Les Philippiques/Quatrième philippique

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Traduction par Joseph Planche.
Les Philippiques, Texte établi par Athanase AugerVerdière1 (p. 491-518).


SOMMAIRE
DE LA QUATRIÈME PHILIPPIQUE.


Les Athéniens laissèrent subsister la loi qui affectait les fonds de la caisse militaire à des distributions en temps de paix ; mais ils ne surent pas mauvais gré à Démosthène de la liberté qu’il avait prise. Ils accordèrent aux Olynthiens un secours de quatre mille soldats étrangers, et de cent cinquante chevaux, dont ils donnèrent le commandement à Charidème. Les Olynthiens, encouragés par ce renfort, hasardèrent une seconde bataille, où ils ne furent guère plus heureux que dans la première. Voyant donc que les étrangers à la solde d’Athènes leur avaient été d’un faible secours, ils envoyèrent une troisième députation, avec ordre de demander des troupes composées de vrais Athéniens ; ce qui donna lieu à une troisième Olynthienne, qui se trouve la première dans les éditions de Démosthène.

Dans ce discours, l’orateur expose alternativement les avantages et les désavantages de Philippe, la manière dont ce prince est devenu si puissant par la faute et la négligence des Athéniens qui n’ont point arrêté ses premières démarches. Il les exhorte à profiter du moins de l’occasion présente, qui est telle que, s’ils n’en profitent pas, ils attireront certainement la guerre dans l’Attique, et s’ils en profitent, ils répareront infailliblement leurs fautes passées. Mais ils doivent, pour réussir, servir eux-mêmes, agir comme pour eux. Il leur conseille d’envoyer deux corps de troupes, l’un à Olynthe, pour la secourir efficacement, l’autre en Macédoine, pour ravager les états de Philippe. Il leur parle encore de l’article des distributions, protestant toujours qu’il ne propose pas en forme d’en abroger la loi, mais qu’il les exhorte, soit qu’ils l’abrogent, soit qu’ils la conservent, à remplir tous à l’envi les devoirs de bons citoyens. Il finit par les exciter de nouveau à secourir avec ardeur une ville dont le salut intéresse les pauvres comme les riches, les ministres comme les particuliers.


QUATRIÈME PHILIPPIQUE.[1]


Je crois, Athéniens, que vous préféreriez à tous les trésors du monde un bon conseil, qui, dans la délibération actuelle, vous éclairerait sur les véritables intérêts de la république. Avec de telles dispositions, vous devez écouter favorablement ceux qui se présentent pour vous donner des avis. C’est ainsi que vous profiterez non-seulement des bons conseils qui pourront se trouver dans les discours préparés qu’on apporte à la tribune, mais encore de ces heureuses inspirations qui viennent tout à coup à quelques-uns de vos orateurs, par un effet de votre bonne fortune ; et la réunion de toutes ces lumières, vous met en état de choisir le parti qui convient le mieux à vos intérêts.

L’occasion présente semble élever la voix et vous dire que votre propre salut ne vous permet pas de demeurer simples spectateurs des événemens. J’ignore quelle est, à cet égard, votre opinion ; mais voici la mienne : je pense qu’il faut, dès ce moment, décréter l’envoi d’un secours à Olynthe, et travailler avec la plus grande diligence aux préparatifs. Il faut que ce secours sorte de la ville même d’Athènes(1), afin d’éviter l’inconvénient où nous sommes déjà tombés. Je voudrais aussi qu’on fît partir, au plus tôt, des députés chargés de faire connaître vos résolutions et de veiller sur les lieux à vos intérêts. Car il est fort à craindre que notre ennemi, aussi rusé qu’il est, aussi habile à profiter des conjonctures, ne parvienne enfin, soit en relâchant de ses prétentions selon l’occurrence, soit en menaçant à propos (et on peut l’en croire quand il menace), soit en nous faisant un crime, auprès de nos alliés, de notre lenteur et de notre inaction ; il est à craindre qu’il ne parvienne à opérer quelque révolution dans les affaires de la Grèce.


