Les Frères Trois-Points/X

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X

LA DIRECTION SUPRÊME




§ I

La Hiérarchie des Ateliers.

Tout Chapitre est souché sur une Loge, tout Aéropage est souché sur un Chapitre ; telle est la théorie. Le Chapitre dirige secrètement la Loge, l’Aréopage dirige secrètement le Chapitre ; telle est la pratique.

La Loge, ou Atelier travaillant du 1er au 3e degré, se réunit au minimum une fois par mois ; en moyenne, c’est une fois tous les quinze jours. De ces deux séances mensuelles, la plus importante est celle qui est appelée « tenue ordinaire » : c’est la réunion d’ordre, la réunion quasi-obligatoire, celle à laquelle se rendent presque tous les membres, celle des travaux intéressants. L’autre séance est appelée « tenue de comité » ; c’est la réunion où l’on traite les questions administratives concernant l’Atelier ; peu de membres s’y rendent, en dehors des officiers de la Loge.

Les principaux éléments des travaux des Loges sont les initiations et les conférences.

Mes lecteurs ont vu en quoi consistent les initiations. Elles comportent des épreuves stupides ; mais, ces épreuves, si stupides qu’elles soient, ont, pour les Frères Trois-Points, l’avantage d’entretenir leur zèle, d’alimenter leur activité. Ceux qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez, — j’ai été de ceux-là, — réclament la suppression des épreuves physiques. Malgré toutes les campagnes qui pourront être faites dans ce sens au sein des Loges, les épreuves physiques seront toujours maintenues. Elles favorisent trop le recrutement pour qu’on les supprime.

Le nouvel initié est un des meilleurs recruteurs de la Franc-Maçonnerie. En effet, mettez-vous un moment à la place d’un individu qui vient de passer, les yeux bandés, par toutes les mauvaises plaisanteries que j’ai racontées au chapitre V. Vous ne savez pas en quoi consistent réellement ces mystérieuses épreuves que vous avez subies ; vous êtes intrigué. En sortant de la Loge, le soir de votre initiation, vous parcourez mentalement le cercle de vos amis et connaissances du monde profane, et vous cherchez quelqu’un à présenter, afin de voir expérimenter sur un autre la coupe des serments, l’interminable échelle du haut de laquelle on vous a jeté sur un matelas, le sceau maçonnique, la saignée, et tous les autres trucs dont vous ne vous rendez pas un compte exact. Votre curiosité est allumée, et il vous faut la satisfaire. Vous faites recevoir l’ami, afin de voir par vos propres yeux les détails de votre initiation. Que la Maçonnerie supprime les épreuves physiques du 1er degré, et elle perdra des recrues dans une proportion de quatre-vingt-dix pour cent.

Mais toutes les tenues ne peuvent pas être des séances d’initiation. On a donc recours aux conférences pour remplir le programme des séances sans réceptions.

Ces conférences sont faites par un noyau de Maçons militants, appartenant presque toujours aux hauts grades, qui vont de Loge en Loge prêcher l’évangile de la secte. Les sujets de ces conférences intimes varient peu : c’est toujours de la politique ou de la religion qu’il s’agit ; pendant mon séjour dans la Franc-Maçonnerie, je n’ai pas assisté à une conférence qui ne fût ou politique ou religieuse. Entendons-nous : anti-religieuse.

Une conférence a-t-elle été faite sur tel sujet, un collègue de l’orateur, membre pratiquant des hauts grades comme lui, lui répond à la tenue suivante. C’est un système parfaitement organisé. Le vulgaire de la Maçonnerie n’y voit que du feu. Il ne réfléchit guère, il n’aperçoit pas que le Frère répondant n’assistait point à la conférence à laquelle il répond ; il ne distingue nullement le dessous des cartes ; il ignore les petits mystères des coulisses. Le dessous des cartes, le secret des coulisses, c’est que tout a été arrêté d’avance : on occupe l’esprit du Maçon borné ; on le prépare insensiblement, sans qu’il s’en doute, à la révélation de ce qu’il ne doit apprendre qu’à la longue, de ce qu’il doit deviner lui-même.

C’est une tournée de conférences que font ces conférenciers attitrés. Ils vont d’une Loge à l’autre, parcourant à tour de rôle les différents Ateliers de leur région.

Ces conférences ont lieu en tenue d’Apprenti ; c’est-à-dire, tous les membres de la Loge y assistent.

En tenue de Compagnonnage (à laquelle les Apprentis n’assistent point), il n’y a pas de conférences, à proprement parler. Ces réunions spéciales sont uniquement consacrées aux initiations du 2e degré. Toutefois, sous prétexte d’allocutions aux récipiendaires, les orateurs se lancent dans d’assez longs discours d’un genre particulier que ne sauraient entendre les simples Apprentis. C’est là notamment qu’on aborde la question des prétendus motifs des conflits entre la Papauté et la Maçonnerie ; c’est là qu’on apprend aux naïfs que les jésuites, ayant voulu accaparer l’influence de l’Ordre et n’y ayant point réussi, ont été chassés et, par dépit, ont calomnié l’institution auprès du Saint-Siège. On développe alors aux imbéciles un conte idiot à propos de Jacques II d’Écosse, et on leur prouve, en travestissant l’histoire, selon la mode de la secte, que c’est l’inoffensif agneau maçonnique qui a été le premier mordu par le dévorant loup chrétien.

Les tenues de Maîtrise sont uniquement consacrées — sauf les cas d’élections — à la réception au 3e degré et au compte-rendu des impressions maçonniques des nouveaux Maîtres reçus.

Les Loges tiennent encore des séances auxquelles assistent les Apprentis pour les Adoptions de Louveteaux (baptêmes maçonniques), pour les Reconnaissances conjugales (mariages maçonniques), pour les Pompes Funèbres (cérémonies commémoratives en l’honneur des Frères défunts) et pour les Banquets ; ces dernières séances, très solennelles et assez fréquentes, sont appelées « tenues de table ». À l’occasion de ces baptêmes, de ces mariages, de ces commémorations mortuaires et de ces festins, on préconise le culte de la Nature ; c’est la préparation obligée au panthéisme des Chapitres.

Il y a aussi les élections des officiers de la Loge qui sont toute une affaire. On intrigue pour Pierre ou Paul, on se remue, on se met en quatre ; la Loge se scinde en deux ou trois fractions, qui ont leurs divers candidats à faire élire. Bref, cela occupe nos Frères Trois-Points des grades symboliques, qui s’imaginent être les maîtres de leur Atelier.

Enfin, pour donner du piquant à l’activité des Loges, il y a les dénonciations fraternelles qui pleuvent, les admonestations, non moins fraternelles, avec trance remontrance et correction, qui s’accomplissent dans des formes humiliantes pour les récalcitrants et les Frères coupables d’indépendance, les mises en accusation et les jugements. On épure l’Atelier, et on passe le temps.

Aux approches des périodes électorales de la vie profane, on entreprend d’autres exercices. Mais n’anticipons pas ; ce sujet est réservé pour le chapitre relatif au rôle politique et social de la Franc-Maçonnerie.

Les Loges ne se contentent pas de travailler en particulier ; elles s’affilient les unes aux autres et ont des travaux communs, principalement au point de vue politique. Pour entretenir ces relations fraternelles, elles ont des sortes de plénipotentiaires accrédités d’une Loge à l’autre, qu’on nomme les « Garants d’Amitié ». Ils sont reçus partout avec grands égards et ont le privilège de s’asseoir à l’Orient.

