Les Voleurs (Vidocq)/dico1/T

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T

* TABAR ou TABARIN, s. m. — Manteau.

TABLETTE, s. f. — Brique, tuile.

TAFFE ou TRACQUE, s. — Crainte, peur, épouvante, frayeur.

TAFFER ou TRACQUER, v. a. — Craindre, épouvanter, effrayer.

TAFFERIE, s. f. — Crainte, peur, épouvante, frayeur.

TAFFEUR ou TRACQUEUR, s. — Poltron.

TAFFETAS (Avoir le), v. a. — Craindre, avoir peur.

TAILBIN, s. m. — Billet de complaisance.

TAMBOUR, s. m. - Chien.

tante, s. m. — Homme qui a les goûts des femmes, la femme des prisons d’hommes. Je dois l’avouer, ce n’est pas sans éprouver un vif sentiment de crainte que je me suis déterminé à donner place dans cet ouvrage, à ce mot que l’ordre alphabétique amène sous ma plume ; mais cet ouvrage n’est destiné ni aux filles, ni aux femmes ; on le trouvera peut-être entre les mains de celles qui assistent, parées comme pour le bal, aux audiences de la cour d’assises lorsque l’acte d’accusation promet des détails sanglans ou critiques, ou qui sont allées par une froide matinée d’hiver, enveloppées de fourrures et nonchalamment étendues sur les coussins moelleux de leur landeau, acheter bien cher une place de laquelle elles pussent voir commodément tomber les têtes de Lacenaire et d’Avril ; mais à celles-là je n’apprendrais rien qu’elles ne sachent déjà, elles savent ce que c’etait que la Tante Chardon, c’est tout au plus si la pile galvanique pourrait agacer leurs nerfs, et peut-être que si l’on cherchait sous leur oreiller ou y trouverait les ouvrages du marquis de Sade.

Cependant ce n’est point pour elles que j’écris ; aussi je n’aurais pas publié ces quelques lignes si je n’avais pas cru qu’il en dût résulter quelque bien.

Il ne faut pas croire que la pédérastie soit toujours le résultat d’une organisation vicieuse ; les phrénologistes qui ont trouvé sur notre crâne la bosse propre à chaque amour, n’y ont point trouvé celle de l’amour socratique ; la pédérastie n’est autre chose que le vice de toutes les corporations d’hommes qui vivent en dehors de la société ; les quelques hommes vivant dans le monde que l’on pourrait me citer, sont des êtres anormals qui ne doivent pas plus prouver contre ce que j’avance, que les boiteux, les bossus, les culs de jatte, ne prouvent que la nature de l’homme est d’être boiteux, bossu, ou cul de jatte ; ainsi donc quelques soldats, un peu plus de matelots, et beaucoup de prisonniers, seront atteints de ce vice, et cela, du reste, est facile à concevoir : tous les besoins de la nature sont impérieux, il faut que l’on trompe ceux qu’on ne peut satisfaire.

Il serait souvent plus juste de plaindre que de blâmer celui que l’on voit mal faire, car il est fort rare que l’homme succombe sans avoir combattu ; c’est presque toujours la nécessité qui conduit la main de celui qui commet un premier crime, et peut-être que si à côté des lois répressives de notre Code, le législateur avait placé quelques lois préventives, tel individu qui languit dans un bagne ou dans une maison centrale, posséderait la somme de biem-être à laquelle tous les hommes ont le droit de prétendre, et qui doit être le prix de toutes facultés utilement employées.

Je ne me suis pas éloigné de mon sujet, ce que je viens de dire doit me servir à constater un fait qui malheureusement n’est que trop prouvé, et qui déjà a été signalé par des hommes vraiment recommandables : c’est que la pédérastie est la lèpre des prisons ; ce vice ignoble, que l’imagination ne peut que difficilement concevoir, est le plus saillant de tous ceux qui infestent des lieux placés sous la surveillance immédiate de l’autorité ; cependant les hommes dont la mission est d’améliorer le régime pénitenciaire, ne usignem pas seulement snerchèr les moyens de l’extirper.

Il y a plus même, dans les bagnes et dans les prisons, on voit souvent sans peine les voleurs audacieux s’attacher à de jeunes pédérastes, car alors ils ne cherchent plus à s’évader ; les directeurs et surveillans de maison centrale ont même quelquefois souffert que des mariages[1] fussent célébrés avec une certaine pompe ; cet abus n’existe plus, il est vrai, on se cache aujourd’hui pour faire ce qu’autrefois on faisait ouvertement, mais le mal existe toujours.

Comme je l’ai dit plus haut, ce n’est pas sans avoir combattu que l’homme succombe ; mais, comme les mauvaises habitudes ont plus de force que les bonnes, il ne s’est pas plus tôt laissé séduire par l’exemple, qu’il aime ce que d’abord à ne pouvait concevoir, et bientôt son esprit affaibli ; du reste, par une nourriture malsaine et insuffisante, et par une tension continuelle, ne lui permet plus de discerner les objets ; alors il croit avoir trouvé ce qu’il désire, il flatte, il adule, il courtise les malheureux qu’il convoite, et qui, eux aussi, croient souvent être ce que l’autre cherche.

