Les Quatre Évangiles (Crampon 1864)/Évangile selon S. Luc

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Traduction par Augustin Crampon.
Tolra et Haton (p. 255-371).


LE SAINT ÉVANGILE


DE JÉSUS-CHRIST


SELON

SAINT LUC





CHAPITRE PREMIER


PROLOGUE. — L’ANGE GABRIEL PROMET UN FILS A ZACHARIE. — ANNONCIATION. — VISITATION. — CANTIQUE DE MARIE. — NAISSANCE DE JEAN-BAPTISTE. — CANTIQUE DE ZACHARIE.


Un grand nombre[1] ayant entrepris de composer l’histoire des choses qui ont été accomplies parmi nous, selon que nous les ont transmises ceux qui les ont vues eux-mêmes dès le commencement, et qui ont été les ministres de la Parole[2] : moi aussi j’ai voulu, après m’être exactement instruit de tout depuis l’origine, vous en donner par ordre[3] le récit, excellent Théophile[4], afin que vous reconnaissiez la vérité de ce qui vous a été enseigné.

5 Aux jours d’Hérode, roi de Judée, il y eut un prêtre nommé Zacharie, de la classe d’Abia[5] ; et sa femme, d’entre les filles d’Aaron, s’appelait Élisabeth. Ils étaient tous deux justes devant Dieu, et si fidèles à marcher dans tous les commandements et ordonnances du Seigneur, qu’il n’y avait rien à reprendre dans leur vie. Ils n’avaient point d’enfant, parce qu’Élisabeth était stérile, et que tous deux étaient avancés en âge. Or il arriva que Zacharie s’acquittant devant Dieu des fonctions sacerdotales dans le rang de sa classe, il lui échut par le sort, selon la coutume observée entre les prêtres, d’entrer dans le temple du Seigneur pour y offrir l’encens[6]. Et toute la multitude du peuple était dehors en prière à l’heure de l’encens. Et un ange du Seigneur lui apparut, debout à droite de l’autel de l’encens. Zacharie, en le voyant, fut troublé, et la crainte le saisit. Mais l’ange lui dit : Ne craignez point, Zacharie, parce que votre prière a été exaucée ; Élisabeth, votre femme, vous donnera un fils que vous appellerez Jean. Il vous sera un sujet de joie et d’allégresse, et beaucoup se réjouiront de sa naissance ; car il sera grand devant le Seigneur. Il ne boira ni vin, ni rien qui enivre, et il sera rempli de l’Esprit-Saint dès le ventre de sa mère. Il convertira beaucoup d’enfants d’Israël au Seigneur leur Dieu ; et il marchera devant lui dans l’esprit et la vertu d’Élie[7], pour faire revivre dans les enfants les sentiments de leurs pères[8], ramener les incrédules à la sagesse des justes, et préparer ainsi au Seigneur un peuple parfait. Et Zacharie dit à l’ange : A quoi reconnaîtrai-je la vérité de ce que vous m’annoncez ? Car je suis vieux, et ma femme est avancée en âge. L’ange lui répondit : Je suis Gabriel, qui me tiens devant Dieu ; j’ai été envoyé pour vous parler et vous apporter cette heureuse nouvelle. Et voici que vous serez muet et ne pourrez parler jusqu’au jour où ces choses arriveront[9], parce que vous n’avez pas cru à mes paroles, qui s’accompliront en leur temps. Cependant le peuple attendait Zacharie, et il s’étonnait qu’il demeurât si longtemps dans le temple. Et étant sorti, il ne pouvait leur parler[10], et ils comprirent qu’il avait eu une vision dans le temple, ce qu’il leur faisait entendre par signes ; et il resta muet[11]. Quand les jours de son ministère furent accomplis, il s’en alla en sa maison. Quelque temps après, Élisabeth, sa femme, conçut, et elle se tint cachée pendant cinq mois, disant : Le Seigneur en a agi ainsi à mon égard, au jour où il m’a regardée pour me délivrer de mon opprobre parmi les hommes.

26 Au sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé de Dieu dans la ville de Galilée appelée Nazareth, à une vierge, qui était fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph, et le nom de la vierge était Marie[12]. L’ange étant entré où elle était, lui dit : Je vous salue, pleine de grâce[13] ; le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre les femmes. Marie, l’ayant entendu, fut troublée de ses paroles, et elle pensait en elle-même quelle pouvait être cette salutation. L’ange lui dit : Ne craignez point, Marie, vous avez trouvé grâce devant Dieu. Voilà que vous concevrez en votre sein, et vous enfanterez un fils[14], et vous lui donnerez le nom de Jésus. Il sera grand, et sera appelé[15] le Fils du Très-Haut, et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; et il régnera éternellement sur la maison de Jacob, et son règne n’aura point de fin. Marie dit à l’ange : Comment cela se fera-t-il, car je ne connais point d’homme[16] ? L’ange lui répondit : L’Esprit-Saint surviendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre. C’est pourquoi le fruit saint qui naîtra de vous sera appelé le Fils de Dieu[17]. Voilà qu’Élisabeth, votre parente[18], a conçu, elle aussi, un fils dans sa vieillesse, et ce mois est le sixième de la grossesse de celle qu’on appelle stérile : car rien n’est impossible à Dieu[19]. Marie dit alors : Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole[20]. Et l’ange la quitta.

39 En ces jours-là, Marie se levant, s’en alla avec hâte vers les montagnes, en une ville de Juda[21]. Et elle entra dans la maison de Zacharie, et salua Élisabeth. Et lorsqu’Élisabeth entendit la salutation de Marie, il arriva que l’enfant tressaillit dans son sein, et Élisabeth fut remplie de l’Esprit-Saint. Et élevant la voix, elle s’écria : Vous êtes bénie entre les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni. Et d’où me vient ce bonheur, que la mère de mon Seigneur vienne à moi ? Car votre voix, lorsque vous m’avez saluée, n’a pas plus tôt frappé mon oreille, que mon enfant a tressailli de joie dans mon sein. Heureuse êtes-vous d’avoir cru, car les choses qui vous ont été dites par le Seigneur s’accompliront[22]. Et Marie dit :


47 Mon âme glorifie le Seigneur,
Et mon esprit tressaille de joie en Dieu, mon Sauveur,

48 Parce qu’il a regardé la bassesse de sa servante ;
Et voilà que désormais toutes les générations m’appelleront bienheureuse.

49 Car il a fait en moi de grandes choses,
Celui qui est puissant,
Dont le nom est saint,
50Dont la miséricorde se répand d’âge en âge sur ceux qui le craignent.

51 Il a signalé la force de son bras ;
Il a dissipé ceux qui s’enorgueillissaient dans les pensées de leur cœur.

52 Il a renversé de leurs trônes les puissants,
Et il a élevé les petits.

53 Il a rempli de biens les affamés,
Et renvoyé vides les riches.

54 Il a pris soin d’Israël, son serviteur,
Se ressouvenant de sa miséricorde,
55 — Selon la promesse qu’il en a faite à nos pères, —
De sa miséricorde envers Abraham et sa race pour toujours.


56 Marie demeura avec Élisabeth environ trois mois, et elle s’en retourna en sa maison.

57 Cependant le temps d’Élisabeth étant venu, elle enfanta un fils. Ses voisins et ses parents ayant appris que le Seigneur avait signalé en elle sa miséricorde, l’en félicitaient. Le huitième jour, ils vinrent pour circoncire l’enfant, et voulaient le nommer Zacharie, du nom de son père. Non, dit sa mère, mais il sera nommé Jean. Ils lui répondirent : Il n’y a personne dans votre famille qui soit appelé de ce nom. Et ils demandaient par signe à son père comment il voulait qu’on le nommât. S’étant fait apporter des tablettes, il écrivit : Jean est son nom[23] ; et tous furent dans l’étonnement. Au même instant sa bouche s’ouvrit, sa langue se délia ; et il parlait, bénissant Dieu. Tous leurs voisins furent remplis de crainte, et le bruit de ces merveilles se répandit dans tout le pays des montagnes de Judée. Tous ceux qui en entendirent parler les recueillirent dans leur cœur, et ils disaient : Que pensez-vous que sera cet enfant ? Car la main du Seigneur[24] était avec lui. Et Zacharie, son père, ayant été rempli de l’Esprit-Saint, prophétisa, en disant :

68 Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, de ce qu’il a visité et racheté son peuple, et nous a suscité un puissant Sauveur dans la maison de David, son serviteur, — selon ce qu’il a dit par la bouche de ses saints prophètes aux siècles passés, qu’il nous sauverait de nos ennemis et des mains de tous ceux qui nous haïssent : — pour accomplir la miséricorde promise à nos pères, et se souvenir de son alliance sainte ; serment qu’il a juré à Abraham notre père, de nous faire cette grâce, qu’étant délivrés des mains de nos ennemis nous le servions sans crainte, dans la sainteté et la justice en sa présence, tous les jours de notre vie. Et toi, enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut ; car tu marcheras devant la face du Seigneur pour lui préparer les voies ; pour donner à son peuple la science du salut, afin qu’il obtienne la rémission de ses péchés par les entrailles de la miséricorde de notre Dieu, selon lesquelles le Soleil levant[25] est venu nous visiter d’en haut, pour éclairer ceux qui sont assis dans les ténèbres et l’ombre de la mort, et pour diriger nos pieds dans la voie de la paix.

80 Or l’enfant croissait et se fortifiait en esprit[26], et il demeurait dans le désert[27] jusqu’au jour où il devait paraître devant Israël.


CHAPITRE II


NAISSANCE DE JÉSUS-CHRIST. — LES BERGERS A LA CRÈCHE. — CIRCONCISION. — PURIFICATION. — JÉSUS AU MILIEU DES DOCTEURS.


En ces jours-là fut publié un édit de César Auguste, ordonnant qu’on fit le dénombrement des habitants de toute la terre. Ce premier dénombrement fut fait par Cyrinus, gouverneur de Syrie[28]. Et tous allaient se faire inscrire, chacun dans sa ville[29]. Joseph aussi partit de Nazareth, ville de Galilée, et monta en Judée dans la ville de David, appelée Bethléem, parce qu’il était de la tribu et de la famille de David[30], pour se faire inscrire avec Marie, son épouse[31], qui était enceinte. Or, pendant qu’ils étaient en ce lieu, le temps où elle devait enfanter s’accomplit. Et elle mit au monde son fils premier-né[32], l’enveloppa de langes et le coucha dans une crèche[33], parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans l’hôtellerie.

8 Il y avait aux environs des bergers qui veillaient, gardant leur troupeau durant les veilles de la nuit. Et voici qu’un ange du Seigneur leur apparut, et une clarté céleste les environna, et ils furent remplis d’une grande crainte. Mais l’ange leur dit : Ne craignez point, car je vous apporte une nouvelle qui sera pour tout le peuple le sujet d’une grande joie. Il vous est né aujourd’hui, dans la ville de David, un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. Voici le signe auquel vous le reconnaîtrez : Vous trouverez un Enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche. Au même instant se joignit à l’ange une troupe de la milice céleste, louant Dieu et disant : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté[34].

15 Lorsque les anges, remontant au ciel, les eurent quittés, les pasteurs se dirent l’un à l’autre : Passons jusqu’à Bethléem, et voyons ce qui est arrivé, et que le Seigneur nous a fait connaître. Étant donc venus en hâte, ils trouvèrent Marie, et Joseph, et l’Enfant couché dans une crèche[35]. Et l’ayant vu, ils reconnurent la vérité de ce qui leur avait été dit de cet Enfant. Et tous ceux qui en entendirent parler, étaient dans l’admiration de ce que les pasteurs leur avaient rapporté. Or, Marie conservait toutes ces choses en elle-même, les repassant dans son cœur. Et les pasteurs s’en retournèrent, glorifiant et louant Dieu de tout ce qu’ils avaient vu et entendu, selon qu’il leur avait été annoncé.

21 Le huitième jour étant arrivé, auquel l’Enfant devait être circoncis, il fut appelé Jésus, nom que l’ange lui avait donné avant qu’il fût conçu dans le sein de sa mère.

22 Après que les jours de la purification de Marie furent accomplis selon la loi de Moïse[36], ils portèrent l’Enfant à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, selon qu’il est écrit dans la loi du Seigneur : « Tout mâle premier-né sera consacré au Seigneur ; » et pour offrir en sacrifice, ainsi que le prescrit la loi du Seigneur, deux tourterelles, ou deux petits de colombes. Or, il y avait à Jérusalem un homme nommé Siméon ; c’était un homme juste et craignant Dieu, qui attendait la consolation d’Israël, et l’Esprit-Saint était en lui[37]. L’Esprit-Saint lui avait révélé qu’il ne mourrait point, qu’auparavant il n’eût vu le Christ du Seigneur. Conduit par l’Esprit, il vint dans le temple. Et comme les parents de l’Enfant Jésus l’y apportaient afin d’accomplir pour lui ce qu’ordonnait la loi, il le prit entre ses bras, et bénit Dieu en disant :

29 Maintenant, Seigneur, laissez votre serviteur s’en aller en paix, selon votre parole, puisque mes yeux ont vu le Sauveur donné de vous, que vous avez établi pour être, devant tous les peuples, la lumière qui éclairera les nations et la gloire de votre peuple d’Israël.

33 Le père et la mère de l’Enfant étaient dans l’admiration des choses que l’on disait de lui. Et Siméon les bénit, et dit à Marie, sa mère : Cet enfant est au monde pour le salut et la ruine d’un grand nombre en Israël, et pour être un but à la contradiction ; vous-même, vous sentirez le glaive transpercer votre âme : et ainsi[38] seront révélées les pensées cachées dans le cœur d’un grand nombre[39].

36 Et il y avait une prophétesse, Anne, fille de Phanuel, de la tribu d'Aser; elle était fort avancée en âge, et n'avait vécu, depuis sa virginité, que sept ans avec son mari. Restée veuve, et âgée alors de quatre-vingt-quatre ans, elle ne quittait point le temple, servant Dieu nuit et jour dans le jeûne et dans la prière. Elle aussi, survenant à cette même heure[40], se mit à louer le Seigneur et à parler de l'Enfant à tous ceux qui attendaient la rédemption d'Israël. Et quand ils eurent tout accompli selon la loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée, à Nazareth[41], leur ville. Cependant l'Enfant croissait et se fortifiait plein de sagesse, et la grâce de Dieu était en lui[42].

41 Or ses parents allaient tous les ans à Jérusalem, à la fête de Pâque. Lorsqu'il eut atteint sa douzième année, comme ils s'étaient rendus à Jérusalem, selon la coutume de cette fête, et qu'ils s'en retournaient, les jours de la fête étant passés, l'Enfant Jésus resta dans la ville, et ses parents ne s'en aperçurent point[43]. Mais pensant qu'il était avec ceux de leur troupe, ils marchèrent tout un jour, et alors ils le cherchèrent parmi leurs parents et leurs connaissances. Ne le trouvant point, ils retournèrent à Jérusalem pour le chercher. Après trois jours, ils le trouvèrent dans le temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant. Et tous ceux qui l’entendaient étaient confondus de sa sagesse et de ses réponses. En le voyant, ils furent étonnés ; et sa mère lui dit : Mon fils, pourquoi avez-vous agi ainsi avec nous ? Votre père et moi nous vous cherchions tout affligés. Il leur répondit : Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu’il faut que je sois aux choses qui regardent mon Père ? Mais ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait[44]. Alors il s’en alla avec eux, et vint à Nazareth, et il leur était soumis[45]. Et sa mère conservait toutes ces choses en son cœur. Et Jésus croissait en sagesse, et en âge, et en grâce devant Dieu et devant les hommes.


CHAPITRE III


PRÉDICATION DE SAINT JEAN (Matth. iii, 1 sv. Marc, i, 1 sv. Jean, i, 23) — BAPTÈME DE JÉSUS (ibid.), SA GÉNÉALOGIE. (Matth. i, 1 sv.)


L’an quinzième du règne de Tibère César[46], Ponce Pilate étant procurateur de la Judée ; Hérode, tétrarque de Galilée ; Philippe, son frère, tétrarque d’Iturôe et du pays de Trachonitide, et Lysanias, tétrarque d’Abilène ; sous les grands-prêtres Anne et Caïphe, la parole du Seigneur se fit entendre à Jean, fils de Zacharie, dans le désert. Et il vint dans toute la contrée du Jourdain, prêchant le baptême de pénitence pour la rémission des péchés[47], ainsi qu’il est écrit au livre des oracles du prophète Isaïe : « Une voix a retenti au désert : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez ses sentiers. Toute vallée sera comblée, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les chemins tortueux deviendront droits, et les raboteux, unis. Et toute chair verra le salut de Dieu[48]. »

7 Il disait à ceux qui accouraient en foule pour être baptisés par lui : Race de vipères, qui vous a montré à fuir devant la colère qui vient ? Faites donc de dignes fruits de pénitence, et ne vous mettez pas à dire : Abraham est notre père ; car je vous dis que de ces pierres mêmes Dieu peut susciter des enfants à Abraham. Déjà la cognée est à la racine de l’arbre. Tout arbre donc qui ne porte pas de bon fruit sera coupé et jeté au feu[49]. Et le peuple lui demandait : Que ferons-nous donc ? Il leur répondit : Que celui qui a deux tuniques en donne une à celui qui n’en a point, et que celui qui a de quoi manger fasse de même. Il vint aussi des publicains pour être baptisés, et ils lui dirent : Maître, que ferons-nous ? Il leur dit : N’exigez rien au-delà de ce que prescrit la loi. Et des soldats aussi vinrent l’interroger, disant : Et nous, que ferons-nous ? Il leur répondit : Abstenez-vous de toute violence et de toute fraude, et contentez-vous de votre paye[50].

15 Or, comme le peuple flottait dans ses pensées, et que tous se demandaient dans leurs cœurs, à l’égard de Jean, s’il ne serait pas le Christ, Jean leur dit à tous : Moi, je vous baptise dans l’eau ; mais un autre va venir, plus puissant que moi, et dont je ne suis pas digne de délier la courroie de la chaussure ; lui, il vous baptisera dans l’Esprit-Saint et le feu[51]. Sa main tient le van, et il nettoiera son aire, et il amassera le froment dans son grenier, et il brûlera la paille dans un feu qui ne s’éteint point.

