Les Guerres contemporaines/Guerres du Schleswig et d’Allemagne

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Pichon-Lamy (p. 71-85).

GUERRES DU SCHLESWIG ET D’ALLEMAGNE


La proximité encore très-grande des deux guerres de 1864 et de 1866 est une condition défavorable pour en juger avec exactitude les résultats même matériels. C’est surtout en matière de finances que les renseignements précis nous manqueront ; car les gouvernements d’Europe n’ont pas ces habitudes et ces mœurs pratiques du gouvernement de Washington, grâce auxquelles la situation financière de l’Union est aussi facile à connaître, que celle d’un grand établissement de crédit.

Nous avons sur les pertes humaines de la guerre de Danemark un travail précieux et tout récent (General Bericht über den Gresundheitsdienst im Feldzuge gegen Danemark, von docteur Lœffler hœniglich Preussischer general Arzt). Ce livre qui vient de paraître, nous a donné d’utiles renseignements. Le 1er février 1864, l’armée alliée passait l’Eyder : elle était alors forte de 60,000 hommes, un tiers autrichien, le reste prussien : le contingent autrichien ne changea pas pendant toute la durée de la campagne ; le corps prussien au contraire fut porté à 63,000 hommes. Sur cet effectif considérable, voici quelles furent les pertes de l’armée prussienne :

Tués dans l’action ou morts de blessures 
  
738 h.
Morts de maladies ou d’accidents divers 
  
310
1,048

Le nombre des morts de l’armée prussienne est donc seulement de 1.6 p. % de l’effectif. Le nombre des blessés avait été de 2,443. On est surpris de cette proportion minime des morts : les rencontres cependant ont été très-sanglantes, relativement même beaucoup plus que celles de la guerre de Crimée : on doit reconnaître que, proportion gardée, l’assaut de Duppel fut aussi terrible que l’assaut de Malakoff. Il y a eu dans l’armée prussienne :

Blessés. Morts.
À Missunde (2 février) 
  
206 59
À Duppel (17 et 18 avril) 
  
1,780 550
À Alsen 
  
354 104

Ce qu’il y a de plus remarquable dans cette campagne, c’est le très-petit nombre de morts par maladies. Il n’y a eu que 26,717 malades, dont 310 seulement périrent. Cette réduction de la mortalité tient en grande partie, comme l’avoue le docteur Lœffler, à l’action bienfaisante des sociétés privées de secours aux soldats. Il est plus difficile de connaître au juste les pertes de l’armée danoise. Ce qui est certain, c’est que par différentes raisons, et entre autres, à cause de l’infériorité de son armement, elle perdit beaucoup plus d’hommes que les Prussiens. On peut estimer les pertes par le feu, de l’armée danoise, au double de celles de l’armée prussienne, soit à 1,500 hommes environ.

L’armée danoise fut beaucoup plus maltraitée que son adversaire par les maladies : nous avons sur ce point quelques détails précis que nous empruntons au docteur Lœffler. Il y eut 31,575 malades : le typhus fit des ravages notables, et les pertes des Danois, par maladies, furent de 756 hommes, beaucoup plus du double des pertes prussiennes par la même cause. Les pertes des Autrichiens ont dû être fort minimes ; moins nombreux que les Prussiens, ils prirent une moindre part à l’action. En résumé les Prussiens perdirent 1,048 hommes : les Danois perdirent certainement plus du double, et la perte totale en y comprenant les Autrichiens, doit être d’environ 3,500 hommes.

