si souvent aux prunes pour être tué comme un chien enragé. » — E. Sue. — « Quand j’ai reçu le pruneau, j’ai dit : Bien, c’est le bon ! — L. Reybaud.

Prusse (Pour le roi de) : « Manière fort en usage de parler pour dire que l’on a fait quelque chose en pure perte. » — Dhautel, 1808. — « S’ils viennent ce sera pour le roi de Prusse. » — Cogniard 1831.

Prussien : Derrière. V. Camboler. — Les déroutes d’Auerstadt et d’Iéna, où les Prussiens n’ont pas tardé à tourner le dos, ont pu naturaliser dans nos troupes cette plaisanterie. — En 1825, on a publié un Guide du Prussien ou Manuel de l’artilleur sournois. — « Le général Kléber À la barrière d’Enfer Rencontre un Prussien Qui lui montra le sien. » — Chanson populaire.

PUANT : Homme aux manières irritantes qu’on ne peut pas sentir. Se dit surtout de ceux qui affectent des allures fashionables. — « Ce petit puant... un petit maître toujours sans conséquence. » — Parodie de Zaïre dix-huitième siècle.

PUBLIC (Se fiche du) : V. Peuple.

PUCES (Trouver des) : Trouver motif de querelle. — « Et pourtant la Giraudeau a trouvé moyen de me trouver des puces. » — La Correctionnelle. — Celui qui cherche querelle saute sur le moindre motif comme celui qui essaie de prendre une puce au bond.

PUFF : Réclame effrontée. — Mot anglais. — « Le Lafayette du puff qui en matière de réclames est le héros des deux mondes. » — Heine.

Puffiste : Faiseur de puffs. — « Ne laissant nulle trève à l’essaim des puffistes. » — Commerson.

Puff : Banqueroute — « Il serait homme à décamper gratis. Ce serait un puff abominable. » — Balzac. — V. Pouf.

PUR-SANG : Cheval de race. — « Célestine hochait la tête comme un pur- sang avant la course. » — Balzac.

PUTAIN (Fils de) : Injure à laquelle le peuple n’attache la plupart du temps aucune idée fixe. — « J’ai entendu une poissarde dire à son fils : Petit polisson ! attends, fils de putain, je te ferai voir que je suis ta mère. » — 1808 Dhautel. (Note manuscrite.)

Miroir à putains : Garçon dépourvu de distinction mais riche de cette beauté banale qui séduit le commun des femmes.

Putipharder : Violer sans plus de façons que la femme de Putiphar. — « Ces diables de gens il faut vraiment les putipharder pour avoir l’honneur de peindre leurs silhouettes. » — Champfleury.


Quantum : Caisse somme d’argent. — Latinisme. — « Encore cent mille francs ! il est allé faire une saignée nouvelle à son quantum. » — Ricard.

Quarante-cinq : « Bon ! quarante-cinq à quinze ! » — Exclamation proverbiale toutes les fois qu’on voit briser beaucoup de verre ou de vaisselle. Signifie sans doute : quarante-cinq pièces à quinze sous. V. Dhautel 1808.

Quart : Station d’une fille sur la voie publique ; tolérée par la police de sept à onze heures du soir, elle équivaut en effet au quart des marins. — « Je n’ai plus besoin de faire mon quart. » — Montépin.

Quart d’agent : Propriétaire du quart de la valeur d’une charge d’agent de change. — « Une bourrasque fit sombrer son quart d’agent dans l’océan de la Bourse. » — Achard. — Il y a des cinquièmes, sixièmes, voire des dixièmes d’agents. — On dit de même : Un quart d’auteur dramatique.

Quart d’œil : « Quarante-huit commissaires de police veillent sur Paris comme quarante-huit providences au petit pied ; de là vient le nom de quart d’œil que les voleurs leur ont donné dans leur argot, puisqu’ils sont quatre par arrondissement. » — Balzac. — Comme le mot est antérieur à l’organisation susdite, nous y voyons plutôt une allusion à l’ancienne robe noire des commissaires dite cardeuil. V. Fr. Michel. — V. Parrain.

Quasimodo : Homme hideusement contrefait. Du nom d’un type de la Notre-Dame de Paris de Victor Hugo.

Quelque part : Derrière. — « Je vais aller lui mettre un grain de sel quelque part. » — P. de Kock.

Avoir quelque part : Être ennuyé au suprême degré. Synonyme d’en avoir plein le dos. Seulement cela se prolonge un peu plus bas. — « Pour ce qui est de la rousse et du guet, Je les ai queuqu’part. » — Cabassol.

Quelqu’un (Faire son) : Trancher du personnage. — « Si madame fait un peu sa quelqu’une. » — Balzac.

Quenotte : Petite dent. V. Dhautel 1808. — « Ouvre la gargoine. Prends le bout de ce foulard dans tes quenottes. » — E. Sue. — V. Domino.

Queue (Faire la) : Escroquer. V. Perruque. — « Giromont finissait de compter son argent et disait : le scélérat m’a fait la queue. » — E. Sue.

Faire la queue : Tromper. — « Il faut se contraindre et vous avez un fameux toupet si vous parvenez à lui faire la queue. » — Phys. de la Chaumière, 1841.
Queue : Infidélité galante. — « Je connais un général à qui on a fait des queues avec pas mal de particuliers. » — Gavarni.
Queue romantique : Jeu de mots altérant le sens raisonnable de la phrase. Murger a ridiculisé cet exercice dans sa Vie de Bohème. Dès 1751 paraissait une Histoire du prince Camouflet qui peut passer pour un recueil complet de ces stériles tours de force. C’est de là que datent « je le crains de cheval, — sous un beau ciel de lit bassiné, » etc.
Ruban de queue : « Comme ces grandes routes ruban de queue de quatre ou cinq lieues de long qui rien qu’à les voir toujours toutes droites, vous cassent les jambes. » — E. Sue.
Queue-rouge : Paillasse grotesque dont la perruque est nouée par un ruban rouge. — « Le public préfère généralement le lazzi au mot et la queue-rouge au comédien. » — De la Fizelière.
Queue de rat : Tabatière dont le couvercle de bois était soulevé par une longue et étroite lanière de cuir. — « Une de ces ignobles tabatières de bois vulgairement appelées queues de rat. » — Ch. Hugo.
Queue de renard : Trace de vomissement. V. Renard.

Quibus : « Il a du quibus, c’est à dire des écus, de quibus fiunt omnia. » — Le Duchat, 1738.

quille : Jambe. En 1455 les gueux ou coquillards de Dijon se servaient déjà du mot quilles dans le même sens. La chose nous est prouvée par un texte curieux qu’a publié l’archiviste de la Côte-d’Or, M. Garnier. — « La madame du pavillon qui met ses bas ! — Plus que ça de quilles ! » — Gavarni.

Quinquet : Œil brillant (Vidocq, 1837) comme la lampe Quinquet qui passa en son temps pour un phénix de lumière. On dit : Quelle paire de quinquets ! V. Esbrouffer.

Quinze ans et pas de corset : Se dit en parlant d’une femme dont les appas ont la fermeté de la jeunesse. Employé souvent avec ironie.

Quinze-vingt : Aveugle ainsi nommé à cause de l’établissement qui lui sert d’asile à Paris. — « Je suis obligé de demander mon chemin comme un quinze-vingt. » — La Correctionnelle.




Rabibocher : Raccommoder. V. Collant. — « N’en parlons plus ! Il faut que je me rabiboche avec vous. » — E. Sue.

Rabiot : Temps pendant lequel le soldat peut être forcé de rester à son corps après sa libération. Il y eut plus d’un rabiot en Crimée. — Restant de soupe laissée au fond de la gamelle (De Vauvineux).

Raboin : Diable (Vidocq). V. Abadis.

Raclée : Rossée. C’est plus qu’une frottée. — « Ça lui procura de leur part quelques belles raclées. » — L. Desnoyer.

Raclette : Ronde de police. — Elle racle les gens sans aveu sur son passage. V. Balai.

raccourcir : Guillotiner — La perte de la tête raccourcit. Mot de création républicaine ainsi que les synonymes ci-joints : — « La louve autrichienne va être à la fin raccourcie… — Jusqu’à ce qu’ils aient tous craché dans le son… — Pour faire mettre promptement la tête à la fenêtre à la louve autrichienne… — Ses bons avis à la Convention pour qu’elle fasse promptement jouer le général Moustache à la main-chaude… — Qu’il fasse promptement passer sous le rasoir national le traître Bailly. » — 1793 Hébert.

Le rasoir national est le fatal couperet. — Cracher dans le sac montre la tête coupée sautant avec un jet de sang dans le sac de son.
Mettre la tête à la fenêtre et jouer à la main-chaude font allusion à l’attitude du supplicié. — La fenêtre, c’est la lunette où passe la tête du supplicié qui à genoux, mains liées derrière le dos, attend le coup comme à la main-chaude.

Rade, Radeau : Comptoir, Tiroir. — Allusion aux radis qu’on y met. — « La rade est le comptoir du marchand de vin. Le radin c’est l’argent du comptoir, par abréviation le radi. On dit n’avoir pas un radi pour n’avoir pas un sou. — A. Monnier.

Radin, Radis : Argent monnayé. — Corruption da maravédis. — « En vain je cherchai dans ma poche, Il ne m’restait plus un radis. » — Hardy, Chansons. — Faire un radin : Voler l’argent du comptoir. V. Fête, Demi-Aune.

Raffale : Misère. — Mot expressif — Raffalé : Misérable, dépouillé par la raffale de la mauvaise fortune. — « Tous les hommes sont des raffalés, des pingres. » — Lynol.

Rafiau : Bâtiment léger. — «J’vas joliment gréer notre rafiau, tu verras. » — Phys. du Matelot, 1843.

Ra-fla : Notes rudimentaires de la batterie du tambour. — « Le tambour-major bat la mesure des ra et des fla. » — M. Saint-Hilaire.

Rafraîchir d’un coup de sabre (Se) : Se battre. — Allusion à la sensation du froid qu’on éprouve en sentant la lame pénétrer dans les chairs. — « Un officier lui demanda s’il voulait se rafraîchir d’un coup de sabre. » — Ed. Lemoine.

raide, rude : Eau-de-vie qui gratte le gosier. On dit par analogie : C’est un peu raide, c’est d’une exigence difficile à supporter. — « Comme dit le proverbe un peu de raide fait grand bien. » — L. Bardas.

Être raide, Raide comme la justice : Être ivre sans vouloir le paraître, se redresser avec affectation. — « Dis donc Jules tu as bien dîné. — Il est raide. » — Monselet.
Raide comme balle : Rapide comme un projectile. — « Il a filé son chemin raide comme une balle. » — Vidal 1833.

Raille : Police, agent de police. — Du mot égrailler : racler. Le raille vous engraille, comme la raclette vous racle. — « La raille maron te servira pour un deuxième gerbement. » Vidocq. — V. Cigogne.

raisiné : Sang. — Allusion de couleur. — « Tu es sans raisiné dans les vermichels. » — Balzac. — V. Dariole.

Raleur : Les bouquinistes de Paris appellent ainsi ceux qui ont l’habitude de lire à leurs étalages sans rien acheter.

Raleuses : Les raleuses sont des racoleuses ou courtières lâchées par les marchands (du Temple) sur le gonze pour le forcer à acheter. » — Mornand.

Rama : « Des riens constituent chez certaines classes parisiennes un esprit drolatique dans lequel la bêtise entre comme un élément principal et dont le mérite consiste particulièrement dans le geste et la prononciation. Cette espèce d’argot varie continuellement. La plaisanterie qui en est le principe n’a jamais un mois d’existence. Un procès en cour d’assises, une chanson des rues, les farces d’un acteur, tout sert à entretenir ce jeu d’esprit. La récente invention du Diorama qui portait l’illusion de l’optique à un plus haut degré que dans les panoramas avait amené dans quelques ateliers de peinture la plaisanterie de parler en rama. » — Balzac. — « Eh bien ! monsieur Poiret, dit l’employé, comment va cette petite santérama ? » — Id.

Ramasser : Arrêter. — « Ce qu’elles craignent par dessus tout, c’est d’être ramassées sous le cruel prétexte de vagabondage. » — M. Waldor.

Se ramasser : Se relever après une chute.

Ramastiqueur : Filou ramassant à terre des bijoux faux perdus par un compère et les cédant à un passant moyennant une prime qui dépasse leur valeur réelle.

Rambuteau : Guérite-urinoir — Du préfet qui en a doté la voie publique.

Rampe (Lâcher la) : Mourir. — Mot à mot : dégringoler l’escalier de la vie. — « Ton oncle s’est laissé mourir ? — Le pauvre cher homme ! Il vient de lâcher la rampe.» — Tintamarre.

Rapiat : Auvergnat, avide, avare. — Dhautel. (1808) fait venir ce mot de Rapiamus. — V. Flanelle.

Rapin : « Ce joyeux élève en peinture qu’en style d’atelier on appelle un rapin.» — Balzac.