18 C’est par ces discours, et beaucoup d’autres semblables, qu’il annonçait au peuple la bonne nouvelle. Mais Hérode le tétrarque ayant été repris par lui au sujet d’Hérodiade, femme de son frère, et de tout le mal qu’il avait fait, il ajouta ce crime à tous les autres, et fit mettre Jean en prison[52].

21 Or, dans le temps que tout le peuple venait recevoir le baptême, Jésus ayant aussi été baptisé[53] et priant, le ciel s’ouvrit, et l’Esprit-Saint descendit sur lui sous une forme corporelle, comme une colombe, et du ciel une voix se fit entendre : Vous êtes mon Fils bien-aimé ; en vous j’ai mis mes complaisances[54].

23 Or Jésus avait environ trente ans lorsqu’il commença son ministère, étant, comme l’on croyait, fils de Joseph, qui le fut d’Héli[55], qui le fut de Mathat, qui le fut de Lévi, qui le fut de Melchi, qui le fut de Janné, qui le fut de Joseph, qui le fut de Mathathias, qui le fut d’Amos, qui le fut de Nahum, qui le fut d’Hesli, qui le fut de Naggé, qui le fut de Mathat, qui le fut de Mathathias, qui le fut de Séméï, qui le fut de Joseph, qui le fut de Juda, qui le fut de Joanna, qui le fut de Résa, qui le fut de Zorobabel, qui le fut de Salathiel, qui le fut de Néri, qui le fut de Melchi, qui le fut d’Addi, qui le fut de Cosan, qui le fut d’Elmadan, qui le fut de Her, qui le fut de Jésus, qui le fut d’Éliézer, qui le fut de Jorim, qui le fut de Mathat, qui le fut de Lévi, qui le fut de Siméon, qui le fut de Juda, qui le fut de Joseph, qui le fut de Jona, qui le fut d’Eliakim, qui le fut de Méléa, qui le fut de Menna, qui le fut de Mathatha, qui le fut de Nathan, qui le fut de David, qui le fut de Jessé, qui le fut d’Obed, qui le fut de Booz, qui le fut de Salmon, qui le fut de Naasson, qui le fut d’Aminadab, qui le fut d’Aram, qui le fut d’Esron, qui le fut de Pharès, qui le fut de Judas, qui le fut de Jacob, qui le fut d’Isaac, qui le fut d’Abraham, qui le fut de Tharé, qui le fut de Nachor, qui le fut de Sarug, qui le fut de Ragau, qui le fut de Phaleg, qui le fut d’Héber, qui le fut de Salé, qui le fut de Cainan, qui le fut d’Arphaxad, qui le fut de Sem, qui le fut de Noé, qui le fut de Lamech, qui le fut de Mathusalé, qui le fut d’Hénoch, qui le fut de Jared, qui le fut de Malaléel, qui le fut de Caïnan, qui le fut d’Hénos, qui le fut de Seth, qui le fut d’Adam, qui le fut de Dieu.


CHAPITRE IV


JEÛNE ET TENTATION DE JÉSUS (Matth. iv, 1 sv. ; Marc, i, 13). — SA PRÉDICATION À NAZARETH (Ibid.). — À CAPHARNAÜM, IL DÉLIVRE UN POSSÉDÉ (Marc, i, 21 sv.), GUÉRIT LA BELLE-MÈRE DE SAINT PIERRE, ET FAIT D’AUTRES MIRACLES (Matth. viii, 14, sv. ; Marc, i, 29).


Jésus, rempli de l’Esprit-Saint, revint du Jourdain ; et poussé par l’Esprit au désert, il y passa quarante jours, et fut tenté par le démon. Il ne mangea rien pendant ces jours, et, quand ils furent passés, il eut faim. Alors le démon lui dit : Si vous êtes le Fils de Dieu, commandez à cette pierre qu’elle devienne du pain. Jésus lui répondit : Il est écrit : « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole de Dieu[56]. » Et le démon le conduisit sur une haute montagne ; et lui ayant montré en un instant tous les royaumes de la terre, il lui dit : Je vous donnerai toute cette puissance et toute la gloire de ces royaumes ; car ils m’ont été livrés, et je les donne à qui je veux. Si donc vous m’adorez, ils seront tous à vous. Jésus lui répondit : Il est écrit : « Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu ne serviras que lui seul[57]. » Le démon le conduisit encore à Jérusalem, et l’ayant placé sur le haut du temple, il lui dit : Si vous êtes le Fils de Dieu, jetez-vous d’ici en bas. Car il est écrit qu’il a ordonné à ses anges de vous garder, et qu’ils vous prendront entre leurs mains, de peur que votre pied ne heurte contre la pierre[58]. Jésus lui répondit : Il est écrit : « Tu ne tenteras point le Seigneur ton Dieu[59]. » Après l’avoir tenté de toutes ces manières, le démon se retira de lui pour un temps[60].

14 Alors Jésus, par le mouvement de l’Esprit[61], retourna en Galilée, et sa renommée se répandit dans tout le pays. Et il enseignait dans les synagogues, et tous publiaient ses louanges.

16 Étant venu à Nazareth, où il avait été nourri, il entra, selon sa coutume, le jour du sabbat dans la synagogue, et se leva pour lire. On lui donna le livre du prophète Isaïe ; et l’ayant déroulé[62], il trouva l’endroit où il était écrit : « L’Esprit du Seigneur est sur moi ; c’est pourquoi il m’a consacré par son onction ; il m’a envoyé pour évangéliser les pauvres, guérir ceux qui ont le cœur brisé, annoncer aux captifs la délivrance, aux aveugles le bienfait de la vue, rendre libres les opprimés, publier l’année favorable du Seigneur et le jour de la rétribution[63]. » Ayant roulé le livre, il le rendit au ministre et s’assit ; et pendant que tous, dans la synagogue, avaient les yeux attachés sur lui, il commença à leur dire : Aujourd’hui s’accomplit cet oracle par ce que vous entendez[64]. Et tous lui rendaient témoignage, et admirant les paroles de grâce qui sortaient de sa bouche, ils disaient : N’est-ce pas là le fils de Joseph ? Alors il leur dit : Sans doute vous m’appliquerez cet adage : Médecin, guéris-toi toi-même, et me direz : Les grandes choses qu’on nous a raconté que vous avez faites à Capharnaüm, faites-les ici dans votre patrie. Et il ajouta : En vérité, je vous le dis, aucun prophète n’est accueilli dans sa patrie. Je vous le dis en vérité, il y avait aux jours d’Élie beaucoup de veuves en Israël, lorsque le ciel fut fermé pendant trois ans et six mois, et qu’il y eut une grande famine dans toute la terre ; et cependant Élie ne fut envoyé à aucune d’elles, mais à une veuve de Sarepta, dans le pays des Sidoniens. Il y avait de même en Israël beaucoup de lépreux aux jours du prophète Élisée ; et cependant aucun d’eux ne fut guéri, si ce n’est Naaman le Syrien[65]. En entendant cela, ils furent tous remplis de colère dans la synagogue. Et se levant, ils le jetèrent hors de la ville, et le menèrent jusqu’au sommet de la montagne sur laquelle elle était bâtie, pour le précipiter. Mais lui, passant au milieu d’eux, s’en alla.

31 Il descendit à Capharnaüm, ville de Galilée, et là il enseignait les jours de sabbat. Et sa doctrine les frappait d’étonnement, parce qu’il parlait avec autorité.

33 Il y avait dans la synagogue un homme possédé d’un démon impur, lequel jeta un grand cri, disant : Laissez-nous ; qu’y a-t-il de commun entre nous et vous, Jésus de Nazareth ? Êtes-vous venu pour nous perdre ? Je sais qui vous êtes : le Saint de Dieu. Mais Jésus lui dit avec empire : Tais-toi, et sors de cet homme. Et le démon l’ayant jeté par terre au milieu de tout le peuple, sortit de lui sans lui faire aucun mal. Et tous, saisis d’épouvante, se disaient entre eux : Qu’est ceci ? Il commande avec autorité et puissance aux esprits impurs, et ils sortent ! Et sa renommée se répandait de tous côtés dans le pays.

38 Étant sorti de la synagogue, Jésus entra dans la maison de Simon, dont la belle-mère avait une grosse fièvre, et ils le prièrent pour elle. S’approchant de son lit, il commanda à la fièvre, et la fièvre la quitta ; et s’étant levée aussitôt, elle se mit à les servir.

40 Lorsque le soleil fut couché, tous ceux qui avaient chez eux des malades, quel que fût leur mal, les lui amenaient ; et Jésus, imposant les mains sur chacun, les guérissait. Les démons sortaient de plusieurs, criant et disant : Vous êtes le Fils de Dieu ; et, leur commandant avec empire, il ne leur permettait pas de parler, car ils savaient qu’il était le Christ[66].

42. Dès que le jour parut, il sortit de la ville et s’en alla en un lieu désert, et la foule qui le cherchait, étant arrivée jusqu’à lui, s’efforçait de le retenir, afin qu’il ne les quittât point. Il leur dit : Il faut que j’annonce aussi aux autres villes le royvume de Dieu, car je suis envoyé pour cela. Et il prêchait dans les synagogues de la Galilée.


CHAPITRE V


PÊCHE MIRACULEUSE. — GUÉRISON D’UN LÉPREUX (Matth. viii, 1 sv. ; Marc, i, 40), ET D’UN PARALYTIQUE (Matth. ix, 1 sv. ; Marc, ii, 1 sv.). — VOCATION DE SAINT MATTHIEU. — POURQUOI LES DISCIPLES DE JÉSUS NE JEÛNENT POINT (Matth. ix, 9 ; Marc, ii, 13).


Un jour que Jésus était sur le bord du lac de Génésareth, la foule se précipitant sur lui pour entendre la parole de Dieu, il vit, attachées au rivage, deux barques d’où les pêcheurs étaient descendus et lavaient leurs filets. Montant dans une des barques, qui était à Simon, il le pria de s’éloigner un peu de terre ; et, s’étant assis, il enseignait le peuple de dessus la barque. Lorsqu’il eut cessé de parler, il dit à Simon : Avance en pleine mer, et jetez vos filets pour pêcher. Simon lui répondit : Maître, nous avons travaillé toute la nuit sans rien prendre ; mais, sur votre parole, je jetterai le filet. L’ayant jeté, ils prirent une si grande quantité de poissons, que leur filet se rompait. Et ils firent signe à leurs compagnons, qui étaient dans une autre barque, de venir à leur aide. Ils y vinrent, et ils remplirent les deux barques, au point qu’elles étaient près de couler à fond. Ce que voyant Simon Pierre, il tomba aux pieds de Jésus, en disant : Éloignez-vous de moi, Seigneur, parce que je suis un pécheur. Car il était dans la stupeur, et tous ceux qui étaient avec lui, à la vue des poissons qu’ils avaient pris ; il en était de même de Jacques et de Jean, fils de Zébédée, qui étaient associés de Simon. Et Jésus dit à Simon : Ne crains point, car désormais ce sont des hommes que tu prendras. Aussitôt, ramenant leurs barques à terre, ils quittèrent tout et le suivirent[67].

12 Comme il était dans une ville, voilà qu’un homme tout couvert de lèpre, apercevant Jésus, se prosterna la face contre terre, et le pria en disant : Seigneur, si vous voulez, vous pouvez me guérir. Jésus, étendant la main, le toucha et lui dit : Je le veux, soyez guéri ; et à l’instant sa lèpre disparut. Et il lui défendit d’en parler à personne ; mais allez, lui dit-il, montrez-vous aux prêtres, et offrez pour votre guérison le don prescrit par Moïse, en témoignage pour eux. Or, sa renommée se répandait de plus en plus, et on venait par troupes nombreuses pour l’entendre et pour être guéri de ses maladies. Mais il se retirait dans la solitude et priait.

17 Un jour qu’il était assis enseignant, des Pharisiens et des Docteurs de la Loi, venus de tous les villages de Galilée et de Judée, et de la ville de Jérusalem, étaient assis autour de lui, et la vertu du Seigneur[68] opérait pour guérir les malades. Et voilà que des gens, portant sur un lit un homme paralytique, cherchaient à le faire entrer et à le mettre devant lui. Et n’en trouvant pas le moyen à cause de la foule, ils montèrent sur le toit, et, par les tuiles, ils le descendirent avec le lit au milieu de tous devant Jésus. Voyant leur foi, il dit : Homme, vos péchés vous sont remis. Alors les Scribes et les Pharisiens commencèrent à dire en eux-mêmes : Qui est celui-ci qui profère des blasphèmes ? Qui peut remettre les péchés, que Dieu seul ? Jésus, connaissant leurs pensées, leur dit : Que pensez-vous en vos cœurs ? Lequel est le plus facile de dire : Vos péchés vous sont remis ; ou de dire : Levez-vous et marchez ? Mais afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a le pouvoir sur la terre de remettre les péchés ; je vous le commande, dit-il au paralytique, prenez votre lit et vous en allez en votre maison. Et aussitôt, se levant devant eux, il prit le lit où il était couché, et s’en alla dans sa maison en glorifiant Dieu. Et ils furent tous frappés de stupeur, et ils glorifiaient Dieu, et, remplis de crainte, ils disaient : Nous avons vu aujourd’hui des choses prodigieuses.

27 Après cela il sortit, et ayant vu un publicain nommé Lévi, assis au bureau du péage, il lui dit : Suivez moi. Et, laissant tout, il se leva et le suivit. Lévi lui fit ensuite un grand banquet dans sa maison ; et il y avait une foule nombreuse de publicains et d’autres qui étaient à table avec eux. Et les Pharisiens et les Scribes murmuraient et disaient à ses disciples : Pourquoi mangez-vous et buvez-vous avec des publicains et des pécheurs ? Jésus prenant la parole leur dit : Ce ne sont pas les sains qui ont besoin de médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs à la pénitence.

33 Alors ils lui dirent : Pourquoi les disciples de Jean et ceux des Pharisiens jeûnent-ils et prient-ils souvent, et que les vôtres mangent et boivent ? Il leur répondit : Pouvez-vous faire jeûner les fils de l’époux, tandis que l’époux, est avec eux ? Viendront des jours où l’époux leur sera enlevé ; ils jeûneront en ces jours-là. Il leur proposa aussi cette comparaison : Personne ne met à un vieux vêtement un morceau pris à un vêtement neuf : autrement on déchire le neuf, et le morceau convient mal au vêtement vieux[69]. Personne non plus ne met le vin nouveau dans des outres vieilles : autrement, le vin nouveau rompant les vaisseaux, il se répandra, et les outres seront perdues. Mais il faut mettre le vin nouveau dans des outres neuves, et tous les deux se conservent. Et personne, venant de boire du vin vieux, n’en demande aussitôt du nouveau, car il dit : Le vieux est meilleur.


CHAPITRE VI


ÉPIS CUEILLIS ET GUÉRISON OPÉRÉE LE JOUR DU SABBAT (Matth. xiii, 1 sv. ; Marc, ii, 2). — ÉLECTION DES APÔTRES (Matth. iii, 9 ; Marc, iii, 1). — DISCOURS AU PEUPLE.


1. Un jour de sabbat, dit le second-premier[70], comme Jésus passait le long des champs de blé, ses disciples cueillaient des épis, et les froissant dans leurs mains, les mangeaient. Quelques-uns des Pharisiens leur dirent : Pourquoi faites-vous ce qu’il n’est pas permis de faire le jour du sabbat ? Jésus leur répondit : N’avez-vous pas lu ce que fit David lorsqu’il eut faim, lui et ceux qui l’accompagnaient, comment il entra dans la maison de Dieu, et prit les pains de proposition, en mangea et en donna à ceux qui étaient avec lui[71], quoiqu’il ne soit permis d’en manger qu’aux prêtres seuls ? Et il ajouta : Le Fils de l’homme est maître même du sabbat.

6 Un autre jour de sabbat, Jésus entra dans la synagogue pour y enseigner. Et il y avait là un homme 7. dont la main droite était desséchée. Or, les Scribes et les Pharisiens l’observaient, pour voir s’il le guérirait le jour du sabbat, afin de trouver un prétexte pour l’accuser. Mais, connaissant leurs pensées, il dit à l’homme qui avait la main desséchée : Levez-vous, et tenez-vous là debout au milieu. Et se levant, il se tint debout. Alors Jésus leur dit : Je vous le demande, est-il permis, le jour du sabbat, de faire du bien ou du mal, de sauver la vie ou de l’ôter ? Puis, promenant son regard sur tous ceux qui l’entouraient[72], il dit à cet homme : Étendez votre main. Il l’étendit, et sa main redevint saine. Mais eux, remplis de fureur, se consultaient sur ce qu’ils feraient à Jésus.

12 En ces jours-là, il se retira sur la montagne pour prier, et il passa toute la nuit en prière devant Dieu. Quand il fut jour, il appela ses disciples, et en choisit douze d’entre eux (qu’il nomma apôtres)[73] : Simon, auquel il donna le surnom de Pierre, et André, son frère, Jacques et Jean, Philippe et Barthélemi, Matthieu et Thomas, Jacques, fils d’Alphée, et Simon, appelé le Zélé, Jude, frère de Jacques[74], et Judas Iscariote, qui fut le traître.

17 Étant descendu avec eux, il s’arrêta sur un terrain uni avec la troupe de ses disciples et une grande multitude de peuple de toute la Judée, de Jérusalem, et de la région maritime de Tyr et de Sidon, qui étaient venus pour l’entendre, et pour être guéris de leurs maladies ; il y en avait aussi que tourmentaient des esprits impurs, et ils étaient délivrés. Et toute cette foule cherchait à le toucher, parce qu’il sortait de lui une vertu qui les guérissait tous. Alors, levant les yeux vers ses disciples, il leur dit[75] :

20 Bienheureux, vous qui êtes pauvres, car le royaume des cieux est à vous.

21 Bienheureux, vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasiés.

Bienheureux, vous qui pleurez maintenant, car vous rirez.

22 Bienheureux serez-vous, lorsque les hommes vous haïront, vous repousseront de leur société, vous chargeront d’opprobres, et rejetteront votre nom comme infâme, à cause du Fils de l’homme. Réjouissez-vous en ce jour-là, et tressaillez de joie, car voici que votre récompense est grande dans le ciel : c’est ainsi que leurs pères traitaient les prophètes.

24 Mais malheur à vous, riches, car vous avez votre consolation.

25 Malheur à vous, qui êtes rassasiés, car vous aurez faim.

Malheur à vous, qui riez maintenant, car vous gémirez et vous pleurerez[76].

