Les Patriotes de 1837-1838/53

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Librairie Beauchemin, Limitée (Laurent-Olivier Davidp. 277-279).

LE MONUMENT DES VICTIMES DE 1837-1838


Dans un endroit pittoresque de la Côte-des-Neiges, et dominant le champ des morts, s’élève sur une base massive et un piédestal grandiose, une colonne de granit de soixante pieds de hauteur. C’est le monument dédié par la reconnaissance publique à la mémoire des patriotes morts pour la liberté de leur pays, en 1837 et 1838. Aux quatre faces du piédestal, on lit les inscriptions suivantes gravées sur un fond noir :

l° « Aux victimes politiques de 1837-1838. — Religieux souvenir.

« Les 92 résolutions adoptées par la Chambre d’assemblée du Bas-Canada, le 1er mars 1834.

« Lord Gosford dispose des deniers publics, malgré le refus des subsides.

« Ce monument religieux et historique a été érigé sous les auspices de l’institut canadien, en 1858.

2° « Batailles de Saint-Denis et de Saint-Charles, 23 et 25 novembre 1337.

« Charles-Ovide Perrault, avocat et membre du parlement provincial. Ses cendres reposent ici. Les restes des autres victimes, au nombre de 41, reposent dans les cimetières de Saint-Denis, de Saint-Charles, de Saint-Antoine et de Saint-Ours.

3° « Bataille de Saint-Eustache, 14 décembre 1837. « Jean-Olivier Chénier. Ses cendres reposent ici.

« Les restes des autres victimes reposent dans le cimetière de Saint-Eustache.

4° « Exécutés à Montréal, par arrêt de la cour martiale : Joseph-Narcisse Cardinal, notaire, et Joseph Duquet, étudiant en droit, 21 décembre 1837.

« Pierre-Théophile Decoigne, notaire, Joseph Robert, Amable Sanguinet, Charles Sanguinet, François-Xavier Hamelin, cultivateurs, 18 janvier 1839.

« François-Marie-Thomas Chevalier de Lorimier, notaire, François Nicolas, instituteur, Amable Daunais, cultivateur, Pierre-Rémi Narbonne, peintre, et Charles Hindelang, militaire, natif de Paris (France) dont les cendres reposent ailleurs.

« C’est une sainte et salutaire pensée de prier pour les morts. » M. L. II, c. xii, v. 40.

Dès 1853, des hommes généreux avaient songé à réunir les cendres des pauvres victimes de 1837-1838, dans le cimetière de la Côte-des-Neiges, et à leur élever un monument. L’Institut canadien avait pris l’initiative de cette entreprise nationale : et un comité avait été nommé pour la mettre à exécution.

Le 14 novembre 1858, eut lieu l’inauguration de ce monument.

Une procession composée des principales sociétés nationales de Montréal, se rendit, musique en tête, au cimetière. La démonstration fut imposante. M. Euclide Roy, qui était président de l’Institut, termina un éloquent discours par les remarques suivantes :

« Ce monument sera pour nos enfants comme une page toujours ouverte où ils puiseront tous les beaux sentiments qu’inspire le patriotisme. Ce sera comme un de ces tableaux où l’on a retracé quelque grand drame et devant lequel on s’est senti animé des sentiments qui y sont peints. Glorifier les grands hommes c’est le premier devoir d’un peuple éclairé et intelligent. Tenir toujours élevée l’image des héros et des martyrs d’une sainte cause, c’est le moyen de créer cette noble émulation qui fait que d’âge en âge, l’histoire peut regarder en arrière avec orgueil et signaler ces grandes et illustres figures de citoyens qui, oubliant tout intérêt égoïste et personnel, s’exposent aux derniers périls pour défendre le sol menacé ou des principes compromis. Glorifier le dévouement c’est créer des héros. »

Des discours patriotiques furent ensuite prononcés par l’hon. A.-A. Dorion, M. Wilfrid Dorion, M. Hector Fabre et quelques autres.

Le temps était froid, le ciel sombre, tout était triste comme les événements dont on évoquait le souvenir.

Un homme distingué à écrit à la marge du livre de M. Globenski : « On ne verra jamais sur une tombe : Volontaires de 1837. »

C’est cela.

Il est des sentiments immuables, éternels contre lesquels il est aussi inutile que dangereux d’essayer de réagir. Les détruire serait détruire les forces les plus vives de la société.