Les Mystères d’Udolphe/6/3

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Traduction par Victorine de Chastenay.
Maradan (6p. 38-54).





CHAPITRE III.


Le baron de Sainte-Foix, inquiet pour son ami, n’avoit pu fermer l’œil, et s’étoit levé de grand matin. En allant aux informations, il passa près du cabinet du comte et entendit quelqu’un marcher ; il frappa à la porte, le comte ouvrit lui-même : content de le voir en sûreté, curieux d’apprendre les détails, le baron n’eut pas le temps d’observer la gravité extraordinaire qui couvroit la physionomie du comte. Ses réponses réservées l’en firent apercevoir. Le comte, en affectant de sourire, s’efforça de traiter légèrement ses questions : mais le baron étoit sérieux. Il devint si pressant, que le comte, plus grave à son tour, lui dit : — Eh bien ! mon cher ami, ne m’en demandez pas davantage, je vous en conjure. Je vous supplie encore de garder le silence sur tout ce que ma conduite future pourra avoir de surprenant. Je n’hésite point à vous dire que je suis malheureux, et que mon expérience ne m’a pas fait trouver Ludovico. Excusez ma réserve sur les incidens de cette nuit.

— Mais où est Henri ? dit le baron, surpris et déconcerté de ce refus.

— Il est chez lui, répliqua le comte, vous me ferez plaisir de ne le pas interroger.

— Certainement, dit le baron avec chagrin, puisque cela vous déplairoit. Mais il me semble, mon cher ami, que vous pourriez vous fier à ma discrétion et bannir toute réserve. Vous me faites soupçonner votre entière conversion à mon système, et vous n’êtes sûrement plus aussi incrédule que vous étiez.

— N’en parlons plus, dit le comte ; vous pouvez être certain que ce ne peut être un événement ordinaire qui m’impose le silence envers un ami de trente ans. Ma réserve, en ce moment, ne doit vous faire douter, ni de mon estime, ni de mon amitié.

— Je n’en doute pas, dit le baron ; mais cette réserve me surprend, je l’avoue.

— Elle me surprend aussi, dit le comte ; mais, de grâce, ne laissez rien soupçonner à ma famille, et ne relevez à l’avenir aucune des circonstances extraordinaires de ma conduite.

Le baron le promit, et après un instant de conversation indifférente, ils descendirent pour déjeûner. Le comte aborda sa famille d’un air gai : il éluda les questions par une raillerie légère, et assura en riant, que les chambres du nord n’étoient pas si redoutables, puisque Henri et lui-même en étoient sortis en sûreté.

Henri fut moins heureux dans les efforts qu’il fit pour dissimuler ; ses traits portoient encore l’expression de la terreur. Il était muet et pensif, et quand il vouloit répondre en plaisantant aux pressantes questions de mademoiselle Béarn, on voyoit bien que sa gaîté n’étoit pas naturelle.

Dans la soirée, le comte, suivant sa promesse, alla voir Emilie : elle fut surprise de trouver dans ses discours sur les appartement du nord un mélange de raillerie et de discrétion. Il ne dit rien pourtant de ce qui lui étoit arrivé. Quand elle osa lui rappeler ses engagemens sur le résultat de l’aventure, et lui demander s’il demeuroit certain que l’appartement fût fréquenté par des esprits, il devint plus sérieux ; puis sembla se recueillir, et dit en souriant : Ma chère Emilie, ne souffrez pas que madame l’abbesse gâte votre jugement avec toutes ces idées. Elle pourrait vous apprendre à trouver un revenant dans toutes les chambres obscures. — Mais croyez-moi, ajouta-t-il avec un long soupir, les morts n’apparoissent pas pour des sujets frivoles, ni dans l’unique motif d’épouvanter les âmes timides. Il se tut, rêva quelques momens, et ajouta : Ne partons plus de cela.

