Les Frères Trois-Points/IX

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IX

LE CHEVALIER KADOSCH ET LES GRADES PHILOSOPHIQUES




§ I.

Les premiers Grades Philosophiques.

Le Rose-Croix est le Parfait Maître, mais il n’est pas le Parfait Initié. C’est le Chevalier Kadosch qui, sans avoir toutefois la direction suprême, possède du moins l’initiation complète.

Les lecteurs qui auront pris la peine de chercher le double sens des mots dans les citations faites plus haut des Rituels de Rose-Croix, n’auront plus besoin maintenant de beaucoup d’explications : ils savent déjà à quoi s’en tenir ; ils connaissent le secret de la secte maudite, ce secret qui, dit le Catéchisme du Maître, est inviolable par sa nature même, l’initié devant le découvrir sans en avoir reçu aucune communication orale. Ce secret, c’est que la Franc-Maçonnerie est l’œuvre personnelle de Satan, sa religion, son culte, en même temps que sa milice parmi les hommes et son foyer de corruption sur la terre. Le gros de l’armée maçonnique obéit aveuglément aux ordres qu’il reçoit de chefs secrets qu’il ne connaît pas ; les Maîtres eux-mêmes sont loin de se douter que les délibérations de leurs Loges symboliques sont conduites par les hauts grades ; ils croient délibérer, ils ne font que ratifier des résolutions arrêtées d’avance dans les Chapitres et les Aréopages. Et qui les inspire, ces résolutions, si ce n’est l’Esprit du Mal, Lucifer, l’Éblis prétendu Ange de Lumière, que les Chevaliers Kadosch évoquent, avec qui ils sont, par l’effet de leurs exécrables pratiques occultes, en communication directe ?

Je sais bien que, dans le public, même parmi les conservateurs qui lisent ces pages, il se trouvera des esprits forts à qui une telle affirmation fera hausser les épaules. N’importe ! je ferai mon devoir, je dirai ce qui est, je ne me préoccuperai pas de l’opinion de ceux qui, feuilletant à la légère cet ouvrage, se sont uniquement attachés à rire des ridicules de la secte et ont passé, sans les approfondir, les citations de documents. J’aurai, au surplus, mauvaise grâce à me formaliser, si quelques-uns pensent et disent que je déraisonne lorsque j’affirme l’intervention immédiate du génie infernal dans la mystérieuse direction imprimée à la Franc-Maçonnerie par les Aréopages inaccessibles des Kadosch, lorsque je déclare que, dans l’organisation extraordinaire et la conduite prodigieusement habile de cette formidable société secrète, il y a autre chose qu’une main humaine : j’aurai mauvaise grâce à me formaliser, dis-je ; car moi-même j’ai longtemps refusé d’y croire, longtemps j’ai ri d’affirmations semblables, émises avant moi par les personnages les plus éminents et les plus compétents[1] ; longtemps même j’ai hésité, quand mon doute fut ébranlé, à me rendre à ce qui est à présent pour moi la plus absolue évidence.

Nous avons vu que les Maîtres jugés aptes par les chefs secrets à acquérir les hauts grades ne deviennent pas tous Rose-Croix dans les mêmes conditions : les uns passent par les grades intermédiaires, du moins par les principaux ; les autres franchissent d’un seul coup tous les degrés qui séparent le Maître du Rose-Croix. Il en est pour les grades philosophiques comme pour les grades capitulaires : une partie des Rose-Croix appelés à devenir Chevaliers Kadosch ont deux stations à faire avant d’être initiés 30es ; les privilégiés reçoivent en une seule séance la complète investiture philosophique.

Voyons d’abord, et très sommairement, les onze premiers grades qui servent à préparer au 30e degré les esprits lents élus par l’autorité suprême de la secte.

On passe du 18e au 22e degré, d’abord (minimum de stage : 3 mois) ; puis, du 22e au 27e degré (minimum de stage : 1 mois) ; enfin, du 27e degré au grade de Kadosch (minimum de stage : 5 mois).

Le grade de Grand Pontife de la Jérusalem Céleste, 19e degré, ramène l’initié au Chevalier d’Orient et d’Occident ; les allégories et les symboles du grade sont encore empruntés à l’Apocalypse, la légende a une couleur de catholicisme ; on fait chercher à l’aspirant la route qui conduit à la Jérusalem Céleste. Le Président, ou Trois fois Puissant, porte sur son front un bandeau couleur bleu de ciel, sur lequel sont brodées en or douze étoiles. La salle n’est éclairée que par la lumière qui pénètre à travers l’inévitable transparent situé au fond du dais présidentiel : ce transparent représente la Jérusalem Céleste apocalyptique, avec les trois portes et l’arbre central aux douze feuilles. Sujet du discours : il n’y a pas d’autre Vérité que celle qui est enseignée par la Raison, en dehors de la Foi telle que l’entend l’Église ; l’éducation des masses par l’enseignement laïque ramènera seule les beaux jours de l’Éden où vivaient le premier homme et la première femme ; le vrai paradis, c’est l’Éden, l’humanité s’y nourrissant des fruits de l’Arbre de la Science ; et, pour posséder de nouveau ce paradis, il faut que l’interdiction, faite par Adonaï, de toucher à cet arbre, n’ait plus aucun effet. L’Éden reconquis par les descendants de Caïn, l’Ange de Lumière régnant et Adonaï réduit à l’impuissance, telle est la Jérusalem céleste.

Dans le grade de Grand Patriarche, Vénérable Maître ad vitam, 20e degré, le candidat redevient Zorobabel. Il est interrogé sur les grades antérieurs, et l’on paraît vouloir le préparer à s’acquitter des fonctions de Vénérable de Loge. Le trône est élevé sur une estrade de neuf marches ; sur l’autel est un chandelier à neuf branches ; le récipiendaire encense neuf fois une étoile qui brille dans un nuage d’or et qu’on lui dit être l’étoile du matin, autrement nommée Lucifer. On lui raconte que les sages Chaldéens, adorateurs du feu, formaient autrefois, dans le désert, des tribuns orateurs chargés de prêcher la Vérité. En conséquence, le président de l’Assemblée, lequel représente Assuérus et est revêtu des ornements royaux, dit au néophyte, une fois reçu : « Soyez comme l’étoile du matin qui annonce la venue du jour ; allez porter au monde la lumière ; au nom sacré de Lucifer, déracinez l’obscurantisme ! »

La communication du 21e degré, Chevalier Prussien, Noachite[2], fait les principaux frais de la réception aux quatre premiers grades philosophiques. L’initiation aux deux degrés précédents a été rapidement expédiée, et celle au 22e degré ne sera qu’une clôture de séance.

Une fois le Candidat reçu au grade de Vénérable Maître ad Vitam, on l’emmène dans la Chambre des Préparations. Le président Assuérus descend de son trône et quitte sa couronne et son manteau royal qu’un Frère Servant emporte. Tous les assistants mettent un masque, un tablier jaune et des gants jaunes. On éteint les lumières et on ouvre une fenêtre. Il est bon de dire que l’on a eu soin, pour cette réunion, de choisir un soir de pleine lune et que la salle est orientée de façon à ce que l’astre de la nuit, dont la lumière doit entrer par la fenêtre ouverte, l’éclaire suffisamment. Le président, ou pour être plus exact, l’ex-président, — car ce n’est plus lui qui doit diriger les travaux du 21e degré, — prend la place du 1er Surveillant et se nomme dès lors Inspecteur ; l’ex-1er Surveillant prend la place du 2e et se nomme dès lors Introducteur ; l’ex-2e Surveillant se place entre eux deux, à la porte, et est le Garde du Grand Chapitre.

À ce moment, c’est-à-dire quelques instants après la sortie du récipiendaire, tout le monde étant prêt, l’assemblée entend frapper trois coups lents à la porte. C’est un personnage, également masqué, mais étranger au Grand Chapitre, qui se présente. On ouvre. L’Inspecteur, l’Introducteur et le Garde du Grand Chapitre le tuilent ; l’inconnu, drapé dans un vaste manteau, exhibe en outre une délégation que le Suprême Conseil lui a remise (cette délégation est signée du président du Grand Collège des Rites, si l’Atelier appartient au Rite Français), pour venir présider la séance.

— Honneur au Grand Commandeur ! clame le Frère Inspecteur,

On forme la voûte d’acier, et le délégué, qui doit demeurer inconnu jusqu’à la fin, va prendre place au trône présidentiel. Il représente Frédéric II, roi de Prusse, dit le Rituel.

Le Grand Commandeur déclare la séance ouverte.

Le Porte-Étendard. — Que quiconque a eu à subir l’injustice des grands ou la tyrannie des puissants, que quiconque a été victime d’une accusation imméritée, que quiconque a vu son foyer outragé, que quiconque est tombé entre les mains de juges corrompus ou prévaricateurs, que quiconque a subi extorsions, abus ou violences, vienne ici, et, déposant librement sa plainte devant nous, fasse entendre ses réclamations ; car ce Grand Chapitre, dont les jugements sont sans appel, lui rendra pleine et entière justice !

On introduit le récipiendaire. L’Introducteur l’annonce en ces termes :

— Je présente au Grand Chapitre Adolphe le Saxon. Maître Maçon et Chevalier Rose-Croix, mon ancien compagnon d’armes en Palestine.

Le Grand Commandeur l’interroge sur ce qu’il veut.

Le récipiendaire. — Je viens demander justice !