Heureusement, Athéniens, ce qui fait la plus grande force de Philippe, est en même temps ce qu’il y a de plus avantageux pour vous. Être le seul maître de toutes ses opérations, le seul maître de ce qu’il faut dire et de ce qu’il faut taire, réunir en sa personne le souverain, le général et l’intendant, commander partout en personne, de tels avantages sont d’un grand secours à la vérité pour agir promptement et à propos dans toutes les opérations militaires ; mais ce sont aussi de grands obstacles au traité qu’il voudrait conclure avec les Olynthiens. Car les Olynthiens ne sauraient se dissimuler qu’ils combattent, en ce moment, non pour la gloire ou pour une partie de leurs possessions, mais pour empêcher la ruine et la servitude de leur patrie. Ils savent comment il a récompensé les traîtres qui lui livrèrent Amphipolis(2), et ceux qui lui ouvrirent les portes de Pydna. En un mot, les républiques doivent toujours se défier des monarques, surtout quand leurs états confinent l’un à l’autre.

Convaincus de ces vérités, et animés de tous les autres sentimens convenables, vous devez, aujourd’hui plus que jamais, concevoir la ferme volonté d’agir, vous y porter avec ardeur, tourner vos pensées du côté de la guerre, en contribuant de vos fortunes avec empressement, en marchant vous-mêmes au combat, et en faisant tout ce qui est nécessaire au salut de la république ; car vous n’avez plus ni raison ni prétexte pour vous dispenser de remplir tous vos devoirs. En effet, vous désiriez, et c’était un cri général parmi vous qu’il fallait mettre, à quelque prix que ce fût, les Olynthiens aux prises avec Philippe : cet avantage s’est présenté de lui-même, et avec les circonstances les plus favorables. En effet, si les Olynthiens n’eussent entrepris cette guerre qu’à votre sollicitation, vous pourriez craindre que leur alliance avec vous, et la conformité de leurs sentimens avec les vôtres, ne subsistassent que pour un temps ; mais, comme c’est le ressentiment de leurs propres injures qui leur a mis les armes à la main, ne croyez pas qu’ils dépouillent sitôt une haine, qui prend sa source dans les maux qu’ils ont déjà soufferts, et dans ceux qu’ils appréhendent.

Il ne faut donc pas, Athéniens, laisser échapper l’occasion qui se présente, ni retomber dans la faute que vous avez commise tant de fois. En effet, si nous avions voulu, après que nous eûmes affranchi l’Eubée(3), et lorsque Hiérax et Stratoclés, députés des Amphipolitains, vous exhortaient, du haut de cette tribune, à vous mettre en possession de leur ville, si nous avions voulu dans cette circonstance agir pour nous-mêmes, avec la même ardeur que nous avions agi pour le salut des Eubéens, dès ce moment nous aurions été les maîtres d’Amphipolis, et nous eussions prévenu tous les embarras où nous avons été engagés ; et dans la suite, lorsqu’on vous annonça le siège de Pydna, de Potidée, de Méthone, de Pagase et de tant d’autres places qu’il serait trop long de nommer, si nous avions alors secouru avec ardeur, et comme il convenait, la première de ces villes qui fut assiégée, nous trouverions aujourd’hui Philippe beaucoup plus traitable et plus humble. Mais, à force de négliger toujours le présent, et de nous flatter que l’avenir prendra de lui-même le cours le plus avantageux à nos intérêts, nous avons nous-mêmes travaillé à l’agrandissement de Philippe ; nous l’avons nous-mêmes élevé à un degré de puissance, où n’était encore parvenu aucun roi de Macédoine.

