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Les Poissons et le Berger qui joue de la flûte

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Les Poissons et le Berger qui joue de la flûte
Fables, 2e recueil, livres ix, x, xiClaude Barbin et Denys Thierry4 (p. 139-142).

X.

Les Poiſſons & le Berger qui jouë de la flûte.




TYrcis qui pour la ſeule Annette

Faiſoit reſonner les accords
D’une voix & d’une muſette,
Capables de toucher les morts,
Chantoit un jour le long des bords

D’une onde arroſant des prairies,
Dont Zephire habitoit les campagnes fleuries.
Annette cependant à la ligne peſchoit ;
Mais nul poiſſon ne s’approchoit.
La Bergere perdoit ſes peines.
Le Berger qui par ſes chanſons
Euſt attiré des inhumaines,
Crut, & crut mal, attirer des poiſſons.
Il leur chanta cecy. Citoyens de cette onde,
Laiſſez voſtre Nayade en ſa grote profonde.
Venez voir un objet mille fois plus charmant.
Ne craignez point d’entrer aux priſons de la Belle :
Ce n’eſt qu’à nous qu’elle eſt cruelle :
Vous ſerez traitez doucement,
On n’en veut point à voſtre vie :

Un vivier vous attend plus clair que fin criſtal.
Et quand à quelques-uns l’appaſt ſeroit fatal,
Mourir des mains d’Annette eſt un ſort que j’envie.
Ce diſcours éloquent ne fit pas grand effet :
L’auditoire eſtoit ſourd auſſi bien que muet.
Tyrcis eut beau preſcher : ſes paroles miellées
S’en eſtant aux vents envolées,
Il tendit un long rets. Voila les poiſsons pris,
Voila les poiſsons mis aux pieds de la Bergere.
Ô vous Paſteurs d’humains & non pas de brebis :
Rois qui croyez gagner par raiſons les eſprits
D’une multitude étrangere,

Ce n’eſt jamais par-là que l’on en vient à bout :
Il y faut une autre maniere.
Servez-vous de vos rets, la puiſsance fait tout.