Oh ! il est de ces spectacles qu’il faut avoir vu, pour savoir jusqu’où peut descendre l’homme ; il faut être doué d’une organisation bien vigoureuse, et ne jamais s’être arrêté aux surfaces pour ne pas dire ruca à ses frères, lorsque l’on s’est couché sur le banc d’un bagne ou dans la galiote d’une maison centrale ; car n’est-ce pas un spectacle à dégoûter l’humanité toute entière, que de voir des hommes renoncer aux attributs, aux privilèges de leur sexe, pour prendre le ton et les manières de ces malheureuses créatures qui se vendent au premier venu, de les voir lécher la main de celui qui les frappe, et sourire à celui qui leur dit des injures ? et cela cependant se passe tous les jours, et dans toutes les prisons, sous les yeux de l’autorité qui, disent ses agens, ne peut rien y faire. Vous ne pouvez rien y faire ? dites-vous. Pourquoi donc le peuple paie-t-il grassement des philanthropes et des inspecteurs-généraux ? Vous ne pouvez rien, mais il faut pouvoir ; le prisonnier est toujours un membre de la famille : la société qui vous a chargé de le punir, vous a en même temps donné la mission de le rendre meilleur, car s’il n’en était pas ainsi, le recueil de vos lois ne serait qu’un recueil d’absurdités ; la peine qui ne répare rien est une peine inutile ; Rendez meilleurs les hommes vicieux, voilà la réparation que la société vous demande.

Les pédérastes, à la ville, ont un signe pour se reconnaître ; il consiste à prendre le revers de l’habit ou de la redingote avec la main droite, le hausser à la hauteur du menton, et à faire une révérence imperceptible.

TAP BLANC, s. f. — Dent.

TAP ou TAPIN (Faire le), v. a. — Être attaché au poteau.

* TAPE, s. f. — Fleur de.lys qui était autrefois appliquée sur l’épaule des voleurs.

TAPE DUR, s. m. — Serrurier.

TAPETTE, s. m. — Faux poinçon servant à marquer les objets d’or ou d’argent.

TAPIS, s. m. — Auberge, hôtel garni, cabaret.

TAPIS DE REFAITE, s. f. — Table d’hôte.

TAPIS DE MALADES, s. f — Cantine de prison.

TAPIS DE GRIVES, s. f. — Cantine de caserne.

TAPIS FRANC, s. — Cabaret, hôtel garni ou auberge où se réunissent les voleurs.

TAPIS VERT, s. f. — Plaine, prairie.

TAPISSIER-ère, s. — Aubergiste, maître ou maîtresse d’hôtel garni.

TAROQUE, s. f. — Marque.

TAROQUER, v. a. — Marquer.

TARTE, adj. — Qualité d’une chose fausse ou mauvaise.

TARTELETTE, adj. — Qualité d’une chose fausse ou mauvaise.

* TARTOUFFE, s. f. — Corde.

TAS DE PIERRES, s. f. — Prison.

TAULE, s. m. — Bourreau.

TAULE, s. f. — Maison.

TAUPAGE, s. m. — Égoïsme.

TAUPER, v. a. — Travailler.

TAUPIER-ère, s. — Égoïste.

* TEMPLE, s. m. — Manteau.

* TENANTE. — Chopine.

TÉSIGUE ou TÉSIGO, p. p. - Toi.

TÉTARD, s. — Entêté, celui qui ne change pas de résolution.

TÉTUE, s. f. — Épingle.

* TÉZIÈRE ou TÉZINGARD, p. p. — Toi.

THOMAS, s. m. — Pot de nuit.

* THOUTIMES, p. p. — Tous.

* THUNE, s. f. — Aumône.

TIGNER. v — Action du coït.

TIGNER D’ESBROUFFE, v. a. — Violer.

** TINETTE, s. f. — Tête.

TINTEUR, s. m. — Jeune sodomite.

TIQUER, v. a. — Voler à la carre. Terme des voleurs italiens et provençaux. (Voir Carreur.)

TIRANS, TIRANS DOUX ou TIRANS RADOUCIS. — Bas, bas de soie.

TIRE JUS, s. m. — Mouchoir de poche.

TIRJUTER, v. a. — Moucher.

TIRER UNE DENT. — Induire quelqu’un en erreur, et lui escroquer de l’argent en lui racontant une histoire.

tireur. — Le vol à la Tire est très-ancien, et a été exercé par de très-nobles personnages, c’est sans doute pour cela que les Tireurs se regardent comme faisant partie de l’aristocratie des voleurs et membres de la Haute Pègre, qualité que personne au reste ne cherche à leur refuser.

Le Pont-Neuf était autrefois le rendez-vous des Tireurs de laine ou manteaux, et des coupeurs de bourse, qu’à cette époque les habitans de Paris portaient suspendue à la ceinture de cuir qui entourait leur corps. Ces messieurs, qui alors étaient nommés Mions de Boulles, ont compté dans leurs rangs le frère du roi Louis XIII, Gaston d’Orléans ; le poète Villon, le chevalier de Rieux ; le comte de Rochefort ; le comte d’Harcourt, et plusieurs gentilshommes des premières familles de la cour ; ils exerçaient leur industrie à la face du soleil, et sous les yeux du guet qui ne pouvait rien y faire. C’était le bon temps ! Mais maintenant les grands seigneurs qui peuvent puiser à leur aise dans la caisse des fonds secrets, ce qui est moins chanceux et surtout plus productif que de voler quelques manteaux rapés ou quelques bourses étiques, ont laissé le métier aux manans ; et, à l’heure qu’il est, grâce à l’agent Gody, ces derniers sont très-souvent envoyés en prison par leurs compagnons d’autrefois.