L’Introducteur explique le cas du réclamant. Adolphe le Saxon, en partant pour la Palestine où il est allé guerroyer sous les ordres de Frédéric Barberousse, fit un emprunt d’argent au comte Reinfred de Loégria et à l’évêque de Vienne ; la garantie de cet emprunt fut son domaine. À son retour, Adolphe a réclamé ses biens ; mais le comte Reinfred dit qu’il n’a pas été question d’un emprunt, mais bien d’une vente, et il prétend posséder l’acte de cession signé d’Adolphe. Celui-ci déclare l’acte faux. Le comte et l’évêque persistant à l’affirmer légitime, Adolphe demande justice contre eux.

Un des membres de l’assemblée se lève, ôte son masque, s’annonce comme étant le comte Reinfred de Loégria, et maintient son affirmation.

L’Introducteur et le récipiendaire s’avancent et demandent au comte le parchemin. Celui-ci le tire de sa poche et le soumet au Grand Chapitre. L’Introducteur, s’approchant alors de la fenêtre par laquelle pénètre la lumière de la lune, tend le parchemin (qui est une modeste feuille de papier timbré de soixante centimes) et fait observer que la date imprimée dans la pâte marque une année postérieure à la date qui accompagne la prétendue signature d’Adolphe. Donc, la pièce est fausse. C’est clair et net.

Indignation tumultueuse de l’assemblée. Le comte Reinfred, convaincu de félonie, est expulsé du Grand Chapitre, et l’on vote en outre que le mot « Mort » sera inscrit, dans la marge du Registre, en face de son nom.

Et l’évêque de Vienne, qui a été le complice du comte, va-t-il demeurer impuni ?

Oh ! que non !… L’Introducteur demande qu’il soit condamné à une amende et à de forts dommages-intérêts envers Adolphe.

— Accordé ! clame le Grand Chapitre d’une seule voix.

Enfin, pour que justice soit complète, le Grand Commandeur propose à l’assemblée d’admettre dans son sein Adolphe le Saxon à la place du félon Reinfred de Loégria. Accepté avec enthousiasme.

Là-dessus, serment d’Adolphe.

Serment du 21e degré. — Je jure de garder secrètes, toujours et pour tous, les révélations de ce grade. Je jure de mettre en pratique, tant dans la lettre que dans l’esprit, toutes les obligations auxquelles je me suis déjà engagé et tous les enseignements que j’ai déjà reçus depuis mon entrée dans la Franc-Maçonnerie. Je jure de ne jamais faillir à l’exécution des ordres que je recevrai en suite de jugements portés par le présent Grand Chapitre ou tout autre. Je jure de me soumettre entièrement à la juridiction des Chevaliers Prussiens Noachites si je venais à commettre un délit ou un crime. Je jure d’être clément et compatissant, car je suis un homme et le frère de tous les autres hommes.

Ce serment se prête sur une épée et un poignard croisés.

Après avoir consacré le néophyte, le Grand Commandeur donne la parole au Chevalier d’Éloquence, qui se met à raconter… devinez quoi… l’histoire de la Tour de Babel !

Sans doute, vous vous imaginez bien connaître cette histoire, n’est-ce pas ?… Attendez un peu !… L’ayant apprise dans la Bible, vous la connaissez très mal.

Voici la légende maçonnique en quelques mots :

Les hommes qui avaient entrepris de construire la Tour de Babel étaient de braves gens, honnêtes, vertueux, possédant toutes les perfections. N’en soyez pas étonnés : ils descendaient tous, en ligne plus ou moins directe, de Chanaan, c’est-à-dire de Caïn, c’est-à-dire d’Éblis. Leur chef, nommé Phaleg, l’architecte qui avait conçu cet admirable projet maçonnique (car une tour, c’est de la maçonnerie), était le plus parfait de tous ces modèles de vertus ; quant à la tour, c’était un monument que ces braves gens élevaient à la gloire de l’Ange de Lumière et pour le salut de l’humanité future. Et voilà pourquoi Adonaï a odieusement cherché noise à ces ouvriers sublimes, voilà pourquoi il a bouleversé leur mortier et leurs truelles, voilà pourquoi il s’est mis en travers de la construction de cette magnifique tour. Phaleg est une grande victime ; les descendants de Noé, races de Sem et de Japhet, sont seuls des orgueilleux. Mais les descendants de Chanaan ne se sont pas tenus pour battus : ils ont passé en Égypte, qui est devenue le premier pays de la race de Cham et de la Franc-Maçonnerie, et ils ont construit les Pyramides. Et ces Pyramides rendront à l’Humanité future exactement le service que devait lui rendre la tour de Babel ; car, sacrées par les mystères des anciens initiés d’Isis, Osiris, etc., elles sont indestructibles. Ainsi, l’humanité future est prévenue, l’Ange de Lumière a su assurer son salut : en cas de déluge, le genre humain n’aura qu’à se rendre vivement en Égypte et à grimper au sommet des Pyramides. Attrape, Adonaï !

Quand Adolphe le Saxon a fini d’entendre cette nouvelle légende, — racontée, il est vrai, en termes très sérieux par le Chevalier d’Éloquence, — on le prie poliment de passer à la porte.

— Allez, lui dit le Grand Commandeur, allez veiller à la sûreté de vos Frères, en montant la garde hors du Grand Chapitre, jusqu’à ce que vous ayez su conquérir de nous assez de confiance pour que nous vous admettions à partager nos travaux.

Le nouvel initié obéit. Après quoi, le Grand Commandeur, toujours masqué et drapé dans son vaste manteau, s’en va comme il était venu, c’est-à-dire sans se faire connaître de l’assemblée, qui ne doit voir en lui que le délégué anonyme du Suprême Conseil.

On termine la soirée en rappelant le récipiendaire, à qui l’on confère le grade de Prince du Liban, Royale-Hache, 22e degré.

Pour cela, on passe d’abord dans une salle tendue en bleu, où des haches, des scies, des maillets et des coins sont répandus sur le parquet, et ensuite dans le Temple Rouge, où se trouve une table ronde couverte de compas, d’équerres et d’un plan en carton doré sur lequel on remarque plusieurs cercles entrelacés formant un trace quadrangulaire. Cette fois, on ne travaille plus à la lueur de la lune, mais à celle des bougies et le président, reprenant ses fonctions, prend le titre de Grand Patriarche du Conseil de la Table Ronde.

La réception est courte. On montre, notamment, au récipiendaire une hache où sur un côte sont gravées ces lettres : L. S. A. A. C. D. X. Z. A. On lui explique que cela veut dire : Liban, Salomon, Abda (père du Maître Hiram, dit Adon-Hiram), Adon-Hiram, Cyrus, Darius, Xerxès, Zorozastre et Ananias. Cette hache, « c’est la Hache du Gnosticisme, qui, en abattant les énormes troncs de l’intolérance, de l’hypocrisie, de la superstition, de l’égoïsme et de l’oisiveté, permet aux rayons de la Vérité d’arriver jusqu’à l’esprit humain et de l’inonder de sa lumière. »

On raconte au récipiendaire divers incidents de la coupe des arbres du mont Liban, lesquels arbres ont fourni le bois nécessaire à la construction du Temple de Salomon. À propos de ce monarque, on déclare que les Francs-Maçons ne lui en veulent plus de sa participation indirecte au meurtre d’Hiram. À l’époque où Salomon excita les trois mauvais Compagnons contre l’architecte du Temple, il était un fervent adorateur d’Adonaï, et il subissait, sans s’en douter, la secrète influence de cet ennemi juré des descendants de Caïn ; mais, depuis lors, Salomon répara noblement ses torts. Il fit rechercher et mettre à mort les trois assassins, comme on l’a vu au grade d’Élu. Le corps d’Hiram fut inhumé sous l’autel même du Temple, et, abandonnant le culte d’Adonaï, le roi Très Sage finit ses jours en brûlant l’encens devant Moloch, la divinité des Tyriens, génie du Feu et l’un des lieutenants de l’Ange de Lumière.

À propos de cette seconde partie de l’existence de Salomon, le Chevalier d’Éloquence entame discrètement un vague éloge des sciences occultes, dit que le Grand-Œuvre, c’est l’apothéose du travail ; que les savants philosophes, disciples de l’illustre Zoroastre, s’occupaient de magie et ont fait ainsi d’étonnantes découvertes ; enfin qu’Ananias (encore une victime d’Adonaï) portait un nom signifiant « divination ». Il conclut en apprenant au néophyte que le 22e degré, auquel il vient d’être initié, est le premier grade nettement hermétique et cabalistique, deux mots dont il est prié de bien méditer le sens.

Levée de la séance dans les formes ordinaires.

Un Atelier qui travaille du 19e au 22e degré s’appelle Conseil du Liban.

La série de grades qui se confère ensuite va du 23e au 27e degré.

La légende du Chef du Tabernacle, 23e degré, roule encore sur Hiram et sur le Temple de Salomon. Ah ! nous n’en avons pas fini de sitôt avec ce conte à dormir debout, qui sert de prétexte à mille déclamations impies ! Le sujet est inépuisable pour la secte. Ici, le récipiendaire joue le rôle du fils d’Hiram. Le marmouset, qui était assis sur le Tableau de la Loge au grade d’Élu, a grandi ; il était en étoffe rembourrée de son, le voilà en chair et en os. On lui apprend qu’Adonaï, pour déshonorer le culte de Moloch, a rendu les Tyriens trop fanatiques ; c’est lui qui les pousse à faire des sacrifices humains. C’est encore Adonaï qui, pour rendre odieuses les divinités de l’Égypte, pays sacré des mystères et des pyramides, a donné aux crocodiles du Nil la férocité qui les distingue. On fait donc jurer au récipiendaire de détruire « le Dieu-Crocodile » et de renverser l’autel sanglant des sacrifices humains. « Si des hommes doivent être sacrifiés pour venger la mort de votre illustre père, ce sont, non point les malheureux esclaves, non point les prisonniers de guerre, mais les traîtres, les hypocrites et les vicieux. »

À ce grade, on encense le Livre de la Sagesse de Salomon, sur lequel est un poignard et une arche d’alliance placés entre deux transparents représentant le soleil et la lune.