En province, une grande attraction de séance, c’est la visite d’un Frère de distinction. Quand un Maçon appartenant à un haut grade daigne assister à la tenue d’une Loge départementale, c’est pour celle-ci un véritable évènement. L’Atelier se met en frais de réception ; on se ruine en encens brûlé à la gloire du Grand Architecte, chacun arbore ses plus rutilants cordons constéllés d’étoiles et se plaque la poitrine des médailles les plus étincelantes.

Dans les Chapitres, on s’attarde moins aux bagatelles. On se communique le résultat des observations sur tels et tels membres de la Loge ou des Loges subordonnées, qui ont été désignés par les chefs secrets pour être initiés aux hauts grades ; on rédige des rapports sur leur compte, on les discute. On examine les procès-verbaux d’espionnage, relatifs aux Frères indiqués comme suspects. On prépare les élections des officiers des Loges ; on cuisine la besogne des Ateliers inferieurs. Tout cela fournit aux Rose-Croix une sérieuse besogne ; car un Chapitre n’est pas toujours souché sur une seule Loge, il a souvent à s’occuper de travaux de plusieurs.

La seule distraction des Chapitres réside dans les banquets, qu’on n’appelle plus Banquets, mais Agapes.

Les Chapitres doivent avoir, au minimum, quatre tenues par an ; mais ils ne s’en tiennent pas à ce minimum obligatoire. Ils ont toujours une réunion quelques jours avant celle des Loges placées sous leur dépendance et qu’ils « mouchardent » pour le compte de l’autorité suprême. Les Rose-Croix sont les espions attitrés des Loges.

Quant aux Arëopages, ils jouent vis-à-vis des Chapitres le rôle de ceux-ci vis-à-vis des Loges. Tout Kadosch, étant Rose-Croix actif sous peine de déchéance, assiste aux tenues des Chapitres et des Ateliers symboliques.

Les Aréopages ont aussi leurs Agapes ; mais ces festins ne représentent pour eux qu’un loisir très secondaire. Les Kadosch, qui sont les vrais Maçons, ont autre chose à faire que banqueter. C’est entre leurs mains que sont centralisés tous les rapports. Ils sont les hommes de confiance de la direction suprême. Et ils ont une fière besogne ! car leur impulsion occulte fait manœuvrer souvent de nombreuses Loges, par l’intermédiaire des Chapitres.

Ils possèdent le secret exécrable de la Maçonnerie ; ils sont les Parfaits Initiés ; il faut qu’ils agissent sans que leurs agissements soient visibles, car une maladresse, dévoilant l’origine et le but de l’institution, compromettrait l’œuvre maudite.

Aussi, il n’est pas de précaution qu’ils ne prennent. Au besoin, ils n’avouent pas leur grade, dans les régions où il n’y a pas de Chapitre constitué.

Chez eux, point de conférences ; c’est chose inutile. Qui a passé par les épreuves du 30e degré n’a plus besoin d’être préparé à recevoir une lumière quelconque ; le Kadosch a reçu toute la lumière. Il sait ce que signifie le triangle renversé ; il est en communication directe avec celui qu’il nomme « l’éternel ennemi d’Adonaï » ; il travaille à l’accomplissement du Grand Œuvre ; le bréviaire de son infernal sacerdoce est un traité spécial du F∴ Ragon (l’auteur sacré de la Maçonnerie) intitulé « la Maçonnerie Occulte », dont le moindre passage saisirait d’horreur l’âme chrétienne la plus tiède, ou bien le Rituel de Magie Noire, encore plus abominable, si l’on peut imaginer une abomination au-dessus de celles de l’auteur sacré.

Le saint que vénère le Kadosch, c’est le F∴ Proudhon, et l’oraison qui tombe de ses lèvres est l’horrible invocation du fameux révolutionnaire, monstre d’impiété : « Viens, Lucifer, le béni de notre cœur ! viens, que nous te pressions dans nos bras ! » etc.

Le F∴ Proudhon, disons-le pour ceux qui l’ignorent, avait été reçu Maçon à la Loge Sincérité, Parfaite Union et Constante Amitié, à l’Orient de Besançon. Ayant à répondre aux questions de l’époque : « Quels sont les devoirs de l’homme 1° envers ses semblables, 2° envers son pays, 3° envers Dieu ? » il écrivit, dans le cabinet des réflexions, ces lignes : « 1° Justice à tous les hommes ! 2° Dévouement à son pays ! 3° Guerre à Dieu ! » Il fut reçu par acclamations, fit rapidement son chemin dans la Maçonnerie, devint Kadosch, et, après sa mort, les principales Loges de France, sur la proposition de la Resp∴ L∴ les Émules de Monthyon, Or∴ d’Orléans, célébrèrent, dans la fête solsticiale d’été, la SAINTETÉ du F∴ Proudhon ; ce fut une canonisation maçonnique.

Et depuis, dans les tenues solennelles des Aréopages, les Chevaliers d’Éloquence ne manquent pas de déclamer cette imprécation sacrilège, rédigée par le saint Frère :