Mais enfin voici une nouvelle occasion qui se présente. Quelle est cette occasion ? celle qui s’offre d’elle-même dans la guerre des Olynthiens, et qui n’est pas la moins précieuse de toutes celles que la fortune nous a présentées jusqu’ici. Pour moi, Athéniens, quoique beaucoup de choses n’aillent pas comme nous le souhaitons, je suis persuadé néanmoins qu’en faisant le calcul exact de toutes les faveurs que nous avons reçues des dieux, on se sentirait pénétré de la plus vive reconnaissance. En effet, les pertes considérables que nous avons faites à la guerre, ne doivent être imputées qu’à notre négligence. Mais le bonheur de ne les avoir pas éprouvées plus tôt, l’avantage d’une alliance capable de les réparer toutes, si nous voulons en profiter, voilà ce que je regarde comme l’effet d’une protection divine. Mais, à mon avis, il en est de l’usage des conjonctures, comme de l’usage des richesses : tant que l’on conserve les biens qu’on a reçus de la fortune, on conserve aussi beaucoup de reconnaissance pour elle ; mais si l’on vient à les perdre en folles dépenses, on perd en même temps la reconnaissance pour la déesse dont on les avait reçus ; ainsi dans le gouvernement des États, ceux qui n’ont pas su profiter des occasions, oublient les grâces que le ciel leur a faites. Car ce sont les derniers événemens qui règlent d’ordinaire les jugemens que nous portons sur tous les événemens passés.

Vous devez donc. Athéniens, vous occuper fortement du soin de conserver tout ce qui vous reste encore, afin que notre nouvelle conduite efface la honte que les événemens passés ont imprimée au nom Athénien. Car si nous abandonnons encore aujourd’hui un peuple dont l’alliance nous serait si avantageuse, et si Philippe s’empare une fois de la ville d’Olynthe, dites-moi quel obstacle l’empêchera d’entrer dans tous les pays où il voudra porter ses armes.

Quelqu’un de vous pense-t-il, Athéniens, quelqu’un de vous considère-t-il par quels degrés, Philippe, si faible dans l’origine, est monté au point de grandeur où nous le voyons ? Après s’être d’abord emparé d’Amphipolis, ensuite de Pydna, et puis de Potidée et de Méthone, il fondit enfin sur la Thessalie ; et après avoir agi en maître dans Phère, dans Pagase, dans Magnésie, et partout où il voulut, il se jeta dans la Thrace(4). Là, après avoir ôté et donné des couronnes, il tomba malade. À peine fut-il rétabli, qu’au lieu de se livrer aux douceurs du repos, il attaqua les Olynthiens. Quant à ses expéditions contre les Illyriens(5), contre les Péoniens, contre Arymbas, et bien d’autres (car, qui peut les compter ?), je les passe sous silence. Pourquoi, me dira-t-on, nous tenir maintenant tous ces discours ? c’est afin que vous sachiez, afin que vous sentiez ces deux vérités : l’une, que votre habitude d’abandonner toujours quelque partie des affaires, vous est entièrement nuisible ; l’autre, que cette ambition qui dévore Philippe et lui fait attaquer tous les peuples, ne lui permettra jamais de s’arrêter et de s’en tenir à ses premières conquêtes. Or, s’il est persuadé qu’il doit toujours s’agrandir, et nous, au contraire, que nous ne devons rien entreprendre avec vigueur, à quels fâcheux événemens ne devons-nous pas nous attendre ? Au nom des dieux, est-il quelqu’un assez simple pour ignorer que la guerre viendra d’Olynthe à Athènes, si nous persévérons dans notre indolence ? et dans ce cas, je crains bien que, semblables à ces emprunteurs qui, après avoir acheté au prix d’énormes intérêts une aisance passagère, se voient à la fin obligés d’abandonner leurs propres fonds ; je crains que nous, pareillement, nous ne paraissions avoir acheté bien cher les douceurs du repos, et qu’après avoir tout rapporté à notre plaisir, nous ne soyons réduits à de fâcheuses nécessités, et obligés de défendre notre propre territoire.

Rien de plus facile, dira-t-on, que de s’ériger en censeur, tout le monde en est capable ; mais de proposer le parti le plus utile à suivre dans les circonstances présentes, voilà ce qu’on attend d’un conseiller. Je n’ignore pas. Athéniens, qu’il vous arrive souvent, après avoir essuyé quelque disgrâce, de faire tomber votre courroux, non sur les auteurs de vos maux, mais sur les orateurs qui ont parlé les derniers. Je ne crois pas néanmoins que la considération de ma sûreté particulière doive me fermer la bouche sur les intérêts de l’état.

