Mozilla.svg

Les Fleurs du mal/1857/Le Mort joyeux

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
SPLEEN ET IDÉAL
Les Fleurs du mal (1857)Poulet-Malassis et de Broise (p. 168-169).
sépulture  ►

LXXIII

LE MORT JOYEUX



Dans une terre grasse et pleine d’escargots
Je veux creuser moi-même une fosse profonde,
Où je puisse à loisir étaler mes vieux os
Et dormir dans l’oubli comme un requin dans l’onde.

Je hais les testaments et je hais les tombeaux ;
Plutôt que d’implorer une larme du monde,
Vivant, j’aimerais mieux inviter les corbeaux
À saigner tous les bouts de ma carcasse immonde.


— Ô vers ! noirs compagnons sans oreille et sans yeux,
Voyez venir à vous un mort libre et joyeux ;
Philosophes viveurs, fils de la pourriture,

À travers ma ruine allez donc sans remords,
Et dites-moi s’il est encor quelque torture
Pour ce vieux corps sans âme et mort parmi les morts ?