Les Tireurs sont toujours bien vêtus, quoique par nécessité ils ne portent jamais ni cannes ni gants à la main droite ; ils cherchent à imiter les manières et le langage des hommes de bonne compagnie, ce à quoi quelques-uns d’entre eux réussissent parfaitement. Les Tireurs, lorsqu’ils travaillent, sont trois ou quelquefois même quatre ensemble ; ils fréquentent les bals, concerts, spectacles, enfin tous les lieux où ils espèrent rencontrer la foule. Aux spectacles, leur poste de prédilection est le bureau des cannes et des parapluies, parce qu’au moment de la sortie il y a toujours là grande affluence ; ils ont des relations avec presque tous les escamoteurs et chanteurs des rues qui participent aux bénéfices de la Tire.

Rien n’est plus facile que de reconnaître un Tireur, il ne peut rester en place, il va et vient, il laisse aller ses mains de manière cependant à ce qu’elles frappent sur les poches ou le gousset dont il veut connaître approximativement le contenu. S’il suppose qu’il vaille la peine d’être volé, deux compères que le Tireur nomme ses Nonnes ou Nonneurs, se mettent chacun à leur poste, c’est- à-dire près de la personne qui doit être dévalisée. Ils la poussent, la serrent, jusqu’à ce que l’opérateur ait achevé son entreprise. L’objet volé passe entre les mains d’un troisième affidé, le Coqueur, qui s’éloigne le plus vite possible, mais, cependant sans affectation.

Il y a parmi les Tireurs des prestidigitateurs assez habiles pour en remontrer au célèbre Bosco, et les grands hommes de la corporation sont doués d’un sang-froid vraiment admirable. Qu’à ce sujet l’on me permette de rapporter une anecdote bien ancienne, bien connue, mais qui, cependant, est ici à sa véritable place.

Toute la cour de Louis XIV était assemblée dans la chapelle du château de Versailles ; la messe venait d’être achevée, et le grand roi, en se levant, aperçut un seigneur qui tirait de la poche de celui qui était placé devant lui une tabatière d’or enrichie de diamans. Ce seigneur, qui avait aperçu les regards du roi attachés sur lui, lui adressa, accompagné d’un sourire, un signe de la main pour l’engager à se taire. Le roi, qui crut qu’il n’agissait seulement d’une plaisanterie, lui répondit par une inclination de tête qui pouvait se traduire ainsi : Bon ! bon ! Quelques instans après, celui qui avait été volé se plaignit ; on chercha l’autre seigneur, mais ce fut en vain. « Eh ! bon Dieu, dit enfin le roi, c’est moi qui ai de servi de compère au voleur.»

Il y avait entre les Tireurs du moyen-âge beaucoup plus d’union qu’entre ceux de notre époque. Ils avaient, pour n’être point exposés à se trouver en trop grand nombre dans les lieux où ils devaient opérer, imaginé un singulier expédient. Le premier arrivé mettait dans une cachette convenue, un dé qu’il posait sur le numéro un, le second posait le dé sur le numéro deux, et ainsi de suite jusqu’à ce que le nombre fût complet. Bussi Rabutin, qui rapporte ce fait dans ses Mémoires secrets, ajoute que plusieurs fois il lui arriva de retourner le dé qui était sur le numéro un, pour le mettre sur le numéro six, ce qui, dit-il, empêcha que beaucoup de personnes fussent volées.

Méfiez-vous, lecteurs, de ces individus qui, lorsque tout le monde sort de l’église ou du spectacle, cherchent à y entrer ; tordez le gousset de votre montre, n’ayez jamais de bourse, une bourse est le meuble le plus inutile qu’il soit possible d’imaginer, on peut perdre sa bourse et par contre tout ce qu’elle contient ; si, au contraire, vos poches sont bonnes vous ne perdrez rien, et dans tous les cas la chute d’une pièce de monnaie peut vous avertir du danger que courent ses compagnes. Ne mettez rien dans les poches de votre gilet, que votre tabatière, que votre portefeuille soient dans une poche fermée par un bouton, que votre foulard soit dans votre chapeau, et marchez sans craindre les Tireurs.

TIROU, s. m. — Petit chemin.

TIRTAIGNE, s. m. — Tireur de campagne.

TOC, s. m. — Cuivre, mauvais bijoux.

TOCASSE, s. — Méchant, méchante.

TOCASSERIE, s. f. — Méchanceté, malice.

* TOCQUANTE, s. f. — Montre.

TOGUE ou TOQUE, s. — Malin, maline.