Rapioter : Rapiécer. — « Monsieur, faites donc rapioter les trous de votre habit.» — Mornand.

Rappliquer : Revenir (V. Flacul), Répliquer (V. Suage).

Raser : Railler. Jadis on disait faire la barbe. — « Pour aviser au moyen de faire la barbe à la municipalité de Paris. »" — 1793, Hébert. — « On a commencé à dire des blagueurs. Aujourd’hui, on dit des raseurs.» — Gazette de Paris.

Raseur : « Le raseur est l’individu qui croit vous intéresser infiniment par le récit des choses les plus ennuyeuses dont sa mémoire est ornée. — Une fois qu’il tient votre bras, le raseur ne vous quitte plus.» — A. Scholl, 1853.

Raspail : Liqueur de Raspail, eau-de-vie. — « Ami, prends un sou de raspail, Pour rincer de tes dents l’émail.» — La Maison du Lapin blanc, typ. Appert.

rat : « Le rat est un des éléments de l’Opéra, car il est a la première danseuse ce que le petit clerc est au notaire… — Le rat est produit par les portiers, les pauvres, les acteurs, les danseurs. Il n’y a que la plus grande misère qui puisse conseiller à un enfant de huit ans de livrer ses pieds et ses articulations aux plus durs supplices, de rester sage jusqu’à dix-huit ans uniquement par spéculation et de se flanquer d’une horrible vieille comme vous mettez du fumier autour d’une jolie fleur… — Un rat à onze ans est déjà vieux. Dans deux ans elle peut valoir 60,000 francs, être rien ou tout, un nom célèbre ou une vulgaire courtisane. — Roqueplan. 1841.

Rat : Bougeoir bougie mince et tortillée dont le brin rappelle la queue du rat. — « Je vous demanderai la permission d’allumer mon rat. » H. Monnier.
Rat : Avare, pauvre. — « Je vous dénonce mon propriétaire qui est un rat fini. " — Bertall.
Rat : « Petits pégriots qui se cachaient à la brune sous un comptoir afin d’ouvrir la nuit la porte du magasin à leurs collègues. Il paraît qu’on ne fermait qu’au pène les boutiques dans ce temps-là. Aujourd’hui le rat qui restera en vedette chez un marchand de vin aurait besoin de ses amis du dehors pour le délivrer. » — A. Monnier.
Rat : « Cette expression s’applique à tout retardataire de l’École polytechnique. Quiconque après son examen de sortie est exclu par son rang des ponts et chaussées est rat de ponts ; le rat de soupe est celui qui arrive trop tard à table. » — La Bédollière.
Rat de prison : Avocat. — Allusion aux visites qu’il rend aux prisonniers.
Mon rat : Terme d’amitié.
Rat : Caprice, fantaisie trottant comme un rat dans la cervelle. V. Dhautel, 1808.
Courir le rat : Voler la nuit à l’auberge (Vidocq).

Rata : Abréviation de ratatouille. — « Pour le rata : faites bouillir de l’eau, prenez des pommes de terre, jetez le légume choisi dans la bassine, ajoutez 3 kilogr. de lard par cent hommes, remuez et servez. » — La Bédollière.

Ratichon, Rasé, Raze, Razi : Prêtre. — Mot à mot : ratissé, rasé. — Allusion à sa tonsure et à sa figure rosée. V. Momir.

Ravageurs : « Ils travaillent un instant après la pluie. Alors l’eau a charrié dans les rigoles ménagées par le pavé tous les morceaux de clous et de ferraille qu’elle a pu emporter en passant… La besogne faite, ils vendent un sou la livre leur misérable butin. » — Berthaud, 1846. — La police a fait cesser cette exploitation. — Les Mystères de Paris montrent cette industrie s’exerçant en grand sur les ports de la Seine : S’avançant dans l’eau aussi loin qu’il peut aller, le ravageur puise à l’aide d’une longue drague le sable de rivière sous la vase, puis il le lave comme un minerai et en retire une grande quantité de parcelles métalliques. » — E. Sue.

Ravignolé : Récidive. — « Je n’ai pas coqué mon centre de taffe du ravignolé ; ainsi si vouzailles brodez à mezigue, il faut balancer la lazagne au centre de Jean-Louis Laurant, au castuc de Canelle (Caen). »

Razzia : Rafle rasant tout sur son passage. — Le mot date de notre guerre d’Afrique. En France au quinzième siècle on disait dans le même sens reize — « Il exerçait de véritables razzias à l’endroit des tasses de chocolat. » — A. Second.

Réac : Réactionnaire. — Date de 1848. — « Il s’agira seulement d’applaudir nos orateurs — et d’aplatir les réacs. » — Chenu.

Réaliste : Artiste ou romancier s’appliquant à reproduire dans toute leur vérité les scènes de la vie réelle sans rien idéaliser. Bien qu’employé à la fin du dix-huitième siècle par Rétif, le mot est nouveau mais l’école est de haute antiquité.

Rebâtir : Tuer. — Équivoque. — Pour rebâtir il faut démolir. V. ce mot. — « Si tu consens à nous laisser rebâtir le ratichon et sa larbine nous irons pioncer dans le sabri du rupin de ton villois, à cinquante paturons de la chique de la daronne du mec des mecs. » — Vidocq.

Réchauffer : Ennuyer (Vidocq). — On trouve une analogie dans l’acception de bassinoire. — C’est du réchauffé : Cela ne vaut plus rien.

Reconnobler : Reconnaître (id.). V. Parrain.

Refaire : Tromper. V. Faire. — « Dindonné, ce que nous appelons refait au même. » — Balzac.

Refaiter : Prendre un repas. — Vieux mot. — V. Pavillonner. — Refaite du matois : Repas du matin — Refaite de coni : Viatique, repas de mourant.

Refiler : Donner un vol nourri, suivre.

Refroidir : Tuer. — On dit glacé par la mort. — V. Suage.

Régence : Digne des roueries galantes de la cour du régent. — « C’est régence, c’est Louis XV, Œil-de-bœuf ! C’est très-bien. » — Balzac.

Regon : Dette. — Regonser : Devoir (Bailly).

Regout (Faire du) : Être arrêté. — « Poissons avec adresse mezières et gonzesses sans faire de regout. » — Vidocq.

Réjouissance : Os glissé par les bouchers dans la viande pesée à leurs pratiques. — « Pour mieux les embêter dans le poids et la réjouissance. » — Cabarets de Paris, 1821.

reluit : Jour, œil. V. Coquer, Luisant, Chasse.

Reluquer, Rembroquer, Remoucher, Remouquer : Remarquer, examiner. V. Chasse, Temps, Moucharde, Bonne, Abadis, Béquille, Bayafe. — Rembrocage de parrains : Confrontation.

Renard (Piquer un) : Vomir. — On a commencé par dire écorcher le renard. — Le renard est une bête si puante qu’on s’expose à vomir de dégoût en voulant l’écorcher. — « Et tous ces bonnes gens rendoient leurs gorges devant tout le monde, comme s’ils eussent escorché le regnard. » — Rabelais. — Le voyageur Jacques Lesaige dit en faisant allusion aux effets du mal de mer : « Loué soit Dieu ! J’avons bon apétit car je n’avois fait que escorchier le regnart. (1518) » — V. Gaz.

Queue de renard : Longue trace de vomissement. — « Un homme sans éducation qui a fait une queue de renard dans le plat de son voisin. » — Cabaret de Paris, 1811.
Renarder : Vomir. — « Je suis gris… Vous me permettrez de renarder dans le kiosque. » — Balzac — On disait autrefois renauder. V. Roquefort.

Renard : « Pour être compagnon, tu seras lapin ou apprenti, plus tard tu passeras renard ou aspirant. » — Biéville. — V. Chien.

Renauder : Renâcler (Vidocq). — Signifiait jadis vomir. V. Roquefort. — « Quand elle quête, merci ! Chacun renaude ou détale. » — Léonard, parodie 1863.

Rencontre (Vol à la) : « Variété du vol à la tire. Il est opéré par deux compères : le premier heurte un passant dont il détache la chaîne qui est aussitôt remise au second ; puis il s’éloigne en s’excusant et se laissant fouiller, si on découvre le vol. » — Canler.

Rêne (Saisir la troisième) : S’accrocher à la crinière d’un cheval sur lequel on ne peut se maintenir.

Renfoncement : Forte bourrée. — « On l’accabla de renfoncements, il lui fut impossible de s’expliquer. — Chenu.

Rengracier : Devenir honnête, rentrer en grâce de la société. — « Jamais tu ne rengracieras. Plutôt caner en goupinant. » — Vidocq.

Renifler : Sentir deviner (Vidocq). V. Pante.

Renifler : Refuser d’aller plus avant. — « Si ce n’avait pas été l’heure, j’aurais reniflé. » — Monselet.

Renquiller : Rentrer. De quille. V. Pavillonner.

Repiger : Rattraper. — « Attends toi ! si je peux te repiger un jour. » — Moinaux.

Repiquer : Recommencer, reprendre le dessus, se tirer d’une mauvaise passe. — « On repique son chaste cancan. » — 1846 P. d’Anglemont.

Reporter : V. Liquid.

repoussant : Fusil. — Il repousse l’épaule.

Retourne (De quoi il) : Ce qui se produit de nouveau. Terme de jeu de cartes où la retourne de l’atout indique en effet l’apparition d’une couleur inattendue. « Voici de quoi il retourne pour le quart d’heure. — E. Texier.

Revenir sur l’eau : Sortir d’un mauvais pas. — « Le voilà qui revient sur l’eau, cet agneau adoré. » — L. Reybaud.

Reste (Donner son) : Accabler, tuer quelqu’un. — « Mais zeste ! Lowendal leur ficha son reste. » — Vadé 1750. — Ne pas demander son reste : Rester anéanti.

Retapé : Mis proprement — « Elle est joliment retapée et requinquée le dimanche. » — Vidal.

Retappe (Faire sa) : Raccrocher. — « C’est moi qui lui ai donné l’idée de faire sa retappe avec un costume décent et un carton à chapeau à la main. » — Cinquante mille Voleurs de plus à Paris, Paris, 1830 in-8. — Vient de l’argot des voleurs qui disaient aller à la retape, pour : s’embusquer sur le grand chemin. — Mot à mot : attendre l’occasion de retaper sur les passants.

Richelieu : Aussi roué que le galant maréchal de ce nom. — « Tout le benjoin d’une galanterie à 80 degrés Richelieu. » — Murger.

Richement laid : Aussi laid que possible.

Riflard : Parapluie. — D’une pièce de Picard, la Petite Ville (1801), où l’acteur chargé du rôle de Riflard paraît armé d’un énorme parapluie. — « Il pleuvait à verse ; elle était sous son riflard. » — Lubize.

Riffauder : Brûler. V. Flacul. — Rifle : Feu, flamme. — « Je remouche au coin du rifle un sinve qui roupillait. J’ai sondé dans ses profondes. » — Vidocq. — V. Coquer.

Rigolboche : Amusant drôle. — Diminutif de rigollot. — « C’était au Prado… La querelle allait son train… Les agents s’approchèrent… Laissez-les donc ! m’écriai-je, sans doute inspirée, c’est bien plus rigolboche ! — Le mot fut sur-le-champ acclamé. — Marguerite, me dit C., tu viens de créer un mot qui fera fortune. » — 1860, Mémoires de Rigolboche.

Rigolbocher : Cancaner à la façon de Rigolboche, danseuse dont les lignes précédentes expliquent le} nom et la vogue. — « Nous rigolbochons parfois à Bullier. » — 1860, Les Étudiants.

rigoler : Rire, se divertir. Vieux mot. — Dès 1373, Du Cange en cite des exemples au mot Rigolamentum. « Et frère Jean de rigouller, jamais homme ne feut tant courtois ny gracieux » — Rabelais. — « Qu’est-ce qui chante ? je veux de quoi rigoler ! moi. » — Champfleury. — V. Hariadan, Lansquiner.

Rigolot, rigolette : Homme ou femme de gai naturel. — « Rigolos et vous rigolettes, Gais enfants d’l’atelier. » — A. Joly, Ch. — On dit aussi dans le même sens : Rigolot pain de sucre. — C’est rigolot : C’est amusant.

Rincée : « Il a reçu une bonne rincée, il a été battu, étrillé comme il faut. » — 1808. Dhautel.

Rincer : Dévaliser. — «Des malfaiteurs crurent pouvoir rincer la caisse du juif. » — Balzac.

Rincer : Battre. — « Un général, fût-il un prince, Fond sur l’ennemi et vous le rince. » — Favart, — 1750. — « Tu m’as rincé, et personne ne peut se vanter de me mettre le pied sur la tête. » — E. Sue.
Rincer le gosier, le cornet, le sifflet, l’avaloir, la dalle : Faire boire. V. Sifflet. — « S’il cajole la cantinière, elle lui rince le gosier. » — Wado, Chansons. — « Tu peux te rincer le cornet, ça rend toujours un homme aimable. » — Cabassol. — « Quand vous rincez votre avaloir, Vous êtes prié de quitter le comptoir. » — La Maison du Lapin blanc, typ. Appert. — « Avec ces messieurs j’bois. Oui, nous nous rinçons la dalle. » — Léonard, parodie.
Il a été bien rincé : « Il a été bien mouillé. » — 1808, Dhautel.

