Les Merveilleux Voyages de Marco Polo dans l’Asie du XIIIe siècle/Partie II/Chapitre 10

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche

CHAPITRE X

Le désert de Gobi


Lop est une grande ville située à l’entrée d’un désert qu’on appelle le désert de Lop[1]. Elle appartient au grand Khan, et ses habitants adorent Mahomet. Les voyageurs se reposent dans la ville une semaine pour se rafraîchir eux et leurs bêtes. Et puis, emportant un mois de vivres, ils entrent dans le désert. Il est si vaste, assure-t-on, que, là où il est le plus large on ne pourrait en toute une année chevaucher d’une extrémité à l’autre. Là où il est le moins large, on met un mois à le traverser. Ce ne sont que monts et vallées de sable, où l’on ne trouve rien à manger. Quand on a chevauché un jour et une nuit, on rencontre de l’eau douce, assez pour suffire à cinquante ou cent personnes avec leurs bêtes ; il n’y en aurait pas assez pour une plus grande troupe. Il y a, dans toute la traversée vingt-huit points d’eau douce, et quatre points d’eau amère et mauvaise.

Quand on chevauche de nuit dans ce désert, il arrive qu’un voyageur reste en arrière et s’écarte pour dormir ou pour tout autre motif. Quand il veut rejoindre la caravane, il entend des voix qui lui semblent être celles de ses compagnons. Parfois elles l’appellent par son nom : il change ainsi de direction à plusieurs reprises et finit par s’égarer complètement. De nombreux voyageurs ont péri de cette manière. Je vous dis que même de nos jours, ces voix ont été entendues. D’autres fois, on entend jouer des instruments de musique, particulièrement du tambour[2].

  1. C’est le désert que nous appelons désert de Gobi, par pléonasme, Gobi signifiant en mongol désert.
  2. M. Panthier rapporte un grand nombre de faits et notamment le témoignage du capitaine anglais Wood qui établissent la réalité des phénomènes extraordinaires signalés par Marco Polo.