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Les Pères de l’Église/Tome 3/Livre V/Chapitre XXXIV

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Texte établi par M. de GenoudeSapia (Tome troisièmep. 592-595).


CHAPITRE XXXIV.


Nouvelles preuves à l’appui de l’opinion de l’auteur sur le règne futur des justes sur la terre, après la résurrection, tirées de plusieurs passages d’Isaïe, Ézéchiel, Jérémie et Daniel ; et de la parabole des serviteurs vigilants de l’Évangile, où le Christ dit qu’il les servira lui-même.


Voici comment Isaïe a prédit ce règne futur des justes sur la terre, après la résurrection générale : « Les morts que vous pleurez vivront, les forts d’Israël ressusciteront ; réveillez-vous, louez le Seigneur, vous qui habitez dans la poussière : votre rosée, Seigneur, est une rosée de lumière et de vie. » Écoutons maintenant Ézéchiel : « J’ouvrirai vos tombeaux, et je vous tirerai de vos sépulcres, et je vous conduirai dans la terre d’Israël, lorsque je répandrai mon esprit sur vous, et que vous vivrez, et que je vous ferai reposer en votre terre : et vous saurez que moi le Seigneur j’ai parlé, et j’ai fait, dit le Seigneur Dieu. » Il dit encore ailleurs : « Voici ce que dit le Seigneur Dieu : Lorsque j’aurai rassemblé la maison d’Israël du milieu des peuples parmi lesquels je l’ai dispersée, à la face des nations je manifesterai ma sainteté à leurs yeux ; et ils habiteront dans leur terre, que j’ai donnée à mon serviteur Jacob. Et ils habiteront en paix ; et ils bâtiront des maisons, et ils planteront des vignes, et ils vivront en assurance, quand j’aurai rempli mes jugements contre tous ceux qui l’environnent et qui la combattent ; et ils sauront que moi je suis le Seigneur leur Dieu, et le Dieu de leurs pères. » Cette postérité d’Abraham, dont parlent les prophètes, n’est autre que l’Église. Et voici comment s’exprime Jérémie pour nous expliquer comment celui qui peut susciter des pierres mêmes des enfants à Abraham, tirera et choisira du sein de toutes les nations, ceux qui doivent jouir du salut : « Voilà que les jours viennent, dit le Seigneur, où l’on ne dira plus Jéhovah est vivant, lui qui a tiré les fils d’Israël de la terre d’Égypte ; mais Jéhovah est vivant, lui qui a tiré et ramené la maison d’Israël de la terre de l’aquilon, et de toutes les terres où il les avait jetés ; et ils habiteront dans leur terre. »

Isaïe prophétise encore cette grande fertilité dont sera alors douée la nature pour produire des fruits bien plus grands et plus beaux que ceux qu’elle produit maintenant : « Des plus hautes montagnes, des collines les plus élevées, descendront à grands flots des fleuves d’eau vive, après les jours de carnage, après la chute des tours. La lumière de la lune brillera comme la lumière du soleil, la lumière du soleil sera sept fois plus éclatante au jour que le Seigneur fermera la plaie de son peuple et guérira ses blessures. » Or, cette plaie et cette blessure ne sont autre chose que la plaie du péché, dont nous avons été frappés par la désobéissance d’Adam, qui a engendré la mort ; cette mort sera vaincue et anéantie par notre résurrection et par notre mise en possession de l’héritage de nos pères, comme le dit encore Isaïe : « Alors vous vous réjouirez dans le Seigneur, et je vous mettrai en possession de toute la terre, et je vous donnerai l’héritage de Jacob votre père. » Et notre Seigneur Jésus-Christ a annoncé lui-même ces choses, lorsqu’il a dit : « Bienheureux sont ces serviteurs que leur maître trouvera veillant, quand il viendra. Je vous dis en vérité qu’il se ceindra les reins, et qu’il les fera asseoir à sa table, et qu’il les servira. Et s’il vient à la seconde veille ou à la troisième, et qu’il les trouve ainsi, bienheureux sont ces serviteurs-là. » Voici maintenant ce que dit saint Jean dans l’Apocalypse : « Heureux et saints sont ceux qui ont part à la première résurrection. » Bien plus, Isaïe a marqué le temps où toutes ces choses arriveront : « Et je dis : Seigneur jusqu’à quand ? Et il dit : jusqu’à ce que les villes soient désolées, les maisons désertes, et la terre abandonnée. Le Seigneur dispersera encore les citoyens loin de leur patrie ; il multipliera la race qui habitera au milieu de cette terre. » Voici maintenant comment s’exprime Daniel : « Et que le règne et la puissance, et la grandeur du royaume qui est sous le ciel soient donnés au peuple des saints du Très-Haut, dont le règne est éternel, et tous les rois le serviront et lui obéiront. » Et, pour marquer que ce règne aurait lieu après la résurrection générale, l’esprit de Dieu dit au prophète : « Mais toi, va au lieu marqué : tu te reposeras et tu te lèveras en ton sort à la fin de jours. »