Les pertes financières sont plus difficiles à connaître. Pour l’Autriche et la Prusse elles furent couvertes par les indemnités de guerre. Quant au Danemark, ses budgets nous ont échappé ; voici du moins l’état de sa dette avant et après la guerre. Avant la guerre :

Dette commune de la monarchie 
  
98,261,793 rigsdalers.
Dette particulière du royaume 
  
1,289,780
       du Holstein 
  
666,000
100,217,573

La dette du royaume, au 31 mars 1865, était de 132,110,802 rigsdalers : c’était donc au moins 30 millions de rigsdalers qu’avait coûtés la guerre au Danemark. Il y faut joindre les indemnités de guerre payées par les duchés, et la part des duchés dans la dette de la monarchie avant la guerre ; nous arrivons ainsi à un chiffre approximatif de 180 millions de francs. 180 millions de francs et 3,500 hommes, c’est encore là une consommation terrible de capitaux et de vies humaines, quand il eût été si facile de laisser à l’industrie et au travail tout cèt argent et tous ces bras.

Nous arrivons à la grande guerre de 1866 : les données statistiques sur les pertes d’hommes ont déjà varié, du moins en ce qui concerne la Prusse. Un premier relevé, fait au mois de décembre 1866, s’est trouvé fort dépassé par les communications plus récentes du bureau de statistique de Berlin. Il est probable que ce n’est pas encore là le chiffre définitif, et que quand le docteur Lœffler aura fait, comme nous l’espérons, sur la campagne de Bohême, un travail analogue à celui qu’il vient de publier sur la campagne de Schleswig, on verra que l’étendue des pertes a été plus considérable. Le nombre des blessés pour l’armée prussienne est, d’après les premiers relevés, de 15,554 ; d’après les relevés plus récents, de 16,177. Les relevés primitifs n’indiquaient que 2,910 tués, les relevés rectificatifs fixent le nombre des morts, dans les 48 heures, à 2,931, et celui des morts qui succombèrent plus tard à leurs blessures, à 1,519, en tout 4,450. Les premiers relevés se taisaient sur les maladies, les relevés récents dénoncent 6,427 morts du typhus et de maladies diverses : c’est en tout 10,877. On voit comme, sur ce point, les relevés rectificatifs donnent des chiffres plus considérables que les relevés provisoires ; il faut encore attendre les relevés définitifs.

Pour l’Autriche, nous en sommes encore aux relevés provisoires. Le treizième rapport annuel de la commission de statistique de Vienne, contient une série de résultats authentiques qui font connaître la force et les pertes de l’armée autrichienne pendant la guerre contre la Prusse. Les chiffres sont tirés des états de l’armée à la fin d’août 1866 : c’est assez dire combien ils sont défectueux et inférieurs à la réalité : qui sait combien de blessés sont morts de leurs blessures depuis le mois d’août 1866 ? Tous les statisticiens militaires, le docteur Chenu, le docteur Lœffler, l’auteur anglais des rapports sur la guerre de Crimée, prolongent leurs recherches au moins dix-huit mois au delà de la paix. On ne semble pas davantage, dans les relevés autrichiens, tenir compte des maladies.

L’armée autrichienne, au commencement de la lutte, se composait de 646,636 hommes, dont 407,223 se trouvaient sur les deux théâtres de la guerre. Le total des pertes avouées est de 10,994 tués, 29,304 blessés, 43,743 manquants. Nous sommes assurément loin de compte, et nous n’hésitons pas à dire que le nombre des morts doit être doublé. Sur ces 29,304 blessés, encore en vie au mois d’août 1866, l’expérience nous autorise à dire que plusieurs milliers, 4 ou 5,000 au moins, auront succombé depuis lors à leurs blessures. N’a-t-on pas vu que dans le relevé du docteur Chenu sur la guerre de Crimée, ceux qui sont morts en France, des suites de l’expédition, pendant les dix-huit mois qui suivirent la guerre, forment le nombre de 15,000 : de même ceux qui ont succombé en Autriche, dans les hôpitaux ou dans leurs familles, pendant une période de dix-huit mois après la lutte, doivent atteindre un chiffre considérable. Enfin il n’est pas fait la moindre allusion, dans les relevés autrichiens, aux maladies qui enlevèrent plus de 6,000 Prussiens. Il n’est guère probable que les pertes des Autrichiens de ce chef soient moins considérables ; leurs fatigues furent aussi grandes, leur régime fut plutôt inférieur, et la profonde démoralisation des troupes autrichiennes était un puissant auxiliaire pour les épidémies. Nous attendons donc un travail complet sur les pertes de l’Autriche en 1866, et une révision qui sera en même temps un complément des relevés actuels insuffisants : nous avons la certitude que les relevés rectificatifs porteront les pertes totales de l’armée d’Autriche à 20 ou 25,000 hommes.