« Ô Adonaï, dieu maudit, le premier devoir de l’homme intelligent et libre est de te chasser de son esprit et de sa conscience ; car tu es essentiellement hostile à notre nature et nous ne relevons aucunement de ton autorité. Nous arrivons à la science malgré toi, au bien-être malgré toi, à la société malgré toi ; chacun de nos progrès est une victoire dans laquelle nous écrasons ta divinité… Qu’on ne dise plus que tes voies sont impénétrables ! Nous les avons pénétrées, ces voies, et nous y avons lu, en caractères de sang, les preuves de ton impuissance, si ce n’est de ton mauvais vouloir !… Notre raison, longtemps humiliée, s’élève peu à peu au niveau de l’infini ; avec le temps, nous découvrirons tout ce que notre inexpérience nous a jusqu’à présent dérobé ; avec le temps, nous serons de moins en moins artisans de malheur, et, par les lumières que nous aurons acquises, par le perfectionnement de notre liberté, nous nous purifierons, nous idéaliserons notre être, nous deviendrons les chefs de la création, tes égaux !… Un seul instant de désordre, que toi, prétendu tout-puissant, tu n’as pu empêcher, accuse ta Providence et met en défaut ta sagesse ; le moindre progrès que l’homme, ignorant, délaissé, trahi, accomplit vers le bien, l’honore sans mesure… De quel droit nous dirais-tu encore : « Soyez saints, parce que je suis saint ? » Esprit menteur, te répondrons-nous, dieu imbécile, ton règne est fini ; cherche parmi les bêtes d’autres victimes. Nous savons que nous ne sommes et ne pouvons jamais devenir tes saints ; et comment le serais-tu, toi, si nous te ressemblons ? Père Éternel, Adonaï ou Jéhovah, nous avons appris à te connaître : tu es, tu fus, tu seras à jamais le jaloux de l’homme et son tyran… Nous ne tombons point dans le sophisme réfuté par l’un de tes saints, lorsqu’il défend au vase de dire au potier : « Pourquoi m’as-tu fabriqué ainsi ? » Nous ne te reprochons point d’avoir fait de l’homme une créature inharmonique, un incohérent assemblage ; l’homme ne pouvait exister qu’à cette condition. Nous nous contentons de te crier : Pourquoi nous trompes-tu ? Pourquoi, par ton silence, as-tu déchaîné en nous l’égoïsme ? Pourquoi nous as-tu soumis à la torture du doute universel, par l’illusion amère des idées antagonistes que tu as mises en notre entendement ? Doute de la vérité, doute de la justice, doute de notre conscience et de notre liberté, doute de toi-même, ô dieu, et comme conséquence de ce doute, nécessité de la guerre contre toi !… Voilà, ô Adonaï, ce que tu as fait pour notre bonheur et pour ta gloire ; voilà quels furent, dès le principe, ta volonté et ton gouvernement ; voilà le pain, pétri de sang et de larmes, dont tu nous as nourris. Les fautes dont les ineptes te demandent la remise, c’est toi qui les leur fais commettre ; les pièges dont ils te conjurent de les délivrer, c’est toi qui les as tendus sons leurs pas ; et le maudit qui nous assiège, le vrai Satan, c’est toi !… Tu triomphais, et personne n’osait te contredire, quand, après avoir tourmenté en son corps et en son âme le juste Job, figure de notre humanité, tu insultais à sa piété candide, à son ignorance discrète et respectueuse. Nous étions comme des néants devant ta majesté invisible, à qui nous donnions le ciel pour dais et la terre pour escabeau. Mais maintenant, te voilà détrôné et brisé. Ton nom, si longtemps le dernier mot du savant, la sanction du juge, la force du prince, l’espoir du pauvre, le refuge du coupable repentant, eh bien ! ce nom incommunicable, désormais voué au mépris et à l’anathème, sera conspué parmi les hommes ! Car Dieu, c’est sottise et lâcheté, Dieu, c’est hypocrisie et mensonge ; Dieu, c’est tyrannie et misère ; Dieu, c’est le Mal !… Tant que l’humanité s’inclinera devant ton autel, l’humanité, esclave des rois et des prêtres, sera réprouvée ; tant qu’un homme, à ton nom exécré, recevra le serment d’un autre homme, la société sera fondée sur le parjure, la paix et l’amour seront bannis d’entre les mortels… Dieu, retire-toi ! car, dès aujourd’hui, guéris de ta crainte et devenus sages, nous jurons, la main étendue vers ton ciel, que tu n’es que le bourreau de notre raison et le spectre de notre conscience ! »

Voilà le morceau. Je demande pardon à mes lecteurs de le leur avoir servi en entier. Il est utile qu’ils connaissent, pour apprécier les travaux des Aréopages, les formules diaboliques dont l’auteur a été solennellement déclaré le modèle des Kadosch, le saint de la Franc-Maçonnerie.

On n’a pas oublié le mot mystérieux qui figure inscrit au sommet de la pierre cubique ; Schem-Hamm-Phorasch. Ce mot est celui qui termine les évocations occultes en usage dans la Maçonnerie cabalistique.

Je me garderai bien d’indiquer, en détail, les conditions dans lesquelles doit se trouver le malheureux, âme à jamais perdue, qui veut recourir à d’aussi détestables pratiques. Voici seulement le texte de la grande et suprême appellation adressée à l’Esprit des Ténèbres :

« Hémen-Etan ! Hémen-Etan ! Hémen-Etan !… El-Ati !… Titeip !… Azia !… Hin ! Teu ! Minosel !… Achadon !… Vaï ! vaa ! Eyé !… Aaa ! Eyé ! Exe ! A !… El !… El !… El !… A!… Hy !… Hau !… Hau !… Hau !… Hau !… Va ! va ! va ! va ! Chavajoth !… Aïe Saraye ! Aïe Saraye ! Aïe Saraye !… Per Elohim, Archima, Rabur !… Bathas super Abrac !… Ruens superveniens Abeor !… Super Abeber !… Chavajoth ! Chavajoth ! Chavajoth !… Impero tibi par clavem Salomonis et nomen magnum !… Schem-Hamm-Phorasch ! » (Extrait textuellement du Rituel des Évocations, second volume du Manuel Cabalistique, par le F∴ Constant, 30e, page 230.)

Mgr Fava avait-il raison de dire que, dans les Arrière-Loges de la Franc-Maçonnerie, on évoque Satan ?… Oh ! oui, il avait raison mille fois.

Car, puisque ces formules existent, c’est évidemment qu’on s’en sert.

Ces formules sont écrites en caractères hiéroglyphiques ; on les remet à l’initié après sa réception, avec l’alphabet explicatif. « Nous avons aussi, dit le président à l’initié, des hiéroglyphes qui ne sont connus que de nous ; on vous les communiquera, mais gardez-vous d’en abuser. » (Rituel Sacré, page 46.)

Que l’on ne dise point que ce sont là des jeux, de simples passe-temps. On ne joue point avec des abominations pareilles.

Signe de l’ésotérisme.
À la Cène qui suit la réception du Rose-Croix, à cette parodie sacrilège de l’institution du sacrement eucharistique, on a vu le Très Sage bénir le pain avec un signe particulier, le signe de l’index (bénédiction par un seul doigt levé.) Aux Agapes des Kadosch, le Grand Maître lève les deux doigts pour bénir, et, en faisant ce geste, il dispose sa main de telle façon que, vivement éclairée par le candélabre placé devant lui, elle reproduit sur le mur une ombre figurant Lucifer. Voir ce signe, ci-dessus ; c’est aussi celui du Baphomet des Templiers.

Amusement inoffensif, diront encore ceux qui veulent toujours et quand même fermer les yeux.

Je répondrai :

— Si ce sont là des amusements, ils sont des plus détestables. Les vrais chrétiens ne croiront jamais que c’est uniquement pour s’amuser que des impies de cette espèce jouent ainsi avec le feu.

Voilà donc ce que la Maçonnerie entend par grades philosophiques ; sa philosophie, c’est la cabale, l’hermétisme, ce sont les pratiques de la sorcellerie, pratiques que l’on pensait disparues. Quand elle parle des sciences, elle veut dire : sciences occultes.

Et telle est la hiérarchie des Ateliers : la Loge irréligieuse, se laissant inconsciemment gouverner par le Chapitre panthéiste, lequel reçoit son inspiration de l’Aréopage satanique.


§ II

Les Grades Supérieurs.

Les trois grades au-dessus du grade de Kadosch sont appelés « Grades Administratifs. » Le premier est conféré par communication ; la promotion aux deux autres a lieu avec un certain appareil. On n’apprend néanmoins rien de nouveau à l’initié qui y est promu ; le Kadosch sait tout. Il faut au minimum trois ans pour passer du 30e au 33e degré. Le Kadosch n’ignore pas que les Frères des trois grades au-dessus du sien exercent un pouvoir supérieur ; on ne l’a point abusé, du reste, par des déclarations tendant à lui faire croire qu’il est au plus haut degré de la Maçonnerie et que les titres de 31e, 32e et 33e sont d’insignifiantes concessions à la vanité de ceux qui les possèdent. Le Kadosch comprend que, dans une organisation comme celle de l’Ordre, il faut un petit noyau de chefs secrets, et, loin de se froisser de n’avoir qu’un rôle encore subalterne, il attend volontiers le moment où il sera appelé à l’administration de la société ; trop peu de degrés le séparent du sommet pour qu’il s’impatiente. C’est de tout cœur qu’il accepte d’être la main qui exécute, sachant qu’il ne tardera pas à devenir la tête qui dirige.

