Les Quatre Évangiles/Préface

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Traduction par J.-Wladimir Bienstock.
Stock (Œuvres complètes, volume 21p. 1-3).
LES QUATRE ÉVANGILES





PREMIÈRE PARTIE


PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION

Mes amis m’ont demandé de publier cette traduction et exégèse des évangiles, que je fis il y a dix ans, et j’y ai consenti malgré que cet ouvrage soit loin d’être parachevé et qu’il ait beaucoup de défauts. Je ne me sens plus la force de le corriger et de le terminer, car cet état de tension morale, d’enthousiasme perpétuellement concentré, dans lequel je me trouvais en faisant ce long travail, ne peut déjà plus renaître en moi.

Cependant je pense que, tel quel, cet ouvrage peut être utile, même s’il ne reflète qu’une parcelle de la lumière qui se lit en moi durant ce long travail et de la ferme croyance en la véracité de la doctrine qui m’était révélée et dans laquelle, depuis lors, je persévère avec une joie de plus en plus grande.

Léon Tolstoï.
Iasnaïa Poliana, 29 août 1891.




Préface de l’édition de « La Parole libre. »

J’écrivis cet ouvrage au cours d’une période d’enthousiasme inoubliable pour moi, avec la conscience que la doctrine chrétienne, exprimée dans les Évangiles, n’a rien de commun avec cette doctrine étrange, dont les contradictions me blessent et que l’Église enseigne, mais qu’elle est au contraire une doctrine simple, claire et profonde, qui renferme le sens de la vie, et répond aux besoins supérieurs de l’âme humaine.

Malheureusement, sous l’influence de cet enthousiasme et de cet entraînement, je ne me suis point borné à comparer les passages compréhensibles de l’Évangile, qui exposent cette doctrine (en omettant ce qui ne s’accorde pas avec le sens général et ne le confirme ni ne l’infirme), et j’ai tâché de donner même aux passages obscurs, l’interprétation conforme au sens général. Ces tentatives m’ont entraîné dans des explications artificielles et probablement erronées au point de vue philologique, explications qui, au lieu d’augmenter la clarté du sens général, doivent l’affaiblir. M’étant rendu compte de l’erreur commise (outre que j’étais déjà absorbé par d’autres travaux dans le même ordre d’idées,) je ne me décidai pas à refaire mon ouvrage, à séparer le superflu du nécessaire, convaincu que le travail d’exégèse de ce livre admirable des quatre évangiles ne peut avoir de fin. C’est pourquoi j’ai laissé mon manuscrit tel que je le livre maintenant au public.

Ceux à qui la vérité est chère, les hommes sans prévention qui cherchent sincèrement la vérité, sauront d’eux-mêmes discerner ce qui est inutile de ce qui est essentiel. Quant aux hommes prévenus, qui ont décidé d’avance que la vérité n’est que dans l’interprétation de l’Église, ni l’exactitude ni la clarté de l’exposition ne sauraient les convaincre.

Léon Tolstoï.
Koreïz, 26 mars 1902.