Nous n’avons pas de données précises sur les pertes de la Confédération proprement dite : nous n’avons eu sous les yeux que les relevés saxons publiés presque immédiatement après la guerre : ils présentent le caractère de la plus grande confusion : sur les Bavarois et les Hanovriens nons n’avons aucun chiffre, il y eut cependant quelques combats sanglants. Nous pouvons, sans exagération, admettre un chiffre de 3,000 tués pour les petits États.

Un supplément de la Gazette de Florence, cité par le Moniteur du 9 juillet 1866, donne l’évaluation suivante des pertes italiennes à Custozza : 951 morts, 2,909 blessés, 4,252 prisonniers. Le chiffre des morts ne comprend que ceux qui ont expiré, dans les premiers jours après la bataille ; il doit donc être fortement augmenté, presque doublé par ceux qui ont succombé à leurs blessures dans l’année qui suivit la bataille. Pour la journée de Lissa, la Nazione prétend savoir que la perte totale des Italiens a été de 743 tués et de 155 blessés (Moniteur du 29 juillet 1866). Nous n’avons aucun détail sur les pertes des volontaires, qui ne laissèrent pas d’être importantes. Nous ne pouvons évaluer à moins de 3,000, à Custozza, à Lissa et dans la campagne de Garibaldi, le nombre des Italiens qui périrent par le feu de l’ennemi. Malgré le peu de durée de la guerre, cette mortalité doit évidemment être doublée, si l’on tient compte de la mortalité produite par les maladies, les fatigues, le mauvais régime, toutes les souffrances physiques et morales.

En résumé, le nombre des Prussiens tués ou morts est d’environ 11,000 ; nous regardons le chiffre probable des pertes autrichiennes comme variant de 20 à 25,000 ; celui des petits États de la Confédération de 3 à 4,000 ; celui des Italiens comme à peu près de 6,000 : ce serait un total de 40 à 45,000 tués ou morts. Nous croyons que ce chiffre n’est certainement pas exagéré, et nous espérons qu’une histoire méthodique et scientifique de cette guerre, nous donnera, dans deux ou trois ans, des chiffres exacts, qui pourront être supérieurs aux nôtres, mais ne leur seront certainement pas inférieurs.

Les pertes financières Sont difficiles à connaître avec une exactitude rigoureuse : elles ne sont certainement pas liquidées, et nous n’en pouvons savoir le montant définitif.

L’Autriche, dès le 23 novembre 1866, avait émis un emprunt sur la place de Paris ; ce n’était pas un emprunt de guerre ; il fut employé à rembourser les avances de la banque nationale. Aussi quand vint la guerre, dès les premiers jours du mois de mai, on eut recours aux expédients. Le gouvernement émettait des notes de 1 à 5 florins ayant cours forcé : cette émission atteignit le chiffre de 160 millions de florins. Une loi du 7 juillet autorisa le ministre à se procurer 200 autres millions de florins par un emprunt volontaire ou par une augmentation d’émission de billets de l’État. La banque de Vienne avança provisoirement 60 millions de banknotes. Un décret impérial, du 26 août, autorisa le ministre des finances à émettre 60 millions de florins en obligations 5 p. % et 90 millions en notes d’État, c’était le complément des 200 millions que la loi du 7 juillet autorisait le gouvernement à se procurer. En outre de ces ressources, le gouvernement avait imaginé, dans les premiers jours de juin, d’imposer à la Vénétie, un emprunt forcé de 12 millions de florins. C’était en tout 362 millions de florins, qu’on avait cherché à se procurer. Nous ne pouvons pas croire que cette somme énorme, qui forme près de 900 millions de francs, ait été absorbée complètement par la guerre. Il nous semble douteux que l’emprunt forcé vénitien soit rentré, et sur les 150 millions de florins levés après les frais de guerre, nous croyons qu’une partie n’aura pas été absorbée par les frais immédiats de la guerre. Néanmoins on ne peut évaluer les dépenses de l’Autriche, pour cette guerre, à moins de 600 millions, sans compter l’indemnité qu’elle a dû payer à la Prusse.