L’exercice du pouvoir suprême est réparti comme suit entre les trois grades supérieurs :

31e degré, Suprématie Judiciaire ;
32e   —     Suprématie Exécutive ;
33e   —     Suprématie Gouvernementale.

Le Grand Inquisiteur Inspecteur Commandeur, 31e degré, exerce les fonctions directives reconnues dans les séances des Aréopages qui sont consacrées à la discussion des mesures judiciaires maçonniques à prendre contre tel membre de la secte ou tel Profane. En outre, les Maçons du 31e degré se réunissent à part, quand ils le trouvent utile, et leur Atelier, dans ce cas, se nomme Souverain Tribunal. C’est de là que partent les ordres d’exclusion et les ordres de vengeance.

L’Atelier de ce haut grade se tient dans une salle tendue de blanc, ayant huit colonnes dorées. Le président est appelé Très Parfait Président ; les Surveillants, Inspecteurs ; le Secrétaire, Chancelier ; et tous les membres du Souverain Tribunal, Très Éclairés Frères. Sur l’autel sont l’équerre, le compas, le fil-à-plomb, le niveau, une épée et deux poignards.

Le serment de ce grade est ainsi conçu :

— Je jure d’obéir toujours et de faire obéir à toutes les lois et à tous les règlements maçonniques. Je jure de n’épargner aucun effort pour propager et faire propager le Rite. Je jure de ne jamais admettre au 31e degré que des hommes vertueux, intelligents, instruits et honnêtes. Je jure d’examiner avec le soin le plus scrupuleux toute cause sur laquelle j’aurais à émettre une décision, d’écouter avec attention tous les arguments, de rechercher la vérité sans trêve ni lassitude. Je jure de ne jamais prononcer que des arrêts vrais, justes, équitables et cléments, et de ne jamais juger aucune affaire où des amitiés, des intimités ou des rancunes personnelles seraient en jeu, aucune affaire où je ne serais pas sûr de moi-même, ou je ne répondrais pas de pouvoir considérer avec calme, écouter avec patience, décider avec impartialité. Je jure de ne jamais laisser ni la richesse, ni la puissance, ni le rang, ni l’influence, exercer une action quelconque sur mes décisions, et je jure de toujours considérer tous les hommes comme étant au même niveau, les innocents pour être acquittés, les coupables pour être punis. Je jure de n’exercer aucun pouvoir dont la juridiction serait douteuse, et de ne jamais essayer d’élargir la loi, pour l’appliquer à des cas qu’elle ne règlerait point d’une façon claire et précise. Je jure de regarder comme innocent quiconque n’aura pas été démontré coupable, et de donner à tout accusé le bénéfice intégral de tout doute raisonnable. Je jure enfin, de considérer les peines maçonniques comme un moyen, non comme un but. »

Le grade de Prince de Royal-Secret, 32e degré, est d’une importance capitale. Il confère au Maçon d’élite qui en est investi le pouvoir exécutif et lui donne la mission d’assurer, par tous les moyens, quels qu’ils soient, le fonctionnement de l’Ordre. L’assemblée des 32es est en outre constamment tenue au courant de la situation maçonnique des officiers et sous-officiers de l’armée et de la marine appartenant à des Loges ou à des Chapitres : les militaires et les marins, sans qu’ils s’en doutent, dépendent spécialement des 32es ; c’est du Consistoire (nom de l’Atelier de ce grade) que partent tous les ordres les concernant.

Le Rituel complet du Prince de Royal-Secret n’est pas imprimé. Il est déposé, en manuscrit, aux archives du Grand-Orient de France ; il porte le n° 867 de la collection. Je ne le reproduirai pas in-extenso ; cela nous mènerait trop loin.

Voici pourtant quelques détails de la réception à ce grade de suprématie active :

L’assemblée se tient dans une vaste salle, tendue en noir, parsemée de larmes, de squelettes, de têtes de mort, de tibias entre-croisés ; ces broderies sont en argent. Le trône présidentiel est élevé de sept marches, surmonté d’un dais en rapport avec la tenture, brodé en argent, frangé de crépines d’argent ; le fond du trône est en satin parsemé de larmes couleur de feu ; devant, est une table couverte de satin noir, portant en broderie d’argent, sur la partie qui pend faisant face à l’assistance, les lettres N∴ M∴ entre une tête de mort d’un côté et deux tibias entrecroisés. Un dais cramoisi, brodé d’argent, est au-dessus du siège de chaque Surveillant ; chacun a devant lui une table couverte d’un tapis en satin cramoisi bordé de noir, parsemé de larmes d’argent et ayant sur le devant les lettres N∴ K∴ M∴ K∴ brodées en or.

Le président porte le titre de Souverain des Souverains ; les surveillants ceux de Lieutenants-Commandeurs ; l’orateur, celui de Ministre d’État. Il y a en outre, quatre autres officiers, qui sont le Grand Chancelier, le Grand Trésorier, le Grand Garde des Sceaux et le Grand Capitaine des Gardes.

Le Souverain des Souverains représente Frédéric II de Prusse ; il est vêtu d’une tunique royale pourpre ; il a un bouclier et une épée, et devant lui, sur l’autel, un sceptre et une balance. Les Lieutenants-Commandeurs sont aussi armés d’une épée et d’un bouclier.

La salle est éclairée de quatre-vingt-une lumières. Au centre, est le Tableau de Camp des Princes, très vaste représentation dont il serait oiseux de donner tous les détails : le milieu est une croix à cinq branches ; elle est enveloppée par un cercle, lequel est dans un triangle équilatéral ; ce triangle est à son tour dans un pentagone, que renferme un heptagone, renfermé lui-même dans un nonagone ; tout cela, avec des figures emblématiques, des étendards, des oriflammes, des tentes ; cela signifie le campement de la Franc-Maçonnerie entière, repartie et groupée par grades.

La légende du grade consiste dans la formation d’une armée maçonnique composée des initiés de tous les degrés ; cette armée a entrepris une campagne pour aller s’emparer de Jérusalem et reconstruire le Temple de Salomon, mais nullement à la gloire d’Adonaï. L’armée campe donc en attendant l’assaut déf‍initif. Elle comprend quinze corps d’armée qui se réuniront dans les ports de Naples, Malte, Rhodes, Chypre et Jaffa, pour opérer leur concentration et marcher sur Jérusalem. Il y a déjà eu trois concentrations, et il doit y en avoir en tout cinq. Chaque concentration a eu lieu ou aura lieu au signal d’un coup de canon donné par le chef qui a le commandement suprême.

Quand le moment est venu d’expliquer cette légende au récipiendaire, on tire trois pétards, et le Souverain des Souverains les explique ainsi : « Le premier coup de canon et la première concentration ont eu lieu quand Luther s’est mis à la tête de la révolte de l’Intelligence ; le second coup de canon et la seconde concentration, quand s’est produite en Amérique l’affirmation que tout gouvernement humain tient son autorité du peuple et seulement du peuple ; le troisième coup de canon et la troisième concentration, quand la proclamation de la doctrine de Liberté, Égalité, Fraternité, a eu lieu en France. Le quatrième et le cinquième coup de canon n’ont pas été encore tirés, la quatrième et la cinquième concentration n’ont pas été encore ordonnées. À la cinquième concentration succédera le règne du Saint-Empire, c’est-à-dire le règne de la Raison, de la Vérité et de la Justice. »

À l’ouverture des travaux, on dit :

Le Souverain des Souverains. — Sublime Premier Lieutenant, à quelle heure devons-nous agir ?

