Les Origines de la France contemporaine/Volume 6/Livre III/Chapitre 2

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CHAPITRE II

Les départements. — Caractère épidémique et contagieux de la maladie révolutionnaire. — I. Son principe est le dogme jacobin de la souveraineté du peuple. — Proclamation officielle du nouveau droit. — Définition publique du nouveau régime. — Son objet, ses adversaires, ses procédés. — De Paris, il se propage on province. — II. En plusieurs départements, il s’est établi d’avance. — Exemple dans le Var. — III. Dictature de chaque peloton jacobin dans son endroit. — Saint-Affrique pendant l’interrègne. — IV. Pratiques ordinaires de la dictature jacobine. — La bande sédentaire des clubistes. — Son personnel. — Ses meneurs. — V. La bande ambulante des volontaires. — Qualités des recrues. — Élection des officiers. — Brigandages et assassinats. — VI. Un tour de France dans le cabinet du ministre de l’intérieur. — De Carcassonne à Bordeaux. — De Bordeaux à Caen. — Le Nord et l’Est. — De Chalons-sur-Marne à Lyon. — Le Comtat et la Provence. — Ton et réponses des administrations jacobines. — Programme du parti.

Dans les départements, c’est par centaines que l’on compte les journées semblables à celles du 20 juin, du 10 août et du 2 septembre ; s’il y a pour les corps des maladies épidémiques et contagieuses, il y en a aussi pour les esprits, et telle est alors la maladie révolutionnaire. Elle se rencontre en même temps sur tous les points du territoire, et chaque point infecté contribue à l’infection des autres. Dans toute ville ou bourgade, le club est un foyer inflammatoire qui désorganise les parties saines, et chaque centre désorganisé émet au loin ses exemples comme des miasmes[1]. De toutes parts la même fièvre, le même délire et les mêmes convulsions indiquent la présence du même virus, et ce virus est le dogme jacobin : grâce à lui, l’usurpation, le vol, l’assassinat, s’enveloppent de philosophie politique, et les pires attentats contre les personnes et les propriétés publiques ou privées deviennent légitimes ; car ils sont les actes du souverain légitime chargé de pourvoir au salut public.

I

Que chaque peloton jacobin soit dans son canton investi de la dictature locale, selon les Jacobins cela est de droit naturel, et, depuis que l’Assemblée nationale a déclaré la patrie en danger, cela est le droit écrit. « À partir de cette date, » dit leur journal le plus répandu[2], et par le seul fait de cette déclaration, « le peuple de France est assemblé, insurgé… Il est ressaisi de l’autorité souveraine ». Ses magistrats, ses députés, toutes les autorités constituées rentrent dans le néant qui est leur essence. Représentants temporaires et révocables, « vous n’êtes plus que les présidents du peuple ; vous n’avez plus qu’à recueillir son vote,… à le proclamer quand il l’aura émis d’une manière solennelle ». — Non seulement telle est la théorie jacobine, mais encore telle est la théorie officielle. L’Assemblée nationale approuve l’insurrection, reconnaît la Commune, s’efface, abdique autant qu’elle peut, et ne reste en place provisoirement que pour ne pas laisser la place vide. Elle s’abstient de commander, même pour se donner des successeurs ; elle « invite » seulement « le peuple français à former une Convention nationale » ; elle confesse qu’elle « n’a pas le droit de soumettre à des règles impératives l’exercice de la souveraineté » ; elle ne fait « qu’indiquer aux citoyens » le règlement d’élections « auquel elle les engage à se conformer[3] ». — En attendant elle subit toutes les volontés de ce qu’on appelle alors le peuple souverain ; elle n’ose s’opposer à ses crimes ; elle n’intervient auprès des massacreurs que par des prières. — Bien mieux, par la signature ou le contreseing de ses ministres, elle les autorise à recommencer ailleurs : Roland a signé la commission de Fournier à Orléans ; Danton a expédié à toute la France la circulaire de Marat ; le conseil des ministres envoie, pour régénérer les départements, les plus furieux de la Commune et du parti, Chaumette, Fréron, Westermann, Audouin, Huguenin, Momoro, Couthon, Billaud-Varennes[4], d’autres encore plus tarés ou plus grossiers qui prêchent dans toute sa pureté le dogme jacobin : « Ils annoncent ouvertement[5] qu’il n’y a plus de lois, que chacun est maître puisque le peuple est souverain ; que chaque fraction de la nation peut prendre les mesures qui lui conviennent au nom du salut de la patrie ; qu’on a le droit de taxer le blé, de le saisir dans les granges des laboureurs, de faire tomber les têtes des fermiers qui refusent d’amener les grains sur le marché. » À Lisieux, Dufour et Momoro prêchent la loi agraire. À Douai, d’autres prédicateurs parisiens disent à la société populaire : « Dressez des échafauds ; que les remparts de la ville soient hérissés de potences, et que celui qui ne sera pas de notre avis y soit attaché. » — Rien de plus correct ; de plus conforme aux principes, et les journaux, tirant les conséquences, expliquent au peuple l’usage qu’il doit faire de sa souveraineté reconquise[6] : « Dans les circonstances où nous sommes, la promiscuité des biens est le droit : tout appartient à tous. » D’ailleurs « il est nécessaire qu’on opère dans les fortunes un rapprochement,… un nivellement qui détruise le principe vicieux de la prépondérance des riches sur les pauvres ». Cela est d’autant plus urgent que « le peuple, le véritable peuple, le souverain, a presque autant d’ennemis qu’il y a en France de propriétaires, de gros marchands, de gens de finance et d’hommes riches… Tous les hommes à superflu doivent être regardés, en temps de révolution, comme les ennemis secrets ou déclarés du gouvernement populaire ». Ainsi, « qu’avant de quitter leurs foyers » et de partir pour l’armée « les habitants de chaque commune mettent en lieu de sûreté, et sous la sauvegarde de la loi, tous ceux qui sont suspectés de ne pas aimer la liberté ; qu’on les tienne enfermés jusqu’à la fin de la guerre ; qu’on les garde avec des piques » et que chacun de leurs gardiens reçoive trente sous par jour. Pour les partisans du gouvernement déchu, pour les membres du directoire de Paris, « Rœderer et Blondel à leur tête, » pour les officiers généraux, « La Fayette et d’Affry à leur tête, » pour « les députés reviseurs de la Constituante, Barnave et Lameth à leur tête, » pour « les députés feuillants de la Législative, Ramond et Jaucourt à leur tête[7], » pour « tous ceux qui consentaient à se souiller les mains en touchant à la liste civile, » pour « les 40000 sicaires qui s’étaient rassemblés au château dans la nuit du 9 au 10 août,… ce sont des monstres furieux qu’il faut étouffer jusqu’au dernier. Peuple… tu t’es levé ; reste debout jusqu’à ce qu’il n’existe plus un seul des conspirateurs. Il est de ton humanité de te montrer inexorable une fois. Frappe les méchants de terreur ; les proscriptions dont nous te faisons un devoir sont la sainte colère de la patrie. » — Il n’y a pas à se méprendre : c’est le tocsin qui sonne contre tous les pouvoirs établis et contre toutes les supériorités sociales, contre les administrations, les tribunaux et les états-majors, contre les prêtres et les nobles, contre les propriétaires, les capitalistes, les rentiers, les chefs du négoce et de l’industrie, bref contre l’élite ancienne ou nouvelle de la France. Les Jacobins de Paris donnent le signal par leur exemple, par leurs journaux, par leurs missionnaires, et, dans les départements, leurs pareils, imbus des mêmes principes, n’attendent qu’un appel pour s’élancer.

II

En plusieurs départements[8], ils ont devancé l’appel, et, dans le Var par exemple, dès le mois de mai, les pillages et les proscriptions ont commencé. — Selon l’usage, on s’en prend d’abord aux châteaux et aux monastères, quoiqu’ils soient devenus propriétés nationales, et l’on allègue pour raison, tantôt que l’administration « est trop lente à exécuter les décrets contre les émigrés », tantôt que « le château, placé sur une éminence, pèse aux habitants[9] ». Il n’y a guère de village en France qui ne contienne une quarantaine de mauvais sujets toujours prêts à se garnir les mains, et tel est justement le nombre des coquins qui pillent tout au château de Montauroux, « meubles, denrées, effets et jusqu’à la vaisselle de cave ». Même opération par la même troupe au château de Tournon ; celui de Salernes est brûlé ; celui de Flagose est démoli ; on détruit le canal de Cabris ; ensuite la chartreuse de Montrieux, les châteaux de Grasse, du Canet ; de Régusse, de Brovaz, d’autres encore sont dévastés, et « les dévastations sont journalières ». — Impossible de réprimer ce brigandage rural : le dogme régnant énerve l’autorité aux mains des magistrats, et les clubs, « qui couvrent le département, » ont propagé partout les ferments d’anarchie. « Administrateurs, juges, officiers municipaux, tous ceux qui sont revêtus d’une autorité quelconque et ont le courage de l’employer à faire respecter la loi, sont successivement dénoncés à l’opinion publique comme des ennemis de la Constitution et de la liberté, parce que, dit-on, ils ne parlent jamais que de la loi, comme s’ils ne savaient pas que la volonté du peuple fait la loi, et que nous sommes le peuple[10]. « Voilà le vrai principe, et ici comme à Paris il engendre à l’instant ses conséquences. « Dans plusieurs de ces clubs, on ne s’entretient que de dévaster les propriétés, que de couper les têtes des aristocrates. Et qui désignait-on par cette infâme qualification ? Dans les villes, les gros négociants, les riches propriétaires ; dans les campagnes, ceux que nous appelons les bourgeois ; partout, les citoyens paisibles qui, amis de l’ordre, voudraient enfin jouir, à l’ombre de lois protectrices, des bienfaits de la Constitution. La rage de ces dénonciations est telle, que dans une de ces sociétés on a récemment dénoncé comme aristocrate un bon et brave paysan, dont toute l’aristocratie consistait à avoir dit à ceux qui avaient pillé le château du ci-devant seigneur de l’endroit qu’ils ne jouiraient pas en paix du fruit de leur délit. » — Voilà déjà par avance le programme jacobin de Paris, à savoir la séparation des Français en deux classes, la spoliation de l’une, le despotisme de l’autre, l’écrasement des gens aisés, rangés et probes sous la dictature des gens qui ne le sont pas.

Ici, comme à Paris, le programme s’exécute de point en point. Au Beausset, près de Toulon, un certain Vidal, capitaine de la garde nationale, « élargi deux fois par le bénéfice de deux amnisties consécutives[11] », punit de mort, non seulement la résistance, mais encore les murmures. Deux vieillards, l’un notaire et l’autre tourneur, s’étant plaints de lui à l’accusateur public, la générale bat, un rassemblement d’hommes armés se forme dans la rue, les deux plaignants sont assommés, criblés de balles, et leurs cadavres jetés dans un puits. Plusieurs de leurs amis sont blessés, d’autres prennent la fuite ; sept maisons sont saccagées, et la municipalité « asservie ou complice » n’intervient que lorsque tout est fini. — Nul moyen de poursuivre les coupables : le directeur du jury, qui, avec une escorte de mille hommes, vient procéder à l’enquête, ne peut obtenir de dépositions. La municipalité prétend n’avoir rien entendu, ni la générale, ni les coups de fusil tirés sous ses fenêtres. Les autres témoins ne disent mot, et avouent tout bas le motif de leur silence : s’ils déposent, « ils sont sûrs d’être assassinés aussitôt que la troupe sera partie ». Le directeur du jury est lui-même menacé et, après trois quarts d’heure de séjour, trouve prudent de quitter la ville. » — Là-dessus, les clubs du Beausset et des environs, enhardis par l’impuissance de la loi, éclatent en motions incendiaires : « On y annonce qu’après la retraite des troupes dix-neuf autres maisons seront dévastées » ; on propose « de couper la la tête aux aristocrates, c’est-à-dire à tous les propriétaires de la contrée ». Beaucoup ont fui, mais on ne se contente pas de leur fuite. Vidal enjoint à ceux du Beausset qui se sont réfugiés à Toulon de revenir à l’instant ; sinon on démolira leurs maisons, et de fait, le jour même, en manière d’avertissement, plusieurs maisons du Beausset, entre autres celle d’un notaire, sont démolies ou pillées de fond en comble ; toute la canaille de la ville est à l’œuvre, « hommes et femmes à demi ivres », et, comme il s’agit de voler et de boire, ils ne demandent qu’à recommencer au chef-lieu. — Aussi bien le club a déclaré « que l’on ferait bientôt à Toulon une Saint-Barthélemy nouvelle » ; on y a des alliés, on se concerte avec eux : chaque club des petites villes voisines fournira ses hommes ; tous marcheront sous la direction du club de Toulon. À Toulon comme au Beausset, la municipalité laissera faire, et l’on appliquera à l’accusateur public, aux administrateurs du district et du département les procédés dont ils se plaignent. Libre à eux d’écrire à Paris et de dénoncer les patriotes à l’Assemblée nationale et au roi ; le club répondra par des actes à leurs paperasses. Leur tour approche ; à Toulon aussi il y a des lanternes et des sabres, et la faction les assassine, parce qu’ils ont informé contre ses assassinats.

III

D’après ce qu’elle a osé quand le gouvernement était encore debout, on peut conjecturer ce qu’elle va se permettre pendant l’interrègne. Alors, comme toujours, il n’y a que les exemples qui peignent, et, pour connaître le souverain nouveau, il faut d’abord l’observer sur un théâtre restreint.