TOLLE ou TOLLARD, s. m. — Bourreau. Les bonnes gens croient encore que la loi force le fils du bourreau à remplacer son père ; on conçoit facilement l’existence de ce préjugé, car cette profession est en effet si horrible que l’on conçoit difficilement qu’un homme qui peut demander des moyens d’existence au travail, fût-ce même au plus rude, l’exerce sans y être contraint ; mais les bonnes gens se trompent, la loi ne force personne à être bourreau, le fils du bourreau, comme tous les autres citoyens, peut ne point exercer la profession de son père ; le bourreau même peut, lorsque cela lui convient, donner sa démission : la profession d’exécuteur des hautes œuvres n’est donc exercée que par des gens auxquels elle convient, ce qui n’empêche pas que de nombreuses demandes ne soient adressées à l’autorité chaque fois qu’il y a une vacance. Un individu qui avait obtenu, à titre de récompense nationale, une place d’exécuteur, et qui ne croyait probablement pas posséder les qualités nécessaires pour l’exercer avec honneur, chercha un acquéreur et en trouva un.

TOMBER MALADE, v. p. — Être arrêté.

** TORNIQUET, s. m. — Moulin.

TORTILLARD, s. — Boiteux, bancal.

TORTUE, s. m. — Vin.

TOULABRE, s. — Toulon.

TOURMENTE, s. f. — Colique.

TOURNANTE, s. f. — Clé.

tourne AU TOUR, s. m. — Tonnelier. Quelques tonneliers fabriquent des tonneaux si artistement faits, qu’ils peuvent être percés partout, et ne laisser échapper autre chose que de l’eau-de vie, et cependant un tonneau de cette espèce qui doit ordinairement contenir vingt-sept veltes de liqueurs, n’en contient que le tiers à-peu-près, le reste n’est que de l’eau. Ces tonneaux, destinés aux Voleurs et aux Solliceurs à la Goure, sont si artistement faits, qu’il est très-rare que la fraude soit découverte..

Ceux qui ne se servent pas de semblables tonneaux, se servent de vessies qu’ils introduisent vides dans le tonneau et qu’ensuite ils emplissent d’eau, de sorte que ce tonneau ne contient que très-peu de liqueur ou d’huile.

Plusieurs épiciers de Paris qui avaient cru faire un excellent marché, n’avaient acheté qu’un tonneau fabriqué par un Tourne au Tour, ou plein seulement de vessies. S’ils avaient eu la précaution d’introduire et de promener un bâton dans l’intérieur du tonneau qu’ils avaient acheté, cela ne leur seroit pas arrivé.

Mais ils auraient dû avant tout se défier de ces hommes qui vendent des huiles ou des spiritueux au-dessous du cours, il y a presque toujours un piège de caché sous leurs offres séduisantes.

TOURNIQUET, s. m. — Moulin.

* TOURTOUZE, s. f. — Corde.

TOUTOUZER, v. a. — Lier.

TOURTOUZERIE, s. f. — Corderie.

TOURTOUZIER, s. m. — Cordier.

TOUSER, v. a. — Aller à la selle au commandement des argousins pendant le voyage de la chaîne.

TOUT DE CÉ, adv. — Très-bien.

TRANCHE ARDANT, s. f. — Manchette.

TRATINER, v. a. — Marcher.

** TRACTIS, adj. - Doux, maniable.

TRAVERSE, s. m. — Bague, galère.

TRAVIOLE, s. f. — Traverse.

TREFFLE ou TREFFOIN, s. m. — Tabac.

TREMBLANT, s. m. — Lit de sangle.

TRÈPE, s. f.— Affluence de peuple. Terme des saltimbanques et des voleurs parisiens.

TRIAGE, adv. — Une fois.

TRIFFONNIÈRE, s. f. — Tabatière.

TRIMBALLAGE, s. m. — Transport.

TRIMBALLER, v. a. — Conduire, transporter.

TRIMBALLEUR, s. m. — Conducteur, porteur.

TRIMBALLEUR DE CONIS, s. m. — Cocher de corbillard, croque-monts.

TRIMBALLEUR DE PILIER DE BOUTANCHE, s. m. — Emporteur de commis de boutique ou de magasin.

Un individu entre dans la boutique d’un marchand : d’un marchand bonnetier, par exemple ; il examine, si cela lui est possible, des bas de soie de la première qualité, et il a le soin de se graver dans la mémoire la marque d’un ou de deux paquets, cela fait, il achète quelques paires de bas moyennant une somme de 50 à 60 francs, et comme il n’a pas assez d’argent sur lui pour payer, il prie le marchand de faire porter chez lui ce qu’il vient d’acheter, et donne son adresse ; mais il se ravise, et dit au commis qui doit être chargé de la commission : « Ma foi, nous irons ensemble.» Et, en effet, il part accompagné du commis. Le tiers du chemin est à peine fait, lorsque le filou dit à son compagnon : « J’ai un mot à dire à une personne qui demeure ici près, allez devant, je vous aurai bientôt rattrapé.» Le commis, toujours porteur de son paquet de bas, continue sa route, et le filou retourne au plus vite chez le bonnetier, il lui dit qu’il vient de la part du commis chercher les paquets marqués A. Z. et Tltl 177

