Les Gaietés/Le Marquis électeur

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Les GaietésAux dépens de la Compagnie (p. 129-132).


LE MARQUIS ÉLECTEUR.

Air du roi Dagobert.


Hélas ! c’en est donc fait !
Grâce à monseigneur le préfet,
On nomme député
Un ami de la liberté.
J’avais cependant
Acheté comptant,
Pour un autre choix,
Jusqu’à trente voix !
Quelle horreur ! (bis.)
Je ne veux plus être électeur.

J’espérais bonnement,
Lorsque, dès le commencement,
J’aperçus aux débats
Les vassaux de mes marquisats ;
Mais les gueux, sur ma foi,
Grimpés sur la loi,
Gardaient ce laurier
Pour un roturier.
Quelle, etc.

À quoi sert un castel
Dans ce siècle où chaque mortel

Peut faire son chemin
Sans noblesse et sans parchemin ;
Le vilain content
Aujourd’hui prétend
Qu’un homme d’honneur
Vaut un grand seigneur !
Quelle, etc.

Que je suis dépité
De ne pas être député.
Moi, marquis et baron
Qui combattis à Quiberon !
Les titres poudreux
De mes bons aïeux
N’ont rien fait du tout :
Le peuple s’en fout.
Quelle, etc.

Qui me préfère-t-on ?
Un plébéien, un avorton !
C’est un homme de rien
Qui lui-même a gagné son bien !
Ce nouveau Français,
Fier de ses succès,
Prétend que la croix
Lui donne des droits !
Quelle, etc.

Il faut avoir du front
Pour m’oser faire un tel affront,

À moi, dont les châteaux
Remontent jusqu’aux Ostrogoths !
À moi dont l’enfant
Toujours triomphant,
Fut fait officier
À la Montansier [1].
Quelle, etc.

Lorsque l’on veut chasser,
Dans les champs on ne peut passer !
Un juge, pour deux choux,
M’a fait payer jusqu’à cent sous !
Enfin, mes vassaux
Qui sont libéraux,
Ne consentent plus
D’être faits cocus.
Quelle, etc.


J’espérais, Marcellus [2],
Avec toi sonnant l’Angélus,
Conduire au bon vieux temps
Nos pairs et nos représentants ;
Mais le peuple ingrat
Se fout des ultra,
Des processions
Et des missions.
Quelle horreur ! (bis.)
Je ne veux plus être électeur !



  1. Allusion à la correction exorbitante que les officiers de l’Empire infligèrent aux officiers anglais et prussiens, en même temps qu’aux jeunes royalistes, dans les deux théâtres des Variétés et du Palais-Royal, le même soir (1815).


    Émile Debraux a célébré cette exécution patriotique dans sa chanson de l’Anglais à Paris :
    Quelques jours avant la débâcle,
    Éreinté, moulu, fracassé,
    Un Anglais sortant du spectacle
    S’écriait d’un ton courroucé :
    « Mon nez a besoin d’une emplâtre ;
    « Et du plus beau de mes habits
    « J’ai laissé les pans au théâtre…
    « Que le diable emporte Paris ! »

  2. Soutien du trône et de l’autel, à qui il était réservé de causer une recrudescence de paganisme artistique et littéraire, par sa découverte de la Vénus de Milo.