Je dis donc que la conjoncture présente exige deux opérations militaires : la première, d’envoyer un corps de troupes pour sauver les places des Olynthiens, la seconde d’infester le pays de l’ennemi avec vos galères et avec un autre corps de troupes. Si vous ne prenez qu’une de ces deux mesures, je crains que notre expédition n’échoue entièrement. Car si vous vous contentez de ravager son pays, et que lui, souffrant cette invasion, vienne à bout de prendre Olynthe, alors, de retour dans ses états, il repoussera facilement notre attaque. Si vous vous contentez de secourir Olynthe, et que Philippe, voyant son pays en sûreté, s’attache uniquement au siège, attentif à épier et à saisir toutes les occasions favorables, nul doute qu’avec le temps il ne parvienne à réduire les assiégés. Il faut donc un secours puissant et partagé en deux corps d’armée.

Voilà ce que je pense sur le secours qu’on doit envoyer aux Olynthiens. À l’égard des fonds nécessaires pour l’armement, vous avez, Athéniens, oui, vous avez pour la guerre plus de fonds qu’aucun autre peuple ; mais vous en disposez comme il vous plaît. Si vous les appliquez à l’entretien de vos troupes, vous n’avez pas besoin d’autres fonds ; sinon, vous en avez besoin, ou plutôt vous en manquerez absolument.

Quoi ! dira quelqu’un, vous proposez d’affecter cet argent aux dépenses de la guerre ! Moi, nullement ; j’en atteste les dieux. Je dis seulement qu’il faut lever des troupes, que ces fonds sont militaires, et qu’on ne doit recevoir de l’État aucune libéralité, sans l’avoir méritée par son service ; vous, au contraire, vous recevez l’argent de la république sans la servir, et uniquement pour assister à des fêtes. Il ne reste donc que la ressource d’une contribution générale, plus ou moins forte, suivant les besoins de l’État ; car enfin il faut de l’argent, et sans argent on ne peut rien entreprendre. Quelques-uns prétendent qu’il y a d’autres moyens de trouver des fonds pour la guerre. Choisissez ceux qui vous paraîtront les meilleurs ; et tandis qu’il en est encore temps, hâtez-vous d’agir. Il est à propos d’examiner et de considérer attentivement quelle est la situation de Philippe ; car elle n’est pas aussi brillante, ni aussi avantageuse qu’on le croirait au premier coup d’œil. Ne croyez pas qu’il eût jamais entrepris cette guerre, s’il se fût attendu à trouver de la résistance : il prétendait emporter tout de vive force ; mais il a été trompé dans son espoir. Ces obstacles le déconcertent et le découragent entièrement. Ajoutez à cela les inquiétudes que lui donne le caractère des Thessaliens. Ce peuple est naturellement perfide, il le fut toujours(6), et Philippe l’éprouve aujourd’hui plus que personne. Ils ont résolu, par un décret public, de lui redemander Pagase, et l’ont empêché de fortifier Magnésie. J’ai même entendu dire à quelques-uns d’entre eux, qu’ils ne lui permettraient plus de percevoir des droits dans leurs ports et dans leurs marchés ; car ils pensent que la perception de ces droits serait beaucoup mieux employée à subvenir à leurs besoins, qu’à grossir les trésors de Philippe. S’il était une fois privé de ce revenu, il n’aurait plus de quoi fournir à l’entretien des étrangers qu’il soudoy’. On doit présumer de plus que les Péoniens, les Illyriens, et tous les autres peuples qu’il a nouvellement asservis, aimeraient mieux vivre indépendans et libres, qu’esclaves. Outre qu’ils ne sont pas accoutumés à obéir, ils ont affaire à un maître qui abuse, dit-on, insolemment de son pouvoir. Et assurément rien n’est plus vraisemblable : car lorsqu’un insensé devient plus heureux qu’il ne mérite, ses prospérités ne sont pour lui qu’une occasion d’exercer la malignité de son caractère ; de là vient qu’il paraît souvent plus difficile de conserver que d’acquérir[2].