D. H. l’indication si précise d’une marque qu’îl croit-n’être connue quede lui· seul, empéche le marchand de penser qu’il est aux onze et douzièmes vole, il remet au Ilrùnàallear ce qu’il demande, et ce n’est que lorsque son commis, qui n’a trouvé personne à l’adresse indiquée, revient au magasin, qu’il sait qu’il a étévolé. D’autres Trànballours, suivis d’un commissionnaire qui plie sous le poids dl une malle qui ne- contient que des pierres et de la paille, viennent séloger dans un hôtel de belle apparence, et paient une quinzaine ou un mois d’avance. Après- quelques jours de résidence dans l’hôtel, l’un des T ninàalleurs se rend chez une lingère famée commander soit un trousseau de mariée, soit celui d’un homme du grand monde ; il désire être servi de suite, car il· doit suivre, dit-il, un ambassadeur ou tout autre grand personnage. Lorsqu’enfin sa commande est prète, il donne l’ordre d’e-pporter le tout chez lui le lendemain matin ; il marchande ensuite quelques objets, mais le prix ne lui convient pas. ’

Le lendemain, les objets composant le trousseau sont portés chez le Trùnballeur par une demoiselle de boutique, et comme lefripon a rt. Il HS Till j

promis. d’ôtre généreux et de donner pour les rubans, elleest toute disposecà lui accorder la plugruntlsconiiance. Lorsqu’elle arrive, elle trouve lo fripon couché, il est indispose. Il prie p lajeune fille de hisser le paquet qu’elle npporte, et d’aller au plus vite chercher ce qu’il a marchandé la veille. Elle s’empresse d’obéir, etelle est à peine au basde l’escalier, que le malade est déjà sorti de son lit ; il n’est pasné· cessaire de dire qu’il était couché tout habillé. Il prend le paquet, un cabriolet prévenu dela veille l’ztœnd au coin d’une rue des environs, j il fouette les chevaux et disparaît comme Yéclair. Les fripons qui procèdent de cette manière t’attaquent pas seulement des lingères, des bijoutiers, des horlogers, des tailleurs surtout sont souvent leurs dupes.

Il ne linut donc jamais laisser les marchan- q dises que l’on apporte chez des individus qui logent en garni, lorsqu’on n’a pas l’honneur de les connaître, quand bien même on apercemîl sur une table ou sur un sommo de l’oroudc• billets de banque. h

En 184.3, un individu récemment libéré commit plus de cinquante vols semblables TRl—’I’B0 179 ceux que je viens de signaler, sans cependant se laisser prendre. Après l’avoir cherché longtemps, je parvins enfin à le découvrir dans la rue du Dauphin, au moment d’Ine exécution. Il fut condamne à dix années de réclusion, mais il trouva les moyens de mettre en défaut la surveillance d’un bon gendarme chargé de le conduire àClairvaux, et depuis, on n’en n’a ’ plus entendu parler.

  • TRIUABD, s. m. — Chemin. u

TBIME, s. l’. — Rue. · TRIMCLE, s. m. — Fils. TBIMER, v. a.-Marcher. TROMBILLE, s. f. — Bête. TROMPE-CHASSE, s. m. — Art. TRONCHE, s. il — La Sorbonne est la tète qui pense, qui médite ; la Tronche est la tète lorsque le bourreau l’a séparée du tronc. Je crois qu’il serait difficile d’exprimer d’une manière à la fois plus concise et plus énergique deux idées plus dissemblables. TRONCHE (Cour nz). — Voir Cocmen. TROTTANTE, s. m.—Souris. TROTTEUR, s. m.-Rat. ’" TROTTINS, s. m. ·— Pieds. TROU D’AIX, s. m. —· Anus.

TROUÉE, s. f. — Dentelle.

truc, s. f. — Une des diverses manières de voler, profession d’un voleur.

tune ou TUNEBÉE. — Bicêtre, prison du département de la Seine. C’est de Bicêtre que partent les condamnés destinés aux divers bagnes de la France. Le spectacle hideux du départ de la chaîne attire toujours un grand concours de spectateurs empressés d’ajouter encore quelques souffrances à celles que doivent éprouver ces malheureux qui, cependant, n’ont pas été condamnés à servir d’aliment à la curiosité publique. Dès le matin du jour fixé pour le départ de la chaîne, des masses immenses envahissent le quartier Mouffetard, la barrière du Midi, et les environs de l’ancien manoir de Charles VII. Il pleut, l’éclair sillonne la rue, la foule ne se retire pas, et cependant cette foule n’est pas composée seulement d’hommes du peuple, il y a dans ses rangs des dandys et des petites maîtresses qui, le soir peut-être, étaleront leurs grâces au balcon du Théâtre-Italien. Voici, au reste, en quels termes s’exprimait, à l’occasion du départ de la chaîne, un journal qui cependant n’a pas l’habitude de s’apitoyer sur les misères des malheureux que la société repousse de son sein : « Jamais pareil concours de spectateurs, dit la Gazette des Tribunaux, ne s’était réuni pour contempler les traits des malheureux que loi loi a justement frappés. On remarquait sur six files de voitures marchant de front, de brillans équipages blasonnés ou armoiries, confondus avec des voitures omnibus, des cabriolets de maître, de régie ou de places, des coucous, des charrettes, des tapissières, etc., etc. Le nombre de ces chars, numérotés ou non, et plus ou moins élégans, dépassait quinze cents.