Il se retira bientôt après, Emilie rejoignit les religieuses, et fut surprise de ce qu’elles savoient d’une circonstance qu’elle leur avoit très-soigneusement cachée. Elles admiroient l’intrépidité du comte qui avoit osé passer la nuit dans l’appartement même d’où Ludovico avoit disparu. Emilie ne considéroit pas avec quelle rapidité circule une histoire merveilleuse. Les religieuses avoient recueilli celle-ci des paysans qui apportaient du fruit au monastère, et leurs regards, depuis la disparition de Ludovico, étoient restés fixés sur le château de Blangy.

Emilie écoutoit en silence toutes les dissertations des nonnes sur la conduite du comte. La plupart la condamnoient comme téméraire et présomptueuse. Elles affirmoient que s’introduire sur le domaine du diable, c’étoit provoquer sa vengeance.

Sœur Françoise disputoit et soutenoit que le comte avoit montré toute la bravoure d’une âme grande et vertueuse. Il n’étoit souillé d’aucun crime, n’avoit point provoqué le courroux de son bon ange, et ne pouvoit redouter l’esprit malin, puisqu’il avoit des droits à la protection d’une puissance plus respectable, à la protection de celui qui commande aux méchans et protége l’innocence.

— Les coupables ne peuvent réclamer cette protection, dit sœur Agnès. Que le comte examine sa conduite, et qu’il juge s’il y a des droits ! Qui est-il donc celui qui osera se dire innocent ? Toute innocence sur la terre n’est jamais que de comparaison. Cependant, qu’il y a loin de certaines fautes aux dernières extrémités du crime ! En quel abîme nous pouvons tomber, hélas !

La religieuse, en finissant, fit un soupir qui glaça Emilie. En levant les yeux elle vit ceux de la sœur Agnès qui s’étoient fixés sur les siens. Cette sœur se leva, prit sa main, la regarda en silence, et dit enfin :

— Vous êtes jeune ; vous êtes innocente ; je veux dire que vous êtes innocente de grands crimes : mais vous avez des passions dans le cœur, des serpens ! Ils dorment maintenant. Prenez garde qu’ils ne s’éveillent ; ils vous blesseront mortellement.

Emilie, frappée de ces mots et de l’accent qui les accompagnoit, ne put retenir ses larmes.

— Ah ! est-il donc vrai ? s’écria sœur Agnès avec attendrissement ; si jeune, être malheureuse ! Nous sommes donc sœurs ? Et pourtant existe-t-il de ces tendres rapports entre les criminels ? Elle ajouta avec des yeux hagards : — « Non, plus de repos ! plus de paix ! plus d’espoir ! Je les ai goûtés autrefois. Mes yeux pouvoient verser des larmes ; ils brûlent maintenant. Mon sort est fixé. Mon âme est sans crainte. Je ne pleure plus.

— Repentons-nous plutôt, et prions, dit une autre religieuse. On nous invite à espérer que la prière et la pénitence peuvent opérer notre salut. Il y a de l’espoir, pour tous ceux qui se repentent.

— Pour tous ceux qui se repentent et se corrigent, observa sœur Françoise.

— Pour tous, excepté pour moi ! répliqua sœur Agnès d’un ton effrayant ; puis elle reprit brusquement : Ma tête brûle, je me crois malade ! Oh ! que ne puis-je effacer le passé de ma mémoire ! Ces figures qui s’élèvent comme des furies pour me tourmenter, je les vois quand je dors ; quand je m’éveille, elles sont devant mes yeux ! je les vois maintenant ! là ! à présent !

Elle resta dans une attitude d’horreur. Ses regards erroient lentement autour de la chambre, comme s’ils eussent suivi quelque chose. Une des religieuses prit doucement sa main pour la faire sortir du salon. Agnès se calma. Elle passa sa main sur ses yeux, fit un soupir, et dit : — Elles sont parties ! elles sont parties ! J’ai la fièvre, et je ne sais ce que je dis. Je suis quelquefois comme cela ; mais cela va se passer. Tout à l’heure je serai mieux. Les complies ne sonnent-elles pas ?