26 Malheur à vous, quand les hommes vous loueront, car leurs pères ont loué ainsi les faux prophètes.

27 Mais je vous dis, à vous qui m’écoutez : Aimez vos ennemis ; faites du bien à ceux qui vous haïssent. Bénissez ceux qui vous maudissent, et priez pour ceux qui vous calomnient. A celui qui vous frappe sur une joue, présentez encore l’autre. Celui qui vous prend votre manteau, laissez-le prendre aussi votre tunique.

30 Donnez à quiconque vous demande, et si l’on vous ravit votre bien, ne le réclamez point. Ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites le pareillement pour eux. Si vous aimez ceux qui vous aiment, quel est votre mérite ? Car les pécheurs aussi aiment ceux qui les aiment. Et si vous faites du bien à ceux qui vous en font, quel est votre mérite ? Car les pécheurs le font aussi. Et si vous prêtez à ceux de qui vous espérez recevoir, quel est votre mérite ? Car les pécheurs aussi prêtent aux pécheurs, afin d’en recevoir l’équivalent[77]. Pour vous, aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans en espérer rien ; et votre récompense sera grande, et vous serez les fils du Très-Haut, qui est bon aux ingrats et aux méchants. Soyez donc miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux.

37 Ne jugez point, et vous ne serez point jugés ; ne condamnez point, et vous ne serez point condamnés ; remettez, et il vous sera remis. Donnez, et il vous sera donné ; on versera dans votre sein une bonne mesure, pressée et remuée, et se répandant par-dessus les bords, car on usera pour vous de la même mesure dont vous aurez usé pour les autres.

39 Il leur faisait aussi cette comparaison : Un aveugle peut-il conduire un aveugle ? Ne tomberont-ils pas tous deux dans la fosse[78] ? Le disciple n’est pas audessus du maître ; mais tout disciple sera parfait, s’il est comme son maître[79]. Pourquoi voyez-vous une paille dans l’œil de votre frère, et ne voyez-vous pas la poutre qui est dans votre œil ? Ou comment pouvez-vous dire à votre frère : Mon frère, laissez-moi ôter cette paille de votre œil, vous qui ne voyez pas une poutre dans le vôtre ? Hypocrite, ôtez d’abord la poutre de votre œil, et vous verrez ensuite à ôter la paille de l’œil de votre frère. L’arbre qui produit de mauvais fruits n’est pas bon, et l’arbre qui produit de bons fruits n’est pas mauvais ; car tout arbre est connu par son fruit. On ne cueille point de figues sur les épines ; on ne coupe point de grappes de raisin sur les ronces. L’homme bon[80] tire le bien du bon trésor de son cœur ; et, de son mauvais trésor, l’homme mauvais tire le mal : car la bouche parle de l’abondance du cœur.

46 Pourquoi m’appelez-vous Seigneur, Seigneur, et ne faites-vous point ce que je dis ? Quiconque vient à moi, et entend mes paroles, et les met en pratique, je vous montrerai à qui il est semblable. Il est semblable à un homme qui, bâtissant une maison, a creusé très-avant, et en a posé le fondement sur la pierre. Les eaux s’étant débordées, le torrent est venu se briser contre cette maison, et il n’a pu l’ébranler, parce qu’elle était fondée sur la pierre. Mais celui qui entend et ne pratique point, est semblable à un homme qui a bâti sa maison sur la terre sans fondement ; le torrent est venu fondre sur elle, et elle est tombée aussitôt, et grande a été la ruine de cette maison.


CHAPITRE VII


FOI DU CENTURION (Matth. viii, 5). — RÉSURRECTION DU FILS DE LA VEUVE DE NAIM. — SAINT JEAN-BAPTISTE DÉPUTE DEUX DE SES DISCIPLES AUPRÈS DE JÉSUS-CHRIST (Matth. xi, 2 sv.). — ÉLOGE DU PRÉCURSEUR (ibid.). — UNE PÉCHERESSE PARFUME LES PIEDS DE JÉSUS.


Après qu’il eut adressé tous ces discours au peuple, Jésus entra dans Capharnaüm. Or un centurion avait un serviteur malade[81], qui allait mourir, et il l’aimait beaucoup. Ayant entendu parler de Jésus, il lui envoya quelques anciens[82] d’entre les Juifs, pour le prier de venir guérir son serviteur. Ceux-ci étant venus vers Jésus, le prièrent avec grande instance, en disant : Il mérite que vous fassiez cela pour lui ; car il aime notre nation, et il nous a même bâti une synagogue. Jésus s’en alla donc avec eux. Il n’était plus loin de la maison, lorsque le centurion envoya quelques-uns de ses amis lui dire : Seigneur, ne prenez pas tant de peine, car je ne suis pas digne que vous entriez sous mon toit. C’est pourquoi je ne me suis pas jugé digne de venir à vous ; mais dites une parole, et mon serviteur sera guéri. Car moi, qui suis sous la puissance d’un autre, j’ai des soldats sous moi, et je dis à l’un : Va, et il va ; à un autre : Viens, et il vient ; et à mon serviteur : Fais cela, et il le fait. Ce qu’ayant entendu, Jésus fut dans l’admiration, et, se tournant vers la foule qui le suivait, il dit : Je vous le dis en vérité, en Israël même je n’ai pas trouvé une si grande foi. De retour à la maison, ceux que le centurion avait envoyés, trouvèrent le serviteur qui avait été malade, guéri.

11 Il s’en alla ensuite en une ville appelée Naïm[83], suivi de ses disciples et d’une grande foule de peuple. Comme il approchait de la porte de la ville, il se trouva qu’on portait en terre un mort, fils unique de sa mère ; et celle-ci était veuve, et beaucoup de gens de la ville l’accompagnaient. Le Seigneur l’ayant vue, fut touché de compassion pour elle, et lui dit : Ne pleurez point. Et il s’approcha et toucha le cercueil[84] (ceux qui le portaient s’arrêtèrent), et dit : Jeune homme, je te le commande, lève-toi. Aussitôt le mort se leva sur son séant, et commença à parler, et Jésus le rendit à sa mère. Tous furent saisis de crainte, et ils glorifiaient Dieu en disant : Un grand prophète a paru parmi nous, et Dieu a visité son peuple. Et le bruit de ce prodige se répandit dans toute la Judée et dans tout le pays d’alentour.

18 Les disciples de Jean lui ayant annoncé toutes ces choses, il en appela deux, et les envoya vers Jésus pour lui dire : Êtes-vous celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? Étant donc venus à lui : Jean-Baptiste, lui dirent-ils, nous a envoyés vers vous pour vous demander : Êtes-vous celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? (À cette heure même, Jésus guérit un grand nombre de personnes affligées de maladies et de plaies, chassa des esprits malins, et rendit la vue à plusieurs aveugles). Alors il répondit aux envoyés : Allez rapporter à Jean ce que vous avez vu et entendu : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, les pauvres sont évangélisés : et bienheureux quiconque ne se scandalisera pas de moi !

24 Lorsque les envoyés de Jean furent partis, il commença à dire au peuple, parlant de Jean : Qu’êtes-vous allés voir dans le désert ? Un roseau agité par le vent ? Qu’êtes-vous donc allés voir ? Un homme vêtu avec mollesse ? Mais ceux qui portent des vêtements précieux et vivent dans les délices, sont dans les maisons des rois. Enfin qu’êtes-vous allés voir ? Un prophète ? Oui, je vous le dis, et plus qu’un prophète. C’est de lui qu’il est écrit : « J’envoie devant vous mon ange, qui vous précédera et vous préparera la voie[85]. » Car, je vous le dis, parmi les enfants des femmes, il n’est point de prophète plus grand que Jean-Baptiste ; mais le plus petit dans le royaume de Dieu est plus grand que lui. Tout le peuple[86] qui l’entendit, et les publicains eux-mêmes, rendirent gloire à Dieu[87], ayant reçu le baptême de Jean. Mais les Pharisiens et les Docteurs de la Loi méprisèrent, pour leur perte, les desseins de Dieu[88], ayant refusé d’être baptisés par lui. A qui donc, continua le Seigneur, comparerai-je les hommes de cette génération ? A qui sont-ils semblables ? Ils sont semblables à des enfants assis dans la place, et qui se disent les uns aux autres : Nous avons joué de la flûte, et vous n’avez pas dansé ; nous avons chanté des chants lugubres, et vous n’avez point pleuré. Car Jean-Baptiste est venu, ne mangeant point de pain, et ne buvant point de vin, et vous dites : Il est possédé du démon. Le Fils de l’homme est venu mangeant et buvant, et vous dites : C’est un homme de bonne chère, qui aime le vin, ami des publicains et des pécheurs. Et la Sagesse a été justifiée des reproches de tous ses enfants.

36 Or, un Pharisien ayant prié Jésus de manger avec lui, il entra dans sa maison et se mit à table. Et voilà qu’une femme de la ville[89], qui vivait dans le péché, ayant su qu’il était à table dans la maison du Pharisien, apporta un vase d’albâtre plein de parfum. Et se tenant derrière lui à ses pieds[90], elle commença à les arroser de ses larmes, et elle les essuyait avec ses cheveux, et elle les baisait et les oignait de parfum. Ce que voyant le Pharisien qui l’avait invité, il dit en lui-même : Si cet homme était prophète, il saurait qui est celle qui le touche, et que c’est une pécheresse. Alors Jésus lui dit : Simon, j’ai quelque chose à vous dire. Il répondit : Maître, dites. Un créancier avait M. deux débiteurs ; l’un lui devait cinq cents deniers, et l’autre cinquante. Comme ils n’avaient pas de quoi payer leur dette, il la leur remit à tous deux. Lequel l’aimera davantage ? Simon répondit : Celui, je pense, auquel il a le plus remis. Jésus lui dit : Vous avez bien jugé. Et se tournant vers la femme, il dit à Simon : Voyez-vous cette femme ? Je suis entré dans votre maison, et vous ne m’avez pas donné d’eau pour laver mes pieds ; elle, au contraire, a arrosé mes pieds de ses larmes, et les a essuyés avec ses cheveux. Vous ne m’avez point donné de baiser ; mais elle, depuis qu’elle est entrée, n’a point cessé de me baiser les pieds. Vous n’avez point versé de parfum sur ma tête, et elle a répandu ses parfums sur mes pieds. C’est pourquoi je vous dis : Beaucoup de péchés lui sont remis, parce qu’elle a beaucoup aimé ; mais celui à qui on remet moins, aime moins[91]. Puis il dit à cette femme : Vos péchés vous sont remis. Et ceux qui étaient à table avec lui dirent en eux-mêmes : Qui est celui-ci qui même remet les péchés ? Mais Jésus dit encore à cette femme : Votre foi vous a sauvée, allez en paix.


CHAPITRE VIII


PARABOLE DE LA SEMENCE (Matth. xiii, 1 sv. ; Marc, iv, 2). — LAMPE SUR LE CHANDELIER (ibid.). — QUELS SONT LES PARENTS DE JÉSUS (Matth. xi, 46 ; Marc, iii, 31). — TEMPÊTE APAISÉE (Matth. viii, 23 ; Marc, iv, 36). — LÉGION DE DÉMONS CHASSÉE D'UN POSSÉDÉ (Matth. viii, 28 ; Marc, v, 1). — GUÉRISON DE L'HÉMORROÏSSE ; RÉSURRECTION DE LA FILLE DE JAÏRE (Matth. ix, 18 sv ; Marc, v, 21 sv.).


Ensuite Jésus allait par les villes et par les villages de la Galilée, annonçant la bonne nouvelle du royaume de Dieu. Les Douze étaient avec lui, et quelques femmes qu’il avait délivrées des esprits malins et guéries de leurs maladies : Marie, appelée Madeleine, de laquelle étaient sortis sept démons ; Jeanne, femme de Chusa, intendant de la maison d’Hérode ; Suzanne et plusieurs autres, qui l’assistaient de leurs biens[92]. Or, le peuple s’assemblant en foule et accourant à lui des villes, il leur dit en parabole :

5 Celui qui sème sortit pour semer ; et pendant qu’il semait, une partie de la semence tomba le long du chemin, et elle fut foulée aux pieds, et les oiseaux du ciel la mangèrent. Une autre partie tomba sur la pierre, et, aussitôt levée, elle se dessécha, parce qu’elle n’avait point d’humidité. Une autre tomba parmi les épines, et les épines, croissant avec elle, l’étouffèrent. Une autre tomba dans de bonne terre, et ayant levé, elle porta du fruit au centuple. En disant cela, il criait : Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende. Ses disciples l’interrogeant sur le sens de cette parabole, il leur dit : A vous il a été donné de connaître le mystère du royaume de Dieu, tandis qu’aux autres il est annoncé en parabole, en sorte que voyant ils ne voient point, entendant ils n’entendent point. Voici donc le sens de cette parabole : La semence, c’est la parole de Dieu. Le chemin qui a reçu la semence, ce sont ceux qui entendent la parole ; mais ensuite le diable vient, et l’enlève de leur cœur, de peur qu’ils ne croient et ne soient sauvés. La pierre où est tombée la semence, ce sont ceux qui, entendant la parole, la reçoivent avec joie ; mais ils ne la laissent pas prendre racine en eux : ils croient pour un temps, et succombent à l’heure de la tentation. Les épines où la semence est tombée, ce sont ceux qui ont entendu la parole ; mais les sollicitudes des richesses et des plaisirs de la vie l’étouffent peu à peu, et ils ne portent point de fruit. Enfin, la bonne terre qui a reçu la semence, ce sont ceux qui, ayant entendu la parole avec un cœur bon et excellent, la gardent, et portent des fruits par la patience[93].

16 Personne[94], après avoir allumé une lampe, ne la couvre d’un vase, ou ne la met sous un lit ; maison la met sur le chandelier, afin que ceux qui entrent voient la lumière. Car rien de caché qui ne soit découvert, rien de secret qui ne soit connu, et ne vienne au grand jour. Prenez donc garde comment vous écoutez : car on donnera à celui qui a ; et à celui qui n’a pas, on ôtera même ce qu’il croit avoir.

10 Sa mère et ses frères étant venus le trouver, et ne pouvant pénétrer jusqu’à lui à cause de la foule, on vint lui dire : Votre mère et vos frères sont là dehors, qui désirent vous voir. Il leur répondit : Ma mère et mes frères sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la pratiquent[95].

22 Un jour, il monta sur une barque avec ses disciples, et leur dit : Passons de l’autre côté du lac. Et ils se mirent en mer. Pendant qu’ils naviguaient, il s’endormit ; et un vent impétueux s’étant élevé sur le lac, la barque s’emplissait d’eau, et ils étaient en péril. S’approchant donc, ils le réveillèrent en disant : Maître, nous périssons. Jésus s’étant levé, commanda auvent et aux flots agités, et ils s’apaisèrent, et il se fit un grand calme. Alors il leur dit : Où est votre foi ? Remplis de crainte et d’admiration, ils se disaient les uns aux autres : Qui pensez-vous que soit celui-ci, qui commande au vent et à la mer, et ils lui obéissent ?

26 Ils abordèrent ensuite au pays des Géraséniens[96], qui est vis-à-vis de la Galilée. Étant descendu à terre, il rencontra un homme qui était depuis longtemps possédé du démon, ne portait aucun vêtement et n’avait point d’autre habitation que les sépulcres. Aussitôt qu’il eut aperçu Jésus, il vint se prosterner à ses pieds, et s’écria à haute voix : Qu’y a-t-il entre moi et vous, Jésus, Fils du Dieu Très-Haut ? De grâce, ne me tourmentez point. Car Jésus commandait à l’esprit impur de sortir de cet homme. Depuis longtemps, en effet, il était sous sa puissance, et quoiqu’on le gardât les mains et les pieds enchaînés, il rompait ses liens, et le démon l’entraînait dans les lieux déserts. Jésus lui demanda : Quel est votre nom ? Il lui dit : Je m’appelle Légion, parce que beaucoup de démons étaient entrés en lui. Et ces démons le priaient de ne pas leur commander d’aller dans l’abîme. Or, il y avait là un nombreux troupeau de porcs qui paissaient sur la montagne ; ils le prièrent de leur permettre d’y entrer, et il le leur permit. Sortant donc de cet homme, les démons entrèrent dans les pourceaux ; et le troupeau, prenant sa course, se précipita dans le lac par un endroit escarpé, et s’y noya. Ce qu’ayant vu, les gardiens s’enfuirent, et en portèrent la nouvelle dans la ville et dans les villages. Plusieurs sortirent pour voir ce qui était arrivé ; ils vinrent à Jésus, et trouvèrent assis à ses pieds l’homme de qui les démons étaient sortis, vêtu et sain d’esprit ; et ils furent remplis de crainte. Et ceux qui avaient vu, leur racontèrent comment il avait été délivré de la légion. Alors tous les habitants du pays de Gérase le prièrent de s’éloigner d’eux, parce qu’ils étaient saisis d’une grande frayeur[97]. Il monta donc dans la barque pour s’en retourner. Et l’homme de qui les démons étaient sortis le priait de l’admettre à sa suite ; mais Jésus le renvoya en disant : Retournez en votre maison, et racontez les grandes choses que Dieu a faites pour vous. Et il s’en alla par toute la ville, publiant tout ce que Jésus avait fait pour lui.

40 Lorsque Jésus fut de retour, le peuple l’accueillit avec joie, car il était attendu de tous. Et voilà qu’un homme nommé Jaïre, qui était chef de la synagogue, vint se jeter aux pieds de Jésus, le priant d’entrer dans sa maison, parce qu’il avait une fille unique d’environ douze ans, qui se mourait.

43 Comme Jésus y allait, et qu’il était pressé par la foule, une femme affligée d’un flux de sang depuis douze ans, et qui avait dépensé tout son bien en médecins, sans qu’aucun eût pu la guérir, s’approcha de lui par derrière et toucha la houppe de son manteau. Aussitôt le flux de sang s’arrêta. Et Jésus dit : Qui est-ce qui m’a touché ? Tous s’en défendant, Pierre, et ceux qui étaient avec lui, dirent : Maître, la foule vous presse et vous accable, et vous demandez : Qui m’a touché ? Jésus dit : Quelqu’un m’a touché, car j’ai senti qu’une vertu était sortie de moi. Se voyant découverte, la femme vint toute tremblante, et, se jetant à ses pieds, raconta devant tout le peuple pourquoi elle l’avait touché, et comment elle avait été guérie en un instant. Et Jésus lui dit : Ma fille, votre foi vous a guérie ; allez en paix[98].