À la nouvelle du 10 août, les Jacobins de Saint-Affrique, petite ville de l’Aveyron[12], ont entrepris, eux aussi, de sauver la patrie, et, à cet effet, comme leurs pareils en d’autres bourgades du district, ils se sont constitués en pouvoir exécutif. L’institution est ancienne, surtout dans le Midi : depuis Lyon jusqu’à Montpellier, depuis Agen jusqu’à Nîmes, il y a dix-huit mois qu’elle fleurit ; mais, à partir de l’interrègne, elle refleurit de plus belle : c’est une société secrète qui se charge de convertir en actes les motions et instructions du club[13]. Ordinairement ils travaillent de nuit sous le masque ou avec de grands chapeaux rabattus et des cheveux tombant sur le visage. Leurs noms sont inscrits au siège de la société sur un tableau, chacun sous un numéro. Pour arme et pour insigne ils portent un gros bâton triangulaire orné d’un ruban tricolore ; avec ce bâton, chaque membre « peut aller partout », faire ce que bon lui semble. À Saint-Affrique, ils sont environ quatre-vingts, et parmi eux il faut compter les vauriens de la 7e compagnie du Tarn en résidence dans la ville ; pour les enrôler dans la bande, on n’a cessé « de leur prêcher le pillage » et de leur dire que dans les châteaux voisins tout leur appartenait[14]. — Non que les châteaux voisins soient à redouter : la plupart sont vides ; ni dans Saint-Affrique ni aux environs, les hommes de l’ancien régime ne font un parti ; depuis plusieurs mois, les prêtres orthodoxes et les nobles ont dû fuir, et maintenant les gens aisés se sauvent. Mais la population est catholique ; beaucoup de boutiquiers, d’artisans et de fermiers sont mécontents, il s’agit de mettre au pas tous ces traînards, — En premier lieu, ordre aux femmes de toute condition, ouvrières et servantes, d’assister à la messe du curé assermenté ; sinon elles feront connaissance avec la trique. — En second lieu, désarmement de tous les suspects : on entre chez eux la nuit, de force, à l’improviste, et, outre leur fusil, on emporte leurs provisions et leur argent. Tel épicier, qui s’obstine à demeurer tiède, est visité une seconde fois : sept ou huit hommes, un soir, enfoncent sa porte avec une poutre ; lui, réfugié sur son toit, n’ose descendre que le lendemain au petit jour, et trouve tout volé ou brisé dans son magasin[15].

En troisième lieu, « punition des malveillants » : à neuf heures du soir, une escouade heurte à la porte d’un cordonnier mal noté ; son apprenti ouvre ; six tape-dur entrent, et l’un d’eux, montrant un papier, dit au pauvre homme effaré ; « Je suis ici de la part du pouvoir exécutif, par lequel vous êtes condamné à recevoir une bastonnade. — Pourquoi ? — Si vous n’avez pas fait de mal, du moins vous en avez pensé[16]. » En effet, on le bâtonne sur place en présence de sa famille, et quantité de gens, empoignés comme lui, sont, comme lui, roués de coups à domicile. — Quant aux frais de l’opération, c’est aux malveillants à les supporter ; pour cela, ils sont taxés, chacun selon ses facultés : tel, tanneur ou trafiquant en bestiaux, payera 36 livres ; tel autre, chapelier, 72 livres ; sinon, « on l’exécutera le jour même à neuf heures du soir ». Nul n’est exempt s’il n’est de la bande. De pauvres vieux qui n’ont rien sont contraints de donner leur unique assignat de 5 livres ; chez la « femme d’un travailleur à la terre » dont tout le pécule consiste en 7 sous et demi, on prend les 7 sous et demi, en disant : « Voilà de quoi boire 3 pintons[17] ». Au reste, faute d’argent, on prend en nature ; on fait main basse sur la cave, sur la huche, sur l’armoire, sur la basse-cour ; on mange, on boit, on casse, on s’en donne à cœur joie, non seulement dans la ville, mais dans les villages voisins. Un détachement vient opérer à Brusque si vigoureusement, que le maire et le procureur-syndic se sauvent à travers champs et n’osent rentrer de deux jours[18]. À Versols, chez le curé assermenté, à Lapeyre, chez le vicaire assermenté, tout est saccagé ; l’argent est volé, les tonneaux sont vidés. Chez le curé de Douyre « les meubles, effets, cabinets et vitres sont brisés ; » on fait ripaille avec son vin et son garde-manger, on jette ce qu’on n’a pu consommer, puis on cherche le curé et son frère, ci-devant chartreux, en criant qu’il faut « leur couper la tête et du reste de leur corps faire de la saucisse ». Quelques-uns, plus avisés, se ramassent un magot ; par exemple un certain Bourguière, cavalier dans la troupe de ligne, s’est emparé de la vigne d’une dame, veuve d’un médecin, ancien maire[19] ; il vendange cette vigne « publiquement, en plein jours », à son profit, annonce à la propriétaire qu’il l’égorgera si elle se plaint, et comme probablement elle s’est plainte, il l’oblige, au nom du pouvoir exécutif, à lui compter, en dédommagement, 50 écus. — Quant au commun des assommeurs, ils ont pour salaire, outre la chère lie, la licence parfaite. Dans ces maisons envahies à onze heures du soir, pendant que le père s’enfuit ou que le mari crie sous le bâton, l’un des garnements se tient à la porte, le sabre nu dans la main, et la femme ou la fille reste à la discrétion des autres ; ils la saisissent par le cou et la maintiennent[20]. Elle a beau appeler au secours ; « personne à Saint-Affrique n’ose plus sortir de nuit » ; personne ne vient ; le lendemain, le juge de paix n’ose recevoir la plainte, et son excuse est « qu’il a peur lui-même ». — Aussi bien, le 23 septembre, des officiers municipaux et le greffier, qui faisaient patrouille, ont été presque assommés à coups de bâton et de pierres ; le 10 octobre, un autre officier municipal a été laissé pour mort ; quinze jours auparavant, un lieutenant des volontaires, M. Mazières, « ayant voulu faire son devoir, a été assassiné dans son lit par ses propres hommes ». — Naturellement, personne n’ose plus souffler mot, et, après deux mois de ce régime, il est à présumer qu’aux élections municipales du 21 octobre les électeurs seront dociles. En tout cas, par précaution, on se dispense de les prévenir, selon la loi, huit jours d’avance ; par un surcroît de précaution, on leur fait savoir que, s’ils ne votent pas pour le pouvoir exécutif, ils auront affaire au bâton triangulaire[21]. — En conséquence, la plupart s’abstiennent : dans une ville qui compte plus de six cents citoyens actifs, quarante voix donnent la majorité ; Bourgougnon et Sarrus, les deux chefs du pouvoir exécutif, sont élus l’un maire, l’autre procureur-syndic, et désormais l’autorité qu’ils avaient prise par la force leur est conférée parla loi.

IV

Tel est à peu près le type du gouvernement qui surgit, après le 10 août, dans chaque commune de France : le club règne ; mais, selon les circonstances, la forme et les procédés de sa dictature sont différents. — Tantôt il opère directement par la bande exécutive qu’il conduit ou par la populace ameutée qu’il lance ; tantôt il opère indirectement par l’assemblée électorale qu’il a fait élire ou par la municipalité qui est sa complice. Si les administrations sont jacobines, il gouverne à travers elles ; si elles sont passives, il gouverne à côté d’elles ; si elles sont réfractaires, il les épure[22] ou les casse[23], et, pour les dompter, il va non seulement jusqu’aux coups, mais jusqu’au meurtre[24] et jusqu’au massacre[25]. Entre le massacre et la menace, tous les intermédiaires se rencontrent, et le sceau révolutionnaire s’imprime partout avec des inégalités de relief.

En beaucoup d’endroits, la menace suffit. Dans les contrées où le tempérament est froid et où la résistance est nulle, il est inutile d’employer les voies de fait. À quoi bon tuer, par exemple, dans une ville comme Arras, où, le jour du serment civique, le président du département, très prudent millionnaire, parade dans les rues, bras dessus, bras dessous, avec la mère Duchesne qui vend des galettes dans une cave ; où, le jour des élections, les bourgeois qui votent nomment, par poltronnerie, les candidats du club, sous prétexte qu’il faut envoyer à Paris « les gueux et les scélérats » pour en purger la ville[26] ? Ce serait peine perdue que de frapper sur des gens qui rampent si bien[27]. La faction se contente de les marquer comme des chiens galeux, de les parquer, de les tenir en laisse, de les vexer[28]. Elle affiche à la porte des corps de garde la liste des habitants qui sont parents d’un émigré ; elle fait des visites domiciliaires ; elle dresse à son gré une liste de suspects, et il se trouve que sur cette liste elle a inscrit tous les riches. Elle les insulte et les désarme ; elle les interne dans la ville ; elle leur défend d’en sortir, même à pied ; elle leur ordonne de se présenter chaque jour devant son comité de sûreté publique ; elle les condamne à payer dans les vingt-quatre heures toutes leurs contributions de l’année ; elle décachette leurs lettres ; elle confisque, rase et vend dans les cimetières leurs tombeaux de famille. Tout cela est de règle, comme aussi le persécution religieuse, l’irruption dans les sanctuaires privés où se dit la messe, les coups de crosse et de poing prodigués à l’officiant, l’obligation pour les parents orthodoxes de faire baptiser leurs enfants par le curé schismatique, l’expulsion des religieuses, la poursuite, l’emprisonnement, la déportation des prêtres insermentés.

Mais, si la domination du club n’est pas toujours sanglante, son arbitraire est toujours celui d’un homme armé, qui, épaulant son fusil, couche en joue des passants qu’il vient d’arrêter sur la route ; ordinairement les passants se mettent à genoux, tendent leur bourse, et le coup ne part point. Néanmoins le coup est toujours prêt à partir, et, pour en être sûr, il n’y a qu’à regarder la main crispée qui tient la gâchette. Rappelons-nous cette population de malandrins qui pullulait sous l’ancien régime[29], le double cordon de contrebandiers, faux-sauniers et recéleurs, qui enserrait les douze cents lieues de douanes intérieures, les braconniers qui foisonnaient dans les quatre cents lieues de capitaineries gardées, les déserteurs, si nombreux, qu’en huit ans on en comptait soixante mille, les mendiants dont regorgeaient les maisons de force, les milliers de brigands et de vagabonds qui infestaient les grands chemins : c’est tout ce gibier de maréchaussée que la révolution a lâché et armé ; à son tour, le gibier est devenu le chasseur. Pendant trois ans, les rôdeurs aux bras forts ont fourni le noyau des jacqueries locales ; à présent ils forment le personnel de la jacquerie universelle. À Nîmes[30], le pouvoir exécutif a pour chef « un maître à danser ». Les deux principaux démagogues de Toulouse sont un cordonnier et un acteur qui au théâtre joue les valets[31]. À Toulon[32], le club, plus absolu qu’aucun despote asiatique, se recrute parmi les indigents, les matelots, les ouvriers du port, les soldats, « les forains sans aveu, » et son président, Sylvestre, expédié de Paris, est un forcené du plus bas étage. À Reims[33], le grand meneur est un prêtre défroqué, mari d’une religieuse, assisté d’un boulanger qui jadis, ancien soldat, a failli être pendu. Ailleurs[34], c’est un déserteur, traduit devant les tribunaux pour vol, ici un cuisinier ou un aubergiste, là-bas un ci-devant laquais. Lyon a pour oracle un ex-commis voyageur, émule de Marat, Châlier, dont le délire meurtrier se complique de mysticisme maladif ; les acolytes de Châlier sont un barbier, un perruquier, un marchand fripier, un fabricant de moutarde et de vinaigre, un apprêteur de draps, un ouvrier en soie, un ouvrier en gaze, et le moment vient où l’autorité tombe plus bas encore, aux mains « des femmes de la lie, des coquines », qui, aidées par « des souteneurs en petit nombre », nomment « des commissaires femelles », taxent les denrées, et, pendant trois jours, pillent les magasins[35]. Avignon a pour maîtres les bandits de la Glacière. Arles subit le joug de ses mariniers et de ses portefaix. Marseille appartient à « une bande de scélérats, vomis des maisons de débauche, qui ne reconnaissent ni lois ni magistrats et dominent la ville par la terreur[36] ». — Rien d’étonnant si de tels hommes, investis d’un tel pouvoir, en usent conformément à leur nature, et si l’interrègne, qui est leur règne, étend sur la France un cercle de dévastations, de vols et d’assassinats.

V

Ordinairement la bande sédentaire des clubistes a pour auxiliaire une bande ambulante de la même espèce ; je veux parler des volontaires, plus redoutables et plus malfaisants, car ils marchent en corps et sont armés[37]. Comme leurs confrères civils, nombre d’entre eux sont des va-nu-pieds de la ville et de la campagne ; la plupart, ne sachant comment subsister, ont été alléchés par la solde de 15 sous par jour ; c’est le manque d’ouvrage et de pain qui les a faits soldats[38]. D’ailleurs, chaque commune ayant été chargée de fournir son contingent, « on a ramassé dans les villes ce qu’on a trouvé, les mauvais sujets au coin des rues, les gens sans aveu, et, dans les campagnes, tous les malheureux, tous les vagabonds : on a presque tout fait marcher par le sort ou par argent, » et probablement les administrations, « par ce moyen, ont entendu purger la France[39] ». Aux malheureux « achetés par les communes » ajoutez les gens du même acabit que les riches ont payés pour remplacer leurs fils[40]. On a puisé ainsi à la pelle et au rabais dans le fumier social, parmi les hôtes naturels et prédestinés des maisons de force, des dépôts de mendicité et des hôpitaux, sans s’inquiéter de la qualité, même physique : « infirmes, imbéciles, borgnes, boiteux, » contrefaits ou avariés, « les uns trop âgés, les autres trop jeunes et trop faibles pour soutenir les fatigues de la guerre, d’autres si petits, que leurs fusils leur passent la tête d’un pied », quantité d’enfants de seize ans, de quatorze ans, de treize ans, bref le voyou des grandes cités, tel que nous le voyons encore aujourd’hui, rabougri et malingre, naturellement insolent et insurgé[41]. Arrivés à la frontière, il s’en trouve « un tiers incapable de servies[42] ». Mais, avant d’arriver sur la frontière, ils travaillent sur leur chemin en vrais « pirates ». — Plus valides de corps et plus honnêtes de cœur, les autres, sous la discipline du danger continu, deviendront au bout d’un an de bons soldats. Mais, en attendant, le dégât qu’ils font n’est pas moindre ; car s’ils sont moins voleurs, ils sont plus fanatiques. Rien de si délicat que l’institution militaire : par cela seul qu’il a la force, l’homme est toujours tenté d’abuser de la force ; pour qu’un corps franc reste inoffensif au milieu de la population civile, il faut qu’il soit retenu par les freins les plus forts, et tous les freins, intérieurs ou extérieurs, manquent aux volontaires de 1792[43].