— Non, dit sœur Françoise ; l’office du soir est achevé. Souffrez que Marguerite vous conduise à votre cellule.

— Vous avez raison, dit sœur Agnès ; j’y serai mieux. Bonsoir, mes sœurs ; souvenez-vous de moi dans vos prières.

Quand elle fut sortie, sœur Françoise, voyant l’émotion d’Emilie, lui dit : — Ne vous alarmez pas. Notre sœur a souvent la tête dérangée. Jamais pourtant je ne l’ai vue dans un si grand délire. Son état habituel est la mélancolie ; mais cet accès dure depuis plusieurs jours. La retraite et le régime la remettront.

— Mais, observa Emilie, avec quelle raison elle avoit parlé d’abord ! Ses idées se suivoient parfaitement.

— Oui, dit la sœur, ce n’est pas une chose nouvelle. Je l’ai entendue quelquefois raisonner de très-bon sens, et même avec finesse. L’instant d’après, c’étoit l’égarement de la folie.

— Sa conscience paroît oppressée, dit Emilie. Savez-vous ce qui l’a réduite à un si déplorable état ?

— Oui, reprit la religieuse. Et elle n’en dit pas davantage. Emilie répéta sa question. Alors elle lui dit à voix basse, et de manière à n’être pas entendue des autres :

— Je ne puis vous rien dire en ce moment. Si vous voulez en savoir davantage, venez me trouver dans ma cellule à l’heure de la retraite. Souvenez-vous qu’on se lève à minuit pour matines ; venez avant ou après.

Emilie promit de s’en souvenir. L’abbesse entra bientôt. On ne parla plus de l’infortunée religieuse.

Le comte, de retour au château, avoit trouvé M. Dupont dans un vif transport de désespoir où son amour pour Emilie le réduisoit souvent ; amour qui duroit depuis trop long-temps pour être facilement vaincu ; amour contre lequel avoient échoué tous les efforts de ses amis. M. Dupont avait vu Emilie en Gascogne ; son père, qui découvrit toute la passion dont mademoiselle Saint-Aubert étoit l’objet, et qui la trouvoit trop peu riche, l’empêcha de se déclarer, et lui défendit de penser à elle. Pendant la vie de son père, il s’étoit soumis à la première loi, mais la seconde lui avoit paru impraticable. Il avoit quelquefois adouci sa passion en visitant les lieux que Emilie fréquentoit, et surtout la pêcherie. Une fois ou deux, il lui avoit parlé de ses sentimens en vers ; mais il avoit caché son nom pour obéir aux ordres de son père. C’est là aussi qu’il avoit joué l’air pathétique dont Emilie avoit été aussi charmée que surprise. Il y avoit trouvé ce portrait qui nourrissoit une passion trop fatale à son repos. Pendant sa campagne d’Italie il avoit perdu son père, et recouvroit sa liberté quand le seul objet qui la lui eût rendue précieuse ne pouvoit plus correspondre à ses vœux. On a vu comment il avoit retrouvé Emilie, comment il l’avoit aidée à s’évader de sa prison. Enfin, l’on a vu sur quelle foible espérance pouvoit s’étayer son amour, et l’inutilité de ses efforts pour le vaincre.

Le comte tâcha avec le zèle de l’amitié de lui donner quelque consolation. La patience et la persévérance pouvoient un jour lui gagner Emilie et le bonheur. — Le temps, dit-il, effacera de son esprit l’impression de tristesse que le mécontentement y a laissé ; elle deviendra sensible à votre mérite. Vos services ont déjà excité sa reconnoissance, et vos souffrances toute sa pitié. Croyez-moi y cher ami, dans une âme comme la sienne, la reconnoissance et la pitié mènent à l’amour. Lorsque son imagination sera dégagée de son erreur, elle acceptera certainement l’hommage d’un cœur comme le vôtre.

Dupont fit un soupir en écoutant ces paroles ; il tâcha d’accueillir l’espoir que son ami lui présentoit, et consentit à prolonger sa visite au château.