49 Il parlait encore, lorsque quelqu’un vint dire au chef de la synagogue : Votre fille est morte, ne donnez pas au Maître plus de peine. Jésus ayant entendu cette parole, dit au père de la jeune fille : Ne craignez point, croyez seulement, et elle sera sauvée. Arrivé à la maison, il ne permit à personne d’entrer avec lui, si ce n’est à Pierre, à Jacques et à Jean, et au père et à la mère de la jeune fille. Or tous pleuraient et se lamentaient sur elle. Mais il dit : Ne pleurez point ; la jeune fille n’est pas morte, mais elle dort. Et ils se riaient de lui, sachant bien qu’elle était morte. Alors, prenant sa main, il dit à haute voix : Jeune fille, levez-vous. Et son âme revint en elle, et elle se leva à l’instant ; et Jésus ordonna de lui donner à manger. Son père et sa mère étaient hors d’eux-mêmes d’étonnement, et il leur commanda de ne dire à personne ce qui était arrivé.


CHAPITRE IX


MISSION DES APÔTRES (Matth. x, 1 sv. ; Marc, vi, 7 sv.). — HÉRODE SOUHAITE DE VOIR JÉSUS (Matth. xiv, i ; Marc, vi, 14). — MULTIPLICATION DES CINQ PAINS (ibid.). — CONFESSION DE SAINT PIERRE ; LA CROIX ET LE RENONCEMENT (Matth. xvi, 13 ; Marc, viii, 27). — TRANSFIGURATION (Matth. xvii, 1 ; Marc, ix, 2). — LUNATIQUE GUÉRI (ibid.). — PASSION PRÉDITE (ibid.). — AMBITION ET ZÈLE INTEMPESTIF DES APÔTRES (Matth. xviii, 1 ; Marc, ix, 33). — DISPOSITION POUR SUIVRE JÉSUS-CHRIST (Matth. viii, 18).


Ayant assemblé les douze Apôtres, Jésus leur donna puissance et autorité sur tous les démons, et pour guérir les maladies. Et il les envoya prêcher le royaume de Dieu et rendre la santé aux malades, leur disant : Ne portez rien en route, ni bâton, ni sac, ni pain, ni argent, et n’ayez point deux tuniques. En quelque maison que vous entriez, demeurez-y, et n’en sortez point. Lorsqu’on refusera de vous recevoir, en sortant de cette ville, secouez même la poussière de vos pieds en témoignage contre eux. Étant donc partis, ils allaient de village en village, prêchant l’Évangile et guérissant partout.

7 Cependant Hérode le tétrarque entendit parler de tout ce que faisait Jésus, et il ne savait que penser, parce que quelques-uns disaient : Jean est ressuscité d’entre les morts ; d’autres : Élie a paru ; d’autres : Un des anciens prophètes est ressuscité. Et Hérode dit : J’ai fait couper la tête à Jean. Qui est donc celui-ci, de qui j’entends dire de telles choses ? Et il souhaitait de le voir.

10 Les Apôtres étant de retour, racontèrent à Jésus tout ce qu’ils avaient fait ; et, les prenant avec lui, il se retira à l’écart dans un lieu désert, près de Bethsaïde. Lorsque le peuple l’eut appris, il le suivit, et Jésus les accueillit, et il leur parlait du royaume de Dieu, et rendait la santé à ceux qui en avaient besoin. Or, le jour commençant à baisser, les Douze vinrent lui dire : Renvoyez le peuple, afin que, se répandant dans les villages et les hameaux d’alentour, ils y trouvent un abri et de la nourriture, car ici nous sommes en un lieu désert. Il leur répondit : Donnez-leur vous-mêmes à manger. Ils lui dirent : Nous n’avons que cinq pains et deux poissons ; à moins que peut-être nous n’allions acheter de quoi nourrir tout ce peuple ! Or ils étaient environ cinq mille hommes. Jésus dit à ses disciples : Faites-les asseoir par troupes de cinquante. Ils lui obéirent, et les firent tous asseoir. Alors Jésus, prenant les cinq pains et les deux poissons, et levant les yeux au ciel, les bénit, les rompit, et les donna à ses disciples pour qu’ils les distribuassent au peuple. Tous mangèrent et furent rassasiés, et des morceaux qui restèrent, on emporta douze corbeilles pleines.

18 Un jour qu’il priait dans un lieu solitaire, ayant ses disciples avec lui, il les interrogea, disant : Qui dit-on que je suis ? Ils lui répondirent : Les uns disent Jean-Baptiste, d’autres Élie, d’autres un des anciens prophètes qui est ressuscité. Et vous, leur demanda-t-il, qui dites-vous que je suis ? Simon Pierre répondit : Le Christ de Dieu[99]. Mais, leur parlant avec empire, il leur enjoignit de ne dire cela à personne. Il faut, disait-il, que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les Anciens, les Princes des prêtres et les Scribes, qu’il soit mis à mort et qu’il ressuscite le troisième jour.

23 Puis, s’adressant à la foule, il disait : Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il se renonce lui-même, qu’il porte sa croix, chaque jour[100], et me suive. Car[101] celui qui voudra sauver sa vie la perdra, et celui qui perdra sa vie à cause de moi la sauvera. Que servira à un homme de gagner le monde entier, s’il se perd lui-même, ou que la vie lui soit ôtée ? Car si quelqu’un rougit de moi et de mes paroles, le Fils de l’homme rougira de lui, lorsqu’il viendra dans sa majesté et dans celle du Père et des saints Anges. Et je vous le dis en vérité, quelques-uns de ceux qui sont ici présents, ne goûteront point la mort, qu’ils n’aient vu le royaume de Dieu.

28 Environ huit jours après qu’il eut dit ces paroles, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, et monta sur une montagne pour prier. Et pendant qu’il priait, l’aspect de son visage changea, et son vêtement devint éclatant de blancheur. Et voilà que deux hommes conversaient avec lui : c’étaient Moïse et Élie, environnés de gloire ; ils s’entretenaient de sa mort, qui devait s’accomplir à Jérusalem. Cependant Pierre et ses deux compagnons étaient appesantis par le sommeil, et, se réveillant[102], ils le virent dans sa gloire, et les deux hommes qui étaient avec lui. Et comme ceux-ci se retiraient, Pierre dit à Jésus : Maître, il nous est bon d’être ici ; faisons trois tentes, une pour vous, une pour Moïse et une pour Élie : ne sachant ce qu’il disait. Il parlait encore, lorsqu’une nuée se forma et les[103] enveloppa de son ombre, et ils furent saisis de frayeur en les voyant entrer dans la nuée. Et de la nuée sortit une voix qui disait : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le. Pendant que la voix parlait, Jésus se trouva seul ; et ils se turent, et en ces jours-là ils ne dirent rien à personne de ce qu’ils avaient vu.

37 Le jour suivant, comme ils descendaient de la montagne, une foule nombreuse vint au-devant d’eux. Et voici que parmi la foule un homme s’écria : Maître, je vous en supplie, jetez un regard sur mon fils, car c’est mon seul enfant. Un esprit se saisit de lui, et aussitôt il pousse des cris, il est renversé par terre, il s’agite convulsivement, il écume, et à peine l’esprit le quitte-t-il après l’avoir tout déchiré. J’ai prié vos disciples de le chasser, et ils ne l’ont pu. Jésus prenant la parole : O race incrédule et perverse, dit-il, jusques à quand serai-je avec vous et vous supporterai-je ? Amenez ici votre fils. Et comme l’enfant s’approchait, le démon le jeta contre terre et l’agita violemment. Mais Jésus commanda à l’esprit impur, guérit l’enfant, et le rendit à son père. Tous étaient stupéfaits de la puissance de Dieu.

44 Comme chacun admirait toutes les œuvres de Jésus, il dit à ses disciples : Pour vous, mettez ceci dans votre cœur. Le Fils de l’homme doit être livré entre les mains des hommes. Mais il n’entendaient pas cette parole ; elle était voilée pour eux, de sorte qu’ils n’en avaient pas l’intelligence, et ils craignaient même de l’interroger sur ce sujet.

46 Or une pensée entra en eux, lequel d’entre eux était le plus grand. Jésus, voyant les pensées de leur cœur, prit un enfant, le mit près de lui, et leur dit : Quiconque reçoit cet enfant[104] en mon nom, me reçoit ; et quiconque me reçoit, reçoit celui qui m’a envoyé. Car celui qui est le plus petit parmi vous tous, est le plus grand.

49 Jean, prenant la parole, lui dit : Maître, nous avons vu un homme qui chasse les démons en votre nom, et nous l’en avons empêché, parce qu’il ne vous suit pas avec nous. Jésus lui dit : Ne l’en empêchez point, car celui qui n’est point contre vous, est pour vous.

51 Les jours où il devait être enlevé de ce monde étant près de s’accomplir, il se résolut à aller à Jérusalem, et envoya en avant quelques-uns de ses disciples. Ils partirent, et entrèrent dans une ville des Samaritains pour lui préparer un logement ; mais les habitants refusèrent de le recevoir, parce qu’il se dirigeait vers Jérusalem[105]. Ce que voyant ses disciples Jacques et Jean, ils dirent : Seigneur, voulez-vous que nous commandions que le feu descende du ciel et les consume[106] ? Jésus se tournant vers eux les reprit, en disant : Vous ne savez pas de quel esprit vous êtes[107]. Le Fils de l’homme n’est pas venu pour perdre les âmes, mais pour les sauver. Et ils s’en allèrent dans une autre bourgade.

57 Pendant qu’ils étaient en chemin[108], un homme lui dit : Je vous suivrai partout où vous irez. Jésus lui répondit : Les renards ont leurs tanières, et les oiseaux du ciel leurs nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête. Il dit à un autre : Suivez-moi. Celui-ci répondit : Maître, permettez-moi d’aller auparavant ensevelir mon père. Et Jésus lui dit : Laissez les morts ensevelir les morts ; vous, allez et annoncez le royaume de Dieu. Un autre lui dit : Je vous suivrai, Seigneur, mais permettez-moi de disposer auparavant de ce que j’ai dans ma maison. Jésus lui répondit : Quiconque met la main à la charrue et regarde en arrière, n’est pas propre au royaume de Dieu.


CHAPITRE X


MISSION DES SOIXANTE-DOUZE DISCIPLES ; INSTRUCTIONS QUE JÉSUS LEUR DONNE (Matth. ix, 37 ; x, 10 sv. xi, 20 ; Marc, vii, 12). — RETOUR DES DISCIPLES (ibid.). — LE BON SAMARITAIN. — MARTHE ET MARIE.


Après cela, le Seigneur institua encore soixante-douze[109] autres disciples, et les envoya deux à deux devant lui dans toutes les villes et tous les lieux où il devait venir lui-même. Et il leur disait :

2 La moisson est grande[110], mais les ouvriers en petit nombre. Priez donc le maître de la moisson, qu’il envoie des ouvriers à sa moisson. Allez : voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. Ne portez ni bourse, ni sac, ni souliers, et ne saluez personne dans le chemin[111]. En quelque maison que vous entriez, dites d’abord : Paix à cette maison. Et s’il s’y trouve un fils de la paix[112], votre paix reposera sur lui ; sinon, elle reviendra à vous. Demeurez dans la même maison, mangeant et buvant de ce qu’il y aura chez eux, car l’ouvrier mérite son salaire. Ne passez point de maison en maison. En quelque ville que vous entriez et où vous serez reçus, mangez ce qu’on vous présentera ; guérissez les malades qui s’y trouveront, et dites-leur : Le royaume de Dieu est proche de vous. En quelque ville que vous entriez, et où l’on ne vous recevra point, allez sur la place publique, et dites : La poussière même de votre ville, qui s’est attachée à nos pieds, nous la secouons contre vous ; sachez cependant que le royaume de Dieu est proche. Je vous le dis, il y aura, en ce jour, moins de rigueur pour Sodome que pour cette ville. Malheur à toi, Corozaïn ! malheur à toi, Bethsaïde ! Car si les miracles qui ont été faits au milieu de vous, l’avaient été dans Tyr et dans Sidon, elles eussent depuis longtemps fait pénitence dans le cilice et dans la cendre. C’est pourquoi il y aura, au jour du jugement, moins de rigueur pour Tyr et pour Sidon que pour vous. Et toi, Capharnaüm, qui t’élèves jusqu’au ciel, tu seras abaissée jusqu’aux enfers. Celui qui vous écoute, m’écoute, et celui qui vous méprise, me méprise ; or celui qui me méprise, méprise celui qui m’a envoyé.

17 Les soixante-douze disciples revinrent avec joie, disant : Seigneur, les démons mêmes nous sont soumis en votre nom. Il leur répondit : Je voyais Satan tomber du ciel comme la foudre[113]. Voilà que je vous ai donné le pouvoir de marcher sur les serpents et les scorpions, et sur toute la puissance de l’ennemi, sans que rien puisse vous nuire. Cependant ne vous réjouissez pas de ce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez-vous de ce que vos noms sont écrits dans les cieux.

21 En ce moment, il tressaillit de joie par un mouvement de l’Esprit-Saint, et il dit : Je vous bénis, mon Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents, et les avez révélées aux petits. Oui, je vous bénis, mon Père, parce qu’il vous a plu ainsi. Toutes choses m’ont été données par mon Père ; et personne ne sait qui est le Fils, que le Père, et qui est le Père, que le Fils, et celui à qui le Fils voudra le révéler. Et, se tournant vers ses disciples, il dit : Heureux les yeux qui voient 24. ce que vous voyez l Car, je vous le dis, beaucoup de prophètes et de rois ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l’ont point vu, d’entendre ce que vous entendez, et ne l’ont point entendu.

25 Alors se leva un Docteur de la Loi, qui lui dit pour le tenter : Maître, que ferai-je pour posséder la vie éternelle ? Jésus lui dit : Qu’y a-t-il d’écrit dans la Loi ? Qu’y lisez-vous ? Il répondit : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toutes tes forces et de tout ton esprit, et ton prochain comme toi-même[114]. » Jésus lui dit : Vous avez bien répondu, faites cela, et vous vivrez. Mais cet homme, voulant faire paraître qu’il était juste, dit à Jésus : Et qui est mon prochain[115] ? Jésus reprit : Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho[116] ; il tomba entre les mains des voleurs qui le dépouillèrent et, l’ayant chargé de coups, le laissèrent à demi mort. Or, il arriva qu’un prêtre descendait par le même chemin ; il vit cet homme et passa outre. De même un lévite[117], ayant été amené là, le vit et passa outre. Mais un Samaritain, qui était en voyage, vint près de lui, et, le voyant, fut touché de compassion. Il s’approcha, banda ses plaies, après y avoir versé de l’huile et du vin, et le mettant sur son cheval, il le conduisit à une hôtellerie, et prit soin de lui. Le lendemain, tirant deux deniers, il les donna à l’hôte et lui dit : Ayez soin de cet homme, et tout ce que vous dépenserez de plus, je vous le rendrai à mon retour. Lequel de ces trois vous semble avoir été le prochain[118] de l’homme qui tomba entre les mains des voleurs ? Le Docteur répondit : Celui qui a pratiqué la miséricorde envers lui. Et Jésus lui dit : Allez, et faites de même[119].

38 Un jour qu’ils étaient en chemin[120], Jésus entra dans un village[121], et une femme, nommée Marthe[122], le reçut en sa maison. Elle avait une sœur nommée Marie, laquelle, assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole. Cependant Marthe s’occupait avec empressement des soins nombreux du service, et, s’arrêtant devant Jésus, elle lui dit : Seigneur, souffrirez-vous que ma sœur me laisse servir seule ? Dites-lui donc qu’elle m’aide. Le Seigneur lui répondit : Marthe, Marthe, vous prenez de l’inquiétude et vous troublez au sujet de beaucoup de choses. Or, une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part, qui ne lui sera point ôtée[123].


CHAPITRE XI


ORAISON DOMINICALE (Matth. vi, 9 sv.). — EFFICACITÉ DE LA PRIÈRE (ibid. Matth. vii, 7 sv.). — CE N’EST POINT PAR BEELZÉBUB QUE JÉSUS CHASSE LES DÉMONS (Matth. xii, 22 sv. ; Marc, iii, 22 sv.). — REPROCHES ADRESSÉS AUX PHARISIENS ET AUX SCRIBES (Matth. xxiii).


Un jour que Jésus était en prière en un certain lieu, lorsqu’il eut fini, un de ses disciples lui dit : Seigneur, apprenez-nous à prier, comme Jean l’a appris à ses disciples. Et il leur répondit : Lorsque vous priez, dites : Père, que votre nom soit sanctifié, que votre règne arrive. Donnez-nous aujourd’hui notre pain de chaque jour, et remettez-nous nos offenses comme nous remettons nous-mêmes à tous ceux qui nous doivent ; et ne nous induisez point en tentation.

5 Il leur dit encore : Si l’un de vous a un ami, et que, l’allant trouver au milieu de la nuit, il lui dise : Mon ami, prêtez-moi trois pains, parce qu’un de mes amis en voyage est arrivé chez moi, et que je n’ai rien à lui donner ; et que, de l’intérieur de la maison, l’autre réponde : Ne m’importunez point ; la porte est fermée, et mes enfants sont au lit comme moi ; je ne saurais me lever et vous rien donner : si néanmoins le premier continue de frapper, quand le second ne se lèverait point pour lui donner quelque chose parce qu’il est son ami, il se lèvera, je vous le dis, à cause de son importunité, et lui donnera tout ce dont il a besoin. Je vous dis de même : Demandez, et l’on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et l’on vous ouvrira. Car quiconque demande, reçoit ; et qui cherche, trouve ; et l’on ouvrira à celui qui frappe. Est-il parmi vous un père qui, si son fils lui demande du pain, lui donne une pierre ? Ou un poisson, lui donne, au lieu de poisson, un serpent ? Ou, s’il lui demande un œuf, lui présente un scorpion ? Si donc vous, tout méchants que vous êtes, vous savez donner à vos enfants de bonnes choses, combien plus votre Père céleste donnera-t-il l’Esprit bon[124] à ceux qui le lui demandent ?