Nous allons voir maintenant comment parle Jérémie sur cette promesse du règne des justes, promesse annoncée, non-seulement aux patriarches et aux apôtres, mais encore à toutes les Églises disséminées parmi les gentils ; elles sont désignées par le îles dans le langage de l’Écriture, pour signifier qu’elles sont placées au milieu d’un océan, battu par les orages et par les vents des blasphêmes, et qu’en même temps elles offrent un port et un refuge à ceux qui aiment la clarté des cieux et qui font tous leurs efforts pour ne pas tomber au fond de l’abîme de l’erreur ; voici donc ce que dit Jérémie : « Peuples, écoutez la parole du Seigneur, annoncez-la aux îles qui sont au loin, et dites : Celui qui a dispersé Israël, le rassemblera, et le gardera comme le pasteur garde son troupeau. Car le Seigneur a racheté Jacob, et l’a délivré de la main d’un ennemi formidable. Et ils viendront, et ils chanteront les hymnes de louange sur la montagne de Sion ; et ils accourront vers les biens du Seigneur, le blé, le vin, l’huile, les brebis fécondes et les grands troupeaux ; et leur âme sera comme un jardin arrosée sans cesse, et ils n’auront plus faim désormais. Alors les vierges se réjouiront en chœur, et les jeunes gens et les vieillards ; et je changerai leur deuil en allégresse, et je les consolerai, et je les remplirai de joie après leur douleur. Et j’enivrerai l’âme des prêtres de mon abondance ; et mon peuple sera rempli de mes biens, dit le Seigneur. » Dans le livre qui précède nous avons fait voir que les lévites et les prêtres sont tous les disciples du Seigneur ; car ils ont pu, comme nous le disions, enfreindre la loi du sabbat dans le temple, sans péché. Ainsi, toutes les promesses annoncées par les prophètes, et que nous venons de citer, se rapportent évidemment au règne des justes qui aura lieu sur cette terre, et à ce banquet où le Seigneur, comme il l’a dit, doit les servir lui-même.

Voici encore ce que dit Isaïe au sujet de Jérusalem et de la fin du règne de l’antechrist à qui elle aura été assujettie : « C’est la parole du Seigneur, qui a son feu dans Sion et son foyer dans Jérusalem. Voilà qu’un roi règnera dans la justice ; alors les princes gouverneront avec équité. » Le prophète parle ensuite des préparatifs qui se feront pour la réédification de Jérusalem, et il dit : « Je te donnerai des fondements de saphirs, je te parerai de rubis. Je bâtirai tes tours de jaspes ; tes portes seront ornées de ciselures, ton enceinte, de pierres choisies. Je rendrai tous tes enfants disciples de Dieu, et la paix se répandra sur eux comme des flots ; et tu seras fondée sur la justice. » Le même dit encore ailleurs : « Je vois créer une Jérusalem toute de délices, et un peuple pour la joie ; on n’y entendra plus ni plaintes ni clameurs ; on n’y verra point de vieillard ni d’enfant qui n’accomplisse ses jours ; mon peuple bâtira des maisons et les habitera ; il plantera des vignes, en recueillera les fruits, et en boira le vin. Mes élus n’abandonneront plus leurs maisons ni leurs vignes à des étrangers. Leurs jours seront aussi nombreux que ceux de la vigne ; les œuvres de leurs mains ne vieilliront jamais. »