Artisans, paysans, petits bourgeois, jeunes gens enthousiastes et enflammés par la doctrine régnante, ils sont encore plus jacobins que patriotes. Le dogme de la souveraineté du peuple, comme un vin fumeux, a enivré leur cerveau novice ; ils se sont persuadé « que l’honneur d’être destinés à combattre les ennemis de la république les autorise à tout exiger et à tout oser[44] ». Le moindre d’entre eux se croit au-dessus des lois, « comme jadis un Condé[45] », et devient un roi au petit pied, institué par lui-même, un autocrate justicier et redresseur de torts, appui des patriotes et fléau des aristocrates, qui dispose des biens et des vies et, sans formalités ni délais, se charge, dans les villes qu’il traverse, d’achever la révolution sur place. — Ce ne sont pas ses officiers qui l’en empêcheront, « Créateur de ses chefs, il n’en fait pas plus de cas qu’on n’en fait ordinairement de sa créature ; » loin d’être obéis, ils ne sont pas même considérés, « et cela vient de ce qu’il a choisi dans ses analogies, sans égard aux talents militaires ni à la supériorité de la région morale[46] ». Par un effet naturel de l’élection, les grades ont été conférés aux braillards et aux démagogues. « Les intrigants, les grands parleurs et surtout les grands buveurs l’ont emporté sur les gens capables[47]. » De plus, pour garder sa popularité, le nouvel officier va boire au cabaret avec ses hommes[48], et il est tenu de se montrer plus jacobin qu’eux-mêmes ; d’où il suit que, non content de tolérer leurs excès, il les provoque. — C’est pourquoi, des le mois de mars 1792, et plus tôt encore[49], on voit les volontaires se comporter en France comme en un pays conquis. Tantôt ils opèrent des visites domiciliaires et cassent tout chez le particulier visité ; tantôt ils font rebaptiser des enfants par le curé conformiste et tirent sur le père orthodoxe. Ici, de leur propre chef, ils font des arrestations ; là-bas, ils se joignent aux séditieux qui retiennent des bateaux de grains. Ailleurs, ils contraignent la municipalité à taxer le pain ; plus loin, ils brûlent ou saccagent des châteaux, et, si le maire leur représente que le château appartient maintenant, non à un émigré, mais à la nation, ils lui répondent « par des poussées » en le menaçant de lui couper le cou[50]. — Aux approches du 10 août, le fantôme d’autorité, qui parfois leur imposait encore, s’évanouit tout à fait, et il ne leur en coûte rien de massacrer » qui leur déplaît[51]. Exaspérés par les périls qu’ils vont courir à la frontière, ils commencent la guerre dès l’intérieur ; par provision et précaution, ils expédient en passant les aristocrates probables, et contre les officiers, les nobles, les prêtres qu’ils rencontrent sur leur route, ils font pis que leurs alliés du club. Car, d’une part, étant de passage, ils sont encore plus sûrs de l’impunité que les meurtriers sédentaires ; huit jours après, perdus dans l’armée, on n’ira pas les rechercher au camp ; ils peuvent tuer avec sécurité complète. Et d’autre part, étrangers, nouveaux venus, incapables de faire, comme les gens du pays, acception des personnes, sur un nom, un costume, une qualification, un bruit de café, une apparence, si inoffensif et vénérable que soit l’homme, ils le tuent, non parce qu’ils le connaissent, mais parce qu’ils ne le connaissent pas.

VI

Entrons dans le cabinet de Roland, ministre de l’intérieur, quinze jours après l’ouverture de la Convention, et supposons qu’un soir il ait voulu contempler, dans le raccourci d’un tableau, l’état du pays qu’il administre. Ses commis ont déposé sur la table la correspondance des dix dernières semaines, rangée par ordre ; en marge, il retrouve l’abrégé de ses propres réponses ; sous ses yeux est une carte de France, et, partant du Midi, il suit du doigt la grande route ordinaire. À chaque étape, il feuillette le dossier correspondant, et, négligeant d’innombrables violences, il relève seulement les grands exploits révolutionnaires[52]. Mme Roland, j’imagine, travaille avec lui, et les deux époux, seuls sous la lampe, réfléchissent en voyant à l’œuvre la bête féroce qu’ils ont lâchée en province comme à Paris.

Ils jettent d’abord les yeux vers l’extrémité méridionale de la France. Là[53], sur le canal des Deux-Mers, à Carcassonne, la populace a saisi trois bateaux de grains, exigé des vivres, puis une diminution sur le prix du blé, puis les fusils et canons de l’entrepôt, puis les têtes des administrateurs : l’inspecteur général des rôles a été blessé à coups de hache, et le procureur-syndic du département, M. Verdier, massacré. — Le ministre suit du regard la route de Carcassonne à Bordeaux et, à droite comme à gauche, il trouve des traces de sang. À Castres[54], le bruit s’étant répandu qu’un marchand de blé cherchait à faire hausser le prix des grains, un attroupement s’est formé, et pour sauver le marchand, on l’a mis au corps de garde ; mais les volontaires ont forcé la garde et jeté l’homme par une fenêtre du premier étage ; puis ils l’ont achevé « à coups de bâton et de poids », traîné dans les rues et lancé dans la rivière. — La veille à Clairac[55], M. Lartigue-Langa, prêtre insermenté, poursuivi dans les rues par une troupe d’hommes et de femmes qui voulaient le dépouiller de sa soutane et le promener sur un âne, s’est réfugié à grand peine dans sa maison de campagne ; mais on est allé l’y prendre, on l’a ramené sur la place de la Promenade et on l’a tué. Quelques braves gens qui s’interposaient ont été taxés « d’incivisme » et chargés de coups. Point de répression possible ; le département mande au ministre « qu’en ce moment il serait impolitique de poursuivre l’affaire ». Roland sait cela par expérience, et les lettres qu’il a dans les mains lui montrent que, là-bas comme à Paris, le meurtre engendre le meurtre : un gentilhomme, M. d’Alespée, vient d’être assassiné à Nérac. « Tous les citoyens un peu marquants lui ont fait un rempart de leurs corps ; » mais la canaille a prévalu, et les meurtriers, « par leur obscurité, » échappent aux recherches. — Le doigt du ministre s’arrête sur Bordeaux : là les fêtes de la Fédération ont été signalées par un triple assassinat[56]. Pour laisser passer ce moment dangereux, M. de Langoiran, vicaire général de l’archevêché, s’était retiré à une demi-lieue, dans le village de Caudéran, chez un prêtre octogénaire qui, comme lui, ne s’était jamais mêlé des affaires publiques. Le 15 juillet, les gardes nationaux du village, échauffés par les déclamations de la veille, sont venus les prendre tous deux à domicile, et avec eux, par surcroît, un troisième prêtre du voisinage. Nul prétexte contre eux ; ni les officiers municipaux ni le juge de paix, devant lesquels on les conduit, ne peuvent s’empêcher de les déclarer innocents. En dernier ressort, on les conduit à Bordeaux devant le directoire du département. Mais le jour baisse, et la cohue ameutée manque de patience ; elle se jette sur eux. L’octogénaire « reçoit tant de coups qu’il est impossible qu’il en revienne » ; l’abbé du Puy est assommé et traîné par une corde qu’on lui attache au pied ; la tête de M. de Langoiran est coupée, on la promène sur une pique, on la porte chez lui, on la présente à sa servante en lui disant « que son maître ne viendra pas souper ». La passion des trois prêtres a duré de cinq heures du matin à sept heures du soir, et la municipalité était prévenue ; mais elle ne pouvait se déranger pour les secourir ; ses occupations étaient trop graves : elle plantait un arbre de la Liberté.

Route de Bordeaux à Caen. — Le doigt du ministre remonte vers le nord, et rencontre Limoges. Là, le lendemain de la Fédération a été célébré comme à Bordeaux[57]. Un prêtre insermenté, l’abbé Chabrol, assailli par une bande d’hommes et de femmes, a d’abord été mené au corps de garde, puis dans la maison du juge de paix ; on a décerné contre lui, pour son salut, un mandat d’arrêt et on l’a fait garder à vue par quatre chasseurs dans une chambre. Mais rien de tout cela n’a suffi à la populace. Vainement les officiers municipaux l’ont suppliée ; vainement les gendarmes se sont mis entre elle et le prisonnier : elle les a bousculés et dispersés. Cependant les vitres de la maison volaient en éclats sous les pierres et la porte s’ébranlait sous les coups de hache ; une trentaine de forcenés ont escaladé les fenêtres et descendu le prêtre comme un paquet. À cent pas de là, « excédé de coups de bâtons et d’autres instruments, » il a rendu le dernier soupir, la tête « écrasée » de vingt coups mortels. — Plus haut, vers Orléans, Roland lit dans le dossier du Loiret les dépêches suivantes[58] : « L’anarchie est son comble, écrit un district au directoire du département ; l’on ne connaît plus d’autorités : les administrations de district et les municipalités sont avilies et sans force pour se faire respecter… On ne menace plus que de tuer, que d’écraser les maisons, les livrer au pillage ; on projette d’abattre tous les châteaux. Déjà la municipalité d’Achères, avec beaucoup d’habitants, s’est transportée à Oison et à Chaussy où l’on a tout cassé, brisé, emporté. Le 16 septembre, six particuliers armés sont allés chez M. de Vaudeuil et se sont fait remettre une somme de 300 livres pour amendes qu’ils ont prétendu avoir ci-devant payées. Nous avons été avertis qu’on doit aller aujourd’hui pour le même objet chez M. Dedeley, à Achères. M. de Lory est menacé de la même chose… Enfin, tous ces gens-là disent qu’ils ne veulent plus aucunes administrations ni tribunaux, qu’ils ont la loi et la feront exécuter. Dans l’extrémité où nous nous sommes trouvés, nous avons pris le seul parti convenable, celui de souffrir en silence toutes les avanies dont nous avons été l’objet. Nous n’avons pas eu recours à vous ; car nous avons senti combien vous étiez vous-mêmes embarrassés. » — Effectivement, au chef-lieu, la meilleure partie de la garde nationale ayant été désarmés, il n’y a plus de forces contre l’émeute. Par suite, à la même date[59], la populace, grossie par l’afflux des « étrangers » et nomades ordinaires, pend un commissaire en grains, plante sa tête au bout d’une pique, traîne son cadavre dans les rues, saccage cinq maisons et brûle les meubles d’un officier municipal devant sa propre porte. Là-dessus, la municipalité obéissante relâche les émeutiers arrêtés et baisse d’un sixième le prix du pain. — Au-dessus de la Loire, les dépêches de l’Orne et du Calvados achèvent le tableau. « Notre district, écrit un lieutenant de gendarmerie[60], est en proie à tous les brigandages… Une trentaine de gueux viennent de saccager le château de Dompierre. À chaque instant, il nous survient des réquisitions » auxquelles nous ne pouvons satisfaire, « parce que de toutes parts ce n’est qu’une réclamation générale ». Les détails sont singuliers, et ici, tout habitué que soit le ministre aux méfaits populaires, il ne peut s’empêcher de noter une extorsion d’un genre nouveau. « Les habitants des villages[61] s’attroupent, se rendent aux différents châteaux, s’emparent des femmes et des enfants des propriétaires et les retiennent comme cautions des promesses qu’ils forcent ces derniers à signer du remboursement, non seulement des droits féodaux, mais encore des frais auxquels ces droits peuvent avoir donné lieu, » d’abord sous le propriétaire actuel, ensuite sous ses prédécesseurs ; cependant ils s’installent chez lui, se font payer des vacations, dévastent ses bâtiments ou vendent ses meubles. — Tout cela avec l’accompagnement des meurtres ordinaires. Une lettre du directoire de l’Orne annonce au ministre[62] « qu’un ci-devant noble a été homicidé dans le canton de Sep, un ex-curé dans la ville de Bellême, un prêtre insermenté dans le canton de Putanges, un ex-capucin sur le territoire d’Alençon ». Le même jour, à Caen, le procureur-syndic du Calvados, M. Bayeux, homme du premier mérite, emprisonné par les Jacobins du lieu, vient d’être tué dans la rue à coups de fusil et de baïonnette, au moment où un décret de l’Assemblée nationale proclamait son innocence et ordonnait son élargissement[63].

Route de l’Est. — À Rouen, devant l’Hôtel de ville, la garde nationale, lapidée pendant plus d’une heure, a fini par tirer et tuer quatre hommes ; de toutes parts, dans le département, il y a des violences à propos des grains ; le blé est taxé ou emporté de force[64]. Mais Roland est tenu de se restreindre, il ne peut noter que les émeutes politiques. Encore est-il obligé d’aller vite ; car, sur tout le parcours, les meurtres foisonnent : entre l’effervescence de la capitale et l’effervescence de l’armée[65], chacun des départements qui avoisinent Paris ou qui bordent la frontière fournit son contingent d’assassinats. Il y en a à Gisors dans l’Eure, à Chantilly et à Clermont dans l’Oise, à Saint-Amand dans le Pas-de-Calais, à Cambrai dans le Nord, à Rethel et à Charleville dans les Ardennes, à Reims et à Châlons dans la Marne, à Troyes dans l’Aube, à Meaux dans Seine-et-Marne, à Versailles dans Seine-et-Oise[66]. — Roland, j’imagine, n’ouvre pas ce dernier dossier, et pour cause : il sait trop bien comment ont péri M. de Brissac, M. de Lessart, et les soixante-trois autres prisonniers massacrés à Versailles ; c’est lui qui a commissionné de sa main Fournier, l’assassin en chef ; en ce moment même, il est obligé de correspondre avec ce drôle, de lui délivrer des certificats « de zèle et de patriotisme », de lui allouer, en sus de ses vols, 30000 livres pour les frais de l’opération[67]. — Mais, parmi les autres dépêches, il en est qu’il ne peut se dispenser de parcourir s’il veut savoir à quoi se réduit son autorité, en quel mépris est tombé toute autorité, comment la plèbe civile ou militaire exerce son empire, avec quelle promptitude elle tranche les vies les plus illustres et les plus utiles, notamment celles des hommes qui ont commandé ou qui commandent, et le ministre se dit peut-être que son tour viendra.