14 Un jour Jésus chasse un démon, et ce démon était muet. Et lorsqu’il eut chassé le démon, le muet parla, et le peuple fut dans l’admiration. Mais quelques-uns d’entre eux dirent : C’est par Beelzébub, prince des démons, qu’il chasse les démons. D’autres, pour le tenter, lui demandaient un signe dans le ciel. Voyant leur pensées, Jésus leur dit : Tout royaume divisé contre lui-même sera détruit, et toute maison divisée contre elle-même tombera en ruines. Si donc Satan est divisé contre lui-même, comment son royaume subsistera-t-il ? Car vous dites que c’est par Beelzébub que je chasse les démons. Mais si moi je chasse les démons par Beelzébub, vos enfants par qui les chassent-ils ? C’est pourquoi ils seront eux-mêmes vos juges. Que si c’est par le doigt de Dieu que je chasse les démons, le royaume de Dieu est donc venu à vous. Lorsqu’un homme fort et bien armé[125] garde sa maison, ce qu’il possède est en sûreté. Mais qu’il en survienne un plus fort qui le vainque, il emportera toutes ses armes, dans lesquelles il se confiait, et distribuera ses dépouilles. Qui n’est pas avec moi, est contre moi, et qui n’amasse pas avec moi, dissipe. Lorsque l’esprit impur est sorti d’un homme, il va par des lieux arides, cherchant du repos, et, n’en trouvant point, il dit : Je retournerai dans ma maison d’où je suis sorti. Et, y revenant, il la trouve nettoyée et ornée. Alors il s’en va, prend avec lui sept autres esprits plus méchants que lui, et entrant dans cette maison, ils y demeurent : et le dernier état de cet homme devient pire que le premier.

27 Lorsqu’il parlait ainsi, une femme, élevant la voix du milieu de la foule, lui dit : Heureux le sein qui vous a porté, et les mamelles que vous avez sucées ! Jésus répondit : Heureux plutôt ceux qui entendent la parole de Dieu et qui la gardent !

29 Le peuple s’amassant en foule, il commença à dire : Cette race est une race méchante ; elle demande un signe, et il ne lui en sera point donné d’autre que le signe du prophète Jonas. Car, comme Jonas fut un signe pour les Ninivites, ainsi le Fils de l’homme en sera un pour cette race. La reine du Midi s’élèvera au jour du jugement contre les hommes de cette race, et les condamnera, parce qu’elle est venue des extrémités de la terre entendre la sagesse de Salomon : et il y a ici plus que Salomon. Les Ninivites s’élèveront au jour du jugement contre les hommes de cette race, condamneront, parce qu’ils ont fait pénitence à la voix de Jonas : et il y a ici plus que Jonas.

33 Personne n’allume une lampe[126] pour la cacher ou la mettre sous le boisseau ; on la met sur le chandelier, afin que ceux qui entrent, voient la lumière. La lampe de votre corps, c’est votre œil. Si votre œil est simple, tout votre corps sera dans la lumière ; s’il est mauvais[127], tout votre corps sera aussi dans les ténèbres. Prenez donc garde que la lumière qui est en vous ne soit ténèbres. Si donc tout votre corps est lumière, sans aucun mélange de ténèbres, tout en vous sera lumineux, comme lorsque luit sur vous la clarté d’une lampe[128].

37 Pendant qu’il parlait, un Pharisien le pria de manger chez lui ; Jésus entra dans sa maison, et se mit à table. Or le Pharisien commença à penser en lui-même, se demandant pourquoi il ne s’était point lavé les mains 39. avant le repas. Le Seigneur lui dit : Vous, Pharisiens, vous nettoyez le dehors de la coupe et du plat ; mais au dedans de vous tout est plein de rapine et d’iniquité. Insensés ! Celui qui a fait le dehors n’a-t-il pas fait aussi le dedans ? Toutefois, faites l’aumône de ce que vous avez, et tout sera pur pour vous. Mais malheur à vous, Pharisiens, qui payez la dîme de la menthe, de la rue et de toutes les herbes, et qui n’avez nul souci de la justice et de l’amour de Dieu ! C’est là ce qu’il fallait pratiquer, sans omettre le reste. Malheur à vous, Pharisiens, qui aimez qu’on vous donne les premiers sièges dans les synagogues, et qu’on vous salue dans les places publiques ! Malheur à vous, parce que vous ressemblez à des sépulcres qui ne paraissent point, et sur lesquels les hommes marchent sans le savoir[129] !

45 Alors un Docteur de la Loi prenant la parole, lui dit : Maître, en parlant de la sorte, vous nous outragez aussi. Jésus répondit : Et à vous aussi, Docteurs de la Loi, malheur, parce que vous chargez les hommes de fardeaux qu’ils ne peuvent porter, et que vous ne les touchez pas même du doigt ! Malheur à vous, qui bâtissez des tombeaux aux prophètes, et ce sont vos pères qui les ont tués ! Certes, vous montrez bien que vous consentez aux œuvres de vos pères ; car eux les ont tués, et vous, vous leur bâtissez des tombeaux[130]. C’est pourquoi la Sagesse de Dieu a dit : Je leur enverrai des prophètes et des apôtres, et ils tueront les uns, et poursuivront les autres : afin qu’on redemande à cette génération le sang de tous les prophètes qui a été répandu depuis la création du monde, depuis le sang d’Abel jusqu’au sang de Zacharie, qui a été tué entre l’autel et le temple. Oui, je vous le dis, ce sang sera redemandé à cette génération. Malheur à vous, Docteurs de la Loi, parce qu’ayant pris la clef de la science[131], vous-mêmes n’êtes point entrés, et avez empêché d’entrer ceux qui se présentaient !

53 Comme il leur disait ces choses, les Pharisiens et les Docteurs se mirent à le presser vivement, et à l’accabler d’une multitude de questions, lui tendant des pièges, et cherchant à surprendre quelque parole de sa bouche pour l’accuser.


CHAPITRE XII


DIVERSES INSTRUCTIONS ADRESSÉES AUX DISCIPLES ET A LA FOULE : NE CRAINDRE QUE DIEU ; SE GARDER DE L’AVARICE ET D’UNE SOLLICITUDE EXCESSIVE POUR LES BESOINS DE LA VIE ; VEILLER ; ÊTRE PRÊT POUR L’AVÈNEMENT DU MESSIE (POUR LES VERS. 1-21, voy. Matth. x, 17 sv. POUR LES VERS. 22-38, voy. Matth. vi, 19 sv. POUR LES VERS. 39-59, voy. Matth. xxiv, 43 sv.}.


Le peuple s’étant assemblé en si grand nombre autour de Jésus, qu’ils se foulaient les uns les autres, il commença à dire à ses disciples : Gardez-vous du levain des Pharisiens, qui est l’hypocrisie. Car rien de secret qui ne soit révélé, rien de caché qui ne soit connu[132]. Ainsi, ce que vous avez dit dans les ténèbres, on le dira au grand jour ; et ce que vous avez dit à l’oreille, dans l’intérieur de la maison, sera publié sur les toits. Je vous dis donc, à vous qui êtes mes amis : Ne craignez point ceux qui tuent le corps, et après cela ne peuvent rien faire de plus. Mais je veux vous apprendre qui vous devez craindre : craignez celui qui, après avoir tué, a le pouvoir de jeter dans la géhenne : oui, je vous le dis, craignez celui-là. Cinq passereaux ne se vendent-ils pas deux oboles ? et pas un d’eux n’est en oubli devant Dieu. Les cheveux mêmes de votre tête sont tous comptés. Ne craignez donc point, vous êtes de plus de prix que beaucoup de passereaux. Or, je vous le dis, quiconque m’aura confessé devant les hommes, le Fils de l’homme aussi le confessera devant les anges de Dieu ; mais celui qui m’aura renié devant les hommes, sera renié devant les anges de Dieu. Et quiconque parle contre le Fils de l’homme, il lui sera remis ; mais à celui qui aura blasphémé contre l’Esprit-Saint, il ne sera point remis. Lorsqu’on vous conduira dans les synagogues, et devant les magistrats et les puissances, ne vous mettez point en peine de ce que vous répondrez ou direz, ni comment.

13 Alors, du milieu de la foule, quelqu’un lui dit : Maître, dites à mon frère de partager avec moi notre héritage. Mais Jésus lui répondit : Homme, qui m’a établi pour vous juger, ou pour faire vos partages ? Et s’adressant au peuple : Gardez-vous avec soin, leur dit-il, de toute avarice ; car, dans l’abondance même, la vie d’un homme ne dépend pas des biens qu’il possède.

16 Puis il leur dit cette parabole : Il y avait un homme riche dont le champ avait rapporté beaucoup. Et il s’entretenait en lui-même de ces pensées : Que ferai-je je ? car je n’ai point où serrer ma récolte. Voici, dit-il, ce que je ferai. Je détruirai mes greniers, et j’en ferai de plus grands, et j’y amasserai tout le produit de mes terres et tous mes biens[133] ; et je dirai à mon âme : Mon âme, tu as beaucoup de biens en réserve pour plusieurs années ; repose-toi, mange, bois, fais bonne chère. Mais Dieu lui dit : Insensé ! cette nuit même on te redemandera ton âme, et ce que tu as amassé, pour qui sera-t-il ? Il en est ainsi de celui qui thésaurise pour soi, et qui n’est point riche selon Dieu. Et il ajouta en s’adressant à ses disciples : C’est pourquoi je vous dis : Ne vous mettez point en peine pour votre vie, de ce que vous mangerez ; ni pour votre corps, de quoi vous le vêtirez. La vie est plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement. Considérez les corbeaux : ils ne sèment ni ne moissonnent ; ils n’ont ni cellier ni grenier, et Dieu les nourrit. Combien n’êtes-vous pas de plus de prix qu’eux ? Qui de vous pourrait, avec tous ses soins, ajouter une coudée à sa taille ? Si donc les moindres choses dépassent votre pouvoir, pourquoi vous inquiétez-vous des autres ? Considérez les lis, comment ils croissent ; ils ne travaillent ni ne filent, et, je vous le dis, Salomon dans toute sa pompe n’était pas vêtu comme l’un d’eux. Or, si l’herbe qui est aujourd’hui dans les champs et demain sera jetée au four, Dieu la revêt ainsi, combien plus le fera-t-il pour vous, hommes de peu de foi ! Ne vous mettez donc pas en peine de ce que vous mangerez ou de ce que vous boirez, et ne flottez point en de vains soucis. Car ce sont les nations du monde qui s’inquiètent de toutes ces choses ; mais votre Père sait que vous en avez besoin. Cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît. Ne craignez point, petit troupeau, car il a plu à votre Père de vous donner son royaume[134]. Vendez ce que vous avez, et le donnez en aumône. Faites-vous des bourses que le temps n’use point, un trésor qui ne s’épuise pas dans les cieux, où les voleurs n’ont point d’accès, et où les vers ne rongent point. Car où est votre trésor, là sera aussi votre cœur.

35 Ayez aux reins la ceinture[135], et dans vos mains la lampe allumée : semblables à des hommes qui attendent que leur maître revienne des noces, afin que, dès qu’il arrivera et frappera à la porte, ils lui ouvrent aussitôt. Heureux ces serviteurs, que le maître, à son retour, trouvera veillant ! En vérité, je vous le dis, il se ceindra, il les fera mettre à table, et s’empressera pour les servir. Qu’il vienne à la deuxième veille, qu’il vienne à la troisième, s’il les trouve ainsi, heureux ces serviteurs ! Mais sachez que si le père de famille savait à quelle heure le voleur doit venir, il veillerait et ne laisserait point percer sa maison. Et vous aussi tenez-vous prêts, parce qu’à l’heure que vous ne pensez pas, le Fils de l’homme viendra.

41 Alors Pierre lui dit : Est-ce à nous que vous adressez cette parabole, ou à tous ? Le Seigneur lui répondit : Quel est le dispensateur fidèle et prudent que le maître a établi sur ses serviteurs, pour donner à chacun sa mesure de froment en son temps ? Heureux ce serviteur, que le maître, à son retour, trouvera faisant ainsi[136] ! Je vous le dis en vérité, il l’établira sur tous les biens qu’il possède. Que si ce serviteur dit en lui-même : Mon maître n’est pas près devenir ; et qu’il se mette à battre les serviteurs et les servantes, à manger, à boire et à s’enivrer, le maître de ce serviteur viendra au jour où il ne l’attend point, et à l’heure qu’il ne sait point, et il le fera couper en morceaux, et lui donnera son lot parmi les serviteurs infidèles. Le serviteur qui aura connu la volonté de son maître, et n’aura ni rien tenu prêt, ni agi selon sa volonté, recevra un grand nombre de coups ; mais celui qui, ne l’ayant pas connue, aura fait des choses dignes de châtiments, recevra moins de coups : car on demandera beaucoup à celui à qui l’on a beaucoup donné ; et plus on aura confié à quelqu’un, plus on exigera de lui.

49 Je suis venu jeter le feu sur la terre[137], et que désiré-je, sinon qu’il s’allume ? Je dois être baptisé d’un baptême, et quelle angoisse en moi jusqu’à ce qu’il s’accomplisse[138] ! Pensez-vous que je sois venu apporter la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais la division. Car désormais cinq personnes dans une maison seront divisées, trois contre deux et deux contre trois : le père contre son fils, et le fils contre son père ; la mère contre sa fille, et la fille contre sa mère ; la belle-mère contre sa belle-fille, et la belle-fille contre sa belle-mère.

54 Il disait encore au peuple : Lorsque vous voyez un nuage se former au couchant, vous dites aussitôt : La pluie vient, et cela arrive ainsi. Et quand vous voyez que souffle le vent du midi, vous dites : Il fera chaud, et cela arrive ainsi. Hypocrites, vous savez reconnaître les aspects du ciel et de la terre : comment donc ne reconnaissez-vous point les temps ou nous sommes ? Comment encore ne discernez-vous pas ce qui est juste par ce qui vous arrive à vous-mêmes ? Lorsque vous allez avec votre adversaire devant le magistrat, tâchez de vous dégager de sa poursuite pendant le chemin, de peur qu’il ne vous traîne devant le juge, et que le juge ne vous livre à l’appariteur, et que l’appariteur ne vous mette en prison. Je vous le dis, vous ne sortirez point de là que vous n’ayez payé jusqu’à la dernière obole[139].


CHAPITRE XIII


NÉCESSITÉ DE LA PÉNITENCE ; PARABOLE DU FIGUIER STÉRILE. — GUÉRISON D’UNE FEMME COURBÉE. — PARABOLES DU GRAIN DE SÉNEVÉ, DU LEVAIN (Matth. xiii, 31 ; Marc, iv, 30). — PORTE ÉTROITE (Matth. vii, 13 ; viii, 11). — RÉPONSE DE JÉSUS AUX MENACES D’HÉRODE (Matth. xxiii, 37, 39).


En ce même temps, quelques-uns vinrent raconter à Jésus ce qui était arrivé aux Galiléens, dont Pilate avait mêlé le sang avec celui de leurs sacrifices[140]. Il leur répondit : Pensez-vous que les Galiléens fussent plus pécheurs que tous les autres Galiléens, pour avoir été 3. traités ainsi ? Non, je vous le dis, et si vous ne faites 4. pénitence, vous périrez tous de la même manière. De même ces dix-huit sur qui tomba la tour de Siloé[141], et qu’elle tua, pensez-vous que leur dette fût plus grande que celle de tous les autres habitants de Jérusalem ? Non, je vous le dis, et si vous ne faites pénitence, vous périrez tous de la même manière.

6 Il leur dit aussi cette parabole : Un homme avait un figuier planté dans sa vigne[142] ; il vint pour y chercher des fruits, et n’en trouvant point, il dit aux vignerons : Voilà trois ans que je viens chercher du fruit à ce figuier, et je n’en trouve point ; coupez-le donc : à quoi bon occupe-t-il encore la terre ? Le vigneron lui répondit : Seigneur, laissez-le encore cette année ; je creuserai tout autour et je mettrai du fumier. Peut-être portera-t-il du fruit ; sinon, vous le couperez alors[143].

Or Jésus enseignait dans la synagogue les jours de sabbat. Et il se trouva là une femme possédée d’un esprit qui la rendait infirme depuis dix-huit ans : elle était toute courbée, et ne pouvait aucunement regarder en haut. Jésus la voyant, l’appela et lui dit : Femme, vous êtes délivrée de votre infirmité. Et il lui imposa les mains, et aussitôt elle redevint droite, et elle glorifiait le Seigneur. Mais le chef de synagogue, s’indignant que Jésus eût guéri un jour de sabbat, dit au peuple : Il y a six jours pour le travail, venez en ces jours-là pour vous faire guérir, et non pas le jour du sabbat. Hypocrites, lui répondit le Seigneur, est-ce que chacun de vous, le jour du sabbat, ne délie pas de la crèche son bœuf ou son âne, pour le mener boire ? Et cette fille d’Abraham, que Satan a tenue liée pendant dix-huit ans, il ne fallait pas rompre son lien le jour du sabbat ? Pendant qu’il parlait ainsi, tous ses adversaires étaient couverts de confusion, et tout le peuple était ravi des choses merveilleuses qu’il faisait.

18 Et Jésus leur disait : A quoi est semblable le royaume de Dieu, et à quoi le comparerai-je ? Il est semblable à un grain de sénevé qu’un homme prit et sema dans son jardin ; il crût et devint un grand arbre, et les oiseaux du ciel se reposèrent dans ses rameaux. Il dit encore : A quoi comparerai-je le royaume de Dieu ? Il est semblable au levain qu’une femme prend et mêle dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que le tout ait fermenté.

22 Il allait ainsi enseignant par les villes et les villages, et s’avançant vers Jérusalem. Quelqu’un lui demanda : Seigneur, n’y aura-t-il qu’un petit nombre qui soient sauvés ? Il leur dit : Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite[144] ; car beaucoup, je vous le dis, chercheront à entrer, et ne le pourront pas. Lorsque le père de famille sera entré et aura fermé la porte, vous serez dehors et vous vous mettrez à frapper, en disant : Seigneur, ouvrez-nous ; mais il vous répondra : Je ne sais d’où vous êtes. Alors vous direz : Nous avons mangé et bu devant vous, et vous avez enseigné dans nos places publiques[145]. Et il vous répondra : Je ne sais d’où vous êtes ; retirez-vous de moi, vous tous, ouvriers d’iniquité. Là seront les pleurs et le grincement des dents, lorsque vous verrez Abraham, Isaac et Jacob, et tous les Prophètes dans le royaume de Dieu, et vous chassés dehors. Et il en viendra de l’Orient et de l’Occident, de l’Aquilon et du Midi, et ils auront place au banquet dans le royaume de Dieu. Et tels sont aujourd’hui les derniers qui seront les premiers, tels sont les premiers qui seront les derniers[146].