Conclusion du discours du Chevalier d’Éloquence : « La superstition doit être déracinée avec habileté ; et par conséquent, c’est à la politique, à l’action gouvernementale des classes dirigeantes, qu’incombe le devoir de déclarer la guerre à la superstition et de conduire la campagne contre elle de façon à rendre inévitable le triomphe de la Vérité. »

Dans la réception de Prince du Tabernacle, 24e degré, on demande à l’aspirant combien de temps il a travaillé au Temple de Salomon. Il répond : « Deux mille cent quatre-vingt-cinq jours à obéir, autant à imiter et autant à perfectionner » ; et il en donne une preuve sans réplique, à savoir « qu’il n’a point participé au meurtre d’Hiram et qu’il a le désir de faire de grands progrès dans la vertu ». Le Chevalier d'Éloquence s’empresse de remettre Salomon sur le tapis et dit, entre autres belles choses, que si ce monarque, pour avoir changé de culte, a perdu la communication qu’il avait avec Adonaï, il ne s’en est pas plus mal trouvé, au contraire ; car il a acquis, dès ce moment, une science extraordinaire dans la cabale, est devenu l’auteur des livres secrets de magie les plus admirables et a pu se mettre en communication constante, jusqu’à sa dernière heure, avec les Esprits du Feu.

Dans le grade de Chevalier du Serpent d’Airain, 25e degré, on explique, à la mode maçonnique, le fait raconté par la Bible. C’est l’Ange de Lumière, dont le serpent est un des emblèmes, qui a guéri les Hébreux dans le désert ; Éblis a eu pitié des Israélites, d’abord à raison des sacrifices au veau d’or, symbole de la nature, ensuite parce que dans le nombre se trouvaient beaucoup de descendants de Caïn. Le serpent disposé en cercle, la gueule mordant la queue, figure l’éternité de l’univers. Placé sur une croix, comme il fut dans le désert, le serpent représente le vrai sauveur du genre humain, qu’il guérit de ses blessures ; le Sinaï est son Golgotha, et c’est là le vrai calvaire glorieux. Les hommes que le serpent d’airain crucifié guérissait avaient été mordus par des monstres ailés ; ces monstres sont la tyrannie, l’intolérance et la superstition, et il faut les détruire. D’autre part, c’est parce que l’univers est éternel que les Maçons disent : « le Grand Architecte », et non : « le Créateur » ; il y a eu organisation et non création. Qui a organisé ? Qui honore-t-on dans les Loges et les Chapitres ? Est-ce Adonaï ? Mais, même en ne consultant que la Bible où sont accumulés les aveux, nous voyons Adonaï sans cesse occupé à persécuter l’humanité ; il la chasse de l’Éden, il la voue à la mort, il la noie, il la brûle, il déchaîne sur elle les crocodiles et les monstres ailés. L’Ange de Lumière, au contraire, vient constamment en aide au genre humain : ce sont ses propres enfants, puisque Caïn n’est pas le fils d’Adam, ce sont les descendants du premier homme engendré qui instruisent, améliorent, perfectionnent les descendants du premier homme pétri, qui leur rendent la vie possible et heureuse en inventant l’art de travailler les métaux, l’art de tisser, l’art d’édifier des maisons, l’art d’écrire, etc. Donc, le Grand Architecte de l’Univers, en l’honneur de qui brûle l’encens des Loges et des Chapitres, ce n’est pas Adonaï, c’est l’Ange de Lumière, le Génie du Travail, l’Esprit du Feu. Quant à la divinité, elle se décompose en deux principes, les deux principes qui se combattent, principes éternels, le Bien et le Mal. Leur nom, à chacun, varie suivant les pays qui leur rendent un culte. Le mal, c’est Adonaï chez les Hébreux, Ahrimane chez les Perses, Typhon chez les Égyptiens ; le Bien, c’est donc Lucifer, Ormuzd, Osiris. Lequel des deux principes éternels triomphera ? Il n’y a pas à en douter, c’est le Bien. C’est pourquoi les persécutions d’Adonaï prendront fin ; Adonai sera un jour vaincu à jamais ; ce jour sera celui où, la Maçonnerie s’étendant sur tout le globe, l’humanité aura reconquis l’Éden.

Le 25e degré, dont voilà le sens, a été créé par des chevaliers qui, dans leur croisade en Palestine, trouvèrent des Israëlites captifs des musulmans ; il les délivrèrent ; ceux-ci, en reconnaissance, leur firent connaître la tradition du serpent d’airain, qui s’était perpétuée en Judée ; et alors, ces croisés, émerveillés de cette lumière apportée dans leur esprit, abandonnérent leurs anciens préjugés, se dévouèrent à l’étude des sciences, au culte du vrai Dieu (textuel) et à la délivrance des captifs. « Il faut au peuple, dit le Chevalier d’Éloquence pour conclure, la liberté qui fut rendue à ces Israélites par les vaillants chevaliers ; c’est-à-dire, les chevaliers de la Maçonnerie donneront au peuple la liberté, et la liberté ne s’obtient qu’en brisant impitoyablement, avec de l’audace et du courage, les chaînes pesantes du despotisme civil, religieux, militaire et économique. »

Après un grade sérieusement impie, en voici un du plus haut comique :

C’est du Prince de Merci, 26e degré, qu’il s’agit. On l’appelle aussi Écossais Trinitaire. Son but, dit le Rituel, est la rédemption des âmes ignorantes, prisonnières de l’Erreur ; il faut donc les délivrer en leur faisant connaître la Vérité.

Après avoir fait faire au candidat neuf pas en serpentant, on lui attache aux épaules deux ailes qu’il fait mouvoir à l’aide d’un mécanisme. Il a les yeux bandés. On lui fait monter neuf marches qui conduisent à une plate-forme, et on lui ordonne de s’élancer dans les airs et de s’élever en volant jusqu’au troisième ciel. Le candidat obéit, s’élance en agitant ses ailes et tombe sur une couverture fortement tendue que tiennent aux deux extrémités quelques Frères vigoureux. On lui annonce alors qu’il est dans l’espace du Ciel où roulent les étoiles errantes (sic). On le fait passer de la même façon au deuxième ciel. Là, on approche sa main d’une bougie allumée, et on lui dit que la chaleur qu’il sent est celle que répandent les étoiles fixes (toujours sic). On lui fait humer une petite quantité de mousse de savon ; cela figure l’éther du deuxième ciel. Son corps, dès ce moment, a acquis la propriété de résister à l’action du feu. Après quoi, on le balance dans l’air, « on le fait sauter à la couverte », comme on dit au régiment, et on l’informe qu’il est arrivé au troisième ciel. Enfin, quand le récipiendaire a été suffisamment secoué au moyen de cet exercice répété avec vigueur, on lui montre la Vérité sortant du puits, dans le costume traditionnel (de plus en plus sic). L’assemblée se retire pendant quelques instants, laissant le récipiendaire en tête à tête avec la Vérité, après que le président, nommé Très Excellent, lui a remis une flèche emblématique et lui a susurré à l’oreille : Edul-Pen-Cagu, mot sublime dont la signification est : « Fais ce que tu voudrais qui te fût fait ». Quand les bons Frères rentrent dans le temple, le Chevalier d’Éloquence apprend au néophyte que sa réception lui a appris à s’élever au-dessus des préjugés, des superstitions et des fausses doctrines, pour planer dans les trois régions célestes de l’Intelligence, de la Conscience et de la Raison, correspondant aux besoins politiques, sociaux et matériels de l’Humanité.

Tout commentaire serait superflu.

Le grade de Souverain Commandeur du Temple, 27e degré, rappelle la condamnation des Templiers. On apporte dans le Conseil le récipiendaire ficelé comme un vrai saucisson ; c’est pour lui apprendre qu’il est encore sous le joug des passions. On l’attache sur une planche ; on le couvre d’un drap mortuaire ; on le porte à bras ; on lui fait faire ainsi cinq fois le tour de la salle en le secouant, et l’on chante une prose funèbre ou se trouve ce passage : « Ô Maçon qui d’un profond repos dors et ne dis mot, il faut mourir, à la mort il faut venir ! » La procession terminée, on débarrasse le récipiendaire des cordes qui le garrottent, pour lui montrer la différence qui existe entre un esclave et un homme libre, et on le couronne solennellement. En vertu de sa nouvelle dignité, il a le droit de garder en Loge son chapeau sur la tête et il est dispensé du catéchisme. Par contre, il s’engage à « obéir toujours et quand même aux ordres qui lui seront hiérarchiquement transmis ». En lui donnant la consécration du grade, on lui fait savoir que, « s’il est armé Chevalier du Temple et créé Grand Commandeur, c’est pour combattre en vue du triomphe de la Franc-Maçonnerie, pour défendre ses doctrines et maintenir ses principes, pour rendre la justice à tous également, et pour remplacer l’autorité et le gouvernement dans la société profane, quand le moment sera venu, par des représentants directs des intérêts libres des associés, dont la mission consistera à veiller à l’exécution des décisions prises par les supérieurs hiérarchiques de l’Ordre. »

Ce grade termine la seconde série philosophique. Les Ateliers qui travaillent du 23e au 27e degré portent le nom de Cours.