« On ne voyait pas sans étonnement parmi les plus brillans équipages, des calèches remplies de dames en élégante toilette du matin. Les robes de soie, les chalys, les châles français, les écharpes de barèges, les chapeaux ornés de fleurs ou de plumes ont dû être singulièrement compromis par la poussière.

« Il en était de même des hommes, devenus méconnaissables par les flots poudreux qui souillaient leurs vêtemens. La descente de la Courtille, au mardi gras, ne présente peut-être pas un spectacle aussi ignoble que celui qu’offraient aujourd’hui nos fashionables.»

Un poète, qui faisait partie de cette chaîne, a composé une sorte d’hymne dont je crois devoir citer ici les deux couplets les plus saillans.

Entendez notre voix, et que nos fiers accens
A notre suite enchaînent la folie.
Adieu Paris ! adieu, nos derniers chants
Vont saluer notre patrie.
Des fers que nous portons nous bravons le fardeau,
Un jour la liberté reviendra nous sourire,
Et dans notre délire
Nous redirons encor ce chant toujours nouveau.

Renommée, à nous tes trompettes,
Dis que joyeux nous quittons nos foyers,
Consolons-nous si Paris nous rejète,
Et que l’écho répète
Le chant des prisonniers.

Regardez-nous et contemplez nos rangs :
En est-il un qui répande des larmes ?
Non, de Paris nous sommes tous enfans ;
Notre douleur pour vous aurait des charmes.
Adieu, car nous bravons et vos fers et vos lois ;
Nous saurons endurer le sort qu’on nous prépare,
Et, moins que vous barbare,
Le temps saura nous rendre et nos noms et nos lois.

Renommée, etc., etc.

Les condamnés qui doivent faire partie de la Bride (chaîne), sont amenés dès le matin dans la grande cour de la prison de Bicêtre ; ils ont ordinairement passé une partie de la nuit à boire et à chanter[2], aussi leur teint est pâle, et ils paraissent ne point devoir supporter les fatigues de la route. Ceux qui ont obtenu soit à prix d’argent, soit parce qu’ils ont la protection de quelques-uns des employés de la prison, une place aux premières loges, et peuvent voir des hommes vêtus d’un habit militaire et l’épée au côté, occupés à choisir et à examiner les colliers qui doivent servir aux forçats Lorsqu’ils ont achevé leur tâche, ils placent par rang de taille et font asseoir vingt-six individus auxquels ils lâchent les plus dégoûtantes épithètes.

C’est alors que commence le ferrage. Cette opération fait quelquefois frémir ceux qui en sont spectateurs, car elle est vraiment terrible, et si le marteau ne tombait pas d’aplomb sur le rivet du collier, il est évident que le crâne du condamné serait infailliblement fracassé. Au reste, plusieurs fois des forçats ont été blessés très-grièvement. Lorsque l’opération du ferrage est terminée, et quelle que soit la rigueur de la saison, on fait déshabiller complètement chaque forçat, et les plaisanteries, assaisonnées de quelques coups de bâton, ne leur sont pas épargnées, ce qui paraît réjouir infiniment les grandes dames qui ne quittent pas les fenêtres auxquelles elles sont placées. On distribue alors à tous ceux qui doivent faire le voyage une paire de sabots, des vêtemens de grosse toile grise qui les couvrent à peine ; ensuite vient le perruquier qui taille en échelle les cheveux de chaque forçat, tandis que les argousins coupent le bord des chapeaux et la visière des casquettes.

Quelle que soit la saison, les forçats sont ensuite placés sur les voitures découvertes, attelées chacune de quatre chevaux, qui doivent les conduire au lieu de leur destination. Au signal du capitaine de la chaîne, le triste convoi se met en marche, accompagné de quelques dandys à cheval qui veulent être spectateurs du dernier acte du triste drame qui se joue devant eux, et assister au Grand Rapiot.

Le Grand Rapiot, ou fouille générale, a lieu ordinairement à la fin de la première journée de marche. On fait alors descendre les forçats des voitures sur lesquelles ils sont juchés, on les fait déshabiller, les vêtemens et les fers sont visités avec la plus scrupuleuse attention ; les condamnés sont ensuite fouillés dans les endroits les plus secrets.

Cette opération se fait très-vite et au commandement des argousins. Ceux des forçats qui n’exécutent pas la manœuvre avec assez de promptitude, ou qui se montrent maladroits lorsqu’il faut passer par-dessus le cordon, reçoivent des coups de bâton.

Tousez, Fagots. A ce commandement d’un argousin, les forçats doivent faire leurs nécessités.

Lorsque le cordon est arrivé au lieu où la première nuit doit être passée, on fait entrer deux cents cinquante à trois cents forçats dans une écurie ou dans tout autre lieu semblable, d’une capacité propre à en contenir seulement cinquante ou soixante. Ils trouvent dans cette écurie quinze ou vingt bottes de paille. Des argousins sont placés à toutes les extrémités de cette écurie, et ceux qui sont chargés d’aller relever les factionnaires sont obligés de marcher sur les forcats qui sont étendus sur le sol, et ils les accueillent par des coups de bâton. Le bâton est la logique des argousins.

Si, l’été, un forçat a soif, et qu’il ose demander à boire, un argousin dit aussitôt : « Que celui qui veut boire lève la main.» Le forçat qui n’est pas encore au fait des us et coutumes de ces Messieurs, obéit ; alors, un des argousins de garde se rend auprès de lui, le frappe rudement en lui disant : « Bois un coup avec le canard sans plume, potence.»