31 Le même jour, quelques-uns des Pharisiens vinrent lui dire : Retirez-vous et partez d’ici ; car Hérode en veut à votre vie[147]. Il leur répondit : Allez et dites à ce renard[148] : Je chasse les démons et guéris les malades aujourd’hui et demain, et le troisième jour sera ma fin. Cependant il faut que je continue de marcher aujourd’hui, et demain, et le jour suivant ; car il ne convient pas qu’un prophète meure hors de Jérusalem. Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes, et lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants comme un oiseau rassemble sa couvée sous ses ailes, et tu ne l’as pas voulu ! Voilà que votre maison va demeurer déserte. Je vous le dis, vous ne me verrez plus, jusqu’à ce que je vienne le jour où vous direz : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur !


CHAPITRE XIV


HYDROPIQUE GUÉRI LE JOUR DU SABBAT. — CHOISIR LA DERNIÈRE PLACE. — PARABOLE DU FESTIN. — PORTER SA CROIX (Matth. x, 37). — SEL AFFADI (Matth. v, 13 ; Marc, ix, 50).


Un jour de sabbat, Jésus étant entré dans la maison d’un chef des Pharisiens pour y prendre son repas, ceux-ci l’observaient. Et voici qu’un homme hydropique se trouvait devant lui. Et Jésus, prenant la parole, dit aux Docteurs de la Loi et aux Pharisiens : Est-il permis de guérir le jour du sabbat ? Et ils gardèrent le silence. Lui, prenant cet homme par la main, le guérit et le renvoya. Puis il leur dit : Qui de vous, si son âne ou son bœuf tombe dans un puits, ne l’en retire aussitôt le jour du sabbat ? Et ils ne surent que lui répondre.

7 Ensuite, ayant remarqué l’empressement des conviés à choisir les premières places, Jésus leur proposa cette parabole : Quand vous serez conviés à des noces, ne prenez pas la première place, de peur qu’un autre plus considérable que vous, ayant été convié aussi, celui qui vous a invités l’un et l’autre ne vienne vous dire : Cédez-lui la place, et qu’alors vous n’alliez avec confusion occuper la dernière place. Mais lorsque vous serez convié, allez vous mettre à la dernière place, afin que, quand viendra celui qui vous a invité, il vous dise : Mon ami, montez plus haut. Alors vous serez honoré devant tous ceux qui seront à table avec vous[149]. Car quiconque s’élève sera abaissé, et quiconque s’abaisse sera élevé.

12 Il dit aussi à celui qui l’avait invité : Lorsque vous donnerez à dîner ou à souper, n’appelez ni vos amis, ni vos frères, ni vos parents, ni vos voisins riches, de peur qu’ils ne vous invitent à leur tour, et ne vous rendent ce qu’ils auront reçu de vous. Mais, lorsque vous faites un festin, appelez les pauvres, les estropiés, les boiteux et les aveugles : et vous serez heureux de ce qu’ils n’ont rien à vous rendre, car vous en recevrez la récompense à la résurrection des justes[150].

15 Un de ceux qui étaient à table avec lui, ayant entendu ces paroles, lui dit : Heureux celui qui aura part au festin dans le royaume de Dieu[151] l Jésus lui dit[152] : Un homme fit un grand festin et convia beaucoup de gens. A l’heure du souper, il envoya son serviteur dire aux conviés de venir, parce que tout était prêt. Et tous, comme de concert[153], commencèrent à s’excuser. Le premier lui dit : J’ai acheté une terre, et il faut que j’aille la voir ; je vous prie de m’excuser. Le second dit : J’ai acheté cinq paires de bœufs, et je vais les essayer ; je vous prie de m’excuser. Et un autre dit : J’ai pris une femme, et c’est pourquoi je ne puis venir. Le serviteur étant revenu, rapporta tout ceci à son maître. Alors le père de famille irrité dit à son serviteur : Allez vite dans les places et les rues de la ville, et amenez ici les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux. A son retour, le serviteur dit : Seigneur, il a été fait comme vous l’avez commandé, et il y a encore de la place. Le maître dit au serviteur : Allez dans les chemins et le long des haies, et pressez d’entrer, afin que ma maison soit remplie. Car, je vous le dis, aucun de ces hommes qui étaient conviés ne goûtera de mon souper[154].

25 Une grande foule de peuple marchant avec lui[155], il se retourna vers eux et leur dit : Si quelqu’un vient à moi et ne hait pas son père et sa mère, sa femme et ses enfants, ses frères et ses sœurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple[156]. Et celui qui ne porte pas sa croix et ne me suit pas, ne peut être mon disciple. Car qui de vous, voulant bâtir une tour, ne s’assied pas auparavant pour supputer la dépense nécessaire, et voir s’il a de quoi l’achever ? De peur qu’ayant posé les fondements, et ne pouvant conduire l’ouvrage à sa fin, tous ceux qui le verront ne viennent à se railler de lui, disant : Cet homme a commencé à bâtir et il n’a pu achever. Ou quel roi, allant faire la guerre à un autre roi, ne s’assied d’abord pour se demander s’il peut avec dix mille hommes faire face à un ennemi qui se présente avec vingt mille. S’il ne le peut, tandis que celui-ci est encore loin, il envoie des ambassadeurs lui demander la paix. Ainsi donc, quiconque d’entre vous ne renonce pas à tout ce qu’il possède, ne peut être mon disciple. Le sel est bon, mais si le sel s’affadit, avec quoi lui rendra-t-on sa saveur ? Inutile et pour la terre et pour le fumier, on le jettera dehors. Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende.


CHAPITRE XV


LES PHARISIENS SONT SCANDALISÉS QUE JÉSUS-CHRIST REÇOIVE LES PÉCHEURS. — PARABOLES DE LA BREBIS ÉGARÉE (Matth. xviii, 12), DE LA DRACHME PERDUE ET DE L’ENFANT PRODIGUE.


Or les publicains et les pécheurs s’approchaient de Jésus pour l’entendre. Et les Pharisiens et les Scribes murmuraient, disant : Cet homme accueille les pécheurs et mange avec eux. Sur quoi il leur dit cette parabole :

4 Qui d’entre vous, ayant cent brebis, s’il en perd une, ne laisse les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert, et ne s’en aille après celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il la trouve ? Et lorsqu’il l’a trouvée, il la met avec joie sur ses épaules ; et, revenant à la maison, il assemble ses amis et ses voisins, et leur dit : Réjouissez-vous avec moi, parce que j’ai trouvé ma brebis qui était perdue[157]. Ainsi, je vous le dis, il y aura plus de joie[158] dans le ciel pour un pécheur qui fait pénitence, que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de pénitence.

8 Ou quelle est la femme qui, ayant dix drachmes[159], si elle en perd une, n’allume sa lampe et ne balaye sa maison, et ne cherche avec soin jusqu’à ce qu’elle la retrouve ? Et lorsqu’elle l’a trouvée, elle assemble ses amies et ses voisines, et leur dit : Réjouissez-vous avec moi, parce que j’ai trouvé la drachme que j’avais perdue. Ainsi, je vous le dis, il y aura de la joie parmi les anges de Dieu pour un pécheur qui fait pénitence.

11 Il dit encore : Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : Mon père, donnez-moi la portion de votre bien qui doit me revenir. Et le père leur fit le partage de son bien. Peu de jours après, le plus jeune fils ayant rassemblé tout ce qu’il avait, partit pour un pays lointain, et il y dissipa son bien dans une vie de débauche. Après qu’il eut tout consumé, survint dans ce pays une grande famine, et il commença à sentir le besoin. S’en allant donc, il se mit au service d’un habitant de ce pays, qui l’envoya à sa maison des champs pour garder les pourceaux. Et il eût bien voulu se rassasier des siliques[160] que mangeaient les pourceaux, et personne ne lui en donnait. Rentrant alors en lui-même, il dit : Combien de mercenaires dans la maison de mon père ont du pain en abondance, et moi je meurs ici de faim ! Je me lèverai, et j’irai à mon père, et je lui dirai : Mon père, j’ai péché contre le ciel et contre vous ; je ne suis plus digne d’être appelé votre fils : faites-moi comme l’un de vos mercenaires. Et se levant, il vint vers son père. Comme il était encore loin, son père le vit, et touché de compassion, il accourut, se jeta à son cou, et le baisa. Et son fils lui dit : Mon père, j’ai péché contre le ciel et contre vous ; je ne suis plus digne d’être appelé votre fils. Et le père dit à ses serviteurs : Apportez vite sa robe première et l’en revêtez, et mettez-lui un anneau au doigt et une chaussure aux pieds. Amenez le veau gras et tuez-le, et mangeons, et réjouissons-nous : car mon fils que voici était mort, et il revit ; il était perdu, et il est retrouvé. Et ils commencèrent à se réjouir. Or le fils aîné était dans les champs ; comme il revenait et approchait de la maison, il entendit le bruit des chants et de la danse ; et, appelant un de ses serviteurs, il lui demanda ce que c’était. Le serviteur lui dit : Votre frère est revenu, et votre père a tué le veau gras, parce qu’il l’a recouvré sauf. Et s’étant courroucé, il ne voulait pas entrer. Le père donc étant sorti, commença à le prier ; mais il répondit à son père : Voilà que je vous sers depuis tant d’années, sans jamais transgresser votre commandement, et jamais vous ne m’avez donné un chevreau pour faire un festin avec mes amis. Et votre autre fils, qui a dévoré son bien avec des courtisanes, à peine est-il revenu que vous avez tué pour lui le veau gras. Le père lui dit : Vous, mon fils, vous êtes toujours avec moi, et tout ce que j’ai est à vous. Mais il fallait faire un festin et se réjouir, parce que votre frère était mort, et il revit ; il était perdu, et il est retrouvé[161].


CHAPITRE XVI


L’ÉCONOME INFIDÈLE. — RÉPONSE AUX PHARISIENS. — LE MAUVAIS RICHE ET LE PAUVRE LAZARE.


Jésus disait encore à ses disciples : Un homme riche avait un économe qu’on accusa devant lui d’avoir dissipé ses biens. Il l’appela et lui dit : Qu’est-ce que j’entends dire de vous ? Rendez-moi compte de votre gestion ; car désormais vous ne pourrez plus l’exercer. Alors l’économe dit en lui-même : Que ferai-je, puisque mon maître me retire la gestion de son bien ? Travailler à la terre, je n’en ai pas la force, et j’ai honte de mendier. Je sais ce que je ferai, afin que, lorsqu’on m’aura ôté mon emploi, je trouve des gens qui me reçoivent dans leurs maisons. Ayant donc fait venir l’un après l’autre les débiteurs de son maître, il dit au premier : Combien devez-vous à mon maître ? Il répondit : Cent barils d’huile. L’économe lui dit : Prenez votre billet ; asseyez-vous vite, et écrivez cinquante. Ensuite il dit à un autre : Et vous, combien devez-vous ? Il répondit : Cent mesures de froment. L’économe lui dit : Prenez votre billet, et écrivez quatre-vingts. Et le maître loua l’économe infidèle[162] d’avoir agi prudemment ; car les enfants du siècle sont plus prudents envers leurs pareils que les enfants de la lumière. Et moi je vous dis : Faites-vous des amis avec les richesses d’iniquité, afin que, lorsque vous viendrez à défaillir, ils vous reçoivent dans les tabernacles éternels[163]. Celui qui est fidèle dans les petites choses est fidèle aussi dans les grandes, et celui qui est infidèle dans les petites choses est infidèle aussi dans les grandes[164]. Si vous n’avez pas été fidèles dans les richesses trompeuses, qui vous confiera les biens véritables[165] ? Et si vous n’avez pas été fidèles dans un bien étranger, qui vous donnera votre bien propre ? Nul serviteur ne peut servir deux maîtres ; car ou il haïra l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre.

14 Les Pharisiens, qui étaient avares, écoutaient tout cela, et se moquaient de lui. Et il leur dit : Vous réussissez à paraître justes devant les hommes ; mais Dieu connaît vos œuvres ; et ce qui est grand aux yeux des hommes est en abomination devant Dieu. La Loi[166] et les Prophètes jusqu’à Jean ; depuis Jean, le royaume de Dieu est annoncé, et chacun fait effort pour y entrer. Plus facilement le ciel et la terre passeront, qu’un seul point de la Loi périsse. Quiconque renvoie sa femme et en épouse une autre, commet un adultère ; et quiconque épouse la femme renvoyée par son mari, commet un adultère.

19 Il y avait un homme riche qui était vêtu de pourpre et de fin lin, et qui faisait chaque jour une chère splendide. Il y avait aussi un mendiant, nommé Lazare, lequel était couché à sa porte, tout couvert d’ulcères, désirant se rassasier des miettes qui tombaient de la table du riche, et personne ne lui en donnait ; mais les chiens venaient lécher ses ulcères[167]. Or il arriva que le mendiant mourut, et il fut porté par les anges dans le sein d’Abraham[168]. Le riche mourut aussi, et il fut enseveli dans l’enfer[169]. Élevant les yeux, du milieu des tourments, il vit de loin Abraham, et Lazare dans son sein ; et il lui cria : Abraham, notre père, ayez pitié de moi, et envoyez Lazare, afin qu’il trempe dans l’eau le bout de son doigt pour me rafraîchir la langue ; Car je souffre cruellement dans ces flammes. Et Abraham lui dit : Mon fils, souvenez-vous que pendant votre vie vous avez reçu les biens[170], comme Lazare les maux : maintenant il est consolé, et vous, vous souffrez. De plus, entre nous et vous est creusé pour toujours un grand abîme, de sorte que ceux qui voudraient passer d’ici vers vous ne le peuvent, comme il est impossible de venir ici du lieu où vous êtes. Et le riche dit : Je vous prie donc, Abraham, notre père, d’envoyer Lazare dans la maison de mon père, où j’ai cinq frères, afin qu’il leur atteste ces choses, et qu’ils ne viennent pas, eux aussi, dans ce lieu de tourments. Et Abraham lui dit : Ils ont Moïse et les Prophètes, qu’ils les écoutent. Non, dit-il, Abraham, notre père ; mais si quelqu’un des morts va vers eux, ils feront pénitence. Abraham lui répondit : S’ils n’écoutent pas Moïse et les Prophètes, quelqu’un des morts ressusciterait qu’ils ne croiraient point[171].


CHAPITRE XVII


MAXIMES DIVERSES. — GUÉRISON DE DIX LÉPREUX. — AVÉNEMENT DE JÉSUS-CHRIST.


Jésus dit à ses disciples : Il est impossible qu’il n’arrive des scandales ; mais malheur à celui par qui ils arrivent ! Il vaudrait mieux pour lui qu’on lui mît au cou une meule de moulin, et qu’on le jetât dans la mer, que de scandaliser un de ces petits. Prenez garde à vous[172]. Si votre frère pèche contre vous, reprenez-le ; et s’il se repent, pardonnez-lui. Et s’il pèche contre vous sept fois le jour, et que sept fois le jour il revienne à vous, disant : Je me repens, pardonnez-lui.

5 Alors les Apôtres dirent au Seigneur : Augmentez notre foi[173]. Le Seigneur leur dit : Si vous avez de la foi comme un grain de sénevé, vous direz à ce mûrier : Déracine-toi, et te transplante dans la mer ; et il vous obéira.

7 Qui de vous, ayant un serviteur attaché au labourage et aux soins des troupeaux, lui dise aussitôt qu’il est revenu des champs : Va te mettre à table ? et ne lui dise pas au contraire : Prépare-moi à souper, ceins toi, et me sers jusqu’à ce que j’aie mangé et bu ; après quoi tu mangeras et boiras ? Est-ce qu’il devra de la reconnaissance à ce serviteur, parce que celui-ci a exécuté ses ordres ? Je ne le pense pas. De même vous, quand vous aurez fait ce qui vous est commandé, dites : Nous sommes des serviteurs inutiles ; ce que nous devions faire, nous l’avons fait.

11 Jésus, allant à Jérusalem, traversa la Samarie et la Galilée[174]. Comme il entrait dans un village[175], dix lépreux vinrent à lui, lesquels, se tenant éloignés, élevèrent la voix et dirent : Jésus, notre Maître, ayez pitié de nous. Dès qu’il les eut aperçus : Allez, leur dit-il, montrez-vous aux prêtres. Et en y allant ils furent guéris. L’un d’eux, lorsqu’il se vit guéri, revint, en glorifiant Dieu à haute voix. Et il se jeta le visage contre terre aux pieds de Jésus, lui rendant grâce. C’était un Samaritain. Alors Jésus dit : Est-ce que les dix n’ont pas été guéris ? Les neuf autres où sont-ils ? Il ne s’en est point trouvé qui soit revenu et ait rendu gloire à Dieu, si ce n’est cet étranger. Et il lui dit : Levez-vous, allez ; votre foi vous a sauvé.

20 Interrogé par les Pharisiens quand viendrait le royaume de Dieu, il leur répondit : Le royaume de Dieu ne viendra point d’une manière qui frappe les regards. On ne dira point : Il est ici, ou il est là ; car le royaume de Dieu est au milieu de vous[176].

22 Alors il dit à ses disciples[177] : Viendra un temps où vous désirerez voir un jour du Fils de l’homme, et vous ne le verrez point. Et ils vous diront : Il est ici, et : Il est là ; gardez-vous d’y aller et de les suivre. Car, comme l’éclair brille d’une extrémité du ciel à l’autre, ainsi paraîtra le Fils de l’homme en son jour. Mais il faut auparavant qu’il souffre beaucoup, et qu’il soit rejeté par cette génération. Et comme il est arrivé aux jours de Noé, ainsi en sera-t-il aux jours du Fils de l’homme. Les hommes mangeaient et buvaient, ils se mariaient et mariaient leurs filles, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche, et le déluge vint, qui les fit périr tous. Comme il est arrivé encore aux jours de Lot, ils mangeaient et buvaient, ils achetaient et vendaient, ils plantaient et bâtissaient. Mais le jour où Lot sortit de Sodome, une pluie de feu et de soufre tomba du ciel, qui les fit périr tous. Ainsi en sera-t-il au jour où le Fils de l’homme sera révélé. À cette heure, que celui qui sera sur le toit, et dont les meubles sont dans la maison, ne descende point pour les prendre, et que celui qui sera dans les champs ne retourne pas en arrière[178]. Souvenez-vous de la femme de Lot[179]. Quiconque cherchera à sauver sa vie, la perdra, et quiconque l’aura perdue, la sauvera. Je vous le dis, en cette nuit-là, deux seront dans le même lit : l’un sera pris, et l’autre laissé ; deux femmes moudront ensemble : l’une sera prise, et l’autre laissée ; deux hommes seront dans un champ : l’un sera pris, et l’autre laissé. Ils lui dirent : Où sera-ce, Seigneur ? Et il répondit : Partout où sera le corps, les aigles s’y assembleront[180].