Pour vous, Athéniens, persuadés que tout ce qui est contraire aux intérêts de votre ennemi, est favorable aux vôtres, agissez vivement et sans délai ; envoyez des députés partout où il est nécessaire ; animons les autres, et marchons nous-mêmes. Ah ! si Philippe trouvait une occasion aussi favorable d’agir contre nous, et que la guerre s’allumât sur nos frontières, avec quelle ardeur ne viendrait-il pas nous attaquer ! et un homme qui vous ferait tant de mal, s’il en trouvait l’occasion, vous, qui trouvez celle de lui en faire, vous aurez l’indigne faiblesse de l’épargner !

Sachez de plus que vous avez aujourd’hui à choisir de porter la guerre dans le pays ennemi, ou de la recevoir dans le vôtre. Si Oiynthe résiste, vous combattrez sur les terres mêmes du roi de Macédoine, que vous ravagerez, tandis que vous cultiverez vos campagnes sans crainte. Si Philippe se rend maître d’Olynthe, qui l’empêchera de marcher sur Athènes ? les Thébains ? pour ne rien dire de plus(7), ils s’uniraient bientôt à lui pour tomber sur nous. Les Phocéens ? eux, qui ne peuvent se défendre sans notre secours ! Quel autre peuple enfin s’opposerait à sa marche ? Je n’en vois aucun. Philippe, dira-t-on, ne voudra jamais entreprendre une pareille expédition. Mais il serait le plus inconséquent de tous les hommes, s’il ne tentait pas, quand il en aura le pouvoir, une entreprise qu’il annonce déjà avec une confiance si extravagante. Je ne crois pas d’ailleurs qu’il faille de longs discours pour vous faire sentir combien il est différent de combattre sur nos terres, ou sur les siennes. S’il vous fallait camper hors des murs, seulement un mois, et faire subsister une armée dans votre pays, je dis même, sans qu’il fût d’ailleurs foulé par les troupes ennemies, assurément le dommage qu’éprouveraient vos campagnes, l’emporterait sur toutes les dépenses de la dernière guerre(8). Mais si l’ennemi vient nous attaquer sur notre propre territoire, à quels dégâts ne faut-il pas s’attendre ? Ajoutez l’affront et la honte, plus sensibles que toutes les pertes pour des hommes qui pensent.

Convaincus de ces vérités, que tous les citoyens s’animent à secourir Olynthe, et à porter la guerre en Macédoine : ceux qui sont riches, afin que, sacrifiant une légère portion des biens qu’ils possèdent par la faveur des dieux, ils jouissent paisiblement du reste ; ceux qui sont en âge de porter les armes, afin que, s’étant aguerris dans le pays de Philippe, ils reviennent plus capables de défendre leur patrie qui n’aura pas été entamée ; ceux qui vous gouvernent par la parole, afin qu’il leur soit facile de rendre compte des conseils qu’ils vous auront donnés. Car vous les jugerez suivant le bon ou le mauvais succès de vos affaires. Puissent-elles prendre un heureux cours, afin que chacun y trouve son avantage !




NOTES
SUR LA QUATRIÈME PHILIPPIQUE.


(1) Les Athéniens avaient envoyé déjà des troupes au secours d’Olynthe ; mais elles étaient composées de soldats mercenaires.

(2) Philippe, devenu maître d’Amphipolis et de Pydna à la faveur des intelligences qu’il avait dans ces deux villes, se défit des traîtres, ou par l’exil, ou par la mort. L’exemple fut inutile pour les deux principaux magistrats d’Olynthe : car l’année qui suivit les Olynthiennes, ils imitèrent une trahison si mal payée, et en reçurent la même récompense.

(3) Neuf ans avant cette harangue, l’Eubée s’était divisée en deux factions, dont l’une réclama le secours de Thèbes, et l’autre celui d’Athènes. Les Thébains d’abord ne rencontrèrent point d’obstacle, et firent sans peine triompher leur faction. Mais, à l’arrivée des Athéniens, tout changea de face. Ils repoussèrent les Thébains, les chassèrent de l’île, et y rétablirent le calme. Ils firent cette expédition avec la plus grande promptitude ; en moins de cinq jours ils se trouvèrent prêts, et le succès fut aussi prompt que les préparatifs. — Lorsque Hiérax et Stratoclès… Les députés étrangers montaient à la tribune pour exposer leur commission et pour se faire mieux entendre du peuple. Hiérax et Stratoclès, au nom d’Amphipolis, menacée d’un nouveau siège par Philippe, offraient de se remettre, eux et leur ville, sous la protection d’Athènes ; mais Athènes rejeta l’offre, de peur de rompre la paix conclue avec Philippe l’année d’auparavant.