Philanthrope dès sa jeunesse, libéral dès son entrée à la Constituante, président élu du département de Paris, l’un des patriotes les plus persévérants, les plus généreux et les plus respectés de la première et de la dernière heure, qui méritait mieux d’être épargné que M. de la Rochefoucauld ? Arrêté à Gisors par ordre de la Commune de Paris, il sortait de l’auberge, à pied, conduit par le commissaire parisien, entouré du conseil municipal, escorté par douze gendarmes et par cent gardes nationaux ; derrière lui, sa mère, âgée de quatre-vingts ans, sa femme, suivaient en voiture ; on ne pouvait craindre qu’il ne s’échappât. Mais contre un suspect la mort est une précaution plus sûre que la prison, et 300 volontaires de l’Orne et de la Sarthe, qui sont de passage à Gisors, s’attroupent en criant : « Nous allons avoir sa tête rien ne peut nous en empêcher. » Un coup de pierre atteint M. de la Rochefoucauld à la tempe, il s’affaisse ; son escorte est enfoncée, on l’achève à coups de sabre et de bâton, et le conseil municipal n’a que le temps de « faire sauver la voiture qui enferme les femmes[68] ». — Aussi bien, entre les mains des volontaires, la justice nationale a des brusqueries, des intempérances ou des retours dont il est prudent de ne pas attendre l’effet. Par exemple, à Cambrai[69], une division de gendarmerie à pied, qui vient de quitter la ville, s’aperçoit qu’elle a oublié « de purger la prison » ; elle revient sur ses pas, prend le concierge, le mène à l’Hôtel de ville, se fait lire le livre d’écrou, élargit les détenus dont les délits lui semblent pardonnables, et leur fait délivrer des passeports ; par contre, elle massacre un ancien procureur du roi sur lequel on a trouvé des adresses entachées « de principes aristocratiques », puis un lieutenant-colonel peu populaire et un capitaine suspect. — Si léger et si mal fondé que soit le soupçon, tant pis pour l’officier sur lequel il tombe. À Charleville[70], deux voitures d’armes ayant passé par une porte au lieu d’une autre pour éviter un mauvais chemin, M. Juchereau, inspecteur de la manufacture et commandant de la place, est déclaré traître par les volontaires et la populace, arraché des bras des officiers municipaux, assommé à coups de crosse, foulé aux pieds, percé de coups. Sa tête, fichée sur une baïonnette, est promenée dans Charleville, puis dans Mézières, et jetée dans la rivière qui sépare les deux villes. Reste le corps que la municipalité ordonne d’enterrer ; mais il est indigne de sépulture ; les meurtriers s’en emparent et le lancent à l’eau pour qu’il aille rejoindre sa tête. Cependant la vie des officiers municipaux ne tient qu’à un fil ; l’un d’eux a été pris au collet, un autre jeté à bas de son siège, menacé de la lanterne, couché en joue, bourré de coups de pied ; les jours suivants, on agite le projet « de couper leurs têtes et de piller leurs maisons ».

En effet, quiconque dispose des vies dispose aussi des biens, et Roland n’a qu’à feuilleter deux ou trois rapports pour voir comment, sous le couvert du patriotisme, les convoitises brutales se donnent carrière. À Coucy, dans l’Aisne[71], les paysans de dix-sept paroisses, assemblés pour fournir leur contingent militaire, se sont rués, avec de grandes clameurs, sur les deux maisons de M. Desfossez, ancien député de la noblesse à la Constituante ; c’étaient les deux plus belles de la ville : l’une avait été habitée par Henri IV. Des officiers municipaux qui veulent intervenir manquent d’être écharpés, toute la municipalité s’enfuit. M. Desfossez, avec ses deux filles, parvient à se cacher dans un coin obscur d’une maison voisine, puis dans un petit réduit prêté par un jardinier humain ; enfin, à grand peine, il gagne Soissons. De ses deux maisons « il ne reste plus que les murs. Fenêtres, vitres, portes, panneaux, tout été fracassé » ; 20000 livres d’assignats en portefeuille ont été déchirées ou volées ; les titres de propriété ont disparu ; on évalue le dommage à 200000 francs. Le pillage a duré de sept heures du matin à sept heures du soir, et, comme toujours, a fini par une kermesse : descendus dans les caves, les pillards y ont bu « deux muids de vin et deux tonneaux d’eau-de-vie ; trente ou quarante y sont restés morts ivres, et l’on a eu de la peine à les en retirer ». Nulle poursuite ou enquête ; le nouveau maire, qui, au bout d’un mois, se décide à dénoncer le fait, prie le ministre de taire son nom ; car, dit-il, « dans le conseil général de la commune, les agitateurs ont provoqué des menaces et des projets affreux contre quiconque serait découvert vous avoir écrit[72] ». — Telle est la menace continue sous laquelle vivent les gentilshommes, même quand ils sont anciens dans le service de la liberté, et Roland trouve en tête des dossiers les lettres désespérées, directes et personnelles par lesquelles ils s’adressent à lui en dernier recours. — Au commencement de 1789, M. de Gouy d’Arsy[73] a le premier revendiqué par écrit les droits du peuple ; député de la noblesse à la Constituante, il est le premier qui se soit rallié au tiers état ; quand la minorité, libérale de la noblesse est venue s’asseoir dans la salle des communes, il y siégeait déjà depuis huit jours, et, pendant trente mois, il a siégé « invariablement du côté gauche ». Maréchal de camp à l’ancienneté et chargé sous la Législative de réduire les 6000 insurgés de Noyon, « il a gardé dix jours, dans sa poche, les ordres rigoureux dont il était porteur, » il s’est laissé insulter, il a risqué sa vie « pour épargner celle de ses concitoyens égarés, il a eu le bonheur de ne pas verser une goutte de sang ». Épuisé par tant de travaux et d’efforts, presque mourant, renvoyé à la campagne par les médecins, « il a employé tous ses revenus à soulager la misère, » il a planté le premier chez lui l’arbre de la Liberté, il a donné pour l’habillement et l’armement des volontaires, « il a versé, à titre d’imposition, le tiers au lieu du cinquième de son revenu ». Ses enfants vivent avec lui dans ce domaine qui est sa famille depuis quatre siècles, et les paysans du lieu le nomment « leur père ». Rien de plus pacifique et même de plus méritoire que toute sa conduite. Mais, étant noble, il est suspect, et un délégué de la Commune de Paris l’a dénoncé à Compiègne comme ayant chez lui deux canons et 550 fusils. Aussitôt visite domiciliaire : 800 hommes, infanterie, cavalerie, arrivent en bataille au château d’Arsy. Il va au-devant, présente ses clefs. Après six heures de perquisition, on trouve douze fusils de chasse et treize mauvais pistolets dont il a déjà fait déclaration. Désappointés, les visiteurs grondent, cassent, mangent, boivent et font un dégât de 2000 écus[74] ; pourtant, sur l’insistance de leurs chefs, ils finissent par repartir. Mais M. de Gouy a 60000 livres de rente ; ce serait autant de gagné pour la nation s’il émigrait ; il faut l’y contraindre en l’expulsant, et d’ailleurs, pendant l’expulsion, on se garnira les mains. Huit jours durant, on raisonne de cela dans le club de Compiègne, aux cabarets, dans la caserne, et, le neuvième jour, 150 volontaires sortent de la ville en plein midi, disant qu’ils vont tuer M. de Gouy avec tous les siens. Lui, averti, s’éloigne avec sa famille, laissant toutes les portes ouvertes. Pillage général pendant cinq heures ; ils boivent les vins précieux, volent l’argenterie, exigent des chevaux pour emporter leur butin, et promettent de revenir bientôt pour avoir la tête du propriétaire. — Effectivement, le lendemain matin, à quatre heures, nouvelle invasion, nouveau pillage, définitif cette fois ; à travers les coups de fusil, les domestiques se sauvent, et M. de Gouy, sur la requête du village dont on dévaste les vignes, est obligé de quitter le pays[75]. — Inutile d’achever le dossier. Chez M. de Saint-Maurice Houdainville, chez le duc de Bourbon à Nointel, chez le prince de Condé à Chantilly, chez M. de Fitz-James et ailleurs, un certain Gauthier, « commandant du détachement de Paris en perquisition et chargé des pouvoirs du comité de surveillance, » opère sa tournée patriotique, et Roland sait d’avance en quoi elle consiste : c’est une dragonnade en règle chez tous les nobles absents ou présents[76].

Pourtant il est un gibier de prédilection, le clergé, encore plus pourchassé que les nobles, et Roland, chargé de pourvoir au maintien de l’ordre public, se demande comment il pourra protéger la liberté et la vie des prêtres inoffensifs qui lui sont recommandés par la loi. — À Troyes, chez M. Fardeau, ancien curé non conformiste, on a découvert un autel garni de ses vases sacrés, et M. Fardeau, arrêté, a refusé de prêter le serment civique ; arraché de prison et sommé de crier Vive la nation ! il a refusé encore. Là-dessus, un volontaire, empruntant une hache chez un boulanger, lui a tranché la tête, et cette tête, lavée dans la rivière, a été portée à l’Hôtel de ville[77]. À Meaux, une brigade de gendarmerie parisienne a égorgé sept prêtres, et, par surcroît, six détenus de droit commun[78]. — À Reims, les volontaires parisiens ont expédié d’abord le directeur de la poste et son commis, tous deux suspects parce qu’on a vu sortir de leur cheminée une fumée de papiers brûlés, puis M. de Montrosier, vieil officier démissionnaire : c’est leur ouverture de chasse. Ensuite, à coups de pique et de sabre, ils se lancent sur deux chanoines que leurs rabatteurs ont ramenés de la campagne, puis sur deux autres prêtres, puis sur l’ancien curé de Saint-Jean, puis sur le vieux curé de Rilly ; les cadavres sont dépecés, promenés par morceaux dans la ville, brûlés dans un brasier ; l’un des prêtres blessés, l’abbé Alexandre, y est jeté encore vivant[79]. — Roland reconnaît les septembriseurs qui, montrant leurs piques encore sanglantes, sont venus dans son propre hôtel réclamer leur salaire ; là où la bande passe, elle annonce, « au nom du peuple », qu’elle a « pleins pouvoirs pour propager sur toute sa route l’exemple de la capitale ». Or 40000 prêtres insermentés sont, par le décret du 26 août, condamnés à quitter leur département sous huit jours et la France sous quinze jours : les laissera-t-on partir ? Il y en a 8000 à Rouen qui nolisent des gabares pour obéir au décret, et la populace ameutée des deux cotés de la Seine retient leurs navires. Roland voit par les dépêches qu’à Rouen et ailleurs ils se présentent en foule aux municipalités pour obtenir des passeports[80], mais que souvent on leur en refuse ; bien mieux, à Troyes, à Meaux, à Lyon, à Dôle et dans quantité d’autres villes, on fait comme à Paris, on les interne ou on les emprisonne, au moins provisoirement, « de peur qu’ils n’aillent se rassembler sous l’aigle germanique » ; en sorte que, devenus rebelles malgré eux et déclarés traîtres, ils restent parqués sous le couteau. Comme l’exportation du numéraire est interdite, ceux qui se sont procuré des laissez-passer sont volés de tout leur argent à la frontière, et les autres, qui fuient à tout hasard, traqués comme des sangliers ou tirés comme des lièvres, doivent s’échapper, comme l’évêque de Barral, à travers les baïonnettes, ou, comme l’abbé Guillon, à travers les sabres, quand ils ne sont pas abattus, comme l’abbé Pescheur, à coups de fusil[81].

La nuit s’avance, les dossiers sont trop nombreux et trop gros, Roland voit que, sur quatre-vingt-trois, il n’en pourra guère feuilleter que cinquante ; il faut se hâter, et de l’Est ses yeux redescendent vers le Midi. — De ce côté aussi il y a d’étranges spectacles. Le 2 septembre, à Châlons-sur-Marne[82], M. Chanlaire, octogénaire et sourd, son paroissien sous le bras, revenait du Mail où tous les jours il allait dire ses heures. Des volontaires parisiens, qui le rencontrent, lui trouvent la mine d’un dévot, et lui ordonnent de crier Vive la liberté ! Lui, faute d’entendre, ne répond pas. Ils le prennent par les oreilles et, comme il ne marche pas assez vite, ils le traînent ; les vieilles oreilles se cassent, la vue du sang les excite, ils coupent les oreilles et le nez, et arrivent avec le pauvre homme sanglant devant l’Hôtel de ville. À cette vue, un notaire, homme sensible, qu’on a mis là en sentinelle, est saisi d’horreur, se sauve, et les autres gardes nationaux du poste se hâtent de fermer la grille. Les Parisiens, poussant toujours leur captif, vont au district, puis au département, « pour dénoncer les aristocrates » ; en chemin, ils continuent à frapper sur le vieillard, qui tombe ; alors ils lui tranchent la tête, mettent le corps en morceaux et promènent la tête au bout d’une pique. Cependant, dans la même ville vingt-deux gentilshommes, à Beaune quarante prêtres et nobles, à Dijon quatre-vingt-trois chefs de famille, écroués comme suspects sans interrogatoire ni procès et détenus à leurs frais pendant deux mois sous les piques, se demandent chaque matin si la populace et les volontaires, qui poussent des cris de mort dans les rues, ne vont pas les élargir comme à Paris[83]. — Un rien suffit pour provoquer le meurtre. Le 19 août, à Auxerre, pendant le défilé de la garde nationale, trois citoyens, après avoir prêté le serment civique, « ont quitté leurs rangs », et, comme on les rappelle « pour les faire rejoindre », l’un d’eux, par impatience ou mauvaise humeur, « fait un geste indécent » ; à l’instant, la populace qui se croit insultée, fond sur eux, écarte la municipalité et la garde nationale, blesse l’un et tue les deux autres[84]. Quinze jours après, au même endroit, de jeunes ecclésiastiques sont massacrés, et « le cadavre de l’un d’eux reste trois jours sur un fumier, sans qu’on permette à ses parents de l’enterrer ». Presque à la même date, dans un village de sabotiers à cinq lieues d’Autun, quatre ecclésiastiques munis de passeports, parmi eux un évêque et ses deux grands vicaires, ont été arrêtés, puis fouillés, puis volés, puis assassinés par les paysans. — Au-dessous d’Autun, notamment dans le district de Roanne, les villageois brûlent les terriers des propriétés nationales ; les volontaires rançonnent les propriétaires ; les uns et les autres, ensemble ou séparés, se livrent à tous les excès et à toutes sortes d’horreurs contre ceux qu’ils soupçonnent d’incivisme sous prétexte des opinions religieuses[85] ». Si rempli et si offusqué que soit l’esprit de Roland par les généralités philosophiques, il a longtemps inspecté dans ce pays les manufactures ; tous les noms de lieux lui sont familiers ; cette fois les objets et les formes se dessinent dans son imagination desséchée, et il commence à voir les choses à travers les mots.