Riolle : Divertissement. — De rigoler. — « Pitanchon, faisons riolle, Jusqu’au jugement. » — Grandval, 1723.

Ripatonner : Raccommoder. — Mot à mot : réparationner. — « On ripatonne un livre en publiant une édition revue et corrigée ; on ripatonne un édifice en le recrépissant. » — La Bédollière.

Riquiqui : Eau-de-vie. — « Tiens ! pour te guérir, je t’apporte une goutte de riquiqui. » — La Femme comme on en voit peu, ch., 1789.

Rivancher : V. Tremblant. — Rivette : V. Tante.

Riz-pain-sel : « À l’armée, où les agents du service des subsistances distribuent les vivres aux compagnies, on leur donne le sobriquet de riz-pain-sel. » — La Bédollière.

Rober : Dérober (Vidocq). — Vieux mot.

Robert Macaire : Variété du cancan. — Allusion à la danse de Robert Macaire au premier acte de l’Auberge des Adrets. — « Magistrats et docteurs commencent leur carrière, En se faisant danseurs De la Robert Macaire. » — 1841, Phys. de la Chaumière. — V. Macaire.

Robinson : Parapluie. — Usité depuis la représentation d’une pièce de Pixérécourt, où Robinson apparaissait avec son grand parasol.

Rocaille, Rococo : Dans le goût de l’époque de Louis XV. — « L’amour des rocailles, mot qui caractérise l’ameublement du règne de Louis XV. » — Roqueplan. — « La chambre de madame était meublée dans le genre rococo. » — Balzac.

Rococo : Suranné. — « Ce mot nouveau est celui de rococo, et me semble être appliqué, par la jeunesse innovatrice, à tout ce qui porte l’empreinte du goût, des principes ou des sentiments des temps passés. » — Trollope, 1835.

Rochet : Prêtre (Vidocq). — Allusion au rochet ou camail qui couvre ses épaules. V. Suage.

Rogneur : Fourrier. — Mot à mot : rogneur de portions. — Allusion aux vins et aux vivres de campagne sur lesquels un fourrier peu délicat prélève parfois une dîme indue. — « Gratte-papier, rogneur, traîne-paillasse, Hardi pillard aux deux galons d’argent, De vingt surnoms que sur lui l’on entasse, Le fourrier rit, et se moque en chantant. » — Wado, Chansons.

Romain : Claqueur. — Allusion aux Romains qui applaudissaient Néron. — « Sous le lustre avec les romains du parterre. » — P. Borel, 1833. — Romain : fantassin. — Allusion à la forme romaine du poignard d’infanterie.

Romanichels : « Voleurs exploitant l’Europe entière sous les allures de marchands forains. Ils se marient entre eux, voyagent constamment et se prêtent assistance en cas d’arrestation. » — Canler.

rond : Saoul. — « Descendant d’la guinguette, Un soir que j’étais rond. » — Les Amours de Jeannette, chanson, 1813.

Rond : Sou. — Le sou est rond. — « Aboule tes vingt ronds, bêta ! » — Montépin. — V. Balle, Roue.

Rondine : Bague. — Même allusion. V. Vague.

Rondiner : Battre à coups de bâton. — Mot à mot : de rondin. — « Qu’il est doux de pouvoir rondiner un ingrat. » — Le Rapatriage, parade du dix-huitième siècle.

Rondiner des yeux : Faire les yeux ronds à quelqu’un.

Rosse, Rossard : Homme mou, lâche. — « Quell’rosse qu’tu fais ! T’es mon ami tout d’même. » — Protat.

Rossée : Grêle de coups.

Rossignol : « Ce sobriquet de rossignol était donné par les libraires aux ouvrages qui restent perchés sur les casiers dans les profondes solitudes de leur magasin. » — Balzac. — Les marchands de nouveautés donnent le même nom aux étoffes passées de mode.

Rossignol : Fausse clé — « Après, j’ne manquerai pas de raisons Pour rossignoler les maisons.» — Festeau, 1832.

Rotin : Sou. — Diminutif de rond. — « Si par hasard ils se lâchent d’un déjeuner de vingt-cinq rotins. » — Lynol.

Roublard : Richard. — Mot à mot : homme à roubles. — S’il faut en croire le Figaro du 27 novembre 1858, on appelle aussi roublart un chevalier d’industrie extorquant des directeurs de jeux une somme qui lui. permette de regagner son pays, après une perte dont il exagère la valeur.

Rouchi : Personne méprisable. « Veux-tu te cacher, vilain rouchi. Tu reviendras quand tu seras blanchi. » — 1844. Catalogue poissard. — Du vieux mot rouchi : mauvais cheval. V. Roquefort.

roue de derrière, de devant : « Pièces de cinq, deux francs. » — Vidocq, 1837. — Allusion au diamètre respectif des roues de voiture. — « Roues de derrière… expression des cochers pour dire pièces de cinq francs. » — Cabarets de Paris, 1821. — « Je peux solir pour une roue de derrière ce qui m’a coûté cinquante ronds, c’est-à-dire vendre pour six francs ce qui m’a coûté cinquante sous. » — Avent. de J. Sharp, 1789.

Roué : Juge d’instruction (Vidocq) — Il doit l’être.

Rouge : Révolutionnaire acceptant le drapeau rouge.

Rouget : Cuivre. (Vidocq). C’est le cuivre rouge. Le cuivre jaune est le paillon.

Rouillarde : Bouteille (Vidocq). — Mot à mot : chose qui se roule.

Roulance : « Roulement général que font les ouvriers typographes à coups de composteurs sur leurs casses, à la rentrée d’un confrère qu’ils viennent de mystifier. » — Ladimir.

roulant, roulotte : Voiture. V. Dhautel, 1808. — « Tout ce maquillage ne te fera pas démarger en roulotte (Aller en voiture). » — Paillet. — V. Garçon. — Roulant vif : « La science change la face de la civilisation par le chemin de fer, l’argot l’a déjà nommé le roulant vif. " — Balzac. V. Chineur.

Rouler : Battre, vaincre. — Mot à mot : rouler à terre. — « Enfin je suis seul contre le gouvernement avec son tas de tribunaux et je les roule. » — Balzac. — Roulée : Vigoureuse correction.

rouler : Voyager. — Roulier est classique.

Ça roule : Je me porte bien, je fais de bonnes affaires. — Ça roule se dit aussi d’une manœuvre effectuée sans ensemble.

Rouleur : Trompeur. — « Cela ne serait pas bien : nos courtiers passeraient pour des rouleurs. » — Lynol. — De rouler : vaincre.

Rouleur : « Ses fonctions consistent à présenter les ouvriers aux maîtres qui veulent les embaucher et à consacrer leur engagement. C’est lui qui accompagne les partants jusqu’à la sortie des villes. » — G. Sand — De rouler : voyager.

Roulottier : « Il est, en quelque sorte, le cambrioleur de la rue. Au lieu de travailler en chambre, il travaille en voiture. Il saisit une malle, un colis sur un camion de roulage et s’éloigne avec sa proie. » — A. Monnier. — Roulottin : Charretier (Vidocq).

roupie : Punaise (Vidocq). — Elle a en effet la forme et la couleur d’une roupie de tabac.

Roupie de singe : Rien. — Roupie a ici le sens de monnaie. On dit monnaie de singe pour grimace.

Roupiller : Dormir. — « Il est bien temps de roupiller. » — 1750, Monbron, Henriade travestie. — V. Paumer, Pieu, Rifle.

Rouscailler bigorne : Parler argot. — Rouscailleur : Débauché, luxurieux.

Rousse, Roussins : Police, agents de police. — Du vieux mot rouchin : rosse, mauvais cheval. V. Roquefort. — Rousse est une abréviation. — « C’était l’agent de change que suivaient les roussins. » — Vidocq. — « Ils croient voir partout la rousse. » — Paillet. — « À quoi penses-tu ? tu bois avec des rousses. » — Chenu. — V. Butter, Agrafer, Cambrouse.

Roussiner : Péter sans façon, comme un rouchin.

Roustir : « La plupart des banquistes, pour me servir de leurs expressions, ont un truc pour roustir les gonzes, c’est-à-dire une supercherie pour attraper les bonnes gens. » — Avent. de J. Sharp, 1789.

Roustisseur : Voleur. — « On accuse donc c’te pauvre fille d’être une roustisseuse et d’avoir fait sauter l’argenterie. » — Voizo, Chanson.

Royale : « Louis XIII rasait bien, et un jour il coupa la barbe à ses officiers et ne leur laissa qu’un petit toupet au menton. » — Tallemant des Réaux. — De là sans doute ce mot, dit Monmerqué.

Rude : Remarquable. — « Eh ! mon vieux sabre, tu peux te vanter d’appartenir à un rude lapin. » — About. — V. Raide, Balle, Doux. — Rudement : Remarquablement.

Ruette au pain : Gorge. — « Au souper, je ne pus avaler une goulée, à croire que j’avais la ruette au pain barrée, par quelque accident. » — Delvau.

rup, rupart, rupin : Seigneur, élégant, riche. — « Madame, en v’là un rup ! il m’a dit de garder la monnaie pour moi. » — Jaime. — « Pour enfoncer un rupiné, Je sers d’exemple. Malheur à qui contemple Mon petit minois chiffonné. » — Mouret, Ch., 1846. — V. Rebâtir, Bigorne, Caloquet.

Se prend adjectivement. — « Tu étais dans une société assez rup. » — Montépin. — « Faisons un petit bout de toilette que chacun soit rupin. » — Chenu.

Rustique : Greffier. — Rustu : Greffe (Bailly).

Sabot : Navire. — « Aller dans le sabot : S’embarquer. » — Vidocq. — V. Sapin. — Allusion de forme.

Sabot : Violon. — « Jeune homme ! emparez-vous de ce sabot. » — Dumersan et Varin.

Sabouler : Battre, cogner. — Vieux mot. V. Roquefort. — « Vous me saboulez la tête avec vos mains pesantes. » — Molière, Comtesse d’Escarbagnas. — Je te tanne le casaquin, je te saboule. » — Paillet.

Sabouler : Décrotter. — Sabouleur : Décrotteur (Vidocq).

Sabreur, Traîneur de sabre : Militaire bruyant, fanfaron. — « Vous me faites pitié, tout sabreur que vous êtes. » — P. Borel, 1833.

Sabre : Bâton. — Sabri : Forêt. — V. Rebâtir.

Sac (Avoir le) : Avoir de l’argent. — « A-t-elle le sac ? — Cela veut dire en langage des halles : A-t-elle de l’argent ? » — G. de Nerval.

Donner le sac : Mettre à la porte. — Mot à mot : Forcer quelqu’un à faire sa malle, son sac.
En avoir plein le sac : Être complètement ivre. — « Laissons-le reposer, il en a plein son sac. » — Chenu.
Mettre dans son sac : Dévorer un affront sans pouvoir le venger. « Le montreur de bêtes fut donc obligé de mettre les calottes dans son sac. » — E. Sue. — V. Raccourcir.
Sac-à-papier : « À l’ouvrage, messieurs ! Sac-à-papier ! on ne fait rien ici. » — Balzac.
Juron bon pour exprimer l’ennui d’être dans une situation embrouillée. Un sac-à-papier se disait autrefois de la réunion de toutes les pièces d’un procès : celles-ci se plaçaient dans un sac de toile.

Sacré chien : Eau-de-vie. — « Vous nous râperez le gosier avec le trois-six et le sacré chien dans toute sa pureté. » — Th. Gautier, 1833. — « Les voilà parties chez Caplaine où elles demandent un demi-septier de sacré chien. » — Vadé, 1788.

Avoir le sacré chien : Avoir le génie, l’esprit de son art. — Équivoque sur le mot précédent. — V. Chien.

Sacrement : Sacrement du mariage. — « Oscar m’offrit le sacrement. » — Festeau.

Sacristain : Mari de maquerelle (Vidocq). V. Marlou.

Safran (Accommoder au) : Faire une infidélité conjugale. Le safran est jaune et cette couleur passe pour celle du cocuage. — « Je ne suis pas fâché qu’elle ait accommodé au safran ce voltigeur de Louis XIV. » — E. Augier. — V. Rebâtir.

Salade : Réponse. — Calembour. — La réponse est une espèce de salade. — « Voilà notre dernier mot. Nous attendons ta salade. » — Vidocq.

Saler : Tancer vertement, faire payer trop cher.

Salières : Cavités pectorales. On dit d’une femme maigre trop décolletée qu’elle montre ses salières. — Usité dès 1808.

Sanglier : Prêtre. — Calembour. — C’est le sans-glier, le sans-diable (Glier représente le diable dans le vieil argot. V. Vidocq). Allusion à la mission divine du prêtre qui est de réconcilier les condamnés avec le ciel. V. Hariadan, Cuisinier.