Le 1er Lieutenant. — À la cinquième heure après celle du coucher du soleil.

Le Souverain des Souverains. — Pourquoi, Sublime Prince, ne pourrions-nous pas agir avant ?

Le 1er Lieutenant. — Parce que ce n’est que pendant les ténèbres que nous pourrons réaliser nos projets de restauration.

Voici quelques-unes des questions qui sont posées au récipiendaire, avec les réponses que le Grand-Expert fait en son nom :

D. Qui êtes-vous ? — R. Mon nom est Kadosch, rejeton d’un Ordre injustement proscrit depuis cinq siècles et plus.

D. D’où venez-vous ? — R. De l’Occident où, caché dans une grotte profonde, je travaillais, dans le silence de la nuit, à la réédification du nouveau Temple.

D. Où allez-vous ? — R. À l’Orient où, par le moyen de l’Échelle Mystérieuse, j’espère arriver au point de gloire et de splendeur dont sont déchus tant de Vaillants Princes.

D. Sur quoi fondez-vous cet espoir? — R. Sur la justice et sur l’équité.

D. Est-ce là votre unique espoir ? — R. Non, Puissant Commandeur, l’une et l’autre seraient sans succès, sans l’assistance de Celui qui peut tout.

D. Quel est Celui qui peut tout ? — R. Son nom est ineffable, je ne dois ni ne puis le prononcer.

D. Comment l’invoquez-vous alors, sans prononcer son nom ? — R. Je l’appelle Grand Architecte de l’Univers, parce que c’est lui qui a organisé les mondes.

On fait alors subir au récipiendaire un examen sur tous les grades qu’il a reçus et l’on insiste surtout sur les degrés hermétiques et cabalistiques.

— Brave Chevalier, lui dit le Souverain des Souverains, les connaissances que, jusqu’ici, vous avez montrées, prouvent que vous êtes digne de prendre part à l’entreprise que nous méditons. Votre conduite annonce que vous êtes dans le cas de commander au vulgaire des Maçons. Mais il en est d’une classe tellement élevée, que vous ne pouvez, je ne dis pas les surpasser, mais même les égaler, si, pour le fruit de vos études et de vos rares dispositions, vous n’avez acquis ce haut degré de perfection qui caractérise les Vaillants Princes de Royal-Secret. Il est entre eux et les Chevaliers Rose-Croix une certaine série de degrés par lesquels vous avez dû passer pour vous pénétrer de cette science spéciale et secrète, sans laquelle vous ne pouvez diriger avec succès l’élite de nos Chevaliers dans la plus importante entreprise.

Après l’interrogatoire (le plus minutieux possible) sur les grades essentiellement cabalistiques, il est question d’une apparition que le récipiendaire a eue avant son entrée dans le Consistoire.

Le Souverain des Souverains. — Quels objets cette apparition vous a-t-elle présentés ?

Le récipiendaire. — Trois oiseaux : un corbeau, une colombe et un phénix.

Le Souverain des Souverains. — Qu’annonce le corbeau ?

Le récipiendaire. — La noirceur de son plumage symbolise la peine, le désordre et la mort.

Le Souverain des Souverains. — Que vous retrace la colombe ?

Le récipiendaire. — Sa blancheur indique la régénération des êtres.

Le Souverain des Souverains. — Quelle image vous représente le phénix ?

Le récipiendaire. — Cet oiseau, pour qui les flammes sont un élément de vie, est l’emblème de la nature perfectionnée par le feu sacré et jouissant d’un pouvoir sans bornes.

Le Souverain des Souverains. — Expliquez-moi le sens de ces paroles.

Le récipiendaire. — Je ne le puis. Je sais, j’ai vu ; mais je dois me taire.

Inutile de dire qu’à cette réception les voyages n’ont pas manqué, sous prétexte d’expliquer la campagne contre Jérusalem ; on a aussi tiré force pétards, on a brûlé de l’encens à profusion, on a invoqué à maintes reprises le Grand Architecte de l’Univers.

Le nouveau Prince de Royal-Secret se lie à ses Frères du 32e et du 33e grades par cinq serments.

Les voici :

Premier Serment. — Je jure que rien, absolument rien ne pourra jamais être un obstacle à ce que je me consacre à rendre les hommes meilleurs et plus éclairés et à ce que je m’efforce de devenir chaque jour plus instruit et plus avide de vérité et de vertu. Je jure de me montrer toujours assidu à remplir mes devoirs maçonniques et à étudier avec zèle les enseignements de l’Ordre, pour parvenir à être en tout et pour tout un véritable soldat de la Lumière.

Second Serment. — Je jure de m’opposer toujours et par tous les moyens, quels qu’ils soient, à la tyrannie et à l’arbitraire exercés par l’homme sur l’homme. Je jure de m’efforcer, de toutes les puissances de mon être, de dominer et abattre quiconque tentera d’asservir les hommes libres, au moyen de leurs appétits, de leurs besoins, de leurs passions et de leurs folies. Je jure de conquérir pour le peuple le libre exercice de tous ses droits, en conservant personnellement le libre exercice des miens, chaque individu devant posséder son autonomie et son indépendance, et en ne tolérant pas que personne m’impose sa volonté pour des actes dont moi seul suis responsable, et pour lesquels je n’ai à suivre que les conseils de ma conscience et les opinions de mon raisonnement.

Troisième Serment. — Je jure d’être toujours et de me montrer toujours l’ennemi acharné et le plus implacable de la tyrannie spirituelle qui essaie de s’imposer aux consciences des hommes. Je jure d’empêcher, par tous les moyens, quels qu’ils soient, toute tentative de l’Église, du Temple, de la Synagogue ou de la Mosquée, de s’imposer à la liberté de conscience, de rendre la pensée et l’opinion ses esclaves, et de prétendre obliger les hommes à croire ce qu’elles veulent bien prescrire. Je jure de combattre, sur tous les terrains, la Superstition par la Raison, et l’Hypocrisie et le Fanatisme par la Vérité, remplissant ainsi le plus sacré de mes devoirs maçonniques.

Quatrième Serment. — Je jure, de mon plein et libre gré, de combattre, par tous les moyens, et de renverser sur tous les terrains, les projets de quiconque prétendra saisir le pouvoir d’une manière illicite ou indigne, ou qui sera lui-même indigne, incapable et incompétent pour l’exercer. Je jure de travailler sans trêve ni repos à rendre les hommes virils, indépendants et conscients d’eux-mêmes, sans me décourager si mes efforts paraissent infructueux ou si leur faiblesse semble incurable. Je jure d’être toujours le soldat fidèle et dévoué du peuple, dont l’exaltation au pouvoir et à la pleine liberté doit être le but absorbant de mes efforts.

