Les Idées modernes sur les enfants/III.3

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III

LA MESURE DU DÉVELOPPEMENT PHYSIQUE


Après ces considérations générales, parlons un peu de technique. Nous avons montré, par tout ce qui précède, l’intérêt que présente l’appréciation de l’état physique d’un enfant. Voyons comment on peut faire cette appréciation. Comme ceci n’est pas un traité ni un guide, comme nous cherchons simplement à exposer quelques idées nouvelles, qui nous sont suggérées par notre expérience, nous laisserons de côté une partie de cet examen, qui n’est pas de la compétence de l’éducateur, et pour laquelle il a besoin du concours d’un médecin intelligent ; c’est la partie proprement médicale, consistant dans la recherche d’un état pathologique défini, comme la tuberculose, la scrofule, l’anémie, l’épilepsie, etc., sans compter, bien entendu, les affections aiguës. Nous ne parlerons ici que des procédés à mettre en usage pour faire de l’anthropologie scolaire.

Déjà, sans procédé d’aucune sorte, un œil exercé s’aperçoit si un enfant est robuste ou non. Une bouche au dessin énergique a une toute autre signification que des lèvres molles, vaguement dessinées et tombantes. Une chair au modelé défini et comme sculpté est plus saine qu’une chair flasque. La coloration surtout est importante ; elle est formée par le mélange de deux tons élémentaires, l’un rouge, l’autre jaune, dont la valeur et la proportion doivent être telles que le visage paraisse coloré, et ne le soit pas plus en jaune qu’en rouge, mais d’une manière équivalente ; le teint blanc, par défaut de ces deux colorations, ou l’exagération d’un seul des deux tons, est une déviation de l’état normal. J’attirerai encore l’attention sur l’expression de force ou de faiblesse que donne l’attitude du corps. Pendant le repos, une personne fatiguée se trahit par deux sortes d’attitudes : des attitudes ligamenteuses, c’est-à-dire telles que pour garder la position, on ne recourt pas aux muscles, mais aux ligaments ; ou bien des attitudes dans lesquelles on recherche inconsciemment un appui ; par exemple, on s’accote à un mur, on s’accoude à une table, on se renverse sur le dossier d’un fauteuil. La recherche de l’appui est évidemment le signe d’une faiblesse physique, car toutes les fois qu’on est appuyé, on éprouve un soulagement, en raison du poids que l’on fait supporter à l’appui et dont on débarrasse son corps. Ainsi, je suppose qu’on soit assis sur une chaise, et que la chaise soit placée sur une bascule ; si on vient à s’appuyer avec les deux coudes sur une table posée devant la balance, celle-ci accusera aussitôt une diminution de poids, qui peut être considérable, de 10 kilos par exemple, pour citer un chiffre qui fixe les idées. C’est autant de moins à supporter pour les muscles dorso-lombaires.

Les instruments permettant une mesure du développement corporel sont la toise, pour la taille ; la balance, pour le poids ; le compas d’épaisseur, pour la largeur d’épaules ; le dynamomètre, pour la force musculaire ; le spiromètre, pour la capacité vitale. Donc cinq instruments en tout. Ils suffisent, et si on sait s’en servir, on peut faire avec eux des constatations extrêmement utiles.

Nous ne nous attarderons pas à présenter des descriptions sur l’emploi de la toise et de la balance ce sont là des détails qu’on trouvera dans tous les ouvrages spéciaux.

Un mot, en passant, sur le procédé qui rend compte des dimensions de la poitrine.

Nous conseillons de rejeter la mesure de la circonférence de la poitrine au ruban gradué, parce que comporte des erreurs qui sont énormes, relativement aux variations individuelles et à l’accroissement annuel du périmètre thoracique on s’en aperçoit bien, du reste, si on s’avise de se contrôler soi-même, en prenant deux fois la même mesure sur la même poitrine ; on sera étonné de la grandeur des écarts qui sépare ces deux mesures.

Nous proposons de se préoccuper d’une autre dimension thoracique, c’est la largeur des épaules, ou diamètre bi-acromial, compté entre les repères osseux fournis par les deux acromions. Pas plus que le périmètre thoracique ; il est important de le dire, le diamètre bi-acromial ne donne une idée de l’amplitude respiratoire ; mais il exprime te développement du corps en largeur et il complète, par conséquent, très heureusement la donnée fournie par la taille, qui exprime la croissance en hauteur.