Avec le 28e degré, Chevalier du Soleil, Prince Adepte, l’initié accomplit un nouveau pas dans la voie des sciences occultes. Ce grade est, au point de vue cabalistique, le complément du Prince du Liban, Royale-Hache. « Sous une enveloppe hermétique, dit le Rituel Sacré, ce grade cache des vérités philosophiques : c’est une école de sciences spéciales, où l’on interprète le grand livre de la nature ; on y étudie ses lois, on cherche à pénétrer ses secrets par la décomposition et l’analyse des corps ; et cette belle étude, en remplissant le néophyte d’admiration envers l’auteur caché de tant de merveilles, le dispose plus que jamais à la reconnaissance. » L’inventeur de ce grade est un moine apostat, fondateur de la secte des illuminés d’Avignon ; l’ex-bénédictin Pernetti, qui avait donné par écrit son âme au diable.

La salle n’est éclairée que par un globe transparent, représentant le soleil, placé au-dessus de la tête du président, qui figure Adam. On est censément dans l’Éden. Sur les murs sont peints des champs, des montagnes, des forêts. Le soleil est installé dans un triangle, dont chaque angle porte un S (Science, Sagesse, Sainteté). Dans la salle on a lâché une colombe, que l’on fait voltiger à grands coups de mouchoirs. La Vérité, toujours dans le costume traditionnel, siège, à l’Orient, près d’Adam. Sept membres de l’Atelier représentent sept chérubins ou sept planètes (au choix) ; leur costume est, à peu de chose près, en harmonie avec celui de la Vérité. Les autres membres figurent des sylphes ; ils portent une tunique de gaze dorée, un tablier brun, un bonnet bleu serré par un ruban de couleur aurore ; ce sont les plus vêtus de l’assemblée.

Le récipiendaire, qu’on intitule Hiram pour la circonstance, est introduit, la tête couverte d’un voile noir, pendant que deux sylphes, un soufflet à la main, l’éventent par derrière. On le débarrasse de son voile.

Il déclare qu’il vient demander le grand secret qui doit amener le règne de la raison sur la terre. Le président Adam lui répond par un discours explicatif des emblèmes de la maçonnerie, qu’il lui représente comme couvrant des préceptes d’une philosophie hardie (je n’insiste pas, ce discours ferait rougir un turco), et il l’engage à s’affranchir du joug de la croyance qu’on a pu lui inculquer dans sa jeunesse, et à prendre le spectacle de la nature et sa propre intelligence pour seules règles de sa foi.

« L’enseignement du 28e degré, dit le Rituel moral et dogmatique de la Franc-Maçonnerie (imprimé en 1881), est celui des moyens de donner satisfaction à la soif qui brûle l’homme de connaître le grand secret de la nature. On y étudie les forces de la volonté humaine et celles de la nature, et on y démontre que les miracles sont les effets naturels de causes exceptionnelles. Les doctrines de la cabale, de l’hermétisme et de l’alchimie y sont l’objet d’un profond examen. Sa synthèse est que seuls les penseurs et les savants anti-papaux, anti-catholiques, sont parvenus au sommet de la science occulte ; car, seuls, ils ont pu prendre pour point de départ la toute-puissance de la raison humaine. »

Brûlons du sucre, et passons au 29e degré.

La réception au grade de Grand Écossais de Saint-André d’Écosse sert de prélude à celle de Chevalier Kadosch : aussi est-elle le développement de la légende maçonnique du 27e degré, grade templier.

Ici, le récipiendaire ne croque plus le marmot à la porte de la salle ; on l’introduit immédiatement et sans cérémonie. La scène est courte. Le Chevalier d’Éloquence l’accuse d’être Templier, « ou tout au moins d’être dévoué à ce maudit (sic) Ordre du Temple, que la Papauté, notre souveraine spirituelle (sic), a déclarée atteinte et convaincue de magie, de sorcellerie et d’hérésie ». Le Patriarche de la Grande Loge, titre du président, lui déclare que, s’il en est ainsi, il le livre à la vengeance mortelle des Grands Écossais de Saint-André.

Le récipiendaire, à qui le Frère Préparateur a fait la leçon, ne se laisse pas intimider. Il affirme que, quel que soit le péril qui le menace, il est, en effet, dévoué à l’Ordre du Temple et qu’il est prêt à défendre sa mémoire.

Félicitations du Grand Expert, qui demande que le drapeau de l’Ordre du Temple soit confié à la garde de ce candidat si énergique. Adopté.

On remet l’étendard au récipiendaire, et l’on se retire.

Arrivée de trois hommes masqués qui veulent s’emparer du drapeau. Bataille. Le valeureux récipiendaire le défend avec succès.

L’assemblée rentre en séance, et la Grande Loge arme le candidat Chevalier Grand Écossais de Saint-André d’Écosse en récompense de son noble courage.

Serment. — Le néophyte jure « de défendre jusqu’à la mort n’importe quel poste qui sera confié à son honneur, et de lutter, sans trêve ni merci, contre toute usurpation de pouvoir, d’où qu’elle vienne, qu’elle soit civile, militaire ou religieuse. »

Discours du Chevalier d’Éloquence, accompagné d’une exhibition du Baphomet, idole infâme devant laquelle les Gnostiques et les Templiers brûlaient l’encens. On a fait un crime aux Chevaliers du Temple d’avoir honoré ce symbole dans leurs réunions mystérieuses. Quel mal y a-t-il donc à cela ? Le Baphomet, c’est la figure panthéistique et magique de l’absolu. Le flambeau placé entre les deux cornes représente l’intelligence équilibrante ; la tête du bouc, tête synthétique qui réunit quelques caractères du chien, du taureau et de l’âne, représente la responsabilité de la matière seule et l’expiation qui dans les corps doit punir seulement les fautes corporelles. Si les mains sont humaines, c’est pour montrer la sainteté du travail ; si elles font le signe de l’ésotérisme (doctrine secrète réservée aux seuls initiés de certaines écoles philosophiques de l’antiquité), c’est uniquement pour recommander le mystère. Que peut-on trouver d’indécent à cette figure emblématique de la nature ? Serait-ce le caducée ? Vraiment, mais ce serait avouer alors que l’on cherche le mal dans ce qui est le bien ; car le caducée, comme il est ici placé, symbolise l’immortalité de l’espèce humaine. Reprocherait-on au Baphomet d’avoir des seins de femme ? Mais cela prouve qu’il ne porte de l’humanité que les signes de la maternité et ceux du travail, c’est-à-dire les signes rédempteurs. Sur son front brille l’Étoile Flamboyante ; on sait quelle est sa signification mystique ; cette signification est admirable. Enfin, incriminera-t-on cette figure divine à raison de ses grandes ailes déployées ? Mais ce sont les ailes d’un archange.

Le fait est que le Baphomet est une représentation diabolique des plus caractérisées.

C’est par cette exécrable exhibition que se termine la séance, et, le Baphomet étant proclamé un symbole sacré de la nature, on lance l’anathème à qui a osé condamner ses adorateurs, c’est-à-dire à l’Église.

Dites ce que vous voudrez, lecteurs ; mais, si vous ne pensez pas que tout cela est du satanisme pur, que faudra-t-il de plus pour vous convaincre ?

§ II

LE GRAND ÉLU KADOSCH




RÉCEPTION DU KADOSCH

De même que l’on a vengé Hiram, architecte du Temple de Salomon, de même il faut venger Jacques-Bourguignon Molay, Grand Commandeur du Temple, chef suprême de l’Ordre des Templiers.

Ne riez pas, ne croyez pas que la Franc-Maçonnerie plaisante ; c’est très sérieux.

Certes, les Francs-Maçons ne descendent pas plus des Templiers que l’Internationale ne descend des Gracques ou la Jacquerie de Spartacus : mais, à qui poursuit un but, toute légende s’y rapportant peut servir à quelque chose. La légende d’Hiram a été un prétexte pour formuler des exécrations contre Adonaï, c’était la théorie ; la légende de Jacques-Bourguignon Molay servira à poursuivre la destruction de la papauté, ce sera la pratique.

Et d’abord, comme dans la Maçonnerie tout s’enchaîne, comme tout y est combiné avec un art merveilleux, nous avons au 30e degré une nouvelle explication des lettres mystérieuses J-B-M des trois grades symboliques de l’initiation primordiale. Ce n’est plus Jakin, Booz et Mac-Benac (ou Moabon, au Rite Écossais), qu’elles signifient ; ce ne sont plus les mots sacrés des trois premiers grades qu’elles figurent. C’est : Jacques-Bourguignon Molay.

Le titre du 30e degré est triple, aussi :

Grand Élu,
Chevalier Kadosch,
Parfait Initié.

Nous savons ce que veut dire Élu en style maçonnique. L’Élu (voir les 9e, 10e et 11e degrés), c’est le Maçon choisi, spécialement chargé des vengeances ; le Grand Élu a donc la mission des grandes vengeances. Et contre qui, ces grandes vengeances ? Au grade d’Élu, on a simplement murmuré le mot Nekam ! sans y ajouter aucun nom propre ; au grade de Grand Élu, on déchire le voile, on ne cache plus la pensée, on dit nettement : Nekam, Adonaï ! Et, pour qu’il n’y ait aucune erreur, on accompagne cette exclamation sacrilège d’un geste abominable : on donne un coup de poignard dans la direction du ciel, comme si on voulait frapper Dieu.

Et c’est là, pour le Kadosch, une mission sainte. Kadosch signifie littéralement : saint, pur, consacré, purifié.

Et c’est là le vrai secret de la Maçonnerie, ce secret qui doit se deviner et dont on ne reçoit pas la communication orale. Le Kadosch, qui est le Grand Élu, est aussi le Parfait Initié ; il n’a plus rien à apprendre. « Nekam, Adonaï ! Vengeance contre toi, ô Adonaï ! » Il sait tout.