Sans chasses : Aveugle. — Sans condé : Clandestinement, sans permission du condé. — Sans-cœur : Usurier.

Sans-culotte : Républicain de 1793, dont les jambes dédaignaient les culottes courtes pour se perdre dans un large pantalon. — « Allez-vous encore me traiter de sans-culotte ? » — H. Monnier. — « Vous voyez comme il méprise la sans-culotterie. » — C. Desmoulins, 1790.
Sans-dos : Tabouret. — Sans gêne : Indiscret. — « Malvina trouva d’abord que ce monsieur était un sans-gêne. » — L. Reybaud. — Sans-loches : Sourd. — Sans-le-sou : Pauvre. — « Farnèse fit un mouvement de rien, elle avait senti le sans-le-sou. » — Jaime.

sardines : Galons du grade de sous-officier. — Allusion de forme et d’éclat. — « L’un portait la sardine blanche, L’autre le jaune baudrier. » — Nadaud.

sapin : Fiacre. — Sa caisse est en bois. — Le mot n’est pas nouveau. Nous le trouvons dans un pamphlet légitimiste de la révolution de 89 (l’Apocalypse). — « M. Desmoulins, l’abbé Noël, MM. de Beaumont et Keralio avaient loué pour toute la soirée un sapin national pour se faire voir dans la promenade. »

Sapin, sap : Cercueil de sapin. — « Avant d’être mis dans le sap, Vous voulez, orné de lunettes, Me décalquer de pied en cap. » — Festeau.
Sentir le sapin : Faire pressentir une mort prochaine. On dit : Voilà une toux qui sent le sapin. — Usité dès 1808. — V. Claquer.

Sauter : Cacher un produit de vol à ses complices. — Sauter à la capahut : Assassiner un complice pour enlever sa part (Vidocq). V. Capahuter, Pas.

Sauterelle : Puce (id.). — Ses sauts sont connus.

Satisfait : Député conservateur, satisfait de l’ordre de choses.

Satou : Bois. — Satousier : Menuisier (Vidocq). Du vieux mot Satou : Bâton. V. Roquefort.

Saucé : Mouillé jusqu’aux os. — Donner une sauce : Gronder. — Connus dès 1808.

Sauteur : V. Paillasse. — Sauteuse : Danseuse de théâtre. — Pris en mauvaise part.

Sauvage : NU. — « Tu ne sais pas encore que s’habiller en sauvage, c’est vendre sa chemise. » — Vidal, 1833.

Savate : « La savate, que l’on appelle aujourd’hui chausson par euphémisme, est la boxe française, avec cette différence que la savate se travaille avec les pieds, et la boxe avec les poings. » — Th. Gautier, 1845. — V. Arsouille.

Savate : « Correction militaire appliquée par les soldats entre eux pour certains délits non justiciables d’un conseil. Le patient est étendu sur un banc, la chemise retroussée, et chaque soldat de la compagnie lui applique trois coups d’un soulier neuf et bien ferré. » La Caserne, par Vidal et Delmare, 1833.

Savoir lire : Connaître toutes les ruses (Vidocq).

Savon : Réprimande sévère. On dit de même laver la tête pour réprimander quelqu’un.

Savonné : blanc. — Ce qui est savonné est blanchi. — Pivois savonné : Vin blanc. V. Douille, Larton.

Savoyard : Rustre. — «En 1813, avec ces savoyards d’alliés. » — Ricard.

Savoyarde : Malle (Vidocq). — Le commissionnaire chargé de la porter est ordinairement Savoyard.

Schnapps : Eau-de-vie. — Germanisme.

scie : Tourment, mystification répétée d’autant plus de fois qu’elle paraît agacer l’auditeur. — Allusion à la scie qui revient toujours en grinçant sur elle-même. — « Les femmes, c’est la scie pour les domestiques. » — Ricard. — « Les scies les plus farouches l’avaient trouvé inébranlable. » — Murger.

Scier, Scier le dos : Tourmenter. — « Pourquoi boire ? — Pour s’étourdir, pour oublier ce qui vous scie. » — E. Sue. — « Laisse-moi, Cadet, tu me scies. » — Rousseliana, 1805.

Scionneur. V. Escarpe.

Sécot : Maigre. — « L’une est grasse, L’autre est secot. » — Pecquet, Chansons.

Seigneurs (Jeunes) : « Aujourd’hui, 1er mars 1840, c’est le titre de bon goût qui a remplacé ceux de petit-maître, beaux fils, muscadins, etc., qui se sont succédé rapidement dans les fastes de la belle jeunesse française. » — E. Foa.

Sentinelle : Excrément isolé aux abords d’un édifice. V. Factionnaire.

Sentir : Aimer (Vidocq). — Ne pas sentir : Détester. — On dit de même : Avoir dans le nez (quelqu’un qu’on ne peut sentir).

Ser : signal (Vidocq). — De serpent qui signifie crachat en argot. V. Arçon.

Sergole : Ceinture (id.). — Mot à mot : serre gole. — Du vieux mot gole : ouverture de tunique. — V. Roquefort.

Sérieux (Être) : Pour les artistes et les lettres, c’est s’être acquis une valeur personnelle. — Pour les bourgeois, c’est avoir une position dans le monde. — Pour les lorettes, c’est être capable de leur donner de l’argent.

serin : Naïf comme un serin. — « Tu ne sais pas ce que c’est que d’être l’amant d’une femme… Es-tu serin à ton âge ! » — E. Sue.

Seriner : Loger dans la mémoire certaine chose à force de la répéter. — Allusion à l’influence quotidienne de la serinette sur l’éducation du canari. — « Nucingen avait seriné Rastignac. » — Balzac.
Serinette : Enfant ayant plus de mémoire que d’intelligence. — Cet exemple donne un dernier sens.
« On appelle serinette les infâmes qui font contribuer un passant en le menaçant de divulguer (seriner) au public ou même à l’autorité de coupables dépravations. » — Paillet.

Seringue (Chanter comme une) : « Avoir la voix fausse et discordante. » — 1808, Dhautel.

serrante : Serrure (Vidocq).

Serré : Avare, peu fortuné. — « Il paraît même qu’il est très-serré. » — H. Monnier.

Serrer : Mettre en prison. — On n’y est pas au large. — « La plus cruelle injure qu’une fille puisse jeter à une autre fille, c’est de l’accuser d’infidélité envers un amant serré. » — Balzac.

Servir : Prendre, arrêter. — Mot à mot : asservir. — La personne servie n’a plus sa liberté. — « Frangin et frangine, je pesigue le pivot pour vous bonnir que mezigue viens d’être servi maron à la lègre de Canelle (Caen). » — Vidocq. — Servir de belle : Dénoncer à faux. — Servir le trèpe : Faire ranger la foule. V. Curieux.

Sévère : Digne de réflexions sérieuses et sévères. » — « Ah ! je vous raconterai ma vie. Je vous en dirai des sévères, mon bon ami. » — Ricard. — « Ouvrez ou j’enfonce la porte. — En voilà une sévère. » — L. Reybaud.

Sic nomen : Argent. — Latinisme dont la traduction libre est : C’est ainsi que je m’appelle. C’est-à-dire : Je n’ai pas besoin de nom, il me suffit de paraître pour être reconnu par tous.

Siffler : Boire. — « Il a sifflé pour dire : il a bu, parce que les lèvres ont à peu près le même mouvement. » — Le Duchat, 1738. — « Tiens, vieux chéri, siffle-moi ça, ça va te remettre. » — E. Sue.

sifflet : Gosier. — Comparaison facile à deviner. Vidocq donne aussi siffle pour voix. — « Qu’en te coupant le sifflet, quelqu’un délivre le royaume. » — La Nouvelle Mazarinade, 1652.

Se rincer, s’affuter le sifflet : Boire. — « Là, plus d’un buveur bon apôtre, Venait se rincer le sifflet. » — Colmance, Ch. — « Faut pas aller chez Paul Niquet Six fois l’jour s’affuter le sifflet. » — P. Durand, Ch., 1836.

Sigue, Sigle : Pièce d’or (Vidocq). Abrév. de cigale.

Simon : « La maison où les vidangeurs travaillent est appelée par eux atelier et le propriétaire de cette maison est appelé par eux Simon. » — Berthaud.

Sine qua non : La chose indispensable. — Sine quâ non possumus s’entend ordinairement de l’argent. — « L’entretien est le sine quâ non de l’élégance. » Balzac.

Singe : « En revanche, les ours ont nommé les compositeurs des singes à cause du continuel exercice qu’ils font pour attraper les lettres dans les cinquante-deux petites cases où elles sont contenues. » — Balzac.

Monnaie de singe : Grimace. — « Il la payait, comme dit le peuple en son langage énergique, en monnaie de singe. » — Balzac. — V. Roupie.

Sinve : Dupe. — Corruption du mot simple. — V. Affranchir, Rifle.

Siroter : Boire — « Son bonheur était d’aller siroter le vin à dix de la Courtille. » — Ricard.

Six : Chandelle de six à la livre. « Voyons que j’allume ce bout… Tiens, vous usez des six, Plumet, c’est comme moi. » — Ricard.

Soiffer : Boire outre mesure comme si on avait grand’soif. — « Là, j’soiffons, Je n’sais comme, Chacun nos trois poissons. » — Les Amours de Jeannette, ch., 1813. — « T’as soiffé, malheureux, Que c’en est désastreux. » — Moineaux.

Soiffard, soiffeur : Grand buveur. — « Le franc soiffeur Offre son cœur, Avec un sou d’galette. — Dalès — « Soiffard de Nini Moulin. » — E. Sue.

Soignée : : « Oh ! en v’là une soignée ! » — La Bédollière. — Voilà un fait à noter soigneusement.

Soissoné : Haricot (Vidocq, 1837). — Soissons est la patrie des haricots.

Soldat du pape : V. Pape.

Soleil (Avoir un coup de) : S’enivrer. — Piquer un soleil : Rougir.

Solitaire : Spectateur qui, pour payer moins cher sa place, entre au théâtre dans les rangs de la claque. Son nom indique qu’il ne se croit pas obligé de faire chorus avec ses bruyants compagnons. — « Grâce à une pièce de cinquante centimes, j’entrai en qualité de solitaire. » — A. Second.

Solir : Vendre. — « J’ai rencontré marcandière qui du pivois solisait.» — Vidocq. — V. Fourgat, Roue. — Solliceur : Marchand. — Solliceur de lacets : Gendarme.

snoboye : Très-bien. V. Chocnoso.

Sœur : Maîtresse. — Terme ironique inventé pour railler ceux qui dissimulent leurs bonnes fortunes sous des liens de parenté fictifs. — « Au quinzième siècle, on disait d’une fille débauchée qu’elle était de nos cousines. » — Ducatiana, 1738. — Il règne entre ces termes de sœur et de cousine une analogie qui confirme notre étymologie. — « Sais-tu ce qu’il me répond ? « Et ta sœur ? » — Je l’aurais cogné. » — Monselet. — « J’n’ai pas de sœur, et voilà pourquoi J’trouve étonnant qu’chaq’jour on m’dise : Et ta sœur ? » — Ch. Blondelet, Chanson.

Smalah : Ménage, réunion de la femme, des enfants et du mobilier. Le mot vient d’Algérie.

Sonde : Médecin (Vidocq). — Il sonde l’état de votre santé.

Sondeur : Commis d’octroi (id.) — Il sonde les voitures qui passent.

sonnettes : Pièces d’argent. — Connu dès 1808. — « Et les sonnett’s en poche, J’accours à l’Opéra. » — Désaugiers. — Sonnette : Jeune sodomite (Vidocq.)

Sonnette de bois (Déménager à la) : Emporter ses effets sans avoir payé sa chambre, en tamponnant la sonnette d’éveil qui signale la sortie d’un hôtel garni. — « Car il était réduit à déménager à la sonnette de bois (sans bruit et clandestinement). » — Chenu.

Sophie (Faire sa) : Se donner des airs de sagesse. — Sophie et sagesse sont synonymes. — « À quoi ça m’aurait avancé de faire ma sophie ? » — Monselet.

Sorbonne : Cerveau. V. Dhautel, 1808. — « La sorbonne est la tête de l’homme vivant, son conseil, sa pensée. » — Balzac. — Date du temps où les décisions de la Sorbonne faisaient plus de bruit dans le monde intellectuel. — V. Paumer.

Sorgue : Soirée, nuit. — Roquefort donne sorne avec la même signification. V. Baïte, Chenu, Billon.

Sorguer : Passer la nuit. — « Content de sorguer sur la dure, va, de la bride (chaîne) je n’ai pas peur. » — Vidocq.

Sort (Il me) : Se dit de quelqu’un dont on ne peut supporter la vue.

Sortir les pieds devant : « Le bruit courut que la jolie fille était séquestrée dans un cabinet noir et qu’elle n’en sortirait que les pieds devant. » — About. — C’est-à-dire qu’elle n’en sortirait que morte, emboîtée dans un cercueil.

Soudrillard : Libertin (Vidocq, 1837). — Soufflant : Pistolet.

