Les Pleurs/L’Adieu tout bas

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Les PleursMadame Goullet, libraire (p. 101-105).

L’ADIEU TOUT BAS.

Quoi ! chanter ! quand l’amour, quand la douleur déchire,
Chanter, la mort dans l’ame, et les pleurs dans les yeux

— JEAN POLONIUS. —

XIX.

Autant que moi-même,
En quittant ces lieux,
Cherchez qui vous aime
Et vous plaise mieux !

Éloignez la flamme
Qui nourrit mes pleurs,

Car je n’ai qu’une ame
Pour tant de douleurs !

La raison regarde
À trop d’amitié ;
J’en pris, par mégarde,
Plus de la moitié !

Dormez à ma plainte,
Quand j’écris tout bas
Ces mots que ma crainte
N’exhalera pas !

La femme qui pleure
Trahit son pouvoir ;
Il faut qu’elle meure
Sans le laisser voir !

Quand le cœur sommeille,
Frappé de langueur,
Ce n’est pas l’oreille
Qui comprend un cœur.

Il est un langage
Appris par les yeux ;

Nos yeux, page à page,
Y trouvent les cieux !

C’est un livre d’ange,
Quand on est aimé ;
Si l’un des deux change,
Le livre est fermé !