CHAPITRE XVIII


LA PRIÈRE : PARABOLES DE LA VEUVE IMPORTUNE ET DU JUGE, DU PHARISIEN ET DU PUBLICAIN. — JÉSUS, L’AMI DES ENFANTS (Matth. xix, 13 ; Marc, x, 12). — LE JEUNE HOMME QUI ASPIRE À LA PERFECTION (ibid.). — SALUT DES RICHES DIFFICILE (ibid.). — RÉCOMPENSE PROMISE A CEUX QUI QUITTENT TOUT POUR JÉSUS-CHRIST (ibid.). — PASSION PRÉDITE (Matth. xx, 17 ; Marc, x, 32). — GUÉRISON D'UN AVEUGLE PRÈS DE JÉRICHO.


Il leur disait encore cette parabole, pour montrer qu’il faut toujours prier et ne se lasser jamais[181] : Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait point Dieu, et ne se souciait point des hommes. Dans cette même ville était une veuve qui venait à lui, disant : Faites-moi justice de mon adversaire. Et pendant longtemps il ne le voulut point ; mais enfin il dit en lui-même : Quoique je ne craigne pas Dieu et ne me soucie point des hommes, cependant, parce que cette veuve m’importune, je lui ferai justice, afin qu’elle ne m’accable plus de ses continuelles instances. Vous entendez, ajouta le Seigneur, ce que dit ce juge inique. Et Dieu ne vengerait pas ses élus qui jour et nuit crient vers lui, et il différerait de les secourir ? Je vous le dis, il les vengera bientôt. Mais, lorsque le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il de la foi sur la terre[182] ?

9 A quelques-uns qui se confiaient en eux-mêmes, comme étant justes, et méprisaient les autres, il dit encore cette parabole : Deux hommes montèrent au temple pour prier, un Pharisien et un publicain. Le Pharisien, debout, priait ainsi en lui-même : Mon Dieu, je vous rends grâces de ce que je ne suis pas comme les autres hommes, qui sont voleurs, injustes et adultères, ni comme ce publicain. Je jeûne deux fois la semaine[183] ; je paie la dîme de tout ce que je possède. Le publicain, se tenant éloigné, n’osait pas même lever les yeux au ciel ; mais il frappait sa poitrine en disant : Mon Dieu, ayez pitié de moi qui suis un pécheur. Je vous le dis, celui-ci s’en retourna justifié dans sa maison, et non pas l’autre ; car quiconque s’élève sera abaissé, et quiconque s’abaisse sera élevé.

15 On lui présentait aussi des petits enfants, pour qu’il les touchât ; ce que voyant, ses disciples les repoussaient avec de rudes paroles. Mais Jésus les appelant, dit : Laissez les enfants venir à moi, et ne les empêchez point ; car le royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent. En vérité, je vous le dis, quiconque ne recevra pas comme un enfant le royaume de Dieu, n’y entrera point.

18 Alors un homme de qualité lui demanda : Bon Maître, que dois-je faire pour posséder la vie éternelle ? Jésus lui dit : Pourquoi m’appelez-vous bon ? Nul n’est bon que Dieu seul. Vous connaissez les commandements : « Tu ne tueras point ; tu ne commettras point d’adultère ; tu ne déroberas point ; tu ne porteras point de faux témoignage ; honore ton père et ta mère. » Il répondit : J’ai gardé tous ces commandements depuis ma jeunesse. Ce qu’entendant, Jésus lui dit : Une chose vous manque encore : Vendez tout ce que vous avez, et le donnez aux pauvres, et vous aurez un trésor dans le ciel ; puis venez, et suivez-moi. Mais lui, entendant ces paroles, devint triste, parce qu’il était fort riche. Voyant qu’il était devenu triste, Jésus dit : Que difficilement ceux qui ont des richesses entreront dans le royaume de Dieu ! Il est plus facile à un chameau de passer par le chas d’une aiguille, qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. Et ceux qui l’écoutaient lui dirent : Qui peut donc être sauvé ? Il leur dit : Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu[184].

28 Pierre lui dit alors : Voici que nous avons tout quitté pour vous suivre. Il leur dit : En vérité, je vous le dis, nul n’aura laissé sa maison, ou ses parents, ou ses frères, ou son épouse, ou ses enfants, à cause du royaume de Dieu, qui ne reçoive beaucoup plus en ce siècle même, et dans le siècle à venir la vie éternelle.

31 Ensuite Jésus prit à part les Douze, et leur dit : Voici que nous montons à Jérusalem, et que va s’accomplir tout ce que les Prophètes ont écrit du Fils de l’homme. Car il sera livré aux Gentils, et moqué, et flagellé, et couvert de crachats ; et après qu’ils l’auront flagellé, ils le mettront à mort, et il ressuscitera le troisième jour. Mais ils ne comprirent rien à cela, et cette parole leur était cachée, et ils ne comprenaient point ce qui leur était dit.

35 Comme il approchait de Jéricho, il arriva qu’un aveugle était assis sur le bord du chemin, mendiant. Entendant passer beaucoup de gens, il demanda ce que c’était. On lui dit que c’était Jésus de Nazareth qui passait. Aussitôt il s’écria : Jésus, fils de David, ayez pitié de moi. Ceux qui marchaient devant le gourmandaient pour le faire taire ; mais il criait beaucoup plus encore : Fils de David, ayez pitié de moi. Alors Jésus s’arrêtant, commanda qu’on le lui amenât, et quand il se fut approché, il lui demanda : Que voulez-vous que je vous fasse ? Il lui dit : Seigneur, que je voie. Et Jésus lui dit : Voyez, votre foi vous a sauvé. Il vit aussitôt, et il le suivait en glorifiant Dieu. Et tout le peuple, voyant cela, rendit gloire à Dieu[185].


CHAPITRE XIX


ZACHÉE REÇOIT JÉSUS. — PARABOLE DES DIX MINES. — ENTRÉE DE JÉSUS DANS JÉRUSALEM ; IL ANNONCE LA RUINE DE CETTE VILLE (Matth. xxi, 1 ; Marc, xi, 1 ; Jean, xii, 12). — MARCHANDS CHASSÉS DU TEMPLE (Matth. ibid. ; Marc, xi, 15 sv.).


1. Jésus étant entré dans Jéricho, traversait la ville. Et voilà qu’un homme, nommé Zachée[186], chef des publicains et fort riche, cherchait à voir Jésus, désirant le connaître ; et il ne le pouvait à cause de la foule, parce qu’il était fort petit. Il courut donc en avant et monta sur un sycomore pour le voir, parce qu’il devait passer par là. Arrivé à cet endroit, Jésus leva les yeux, et l’ayant vu, lui dit : Zachée, descendez vile, car il faut qu’aujourd’hui je loge dans votre maison. Zachée se hâta de descendre, et le reçut avec joie. Voyant cela, ils murmuraient tous en disant : Il est descendu chez un pécheur. Mais Zachée, debout devant le Seigneur, lui dit : Voici, Seigneur, que je donne aux pauvres la moitié de mes biens, et si j’ai fait tort à quelqu’un en quelque chose, je lui rends le quadruple. Jésus lui dit : Le salut est entré aujourd’hui dans cette maison, parce que celui-ci est aussi enfant d’Abraham[187]. Car le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu[188].

11 Comme ils écoutaient ce discours, il ajouta encore une parabole sur ce qu’il était près de Jérusalem, et sur ce qu’ils pensaient que le royaume de Dieu allait paraître[189]. Il dit donc :

12 Un homme de grande naissance s’en alla en un pays lointain pour recevoir un royaume[190] et revenir ensuite. Ayant appelé dix de ses serviteurs, il leur donna dix mines[191], et leur dit : Faites-les valoir jusqu’à ce que je revienne. Or ceux de son pays le haïssaient, et ils envoyèrent après lui des députés chargés de dire : Nous ne voulons pas que celui-ci règne sur nous. Étant donc revenu, après avoir été mis en possession du royaume, il fit appeler ses serviteurs auxquels il avait donné de l’argent, pour connaître le profit que chacun en avait tiré. Le premier vint et dit : Seigneur, votre mine a produit dix autres mines. Il lui dit : C’est bien, bon serviteur, parce que vous avez été fidèle en peu de choses, vous aurez puissance sur dix villes. Un autre vint et dit : Seigneur, votre mine a produit cinq autres mines. Vous, lui répondit-il, vous aurez puissance sur cinq villes. Un autre vint et dit : Seigneur, voilà votre mine, que j’ai gardée enveloppée dans un linge. Car je vous ai craint, parce que vous êtes un homme sévère : vous reprenez ce que vous n’avez pas déposé, et vous moissonnez ce que vous n’avez pas semé. Le maître lui répondit : Je te juge sur tes paroles, méchant serviteur. Tu savais que je suis un homme sévère, reprenant ce que je n’ai pas déposé, et moissonnant ce que je n’ai pas semé ; pourquoi donc n’as-tu pas mis mon argent à la banque, afin qu’à mon retour je le retirasse avec les intérêts ? Et il dit à ceux qui étaient présents : Otez-lui la mine, et la donnez à celui qui en a dix. Seigneur, lui dirent-ils, il a déjà dix mines. Je vous le dis en effet[192], on donnera à celui qui a, et il sera dans l’abondance ; et à celui qui n’a pas, on ôtera même ce qu’il a. Quant à mes ennemis qui n’ont pas voulu m’avoir pour roi, amenez-les ici, et tuez-les devant moi[193].

28 Après ce discours, il continua de marcher vers Jérusalem. Comme il approchait de Bethphagé et de Béthanie, près de la montagne appelée des Oliviers, il envoya deux de ses disciples, et leur dit : Allez au village qui est là devant[194] ; en y entrant, vous trouverez un ânon attaché, sur lequel aucun homme ne s’est encore assis : déliez-le, et me l’amenez. Et si quelqu’un vous demande : Pourquoi le détachez-vous ? vous lui répondrez : Parce que le Seigneur en a besoin. Ceux qui étaient envoyés s’en allèrent, et trouvèrent l’ànon comme il leur avait dit. Comme ils détachaient l’ânon, ses maîtres leur dirent : Pourquoi déliez-vous cet ânon ? Ils répondirent : Parce que le Seigneur en a besoin. Et ils l’amenèrent à Jésus ; et jetant leurs vêtements sur l’ânon, ils le firent monter dessus. Et, sur son passage, le peuple étendait ses vêtements le long du chemin. Lorsqu’il fut près de la descente du mont des Oliviers, les disciples en foule, transportés de joie, commencèrent à louer Dieu à haute voix de toutes les merveilles qu’ils avaient vues. Béni soit, disaient-ils, le roi qui vient au nom du Seigneur ! Paix dans le ciel, et gloire à Dieu dans les hauteurs des cieux ! Alors quelques Pharisiens qui étaient parmi le peuple, lui dirent : Maître, faites taire vos disciples. Il leur répondit : Je vous le dis, si ceux-ci se taisent, les pierres crieront[195].

41 Et comme il approchait, voyant la ville, il pleura sur elle, disant : Si tu connaissais, toi aussi, du moins en ce jour qui t’est encore donné, ce qui ferait ta paix ! Mais maintenant ces choses sont cachées à tes yeux. Viendront pour toi des jours où tes ennemis t’environneront de tranchées, t’enfermeront et te presseront de toutes parts ; ils te renverseront par terre, toi et tes enfants qui sont au milieu de toi, et ils ne laisseront pas dans ton enceinte pierre sur pierre[196], parce que tu n’as pas connu le temps où Dieu t’a visitée.

45 Et étant entré dans le temple, il commença à chasser ceux qui y vendaient et y achetaient, leur disant : Il est écrit : « Ma maison est une maison de prière, et vous en avez fait une caverne de voleurs[197]. » Et il enseignait tous les jours dans le temple. Cependant les Princes des prêtres, les Scribes et les principaux du peuple cherchaient à le perdre ; mais ils ne trouvaient aucun moyen de rien faire contre lui, car tout le peuple était ravi en l’écoutant.


CHAPITRE XX


RÉPONSE DE JÉSUS A SES ENNEMIS (Matth. xxi, 23 sv. ; Marc, xi, 27 sv.). — PARABOLES DES VIGNERONS HOMICIDES, DE LA PIERRE ANGULAIRE (ibid.). — RENDRE A CÉSAR CE QUI EST A CÉSAR (Matth. xxiii, 13 ; Marc, xii, 13). — RÉSURRECTION DES MORTS (ibid.). — LE MESSIE, FILS ET SEIGNEUR DE DAVID (ibid.). — ORGUEIL DES SCRIBES (Matth. xxiii ; Marc, xii, 32).


Un de ces jours-là, comme Jésus enseignait le peuple dans le temple, et lui annonçait la bonne nouvelle, les Princes des prêtres et les Scribes survinrent avec les Anciens, et lui parlèrent de la sorte : Dites-nous par quelle autorité vous faites ces choses, ou qui vous a donné cette puissance ? Jésus leur répondit : Moi aussi je vous ferai une question. Répondez-moi. Le baptême de Jean était-il du ciel, ou des hommes ? Mais ils faisaient en eux-mêmes cette réflexion : Si nous répondons : Du ciel, il nous dira : Pourquoi n’avez-vous pas cru ? Et si nous répondons : Des hommes, tout le peuple nous lapidera, car il est persuadé que Jean était un prophète. Ils lui répondirent donc qu’ils ne savaient d’où il était. Et moi, leur dit Jésus, je ne vous dirai pas non plus par quelle autorité je fais ces choses.

9 Alors il commença à dire au peuple cette parabole : Un homme planta une vigne, et la loua à des vignerons ; puis il s’en alla pour longtemps en un pays étranger. Le temps des vendanges étant venu, il envoya un de ses serviteurs aux vignerons, afin qu’ils lui donnassent du fruit de la vigne. Mais eux, l’ayant battu, le renvoyèrent les mains vides. Il envoya encore un autre serviteur, et, l’ayant aussi battu et chargé d’outrages, ils le renvoyèrent les mains vides. Il en envoya un troisième, qu’ils blessèrent de même et jetèrent dehors. Enfin le maître de la vigne dit : Que ferai-je ? J’enverrai mon fils bien-aimé, peut-être qu’en le voyant ils le respecteront. Les vignerons l’ayant vu, dirent en eux-mêmes : Voici l’héritier, tuons-le, afin que l’héritage soit pour nous. Et l’ayant chassé hors de la vigne, ils le tuèrent. Que leur fera donc le maître de la vigne ? Il viendra et exterminera ces vignerons, et donnera sa vigne à d’autres. Ce qu’ayant entendu, ils lui dirent : A Dieu ne plaise[198] !

17 Mais lui, les regardant, dit : Qu’est-ce donc que cette parole de l’Écriture : « La pierre qu’ont rejetée ceux qui bâtissaient est devenue le sommet de l’angle ? Quiconque tombera sur cette pierre sera brisé ; et celui sur qui elle tombera, elle l’écrasera[199]. »

19 Les Princes des prêtres et les Scribes, connaissant que c’était contre eux qu’il avait dit cette parabole, cherchaient à se saisir de lui à l’heure même, mais ils craignirent le peuple. C’est pourquoi, l’épiant, ils lui envoyèrent des gens apostés qui feignaient d’être justes, pour le surprendre dans ses paroles, afin de le livrer au magistrat et au pouvoir du gouverneur. Ceux-ci donc vinrent ainsi l’interroger : Maître, nous savons que vous parlez et enseignez sans erreur, que vous ne faites acception de personne, mais que vous enseignez la voie de Dieu dans la vérité. Nous est-il permis de payer le tribut à César, ou non ? Mais Jésus, connaissant leur ruse, leur dit : Pourquoi me tentez-vous ? Montrez-moi un denier. De qui porte-t-il la figure et le nom ? Ils lui répondirent : De César. Et il leur dit : Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. Et ils ne purent reprendre aucune de ses paroles devant le peuple ; et admirant sa réponse, ils se turent.

27 Quelques-uns des Sadducéens, qui nient la résurrection, s’approchèrent alors et l’interrogèrent : Maître, lui dirent-ils, Moïse a écrit pour nous cette Loi : Si un homme, ayant une femme, meurt sans laisser d’enfants, que son frère prenne sa femme, et suscite des enfants à son frère. Or, il y avait sept frères ; le premier prit une femme et mourut sans enfants. Le second prit sa femme, et mourut aussi sans enfants. Le troisième la prit ensuite, et de même tous les sept, et ils moururent sans laisser d’enfants. Enfin, après eux tous, la femme mourut aussi. Duquel donc, au temps de la résurrection, sera-t-elle la femme, car elle l’a été de tous les sept ? Jésus leur dit : Les enfants de ce siècle se marient et sont donnés en mariage : mais ceux qui sont trouvés dignes du siècle à venir et de la résurrection des morts[200], ne se marieront point et n’épouseront point de femme ; car ils ne pourront plus mourir, parce qu’ils seront égaux aux anges et enfants de Dieu, étant enfants de la résurrection. Et que les morts ressuscitent, Moïse lui-même l’a marqué dans le récit du Buisson[201], lorsqu’il nomme le Seigneur : « Le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob. » Or Dieu n’est point le Dieu des morts, mais des vivants ; car tous sont vivants devant lui[202]. Quelques-uns des Scribes, prenant la parole, lui dirent : Maître, vous avez bien parlé. Et ils n’osaient plus lui faire aucune question.

41 Alors Jésus leur dit : Comment dit-on que le Christ est fils de David ? David lui-même dit dans le livre des Psaumes : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite, jusqu’à ce que je fasse de vos ennemis l’escabeau de vos pieds ? » David l’appelle Seigneur, comment peut-il être son fils ?