Les dépenses de celle-ci sont plus difficiles à calculer. Le trésor prussien ou réserve, se montait, avant la guerre, à 21 millions de thalers. Dès le commencement de mai, ces ressources étant absorbées, le gouvernement recourait aux expédients. Qu’était-ce en effet que la création de la caisse pour marchandises, si ce n’est un expédient du trésor ? Cette caisse était autorisée à émettre pour 25 millions de thalers de papier (Darlehnskassenscheine), qui devait être reçu au pair dans les caisses publiques. Pendant la guerre, les troupes prussiennes vécurent sur l’ennemi. Après la guerre, les contributions imposées aux vaincus, s’élevèrent à près de 200 millions de francs. Dans la séance du 13 août 1866, le ministre des finances n’en demandait pas moins au Parlement des crédits extraordinaires s’élevant à 60 millions de thalers ou 225 millions de francs, sur lesquels, il est vrai, 21 millions de thalers furent employés à reformer l’ancien trésor, et une autre partie ne fut pas dépensée ; les frais de guerre de la part de la Prusse, en résumé, durent s’élever à 400 millions de francs (Moniteur du 3 septembre 1866) dont, il est vrai, les pays vaincus lui remboursèrent près de la moitié en contributions.

Quant à l’Italie, dès le 1er mai 1866, elle décrétait le cours forcé et empruntait 250 millions à la Banque nationale ; en exécution du décret du 28 juin 1866, elle établissait une lourde taxe sur la richesse mobilière, source de tant de difficultés, depuis ; enfin elle avait recours à un emprunt forcé de 350 millions. Bien que la totalité de ces ressources qui se montent à plus de 600 millions, ne fût pas absorbée par les frais de la guerre, il n’est pas douteux que ceux-ci n’atteignent 400 millions au moins.

Dire ce que la guerre a coûté au Hanovre, aux Hesses, au Wurtemberg, à la Saxe, etc., nous ne le pouvons. Mais si on se rappelle qu’en 1859, les dépenses extraordinaires des États secondaires, d’après les budgets, furent de 152 millions de francs pour les sept principaux d’entre eux, alors qu’on n’avait pas tiré un coup de feu, et qu’on s’était mis seulement sur le pied de la Kriegsbereitschaft, il paraît difficile que, pendant la guerre de 1866, les petits États n’aient pas dépensé environ 260 millions de fr., sans compter bien entendu les indemnités payées à la Prusse.

Le solde des frais officiels et immédiats de la guerre de 1866 serait donc, pour les divers gouvernements de l’Allemagne et de l’Italie, de 1,650 millions de francs environ.

Mais dans cette guerre, comme dans toutes, les dépenses budgétaires furent les moins importantes. Quelle catastrophe économique et financière pour l’Italie que cette guerre inopportune ; ce triple fléau du papier monnaie, de l’emprunt forcé et de l’impôt vexatoire et inégal sur la richesse mobilière : n’est-ce pas là pour l’Italie un coup fatal dont elle sera vingt ans à se relever ? On parlait d’économies, on semblait prendre ce mot au sérieux quand la guerre vint exiger l’accroissement démesuré des dépenses. La destruction du capital circulant par l’emprunt forcé, l’anéantissement des profits légitimes par l’impôt sur la richesse mobilière, le désavantage et les variations du change qu’amenait à sa suite le papier-monnaie, comment la jeune Italie eût-elle pu résister à de si pernicieuses influences ? Quelles pertes énormes pour un pays surtout dont les importations, depuis quelques années, dépassaient de beaucoup les exportations, et qui allait avoir à supporter, dans ses relations avec les commerçants étrangers, les frais énormes d’un change désavantageux et extrêmement variable.