Ici, Lucifer n’est plus simplement le nom de l’étoile du matin ; c’est Lucifer, l’Ange de Lumière, qui entre en scène.

Ici, on retourne le Delta, la principale pointe en bas (voyez l’emblème du grade et du Suprême Conseil, lequel figure en tête de la première page du Rituel de Kadosch) ; et si vous ignorez la signification du triangle retourné, consultez n’importe quel traité de science occulte. Ou, du moins, non ; n’ouvrez aucun de ces livres épouvantables d’évocations diaboliques, et apprenez que le triangle placé avec la principale pointe en bas est l’emblème personnel de Satan.

— Vous mettez aux choses plus d’importance qu’elles en ont, me dira quelqu’un ; ce ne sont là que bagatelles.

Étranges bagatelles, répondrai-je. Si ces symboles essentiellement sataniques n’ont aucune portée, pourquoi la Maçonnerie les adopte-t-elle dans ses Arrière-Loges ? pourquoi en fait-elle son sceau officiel ?

Mais ne dissertons pas, et voyons.

Nous avons en main le Rituel Sacré de Kadosch.

Il y a, pour les réceptions, quatre appartements obligés, dont les deux premiers ne sont que préparatoires : la Chambre Noire, la Chambre Blanche, la Chambre Bleue et la Chambre Rouge.

Le premier appartement est tendu en noir ; il est éclairé par une seule lampe de forme triangulaire, suspendue au plafond. Cette pièce communique à un cabinet, espèce de caveau, où l’on entre en descendant quelques marches. Il n’y a dans ce caveau d’autre lumière que celle que l’on y porte en conduisant le récipiendaire. Au centre est une pierre tumulaire ; sur cette pierre, un cercueil couvert d’un voile noir ; dans ce cercueil est couché un des membres de l’Aréopage, enveloppé d’un linceul. Au pied du cercueil, sur la pierre tombale, sont déposées trois têtes de mort : celle du milieu, placée sur un coussin de velours noir, est censément la tête de Jacques Molay, Grand-Maître des Templiers, qui fut brûlé vif, le 11 mars 1314, par ordre de Philippe le Bel, roi de France, et du pape Clément V (Bertrand de Goth) ; cette tête est couronnée d’immortelles et de lauriers ; la tête de droite porte la couronne royale fleurdelisée et représente celle de Philippe le Bel ; la tête de gauche porte la tiare pontificale et représente celle de Clément V. À angle droit avec le sépulcre, un banc pour le récipiendaire. En face est placé un tableau noir où sont inscrits en grosses lettres blanches ces mots : « Celui qui saura surmonter les terreurs de la mort aura droit à être initié aux plus grands mystères. » À l’extrémité du caveau est une secrète porte de sortie, afin que le Frère couché dans le cercueil puisse en sortir et s’évader sans être vu du postulant. L’escalier qui communique de la Chambre Noire au caveau est gardé par un Chevalier Servant d’Armes, cuirassé, casqué, visière baissée, le bras levé, armé d’un glaive.

Le récipiendaire, les yeux bandés, est introduit avec précipitation par l’escalier ; on lui découvre aussitôt les yeux. Il est vêtu d’une tunique grise et porte à droite un poignard passé dans le ceinturon.

Le Chevalier qui est dans le cercueil, après un moment de silence, soulève sa tête couverte du voile noir et dit lentement d’une voix forte : — Qui es-tu ? que veux-tu ? pourquoi viens-tu troubler mon repos ?

Ensuite, sans attendre la réponse, il donne un coup de poing à la lumière, l’éteint et s’échappe, en tâchant de ne pas être aperçu.

Le Chevalier Servant d’Armes, entendant du bruit, appelle. Le Chevalier Introducteur, qui avait conduit le récipiendaire et s’était retiré, revient avec une nouvelle lumière, s’approche sans mot dire du cercueil, soulève le voile noir, et s’écrie d’un ton lugubre : — Vide !

Puis, il prend par la main le récipiendaire et lui fait remonter l’escalier.

Le président de l’Aréopage est dans la Chambre Noire, où le récipiendaire a été ramené.

— As-tu réfléchi, lui dit-il, sur le spectacle qui s’est offert à tes yeux ?

Et il ajoute, sans attendre sa réponse :

— Ce caveau renferme de grands mystères !… Es-tu préparé à subir les épreuves qui t’attendent ? Elles sont terribles ! mais elles n’ont rien qui puisse t’alarmer, si tu as compris les grades par lesquels tu as successivement passé… Je te préviens que tu auras à répondre à une grave interrogation. Tu devras te borner à cette réponse : « Je demande à passer outre. » Recueille donc toutes les forces de ton âme : tu ne dois compter que sur elles !

Lentement, il se dirige vers le caveau et y descend. Le récipiendaire, conduit par le Chevalier Introducteur, le suit.

Pendant le petit discours de la Chambre Noire, le pseudo-cadavre s’est replacé dans son cercueil. Quand le récipiendaire, le président et l’introducteur sont arrivés au sépulcre, il se dresse de nouveau sur son séant et dit de la même voix grave et forte que tout à l’heure : — Toi qui viens ici troubler mon repos, redoute ma colère !… Que demandes-tu ?

Le récipiendaire. — Je demande à passer outre.

Le mort. — Tremble, téméraire ! Tu cours à ta perte si ton cœur n’est pas sincère !…

Le récipiendaire. — Je demande à passer outre.

À ces mots, un grand bruit se fait entendre au dehors, c’est un fracas épouvantable ; le mort se recouche dans son cercueil.

Le Grand Maître (c’est le titre que porte le président de l’Aréopage), s’adressant au récipiendaire. — Puisque tu veux passer outre et que ta témérité te pousse à braver une colère amassée depuis tant de siècles, suis-moi !

Il s’avance majestueusement vers le tombeau, fléchit le genou devant la tête couronnée de laurier, et dit : — Imite-moi.

Le récipiendaire se met à genoux.

Le Grand Maître. — Jusqu’ici tu n’as vu, dans la Maçonnerie, que des emblèmes ; il faut y voir maintenant des réalités… Es-tu décidé à fouler aux pieds les préjugés auxquels tu as été asservi et à obéir sans réserve à tout ce qui te sera prescrit par l’Ordre pour le bonheur de l’humanité ?

Le récipiendaire. — Oui.

Le Grand Maître, se relevant. — S’il en est ainsi, je vais te donner le moyen de prouver la pureté de tes intentions et de nous faire connaître l’étendue de tes lumières… Prosterne-toi devant cette illustre dépouille (il montre la tête de Jacques Molay), et répète le serment que je vais te dicter.

Ayant la main droite armée d’un poignard, il lui fait répéter le serment suivant :

Premier Serment. — En présence de Dieu notre père[3], et de cette auguste victime, je jure et promets solennellement, sur ma parole d’honneur, de ne jamais rien révéler des mystères des Chevaliers Kadosch, et d’obéir à tout ce qui me sera prescrit par les règlements de l’Ordre. Je jure en outre de punir le crime et de protéger l’innocence.

Le Grand Maître, au récipiendaire. — Maintenant, lève-toi et imite-moi.

Il frappe alors d’un coup de poignard la tête surmontée d’une tiare, et dit : — Haine à l’imposture ! Mort au crime !

Le candidat l’imite, en répétant les mêmes paroles.

Puis, passant tous deux devant la tête couronnée de lauriers, ils s’agenouillent, et le Grand Maître dit : — Gloire éternelle au martyr de la Vertu ! Que son supplice nous serve de leçon ! Unissons-nous pour écraser la tyrannie et l’imposture !

Ils se relèvent et arrivent à la tête surmontée d’une couronne royale.

Le Grand Maître la frappe d’un coup de poignard, en disant : — Haine à la tyrannie ! Mort au crime ! Le candidat l’imite, en répétant les mêmes paroles.

On quitte le caveau et la Chambre Noire.

Le Frère Introducteur couvre d’un voile épais la tête du récipiendaire. Puis, après quelques minutes d’attente, on se remet en marche, pour aller à la Chambre Blanche.

En passant devant le troisième appartement, où siège l’Aréopage, on s’arrête. La porte de cette salle est ouverte, et le récipiendaire entend trois voix dans le lointain, celle du Grand Maître et celles du Premier et du Second Grands Juges (titre des Surveillants).

Le Grand Maître. — Fais pour les autres ce que tu voudrais qu’ils fissent pour toi.

Une pause.

Le 1er Grand Juge. — Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’il te fût fait.

Une pause.

Le 2e Grand Juge. — Adore l’Être Suprême[4].

Une pause.

Le Grand Maître. — Aime ton prochain comme toi-même.

Une pause.

Le 1er Grand Juge. — Soulage les malheureux.

Une pause.

Le 2e Grand Juge. — Sois vrai et fuis le mensonge.

Une pause.

Le Grand Maître. — Sois patient et supporte les défauts de tes Frères.

Une pause.

Le 1er Grand Juge. — Sois fidèle à tes engagements et songe qu’une des principales vertus des philosophes est la discrétion.

Une pause.

Le 2e Grand Juge. — Supporte l’adversité avec résignation ; tels sont les devoirs du philosophe.

Un coup de maillet, et la porte se ferme.

L’Introducteur va à la porte, comme s’il voulait entrer à l’Aréopage pour présenter le récipiendaire, et il frappe par la batterie du 29e degré.