Les vivres distribués aux forçats, sont, sauf le pain qui est assez passable, de très-mauvaise qualité ; le vin est détestable, et la viande n’est autre chose que de sales rogatons.

La manière dont ces vivres sont distribués ajoute encore, s’il est possible, à leur mauvaise qualité. Les baquets qui contiennent la soupe et la viande semblent n’avoir jamais été lavés. Un cuisinier distribue les portions, et compte ainsi les condamnés : « Un, deux, trois, quatre ; voleurs, tendez votre gamelle.» Les forçats obéissent, et le cuisinier jette dans leur gamelle environ une demi-livre de viande.

La distribution des vivres faite, le chef des argousins fait entendre un coup de sifflet ; le plus grand silence s’établit aussitôt. « Avez-vous eu du pain ? — Oui. — De la soupe ? — Oui. — De la viande ? — Oui. — Du vin ? — Oui. — Eh bien ! voleurs, dormez ou faites semblant, si vous ne voulez pas recevoir la visite du Juge-de-Paix.» (Le Juge-de-Paix est une longue et grosse trique de bois vert.).

Cet ordre une fois donné, le plus léger bruit excite la colère de MM. les argousins, qui se mettent à une table très-bien servie, qu’ils ne quittent que pour aller bâtonner le malheureux forçat auquel la souffrance arrache quelques plaintes.

TUNEGON, s. f. — Maison d’arrêt.

TUNER, v. a. — Mendier.

TUNEUR-euse, s.— Mendiant, mendiante. Lorsque l’on vit dans un pays civilisé ; ce n’est pas sans éprouver un vif sentiment de peine que l’on rencontre à chaque coin de rue des mendians qui laissent voir à tous les yeux des infirmités hideuses ou des plaies dégoûtantes ; l’autorité a senti cela ; aussi ses agens ne manquent pas d’arrêter tous les nécessiteux qu’ils trouvent sur leur chemin, à moins cependant qu’ils se soient privilégiés, car il est bon que le lecteur sache que celui qui a quelques protections obtient la liberté de demander comme toute autre liberté ; les mendians ainsi arrêtés sont condamnés à’deux ou trois jours d’emprisonnement, ils sont ensuite mis à la disposition de l’autorité administrative, qui les fait enfermer dans un dépôt de mendicité, et ne leur rend la liberté que lorsqu’ils ont acquis un petit capital. Le mendiant jeté sur le pavé avec 30 ou 40 francs, fruit du travail d’une année toute entière, dissipe cette petite somme en cherchant ou non du travail. Mais toujours l 90 TUN est-il qu’il la dépense, et bientôt il se trouve aussi misérable que lors de son arrestation ; cela n’arriverait pas si, au lieu d’une prison, ces malheureux avaient trouvé du travail convenablement rétribué. Pour avoir le droit de blâmer la mendicité et celui de punir les mendians, il faut avoir donné à tous les nécessitent la possibilité de vivre, à l’aide d’un travail quelconque ; siavant de s’être acquitté de cette tâche on se montre sévère, on s’expose à punir un hommeqai a préféré la mendicité au vol. Nous avons, il est vrai, des dépôts de mem dicite, et l’on s’étonne que les mendians ne s’empressent pas de s’y rendre. Iais ces dépôts ne sont autre chose que des prisom,6 l’on veut qu’un malheureux donne sa liberlê· le plus précieux de tous les biens, en éclmst d’un morceau de pain bis et d’une soupeà la q Iiumfort. Cela n’est ni juste, ni raisonnable le ne vois pas pourquoi on ne laisse pawll malheureux détenus dans un dépôt de mentir cité, la faculté de sortir au moins une fois pif semaine. Leur travail pourrait aussi être plus comnablement rétribué ; un ltonune qui ne MM l TUN ml que deux ou trois sous par jour se dégoûtc A bientôt du travail. Presque tous les pauvres peuvent être employés utilement. Cela est. si vrai, que la pluv part de ceux qui sont aux lbons pauvres, à Bicêtre, travaillent encore. · Ceux qui ne mendient que parce que des infirnnités réelles les empêchent de travailler soul’li-ent aussi, pourtant c’est· [wit ? eux que sont les rigueurs, et la police laisse les nondians privilégiés vaquer tranquillement à leurs occupations. · Lorsque l’on arrète, pour les conduire dans un dépôt de mendicité, tous les mendians que l’on rencontre dans la rue, pourquoi accorde-t-on à quelques-uns le privilège de mendier à la porte des églises ? Est-ce que par hasard la mendicité est moins repoussante à la porte d’une église qu’au coin d’une rue ? Je ne le crois pas. Les fruits de la charité publique, destinés à secourir la misère des pauvres, sont on ne peut pas plus mal distribués. On inscrit sur les negistresdes bureaux de bienfaisance tous ceux qui se présentent avec quelques recommandations, et l’on repousse impitoyablement celui 1 92 TUN

qui n’a qué sa misère pour’parler pourlui et qui ne peut s’étayer du nom de personne, aussi il y a dans Paris des gens quisont assistésà la fois dans cinq ou six errondissernens. Celui qui est eniin-parvenu à se faire inscrire dans un bureau de charité est toujours ausisté, quels que soient les changemens opérés dans sa position.