À ces explorations anatomiques, nous ajoutons habituellement une mesure de la force musculaire, en employant le classique dynamomètre ; c’est une ellipse d’acier qu’on place dans l’intérieur de la main et qu’on presse avec les doigts et la paume ; un cadran intérieur indique en kilogrammes le chiffre de la pression et mesure ainsi la force maximum dépensée par les muscles fléchisseurs de l’avant-bras.

C’est, bien entendu, une mesure toute locale de la force musculaire, qui ne nous apprend rien sur l’énergie des autres muscles, par exemple, sur les masses musculaires du tronc et des jambes cependant, tel qu’il est, le chiffre de pression manuelle au dynamomètre est précieux et bien plus significatif que l’ancien procédé clinique, qui consistait à dire à un malade : « Serrez-moi la main » et à apprécier sommairement la force dépensée dans le serrement de main. La principale critique qu’on puisse adresser au dynamomètre est d’enregistrer une sorte d’explosion de la force, et non l’apport continu d’une épreuve de fond. Évidemment, c’est dommage. Dans toutes les circonstances de la vie, c’est plutôt de fond qu’on a besoin ; la force physique, comme la volonté et les autres qualités morales, se révèle surtout par la continuité de la lutte contre un obstacle qui dure ; tandis qu’un effort éphémère, si intense qu’il soit, a beaucoup moins de valeur, il renseigne beaucoup moins exactement sur la quantité de force dont un sujet dispose et aussi sur sa disposition à se fatiguer.

Je me rappelle, à ce propos, quelques observations bien instructives que j’ai faites, il y a une dizaine d’années, sur une pelouse sportive, avec la collaboration d’une équipe de jeunes gens qui jouaient avec acharnement au foot-ball. Je leur fis serrer des dynamomètres à deux reprises d’abord, avant la partie,puis, quelques heures après, quand ils m’arrivèrent suant, harassés de fatigue et bien déprimés. Je leur fis donner chaque fois une série de pressions. Ce qui me frappa le plus, ce jour-là, c’est que les premiers chiffres de pression qu’ils me donnèrent avant la partie, et après, étaient à peu près équivalents ; mais leur expression de physionomie était bien différente ; au début, quand ils n’étaient pas encore fatigués, leur figure restait calme pendant l’effort ; après la partie, ils faisaient toutes sortes de grimaces, de cris et de contorsions en serrant le dynamomètre, comme si cette gesticulation exagérée leur était nécessaire pour produire le même travail qu’avant. Quoique fatigués, ils donnaient donc le même travail que reposés ; mais ils le donnaient autrement. Ce travail leur coûtait un plus grand effort, et c’est là, dans cette manifestation d’un effort, devenu nécessaire ; que se révélait curieusement la fatigue produite par le jeu de foot-ball.

Il est tout indiqué, lorsqu’on veut faire une épreuve de fond, de demander aux élèves, non pas une pression unique au dynamomètre, mais plusieurs pressions en série. On a préconisé d’autres instruments, afin de mesurer le travail musculaire dont un individu est capable jusqu’au moment de l’épuisement ou plutôt jusqu’au moment de la fatigue très grande qui inhibe le travail (car l’épuisement véritable ne se produit jamais) ; le plus connu de ces instruments est dû à l’ingéniosité du physiologiste italien Mosso, qui l’a baptisé : un ergographe. Il est excellent, mais c’est un instrument compliqué de laboratoire, qui ne peut guère servir couramment dans les écoles, à cause de son volume encombrant, du temps très long qui est nécessaire pour le mettre en fonctionnement et des causes d’erreurs qu’il comporte, si on ne le surveille pas avec une extrême attention.

Je préfère résolument le dynamomètre, quand on veut, par une exploration rapide, faire le diagnostic des forces d’un individu. Si l’on dispose d’un peu de temps et qu’on veuille faire une étude approfondie, c’est à un instrument d’un tout autre ordre, au spiromètre qu’il faut donner la préférence.

