Les Merveilleux Voyages de Marco Polo dans l’Asie du XIIIe siècle/Partie II/Chapitre 12

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CHAPITRE XII

La salamandre


Chingin-talas[1] est une autre province située à la sortie du désert entre Nord et Nord-Ouest. Elle est au grand Khan et peuplée d’idolâtres avec quelques musulmans et quelques chrétiens nestoriens. Elle contient une montagne dans laquelle se trouve une matière dont on tire la salamandre, car la salamandre n’est pas un animal comme on le dit en nos pays, mais elle sort de la terre comme vous l’allez ouïr.

C’est une vérité connue de tous que, par nature, il n’existe aucun animal qui puisse vivre dans le feu, puisque tout animal est fait des quatre éléments. Or moi, Marco Polo, j’avais un compagnon turc qui avait nom Surficar et était très sage. Cet homme me raconta comment il était resté trois ans dans cette contrée et y avait fait extraire des salamandres pour le grand Khan. Il dit qu’en creusant la montagne on y rencontre une matière que l’on recueille et que l’on brise en morceaux : à l’intérieur apparaissent comme des fils de laine que l’on fait sécher. Une fois secs, on les jette dans de grands moules de fer, et on les lave de façon à les débarrasser de toute impureté, puis on les file et on en fait des toiles. À ce moment, ces toiles ne sont pas blanches, mais on les met dans le feu et, quand on les retire, elles sont blanches comme neige. Chaque fois qu’elles se salissent, on les place devant le feu et elles redeviennent blanches.

Telle est la vérité sur la salamandre. Tous les habitants de cette région racontent ainsi les faits ; qui les dirait autrement, ce serait bourde et fable. Sachez qu’à Rome il existe une de ces toiles que le grand Khan a envoyée au Pape comme un très beau présent, pour y déposer le saint suaire de Jésus-Christ.

  1. Sai-yin-tala dans le Thian-Chan-pé-lou, province de Kan-sou.