Le doigt de Mme Roland se pose sur ce Lyon qu’elle connaît si bien. Deux ans auparavant, elle s’indignait contre « la quadruple aristocratie de la ville, petits nobles, prêtres, gros marchands et robins, bref ce qu’on appelait les honnêtes gens dans l’insolence de l’ancien régime[86] » ; à présent, elle y trouve une autre aristocratie, celle du ruisseau. À l’exemple de Paris, les clubistes de Lyon, conduits par Châlier, ont préparé le massacre en grand de tous les malveillants ou suspects ; un autre meneur, Dodieu, a dressé la liste nominative de deux cents aristocrates à pendre, et, le 9 septembre, les femmes à piques, les enragés des faubourgs, des bandes « d’inconnus », ramassés par le club central[87], entreprennent de nettoyer les prisons. Si la boucherie n’y est pas aussi large qu’à Paris, c’est que la garde nationale, plus énergique, intervient au moment où, dans la prison de Roanne, un émissaire parisien, Saint-Charles, tenant sa liste, relevait déjà les noms sur le livre d’écrou. Mais, en d’autres endroits, elle est arrivée trop tard. — Huit officiers de Royal-Pologne, en garnison à Auch, quelques-uns ayant vingt et trente ans de service, avaient été contraints, par l’insubordination de leurs cavaliers, de donner leur démission ; cependant, sur la demande expresse du ministre de la guerre, ils étaient restés à leur poste par patriotisme et, en vingt-deux jours de marches pénibles, ils avaient conduit leur régiment d’Auch à Lyon. Trois jours après leur arrivée, saisis de nuit dans leurs lits, menés à Pierre-Encize, lapidés dans le trajet, tenus au secret, l’interrogatoire, répété et prolongé, n’a mis au jour que leurs services et leur innocence. Ce sont eux que la populace jacobine vient enlever de prison ; des huit, elle en égorge sept dans la rue, avec eux quatre prêtres, et l’étalage que les assassins font de leur œuvre est encore plus impudent qu’à Paris. Toute la nuit, ils paradent dans la ville avec les têtes des morts au bout de leurs piques ; ils les portent, place des Terreaux, dans les cafés, ils les posent sur les tables et, par dérision, leur offrent de la bière ; puis ils allument des torches, entrent au théâtre des Célestins, et, défilant sur la scène avec leurs trophées, ils introduisent la tragédie réelle dans la tragédie feinte. — Épilogue grotesque et terrible : à la fin du dossier, Roland trouve une lettre de son collègue Danton[88] qui le prie de faire élargir les officiers massacrés depuis trois semaines ; « car, dit Danton, s’il n’y a pas lieu à accusation contre eux, il serait d’une injustice révoltante de les retenir plus longtemps dans les fers ». Sur la lettre de Danton, le commis de Roland a mis en note : « Affaire finie ». — Ici, je suppose, les deux époux se regardent sans rien dire. Mme Roland se souvient peut-être qu’au commencement de la Révolution, elle-même demandait des têtes, surtout « deux têtes illustres », et souhaitait « que l’Assemblée nationale leur fit leur procès en règle, ou que de généreux Décius » se dévouassent pour « les abattre[89] ». Ses vœux sont exaucés ; le procès en règle va commencer, et les Décius qu’elle a invoqués fourmillent dans toute la France.

Reste le point du Sud-Est, cette Provence que Barbaroux lui représentait comme le dernier asile de la philosophie et de la liberté. Le doigt de Roland descend du Rhône, et des deux côtés, en passant, il rencontre les méfaits ordinaires. — Sur la droite, dans le Cantal et dans, le Gard, « les défenseurs de la patrie » se remplissent les poches aux dépens des contribuables qu’ils désignent eux-mêmes[90], et, dans la langue nouvelle, cette souscription forcée s’appelle « don volontaire ». « De pauvres ouvriers de Nîmes ont été taxés à 50 livres, d’autres à 200, 300, 900, 1000, sous peine de dévastation et de mauvais traitements. » Dans la campagne, près de Tarascon, les volontaires, reprenant les pratiques des anciens brigands, lèvent le sabre sur la tête de la mère, menacent d’étouffer la tante évanouie dans son lit, tiennent l’enfant suspendu au-dessus du puits, et extorquent ainsi au propriétaire ou fermier jusqu’à 4000 et 5000 livres : le plus souvent celui-ci n’ose rien dire ; car, en cas de plainte, il est sûr de voir incendier sa ferme et couper ses oliviers[91]. — Sur la rive gauche, dans l’Isère, le lieutenant-colonel Spendeler, saisi par la populace de Tullins, a été assassiné, puis pendu par les pieds à un arbre de la route[92] ; dans la Drôme, les volontaires du Gard ont forcé la prison de Montélimar et haché un innocent à coups de sabre[93] ; dans le Vaucluse, le pillage est universel et en permanence. Seuls admis dans la garde nationale et aux fonctions publiques, les anciens brigands d’Avignon, avec la municipalité pour complice, font des rafles dans la ville et des razzias dans la campagne : dans la ville, 450000 francs de « dons volontaires » versés aux meurtriers de la Glacière par les amis ou parents des morts ; dans la campagne, des rançons de 1000 à 10000 livres imposées aux cultivateurs riches, sans compter les orgies de la conquête et les gaietés de l’arbitraire, les quêtes à main armée et à domicile pour arroser la plantation des innombrables arbres de la Liberté, les repas de 5 à 600 livres faits avec l’argent extorqué, la ripaille à discrétion et le dégât sans frein dans les fermes envahies[94], bref tous les abus de la force en goguette qui s’amuse de ses brutalités et s’enorgueillit de ses attentats.

Sur cette traînée de meurtres et de vols, le ministre arrive à Marseille, et subitement, j’imagine, il s’arrête avec une sorte de stupeur. Non pas qu’il soit étonné par les assassinats populaires ; sans doute, on lui en mande d’Aix, d’Aubagne, d’Apt, de Brignoles, d’Eyguières, et il y en a plusieurs séries à Marseille, une en juillet, deux en août, deux en septembre[95] ; mais il doit y être accoutumé. Ce qui le trouble, c’est que là-bas le lien national se rompt ; il voit des départements qui se détachent : des États nouveaux, distincts, indépendants, complets se fondent en invoquant la souveraineté du peuple ; publiquement et officiellement, ils gardent pour leurs besoins locaux les impôts perçus pour le gouvernement du centre, ils décernent des peines contre leurs habitants réfugiés en France, ils instituent des tribunaux, ils imposent des contributions, ils lèvent des troupes et font des expéditions militaires[96]. Réunis pour nommer leurs représentants à La Convention, les électeurs des Bouches-du-Rhône ont voulu par surcroît établir dans tout le département « le règne de la liberté et de l’égalité » et, à cet effet, ils ont formé, dit l’un d’eux, « une armée de douze cents héros pour purger les districts où l’aristocratie bourgeoise lève encore sa tête imprudente et téméraire ». En conséquence, à Sonas, Noves, Saint-Remy, Maillane, Eyrague, Graveson, Eyguières, dans toute l’étendue des districts de Tarascon, Arles et Salon, les douze cents héros sont autorisés à vivre à discrétion chez l’habitant et les autres frais de l’expédition seront supportés « par les citoyens suspects[97] ». Ces expéditions se prolongent pendant six semaines et davantage ; il s’en fait au delà du département, à Manosque dans les Basses-Alpes, et Manosque, obligée de verser pour indemnité de déplacement 104000 livres « à ses sauveurs et à ses pères », écrit au ministre que désormais elle ne peut plus acquitter ses impositions.

De quelle espèce sont les souverains improvisés qui ont institué ce brigandage ambulant ? — Là-dessus Roland n’a qu’à interroger son ami Barbaroux, leur président et l’exécuteur de leurs arrêts : « neuf cents personnes, écrit Barbaroux lui-même, en général peu instruites, n’écoutant qu’avec peine les gens modérés et s’abandonnant aux effervescents, des intrigants habiles à semer la calomnie, de petits esprits soupçonneux, quelques hommes vertueux, mais sans lumières, quelques gens éclairés, mais sans courage, beaucoup de patriotes, mais sans mesure, sans philosophie », bref un club jacobin, si jacobin, « qu’à la nouvelle des massacres du 2 septembre, il fit retentir la salle de ses applaudissements[98] » ; au premier rang, une foule d’hommes avides d’argent et de places, dénonciateurs éternels, supposant des troubles ou les exagérant pour se faire donner des commissions lucratives[99] », en d’autres termes la meute ordinaire des appétits aboyants qui se lancent à la curée. — Pour les connaître à fond, Roland n’a qu’à feuilleter un dernier dossier, celui du département voisin, et à considérer leurs collègues du Var. Dans ce grand naufrage de la raison et de la probité qu’on appelle la révolution jacobine, quelques épaves surnageaient encore : c’étaient les administrations du département, composées en beaucoup d’endroits de libéraux, amis de l’ordre ; éclairés, intègres et défenseurs persévérants de la loi. Tel était le directoire du Var[100]. Pour se débarrasser de lui, les Jacobins de Toulon ont imaginé un guet-apens digne des Borgia et des Oliveretto du seizième siècle[101]. Le 28 juillet au matin, Sylvestre, président du club, a distribué à ses affidés de la banlieue et de la ville un énorme sac de bonnets rouges, et il a disposé aux bons endroits ses escouades. Cependant la municipalité, sa complice, vient en cérémonie visiter les administrateurs du département, et les invite à fraterniser avec elle devant le peuple. Ils sortent sans défiance, chacun au bras d’un officier municipal ou d’un délégué du club. À peine ont-ils fait quelques pas sur la place que, de chaque avenue, débouche une troupe de bonnets rouges apostés. Le procureur-syndic, le vice-président du département et deux autres administrateurs sont saisis, sabrés et pendus ; un autre, M. Debaux, parvient à s’échapper, se cache, saute la nuit par-dessus les remparts, se casse la cuisse et reste là gisant ; le lendemain matin on l’y découvre ; une bande, conduite par Jassaud, ouvrier du port, et par Lemaille, qui s’intitule « le pendeur de la ville », vient le relever, l’emporte sur un brancard et l’accroche au premier réverbère. D’autres bandes expédient de même l’accusateur public, un administrateur du district, un négociant, puis, se répandant dans la campagne, pillent et tuent dans les bastides. — Vainement le commandant de place, M. Dumerbion, a supplié la municipalité de proclamer la loi martiale. Non seulement elle refuse, mais elle lui enjoint de faire rentrer dans les casernes la moitié de ses troupes. En revanche, elle met en liberté les soldats condamnés au bagne et tous les militaires détenus pour insubordination. — Dès lors la dernière ombre de discipline s’évanouit, et, dans le mois qui suit, les meurtres se multiplient. L’administrateur de la marine, M. Possel, est enlevé de sa maison, et on lui passe la corde au cou ; il est sauvé tout juste par un bombardier, secrétaire du club. Un membre du directoire, M. Senis, empoigné dans sa maison de campagne, est pendu sur la place du Vieux-Palais. Le capitaine de vaisseau Desidery, le curé de la Valette, M. Sacqui des Thourets, sont décapités dans la banlieue, et leurs têtes rapportées au bout de trois perches. M. de Flotte, vice-amiral, homme à stature d’Hercule, d’une mine si grave et si austère, qu’on le surnommait « le Père éternel », est attiré en trahison à la porte de l’arsenal et voit la lanterne déjà descendue ; il arrache un fusil, se défend, succombe sous le nombre, et, après avoir été sabré, il est pendu. Sabré de même, M. de Rochemore, major général de la marine, est pendu de même : une grosse artère, tranchée sur le cou du cadavre, jetait d’en haut un filet de sang sur les pavés ; Barry, l’un des exécuteurs, y lave ses mains et en asperge l’assistance. — Barry, Lemaille, Jassaud, Sylvestre et les autres assassins principaux, voilà les nouveaux rois de Toulon, assez semblables à ceux de Paris ; ajoutez-y un certain Figon qui donne audience dans son galetas, redresse les inégalités sociales, marie de force des filles de gros fermiers à des républicains pauvres, ou des filles perdues à des jeunes gens riches[102], et, sur des listes fournies par le club ou par les municipalités voisines, rançonne un à un les gens opulents ou aisés. Pour que rien ne manque au portrait de la bande, notez que, le 23 août, elle a tenté de mettre en liberté les 1800 forçats ; mais ceux-ci se sont méfiés, ils n’ont pas compris qu’on pût les prendre pour alliés politiques, ils n’ont osé sortir, ou, du moins, la portion honnête de la garde nationale est arrivée à temps pour les remettre à la chaîne. Mais son effort s’est arrêté là, et, pendant une année encore, l’autorité publique restera aux mains d’une faction qui, en fait d’ordre public, n’a pas même les sentiments d’un forçat.

Plus d’une fois, pendant le cours de cette longue revue, le ministre a dû sentir une rougeur de honte lui monter au visage ; car, aux réprimandes qu’il adresse aux administrations inertes, elles répliquent par son propre exemple : « Vous voulez que nous dénoncions à l’accusateur public les arrestations arbitraires ; avez-vous dénoncé les coupables de pareils délits et de plus grands dans la capitale[103] ? » — De toutes parts, les opprimés ont crié vers lui, vers « le ministre patriote, ennemi prononcé de l’anarchie », vers « le bon et incorruptible ministre de l’intérieur… à qui on n’a pu reprocher que le bon sens de sa femme », et il n’a su leur envoyer pour réponse que des dissertations et des condoléances : « Gémir sur les événements qui désolant le département, dire que les administrations sont vraiment utiles quand elles préviennent les maux, que c’est une triste nécessité d’être réduit à chercher des remèdes, leur recommander une surveillance plus active[104]. » — « Gémir, et trouver des consolations dans les observations en la lettre » qui annonce quatre assassinats, mais fait observer que « les victimes immolées étaient des antirévolutionnaires[105] ». Il a dialogué par écrit avec des municipalités de village et donné des leçons de droit constitutionnel à des communautés de casseurs de grès[106]. — Mais, sur ce terrain, il a été battu par ses propres principes et, à leur tour, les purs Jacobins lui font la leçon ; eux aussi, ils savent tirer les conséquences de leur dogme. « Frère et ami, monsieur, écrivent ceux, de Rouen[107], pour n’être pas sans cesse comme aux genoux de la municipalité, nous nous sommes déclarés sections de la commune délibérantes et permanentes. » Que les soi-disant autorités constituées, que les formalistes et pédants du conseil exécutif, que le ministre de l’intérieur y regarde à deux fois avant de blâmer l’exercice de la souveraineté populaire. Le souverain élève la voix et fait rentrer ses commis sous terre : spoliations et meurtres, tout ce qu’il a fait est juste. « Auriez-vous oublié, après la tempête, ce que vous avez dit vous-même, dans le fort de l’orage, que c’est à la nation à se sauver elle-même ? Eh bien, c’est ce que nous avons fait[108]… Quoi ! lorsque la France entière retentissait de cette proclamation si longtemps attendue que la tyrannie est abolie, vous auriez voulu que des traîtres, qui s’efforçaient de la faire revivre, n’excitassent pas contre eux la vindicte publique ? Dans quel siècle, grand Dieu, trouve-t-on de semblables ministres ! » Taxes arbitraires, amendes, confiscations, expéditions révolutionnaires, garnisaires ambulants, pillages, qu’y a-t-il à reprendre dans tout cela ? « Nous ne disons pas que ces voies sont légales ; mais, nous rapprochant de la nature, nous demandons quel est le but que l’opprimé se propose en invoquant la justice. Serait-ce de languir et de poursuivre en vain une réparation équitable que les formes judiciaires font fuir devant lui ? Corrigez ces abus, ou ne trouvez pas mauvais que le peuple souverain les supprime d’avance… À tant de titres, vous voudrez bien, Monsieur, révoquer vos injures et réparer vos torts, avant que nous ne venions à les rendre publics. »… « Citoyen ministre, on vous flatte, on vous dit trop souvent que vous êtes vertueux ; dès que vous vous plaisez à l’entendre dire, vous cessez de l’être… Chassez les brigands astucieux qui vous entourent, écoutez le peuple, et souvenez-vous que le citoyen ministre n’est que l’exécuteur de la volonté du peuple souverain. » — Si borné que soit Roland, il doit enfin comprendre : les vols et assassinats sans nombre qu’il vient de relever ne sont pas une explosion irréfléchie, un accès de délire passager, mais le manifeste du parti vainqueur, le début d’un régime établi. Sous ce régime, écrivent les Jacobins de Marseille, « aujourd’hui, dans nos contrées heureuses, les bons dominent les mauvais et forment un corps qui ne souffre point de mélange : tout ce qui est vicieux se cache ou est exterminé ». — Le programme est net, et il a été commenté par des actes. C’est ce programme que la faction, pendent tout l’interrègne, a signifié aux électeurs.