Soulographe : Homme qui a fait de l’ivrognerie un métier. — Soulographie : Ivrognerie (Vidocq, 1837). — « Ils feront de la soulographie, et adieu votre typographie, plus de journal ! » — Balzac.

Soupçon : Quantité si minime, qu’on se demande si elle existe. De là le terme de soupçon. — « Rien que de l’eau chaude avec un soupçon de thé et un nuage de lait. » — A. de Musset.

Soupe (Tremper une) : Battre. — Mot à mot : faire avaler une correction. — « Où qu’tu vas, Polite ? — Je vas tremper une soupe à ma femme. » — Gavarni.

Soupe au lait : Homme colère. — On sait que le lait bouillant déborde avec rapidité.

Soupeur, Soupeuse : Viveur passant les nuits à souper. — « Est-ce que les soupeurs savent jamais ce qu’ils boivent et ce qu’ils mangent. » — Frémy.

souricière : « Tout en ayant soin de placer ma giberne ou, comme on dit, ma souricière. » — Vidal, 1833. — Allusion de forme.

Souricière : Piége tendu par la police : « Tendre une souricière pour le faire pincer par la police. » — E. Sue.
Souricière : Lieu visité souvent par la police. — « C’est une vraie souricière que votre tapis-franc. Voilà trois assassins que j’y prends. » — Id.

Speech : Allocution. — Mot anglais. — « En terminant mon speech ministériel. » — E. Sue.

Sterling : Grand, considérable. — Allusion à la valeur relative de la livre anglaise qui est très-forte. — On parle des galanteries sterling d’un entreteneur dans un roman de Rutlidge (Vice et Faiblesse, 1786). — « Il y a là-dessus un tas de vieilles drogues qui font un sabbat sterling. » — Vidal, 1833. — On dit de même s’ennuyer à vingt cinq francs par tête.

suage : Assassinat. — « Nous voulons bien maquiller le suage de ton rochet, mais à la condition de tout connir. Il n’y a que les refroidis qui ne rapliquent nibergue. » — Vidocq.

Faire suer : Assassiner. — Mot à mot : Faire suer du sang. — V. Chêne.

Sublimer (Se) : Se raffiner. — « Les jeunes biches se sont sublimées au contact des anciennes. » — Lynol.

Sublimer : Travailler pendant la nuit. — « Afin de tromper la surveillance des adjudants (de l’École polytechnique), celui qui sublime place son lit renversé sur quatre tabourets, rabat la couverture par dessus, et étendu sous cet abri, rumine en paix les problèmes ardus des mathématiques transcendantes. » — La Bédollière.

Suçon : « Faire une consommation fanatique de croquets et de sucres d’orge, dits suçons. » — Rolland. — On les suce très-longtemps.

Suçon : Trace rouge laissée sur la peau par la succion des lèvres.

Suer (Faire) : Accabler d’ennui quelqu’un. — « J’ai beau m’évertuer, j’crains qu’après moi z’on n’répète : Ah ! comme ça fait suer. » — Francis, 1825. — V. Suage.

Suif (Donner un) : Réprimander.

Suifard, Suifé : Chic, élégant. V. Astiquer.

Suisse (Faire) : « Le soldat a le point d’honneur de ne jamais manger ou boire seul. Cette loi est tellement sacrée, que celui qui passerait pour la violer serait rejeté de la société militaire, et on dirait de lui : Il boit avec son suisse, et le mot est une proscription. » — Vidal, 1833. — « Un soldat français ne doit pas faire suisse, ne boit jamais seul. » — La Bédollière. — Le premier exemple donne la clé du mot. Le soldat, n’ayant pas de suisse, ne peut boire avec lui, donc il boit seul. Cette ironie a dû être inventée pour rappeler quelque engagé de bonne compagnie aux règles de la fraternité.

Suiveur : « Le suiveur est très-drôle à observer et à suivre. Une femme passe devant lui et réjouit sa vue par une tournure quelconque ; le suiveur accélère son pas, dépasse sa victime, et se retourne bientôt pour juger de la beauté de l’objet de sa poursuite. » — Roqueplan.

superlifico, coquentiel, coquentieux : Merveilleux. — De superlatif. — Rabelais a employé dans son livre III le mot Supercoquelicantieux.

Surbine : Surveillance (Vidocq).

Surgeber : Condamner en appel (Vidocq). — De gerber.

Surin : Couteau. — « Les artistes en surin commencent à s’expatrier. » — Delvau. V. Chemin.



Tabac (Être dans le) : Être dans une position critique. — Mot à mot : être dans le à bas. — Jeu de mots.

Donner du tabac : Battre. — « Si tu m’échauffes la bile, je te f… du tabac pour la semaine ! » — Vidal, 1833. — V. Esbrouffe.
Ouvrir sa tabatière : Vesser.

tabar : Manteau (Vidocq).

Tafe : Peur. — De l’ancienne locution les fesses lui font tif taf : Il a peur (Oudin, seizième siècle). — V. Chenu, Bayafe. — « Ce n’est pas toi ni tes paysans qui nous f…… le tafe. » — Vidal, 1833. — Ce mot a pour diminutifs tafferie et taffetas. — Taffeur : Poltron.

Tailbin : Billet de complaisance (Vidocq).

Talon rouge : Aristocrate. Le droit de porter des talons rouges était un signe de noblesse. — « Tous les talons rouges de l’ancien régime qui trahissent le peuple. » — 1793, Hébert.

tambour : Chien (Vidocq). — Allusion à son grondement.

Tampon : Poing. — « Je lui ai envoyé un coup de tampon sur le mufle. » — Th. Gautier, 1845.

tanner : Ennuyer, assommer. — On sait combien il faut fatiguer une peau pour la tanner. — Un poète du treizième siècle, Rutebeuf, dit déjà : « Quar le resveil Me tanne assez quand je m’esveil. » — « Les communes de Flandre, qui déjà commençaient à tanner, et désiraient fort de retourner en leur pays, lui demandèrent congé. » — 1411, Monstrelet. — « C’est insupportable. — Hein ! est-ce tannant. » — E. Sue.

Tanner le cuir : Rosser. — « Si vous vous permettez, je connais une personne qui vous tannera le cuir. » — Gavarni.

Tangente, Tangente au point q : Épée. — Jeu de mots. — « Le conscrit de l’École polytechnique est souvent absorbé avant d’avoir endossé l’uniforme et senti battre sur sa cuisse gauche l’arme que les élèves nomment une tangente au point q. » — La Bédollière.

Prendre la tangente : S’échapper. V. Absorption, Colle.

Tante : « Tous mes bijoux sont chez ma tante, comme disent mes camarades lorsqu’elles parlent du Mont de Piété. » — Achard. — C’est, comme oncle, un terme ironique à l’adresse de ceux qui croient déguiser la source d’un emprunt en disant qu’ils ont eu recours à leur famille.

Tante : « Homme qui a des goûts de femmes, la femme des prisons d’hommes. » — t837, Vidocq. — « Pour donner une vague idée du personnage qu’on appelle une tante, il suffira de rapporter ce mot magnifique du directeur d’une maison centrale a feu lord Durham qui visita toutes les prisons pendant son séjour à Paris. Le directeur, après avoir montré toute la prison, désigne du doigt un local en faisant un geste de dégoût : Je ne mène pas là Votre Seigneurie, dit-il, car c’est le quartier des tantes. — Hao ! fit lord Durham, et qu’est-ce ? — C’est le troisième sexe, milord. » — Balzac. — « Enfants, on les appelle mômes ou gosselins ; adolescents, ce sont des cousines ; plus âgés, ce sont des tantes.» — Moreau Christophe — Dans le chapitre détaillé qu’il a consacré à cette espèce de gens, M. Canler reconnaît quatre catégories appartenant à diverses classes sociales : persilleuses, honteuses, travailleuses et rivettes. Cette dernière est seule exploitée par les chanteurs.

tapé, retapé, tapé dans le nœud : Émouvant, frappant, réussi. — « Aussi a-t-on fait plusieurs couplets sur tous les ministres dont le portrait est bien tapé. » — 1742, Journal de Barbier. — « C’est un peu tapé dans le nœud. » — La Bédollière. — « Une manière de sentiment bien r’tapé. » — Vadé, 1755.

Taper de l’œil : Dormir. — « Il y avait plus d’une heure que je tapais de l’œil quand je m’entends réveiller. » — Œuvres badines de Caylus, 1750. — Taper dans l’œil : Séduire.
Taper sur la boule : Enivrer, battre. — « Dans l’gosier comme ça coule, Comme ça tape sur la boule. » — J. Moinaux, Ch. — « Ce scélérat de vin de champagne avait joliment tapé ces messieurs. » — Festeau.
Taper sur les vivres, sur la boisson : Manger et boire avidement. — « D’avoir trop tapé sur l’pichet, Qu’en avaient plein la gargamelle. » — Chansonnier, 1836.

tape-cul : Voiture non suspendue. — « Font-ils des embarras avec leur mauvais tape-cul ! » — Ricard.

tapedur : Serrurier (Vidocq).

Tapée : Grosse réunion. — Usité des 1808.

Tapin : Tambour. — Mot à mot : petit tapeur (de caisse). — Usité dès 1808. — « Le tapin qui tambourinait en tête de l’escouade. » — La Bédollière.

Tapis franc : Cabaret. — Franc fait allusion à la clientèle qui est composée d’affranchis ou voleurs. — Tapis est une abréviation du vieux mot tapinet : lieu caché. V. Roquefort. — V. Empoivrer, Crosser. — Tapis de refaite : Table d’hôte. — Tapis de malades : Cantine de prison. — Tapis de grives : Cantine de caserne. — Tapis vert : Prairie. — Tapissier : Cabaretier. V. Baptême, Ogre.

Tapisserie (Faire) : « Se dit par raillerie des femmes âgées qui au bal ne font plus que regarder danser. » — Dhautel. — Rangées sur la banquette, le long du mur, elles font corps avec la tapisserie.

Taroque : Marque. V. Détaroquer.

Tarte : Qualité bonne ou mauvaise (Vidocq).

Tartine : « Elle avait le défaut d’employer de ces immenses phrases lardées de mots emphatiques, si ingénieusement nommées des tartines dans l’argot du journalisme. » — Balzac. — « Pardonne-moi la longue tartine que je viens de te faire avaler, et sur laquelle j’étale depuis une heure les confitures de mon éloquence. » — Th. Gautier.

Tartiner : « Tu n’as pas assez de style pour tartiner des brochures. » — Balzac.

Tasse (La grande) : La mer. — « C’est vrai qu’un peu plus vous buviez à la grande tasse. » — Ricard.

Taudion : Petit logement. — « J’ai vendu ce que j’avais pour payer le taudion où nous couchons. » — Lynol.

Taule, Tôle : Maison. — « Dans une tôle enquille en brave, fais-toi voleur. » — Vidocq. — Au moyen âge, taule signifiait table. — V. Pavillonner.

taupage : Égoïsme. — Tauper : Travailler. — Taupier : Égoïste (Vidocq). — Allusion à la nature active et solitaire de la taupe. — Le travail des malfaiteurs n’est-il pas un vrai travail de taupe ?

Le royaume des taupes : La terre. — « Il est au royaume des taupes, il est mort. » — Oudin, 1640.

Taupin : « Le simple taupin, le candidat qui se présente à la colle d’admission à l’École polytechnique, possède déjà des connaissances supérieures. » — La Bédollière.

Teinté : Enluminé par l’ivresse.

Teinturier :« Tous les hommes politiques ont besoin d’avoir auprès d’eux des sous-hommes politiques ou des supérieurs qu’ils consultent, qu’ils laissent écrire ou qu’ils s’assimilent… Dans le style des affaires publiques, ceux qui exercent cette influence s’appelent des teinturiers, parce qu’en effet ils se chargent de donner de l’étoffe à des hommes d’État des couleurs différentes. » — Roqueplan.

Il y a aussi des teinturiers littéraires. On lit dans les Mémoires secrets (25 sept. 1775) : « La comtesse de Beauharnais a fait présenter une comédie. Elle a été reçue : on ne doute pas que le sieur Dorat ne soit son teinturier. »

Temps (Voir le coup de) : Prévoir à temps pour parer. — Terme d’escrime. — V. Dhautel, 1808.

En deux temps : En un instant. — Terme d’escrime. — « En deux temps, j’remouque et j’débride. » Bailly. — « En deux temps sa lessive est faite. » Le Casse-Gueule, ch., 1841.
Prendre des temps de Paris signifie, au théâtre, préparer ce que l’on a à dire par une pantomime pour augmenter l’effet. Le mot a été inventé par des comédiens de province (Couailhac).

Tenir (En) : Aimer d’amour. — « Est-ce de l’amour ? Alors, il faut qu’elle en tienne furieusement, puisqu’elle fait de tels sacrifices. » — Ricard.

Ternaux : Châle de la fabrique Ternaux. — « Elle prit un schal de coton ; — le ternaux était au... Mont de Piété. » — Ricard.