L’Autriche se trouvait dans une situation analogue. Nation vraiment à plaindre ! à peine sort-elle d’une crise et commence-t-elle à réparer les maux que la crise lui a causés, qu’elle se rejette volontairement dans une autre. En 1858, elle venait de supprimer le cours forcé qui lui avait été si funeste pendant dix ans, quand 1859 le rétablit. En 1866, elle remboursait les avances de la banque et l’on entrevoyait le moment où le cours forcé serait de nouveau supprimé, quand elle se jeta de son plein gré dans des aventures nouvelles. Elle était vouée par ses erreurs et ses fautes au papier-monnaie, aux surélévations continuelles d’impôts, à la désorganisation économique et à la stagnation industrielle.

Et la Prusse, si florissante et si forte, pendant six semaines la vie en elle fut suspendue ; dès le commencement de mai, 20,000 ouvriers à Berlin se trouvaient sans travail ; la guerre déclarée, ouvriers, professeurs, banquiers, laboureurs, commerçants furent enlevés à leurs affaires. Le gouvernement édicta, pour ainsi dire, un chômage universel de deux mois, dans toute la monarchie, pour cause de guerre. Pendant ce temps-là ateliers ou écoles furent fermés ou vides. Se figure-t-on cette nation pendant deux mois morte au travail et à l’étude ! Quel arrêt dans la civilisation ! Dans cette catastrophe publique que de catastrophes individuelles, obscures et ignorées ! Les faillites se multipliaient dans une incroyable proportion ; on en comptait à Berlin de vingt à vingt-cinq par jour, juste le chiffre qu’on en comptait par semaine dans les temps ordinaires.

Les petits États, enlevés brusquement à leur vie calme et industrieuse, expièrent aussi par bien des pertes, la folie commune. Tous ces travaux publics qu’ils hâtaient avec tant de zèle furent retardés. Bade venait de contracter un emprunt pour ses chemins de fer, la guerre l’absorba ; pareille chose lui était déjà arrivée en 1859 : tous les autres petits États qui, à l’exception de ce moment de délire de 1859, n’avaient contracté que des emprunts de paix, furent forcés de se jeter dans des emprunts de guerre. Et ces réquisitions, et ces ravages, et ces contributions arbitraires, ces 6 millions de florins que le général Vogel de Falkenstein exigea de Francfort, ces 25 millions de florins que le général de Manteufel exigea de la même ville, le lendemain même ; puis cette Bohême désolée, dévastée, ruinée presque par les cantonnements et les combats de 600,000 hommes !

Le coup porté en Allemagne retentit dans l’Europe entière ; ce bouleversement imprévu, cette folie subite qui avait saisi le centre de l’Europe, gagna par contagion les contrées voisines. De toutes parts l’on ne pensa plus qu’aux fusils nouveaux, aux canons prodiges, monstres on nains, aux armées gigantesques ; il fallut de nouvelles lois de conscription, de nouveaux emprunts ou de nouveaux impôts. Tel pays qui venait de réduire son effectif ne songea plus qu’à l’accroître démesurément. La hausse chez toutes les nations européennes du budget de la guerre, voilà ce dont fut cause la crise allemande. 1,650 millions inscrits aux budgets des belligérants, 45,000 morts, la ruine de l’Autriche et de l’Italie, et d’une manière permanente l’accroissement partout des charges et des inquiétudes publiques, tel est le bilan de la campagne de Bohême. D’où vient que deux ans même après cette guerre, notre industrie languit et notre commerce souffre ? D’où vient que nos capitaux de roulement s’entassent dans nos banques au lieu d’alimenter nos fabriques et de créer de nouvelles entreprises ? C’est que la guerre en mourant laisse son spectre derrière elle, qui vient longtemps encore effrayer les peuples et leur faire craindre de nouveaux malheurs.