(4) Thrace, grande contrée d’Europe. Nous voyons dans Justin que Philippe porta ses armes dans la partie de la Thrace, nommée la Chalcidique, qu’il y usa de sa perfidie accoutumée, et soumit la province entière, après avoir, par ses artifices, détrôné, pris ou tué les rois d’alentour.

(5) Les Illyriens, peuples voisins de la Macédoine, avaient remporté une grande victoire sur Perdiccas, frère de Philippe, l’année que celui-ci parvint à la couronne ; ils s’étaient emparés de plusieurs villes de son royaume : Philippe, la seconde année de sou règne, passa dans l’Illyrie, vengea son frère, et reprit ce qu’il avait perdu. — Les Péoniens, peuples de la Thrace, dans les commencemens du règne de Philippe, étaient tombés sur la Macédoine qu’ils avaient ravagée : Philippe tourna ses armes contre eux, les attaqua, les battit et les subjugua. — Arymbas, fils d’Alcétas, roi d’Epire, et frère de Néoptolème, dont Philippe avait épousé la fille, connue sous le nom d’Olympias. La mort d’Alcétas mit aux mains les deux frères pour le partage de la succession. Arymbas νοulait régner seul ; il alléguait son droit d’aînesse et la coutume du royaume, qui de temps immémorial n’avait eu qu’un roi. Philippe, qui soutenait son beau-père, obligea Arymbas, par la force des-armes, à partager également son royaume avec Néoptolème.

(6) Les Thessaliens, dans la Grèce, étaient fort décriés par leur perfidie. Une trahison s’appelait vulgairement un tour de Thessaliens, et pour fausse monnaie, on disait, monnaie de Thessalie.

(7) Les Athéniens en voulaient beaucoup aux Thébains pour plusieurs raisons, et surtout parce que Lysandre, général de Lacédémone, s’étant rendu maître d’Athènes, et délibérant avec les alliés sur ce qu’on ferait de cette ville, les Thébains avaient opiné à la détruire. Ainsi l’orateur, pour entrer dans les sentimens de ses concitoyens, quoiqu’il dise beaucoup, annonce qu’il pourrait dire plus. — Les Phocéens ? eux qui… Une longue suite de mauvais succès dans la guerre sacrée qui durait encore, avait fort affaibli les Phocéens.

(8) De la dernière guerre. La guerre que les Athéniens avaient faite en Thrace, et qui leur coûta quinze cents mille écus.


SUCCÈS DES OLYNTHIENNES.


Les Athéniens, sur les vives instances de Démosthène, envoyèrent au secours d’Olynthe le général Charès avec dix-sept galères, deux mille hommes d’infanterie, et trois cents de cavalerie, tous citoyens d’Athènes, comme elle le désirait ; mais Philippe s’en empara l’année suivante, malgré le secours et les efforts des Athéniens, qui ne purent la défendre contre ses ennemis domestiques. Deux de ses citoyens, Euthycrate et Lasthène, qui étaient les premiers de la ville, et actuellement en charge, la trahirent. Le vainqueur détruisit de fond en comble cette ville malheureuse, réduisit les habitans en servitude, et n’épargna pas même les traîtres qui la lui avaient livrée. La prise d’Olynthe fit autant de peine aux Athéniens, qu’elle causa de joie à Philippe : ils parurent fort sensibles à son malheur ; ils recueillirent ceux qui avaient pu échapper, condamnèrent à mort un de leurs citoyens qui avait traité une Olynthienne en esclave, et ne voulurent pas entendre Charès, qui se préparait à rendre compte du succès de la guerre.



  1. Autrement troisième olynthienne. C’est La première dans l’édition de Leipzig.
  2. Facilius est quædam vincere quam tuori. Quinte-Curce.