Terrer : Tuer. — Mot à mot : enterrer. — « Dans dix ans je reviendrai pour te terrer, dussé-je être fauché. » — Balzac.

Tête (Faire sa) : Prendre de grands airs. — « Tu y gagnes d’avoir l’exercice une fois de plus par jour pour apprendre à faire ta tête. » — Vidal, 1833.

Tête carrée, Tête de choucroute : Allemand.

Thomas : Pot de chambre. V. Goguenot. — « Parmi les consignés occupés à passer la jambe à Thomas (vider les baquets d’urine). » — La Bédollière. — Équivoque sur les mots vide Thoma de l’hymne populaire de Pâques.

Tezigue : Toi. V. Bonne, Coquer.

thune : Argent. V. Bille.

Tigne, Tignasse : Chevelure en désordre. — Du vieux mot tigne : teigne. V. Aplomb.

tigre : Groom. — « Leur chapeau à cocarde noire, leurs bottes à retroussis, leur veste bleue et leur gilet bariolé, couvrent des gamins arrachés au plaisir de la pipoche. » — A. Deriège. — Tigre : « Le rat débute et danse un pas seul ; son nom a été sur l’affiche en toutes lettres ; il passe tigre et devient premier, second, troisième sujet. » — Th. Gautier.

Tirage (Il y a du) : C’est long, c’est difficile. — Terme de cocher. Plus le chemin est rude, plus le cheval tire.

tirant : Bas. — On le tire pour le mettre. — « Ses tirans et sa montante et son combre galuché, son frusque, aussi sa lisette. » — Vidocq.

tire-jus : Mouchoir. — Mot imagé. Usité dès 1808.

Tirer aux grenadiers : Carroter le service, militairement parlant. Comme les compagnies d’élite sont exemptes de corvées, tirer aux grenadiers, c’est s’attribuer indûment leurs privilèges. — Tirer une dent : Escroquer (Vidocq). — V. Carotte.

Tireur : Voleur à la tire, dont la spécialité est de tirer, dans la foule, ce que contiennent les poches des voisins.

Titi : Gamin de Paris. — « Mousqueton est le titi par excellence, c’est le vrai gamin de Paris avec sa gaîté, sa souplesse, ses bons mots. » — M. Alhoy.

Toc : Cuivre, bijou faux. — Onomatopée. — Allusion à la différence de sonorité qui existe entre une pièce de cuivre et une pièce d’or. — « Bagues, boutons de manchette et croix de ma mère en toc, 6 fr. 50. » — Les Cocottes, 1864.

Toc, Tocard, Tocasse, Tocasson : Laid, mauvais. — C’est toujours du cuivre en supposant que l’or représente la beauté et la bonté. — « L’article de Cascaret est toc. » — J. Rousseau. — « Croiriez-vous qu’en parlant d’une femme laide, on dit : Elle est toc, elle est tocarde… C’est un vieux tocard, c’est un vieux tocasson. » — N. Vanecke, Ch. 1855. — « Il goûta le pain dont les prisonnières se plaignaient : Chouette ! dit il, j’en ai mangé de plus toc que ça. » — Chenu, 1850.
Tocasse : Méchant, — Tocasserie : Méchanceté (Vidocq).

Toile (Déchirer la) : Faire un feu de peloton. — Comparaison du bruit de la fusillade à celui d’une toile qu’on déchire. Elle est assez juste. — « Tout à l’heure les feux de deux rangs déchireront la toile, et nous verrons si vos clarinettes ont de la voix. » — Ricard.

tomber : Terrasser, faire tomber. — Tombeur : Lutteur invincible. — Se prend ironiquement au figuré. — « Eugène P., le tombeur de Renan, y vient de temps en temps mépriser l’humanité. » — Les Cocottes, 1864.

Tomber dessus : Maltraiter en paroles ou en actions. — « Que demain je lâche ma place ! on me tomberait fièrement dessus. » — De Goncourt.
Tombeur : Acteur trop mauvais pour être accepté nulle part. » — Ch. Friès.

Tondu (Le petit) : L’empereur Napoléon. — « L’Empereur lui-même, le petit Tondu, comme disait mon père. » — L. Reybaud.

Tonneau : Degré. V. Bouchon. — « Tu lui aurais rendu sa politesse. — Plus souvent ! à un daim de ce tonneau ! » — Monselet.

Toper : « Chaque fois qu’un dévorant rencontre un autre ouvrier, il doit lui demander de quelle société il est. — Ça s’appelle toper. » — Biéville.

Topo : Officier d’état-major, plan topographique.

Toquade : Manie. — « Prémary a une toquade. On le débine, on le nie, on veut le tuer. » — A. Scholl.

Toquade : Inclination assez forte pour en faire négliger d’autres. V. Toqué. — « Hortense est sur le chemin de la fortune… Une simple toquade, et elle est perdue. » — Les Pieds qui r’muent, 1864. — V. Toqué.

toquante : Montre. Allusion au tic-toc de la montre. — « Un monsieur qui me trouva gentille m’offrit un jour une toquante d’or… La montre me tentait. » — Rétif, 177e Contemporaine. — V. Billemont.

Toqué : À moitié fou. On dit de même. : Il a reçu un coup de marteau. C’est-à-dire : Son cerveau est bien près de se fêler. — « Les collectionneurs sont toqués, disent leurs voisins. » — Balzac. — V. Folichonnette.

Toqué : Épris. — « Ma chère, les hommes c’est farce ! toujours la même chanson : Une femme à soi seul ! Toqués ! » — Gavarni.
En avoir dans le toquet : Être ivre. — Ce terme correspond exactement à celui de Casquette. — Même étymologie. — « Chez Dénoyer j’entre, Un peu dans le toquet. » — Decourcelle, Ch., 1839.

Torcher le nez (Se) : Se passer. On dit de même qu’une chose passe devant le nez. — « Tout cela vient de Pitt envoyé par les alliés, mais ils s’en sont torchez le nez. » — Mauricault, Ch., 179..

Se torcher le c-l : — Faire peu de cas.

Torchon (Se donner un coup de), Se Torcher : Se battre. — Même allusion que dans frotter. — Se dit aussi pour faire toilette. — « Allons jusqu’aux chouans, leur donner un coup de torchon. » — Henry, Ch., 1836.

Le torchon brûle à la maison se dit pour annoncer une querelle domestique. — « Je ne suis plus son Jujule, son chou, son rat, son trognon, L’torchon brûle, L’torchon brûle à la maison. » — Dalès.

Tord-boyaux : Mauvaise eau-de-vie. — « Avaler un verre de tord-boyaux, comme l’appelait notre amphitryon. » — Vidal, 1833.

Torniquet : Moulin (Vidocq). — Sa roue tourne.

torse : Estomac. — « Un verre de fil en quatre… Histoire de se velouter le torse. » — Th. Gautier. — « Il s’était, outre mesure, bourré le torse ; langage d’atelier. » — P. Borel, 1833.

Poser pour le torse : « Le torseur emprunte tous ses effets à son torse, toujours bardé d’une cravate à gros nœuds et d’un gilet bien étudié. Le torseur projette sa poitrine sur le devant d’une loge ou dans l’embrasure de portes d’un salon, ou dans l’intervalle de deux rideaux de croisées. » — Roqueplan.

tortillard : Boiteux, qui tortille en marchant (Vidocq).

Tortiller : Manger. — « En trois jours nous aurons tout tortillé. » — Vidal, 1833. — « Voyez-vous, j’avais tortillé une gibelotte et trois litres. » — Ricard. V. Bec. — Allusion au mouvement des mâchoires.

Tortiller : Faire des façons. — « L’ordre est formel. Il n’y a pas à tortiller. » — L. Desnoyer. — Tortiller de l’œil : V. Œil. — Tortiller : Avouer (Vidocq). V. Bayafe.

Tortue : Vin (Vidocq). V. Faire la tortue.

Touche : Physionomie grotesque.

Toucher : Frapper fort. — Ironie. V. Aplomb.

Article touché : Article vigoureusement fait. — Terme de peinture. — « Comme c’est écrit ! comme c’est touché ! » — L. Reybaud.

Toupet : Grande effronterie. — Jeu de mots. — Le toupet est supérieur au front. — « Et dire qu’avec du toupet et de la mémoire tout le monde en f’rait autant. » — H. Monnier. — Se payer de toupet : Payer d’audace. V. Créper. — « Que de gens font étalage, S’payant de toupet, N’ont rien dans leur ménage. » — Chanson, 1832.

Se mettre dans le toupet : S’entêter à croire. — « Et mosieu se fichera dans le toupet que tout sera dit. » — Gavarni.

Toupie : Femme de peu, tournant en toutes mains, comme une toupie. — Usité dès 1808. — « L’insolent traite sa grande sœur de toupie. — Colmance. »

Tour (Faire voir le) : Tromper. — « Pour parvenir dans le commerce, Chacun s’exerce À qui fera voir le tour aux pauvres chalands. » — Chansonnier, 1836. Connaître le tour : Connaître toutes les ruses.

Tourlourou : Soldat du centre. — Forme du vieux mot turelureau, soldat de garnison. V. Du Cange. — Au quatorzième siècle, la turelure (prononcez toureloure) était une porte fortifiée, une sorte de château flanque de tourelles. — « Si le tourlourou est solide sur l’école de peloton, il n’est pas moins ferré sur l’école de la séduction. » — M. Saint-Hilaire.

Tourmente : Colique (Vidocq).

tournante : Clé (Vidocq). — Elle tourne dans la serrure. — V. Tremblant.

tourne-autour : Tonnelier (Vidocq). — Allusion au mouvement habituel imposé par son métier.

Tournée : Pile, correction faisant tourner et retourner la victime. — « Après, je donne une tournée à la Chouette. Je tiens à ca. » — E. Sue. — Danse et Walse offrent la même image.

Tournée : Rasade offerte à l’assistance devant le comptoir du marchand de vins. — La tournée est une rasade qui fait le tour de la compagnie assemblée. On a voulu y voir une allusion à la petite roue qui offre aux buveurs le moyen de jouer leur consommation sans quitter le comptoir du marchand de vins.

Mais alors le terme offrir ou payer une prochaine tournée, qui est fort usité, serait un non sens. Ce qui se joue ne peut s’offrir. — « Il offre une tournée au café Robert. » — Monselet.

Tourner de l’œil : S’assoupir, mourir. — « Trois ou quatre méchantes chopines… et ça tourne l’œil. » — Gavarni. — « Du poison !… Allons, bois… tu vas tourner de l’œil tout de suite. » — Chenu.

Tourtouse, Tortouse : Cordes à menottes. — Tourtouser : Lier, garrotter (Vidocq). — Mot expressif indiquant l’action de lier tout au tour. — V. Criblage, Coltiger.

Tousse (Non, c’est que je). V. Mouche.

Tout de cé : Très-bien (Vidocq).

Trac : Peur. — Onomatopée. — Nos paysans donnent encore le nom de trac à une maladie qui cause un frisson perpétuel. — V. Bœuf. — « Bien, voilà mon trac qui me reprend. » — Marc Michel. — Tracqueur : Poltron. — Tracquer : Craindre. V. Plan.

tractis : Doux (Vidocq). — Mot de langue romane.

Train (Du) : Vite. — Mot à mot : Menez-moi grand train. — « Asie prit un fiacre et dit au cocher : Au Temple ! et du train ! il y a gras. » — Balzac.

En train : En train de se griser. — « Ce sera fort heureux si votre ami reste, car je le crois un peu en train. » — P. de Kock.

Traine-paillasse : Fourrier. — Il règle avec l’employé des lits militaires le prix de chaque dégradation. — V. Rogneur.

Trait : Infidélité. — On dit, sans abréger, trait d’inconstance. — « Savez-vous ce que c’est qu’un trait ?… Eh bien ! c’est que quand une femme est avec un marlou (souteneur) ; si elle a un caprice pour un autre et le passe, voilà un trait ! » — Cinquante mille voleurs de plus à Paris, Paris, 1830, in-8. — « Son mari lui avait fait tant de traits, qu’elle l’avait quitté. » — Champfleury.

Tralala : Appareil. — « La fougue, l’audace et tout le grand tralala de l’excentricité féminine. » — Monselet.

Travailler : Voler. — « X. était prudent : il travaillait toujours seul, et son discret recéleur était des plus fins. » — A. Monnier. — V. Butter.

Trèfle : Tabac. — Allusion à la couleur brune de ce fourrage, quand il est sec.

Trèfle : Anus. — Corruption de trou. — V. Trèpe. — Vise au trèfle : Apothicaire (Vidocq).

Treizième arrondissement (Marié au) : Se disait à Paris de celui qui vivait avec une maîtresse, car, avant 1859, cet arrondissement n’existait point. Lurine a fait un livre sur le Treizième arrondissement. — « Jamais elle n’a été ma femme, pas même au treizième arrondissement. » — Bertall.

tremblant : Lit. — On comprend le mot en voyant cet exemple. — « J’ai du bon pivois sans lance et du larton savonné, une lourde, une tournante, un tremblant pour rivancher (faire l’amour). » — Vidocq.