Quand les religieuses furent retirées, Emilie se souvint du rendez-vous que lui avoit donné la sœur Françoise ; elle la trouva dans sa cellule, en prières, à genoux devant une petite table ; elle avoit devant elle une image ; au-dessus étoit une lampe qui éclairait sa petite chambre. Elle tourna la tête quand on ouvrit la porte, et fit signe à Emilie d’entrer ; Emilie se plaça en silence sur le lit de la religieuse, jusqu’à ce que sa prière fût finie. Sœur Françoise se releva, prit la lampe, et la remit sur la table. Emilie y reconnut quelques ossemens humains, à côté d’un sablier simple. Elle fut émue ; la religieuse ne s’en aperçut pas, et s’assit près d’elle sur sa couche. — Votre curiosité, ma sœur, dit-elle, vous a rendue bien exacte ; mais vous n’avez rien de remarquable à découvrir dans l’histoire de la pauvre Agnès. J’ai évité de parler d’elle en présence de nos sœurs, parce que je ne veux pas leur apprendre son crime.

— Je suis flattée de votre confiance, dit Emilie ; je n’en abuserai pas.

— Sœur Agnès, reprit la religieuse, est d’une famille noble ; la dignité de son air a pu déjà vous le faire soupçonner ; mais je ne veux pas déshonorer son nom en le révélant. L’amour fut l’occasion de son crime et de sa folie. Elle fut aimée par un gentil-homme très-peu riche ; et son père, à ce que j’ai appris, l’ayant mariée à un seigneur qu’elle haïssoit, une passion mal contenue fit sa perte : elle oublia la vertu et ses devoirs ; elle profana les vœux du mariage : ce crime fut découvert, et son époux l’eût sacrifiée à sa vengeance, si son père n’eût trouvé moyen de la mettre hors de son pouvoir. Je n’ai jamais pu découvrir comment il avoit réussi. Il l’enferma dans ce couvent, et la détermina à y prendre le voile. On répandit dans le monde qu’elle étoit morte ; le père, pour sauver sa fille, concourut à confirmer ce bruit, et fit même croire à son époux qu’elle étoit une victime de sa fureur jalouse. — Vous paroissez surprise, ajouta la religieuse en regardant Emilie ; j’avoue que l’histoire n’est pas commune, mais elle n’est pourtant pas sans exemple.

— De grâce, continuez, dit Emilie, elle m’intéresse.

— Vous savez tout, reprit la sœur ; je vous dirai seulement que le combat qui se passa dans le cœur d’Agnès entre l’amour, le remords, et le sentiment des devoirs qu’elle alloit embrasser dans notre état, a causé à la fin le dérangement de sa raison. D’abord elle étoit ou violente ou abattue par intervalles ; elle prit ensuite une mélancolie habituelle ; elle est parfois troublée par des accès de délire tel que le dernier, et depuis quelque temps ils sont plus fréquens.

Emilie fut touchée de cette histoire, dont quelques traits rappeloient à son souvenir celle de la marquise de Villeroy. Son père aussi l’avoit forcée d’abandonner l’objet de son affection ; mais le récit de Dorothée ne donnoit pas lieu de supposer, ou qu’elle eut échappé à la vengeance d’un mari jaloux, ou que son innocence n’eût pas été entière. Emilie néanmoins, en soupirant sur les malheurs de la religieuse, ne put s’empêcher de donner quelques larmes aux infortunes de la marquise. Elle reparla ensuite de sœur Agnès, et demanda à la sœur Françoise si elle se ressouvenoit qu’en sa jeunesse elle eût été très-belle.

— Je n’étois pas ici quand elle a fait ses vœux, reprit Françoise. Il y a long-temps, et je crois que peu de nos sœurs actuelles ont assisté à la cérémonie ; notre mère abbesse même n’étoit pas alors au couvent. Je me souviens pourtant que sœur Agnès étoit une très-belle femme : elle a gardé cet air de haute naissance qui l’a toujours distinguée ; mais sa beauté, comme vous devez le voir, est toute flétrie ; je retrouve à peine dans sa figure quelques vestiges de cette grâce qui autrefois l’embellissoit.