  1. Guillon de Montléon, I, 122. Lettre de Laussel aux Jacobins de Lyon, datée de Paris, 28 août 1792 : « Dites-moi combien on a coupé de têtes chez nous ; ce serait une infamie d’avoir laissé échapper nos ennemis. »
  2. Les Révolutions de Paris, par Prudhomme, tome XIII, 59-63 (14 juillet 1792).
  3. Décrets des 10 et 11 août 1792.
  4. Prudhomme, n° du 15 septembre, 483. — Mortimer-Ternaux, IV, 430.
  5. Mortimer-Ternaux, IV, 11. Rapport de Fauchet, 6 novembre 1792. — Ib., IV, 91, 142. Discours de M. Fockedey, administrateur du département du Nord, et de M. Bailly, député de Seine-et-Marne.
  6. Prudhomme, n° du 1er septembre 1792, 375, 381, 385 ; n° du 22 septembre, 528, 530. — Cf. Guillon de Montléon, I, 144. Principes énoncés par les chefs jacobins de Lyon, Châlier, Laussel, Cusset, Rouillot, etc. : « Le temps est arrivé où doit s’accomplir cette prophétie : les riches seront mis à la place des pauvres, et les pauvres à la place des riches. » — « Les riches seront encore heureux si on leur laisse la moitié de leurs biens. » — « Si les ouvriers de Lyon manquent d’ouvrage et de pain, ils pourront mettre ces calamités à profit en s’emparent des richesses à côté desquelles ils se trouvent. » — « Nul individu ne peut mourir de faim auprès d’un sac de blé. Voulez-vous un mot qui paye pour tout ce dont vous avez besoin ? Mourez, ou faites mourir. »
  7. Prudhomme, n° du 28 août 1792, 284 à 287.
  8. Cf. la Révolution, IV, 246. Dans dix départements, la septième jacquerie continue sans interruption la sixième. Entre autres exemples, ou peut lire (Archives nationales, F7, 3271) cette lettre des administrateurs du Tarn, 18 juin 1792 : « Des attroupements nombreux parcouraient la ville (Castres) et la campagne. Ils entraient de force dans les maisons des citoyens, brisaient les meubles et pillaient tout ce qui tombait sous leurs mains. Des femmes et des filles éprouvaient des traitements, ignominieux. Les commissaires envoyés par le district et la municipalité pour prêcher la paix furent insultés, menacés. Le pillage fut renouvelé, l’asile du citoyen violé. » — « En tout cas, ajoutent les administrateurs, les progrès de la Constitution deviennent sensibles par l’émigration subite et considérable de ses ennemis. »
  9. Archives nationales, F7, 3272., Lettres des administrateurs du Var, 27 mai 1792. — Lettre du ministre Duranthon, 28 mai. — Lettre de la commission composant le directoire, 31 octobre.
  10. Archives nationales, F7, 3271, Lettre des administrateurs du Var, 27 mai. — Ce mot est le résumé de l’esprit révolutionnaire, revient partout. — Cf. Duc de Montpensier, Mémoires, 11. À Aix, un de ses gardiens disait aux sans-culottes qui faisaient irruption dans la salle où il était déposé : « Citoyens, par quel ordre êtes-vous entrés ici, et pourquoi avez vous forcé la garde qu’on avait mise à la porte ? » — Un d’eux répondit : « Par ordre du peuple. Ne sais-tu pas que le peuple est souverain ? »
  11. Archives nationales, F7, 3272. Lettre de l’accusateur public, 23 mai. — Lettres des administrateurs du département, 22 et 27 mai. (Sur les événements du 13 mai au Beausset.)
  12. Archives nationales, F7, 3193 et 3194. On trouvera dans ces dossiers les détails antérieurs ; ce département est un de ceux où la septième jacquerie n’est que le prolongement de la sixième. — F7, 3193. Lettre du commissaire du roi près le tribunal de Milhau, 5 mai 1791 : « Notre position empire ; les corps administratifs continuent d’être sans force et sans moyens. La plupart des membres n’ont pu encore rentrer dans l’exercice de leurs fonctions, et les factieux, dominant toujours, multiplient leurs excès dans tous les genres du mal. Nouvel incendie à une maison de campagne plus près de la ville ; invasion d’une autre, destruction de tout le mobilier et d’une partie du couvert, bris et fracture des portes et des fenêtres ; visite dans plusieurs maisons sous prétexte d’un recèlement d’armes ou de poudre ; enlèvement de toute celle qui s’est trouvée chez les particuliers et marchands qui n’étaient pas voués au parti factieux ; cris tumultueux, rassemblements nocturnes, complots formés pour le pillage ou l’incendie ; troubles causés par la vente des grains ; recherches sous ce prétexte dans les greniers des particuliers, prix fixé au rabais du courant, enlèvement de 40 louis en espèces à une dame qui se retirait à la campagne, et qui furent trouvés dans sa malle, qui fut enfoncée, et qui doivent être, dit on, remplacés par des assignats. Les officiers de police et la municipalité, témoins de ces excès, sont parfois forcés de les autoriser par leur présence ; ils n’osent ni les réprimer ni en punir les auteurs connus. Tel est l’abrégé des désordres qui se sont commis en moins de huit jours. » — Pour Saint-Affrique en particulier, cf. F7, 3194, entre autres la lettre des administrateurs du département ; 29 mars 1792.
  13. Archives nationales, F7, 3193. Extrait des registres du greffe du juge de paix de Saint-Affrique, et rapport des commissaires du département, 10 novembre 1792 (avec les dépositions des témoins, formant un cahier de 115 pages).
  14. Dépositions d’Alexis Bro, volontaire, et de trois autres.
  15. Déposition de Pons, marchand. Après cette dévastation, il a été obligé d’adresser une pétition au pouvoir exécutif pour obtenir la permission de rester dans la ville.
  16. Déposition de Capdenet, cordonnier.
  17. Dépositions de Marguerite Galzeng, de la femme de Guibal, meunier, de Pierre Canac, etc.
  18. Dépositions de Martin, procureur-syndic de la commune de Brusque, d’Aussel, curé de Versols, de Martial Aussel, vicaire de Lapeyre, etc.
  19. Déposition d’Anne Tourtoulon.
  20. Dépositions de Jeanne Tuffon, de Marianne Terral, de Marguerite Thomas, de Martin, procureur-syndic de la commune de Brusque, de Virot, de Brassier, etc. Les détails sont trop précis pour être transcrits.
  21. Dépositions de Moursol, cardeur de laine, de Louis Grand, administrateur du district, etc.
  22. Par exemple à Limoges, 16 août. — Cf. Louis Guibert, le Parti girondin dans la Haute-Vienne, 14.
  23. Paris, Histoire de Joseph Lebon, I, 60. Renouvellement de la municipalité d’Arras ; Joseph Lebon est proclamé maire, 16 septembre.
  24. Par exemple à Caen et à Carcassonne.
  25. Par exemple à Toulon.
  26. Un séjour en France, 19, 29.
  27. Ib., 38 : « M. de M…, qui a servi pendant trente ans, a rendu ses armes à un tout jeune garçon, et celui-ci s’est conduit envers lui avec la plus extrême insolence. »
  28. Paris, Histoire de Joseph Lebon, I, 55 et suivantes. — Albert Babeau, Histoire de Troyes, I, 503-515. — Sauzay, III, ch. i.
  29. L’Ancien Régime, II, 284, 301, 302.
  30. Archives nationales, F7, 3217. Lettre de Castanet, ancien gendarme, 21 août 1792.
  31. Ib., F7, 3219. Lettre de M. Alquier au premier consul, 18 pluviôse, an VIII.
  32. Lauvergne, Histoire du Var, 104.
  33. Mortimer-Ternaux, III, 325, 327.
  34. Archives nationales, F7, 3271. Lettre du ministre de la justice, avec procès-verbaux de la municipalité de Rabastens : « Le juge de paix de Rabastens a été insulté dans sa maison : on lui a enlevé la procédure commencée contre le chef d’une municipalité, ancien soldat déserteur, traduit devant les tribunaux pour vol ; on a menacé le juge de paix de le poignarder s’il la recommençait. De nombreux attroupements de gens sans aveu parcourent les campagnes, pillant et rançonnant les propriétaires… Le peuple a été égaré par un officier municipal, un curé constitutionnel et un frère du sieur Tournal, l’un des auteurs des maux qui ont désolé le Comtat » (5 mars 1792).
  35. Guillon de Montléon, I, 84, 109, 139, 155, 158, 404. — Ib., 441, détails sur Châlier, par son camarade Chassagnon. — Archives nationales, F7, 3255. Lettre de Laussel, 22 septembre 1792.
  36. Barbaroux, Mémoires, 85. Barbaroux est témoin oculaire, car il vient de revenir à Marseille et va présider l’assemblée électorale des Bouches-du-Rhône.
  37. C. Rousset, les Volontaires, etc., 67. — Dans son rapport du 27 juin, Aubert-Dubayet évalue le nombre des volontaires à 84000.
  38. C. Rousset, Ib., 101. Lettre de Kellermann, 23 août 1792. — Un séjour en France, 27, 28. — Sur la misère générale, les textes sont innombrables. Cf., la Révolution, IV, 125 et suivantes. — Archives nationales, F7, 3214. Lettre d’un habitant de Nogent-le-Rotrou (Eure). « Sur 8000 habitants, la moitié au moins a besoin de secours, et les deux tiers de ceux-ci sont dans la plus affreuse nécessité et ont à peine de la paille pour se reposer. » (3 décembre 1792.)
  39. C. Rousset, ib., 106. Lettre du général de Biron, 23 août 1792, — Ib., 126. Lettre de Vezu, chef de bataillon, 24 juillet 1793.
  40. C. Rousset, ib., 144. Lettre d’un administrateur du district de Moulins au général de Custine, 27 janvier 1793. — Un séjour en France, 27 : « Je suis fâchée de voir que la plupart des volontaires qui vont rejoindre l’armée sont des vieillards ou de très jeunes garçons. » — C. Rousset, Ib., 74, 108, 296. Lettre de Biron, 7 novembre 1792. — Ib., 105. Lettre du commandant de Fort-Louis, 17 août. — Ib., 127. Lettre du capitaine Motmé. Un tiers du 2e bataillon de la Haute-Saône est composé d’enfants de 13 à 14 ans.
  41. Moniteur, XIII, 742 (21 septembre). Le maréchal Lückner et ses aides de camp manquent d’être tués par les volontaires parisiens. — Archives nationales, BB, 16 703. Lettre de Labarrière, aide de camp du général de Flers, Anvers, 19 mars 1793, sur la désertion en masse des gendarmes de l’armée de Dumouriez, qui reviennent à Paris.
  42. Cf. L’Armée et la garde nationale, par le baron Poisson, III, 475 : « Lorsque les hostilités furent déclarées (avril 92), le contingent volontaire fut fixé à 200000 hommes. Cette seconde tentative n’amena que des levées confuses et désordonnées. Le peu de consistance des troupes volontaires rendit impossible de continuer la guerre en Belgique et permit à l’étranger de franchir la frontière. » — Gouverneur Morris, si bien informé, écrit déjà le 27 décembre 1791 : « Les gardes nationaux qui se sont enrôlés comme volontaires sont, en beaucoup de cas, cette excroissance malsaine qui se développe dans la population surabondante des grandes cités,… sans force physique pour supporter les fatigues de la guerre,… avec tous les vices et toutes les maladies qui peuvent faire d’eux le fléau de leurs amis et la risée de leurs ennemis. » — Buchez et Roux, XXVI, 177. Plan des administrateurs de l’Hérault, présenté, à la Convention le 27 avril 1793 : « On ne doit pas dissimuler quelle est la composition du recrutement. La plupart des hommes qui le forment ne sont pas des volontaires, ne sont pas des citoyens de toutes les classes de la société qui, ayant subi le sort ou le scrutin, se soient décidés volontiers à aller défendre la république. La plupart des recrues sont des hommes de remplacement, qui, par l’appât d’un salaire considérable, se sont déterminés à quitter leurs foyers. »
  43. C. Rousset, 47. Lettre du directoire de la Somme, 26 février 1792.
  44. Archives nationales, F7, 3270. Délibération du conseil général de la commune de Roye, 8 octobre 1792 (à propos des violences exercées par deux divisions de gendarmerie parisienne pendant leur passage, les 6, 7 et 8 octobre).
  45. Moore, I, 338 (8 septembre 1792).
  46. C. Rousset, les Volontaires etc., 189. Lettre au ministre de la guerre, datée de Dunkerque, 29 avril 1793. — Archives nationales, BB, 16 703. Garde nationale parisienne, état-major général, ordre du jour, lettre du citoyen Férat, commandant d’Ostende ; au ministre de la guerre, 19 mars 1793 : « Depuis que les gendarmes sont avec nous à Ostende, il n’y a que bruit journellement ; ils attaquent les officiers et volontaires, se permettent de leur arracher les épaulettes, ne parlent que de couper, de hacher, et disent qu’ils ne connaissent aucun supérieur, qu’ils sont à l’égalité, et qu’ils veulent agir à leur fantaisie. Tous ceux à qui je donne des ordres pour les faire arrêter sont menacés et poursuivis à coups de sabre et le pistolet à la main. »
  47. C. Rousset, ib., 45. Lettre du général de Wimpffen, 30 décembre 1792. — Souvenirs du général de Pelleport, 7 et 8.
  48. C. Rousset, ib., 45. Rapport du général de Wimpffen, 20 janvier 1792. — Ib., 103. Lettre du général de Biron, 23 août 1792.
  49. C. Rousset, ib., 47, 48. — Archives nationales, F7, 5249. Procès-verbal de la municipalité de Saint-Maxence, 21 janvier 1792. F7, 3275. Procès-verbal de la municipalité de Châtellerault, 27 décembre 1791. — F7, 3285 et 3286. Lettres du directoire du département de l’Aisne, 9 et 10 mars 1792. — F7, 3213. Lettre de Servan, ministre de la guerre, à Roland, 12 juin 1792 : « Je reçois, ainsi que vous et M. Le ministre de la justice, des plaintes très fréquentes contre les volontaires nationaux. Ils se portent journellement à des excès très répréhensibles dans les lieux où ils sont cantonnés ou par où ils passent pour se rendre à leur destination. » — Ib. Lettre de Duranthon, ministre de la justice, 5 mai : « Ces faits se répètent, avec des circonstances plus ou moins aggravantes, dans tous les départements. »