Tremblement : Réunion imposante. — « À l’union de l’infanterie, de la cavalerie, de tout le tremblement. » — La Barre. — Bataille : « Mais la veille du tremblement, fallait voir les feux des postes avancés. » — Chansons, 1854.

Trempée : Correction. — « Si je ne me respectais pas, je vous ficherais une drôle de trempée ! » — Gavarni. — De Tremper une soupe. V. Soupe.

Trente et un, trente-six (Se mettre sur son) : Mettre sa plus belle toilette. — « Elle s’était mise sur son trente et un, et je puis vous assurer qu’elle était bien ficelée. » — Vidal, 1833.

Trente-sixième dessous (dans le) : Même sens que Troisième dessous. — « Le pauvre vicomte a été enfoncé dans le trente-sixième dessous. » — Montépin.

Trèpe : Foule. — Corruption de Troupe. V. Garçon, Trèfle.

Trépigner : Battre. — Mot à mot : trépigner sur le corps. — Trépignée : Rossée.

Tricoter : Battre. — Du vieux mot Tricote : gros bâton. V. Roquefort. — « Prends vite un bâton ; Tricote cet homme sans cœur. » — Chanson carnavalesque, 1851, impr. Chassaignon.

Tricoter : Danser. — Comparaison du jeu des jambes à celui des aiguilles.

trimar : Grande route, où triment les voyageurs. V. Butter. — « Travailler sur le grand trimar, c’est voler sur le grand chemin. » — Cinquante mille voleurs de plus à Paris, in-8, 1830. — Trime : Rue. — Trimin : Chemin. — « Sur mon trimin rencontre Un pègre de quartier. » — Vidocq. — Diminutif de Trimar.

Faire son trimar se dit des filles qui se promènent la nuit pour raccrocher. V. Paillasson.

Trimballer : Marcher. — Mot à mot : baller sur la trime : se remuer dans la rue. V. Momir. — Trimballeur de coni, de refroidi : Croque-morts (Vidocq).

Tringlos : Soldat du train. — Diminutif de train. — « Ce que les tringlos, soldats du train des équipages militaires, ne pourront nous apporter. » — A. Camus.

Tripotée : Correction. — Du vieux mot tripeter : fouler aux pieds. V. Roquefort. — « Oh ! quelle tripotée je vous ficherais, ma poule ! » — Gavarni.

Trognon : Petite femme. — « En lorgnant la brunette, j’lui dis : Mon petit trognon » — Les Amours de Jeannette, ch., 1813.

Trois-étoiles : Se dit d’une personne dont on cache le nom. — « Le célèbre monsieur Trois-Étoiles. » — J. Janin. — « La femme légitime de ce peintre est la maîtresse du gros trois-étoiles. » — A. Second.

Troisième dessous : « Dans le troisième dessous des sociétés, pour emprunter à l’art dramatique une expression vive et saisissante, le monde n’est-il pas un théâtre ? Le troisième dessous est la dernière cave pratiquée sous les planches de l’Opéra, pour en recéler la rampe, les apparitions, les diables bleus que vomit l’enfer. » — Balzac.

Trois-six : Eau-de-vie. — « Au moins, moi, j’dis pas que j’aime pas le trois-six ! » — Gavarni.

Trombine : Physionomie ridicule.

Trompe-chasse : Art(Vidocq). — L’art trompe l’œil.

trompette : Colporteur de nouvelles. — Allusion à la trompette allégorique de la Renommée.

Trompette : Nez trop bruyant. — Nez en trompette : Nez relevé.

Tronche : « La Sorbonne est la tête qui pense, qui médite ; la Tronche est la tête lorsque le bourreau l’a séparée du tronc. » — Vidocq, 1837. — « Gare la tronche ! prends garde à la tête. » — Dhautel, 1808.

trottante : Souris. — Trotteur : rat (Vidocq).

Trotte : Course pénible. — « J’étais sortie pour éviter ces trottes-là à Alfred. » — E. Sue.

trottins : Pieds. — Les pieds trottent.

Trottin : « Le trottin, toujours choisi parmi les grisettes les plus jeunes et les plus espiègles du magasin, était le véritable petit clerc de tout magasin de modes. » — L. Huart. — « Et de trotin toujours crotté, on en fit un petit commis.» — Troisième suite du Parlement burlesque de Pontoise, 1652.

Trottoir (Faire le) : Se dit des filles inscrites qui, le soir, se promènent sur le trottoir voisin de leur logis. — Grand trottoir, en termes d’argot comique, veut dire : haut répertoire.

Trou (Faire son) : Arriver à une bonne position. — Mot à mot : faire sa trouée dans la foule.

Faire un trou : Prendre un verre d’eau-de-vie au milieu du repas, pour précipiter la digestion, faire un trou destiné à l’ingestion de nouveaux aliments.
Faire un trou à la lune : Décamper par un trou à la clarté de la lune. — « Mazarin a fait un trou à la lune, comme font ordinairement les larrons.» — Le Ministre fugitif, Paris, 1651.

Troubade, Troubadour : Fantassin. — Comme le troubadour, le fantassin fait en tous pays résonner sa clarinette. — Ch. Rousselot a fait le Troubade, chansonnette (1860). — « Je suis Manon la cantinière Et verse à boire aux troubadours. » — J. Choux.

Trou d’aix, Trou de balle : Anus.

trouée : Dentelle (Vidocq). La broderie fait trou.

Troussequin : Derrière. — De la partie de la selle que frotte la plus noble partie du cavalier.

Trouvée (Elle est) : Cette histoire est neuve, originale.

truc : Manière de voler (Vidocq). — Du vieux mot truche (V. Roquefort). — La truche était l’art d’exploiter la pitié des gens charitables. — « Grand Coësre, dabusche des argotiers et des trucheurs le grand maître, vivent les enfants de la truche ! vivent les enfants de l’argot ! » — Vidocq. — Cette juxtaposition de truche et de argot confirme notre pensée sur l’origine de ce dernier mot… Argot n’est qu’une forme d’argue : ruse, subtilité. — Au moyen âge, les mots truffe, trulle et trut avaient le même sens de finesse et d’imposture. Ce dernier, qui ne diffère pas beaucoup de truc, se trouve, dès le quatorzième siècle, dans une chronique rimée du duc de Bretagne, Jean IV (Lobineau, t.II, col. 730) : « François prenoient trop divers noms Pour faire paour aux Bretons, Mais ils avoient plus de viel Trut Que vueille truie qui est en rut.» — V. Roustir, Lem.

Notre société a adapté le mot Truc. Au théâtre c’est la machine destinée à produire un changement à vue. Les féeries sont des pièces à trucs.
Pour un auteur dramatique, le truc est la science des détails. On dit d’un écrivain qui file la scène avec difficulté, qu’il manque de truc.
C’est aussi un moyen d’existence. — « Il daigna nous donner quelques renseignements sur son truc, c’est-à-dire le métier qui le fait vivre. » — P. d’Anglemont.
Enfin c’est une ruse, un dehors trompeur. — « La vertu qu’on fait voir pour mieux cacher le vice, voilà le truc d’un sesque trompeur. » — Rousseliana, 1805.
Truc de la morgane et de la lance : Baptême. — Mot à mot : manœuvre du sel et de l’eau. V. Momir.
Connaître le truc : Connaître le secret V. Cloporte.
Avoir du truc : Avoir un caractère ingénieux.
Truqueur : « On appelle ainsi tous ces gens qui passent leur vie à courir de foire en foire, n’ayant pour toute industrie qu’un petit peu de hasard. » — P. d’Anglemont. — C’est aussi un homme usant de trucs, dans toutes les acceptions susdites.

Truffes (Aux) : Soigné. — La truffe est un aliment de luxe. — « Tu me feras un compte rendu aux truffes ! » — E. Augier.

tuile : Accident. — Allusion à la tuile qui tombe d’un toit sur la tête du premier passant venu. — « La tuile est forte, Mais on peut s’en relever. » — L. Reybaud.

Tuiler : Toiser, dévisager. — Terme maçonnique.

Tulipe orageuse : Cancan. — « Tous quatre frétillant des tulipes de plus en plus orageuses. » — E. Sue. — Allusion aux jupes plus ou moins ballotées des cancaneuses.

Tune : Prison de Bicêtre. C’est un dépôt de mendicité. De tuner : mendier. — Tuneur : Mendiant. — Tuneçon : Maison d’arrêt.

Turbinement : Jour de travail. — « Pour grinchir tu préféreras les fêtes aux turbinements. » — Vidocq. — Turbiner : Travailler. — Turbineur : Ouvrier.

Turco : Tirailleur indigène de l’armée d’Afrique. — « Un carré d’infanterie de ligne et de turcos vint se former sous nos pieds. » — Mornand.

Turf : Champ de course, arène quelconque. — « Un vigoureux coup de jarret a remis Pitt debout sur le turf. » — A. Deriège. — « Voilà de quoi faire envahir désormais par toutes les fashions le turf littéraire. » — Aubryet.

Turne : Logis malpropre. Du vieux mot tourn : petite tour, et par extension Prison, comme castuc. — « L’immeuble !… je me suis tout de suite souvenu de cette turne. » — Montépin.

tuyau de poêle : Chapeau rond, botte à l’écuyère. — Allusion de forme. — « Il donna un coup de poing dans son tuyau de poêle, jeta son habit a queue de morue. » — Th. Gautier, 1833.

Typo : Ouvrier typographe.


U

Ultra : Homme voulant au delà (ultrà) de ce que désire son parti. — « Ces royalistes surnommés ultras par l’opposition. » — Balzac. — « Je crois qu’il faut user d’indulgence pour les ultras. » — C. Desmoulins. 1790. — Ultrà est souvent une abréviation de Ultramontain et signifie dévoué au parti papal, dont le siège est hors de la France, au delà des Apennins, ultrà montes.


V

vache : Prostituée avachie. V. Blagueur.

Manger la vache enragée : Endurer des privations. — « Sans l’illusion, où irions-nous, elle donne la puissance de manger la vache enragée des arts. » — Balzac. — « Son père dit qu’il veut lui faire manger de la vache enragée. » — E. Sue.

Va de la bouche : Goinfre. — « À ces va de la bouche tu faisais l’œil et te trouvais heureux. » — Monselet.

Va donc ! Va donc te promener ! — « Eh ! va donc, grand fade. » — Ricard. — V. Allez donc.

Vague (Coup de) : Vol à la flan. Son auteur est dans le vague sur le butin qu’il en pourra tirer. — « Un soir que j’étais dans la débine. Un coup de vague il me fallut donner. Pour travailler j mis au plan ma rondine, Et mes outils nous fûmes les déplanquer. » — Bailly.

Vaisselle de poche : Argent. — On ne peut pas manger sans celle-là. — « L’amour sans vaisselle de poche, C’est du caca. » — Debraux, 1832.

Valade : Poche de derrière d’un habit. (Vidocq). — Du vieux mot avaler, descendre. La main descend dans la poche. V. Litrer.

Vannage (Faire un) : « Allécher par un petit profit l’homme qu’on se réserve de dépouiller. » — Vidocq. — Comparaison de l’escroc au meunier qui lâche un peu d’eau de sa vanne pour faire tourner le moulin.

Valser : Courir. V. Cheval.

Faire valser : Accabler de coups. — « Nous ferons valser les Prussiens. » — Henry, Ch., 1838.

Valtreuse : Valise. — Valtreusier : Voleur de valise.

Vase nocturne : Pot de nuit. — « Mais un vieux taciturne Verse le contenu d’un vase nocturne. » — Bailly, Ch., 1836.

vautour : propriétaire exigeant et dur. — Dès 1587, se trouve dans les Contes d’Eutrapel : « Vaultours que signifient ils autres que les avaricieux qui comme ces animaux sont aspres et désordonnément actifs a posséder les biens de ce monde per fas et nefas. »

veau : Jeune fille de joie, condamnée au rôle futur de vache. V. ce mot. — « Je rencontre à la barrière Un veau (bis). » — Chanson populaire.

Vécu (Avoir) : Avoir expérimenté la vie. — « Il savait tant de choses, il avait vécu. » — La Cassagne.

Vedette : « Qu’est-ce que la vedette ? C’est la faveur toute spéciale de voir son nom imprimé en caractères trois fois plus gros que celui de ses camarades. Les administrations théâtrales n’accordent cette faveur qu’aux acteurs et actrices qui font recettes. » — Montépin.

Veine : Heureuse chance. — « Une chose qui invite surtout les grisettes à descendre dans la rue, ce sont les histoires de veines étonnantes que leur narrent les vieilles femmes. » — Les Pieds qui r’muent, 1864.
Vénard : Ayant la veine. — « C’est un trésor que cette fille-là. Est-il assez vénard ! » — 1860, À bas le Quartier latin ! — On doit écrire veinard.

Véler : Accoucher. — « Un beau jour la mère s’aperçut qu’elle était grosse… elle ne fut pas mal habile ; elle trouva à qui donner la vache et le veau. » — Tal. des Réaux.