Les secours destinés aux pauvres sont insuf(isans ; il serait juste, je crois, d’imposerlœ gensqui possèdent, proportionnel lement à leur fortune. Des gens qui possèdent 50 et même 100,000 livres de rente, donnent seulement quelques 400 francs par année pour les pauvres, et cependant ils croient faire beaucoup ; ils méprisent, ils dédaignent les pauvres. C’est cependant dans leurs rangs qu’ils trouvent tout ce dont ils ont besoin : des ouvriers, des domestiques, des remplaçans aux armées pour

leurs fils, et quelquefois même de jeunes et jolies filles pour satisfaire leurs passions. Les ouvriers sont presque tous ivrognes et brutaux, les domestiques volent ; ce n’est peutètre que trop, vrai, mais à qui la faute ? si ce n’està vous MM. les richards. Si vosdonsétaienl proportionnés à votre fortune et aux besoins À TUN 198 des classes pauvres, les enfans du peuple reco vraient une meilleure éducation, ils connaîtraient les lois et l’histoire de leur pays, et bientôt il ne resterait pas la plus légère trace des défauts, des vices mômes, que vous reprochez à ceux qui occupent les derniers degrés de l’échelle sociale. Tant que pour secourir les pauvres on se bornera à leur envoyer une dame richement parée.et étincelante de diamans leur porter le ’ bon d’un pain de quatre livres et d’une tasse de bouillon ; Tant qu’on se bornera à emprisonner ceux qui imploreront la commisération du public, la question ne sera pas résolue. L’honorable M. de Belleyme, qui ne put faire durant sa courte administration tout le bien qu’il méditait, eut cependant le temps de fonder un établissement qui devait servir de refuge à tous les individus appartenant aux classes pauvres, et dans lequel ils devaient trouver les moyens d’empIoyer utilement leurs facultés. Les heureux effets que cet essai ne tarda pas à produire auraient dû encourager les amis de l’humanité, mais l’institution de M. de Belin. l’Z ’ 194 TUL—’l’U R leyme fut malheureusement accueillie avec cette indifférence qui n’accompagne que trop souvent les œuvres du véritable philanthrope.

  • TULLE, s. l’. — Détention, réclusion.

TURBINER, v. a ; — Travailler honnête- ’ ment. A TURBlNEUR·1¤.us¤, s. — Travailleur, travailleuse ; ouvrier, ouvrière. r Éi 1 — 4

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  1. Les prisonniers qui contractaient de semblables mariages ne faisaient, au reste, que ce que fit Henri III qui passa avec Maugiron, celui de ses mignons qu’il aimait le plus, un contrat de mariage que tous ses favoris signèrent, et qui donna naissance à un pamphlet intitulé : La Pétarade Maugiron. J’ai extrait de cet ouvrage le quatrain suivant, destiné à servir d’épitaphe à un des seigneurs de la cour de ce monarque, ainsi qu’à sa famille.

    Ci gist Tircis, mon fils, sa femme,
    Juge passant qui fis le pis,
    Tircis prit son fils pour sa femme,
    Sa Femme eut pour mari son fils.

  2. Il y a toujours parmi les forçats qui doivent faire partie de la chaîne, quelques forçats qui se chargent de faire quelques chansons de circonstance qui sont destinées à charmer les ennuis de la route. Outre ces poésies nouvelles, les condamnés n’oublient pas de chanter quelques-unes de ces vieilles chansons argotiques chantées déjà par plusieurs générations de voleurs, la Marcandière, le Tapis de Montron[* 1], par exemple ; mais celles qui obtiennent le plus de succès, celles dont les refrains sont répétés avec une sorte de frénésie, sont celles qui sont destinées à tourner en ridicule la police ou ses agens. La chanson en vogue maintenant dans les bagnes et dans les prisons, est dirigée contre M. Allard, chef de la police de sûreté, et les agens qu’il emploie. Il est inutile de dire que cette chanson ne prouve absolument rien. Aussi je ne donne place ici à quelques-uns de ces couplets que pour donner un échantillon du style épigrammatique des voleurs.

    Ce fameux Allard entra,
    Sa brigade l’entoura ;
    Tous scélérats,
    Voyez ces agens,

    1. Ces chansons ont été placées dans la préface.

    Ils livreraient leur père
    Pour un peu d’argent.
    La chaîne toute entière
    Ne fait qu’un cri :
    Ah ! ah ! à la chianlit,
    A la chianlit.

    Allard dit à un voleur,
    Je suis un homme d’honneur,
    C’est un menteur.
    On lui a prouvé
    Que l’un de ses deux frères,
    Depuis peu d’années
    Est sorti des galères,
    Il en rougit.
    Ah ! ah ! à la chianlit,
    A la chianlit.

    Les agens vont dès l’matin
    Chez un tailleur peu malin,
    Louer un frusquin.
    Voyez ces friquets
    En habit du dimanche,
    Ce gueux d’Hutinet,
    Et ce gouèpeur de Lange
    En vieil habit.
    Ah ! ah ! à la chianlit,
    A la chianlit, etc., etc.