Cinquième Serment. — Je jure de me montrer toujours fidèle et exact dans l’accomplissement de tous mes devoirs maçonniques, pour encourager les tièdes, les apathiques et ceux qui hésitent à renoncer à eux-mêmes pour la Franc-Maçonnerie. Je jure de maintenir, de soutenir et de défendre, par tous les moyens quels qu’ils soient, toujours et sur tous les terrains, les droits sacrés et inaliénables de la Franc-Maçonnerie à la liberté d’action la plus étendue. Je jure de donner toujours des preuves irréfutables de mon dévouement à l’Ordre et de ma loyauté de soldat enthousiaste appartenant de tout cœur à la Franc-Maçonnerie.

Arrivons enfin au dernier degré, au Souverain Grand Inspecteur Général, à ce suprême chef que dans les Loges, les Chapitres et les Aréopages, on appelle tout simplement : le 33e.

La réception n’est qu’une formalité, avec une seule épreuve.

L’Atelier, qui est le Suprême Conseil, est tendu de velours rouge, avec des squelettes, têtes et os de mort brodés. À l’Orient, est un dais cramoisi sous lequel est le trône présidentiel, élevé de cinq degrés ; au dessus du président, est le satanique triangle, transparent lumineux, portant au centre quatre lettres de l’alphabet hébraïque correspondant à nos lettres HVHJ (c’est le nom hébreu, impossible à prononcer, de l’Être Suprême de la Maçonnerie). Vers le milieu de la salle, est un piédestal quadrangulaire, couvert d’un tapis cramoisi, sur lequel est une Bible ouverte au Livre de la Sagesse de Salomon ; une épée y est déposée, placée en travers. Au nord de ce piédestal, un squelette humain, debout, tient, de la main gauche, l’étendard de l’Ordre, et, de la main droite, un poignard, qu’il élève comme pour frapper. Au-dessus de la porte d’entrée, dans l’intérieur, on lit, sur une écharpe bleue, la devise : Deus meumque jus. Tout auprès de la porte, à droite en entrant, est un second trône élevé de trois marches, avec un autel triangulaire couvert en cramoisi. La salle est éclairée par onze lumières : à l’Orient, un candélabre à cinq branches ; à l’Occident, un à trois branches ; au Nord, un flambeau à une seule branche ; au Midi, un à deux branches.

Le président de l’assemblée représente Frédéric II de Prusse et porte le titre de Très Puissant Souverain Grand Commandeur ; il siège au principal trône, en tunique de satin cramoisi bordée de blanc, une couronne royale sur la tête, l’épée nue dans la main droite. Le vice-président, portant le titre de Souverain Lieutenant Commandeur, siège au trône de l’Occident, couronne ducale en tête, l’épée nue à la main. Il y a, en outre : un Trésorier du Saint-Empire, assis au Nord, ayant devant lui une table triangulaire ; un Grand Chancelier du Saint-Empire ; un Grand Secrétaire du Saint-Empire ; un Illustre Maître des Cérémonies, et un Illustre Grand Capitaine des Gardes, ce dernier revêtu d’un costume militaire antique. Les membres ordinaires sont nommés Illustres Souverains Grands Inspecteurs Généraux ; voir la description de leur costume au chapitre XI, page 365.

L’étendard de l’Ordre est en soie blanche, de trois pieds et demi de long sur deux et demi de large, avec des franges en or et en argent. Au milieu est l’aigle à deux têts, les ailes déployées, le bec et les serres en or, tenant une épée nue dans ses serres. Sur un ruban bleu est écrit : Deus meumque jus. Le bâton du drapeau est de huit pieds de long, surmonté d’une pique.

Les travaux s’ouvrent ainsi :

Le T∴ P∴ Souv∴ G∴ Commandeur. — Souverain Lieutenant Commandeur, quel âge avez-vous ?

Le Souv∴ Lieut∴ Commandeur. — Trente ans accomplis, Très Puissant Souverain Grand Commandeur.

Le T∴ P∴ Souv∴ Gr∴ Commandeur. — Quel est votre emploi ?

Le Souv∴ Lieut∴ Commandeur. — De combattre pour Dieu et mes droits, et d’infliger la vengeance aux traîtres.

Le T∴ P∴ Souv∴ Gr∴ Commandeur. — Quelle heure est-il ?

Le Souv∴ Lieut∴ Commandeur. — Le mot d’ordre est donné, les gardes sont à leur poste et nous sommes en parfaite sûreté.

Le T∴ P∴ Souv∴ Gr∴ Commandeur. — Puisque nous ne craignons pas d’être interrompus, nous allons, par les nombres mystérieux, ouvrir, ad gloriam Dei, le Suprême Conseil du 33e degré ; puisque nous pouvons nous occuper avec assurance de notre entreprise, implorons l’assistance du Dieu des armées pour nous aider et assister dans nos combats et enfin obtenir la justice dans nos droits.

Il frappe avec le pommeau de son épée, la batterie du grade, soit onze coups : 5 + 3 + 1 + 2.

Tous les assistants, tombant à genoux. — Prions !

Le T∴ P∴ Souv∴ Gr∴ Commandeur. — Ô toi, grand et éternel Dieu, Suprême Architecte, qui, de ton trône de pureté, vois tous les peuples de la terre, entends et reçois les prières et les supplications de tes indignes serviteurs, maintenant prosternés devant toi !… Grave dans nos cœurs la connaissance de ton éternelle parole, et permets que le but de notre institution puisse être gouverné par les principes de la vertu et de la justice !… Défends-nous, ô Dieu, des pièges des hypocrites méchants ! Protège-nous contre les mauvais desseins de nos ennemis, et donne-nous la force de vaincre ceux qui sont armés contre nous ; car l’honneur et la gloire sont attribués à ton nom saint et puissant, maintenant et à jamais. Amen ! Amen ! Amen !

Tous les assistants. — Amen ! Amen ! Amen !

Coup frappé par le président avec le pommeau de son épée. On se relève.

L’Illustre Maître des Cérémonies apporte alors la pétition du récipiendaire. Elle est ainsi conçue : « Ardemment attaché à la glorieuse entreprise établie dans le Chev∴ Kadosch et le Prince de Royal-Secret, étant jaloux d’arriver au sommet des connaissances maçonniques que vous seul pouvez donner, je demande, très humblement, la permission de m’offrir comme candidat pour être admis dans votre Ill∴ et Puiss∴ Conseil, et vos suffrages en ma faveur seront à jamais un titre à ma gratitude. Signé : N…, 32e. »

On va chercher l’aspirant. Il subit au préalable un examen sur les grades précédents. Puis, il fait la déclaration qu’il reconnaît comme parole sacrée et éternelle de Dieu le Livre de la Sagesse de Salomon qui se trouve dans la Bible. Après quoi, il est introduit. Il est en noir, sans chapeau ni souliers, sans épée ni tablier, la tête baissée, les bras croisés sur la poitrine, les doigts allongés : il porte autour du cou un ruban noir, dont l’Ill∴ Maître des Cérémonies tient l’extrémité de la main gauche, tandis que, de la droite, il porte une torche allumée.

L’Ill∴ Maître des Cérémonies. — Voici un Chevalier Kadosch, Prince de Royal-Secret, qui est sincèrement attaché à l’Ordre, à son pays et à notre Dieu ; il voit les souffrances de l’humanité avec un œil de vengeance, et, très humblement, il sollicite la faveur d’être admis dans le Suprême Conseil, pour qu’étant éclairé par la divine sagesse il puisse refléter la lumière maçonnique sur l’esprit de ceux qui sont dans les ténèbres de la superstition.