Le 1er Grand Juge, après avoir fait l’annonce usuelle et reçu l’ordre du Grand Maître, demande, à travers la porte, quel est le Grand Écossais de Saint-André d’Écosse qui frappe ainsi et ce qu’il veut.

L’Introducteur. — C’est le Chevalier Frère N… que je viens de rencontrer et que je désire présenter au Conseil ; il sollicite la faveur d’être admis aux sublimes connaissances des Chevaliers Kadosch.

Le 1er Grand Juge répète l’annonce au Grand Maître.

Voix du Grand Maître, dans le lointain. — Dites-lui que nul ne peut espérer être introduit ici, sans avoir sacrifié à l’objet de notre culte. Qu’on le conduise au Grand Sacrificateur.

En conséquence, l’Introducteur conduit le récipiendaire à la Chambre Blanche.

Cet appartement est ainsi nommé à raison de la couleur de ses tentures. Il est éclairé seulement par une large et bleuâtre lumière à l’esprit-de-vin, qui sort d’un grand vase placé au milieu de la pièce. À l’Orient est un autel quadrangulaire qui supporte un autre vase, celui-ci plein de parfums. Au-dessus de l’autel, dans une gloire, est un immense triangle renversé, la principale pointe en bas, emblème de Lucifer ; à cette pointe est suspendu un aigle à deux têtes, de grandeur naturelle, mi-partie blanc, mi-partie noir, ayant les ailes déployées et tenant un glaive dans ses serres. Les cloisons de cette salle sont percées de plusieurs trous, afin que, placés par derrière, les Kadosch puissent, sans être vus du candidat, voir ce qu’il va faire. Le Grand Sacrificateur est seul dans la Chambre Blanche, assis devant l’autel.

Le Grand Sacrificateur, s’adressant à l’Introducteur, dès l’entrée. — Chevalier, mon Frère, qui conduis-tu ?

L’Introducteur. — C’est un Chevalier Grand Écossais de Saint-André d’Écosse qui, possédant toutes les vertus d’un sage, désire faire son entrée dans le Temple de la Sagesse.

On débarrasse le postulant de son voile noir.

Le Grand Sacrificateur, au récipiendaire. — Mortel, prosterne-toi !

L’Introducteur fait prendre au récipiendaire de l’encens, le lui fait verser sur le feu et le fait agenouiller.

Le Grand Sacrificateur. — Ô Sagesse toute-puissante, objet de nos adorations, c’est toi qu’en ce moment nous invoquons ! Cause et souveraine de l’univers, raison éternelle, lumière de l’esprit, loi du cœur, inspire-nous l’éloquence nécessaire pour faire sentir à cet aspirant combien est auguste et sacré ton culte sublime !… Par toi, l’immense assemblage des êtres forme un tout régulier ; tu es le flambeau dont l’éclat seul peut dissiper les ténèbres qui dérobent à nos yeux la nature ; née pour connaître et aimer le vrai, notre âme trouve en toi seule de quoi se satisfaire !… Purifie de ton souffle divin ce candidat, soutiens ses pas chancelants dans cette carrière, et rends-le digne de te rendre ses hommages !

On fait encore verser au récipiendaire de l’encens dans le vase des sacrifices.

Le Grand Sacrificateur, au postulant. — Relève-toi, et poursuis ta route.

L’Introducteur le ramène à l’Aréopage.

Le troisième appartement est tendu en bleu, voûte azurée brillamment semée d’étoiles. Cette chambre est coupée à moitié de sa longueur par un rideau épais. À l’Orient se trouve une plate-forum élevée de sept degrés, sur laquelle se trouvent sept fauteuils, un au fond pour le président, trois à droite et trois à gauche, disposés parallèlement à la longueur de la chambre. Sur le fauteuil du président, une draperie cramoisie forme comme un dais et encadre l’étendard des Kadosch, cet étendard a la partie supérieure blanche et la partie inférieure noire[5]. Devant le fauteuil du président, il y a un autel qui porte une épée sur une balance et deux poignards posés en croix de saint André (☓) sur le livre des Constitutions. À l’orient, au nord et au sud de cet autel se trouvent trois candélabres, avec trois flambeaux de cire jaune chacun, les candélabres étant recouverts de crêpe noir.

Quand le récipiendaire, les yeux non couverts, arrive à la porte de l’Aréopage, la séance est ouverte.

L’Introducteur frappe. Dialogue, selon l’usage, entre le Grand Maître et le 1er Grand Juge.

L’Introducteur. — C’est un Chevalier Grand Écossais de Saint-André d’Écosse qui, après avoir sacrifié au Temple de la Sagesse, réitère sa prière d’être admis au Souverain Conseil.

Le Grand—Maître. — Que l’entrée lui soit donnée !

On ouvre.

Le Grand Servant d’Armes, appuyant la pointe de son épée sur le cœur du récipiendaire et lui parlant d’un ton de menace. — Je ne suis point ici pour t’empêcher d’accomplir tes desseins, mais pour t’avertir que si, après avoir fait le premier pas, tu recules, alors tu es perdu. Choisis, d’avancer ou de reculer !

S’il hésite, on le renvoie.

Dans le cas contraire, on lui remet sur la tête l’épais voile noir, et on l’introduit.

L’Introducteur. — Illustres Chevaliers, j’ose vous supplier d’admettre dans votre sein ce candidat qui, par la pratique des vertus, par la stricte observance de ses devoirs envers l’Ordre et par ses actions tendant au bien, mérite votre attention ; discret, et fidèle à remplir les obligations qu’il a contractées précédemment, il réclame de vous cette insigne faveur.

Le Grand Maître, à l’introducteur. — Tu n’ignores pas, Chevalier mon Frère, que nous ne pouvons admettre à nos derniers mystères que ceux que l’intégrité, la réputation intacte et la probité la plus épurée placent au-dessus du vulgaire ; que ceux que la fidélité, le zèle, la fermeté mettent au-dessus de toute crainte ; enfin, que ceux qui, dégagés de tous préjugés, sont susceptibles d’adopter les principes philosophiques, et dont le génie, s’élevant au-dessus des sens, peut atteindre à la découverte des vrais principes et percer le voile sombre qui dérobe aux mortels les secrets de la nature… En un mot, si tu connais assez cet aspirant pour répondre de lui, nous consentons à lui faire subir nos rigoureuses épreuves ; mais si tu n’es pas sûr de lui, ne l’expose pas à de si grands dangers.

L’Introducteur. — Je réponds de lui comme de moi-même.

Le Grand Maître. — Puisqu’il en est ainsi, Grands Juges, assurez-vous si les suffrages sont en sa faveur.

Les six Juges assis à côté du Grand Maître se lèvent et vont, chacun de son côté, recueillir les voix. Ils rendent compte du scrutin.

Le Grand Maître. — Chevalier Grand Servant d’Armes, proclamez dans l’Aréopage que l’aspirant va subir son sort.

Le Grand Servant d’Armes fait trois fois le tour de l’Aréopage et dit à chaque tour : — L’aspirant va subir son sort.

Le Grand Maître. — Conduisez-le où son devoir l’appelle, et qu’il s’arme de fermeté !

Alors se passe une abominable comédie, qui surpasse en horreur tout ce que l’imagination peut supposer.

Le récipiendaire, toujours avec les yeux couverts, est emmené dans la Chambre Noire. Là, attaché à un chevalet, est un mouton vivant, dont le côté gauche a été rasé de près ; la pauvre bête est en outre solidement muselée, de façon à ne pouvoir faire entendre le moindre gémissement. Près du chevalet se tient un Frère qui imite les soupirs d’un homme garrotté et bâillonné.

Le Grand Maître et les Grands Juges se sont rendus, eux aussi, dans la Chambre Noire.

Le Grand Maître, au récipiendaire. — Frère, quand tu fus reçu au grade d’Élu, tu vengeas symboliquement la mort d’Hiram. Aujourd’hui, il ne s’agit plus de frapper des mannequins, ni de traverser de ton poignard des têtes depuis longtemps privées de la vie… Tu sais qu’il n’est de si belle institution qui ne contienne des traîtres. Un misérable, appartenant à un Atelier de notre obédience, a trahi, il y a peu de temps, notre cause sacrée, et nous avons pu nous emparer de lui… Il est là ; sa dernière heure est venue… Entends les grondements de rage qu’il pousse, sachant que le châtiment va s’accomplir et qu’il ne peut plus y échapper… Solidement lié et bâillonné, il voudrait du moins peut-être, avant d’expirer sous les coups de notre juste vengeance, nous jeter une suprême insulte ; mais cette bouche, qui a trahi nos secrets, ne doit plus s’ouvrir, cette langue parjure ne doit plus parler… Frère, ton initiation de ce jour te vaut l’honneur de faire justice… Assure-toi d’abord par ta main de l’endroit où tu vas frapper, et qu’ensuite ton bras vengeur ne tremble pas !

On prend la main gauche du récipiendaire et on la pose sur le corps palpitant du mouton, à l’endroit qui a été rasé. Il semble au candidat-Kadosch qu’il tâte une peau humaine ; il sent le cœur battre. Un ordre part ; il poignarde, croyant frapper un homme vivant. On l’entraîne aussitôt dans une autre salle ; on lui ôte l’épais voile noir qui couvrait ses yeux ; on lui apporte sur un plateau le cœur sanglant de la victime, et ce cœur, il faut qu’il le rapporte au Grand Maître à la pointe de son poignard. (Page 78 du Rituel Sacré de Kadosch, brochure grand in-8° de 252 pages, texte en français et en anglais, imprimée par ordre du Suprême Conseil ; pas de nom d’imprimeur. On y lit, page viii de la préface : « Le cérémonial usité a été respecté autant que possible dans la rédaction de ce Rituel ; les explications laissent peu de chose à désirer. »)

Le récipiendaire ayant donné cette preuve de courage (!!), son admission ne fait plus aucun doute.