  50. Archives nationales, F7, 3193. Procès-verbal des commissaires du département de l’Aveyron, 4 avril 1792 : « Parmi les pillards et les incendiaires des châteaux de Privezac, Vaureilles, Péchins et autres maisons menacées, il y avait nombre de recrues qui avaient déjà pris la route de Rodez pour se rendre à leurs régiments respectifs. » Du château de Privezac, il ne reste qu’un tas de ruines ; les maisons du village sont « gorgées d’effets pillés », et les habitants se sont partagé les bestiaux du propriétaire. — Comte de Seilhac, Scènes et portraits de la Révolution dans le bas Limousin, 305. Pillage des châteaux de Saint-Jéal et de Seilhac, le 12 avril 1793, par le 3e bataillon de la Corrèze, commandé par Bellegarde, ancien domestique du château.
  51. Archives nationales, F7, 3370. Délibération du Conseil général de la commune de Roye, 8 octobre 1792 (passage de deux divisions de gendarmerie parisiennes) : « Les habitants et les officiers municipaux ont été successivement le jouet de leur insolence et de leur brutalité, continuellement menacés, en cas de refus, de se voir couper la tête, et voyant lesdits gendarmes, notamment les canonniers, toujours menaçants et le sabre nu à la main. Le citoyen maire surtout a été excédé par lesdits canonniers,… le faisant danser sur la place d’Armes, où ils se sont portés avec des violons et où ils sont restés jusqu’à minuit, en le pressant et le poussant rudement dans leurs rangs, en le traitant d’aristocrate, en le faisant affubler du bonnet rouge, en le menaçant continuellement de lui couper la tête à lui et à tous les aristocrates de la ville, menace qu’ils juraient d’exécuter pour le lendemain, déclarant ouvertement, notamment deux ou trois d’entre eux, qu’ils étaient de ceux qui avaient massacré les prisonniers de Paris à la journée du 2 septembre, et qu’il ne leur en coûtait rien de massacrer. »
  52. Des résumés, par ordre de dates ou par ordre de lieux, et semblables à celui qu’on va lire, se rencontrent parfois avec les dossiers. Je n’ai fait ici que la besogne du commis ordinaire, en me conformant aux habitudes méthodiques de Roland.
  53. 17 août 1292 (Moniteur, XIII, 383. Rapport de M. Emmery).
  54. Archives nationales, F7, 3271. Lettre des administrateurs du Tarn, 21 juillet.
  55. Ib., F7, 3234. Rapport des officiers municipaux de Clairac, 20 juillet. — Lettre du procureur-syndic de Lot-et-Garonne, 16 septembre.
  56. Mercure de France, n° du 28 juillet. Lettres de Bordeaux.
  57. Archives nationales, F7, 3275. Lettre des administrateurs de la Haute-Vienne, 28 juillet (avec procès-verbaux).
  58. Archives nationales. F7, 3223. Lettre du directoire du district de Neuville aux administrateurs du département, 18 septembre.
  59. Archives nationales, F7, 3223. Rapport des administrateurs du département et du conseil général de la commune d’Orléans, 16 et 17 septembre. (Le désarmement avait été exécuté en vertu des décrets du 26 août et du 2 septembre.)
  60. Archives nationales, F7, 3249. Lettre du lieutenant de gendarmerie de Domfront, 23 septembre (avec le procès-verbal du 19 septembre).
  61. Ib., F7, 3249 ; Brouillon de lettre de Roland, 4 octobre, et divers autres. — Lettre des officiers municipaux de Ray, 24 septembre. — Lettre de M. Desdouits, propriétaire, 30 septembre. — Lettre du conseil permanent de L’Aigle, 1er octobre, etc.
  62. Archives nationales. Lettre des administrateurs de l’Orne, 7 septembre.
  63. Mortimer-Ternaux, III, 337 (6 septembre).
  64. Archives nationales, F7, 3265. Lettre du lieutenant général de gendarmerie, 30 août. — Procès-verbal de la municipalité de Rouen sur l’insurrection du 29 août. — Lettre des administrateurs du département, 18 septembre. — Lettre de David, cultivateur et administrateur du département, 11 octobre. — Lettre des administrateurs du département, 13 octobre, etc.
  65. Albert Babeau, Lettres d’un député de la municipalité de Troyes à l’armée de Dumouriez, 8. Sainte-Menehould, 7 septembre 1792 : « Nos troupes brûlent de se mesurer avec l’ennemi. Le massacre qu’on annonce avoir été fait à Paris ne les décourage pas ; au contraire, ils sont charmés qu’on se débarrasse dans l’intérieur des personnes suspectes. »
  66. Moore, I, 338 (4 septembre). À Clermont, meurtre d’un marchand de poisson, tué pour gros mots par des volontaires bretons. — Ib., 401 (7 septembre), meurtre du fils du maître de poste à Saint-Amand, soupçonné d’intelligence avec l’ennemi. — Archives nationales, F7, 3249. Lettre des administrateurs du district de Senlis, 31 octobre. (Le 15 août, à Chantilly, assassinat de M. Pigeau au milieu de douze cents personnes.) — C. Rousset, les Volontaires, 84. (Le 21 septembre, à Châlons-sur-Marne, assassinat du lieutenant-colonel Imonnier.) — Mortimer-Ternaux, IV, 172. (Meurtre de quatre déserteurs prussiens à Rethel, le 5 octobre, par les volontaires parisiens.)
  67. Mortimer-Ternaux, III, 378, 594 et suivantes.
  68. Lacretelle, Dix années d’épreuves, 58. Description de Liancourt. — Archives nationales, F7, 3249. Lettre des administrateurs de l’Eure, 11 septembre (avec le procès-verbal de la municipalité de Gisors, du 4 septembre). — Mortimer-Ternaux, III, 550.
  69. Archives nationales, F7, 4394. Lettre de Roland à la Convention, 31 octobre (avec la copie des pièces envoyées par le département du Nord sur les événements des 10 et 11 octobre).
  70. Archives nationales, F7, 3191. Procès-verbal de la municipalité de Charleville, 4 septembre, et lettre de la même, 6 septembre, — Moniteur, XIII, 742, n° du 21 septembre 1792. Lettre du 17 septembre sur les volontaires parisiens de l’armée du maréchal Lückner : « Plusieurs têtes ont été menacées encore hier soir par les volontaires parisiens, entre autres celles du maréchal et de ses aides de camp. Il a menacé quelques fuyards de les renvoyer à leurs régiments. Aussitôt ils se sont écriés qu’on n’était plus sous l’ancien régime, qu’on ne pouvait pas traiter ainsi des frères, qu’il fallait arrêter le général. Plusieurs tenaient déjà la bride du cheval. »
  71. Archives nationales, F7, 3185. Pièces relatives à l’affaire de M. Desfossez. (Le pillage est du 4 septembre.)
  72. Archives nationales, F7, 3185. Lettre de Goulard, maire de Coucy, 4 octobre. — Lettre d’Osselin, notaire, 17 novembre : « On menace d’incendier les deux fermes qui restent à M. Desfossez. » — Lettre de M. Desfossez, 28 janvier 1793. Il déclare n’avoir pas porté de plainte ; si quelqu’un l’a fait pour lui, il en est très fâché : « Cette plainte peut me mettre dans le plus grand danger, d’après la connaissance que j’ai de l’esprit public de la ville de Coucy et la manière dont les coupables ont travaillé et travailleront l’esprit des dix-sept communes qui ont pris part à la dévastation. »
  73. Archives nationales, F7, 3249. Lettre de M. de Gouy à Roland, 21 Septembre. (Très belle lettre et qu’il faudrait transcrire tout entière pour montrer le caractère du gentilhomme de 1789. Beaucoup de cœur et d’illusions, un peu trop de phrases.) La première visite est du 4 septembre, la seconde du 13 septembre.
  74. La plupart des visites domiciliaires aboutissent à des dégâts semblables. Par exemple (Archives nationales, F7, 3265. Lettre des administrateurs de la Seine-Inférieure, 18 septembre 1792), visite du château de Catteville, 7 septembre, par la garde nationale des environs. « La garde nationale s’enivre, brise tous les meubles, fait des décharges redoublées dans les vitres et les glaces, et le château est dans une entière ruine. » Des officiers municipaux, qui veulent s’interposer, manquent d’être tués.
  75. La lettre finit ainsi : « Non, je n’abandonnerai jamais le sol français. » — Guillotiné à Paris, le 5 thermidor an II, comme complice de la prétendue conspiration des prisons.
  76. Archives nationales, F7, 3265. Lettre des administrateurs de l’Oise, 12 et 15 septembre. — Lettre du procureur-syndic du département, 23 septembre. — Lettre des administrateurs de l’Oise, 20 septembre (sur Chantilly) : « Les richesses immenses de cet endroit sont au pillage. » — Dans la forêt de Hez et dans le parc de M. de Fitz-James, devenus propriétés nationales, « les plus beaux arbres sont débités sur place, transportés, vendus publiquement. » — F7, 3268. Lettre du directeur des domaines nationaux de Rambouillet, 31 octobre. Dévastation des bois, « perte de plus de 100000 écus depuis le 10 août ». — « Les agitateurs qui prêchent la liberté aux citoyens des campagnes sont ceux-là mêmes qui occasionnent les désordres dont tout le pays est menacé. Ce sont eux qui provoquent toutes les demandes de partage qui sont faites avec menaces. »
  77. Albert Babeau, I, 504 (20 août).
  78. Mortimer-Ternaux, III, 322. (4 septembre).
  79. Mortimer-Ternaux, III, 325. — Archives nationales, F7, 3239. Procès-verbal de la municipalité de Reims, du 5 au 6 septembre.
  80. Ib., F7, 4394. Correspondance des ministres en 1792 et 1793. (États présentés par Roland à la Convention de la part de divers districts et contenant la liste nominative des prêtres qui demandent des passeports pour l’étranger, des prêtres qui sont partis sans passeports, et des prêtres infirmes ou sexagénaires internés au chef-lieu du département.)
  81. Albert Babeau, I, 515-517. — Guillon de Montléon, I, 120. À Lyon après le 10 août, les insermentés se cachaient ; la municipalité leur offre des passeports ; plusieurs, qui viennent en chercher, sont incarcérés ; d’autres reçoivent un passeport marqué d’un signe qui les fait reconnaître et provoque contre eux sur la route la fureur des volontaires. « La plupart des soldats faisaient retentir l’air des cris : À mort les rois et les prêtres ! » — Sauzay, III. ch. ix, et notamment 193 : « M. Pescheur longeait en courant la route de Belfort à Porentruy, lorsqu’un capitaine de volontaires, qui passait en voiture sur la même route avec d’autres officiers, apercevant le fuyard, demanda son fusil, visa M. Pescheur et le tua. »
  82. Histoire de Châlons-sur-Marne et de ses monuments, par L. Barbat, 420, 425.
  83. Archives nationales, F7, 3207. Lettres du directoire de la Côte-d’Or, 28 août et 26 septembre. — Adresse de la municipalité de Beaune, 2 septembre. — Lettre de M. Jean Sellier, 9 octobre : « Permettez-moi, monsieur, de réclamer votre justice et votre sollicitude pour mon frère, moi et cinq domestiques qui, le 14 septembre dernier, sur l’ordre de la municipalité de Roche-en-Bressy, lieu de notre résidence depuis trois ans, avons été arrêtés par la garde nationale de Saulieu, transférés d’abord dans les prisons de cette ville, puis, le 18, dans celles de Semur, sans y consigner les motifs de notre détention, où nous avons en vain réclamé par requête la justice du directoire du district ; lequel, sans nous interroger ni rien faire connaître, nous a renvoyés, le 25, avec des frais énormes, à Dijon, où le département nous a fait écrouer, toujours sans rien consigner. » — Le directoire du département écrit que « les communes des villes et des campagnes arrêtent les personnes qui leur sont suspectes, et, au lieu de les surveiller elles-mêmes, les conduisent au district. » — Ces emprisonnements arbitraires se multiplient à la fin de 1792 et dans les premiers mois de 1793. Les commissaires de la Convention font arrêter à Sedan 55 personnes en un jour, à Nancy 104 en trois semaines, à Arras plus de 1000 en deux mois, dans le Jura 4000 en deux mois. À Lons-le-Saulnier, tous les nobles avec leurs domestiques, à Aix, tous les habitants d’un quartier, sans exception, sont mis en prison. (Sybel, II, 305.)
  84. Archives nationales, F7, 3276. Lettres des administrateurs de l’Yonne, 20 et 21 août. —Ib., F7, 3255. Lettre du commissaire Bonnemant, 11 septembre. — Mortimer-Ternaux, III, 338. — Lavalette, Mémoires, I, 100.
  85. Archives nationales, F7, 3255. Lettre des administrateurs du district de Roanne, 18 août. Quatorze volontaires du canton de Néronde se portent à Chenevoux, maison appartenant à M. Dulieu, qu’on présume émigré. Ils exigent du gardien du séquestre de la maison 200 francs sous peine de mort, et celui-ci les donne. — Lettre des mêmes, 11 septembre : « Les moyens de répression deviennent nuls tous les jours. Les juges de paix, à qui on dénonce les délits, n’osent informer et juger des citoyens qui se t’ont craindre. Les témoins n’osent déposer, de peur d’être maltraités ou pillés par les malfaiteurs. » — Lettre des mêmes, 22 août. — Procès-verbal de la municipalité de Charlieu, 9 septembre, sur la destruction des terriers : « À quoi nous leur avons représenté que, n’ayant pas la force en main pour nous y opposer, puisqu’ils étaient eux-mêmes la force, nous nous retirions. » — Lettre de l’officier de gendarmerie, 9 septembre, etc.
