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Les Fleurs du mal/1857/La Mort des pauvres

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LA MORT
Les Fleurs du mal (1857)Poulet-Malassis et de Broise (p. 245-246).

XCIX

LA MORT DES PAUVRES



C’est la Mort qui console et la Mort qui fait vivre ;
C’est le but de la vie, et c’est le seul espoir
Qui, divin élixir, nous monte et nous enivre,
Et nous donne le cœur de marcher jusqu’au soir ;

À travers la tempête, et la neige et le givre,
C’est la clarté vibrante à notre horizon noir ;
C’est l’auberge fameuse inscrite sur le livre,
Où l’on pourra manger, et dormir et s’asseoir


C’est un Ange qui tient dans ses doigts magnétiques
Le sommeil et le don des rêves extatiques,
Et qui refait le lit des gens pauvres et nus ;

C’est la gloire des Dieux, c’est le grenier mystique,
C’est la bourse du pauvre et sa patrie antique,
C’est le portique ouvert sur les Cieux inconnus !