Le spiromètre est un composé de flacons, de poids ou de ressorts qui fait connaître la capacité respiratoire d’une personne, c’est-à-dire la plus grande quantité d’air qu’on puisse faire sortir volontairement de ses poumons, après une inspiration très forte. Beaucoup d’observations, toutes concordantes, ont démontré que la capacité respiratoire est la meilleure donnée que nous ayons sur la force de résistance ou capacité vitale d’un individu. Bien respirer est le signe le plus sûr qu’on est capable, non seulement de donner un gros effort, mais de prolonger cet effort et de fournir, par conséquent, un travail musculaire de quantité considérable. Or, bien respirer, c’est ventiler largement ses poumons la quantité de litres d’air qu’on fait passer à chaque respiration par son organe respiratoire mesure cette fonction. Ceux qui sont physiquement forts se reconnaissent à un petit signe, qui échappe au vulgaire, mais que les physiologistes connaissent bien il n’y a qu’à les regarder respirer naturellement ; leurs actes respiratoires sont peu nombreux et très profonds ; ils respirent lentement ; mais ils vont à fond dans leur souffle. C’est aussi le type de respiration des écoliers qui ont subi un entraînement physique rationnel, et qui sont en forme. Les non entraînés, les débiles du corps respirent, au contraire, par coups pressés et superficiels.


Je veux, pour conclure sur la valeur du spiromètre, citer encore une expérience ; comme la plupart de celles dont je parle, elle a été faite dans une école, et les conditions sont d’une si grande simplicité que chacun peut la répéter. Il y a quelque quinze ans, j’ai fait, avec divers collaborateurs, des recherches d’ensemble sur la force physique des écoliers, en employant tous les instruments, toutes les méthodes connues à cette époque, pour étudier soit les dimensions du corps, soit son rendement physique. On passa en revue, non seulement la taille, le poids, le tour de poitrine, la force musculaire au dynamomètre, mais aussi le travail à l’ergographe, et à divers ergographes, la rapidité de la course, la longueur du saut, l’ascension d’une corde, l’extinction d’une bougie à distance, la vitesse des temps de réaction, la vitesse des mouvements graphiques, etc. Tous les résultats obtenus dans chacune de ces épreuves étaient chiffrés, de sorte qu’il nous fut facile de dresser un classement des élèves par épreuves. Naturellement, tous ces classements différaient un peu ; les premiers à la course n’étaient pas les premiers au dynamomètre, et ceux qui montaient le plus vite à la corde lisse n’étaient pas les plus grands de taille.

Nous fîmes alors un classement global, synthétique, dans lequel chaque épreuve comptait pour un ; c’était un classement un peu analogue à celui qu’on emploie dans les lycées pour le prix d’excellence. Nous recherchâmes ensuite quelle était l’épreuve particulière qui se rapprochait le plus du classement global, et avait, par conséquent, la valeur représentative la plus forte ; ce fut, de beaucoup, l’épreuve du spiromètre. Ainsi se trouve démontrée encore une fois cette vérité importante : le spiromètre est l’instrument qui exprime le mieux l’ensemble des forces physiques d’un individu. Voulez-vous faire choix d’un être résistant à la fatigue, et capable de briller dans une épreuve de fond ; prenez celui qui a le plus de souffle.


On remarquera que les moyens d’étude dont on se sert pour enregistrer le développement corporel sont de deux catégories bien différentes ; les uns sont anatomiques, et se passent du concours de l’individu que l’écolier le veuille ou non, il suffit de le faire monter sur une bascule pour avoir son poids, et il ne peut rien pour le changer. Les autres procédés de mesure sont physiologiques ; ils supposent une fonction en activité, et, comme cette fonction est semi-volontaire, il se trouve que la mensuration qui en est faite porte, non seulement sur un état physiologique, mais encore sur un élément moral.

Quand quelqu’un presse le dynamomètre, le chiffre qu’il donne dépend de trois facteurs combinés :

1o La force de ses muscles, c’est-à-dire la structure, le volume, et l’état histologique de ses fibres musculaires ;

2o L’habileté et l’apprentissage ; la première fois qu’on prend l’instrument, on s’y adapte mal, on ne sait pas comment mettre les doigts, et, peu à peu, si on s’exerce, sans permettre toutefois que la fatigue intervenue, on obtient des chiffres de pression en ordre croissant. On a débuté par 32 kilogr. ; on recommence, sans se presser, et on amène 36 ; on se repose un peu, on reprend, on amène 40. Il n’y a qu’un naïf qui pourrait croire que cette croissance atteste uniquement une augmentation de force due à l’exercice. On a surtout augmenté d’adresse. C’est même là, soit dit en passant, une notion importante qu’on néglige trop souvent en pratique.