On fait faire au récipiendaire trois fois le tour de la salle, et, chaque fois, il s’agenouille un instant devant le triangle qui est placé à l’Orient. Après chacun des premiers tours, on dit une prière dans le goût de l’invocation reproduite plus haut. Après le troisième tour, on lui ordonne de laver ses mains dans un vase rempli de plomb fondu.

Le T∴ P∴ Souv∴ Gr∴ Commandeur. — Approchez-vous de ce vase, Respectable Frère, et lavez vos mains dans le plomb fondu que vous voyez. Par ce moyen, les taches du vice, dont vos mains peuvent être souillées, seront purifiées et effacées. Nous avons tous passé par la même épreuve, et nous avons échappé aux dangers dont elle vous menace. Mettez votre confiance en notre Dieu, déterminez-vous à accomplir résolument ce que nous vous demandons ; le plomb, quoique fondu, sera désarmé de sa chaleur ; en y plongeant les mains, il cèdera lorsque vous le toucherez… Mes Frères, approchez-vous aussi, afin de voir le résultat de cette mystique épreuve.

Tous les assistants s’approchent, en ayant l’air très curieux de voir si le récipiendaire se brûlera ou non. Celui-ci plonge les mains dans le vase.

Ce vase est un bassin de fer, à demi rempli de mercure, qui a l’apparence du plomb fondu ; au dessous, il y a un réchaud contenant quelques morceaux de charbons que l’on a soin de n’allumer qu’au moment où le récipiendaire est entré dans la salle, afin qu’au moment de l’épreuve le mercure soit à peine tiède. Sur le charbon en feu on jette de l’encens composé d’ambre, d’olibanum, de résine, d’abdamon, de bezoïne et de storax ; ce mélange produit une fumée d’agréable parfum.

L’épreuve ayant eu lieu, tous les assistants félicitent le candidat sur son courage qui, lui dit-on, dénote la confiance qu’il avait en la pureté de son cœur et la protection de l’Esprit du Feu. On le conduit ensuite à l’autel devant lequel il s’agenouille, et il prête son obligation pendant que l’encens brûle. Tous les assistants s’agenouillent aussi, baissant la tête en humble adoration, dit le Rituel Sacré, et tous ont la main droite sur le cœur. Le candidat a ses mains sur le Livre de la Sagesse.

Serment. — Moi, N…, Chevalier Kadosch, Prince de Royal-Secret, j’engage solennellement ma parole d’honneur et sacrée, je jure et promets sincèrement, sur ce livre que je crois vraiment être la parole sacrée de l’Être Suprême éternel qui est le très puissant Souverain et Architecte de l’Univers, je jure ici, en sa mystérieuse présence, et en la présence du Suprême Conseil du 33e degré, que je ne révélerai jamais, directement ou indirectement, les secrets et mystères du sublime grade que je suis prêt à recevoir, ni d’aucun de ceux que j’ai déjà reçus, excepté à un égal Souverain Grand Inspecteur Général qui l’aura aussi reçu légalement. En outre, je jure de suivre strictement et religieusement les Statuts particuliers, Constitutions et Règlements Secrets du 33e degré, et de remplir tous les devoirs de Grand Inspecteur Général, diligemment, fidèlement, sans partialité, faveur ni affection. Je jure que j’adorerai le seul vrai et vivant Dieu, qui nous protège, de la manière et en la forme que je crois, selon ma conscience, lui être le plus agréable, et que je réglerai ma conduite selon ses commandements. Je jure et promets toutes ces choses sans équivoque ni réserve mentale, ni même dans l’espoir d’en être, à l’avenir, dispensé ou relevé par un pouvoir quelconque, sous les peines suivantes, que je m’impose à moi-même : d’être déshonoré parmi les hommes ; d’avoir mon nom exposé en lettres rouges dans les Aréopages, Chapitres et Loges répandus sur le globe ; et j’invoque ici solennellement le grand et éternel Dieu de verser ses malédictions sur cette tête alors exécrable (ici le récipiendaire met sa main droite sur la tête), de me laisser languir dans la misère et le malheur, et enfin de tourmenter mon âme jusqu’à la parfaite extinction, si je violais jamais ce serment librement juré. Que notre Dieu tout-puissant m’accorde la force suffisante pour l’accomplir dans tous ses points, pour la plus grande gloire de son saint nom ! Amen ! Amen ! Amen !

Le récipiendaire, avant de se relever, baise trois fois le Livre de la Sagesse et la lame de l’épée.

Le Souverain Grand Commandeur, lui mettant alors l’épée dans la main droite. — Respectable Chevalier et Frère, nous plaçons dans vos mains une arme de mort ; n’en faites jamais usage contre la vie d’un Frère, excepté s’il avait trahi notre cause ; servez-vous-en contre les sanguinaires scélérats meurtriers de notre Respectable Maître Jacques de Molay, c’est-à-dire contre les ennemis de notre Ordre… (Lui passant au quatrième doigt de la main gauche une bague[1] en or :) Avec cette bague, je vous marie à l’Ordre, à votre pays, à notre Dieu, et je vous reçois et reconnais Souverain Grand Inspecteur Général, 33e et dernier degré. Que cette bagne vous rappelle toujours les obligations solennelles que vous avez contractées envers la Franc-Maçonnerie.

La séance se termine par un bref discours instructif sur les Templiers, sur la fondation du 33e degré maçonnique par Frédéric II de Prusse et sur les divers emblèmes du grade. On affirme que le triangle placé sous le dais de l’Orient n’est pas un vain symbole et que les Souverains Grands Inspecteurs Généraux se glorifient d’agir en la présence immédiate (sic) du Dieu dont la révélation s’est faite au grade de Kadosch ; « ce triangle sacré nous enseigne aussi à élever nos regards vers notre père, pour obtenir sa protection et son soutien, et à adorer en lui le vrai Dieu ». Quant aux squelettes, têtes et os de mort, « ils servent à nous rappeler le massacre de nos ancêtres par Philippe le Bel, qui les livra aux plus cruels supplices ». Parlant au récipiendaire de son passage au grade de Kadosch, on lui dit : « Dans ce grade, vous vous êtes solennellement engagé à détruire un ordre d’hommes pour les crimes qu’il a commis depuis plusieurs siècles. » Quant aux quatre flambeaux, l’un à 5 branches, l’autre à 3, le troisième à 1 et le dernier à 2 branches, ils signifient l’année 5312 (ère vulgaire : 1312), qui marque l’abolition de l’Ordre des Templiers par le pape. C’est cette abolition qu’il faut venger en exterminant le clergé catholique. Enfin, le squelette qui tient l’étendard de l’Ordre et un poignard « est là pour indiquer que tous ceux qui seront traîtres à la Maçonnerie et qui fausseront les obligations qu’ils ont contractées seront punis de mort. »

On lève la séance en frappant onze coups (les nombres mystérieux : 5, 3, 1, 2) et après que le T∴ P∴ Souv∴ G∴ Commandeur a invoqué une dernière fois le dieu maçonnique des hauts grades.

