Les Imposteurs démasqués et les Usurpateurs punis/Julien

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JULIEN, vers l’an 530.


Dès qu’il paroissoit quelqu’un de ces séducteurs dont nous venons de parler, les Juifs couroient tout de suite aux armes. C’est ce qui arriva sous Justinien, lorsqu’un faux messie, nommé Julien, parut dans la Palestine. Il ne lui fut pas difficile de tromper les peuples de ce pays-là ; pour éblouir plus facilement sa nation, il se produisit comme un conquérant, & fit armer tous ceux qui furent assez dupes pour le suivre. Ces séditieux fondant d’une maniere imprévue sur les chrétiens, qui s’imaginoient n’avoir rien à craindre d’une nation tant de fois domptée, en firent un assez grand carnage. Mais les troupes de Justinien accoururent au secours des opprimés. Elles dissiperent en peu de tems ces mutins qui manquant d’expérience, ne suivoient que les premiers mouvemens de leur fureur : leur chef fut pris & puni de mort. Ce châtiment termina cette révolte, suivant les historiens qu’on consulte ordinairement ; mais l’histoire de cette sédition est différemment racontée par Malala d’Antioche, qui nous a laissé une chronique imprimée en 2 vol. in-8°. Voici comme il parle de cette rébellion passagere.

Les Chrétiens ayant eu quelque démêlé avec les Juifs de Scytopolis, les Samaritains se joignirent à ceux-ci, malgré les anciennes querelles qui les divisent, & brûlerent quelques maisons de la ville. Justinien irrité de ce que le gouverneur n’avoit pas arrêté assez promptement cette sédition, lui fit trancher la tête. Les Samaritains, persuadés par cet exemple de sévérité que l’empereur ne les épargneroit pas, mirent à leur tête un chef de voleurs, nommé Julien, qui pilla & brûla quelques églises. Il entra dans Naplouse, où l’on célébroit des jeux & des courses, & s’y érigea en juge & en maître.

Nicias qui avoit remporté le premier prix, s’étant adressé à lui pour le recevoir de sa main, Julien lui demanda de quelle religion il étoit. Fâché d’apprendre par sa réponse qu’un Chrétien avoit remporté le prix sur ceux de sa nation, il lui fit couper la tête dans le cirque même : il traita en vrai tyran l’évêque & les Chrétiens. Les commandants & les généraux de la Palestine ayant assemblé les troupes, elles poursuivirent Julien, qui fuyoit, & l’atteignirent. Son armée fut battue : on le prit, & on lui trancha la tête, qui fut envoyée à Justinien, avec le diadème qu’il portoit. 20,000 Samaritains périrent dans cette bataille ; les autres se retirerent sur le Garisin & sur la montagne de Fer, dans la Trachonitide. 20,000 jeunes Juifs furent achetés comme des esclaves, & transportés en Perse, où on les vendit à des marchands Indiens.

Cependant l’empereur mécontent de la lenteur avec laquelle Simus, général de la Palestine, s’étoit opposé aux commencemens de cette révolte, donna ordre de l’arrêter prisonnier. Il envoya un autre général qui poursuivit avec beaucoup de chaleur les restes des Samaritains, & en fit périr un grand nombre.

Il y eut une seconde émotion 25 ans après à Cesarée ; les Samaritains & les Juifs qui se haïssoient mortellement, ne laisserent pas de se réunir contre les Chrétiens de cette ville. Les temples furent abattus ; on égorgea plusieurs personnes ; le gouverneur fut tué dans son palais ; sa femme étant échappée au glaive des rébelles, alla porter sa plainte à Justinien : ce prince chargea Adamantius de prendre les instructions nécessaires. Les Juifs furent chargés de tout ce qu’il y avoit d’odieux dans cette violence ; Adamantius confisqua les biens de ceux qui étoient riches, mit en fuite un grand nombre de mutins qui avoient eu part à l’action, & fit trancher la tête aux autres. L’exécution fut si sanglante, qu’elle fit trembler tous les Juifs de ce pays-là.