Je dois, pour dire la vérité entière, ajouter que tous les Rituels ne donnent pas le détail de ces dégoûtantes horreurs. Ils se bornent à décrire les salles où elles se passent. Ainsi, le Manuel Général du Grand-Orient de France, édition sacrée, dit simplement ceci à la description de la Chambre Noire : « C’est le lieu des épreuves ; on y voit un cercueil couvert d’un voile noir et d’autres sujets relatifs à la destruction. » Quant au grand Rituel Écossais, dont la couverture se trouve reproduite à la page 253 de cet ouvrage (le but de cette reproduction est de bien faire connaître au lecteur l’emblème des Kadosch, le triangle renversé et l’aigle a deux têtes), il représente simplement le récipiendaire comme se retirant, après sa première présentation à l’Aréopage, sans dire où on l’emmène ; il en résulte une lacune qui saute aux yeux de quiconque a vu les autres Rituels. Mais il est dit d’autre part dans la préface : « Il s’agit de donner à l’institution un apôtre ardent et courageux. Le simple exposé des devoirs du Kadosch (nous allons voir tout à l’heure ces devoirs énumérés dans le Catéchisme du grade) fera comprendre aux Conseils combien ils doivent être circonspects dans leurs admissions à ce sublime degré, et quelles sont les précautions nécessaires pour éloigner de cette haute initiation ceux qui n’ont ni l’instruction, ni le courage, ni la volonté indispensables pour en concevoir et remplir les obligations dans toute leur étendue. Le Kadosch a remplacé dans la Maçonnerie l’Épopte des anciens mystères ; ce grade a le même but[6]. Or, on ne parvenait au rang d’Épopte qu’après avoir subi des épreuves qu’on ne surmontait qu’avec une force d’âme et une persévérance surhumaines. Pourquoi, dans la Maçonnerie, l’initiation au 30e degré ne serait-elle pas soumise à des conditions rigoureuses ? C’est aux Conseils à prendre à ce sujet les mesures qu’ils croiront les plus efficaces. »

Le lecteur est, je pense, édifié, et il devient désormais inutile de nous attarder sur ce grade infâme.

Finissons-en donc vite, en supprimant tous les discours, qui ne nous apprendraient plus rien.

Après l’épreuve sanglante, le récipiendaire, félicite, va se laver les mains, et il est conduit au Sénat ; c’est le nom que prend le Conseil des Kadosch dans la quatrième Chambre.

Cette Chambre est tendue en rouge. Un trône, à l’Orient. Au dessus, le triangle renversé, auquel est suspendu l’aigle noir et blanc, à double tête, tenant un glaive dans ses serres, les ailes déployées ; ce monstrueux oiseau de proie porte autour du cou un ruban blanc et noir auquel est attachée une triple croix patriarcale. La tenture qui forme dais à l’Orient est en velours noir, portant en broderies d’argent des têtes de mort transpercées par des poignards. Vers l’Occident se trouve un mausolée en forme de pyramide tronquée imitant le marbre noir ; sur le sommet de ce tronc de pyramide, une urne funéraire recouverte de crêpe noir et sur laquelle est une couronne de laurier ; une couronne royale se trouve à droite de cette urne, et une tiare pontificale à la gauche ; aux quatre coins du mausolée, une urne funèbre, remplie d’esprit de vin allumé, laisse échapper des langues de feu bleuâtre.

Entre l’Orient et le mausolée se trouve installée l’Échelle Mystérieuse du Kadosch. C’est une double échelle, ayant sept échelons à chaque montant. Sur les échelons de gauche, on lit : Grammaire, Rhétorique, Logique, Arithmétique, Géométrie, Musique, Astronomie. Sur les échelons de droite : Tsedehah, Schor-Laban, Mathok, Emounah, Hamal-Sagghi, Sabbal, Gemoul-Binah-Thebounah. Chacun de ces derniers mots barbares signifie une doctrine gnostique. Au surplus, il est bon que le public sache que les initiés à la magie chez les Perses, adorateurs d’Ormuzd (notre Lucifer), montaient à une échelle mystérieuse absolument semblable de sept doubles degrés.

Le mausolée est gardé par deux Hérauts d’armes, tenant une massue à la main. Près du mausolée se trouve l’Autel des Serments, entouré de dix lumières.

On ouvre la séance de la Chambre Rouge par le fameux geste sacrilège du coup de poignard dans la direction du ciel, avec ce cri sauvage : Nekam, Adonaï !

Puis, un serment commun :

— Jurons unanimement, dit le Grand Maître, de maintenir, au péril de notre vie, les principes sacrés de notre Ordre et de le défendre, par tous les moyens quels qu’ils soient, contre le fanatisme et la superstition.

Tous les Kadosch tendent la main et jurent.

Le récipiendaire étant introduit, on lui fait prêter un serment du même genre (c’est son deuxième serment de la soirée), en y ajoutant qu’il ne révélera jamais aucun secret du grade et qu’il se conformera à ce que prescrit l’Échelle Mystérieuse.

Donc, on le fait monter à cette échelle, en lui expliquant le sens de chaque échelon. D’abord, le montant de droite veut dire : « Le Dieu que nous adorons, c’est le Dieu qu’on adore sans superstition. » Le reste est dans le même goût.

On lui apprend aussi que l’épée sur la balance et les deux poignards croisés qu’il a vus a la Chambre Bleue signifient : « Si l’équité de la balance ne peut pas être imposée par l’épée de la justice, c’est au poignard du Kadosch qu’il faut avoir recours pour mettre en force la loi maçonnique. » Quant au mausolée auprès duquel sont une tiare et une couronne, il a encore un sens symbolique, que voici : « Le martyr repose au milieu de ses bourreaux ; le peuple laisse vivre ses tyrans et ses despotes, et c’est la Maçonnerie qui dans un court délai assurera le triomphe du peuple. »

Puis, le Grand Maître consacre et proclame le candidat

Grand Élu, Chevalier Kadosch, Parfait initié.

Il lui fait prêter quatre vœux, et lui dit ensuite que les Kadosch doivent se tutoyer. Il lui communique les secrets du grade, qui sont très compliqués. Enfin, il lui donne le baiser philosophique : ce baiser consiste dans sept embrassades sur sept endroits du visage ; après quoi, le Grand Maître passe sa langue sur les lèvres de l’initié. On sait que Robespierre, ce modèle des Kadosch, ce fervent de l’Être Suprême, avait fait passer le baiser répugnant des Aréopages au club secret des Théophilanthropes, qui se tenait dans le galetas d’une vieille folle, nommée Catherine Théot.

Après avoir encore brûlé et fait brûler de l’encens devant le signe satanique du triangle renversé, le Grand Maître lève la séance, tous les assistants ayant juré ensemble de garder secrets les mystères des Conseils de Kadosch et de vivre et mourir fidèles au culte de la Vérité.




CATÉCHISME DU KADOSCH

D. Es-tu chevalier Kadosch ? — R. Tu l’as dit. Son nom fut autre et le même pourtant.

D. Je te comprends, Frère. Quel-âge as-tu ? — R. Cent ans et plus (ou : Je ne compte plus).

D. Que cherches-tu ? — R. Lumière !

D. Quelle lumière, et pourquoi ? — R. Celle de la Liberté, et pour ceux qui n’en abuseront pas.

D. Cherches-tu autre chose ? — R. Vengeance !

D. Contre qui ? — Contre tous les tyrans temporels et spirituels.

D. Où t’es-tu prosterné en versant des larmes ? — R. Devant le tombeau d’un innocent assassiné.

D. Qu’ont foulé tes pieds ? — R. Des couronnes royales et des tiares papales.

D. Pourquoi sommes-nous Kadosch ? — R. Pour combattre à outrance et sans cesse toute injustice et toute oppression, qu’elles procèdent de Dieu, du Roi ou du Peuple.

D. En vertu de quel droit ? — R. Mischtar !

D. Que veux-tu dire ? — R. En vertu de nos droits de Maîtres par excellence.

D. Où les as-tu acquis ? — R. En montant et en descendant l’Échelle Mystérieuse.

D. Qu’est-ce qu’un Kadosch parfait ? — R. Celui qui a prêté le serment irrévocable de maintenir, coûte que coûte, les principes de l’Ordre, de défendre, coûte que coûte, la cause de la Vérité et de l’Humanité contre toute autorité usurpée, ou abusive, ou irrégulière, qu’elle soit politique, ou militaire, ou religieuse, et de punir sans pitié les traîtres à l’Ordre.

D. Penses-tu ainsi ? — R. J’en fais le plus solennel serment.

D. Qu’as-tu sacrifié sur l’autel des Kadosch ? — R. 1° Mon amour-propre, mon indifférence pour le bien-être des autres, et mes penchants vers ma commodité personnelle. 2° L’orgueil de mon opinion, ma vanité, ma résistance à soumettre mon opinion à celle de mes supérieurs. 3° Mon amour pour l’or et les richesses, en tant que contraire aux intérêts de l’Ordre. 4° Mon orgueil, mon envie et mes rancunes personnelles. 5° Mon ambition d’honneurs, pour mieux servir l’Ordre partout où il me sera prescrit de le faire. 6° Les passions, les vices et les appétits qui sont indignes d’un véritable Kadosch.

