Les Pleurs/La Jalouse

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Les PleursMadame Goullet, libraire (p. 65-68).

LA JALOUSE.

Pour la dernière fois je veux tromper mon cœur,
L’enivrer d’espérance, hélas ! et de mensonges !

— CHARLES NODIER. —

XII.

Sans signer ma tristesse, un jour, au seul que j’aime
J’écrivis en secret : « Elle attend : cherche-la !
Devine qui t’appelle, et réponds : « Me voilà ! »
Et quand il accourut, quand je venais moi-même,
Quand je retins le cri d’un bonheur plein d’effroi,
Il n’a pas dit : « C’est elle ! » il n’a pas dit : « C’est toi ! »

Sans me nommer, craintive en livrant mes alarmes,
J’écrivis : « J’ai pleuré. Je pleure… C’est pour vous !
» Que l’amour vous éclaire et demeure entre nous ! »
Et quand il vit mes yeux encor voilés de larmes,
Quand il toucha ma main qui lui rendait ma foi,
Il n’a pas dit : « C’est elle ! » il n’a pas dit : « C’est toi ! »

Sans dire : « C’était moi ! » je m’enfuis, je succombe.
Bientôt je n’aurai plus de secret à cacher :
S’il rêve alors au nom qui courut le chercher,
Il le devinera peut-être sur ma tombe ;
Et soulevant enfin ma vie avec effroi,
Qu’il dise au moins : « C’est elle ! ô pitié ! c’était toi ! »