— Cela est étrange, dit Emilie ; mais il y a des momens où je crois me rappeler sa figure. Vous allez me trouver ridicule ; je me trouve telle aussi. Je n’avois certainement jamais vu sœur Agnès ayant d’entrer dans ce couvent ; il faut que j’aie vu quelque part une personne qui lui ressemble parfaitement, et je n’en ai pourtant pas le moindre souvenir.

— Vous avez pris de l’intérêt à sa mélancolie, dit sœur Françoise ; l’impression que vous en avez reçue trompe sans doute votre imagination. Je pourrois, avec autant de raison, trouver une ressemblance entre vous et Agnès, que vous pouvez croire que vous l’avez vue ailleurs. Elle a toujours demeuré dans ce couvent depuis que vous êtes au monde.

— Est-il bien vrai ? dit Emilie.

— Oui, reprit Françoise ; pourquoi cela vous surprend-il ?

Emilie ne parut pas remarquer la question ; elle demeura pensive, et dit enfin : — C’est à peu près vers le même temps que la marquise de Villeroy est morte.

— La remarque est singulière ! dit Françoise.

Emilie sortit de sa rêverie, et donna en souriant un autre tour à la conversation. Elle retomba néanmoins bientôt sur le sujet de la malheureuse Agnès. Emilie resta dans sa cellule jusqu’à ce que l’horloge, sonnant minuit, vint la rappeler à elle-même. Elle pria la sœur d’excuser le tort qu’elle faisoit à son repos. Elles sortirent toutes les deux. Emilie retourna chez elle ; et la religieuse, avec sa lampe, alla se réunir au chœur.

Durant les jours qui succédèrent, Emilie ne vit ni le comte ni personne de la famille. Quand il parut, elle remarqua avec chagrin l’excès de son agitation.

— Je n’en puis plus, répondit-il à ses questions empressées ; je vais m’absenter quelque temps pour retrouver un peu de tranquillité. Ma fille et moi nous reconduirons le baron de Sainte-Foix à son château. Il est situé dans un vallon des Pyrénées, ouvert sur la Gascogne. J’ai pensé, Emilie, que si vous alliez à la Vallée, nous pourrions faire ensemble une partie du voyage ; ce seroit pour moi une grande satisfaction que de vous escorter jusque chez vous.

Emilie remercia le comte, et se plaignit de ce qu’obligée de se rendre à Toulouse, elle ne pouvoit adopter un plan si agréable. — Quand vous serez chez le baron, ajouta-t-elle, vous ne serez qu’à une petite distance de la Vallée. Je pense, monsieur, que vous ne quitterez pas la province sans me venir voir ; il est superflu de vous dire quel plaisir je goûterai à vous recevoir, ainsi que Blanche.

— Je n’en doute pas, reprit le comte. Je ne refuserai ni à Blanche ni à moi le plaisir de vous visiter, si vos affaires vous mènent à la Vallée dans le temps où nous pourrons en jouir.

Quand Emilie eut ajouté qu’elle espéroit aussi recevoir la comtesse, elle ne fut pas fâchée d’apprendre que cette dame, accompagnée de mademoiselle Béarn, alloit passer quelques semaines chez une personne qu’elle connoissoit dans le bas Languedoc.

Le comte, après quelques détails sur ses projets de voyage et les arrangemens d’Emilie, prit congé d’elle. Peu de jours après, une lettre de M. Quesnel informa Emilie qu’il était à Toulouse, que la Vallée étoit libre, qu’il la prioit de se hâter, parce qu’il l’attendoit à Toulouse, et que des affaires le rappeloient en Gascogne. Emilie n’hésita pas ; elle fit ses adieux au comte et à toute sa famille, avec laquelle étoit encore Dupont ; elle les fit à ses amies du couvent, et partit ensuite pour Toulouse, accompagnée de la malheureuse Annette, et d’un domestique de confiance qui appartenoit au comte.