Invocation de clôture. — Ô toi, glorieux et éternel Dieu, père de la lumière et de la vie, suprême Architecte et Régulateur des mondes, guide-nous dans les sentiers de la vertu et de la justice ! Enseigne-nous les grands principes fondamentaux de la vraie religion, qui ont rapport aux adorations que nous te rendons et à nos devoirs les uns envers les autres, pour que nous puissions devenir membres du Suprême Conseil de ton ciel !

Tous les assistants. — Dieu nous l’accorde ! Ainsi soit-il !

On a dû remarquer qu’à partir des grades capitulaires, je n’ai plus insisté sur les contributions financières exigées des Frères qui passent d’un degré à un autre. Cela tient à ce que la question d’argent n’a plus dès lors qu’une importance secondaire. L’initié qui a franchi le grade de Maître offre surtout un sujet d’étude relativement au satanisme vers lequel on le dirige. Toutefois, il est bon que le public sache que cette question pécuniaire existe dans les hauts grades comme dans les grades inférieurs ; plus les grades sont élevés, plus on les rend diff‍iciles à conquérir. Ainsi l’initiation au 33e degré se paie 600 francs en France, 3,000 francs en Angleterre, et 5,000 francs en Amérique.


§ III

L’Autorité fictive et l’Autorité réelle.

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Le lecteur l’a bien compris, d’après tout ce qui précède, la vraie Maçonnerie réside dans les hauts grades. Si le maintien des hauts grades n’était qu’une satisfaction insignifiante accordée à la vanité de quelques-uns, comme le prétendent dans les Loges les défenseurs des Chapitres et les Aréopages, on ne trouverait pas les Rose-Croix et les Kadosch à la tête de toutes les fonctions directives des Ateliers symboliques.

La Maçonnerie a toujours de belles phrases à son service. De même que les Loges mentent au public profane, de même les Aréopages et les Chapitres mentent aux Loges. Les naïfs Maçons des trois premiers degrés sont menés par le bout du nez, sans qu’ils s’en aperçoivent, et ceux qui les tiennent et les conduisent dans cette position ridicule sont précisément ceux qui déblatèrent le plus violemment contre les hauts grades.

En effet, — et c’est là ce que les Apprentis, Compagnons et Maîtres, qui forment l’immense majorité de la secte, ne distinguent point dans leur aveuglement, — il suffit qu’un Frère soit Rose-Croix, Kadosch ou 33e, pour qu’il voue à une suppression prochaine (qui n’arrive jamais) les degrés mystérieux, interdits aux naïfs. Le F∴ Ragon, par exemple, l’auteur sacré, n’a pas son pareil pour réclamer à cor et à cris l’abolition de tous les grades au-dessus de celui de Maître ; et qu’est-il ? un Souverain Grand Inspecteur Général ; dans le rite de Misraïm, il s’est fait initier jusqu’au 87e degré. Est-ce que cela ne devrait pas ouvrir les yeux des imbéciles ? De quelle cécité sont-ils donc frappés, ces malheureux Apprentis, Compagnons et Maîtres, pour ne pas comprendre qu’on se moque d’eux de la façon la plus impudente ?

Quand on leur donne à élire les officiers de leur Loge, quelle liste de candidats leur présente-t-on ? une liste presque uniquement composée de Rose-Croix et de Kadosch. Et ils votent sans réfléchir. Il est juste de dire que, si l’un de ces abusés, réfléchissant, protestait contre ces cartes forcées, il serait immédiatement conspué, exclu, persécuté au nom de la discipline.

Pour avoir une réponse à faire aux Maçons des degrés inférieurs qui se méfieraient de l’influence secrète des hauts grades, on a soin de recevoir Rose-Croix et même Kadosch quelques vieux sectaires notoirement imbéciles et considérés comme tels au sein de leur Loge. Et alors, quand un Maître défiant parle de la nécessité de supprimer les Chapitres et les Aréopages pour assurer la liberté des Ateliers symboliques, on lui répond : « De quoi vous mettez-vous en peine ? les hauts grades ne signifient rien, ils sont purement honorifiques. Tenez, voyez F∴ Untel, qui est Rose-Croix, et le F∴ Trois-Étoiles, qui est Kadosch ; ne sont-ce pas deux hommes d’une complète simplicité d’esprit ? pensez-vous qu’ils soient capables d’exercer sur la Loge une influence quelconque ? » Ainsi, les imbéciles, qu’au surplus on ne laisse pas aller au-delà du 30e degré, servent de paravent à la profonde rouerie des autres ; car, dans les hauts grades, les nigauds sont en nombre infime, et, aux séances importantes, on les éloigne en leur faisant garder l’antichambre de la salle, sous prétexte de leur donner un poste de confiance.

Les habiles des hauts grades ont donné, enfin, aux amateurs d’indépendance, un os à ronger. Cet os, c’est le Conseil de l’Ordre, dans le Rite Français, et la Grande Loge Centrale, dans le Rite Écossais.

Les Loges nomment chaque année des Députés ; ces Députés élisent ou constituent une sorte de parlement maçonnique. Pauvre parlement ! il se réunit pendant deux ou trois séances, et il vote des vœux dont le Suprême Conseil tient le compte qui lui convient. Que peuvent être les votes du Convent, de la Grande Loge Centrale, du Conseil de l’Ordre, assemblées éphémères, auprès des décrets du Suprême Conseil, puissance permanente non soumise aux fluctuations capricieuses des Ateliers symboliques ?

Et encore, la majorité de ces Convents, Grandes Loges Centrales, Conseils de l’Ordre, est acquise au Suprême Conseil ; car les neuf dixièmes des Députés appartiennent aux hauts grades. L’os à ronger n’est pas seulement une dérision, c’est un mythe ; les Loges ne rongent même pas un os, elles rongent une ombre.

Il suffit de lire les statuts de la Franc-Maçonnerie (premier volume, chapitre III) pour se convaincre de la vérité de ce que j’avance. Et si cette lumière théorique ne parait pas suffisamment éclairante, je la doublerai en retirant le voile qui cache la pratique.

Ce n’est pas au Conseil de l’Ordre (Rite Français) ; ce n’est pas à la section symbolique de la Grande Loge Centrale (Rite Écossais) que vont les rapports ; c’est au Suprême Conseil et au Grand Collège des Rites. C’est avec le Grand Collège des Rites et le Suprême Conseil que sont établies les correspondances des puissances maçonniques étrangères. Est-ce clair ?

La conclusion est facile à tirer :

Dans la Maçonnerie, il y a une autorité fictive et une autorité réelle.

L’autorité fictive, c’est l’assemblée élue ou constituée par les délégués des Loges : Conseil de l’Ordre, au Rite Français ; Grande Loge Centrale, au Rite Écossais.

L’autorité réelle, c’est l’assemblée inamovible : Grand Collège des Rites, au Rite Français ; Suprême Conseil, au Rite Écossais.

Et comme le Grand Collège des Rites et le Suprême Conseil sont exclusivement composes de 33es, Souverains Grands Inspecteurs Généraux, ce sont les 33es qui détiennent la Direction Suprême, et nullement les Frères des autres grades.

Bien plus, les 33es possèdent leurs Statuts Secrets, leurs Règlements Particuliers ; ils ont une organisation spéciale dans la secte ; ils forment une société au milieu de la société, un Ordre au sein de l’Ordre ; ils sont le Sacré Collège de l’Église du Grand Architecte.

  1. Cette bague porte au dedans, gravés, le nom du récipiendaire et la devise : Deus meumque jus.