Velo : Postillon. — Velose : Poste aux chevaux. (Vidocq). — Du vieux mot Veloce : Vite. V. Roquefort.

Venette : Peur. — Vient du vieux mot venne, vesse. — « Dire que j’ai vendu à 61 fr. 25. Ah ! j’ai eu la venette. » — De Leuven. — « Il a eu une fière venette ; il a eu terriblement peur. » — 1808, Dhautel.

Du Vent ! de la Mousse ! : Rien pour toi ! — Vent signifie ici vesse. — V. Mousse.

Venterne : Fenêtre. — Elle donne accès au vent. — Venternier : Voleur s’introduisant par les fenêtres d’une maison (Vidocq). — V. Pieu.

Ventre (Avoir dans le) : Être capable de. — « Ce petit Lucien n’avait que son roman et ses premiers articles dans le ventre. » — Balzac. — On retrouve cette locution en Orient avec le sens de Penser. — « Personne, même son ministre le plus intime, ne sait « ce que le maître a dans le ventre, » pour me servir d’une locution habituelle à Harar. » — Revue britannique, Premiers Pas dans l’Afrique Orientale, par Burton, année 1856.

Ver (Tuer le) : « Boire de l’eau-de-vie ou du vin blanc ; libation matinale, désignée par le dicton tuer le ver. » — Murger. — V. Brouillard. — Ver rongeur : Voiture prise à l’heure pour faire des visites qu’on abrège dans le but d’avoir moins à payer au cocher. « La lorette arrive en cabriolet et dit en entrant : Docteur, prêtez-moi donc de quoi renvoyer mon ver ronqeur. » — M. Alhoy, 1840.

Verbe (Solir sur le) : Acheter à crédit (Vidocq). — Mot à mot : acheter sur parole.

Vergne : Pays. — « J’ai roulé de vergne en vergne pour apprendre à goupiner. » — Vidocq. — V. Bigorne.

vermichel : Veine. — Allusion de forme. — V. Raisiné.

Vermine : Avocat (Vidocq). — Mot à mot : vivant sur le corps des prévenus.

Versionnaire : Personnage composant en version latine, pour les candidats bacheliers plus riches que savants. C’était un métier dont plusieurs condamnations ont dû dégoûter les amateurs.

Vespasienne : Chaise percée couverte qu’on promenait vers 1840 dans les rues de Paris. — « La Vespasienne Parisienne À l’observateur arrêté Offre asile et commodité. » — Festeau.

Vesse : Peur. On connaît son action sur les intestins. — Connu en 1808.

Veste : « Je crois que le filou qui compterait trop sur cette robe ne remporterait qu’une veste. Vous savez que veste est synonyme d’insuccès. » — A. Monnier.

Veuve : Guillotine. — Elle voit mourir tous les hommes couchés sur sa planchette. — « Dis-moi, menin de monseigneur le bourreau, gouverneur de la veuve (nom plein de terrible poésie que les forçats donnent à la guillotine)…» — Balzac. — « On appelle encore la guillotine de toutes sortes de petits noms : Fin de la soupe, Grognon. la Mère au bleu (au ciel), la dernière bouchée, etc., etc. » — V. Hugo.

Viande (Montrer sa) : Se décolleter. — Traité des 1808.

Vice (Avoir du) : Être ingénieux. — « A-t-il du vice, ce mâtin de Couturat. » — De Goncourt. — « Nonore, un petit avorton de femme qui a la réputation d’avoir du vice. » — Ces Dames.

Victoire : Quant à la chemise, c’est au marché Saint-Jacques, chez Mlle Victoire, qu’ils (les chiffonniers) vont la chercher. Ils l’appellent du nom de la marchande, une victoire. Elle leur coûte dix sous ; quelquefois moins, jamais plus. » — Berthaud.

Vie (Faire une) : Faire tapage. — Faire la vie : « Mener une vie débauchée. » — Dhautel.

Vieille : Vieille eau-de-vie. — Vieux de la vieille : « Vieux soldat de la vieille garde ; le vieux de la vieille comme on dit. » — Balzac. — Ma vieille : Mon vieil ami. — « Eh bien ! Raoul, ma vieille, comment que ça va. » — Jaime. — L’emploi de ce féminin a sans doute paru plus tendre. On dit aussi vieux. V. Ému, Cocarde. — Vieux : Amant d’un âge mûr. V. Monsieur.

Vignes (Être dans les) : — « On dit d’un homme ivre : « Il est dans les vignes du Seigneur. » — 1808, Dhautel. — « C’est pas être un homme que d’être toujours dans les vignes. » — Balzac.

Villois : Village (Vidocq). — vieux mot. V. Rebâtir.

violon : « On appelle violon à Paris une prison que chaque section a dans son enceinte pour enfermer ceux qu’on arrête la nuit et qui sont le lendemain transférés dans une maison d’arrêt. » — Almanach des Prisons, 1793.

Sentir le violon : Devenir misérable (Vidocq). — On met au violon les vagabonds.

Vioque : Vieux. — Corruption de mot. — V. Flacul. — Vioque : Vie. — « Quelle vioque je ferais avec mon fade de carle. » — Balzac.

Virgule : Cicatrice. — Allusion de forme. — « Un’balle m’rase le front. Ça m’a fait une virgule. » — Le gamin de Paris, ch., 184..

Vis-à-vis : Un des deux couples nécessaires pour danser le quadrille. — « Le vis-à-vis de ces deux danseurs était non moins ignoble. » — E. Sue.

Visage de bois : Porte fermée. — « Fontenay Coup-d’Épée n’en fit que rire, et il retourne, mais il trouve, comme on dit, visage de bois. » — Tallemant des Réaux.

Vitriers : Chasseurs de Vincennes — Ils portèrent d’abord des sacs en cuir verni reluisant au soleil comme les pièces de verre que les vitriers portent sur leur dos.

Vivres (Taper sur les) : Manger avec avidité. — Couper les vivres : Supprimer l’envoi d’une pension alimentaire.

vole au vent : Plume (Vidocq).

Volé (Être) : Être trompé ou mystifié sans être pour cela victime d’un vol. Capelle, dans ses Contes (1818), faire dire à Richelieu, près duquel une fille d’opéra s’est fait passer pour une paysanne : « Grands dieux ! je suis volé. » — « On dit qu’un homme vole une femme galante lorsqu’il ne lui donne pas une somme promise. L’homme est au contraire volé lorsque la femme ne lui a laissé que du désanchantement. » — Cadol. — Un voleur se dira volé s’il trouve peu de butin. — « Nicolas n’est pas volé ! s’écria Calebasse. — Non, répondit le brigand, j’ai fait mes frais. » — E. Sue.

Voltigeur de Louis XIV : Émigré rétabli par la Restauration sur les cadres de l’armée. — « Cet ennemi personnel de l’égalité, ce détracteur narquois de notre révolution…, ce voltigeur de Louis XIV. » — E. Augier.

Vouzailles : Vous. V. Ravignolé.

Vrille (Voleur à la) : Voleur pénétrant dans les maisons en pratiquant aux volets une ouverture carrée à l’aide de quatre trous de vrille entre lesquels il fait jouer une scie très-fine. » — Canler.


X

X : Secret. — En mathématiques, X représente l’inconnu. — « On cherche l’X du cœur. » — Texier. — X : Calcul. — « Depuis l’année 1840, le fort en X est en proportion constante. » — Les Institutions de Paris. — Tête d’X : Tête organisée pour le calcul. — Calembour sur la formule (théta X) employée en mathématiques. — « L’ancien est évidemment une tête à X. » — La Bédollière. — Un X : Un polytechnicien.

Z

ZÉPHIR : « L’infanterie légère d’Afrique dont les hommes sont généralement désignés sous le nom de zéphyrs. » — Gandon.

ZIG, BON ZIGUE : Bon compagnon. — « Entrez, entrez, nous sommes tous ici de bons zigues. » — Monselet. — « Je suis un bon zig, il a l’air d’un bon enfant, nous nous entendrons. » — Montépin. — V. Taf, Coller — On parle aussi en zigue. Paillet donne, entre autres, l’exemple suivant, p. 75 de ses Voleurs et volés : Cavale tezigue vers mesigue (accours vers moi).

Zouzou : Zouave. — « Ils ne ressemblent en rien aux zouzous qu’on voit sur les boulevarts. » — J. Noriac.

ZUT : Non. — « Zut et bran pour les Prussiens. » — P.Borel, 1833. — «Ah ben ! non, zut !... du flan ! Je ne veux pas rester à côté d’Adolphe. » —Jaime.


Appendice

S’allonger : Faire une dépense qui n’entre pas dans ses habitudes. De là sans doute se fendre. — Voyez ce superlatif qui serait alors un terme d’escrime.

Boîte, Boîton : Voiture. — « Les gentils hommes et les gentilles femmes qui se piquent de parler l’argot des quartiers neufs demandent leur boîte ! ca veut dire leur voiture. » — Vitu.

Brandillante : Sonnette (Vidocq). — Allusion au mouvement du battant.

Branque : Âne (Vidocq). — Onomatopée imitant le cri de l’âne.

Carotter : Jouer petit jeu. — « Un homme qui allait à la Bourse et qui carottait sur les rentes après s’y être ruiné. » — Balzac.

Carton : « Ces quatre messieurs qui tripotent le carton (Dict. de l’Avenir) avec une grande habileté. » — Villemessant, Paris au jour le jour, 1860.

Chameau : Cette épithète passe aussi pour dater de la campagne d’Égypte, pendant laquelle nos soldats, profonds analogistes, auraient été frappés de la docilité avec laquelle le chameau se couchait pour recevoir son fardeau. Tel est du moins l’avis de l’ Encyclopediana.

Chauvin : « L’amour sans façon régnait dans ces réunions bruyantes, où un Chauvinisme instinctif préludait par des chants naïvement vaniteux et fièrement populaires à celui que l’esprit d’opposition fit d’une manière chagrine de 1814 à 1825, époque où un libéralisme plus large commença à se moquer de ces éloges donnés aux Français par les Français, de ces railleries lancées par les Français contre les étrangers. Charlet, en créant le conscrit Chauvin, fit justice de ces niaiseries de l’opinion. » — A. Jal, Paris moderne, 1834.

Chimique : Allumette chimique. — « Ouvre ta blague, prends une chimique, allume ta pipe. » — La Maison du Lapin blanc, typ. Appert.

Couler : Supprimer, couler à fond (au figuré). — « Non, les étudiants de seizième année n’existent plus ; c’est une génération coulée. » — 1855, Privat d’Anglemont.

Couper : Sous le premier Empire, M. de Beaumont annonça au cercle des Tuileries : « Mme la maréchale Lefebvre ! » — L’empereur s’avance et lui dit : « Bonjour, Mme la duchesse de Dantzick ! » — Celle-ci se retourne et dit au chambellan trop laconique : « Ah ! ça te la coupe, cadet ! »

Couyon : « Tu pourras marmonner tout bas : Ah ! couyon, tu ne me tiens pas. » — La berne mazarine, 1651. — « Le ciel n’a point tant de beautez, le firmament tant de clartez… L’Italie tant de coyons, La Sicile tant de larrons. » — Claude Veiras, 1652. — « Fuis donc, vilain gavache, Coyon comme une vache, Fuis t’en en ton païs. » — Le Paranimphe mazarinique, 1651.

Dragée : « Nous entendons dire, mon camarade, que tu ne quittes pas l’ennemi, et que tu leur envoies des dragées a plein canon. » — Marceau, Lettre à Westerman.

Écorner : Injurier. — Écorneur : Procureur du roi. — Écorné : Inculpé (Vidocq). — Acception figurée d’écorner : Casser, dégrader.

Écume : Étain (Vidocq). Allusion au métal en fusion.

Effaroucher : Voler. — Jeu de mots. — Effaroucher, c’est faire disparaître. — « Qu’est-ce qu’a effarouché ma veste ? » — H. Monnier, 1836.

Fendant : Vient du vieux terme fendeur de naseaux : bravache.

Flanche : Ruse. — « Ne m’entortille pas avec tous tes flanches. » — La Maison du Lapin blanc.

Nez : Par une opposition singulière, avoir le nez long et avoir le nez camus ont également signifie être désappointé dans le langage familier. En voici un exemple : « Madame la grosse bourgeoise… Alors se trouva bien camuse De voir que elle eut un demy pied de nez. » — Paris, 1649, Nocturne Enlèvement du Roy.

Pégriot : « Quiconque ne se fait pas un nom dans la caste criminelle qu’il s’est choisie est un pégriot de la basse pègre. » — A. Monnier.

Prusse (V. p. 268) : Cet État ne paie point le 31 du mois ; de là le terme de travailler, etc.

Vanternier : « Le vanternier est encore une variété du cambrioleur. Seulement, au lieu d’entrer par la lourde, il préfère s’introduire par la fenêtre. Lanterne, par corruption volontaire vanterne, parce qu’une fenêtre avec ses vitres ressemble à une porte de lanterne. » — A. Monnier.




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