3o La volonté ; on veut plus ou moins serrer fort ; on aura plus de volonté, si on est intéressé, excité, ému, que si on est calme, indifférent, apathique, distrait, et, à l’appui, je citerai cet exemple joli faites serrer un jeune homme quand il est seul, puis faites-le serrer devant une jolie femme, on peut être certain que la seconde fois le chiffre est supérieur ; il l’est même sans que le sujet ait la conscience d’avoir donné un effort plus grand : c’est à son insu que sa force augmente. Dans les écoles, j’ai mesuré cette augmentation artificielle de force physique : on faisait monter l’élève sur une estrade, dans le préau, et on lui adressait à haute voix un encouragement bien senti devant tous ses camarades réunis ; avec cette excitation, la force augmente en moyenne d’un sixième.

Les mêmes influences s’observent quand on fait usage du spiromètre ; ce que l’instrument enregistre, ce n’est pas une quantité d’air qui dépend uniquement de la capacité des poumons ; c’est, en outre, l’effort que l’on fait pour inspirer et expirer, l’habileté avec laquelle on retient son souffle pour l’expulser ensuite, et surtout l’énergie morale qu’on met dans l’épreuve. Ici encore, il suffit de convoquer à l’expérience un témoin d’un autre sexe pour voir une augmentation sensible des quantités d’air expirées.

Il est donc incontestable que, dans l’appréciation de toutes les fonctions que nous venons de passer en revue, le chiffre qu’on enregistre n’exprime pas seulement une force physique, mais une puissance du vouloir. Il serait chimérique de séparer l’individu moral de l’individu physique. Du reste, une telle distinction présenterait-elle une utilité quelconque ? Serait-elle même légitime ? Ce que nous valons physiquement ne dépend pas seulement de notre poids, de nos muscles, mais de notre énergie morale. C’est notre énergie morale qui commande nos muscles, les oblige encore à se contracter lorsqu’ils sont engourdis et endoloris par la fatigue, c’est elle qui fixe les limites pratiques de notre résistance. Ce ne sont pas des limites fixes, invariables ; elles varient au contraire dans la plus large mesure, suivant notre puissance de vouloir, qui est comme l’intense foyer, le centre de notre personnalité.

Si nous pouvons fournir une étape énorme ou rester sur notre bicyclette et continuer à pédaler contre le vent et les montées, ce n’est pas toujours parce que nous avons beaucoup de muscles et une large poitrine et que nous sommes exempts d’une foule de tares ; c’est parce que « nous le voulons bien ». Il est donc juste et scientifiquement exact que la volonté de chacun de nous soit comptée parmi les facteurs de sa force physique.


Dernière question. Comment apprécier la force physique d’un écolier ?

À la fin d’une séance d’exploration physique, l’opérateur se trouve avoir recueilli toute une collection de chiffres qui couvrent ses cahiers de notes : chiffres de taille, chiffres de poids, chiffres de largeur d’épaules, chiffres de pression dynamométrique, et ainsi de suite. Que signifie tout cet ensemble rébarbatif de chiffres qui ressemblent si peu à la réalité vivante qu’on vient de mesurer ? Voilà une question que nous aurons souvent à nous poser, car la plupart de nos investigations, même les plus psychologiques, tendent aujourd’hui à se résumer dans une quantité mesurable. Après avoir étudié les capacités mentales d’un sujet, nous arrivons à ce résultat de pouvoir dire pour la mémoire, tel chiffre ; pour l’attention, tel autre. Il importe donc de se rendre compte que, malgré sa grande apparence de précision, le chiffre n’est qu’un résultat brut dont on ne peut se servir qu’après avoir établi non seulement sa signification, mais encore son interprétation, et comme il y a là une question très générale que nous devons rencontrer à chaque instant dans ce livre, résolvons-la en une fois et de manière à n’y plus revenir.

Un jeune garçon de dix ans vient de nous être amené. À la suite de nos opérations d’anthropométrie nous avons pris des notes pour exprimer ce que cet enfant « vaut physiquement ». Voici le relevé de son bulletin :

Taille 
1m,20.
Poids 
26 kilogr.
Largeur d’épaules 
28 cm 7.
Spiromètre 
1600 litres.
Dynamomètre 
17 kilogr.