  86. Lettres autographes de Mme Roland, publiées par Mme Bancal des Issarts, 5 (2 juin 1790).
  87. Archives nationales, F7, 3245. — Lettre du maire et des officiers municipaux de Lyon, 25 août. — Lettre du substitut du procureur de la commune, 29 août. — Copie d’une lettre de Dodieu, 27 août. (Roland répond avec horreur, et dit qu’il faut poursuivre.) — Procès-verbal de la journée du 9 septembre, et lettre de la municipalité, 11 septembre. — Mémoire des Officiers de Royal-Pologne, 7 septembre. — Lettre de M. Périgny, beau-père d’un des officiers assassinés, 19 septembre. — Mortimer-Ternaux, III, 342. — Guillon de Montléon, I, 124. 4-Balleydier, Histoire du peuple de Lyon, 91.
  88. Archives nationales, F7, 3245. Lettre de Danton, 3 octobre.
  89. Étude sur Mme Roland, par Dauban, 89. Lettre de Mme Roland à Bosc, 26 juillet 1789 : « Vous vous occupez d’une municipalité, et vous laissez échapper des têtes qui vont conjurer de nouvelles horreurs. Vous n’êtes que des enfants, votre enthousiasme est un feu de paille, et, si l’Assemblée nationale ne fait pas le procès en régie de deux têtes illustres, ou que de généreux Décius ne les abattent, vous êtes tous f… » — Ib., 17 mai 1790 : « Nos campagnes sont très mécontentes du décret sur les droits féodaux… Il faudra une réforme, ou il y aura encore des châteaux brûlés. Le mal ne serait pas grand, s’il n’était à craindre que les ennemis de la révolution ne profitassent de ces mécontentements pour diminuer la confiance des peuples dans l’assemblée nationale. » — 27 septembre 1790 : « Le mauvais parti triomphe, et l’on oublie que l’insurrection est le plus saint des devoirs, quand la patrie est en danger. » — 24 janvier 1791 : « Le sage ferme les yeux sur les torts ou les faiblesses de l’homme privé ; mais le citoyen ne doit pas faire grâce, même à son père, quand il s’agit du bien public. »
  90. Archives nationales, F7, 3202. Rapport du commissaire, membre du directoire du Cantal, 24 octobre. Le 16 octobre, à Chaudesaigues, les volontaires veulent enfoncer une porte, puis tuer un de leurs camarades opposant, que le commissaire sauve en le couvrant de son corps. C’est le maire du lieu qui, revêtu de son écharpe, les conduit chez les aristocrates, en les exhortant au pillage ; ils entrent de force dans diverses maisons et exigent du vin. Le lendemain, à Saint-Urcize, ils enfoncent la porte du ci-devant curé, dévastent ou pillent sa maison, et « vendent ses meubles à différents particuliers de l’endroit ». Même traitement infligé au sieur Vaissier, maire, et à la dame Lavalette ; leurs caves sont forcées, on porte des barriques sur la place et on boit au robinet. Ensuite « les volontaires vont par bandes dans les paroisses du voisinage contraindre les habitants à leur donner des effets ou de l’argent ». Le commissaire et les officiers municipaux de Saint-Urcize, qui ont essayé de s’entremettre, ont failli être tués, et n’ont été sauvés que grâce aux efforts d’un détachement de cavalerie régulière. Quant au maire jacobin de Chaudesaigues, rien de plus naturel que ses exhortations au pillage : lors de la vente des effets des religieuses, « il avait écarté tous les enchérisseurs et s’était fait adjuger les effets à vil prix ».
  91. Archives nationales, F7, 3217. Lettre de Castanet, ancien gendarme, Nîmes, 21 août. — Lettre de M. Griolet, procureurs-syndic du Gard, 8 septembre : « Permettez, monsieur, que, pour des motifs particuliers, cette lettre soit confidentielle ; je vous prie de ne pas me compromettre. » — Lettre de M. Gilles, juge de paix de Rocquemaure, 31 octobre (avec 18 procès-verbaux).
  92. Ib., F7, 3227. Lettre des officiers municipaux de Tullins. 8 septembre.
  93. Ib., F7, 3190. Lettre de Danton, 9 octobre. — Mémoire de M. Casimir Audiffret (avec pièces à l’appui. Son fils avait été écroué par erreur à la place d’un autre Audiffret, habitant du Comtat, et il a été sabré dans sa prison, le 25 août. Rapport du chirurgien, 17 octobre : le blessé a encore deux grandes plaies à la tête, une à la joue gauche, et la jambe droite paralysée ; il a été transporté de prison en prison si rudement, qu’il à un abcès au poignet, et, si on persiste à le retenir, il mourra bientôt.
  94. Archives nationales, F7, 3195. Lettre de M. Amiel, président du bureau de conciliation, 28 octobre. — Lettre d’un habitant d’Avignon, 7 octobre. — Autres lettres non signées. — Lettre de M. Gilles, juge de paix, 25 janvier 1793.
  95. Fabre, Histoire de Marseille, II, 478 et suivantes. — Archives nationales, F7, 3195. Lettre du ministre de la justice, M. Dejoly (avec pièces à l’appui), 6 août. — Procès-verbaux de la municipalité de Marseille, 21, 22 et 23 juillet. — Procès-verbal de la municipalité d’Aix, 24 août. — Lettre du procureur-syndic du département (avec une lettre de la municipalité d’Aubagne), 22 septembre, etc. M. Jourdan, officier ministériel à Aubagne, était accusé « d’aristocratie » ; on lui avait donné une garde ; vers minuit et demi, la garde est enfoncée, il est enlevé, puis tué, malgré les supplications de sa femme et de son fils. La lettre de la municipalité finit ainsi : « Leurs lamentations nous percent le cœur. Mais, hélas ! qui peut résister au peuple français dans sa fureur ? Nous sommes très cordialement, messieurs, les officiers municipaux d’Aubagne. »
  96. Moniteur, XIII, 560. Arrêté des administrateurs des Bouches-du-Rhône, 3 août, « pour défendre aux receveurs particuliers de verser dorénavant les impôts à la trésorerie nationale ». — Ib., 744. Rapport de Roland. Le département du Var a convoqué à Avignon une réunion de commissaires, à l’effet de pourvoir à la défense de ces contrées : « Cette mesure, dit le ministre, subversive de tout gouvernement, rend nulles les dispositions générales du pouvoir exécutif. » — Archives nationales, F7, 3195. Délibération des trois corps administratifs réunis à Marseille 5 novembre 1792. — Pétition d’Anselme, habitant d’Avignon, résidant à Paris, 14 décembre. — Rapport sur l’affaire de Saint-Remy, etc.
  97. Archives nationales, CII, I, 52. Procès-verbal de l’assemblée électorale des Bouches-du-Rhône, 4 septembre : « Pour pourvoir aux frais de cette expédition, le procureur-syndic du district de Tarascon est autorisé à puiser dans la caisse du receveur des impositions du timbre et de l’enregistrement et, par supplément, dans la caisse des impositions directes. Les frais de cette expédition seront supportés par les agitateurs contre-révolutionnaires qui l’ont nécessitée. Il en sera en conséquence dressé un tableau pour être envoyé à l’Assemblée nationale. Les commissaires auront pouvoir de suspendre les administrations de district, les officiers municipaux et généralement tous les fonctionnaires publics qui, par leur incivisme ou leur inconduite, auront compromis la chose publique. Ils pourront même les faire arrêter, ainsi que les citoyens suspects. Ils feront exécuter la loi sur le désarmement des citoyens suspects et sur la déportation des prêtres. » — Ib., F7, 3195. Lettre de Truchement, commissaire du département, 15 novembre. — Mémoire pour la communauté d’Eyguières, et lettre de la municipalité d’Eyguières, 23 septembre. — Lettre de M. Jaubert, secrétaire de la société populaire de Salon, 22 octobre. — « Le département des Bouches-du-Rhône est, depuis un mois et demi, ravagé par des commissions… Le despotisme d’un seul est détruit, et nous gémissons sous le joug bien plus pesant d’une foule de despotes. » — Situation du département en septembre et octobre 1792 (avec pièces à l’appui).
  98. Barbaroux, Mémoires, 89. »
  99. Archives nationales, F7, 3196. — Lettres et pétition du citoyen de Sade, novembre 1792, 17 février 1793, et 8 ventôse an III : « Vers le milieu de septembre 1792 (vieux style), des brigands marseillais se sont introduits dans une maison à moi, située près d’Apt. Non contents d’enlever six charretées de meubles,… ils ont encore brisé les glaces et les boiseries. » Le dommage est évalué 80000 francs. — Rapport au Conseil exécutif d’après le procès-verbal de la municipalité de la Coste. Le 27 septembre, Montbrion, commissaire de l’administration des Bouches-du-Rhône, envoie deux huissiers pour amener le mobilier à Apt. Arrivés à Apt, Montbrion et son collègue Bergier font décharger les voitures, en chargent une avec les effets les plus précieux, se l’approprient et l’emmènent fort loin, à l’écart, en payant pour celle-ci les voituriers de leur poche : « Il ne reste aucun doute sur la friponnerie de Montbrion et de Bergier, administrateurs et commissaires de l’administration du département. » — Le marquis de Sade, qui est l’auteur de Justine, allègue son civisme notoire et les pétitions ultra-révolutionnaires qu’il a rédigées au nom de la section des Piques.
  100. Archives nationales, F7, 3272. Lire dans ce dossier toute la correspondance du directoire et de l’accusateur public.
  101. Ib. Délibération de la commune de Toulon, 28 juillet et jours suivants. — Délibération des trois corps administratifs, 10 septembre. — Lauvergne. Histoire du département du Var, 104-137.
  102. Souvenirs inédits du chancelier Pasquier, — M. Pasquier, arrêté avec sa femme, en Picardie, fut ramené à Paris par un membre de la Commune, petit bancal, ancien loueur de chaises dans l’église de sa paroisse, imbu des doctrines du temps et franc niveleur. Au village de Saralles, on passait devant la maison de M. de Livry, riche de 50000 livres de rente et amant de la Saunier, danseuse à l’Opéra. « C’est un bon enfant, s’écria le bancal ; nous venons de le marier. « ; Ah ça, lui avons-nous dit, il est temps que ce mauvais train-là finisse ; à bas les préjugés ! Il faut que le ci-devant marquis épouse la danseuse. » Il l’a épousée, et il a « bien fait ; autrement, il aurait déjà sauté le pas, ou serait au moins à l’ombre, derrière les murailles du Luxembourg. » — Ailleurs, devant un château qu’on démolissait, l’ancien loueur de chaises répétait la phrase de Rousseau : « Un château ne tombe jamais qu’on ne voie s’élever vingt chaumières à la place. » Sa mémoire était farcie de sentences et de tirades semblables qu’il appliquait à l’occasion. — On peut considérer cet homme comme un spécimen assez exact de la moyenne jacobine.
  103. Archives nationales, F7, 3207. Lettre des administrateurs de la Côte-d’Or au ministre, 6 octobre 1792.
  104. Archives nationales, F7, 3195. Lettre des administrateurs des Bouches-du-Rhône, 29 octobre, et réponse en marge du ministre.
  105. Ib., F7, 3249. Lettre des administrateurs de l’Orne, 7 septembre, et réponse en marge du ministre.
  106. Ib., F7, 3249. Correspondance avec la municipalité de Saint-Firmin (Oise). Lettre de Roland, 3 décembre : « J’ai lu la lettre que vous m’avez adressée le 25 du mois dernier… et, je ne dois pas vous le dissimuler, c’est avec douleur que j’y ai trouvé des principes destructifs de tout lien de subordination envers les autorités constituées, des principes tellement erronés que, du moment où les communes les adopteraient, toute forme de gouvernement serait impossible et la société serait dissoute. En effet, la commune de Saint-Firmin a-t-elle pu se persuader qu’elle était le souverain, ainsi qu’elle-même l’annonce, et les citoyens qui la composent ont-ils oublié que le souverain est la nation entière, et non la sa 44000e partie du tout ; que Saint-Firmin n’est que cette fraction, qui a contribué à revêtir les députés à la Convention nationale, les administrateurs de département et de district de la faculté d’exercer et d’agir pour le plus grand avantage de la commune, mais que, du moment qu’elle s’est nommé des administrateurs et des agents, elle ne peut plus, sans une subversion totale de l’ordre, ressaisir les pouvoirs qu’elle a donnés, etc. ? » — Il faudrait pouvoir citer toutes les pièces de cette affaire ; rien de plus instructif et de plus comique, notamment le style du secrétaire-greffier de Saint-Firmin : « Nous vous conjurons de vous souvenir que les administrateurs du district de Senlis veulent jouer le rôle des Sirènes qui essayèrent d’enchanter Ulysse. »
  107. Archives nationales, F7, 3265. Lettre du bureau central des sections de Rouen, 30 août.
  108. Ib., F7, 3265, Lettre des trois corps administratifs et des commissaires des sections de Marseille, 15 novembre 1792. Lettre des électeurs des Bouches-du-Rhône, 28 novembre. — (Les formules de politesse sont omises à la fin de ces lettres, et certainement avec intention.) — Roland leur répond (31 décembre) : « Tout en applaudissent au civisme des courageux habitants de Marseille,… je ne pense pas tout à fait comme vous sur l’exercice de la souveraineté du peuple. » Il finit par déclarer qu’il a communiqué leurs lettres et ses réponses aux députés des Bouches-du-Rhône, que ceux-ci sont d’accord avec lui et que tout s’arrangera.