D. Combien de vœux as-tu prêtés à l’Ordre ? — R. Quatre.

D. Quel est le premier vœu ? — R. En présence de ce crâne couronné de lauriers, emblème des nobles victimes du pouvoir irresponsable, je jure d’exécuter, sans hésiter, même au risque de ma vie, tout ce qui me sera ordonné par l’Ordre, et qui ne sera pas contraire aux devoirs de l’honneur et de la gratitude maçonniques. Je jure d’accepter toutes les lois et tous les règlements de l’Ordre, faisant mon Credo de son Credo. Je jure obéissance complète à mes supérieurs légaux dans la Franc-Maçonnerie. Je jure d’être tempéré en tout, de maîtriser mes appétits et vaincre mes penchants pervers. Je jure d’être fidèle jusqu’à la mort à l’Ordre et à tous mes Frères, et de cacher à tous les secrets des Chevaliers Kadosch. Je jure de me consacrer corps et âme à protéger l’innocence, revendiquer les droits, humilier les oppresseurs et punir les infracteurs de la loi de l’humanité et des droits de l’Homme. Je jure que jamais, même pour avoir la vie sauve, je ne me soumettrai à n’importe quel despotisme matériel usurpant ou abusant du pouvoir gouvernemental pour opprimer et asservir les hommes. Je jure que jamais, même pour avoir la vie sauve, je ne me soumettrai à n’importe quel despotisme intellectuel qui enchaîne les consciences et garrotte la libre-pensée, faisant un crime abominable des croyances consciencieuses et des doutes sincères et honnêtes. Je jure d’honorer toujours la mémoire des martyrs de la Foi et de la Liberté, et d’apprendre par leur exemple à mourir plutôt que faillir à mes devoirs.

D. Quel est le deuxième vœu ? — R. Je jure de consacrer mon existence tout entière à l’accomplissement du but des Chevaliers Kadosch, et de coopérer de toutes mes forces à cet accomplissement en exécutant tous les ordres qui à cet effet me seront régulièrement transmis. Je jure de consacrer à cet accomplissement ma parole, mes ressources, mon influence, mon intelligence et ma vitalité. Je jure d’être désormais et à tout jamais l’apôtre, dévoué jusqu’à la mort, de la Vérité et des droits de l’homme.

D. Quel est le troisième vœu ? — R. Je jure de mon plein gré et de ma libre volonté de protéger et secourir les innocents, les faibles, les opprimés et les victimes de n’importe quelle injustice, en n’importe quel temps, en n’importe quel lieu, et cela de toutes mes forces. Je jure de n’épargner aucun effort ni aucun moyen pour obtenir le châtiment de tout oppresseur, de tout usurpateur. Je jure de ne jamais calomnier aucun Chevalier Kadosch et de ne jamais lui occasionner intentionnellement un dommage quelconque. Je jure d’aider tout Chevalier Kadosch dans ses besoins, de l’assister dans ses maladies, et de ne jamais accepter de lui un duel, ni le provoquer à se battre en duel avec moi. Je jure que, si un Chevalier Kadosch me fait le signe sur un champ de bataille, je sacrifierai au besoin ma vie pour sauver la sienne, et que, si je trouve un Chevalier Kadosch en prison, je risquerai tout pour lui rendre la liberté par quelque moyen que ce soit. Je jure de venger le droit et la vérité, même les armes à la main, si cela devenait nécessaire et m’était ainsi ordonné par mes chefs légitimes.

D. Quel est le quatrième vœu ? — R. Je jure de contribuer, par tous les moyens qui seront à ma portée, à la propagande et diffusion des idées libérales. Je jure de m’efforcer, sans trêve ni repos, d’assurer à mes Frères la plus entière participation dans l’exercice réel de la souveraineté légale du peuple. Je jure qu’en tout temps et en tout lieu, je maintiendrai et je ferai ce que comme Kadosch je jugerai favorable au bien et à l’honneur de ma patrie, quels que soient les inconvénients qui puissent résulter de mon attitude pour ma popularité et mes intérêts. Je jure d’aider par tous les moyens, même en risquant ma vie, tout Frère qui serait poursuivi et persécuté pour ses croyances religieuses, pour sa fidélité à la cause de la Liberté, pour ses opinions politiques, ou pour sa hiérarchie maçonnique. Et, me ratifiant de mon plein gré et de ma libre volonté dans tous les vœux qui, sur l’autel des Chevaliers Kauosch, ont été prêtés par moi, je foule aux pieds la couronne royale, non pas comme symbole d’une forme particulière de gouvernement ou d’un développement particulier de l’usurpation ou du pouvoir inconscient, mais comme emblème de la tyrannie licencieuse et irresponsable, quels que soient son nom, sa forme, sa manifestation. Et comme je la foule aux pieds, l’humanité foule a ses pieds la tyrannie et le despotisme ; car seule la souveraineté du peuple a droit à ses hommages. Je foule aux pieds la tiare pontificale et papale, non pas comme symbole d’une foi ou d’une religion, ou d’une Église particulière, mais comme emblème de l’ambition hautaine et de l’imposture pervertie qui asservissent l’homme par la crainte et l’abrutissent par la superstition, qui protègent l’ignorance et sont les fidèles alliés du despotisme. Et comme je la foule aux pieds, la libre-pensée foule à ses pieds l’intolérance et le despotisme spirituel ; car seuls l’enseignement et la persuasion ont droit à ses hommages.

D. Comment résume-t-on les enseignements du grade de Chevalier Kadosch ? — R. Les Chevaliers Kadosch se proposent d’opposer leur union étroite et indissoluble aux abus du gouvernement, du prêtre et du démagogue, et d’anéantir à tout jamais l’ambition par la vertu, la rapacité par l’amour, le fanatisme par la charité, la superstition par l’illustration.

D. Quels sont les ennemis irréconciliables des Kadosch ? — R. La despotisme des gouvernants, l’oppression des privilégiés et la tyrannie des prêtres, assassins infâmes de la liberté de l’homme, de la liberté de la pensée, de la liberté de la conscience.

D. Comment doivent-ils les combattre ? — R. À mort, à outrance, sans trêve ni quartier.

D. Quelle est la base d’opération du Chevalier Kadosch ? — R. Sa profession de foi qui doit l’aider à faire des prosélytes.

D. Quelle est cette profession de foi ? — R. J’aime le Temple, je hais la Tyrannie. Je respecte inconditionnellement la liberté absolue de la conscience, de la pensée et de la parole. Je hais l’intolérance, l’hypocrisie, l’arrogance et l’usurpation du clergé. Je méprise le charlatanisme et les impostures des prophétiseurs, des prêtres et des démagogues. Je respecte et je considère le travail qui ennoblit la nature humaine. Je combats tous les monopoles, soit qu’ils procèdent de la richesse, de la position ou de l’oisiveté.

D. Quelle est la synthèse de cette profession de foi ? — R. Je combats à outrance, en aimant et haïssant, en respectant et méprisant. Comme le grade de Chevalier Kadosch est pratique, tous les Maçons de tous les pays l’envisagent au même point de vue. Ce point de vue, qui constitue en même temps la synthèse du grade, est le suivant : « Le Gnosticisme pur, âme et moëlle de la Franc-Maçonnerie, voit ses principes posés dans les trois premiers grades, développés théoriquement dans le Rose-Croix, et pratiquement dans le Kadosch. Le grade de Chevalier Kadosch ne comporte donc pas autre chose que l’action, que la pratique, que l’obtention matérielle des triomphes dus à la doctrine gnostique et libérale et des avantages qui en résultent. Éclairé par la révélation des trois premiers grades, qui dit : Génération, pas Création, le Franc-Maçon apprend, dans le grade de Rose-Croix, que la Vérité et l’Amour Maçonniques émanciperont l’Humanité, et il agit, dans le grade de Kadosch, aimant et haïssant à outrance, respectant et méprisant sans bornes.

  1. Mgr Fava, évêque actuel de Grenoble, un des prélats qui par leur science et leur vertu sont l’honneur et la gloire de l’épiscopat français, a, plus que tout autre, étudié à fond la Franc-Maçonnerie ; et, dans ses mandements et ses ouvrages, Mgr Fava n’a jamais cessé de dire que les relations entre les chefs de la secte et l’esprit des ténèbres sont directes, et il a même cité les preuves de faits diaboliques s’étant produits dans les Arrière-Loges.
  2. Quelques Rituels intitulent aussi ce grade : Chevalier Prussien, Grand Maître de la Clef.
  3. Comme dans les grades précédents on a répété à satiété que les Maçons doivent se considérer comme les fils d’Hiram, qu’Hiram descend de Caïn par Phaleg, Tubalcaïn et Lamech, que Caïn n’est pas le fils d’Adam, mais le fils de l’Ange de Lumière, et que par Grand Architecte de l’Univers il ne faut pas entendre Adonaï, mais son ennemi éternel, le récipiendaire sait donc très bien que le Dieu, son père, qu’il invoque au 30e degré, c’est Satan.
  4. Même observation qu’à la page précédente. Le système théologique en honneur dans la Maçonnerie, c’est le dualisme de la divinité ; deux principes se combattant et également éternels, Lucifer, le Bien, et Adonaï, le Mal. L’univers existe de toute éternité aussi. Il n’y a pas de création, mais organisation. On dit : Grand Architecte, et non : Créateur. Le mauvais principe étant Adonaï, c’est Lucifer qui est l’Être par excellence, l’Être Suprême. Adorer l’Être Suprême, c’est adorer Lucifer.
  5. Que l’on dise encore ce qu’on voudra ! Le blanc et le noir juxtaposés sont indiqués, dans les traités de sciences occultes, comme étant les couleurs emblématiques du Prince de l’Enfer.
  6. Précisément, les Époptes étaient chargés de l’exécution des vengeances, lesquelles consistaient toujours dans des meurtres.