Rien ne montre mieux que ces chiffres combien les résultats numériques ont besoin d’un commentaire pour être compris. Ce commentaire est surtout une appréciation. Mis en présence d’un fait biologique quelconque, nous ne le connaissons que si nous arrivons à l’apprécier, à juger sa valeur. On nous dit que Paul a 1m,20 de taille. Quand on nous annonce ce chiffre, nous cherchons surtout à savoir si c’est là une taille grande ou petite et si, puisqu’il s’agit d’un enfant, cet enfant est grand ou petit pour son âge. On le voit, l’appréciation d’une telle valeur suppose un point de repère fourni par une moyenne à laquelle on compare la donnée individuelle. De là la nécessité d’avoir à sa disposition un tableau de moyennes.

Nous donnons ci-après ce tableau, qui a été dressé par nous et par nos collaborateurs, à la suite de nombreuses recherches dans les écoles.

Développement physique des jeunes garçons.
Écoles primaires de Paris pour les chiffres de 4 ans et au-dessus.
Taille Poids D. biacr. Spiromètre. Dynamomètre
Âge. en cent. en kgr. en cent. en cm3 m. dr. m. g.
Naissance 50 3,250 » » » »
1 an 70 9,750 » » » »
3 ans 85 12 » » » »
4 98 15 21,5 » » »
5 103 17 23 » » »
6 108 18 24 » » »
7 114 20 25,5 935 10,35 9,80
8 121 23 27 1057 11,18 10,11
9 125,5 26 28 1316 13,85 12,54
10 130 28 28,7 1466 14,86 14
11 136,5 29,5 29 1600 17,20 15,45
12 143 33 30 1825 19,40 16,60
13 148 35 31 1957 20,90 19,05
14 154 » » » » »

Mais ce n’est pas tout. Ce tableau des moyennes ne nous sert qu’à une chose, c’est à déterminer si pour une certaine fonction notre sujet est égal à la moyenne ou au-dessus, ou bien au-dessous ; donnée importante mais très vague, car il reste encore à savoir dans quelle mesure se présente cet écart avec la moyenne. L’écolier qui nous sert d’exemple a une taille de 1m,20, alors que la taille moyenne des enfants de son âge est de 1m,30 ; nous dirons donc qu’il est petit pour son âge ; nous ajouterons même, étant donné cet écart de 10 centimètres, qu’il est très petit. Nous ne pouvons guère aller au delà.

Pour avoir plus de précision et surtout plus de clarté dans les appréciations, j’ai proposé un moyen de notation qui consiste à remplacer les écarts de taille en centimètres par des écarts en âge.

Reprenons notre exemple. Notre écolier de dix ans a une taille de 1m,20 ; un coup d’œil sur le tableau des moyennes nous apprend que c’est la taille de huit ans. Nous dirons donc que, pour la taille, cet enfant est en retard de deux ans, ce qu’on écrit ainsi : − 2. Cela est clair, précis on comprend tout de suite l’importance du retard. En appliquant cette notation aux autres mesures, on les transforme de la manière suivante :

Taille ٠٠٠٠٠٠٠٠ − 2 ans.
Poids ٠٠٠٠٠٠٠٠ − 1 an.
Largeur d’épaules ٠٠ =
Capacité respiratoire. + 1.
Dynamomètre ٠٠٠٠ + 1.

Ainsi, notre enfant a la taille très courte ; étant donné que sa taille est plus petite que la moyenne, son poids est relativement plus élevé ; ce n’est pas un enfant maigre. Il a les épaules d’une largeur suffisante ; il a une excellente capacité respiratoire et son état musculaire est très bon ; c’est un enfant petit et râblé, sur lequel on peut faire fond. Voilà ce qu’il vaut physiquement.


Nous souhaitons qu’il existe bientôt des écoles où ces méthodes d’anthropométrie seront introduites et appliquées régulièrement, puisqu’elles servent à tant de fins utiles : expliquer certaines défaillances de l’attention et de l’intelligence permettre de doser l’entraînement physique et la gymnastique suivant les forces de l’écolier ; faire un emploi réellement équitable des ressources de l’assistance, et enfin juger la valeur comparée de plusieurs méthodes de gymnastique actuellement en conflit, juger la valeur des écoles de plein air, juger les bénéfices réels obtenus au moyen des colonies de vacances, etc. Toute l’éducation physique a pour critérium la toise, la balance, le dynamomètre et le spiromètre. Si on n’emploie pas ce critérium, on ne fait que du travail aveugle, c’est-à-dire du mauvais travail ou du charlatanisme.