45 Il dit ensuite à ses disciples, en présence de tout le peuple qui l’écoutait : Gardez-vous des Scribes, qui affectent de se promener vêtus de longues robes, qui aiment à être salués dans les places publiques, à occuper les premiers sièges dans les synagogues et les premières places dans les festins, et qui, sous le semblant de longues prières, dévorent les maisons des veuves. Ils recevront un châtiment plus sévère.


CHAPITRE XXI


OFFRANDE DE LA PAUVRE VEUVE (Marc, xii, 41). — SIGNES AVANT-COUREURS DE LA RUINE DE JÉRUSALEM ET DU DERNIER AVÈNEMENT DE JÉSUS-CHRIST (Matth. xxiv ; Marc, xiii).


Jésus, levant les yeux, vit les riches qui mettaient leurs offrandes dans le tronc. Il vit aussi une pauvre veuve, qui mit deux petites pièces de monnaie, et il dit : Je vous le dis en vérité, cette pauvre veuve a mis plus que tous les autres. Car tous ceux-ci ont mis de leur abondance dans le trésor sacré ; mais cette femme a mis, de son indigence même, tout ce qu’elle avait pour vivre[203].

Quelques-uns disant que le temple était bâti de belles pierres, et orné de riches dons[204], il répondit : Ce que vous regardez en ce moment, viendront des jours où il n’en restera pas une pierre sur une autre pierre qui ne soit renversée[205]. Alors ils lui demandèrent : Maître, quand ces choses arriveront-elles, et à quel signe reconnaîtra-t-on qu’elles sont près de s’accomplir ? Jésus dit : Prenez garde qu’on ne vous séduise ; car plusieurs viendront sous mon nom, disant : Je suis le Christ, et le temps approche. Ne les suivez donc point. Et quand vous entendrez parler de guerres et de séditions, ne vous effrayez point ; il faut que ces choses arrivent d’abord ; mais ce ne sera pas encore aussitôt la fin.

Il continua ainsi : Les peuples se soulèveront contre les peuples, et les royaumes contre les royaumes. Il y aura en divers lieux de grands tremblements de terre, des pestes et des famines, et dans le ciel d’effrayantes apparitions et des signes extraordinaires. Mais avant tout cela, ils mettront la main sur vous, ils vous persécuteront, vous traînant dans les synagogues et dans les prisons, vous traduisant devant les rois et les gouverneurs, à cause de mon nom. Il vous arrivera ainsi, afin que vous puissiez rendre témoignage à la vérité. Mettez donc ceci dans vos cœurs, de ne point songer d’avance comment vous répondrez ; car je vous donnerai moi-même une bouche et une sagesse à laquelle tous vos ennemis ne pourront résister, ni contredire. Vous serez livrés par vos pères et vos mères, par vos frères, vos parents et vos amis, et plusieurs d’entre vous seront mis à mort, et vous serez en haine à tous à cause de mon nom[206]. Cependant pas un cheveu de votre tête ne périra : par votre constance vous sauverez vos âmes.

20 Mais, lorsque vous verrez des soldats investir Jérusalem, sachez que sa désolation est proche. Alors que ceux qui sont dans la Judée s’enfuient vers les montagnes, que ceux qui sont au milieu de la ville se retirent, et que ceux qui sont dans la campagne voisine n’y entrent point : parce que ce seront les jours de la vengeance, où tout ce qui est écrit[207] s’accomplira. Malheur aux femmes enceintes et à celles qui allaiteront en ces jours-là ! car la détresse sera grande dans cette terre, et la colère divine contre ce peuple. Ils tomberont sous le tranchant du glaive ; ils seront emmenés captifs parmi toutes les nations, et Jérusalem sera foulée aux pieds par les Gentils, jusqu’à ce que le temps des nations soit accompli[208].

25 Et il y aura des signes dans le soleil, dans la lune et dans les étoiles, et, sur la terre, les nations seront dans l’angoisse et la consternation au bruit de la mer et des flots soulevés, les hommes séchant de frayeur dans l’attente de ce qui doit arriver à tout l’univers ; car les vertus des cieux seront ébranlées. Et alors ils verront le Fils de l’homme venir dans une nuée avec une grande puissance et une grande majesté. Or, quand ces choses commenceront à arriver, relevez vos regards et vos fronts, parce que votre rédemption approche. Et il leur dit cette comparaison : Voyez le figuier et tous les arbres : lorsqu’ils commencent à pousser leur fruit, vous savez que l’été est proche[209]. Ainsi, quand vous verrez ces choses arriver, sachez que le royaume des cieux est proche. En vérité, je vous le dis, cette génération ne passera point que tout cela ne soit accompli. Le ciel et la terre passeront ; mais mes paroles ne passeront point[210].

34 Prenez donc garde à vous, de peur que vos cœurs ne s’appesantissent par l’excès du manger et du boire, et par les soins de cette vie, et que ce jour ne vienne sur vous à l’improviste ; car, comme un filet, il enveloppera tous ceux qui habitent la face de la terre. Veillez donc et priez sans cesse, afin que vous soyez trouvés dignes d’échapper à tous ces maux qui doivent arriver, et de paraître debout devant le Fils de l’homme[211].

37 Or, le jour, il enseignait dans le temple, et il en sortait pour aller passer la nuit sur la montagne qu’on appelle des Oliviers[212]. Et de grand matin le peuple venait à lui pour l’écouter dans le temple.


CHAPITRE XXII


CONSEIL CONTRE JÉSUS, TRAHISON DE JUDAS (Matth. xxvi ; Marc, xiv). — CÈNE, INSTITUTION DE L’EUCHARISTIE (ibid.). — LE PREMIER DOIT ÊTRE LE PLUS HUMBLE (ibid.). — FOI DE SAINT PIERRE INDÉFECTIBLE (ibid.). — AGONIE DE JÉSUS (ibid.). — SON ARRESTATION (ibid. Jean, xviii, 3). — RENIEMENT DE SAINT PIERRE, ET SA PÉNITENCE (ibid.). — JÉSUS CHEZ CAÏPHE (ibid.).


La fête des Azymes, qu’on appelle la Pâque, approchait ; et les Princes des prêtres et les Scribes cherchaient comment ils feraient mourir Jésus ; mais ils craignaient le peuple. Or, Satan entra dans Judas, nommé Iscariote, l’un des Douze ; et il s’en alla conférer avec les Princes des prêtres et les officiers du temple[213], sur les moyens de le leur livrer. Eux, pleins de joie, promirent de lui donner de l’argent. Il s’engagea de son côté, et il cherchait une occasion favorable de le leur livrer sans exciter de troubles.

7 Vint le jour des azymes, où il fallait immoler la Pâque. Jésus envoya Pierre et Jean : Allez, leur dit-il, nous préparer le repas pascal. Ils lui dirent : Où voulez-vous que nous le préparions ? Il leur répondit : En entrant dans la ville, vous rencontrerez un homme portant une cruche d’eau : suivez-le dans la maison où il entrera, et vous direz au maître de cette maison : Le Maître vous mande : Où est le lieu où je mangerai la Pâque avec mes disciples ? Et il vous montrera une grande salle meublée : préparez-y ce qu’il faut. S’en allant donc, ils trouvèrent tout comme il leur avait dit, et préparèrent la Pâque. Et l’heure étant venue, il se mit à table, et les douze Apôtres avec lui ; et il leur dit : J’ai désiré d’un grand désir de manger cette Pâque avec vous, avant que de souffrir. Car, je vous le dis, je ne la mangerai plus, jusqu’à ce qu’elle soit accomplie dans le royaume de Dieu[214]. Et, prenant le calice, il rendit grâces et dit : Prenez, et partagez entre vous[215]. Car, je vous le dis, je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’à ce que vienne le royaume de Dieu. Puis prenant le pain, il rendit grâces, le rompit, et le leur donna, en disant : Ceci est mon corps, qui est donné pour vous : faites ceci en mémoire de moi. Il prit de même[216] le calice, après le souper, disant : Ce calice est la Nouvelle Alliance en mon sang[217], qui sera répandu pour vous[218]. Cependant, voici que la main de celui qui me trahit est avec moi à cette table[219]. Pour ce qui est du Fils de l’homme, il s’en va, selon ce qui a été décrété ; mais malheur à l’homme par qui il sera trahi ! Et ils commencèrent à se demander les uns aux autres qui serait celui d’entre eux qui ferait cela.

24 Il s’éleva aussi parmi eux une contestation[220], pour savoir lequel d’entre eux semblait devoir être le plus grand. Mais il leur dit : Les rois des nations dominent sur elles, et ceux qui exercent sur elles l’autorité sont appelés bienfaiteurs[221]. Pour vous, ne faites pas ainsi ; mais que celui de vous qui est le plus grand se fasse comme le moindre, et celui qui gouverne comme celui qui sert. Car quel est le plus grand, celui qui est à table, ou celui qui sert ? N’est-ce pas celui qui est à table ? Et moi cependant je suis au milieu de vous comme celui qui sert. Vous, vous êtes demeurés avec moi dans mes tentations ; et moi je vous prépare un royaume, comme mon Père me l’a préparé : afin que vous mangiez et buviez à ma table dans mon royaume, et que vous siégiez sur des trônes, jugeant les douze tribus d’Israël.

31 Et le Seigneur dit : Simon, Simon, Satan vous a demandés pour vous cribler comme le froment ; mais j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point[222] ; et toi, quand tu seras converti, confirme tes frères. Pierre lui dit : Seigneur, je suis prêt à aller avec vous et en prison et à la mort. Jésus lui répondit : Je te le dis, Pierre, le coq ne chantera point aujourd’hui que tu n’aies nié trois fois me connaître.

35 Et il leur dit : Quand je vous ai envoyés sans bourse, sans sac et sans souliers, avez-vous manqué de quelque chose ? De rien, lui dirent-ils. Il ajouta : Mais maintenant que celui qui a une bourse la prenne, et son sac de même ; et que celui qui n’en a point, vende sa tunique, et achète une épée[223]. Car, je vous le dis, il faut encore que cette parole de l’Écriture s’accomplisse en moi : « Il a été mis au rang des malfaiteurs[224]. » En effet, les oracles qui me regardent touchent à leur accomplissement. Ils lui dirent : Voici deux épées ; il leur répondit : C’est assez.

39 Étant sorti, il s’en alla, suivant sa coutume, au mont des Oliviers, et ses disciples le suivirent. Lorsqu’il fut arrivé en ce lieu, il leur dit : Priez, afin de ne point entrer en tentation. Et il s’éloigna d’eux à la distance d’un jet de pierre, et, s’étant mis à genoux, il priait, disant : Mon Père, si vous le voulez, éloignez de moi ce calice ; cependant que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la vôtre. Alors un ange du ciel lui apparut, qui le fortifiait. Et étant tombé en agonie, il priait encore plus. Et il eut une sueur, comme de gouttes de sang découlant jusqu’à terre[225]. S’étant levé après sa prière, il vint à ses disciples et les trouva endormis à cause de la tristesse. Et il leur dit : Pourquoi dormez-vous ? Levez-vous et priez, afin de ne point entrer en tentation.

45 Comme il parlait encore, voici qu’une troupe de gens parut, et à leur tête celui qui s’appelait Judas, un des Douze, qui s’approcha de Jésus pour le baiser. Jésus lui dit : Judas, vous trahissez le Fils de l’homme par un baiser ! Ceux qui étaient autour de lui, voyant ce qui allait arriver, lui dirent : Seigneur, frapperons-nous de l’épée ? Et l’un d’eux frappa l’un des serviteurs du Grand-Prêtre[226], et lui coupa l’oreille droite. Mais Jésus dit : Laissez-les, arrêtez. Et ayant touché l’oreille de cet homme, il le guérit. Puis, s’adressant aux Princes des prêtres, aux officiers du temple et aux Anciens qui étaient venus pour le prendre, il leur dit : Vous êtes venus comme à un voleur, avec des épées et des bâtons. J’étais tous les jours avec vous dans le temple, et vous n’avez pas mis la main sur moi. Mais voici votre heure et l’empire des ténèbres[227].

S’étant saisis de lui, ils l’amenèrent à la maison du Grand-Prêtre ; Pierre le suivait de loin. Après avoir allumé du feu au milieu de la cour, ils s’assirent autour, et Pierre s’assit parmi eux. Une servante qui le vit assis devant le feu, l’ayant considéré attentivement, dit : Cet homme était aussi avec lui. Mais il le nia, disant : Femme, je ne le connais point. Un peu après, un autre le voyant dit : Vous êtes aussi de ces gens-là. Pierre répondit : Mon ami, je n’en suis point. Une heure environ s’était écoulée, lorsqu’un autre vint dire avec assurance : Certainement cet homme était avec lui, car il est aussi de Galilée. Pierre répondit : Mon ami, je ne sais ce que vous dites. Et aussitôt, comme il parlait encore, le coq chanta. Et le Seigneur, se retournant, regarda Pierre, et Pierre se ressouvint de la parole que le Seigneur lui avait dite : « Avant que le coq chante, tu me renieras trois fois. » Et Pierre étant sorti, pleura amèrement.

63 Or, ceux qui tenaient Jésus le raillaient en le frappant. Ils lui bandèrent les yeux, et, le frappant au visage, ils l’interrogeaient, disant : Prophétise qui est celui qui t’a frappé. Et ils proféraient contre lui beaucoup d’autres outrages.

66 Dès qu’il fut jour, les Anciens du peuple, les Princes des prêtres et les Scribes s’assemblèrent, et l’ayant fait amener devant eux, ils lui dirent : Si vous êtes le Christ, dites-le nous. Il leur répondit : Si je vous le dis, vous ne me croirez point ; et si je vous interroge, vous ne me répondrez point ni ne me renverrez. Mais bientôt le Fils de l’homme sera assis à la droite de la puissance de Dieu. Alors ils dirent tous : Vous êtes donc le Fils de Dieu ? Il répondit : Vous le dites, je le suis. Et ils dirent : Qu’avons-nous besoin d’autre témoignage ? Nous l’avons nous-mêmes entendu de sa bouche.


CHAPITRE XXIII


JÉSUS EST ACCUSÉ DEVANT PILATE, ENVOYÉ A HÉRODE, ET RAMENÉ A PILATE ; BARABBAS (Matth. xxviii, 1 sv. ; Jean, xvii, 28 ; xix, 1 sv.). — CHEMIN DU CALVAIRE (ibid.). — CRUCIFIEMENT ; LE BON LARRON ; MORT DE JÉSUS, SA SÉPULTURE (Matth. xxvii, 23 ; Marc, xv, 22 ; Jean, xix, 18 sv.).


Toute la multitude se levant, ils menèrent Jésus à Pilate[228]. Et ils commencèrent à l’accuser, en disant : Nous avons trouvé cet homme pervertissant notre nation, défendant de payer le tribut à César[229], et se donnant le nom de Christ roi. Pilate l’interrogea donc, disant : Êtes-vous le roi des Juifs ? Jésus lui répondit : Vous le dites. Et Pilate dit aux Princes des prêtres et au peuple : Je ne trouve rien de criminel en cet homme. Mais redoublant leurs instances, ils dirent : Il soulève le peuple, répandant sa doctrine dans toute la Judée, depuis la Galilée, où il a commencé, jusqu’ici. Pilate, entendant nommer la Galilée, demanda si cet homme était Galiléen. Et dès qu’il sut qu’il était de la juridiction d’Hérode, il le renvoya à Hérode qui se trouvait aussi à Jérusalem en ces jours-là.

8 Hérode eut une grande joie de voir Jésus ; car depuis longtemps il en avait le désir, ayant entendu raconter beaucoup de choses de lui, et espérant le voir opérer quelque prodige[230]. Il l’interrogea donc longuement, mais Jésus ne lui répondit rien. Or les Princes des prêtres et les Scribes se trouvaient là, l’accusant avec opiniâtreté. Et Hérode avec sa cour[231] le méprisa, et l’ayant par dérision revêtu d’une robe blanche[232], le renvoya à Pilate. En ce jour-là, Hérode et Pilate devinrent amis ; car auparavant ils étaient ennemis l’un de l’autre.

13 Pilate ayant assemblé les Princes des prêtres, les Anciens et le peuple, leur dit : Vous m’avez présenté cet homme comme éloignant le peuple de la soumission, et après l’avoir interrogé devant vous, je n’ai trouvé en lui aucun des crimes dont vous l'accusez ; ni Hérode non plus, car je vous ai renvoyés à lui ; et vous voyez qu’il n’a rien fait qui mérite la mort. Je le renverrai donc après l’avoir fait châtier[233]. Or il était obligé de leur accorder la délivrance d’un prisonnier à la fête de Pâque. Mais la foule tout entière s’écria : Faites mourir celui-ci, et donnez-nous Barabbas : lequel, à cause d’une sédition qui s’était faite dans la ville, et d’un meurtre, avait été mis en prison. Pilate leur parla de nouveau, voulant délivrer Jésus ; mais ils répondirent par cette clameur : Crucifiez-le, crucifiez-le. Pour la troisième fois, Pilate leur dit : Qu’a-t-il donc fait de mal ? Je ne trouve rien en lui qui mérite la mort. Ainsi je le ferai châtier et le renverrai. Mais ils insistaient avec de grands cris, demandant qu’il fût crucifié, et leurs clameurs s’élevaient de plus en plus. Alors Pilate ordonna que ce qu’ils demandaient fût exécuté. Il leur délivra, selon leur désir, celui qui avait été mis en prison pour meurtre et sédition, et il abandonna Jésus à leur volonté.

26 Comme ils l’emmenaient, ils prirent un certain Simon de Cyrène, qui revenait des champs, et ils lui mirent la croix sur les épaules, pour la porter derrière Jésus. Or, une grande foule de peuple et des femmes le suivaient, pleurant et se lamentant[234]. Jésus se tournant vers elles, leur dit : Filles de Jérusalem, ne pleurez point sur moi, mais pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants ; car voici que des jours viendront[235] où l’on dira : Heureuses les stériles, heureuses les entrailles qui n’ont point enfanté et les mamelles qui n’ont point allaité ! Alors ils commenceront à dire aux montagnes : Tombez sur nous, et aux collines : Couvrez-nous. Car si l’on traite ainsi le bois vert, que sera-ce du bois sec ? On menait aussi avec lui deux criminels pour les faire mourir.

33 Lorsqu’ils furent arrivés au lieu appelé Calvaire, ils le crucifièrent, et les voleurs aussi, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche. Et Jésus disait : Mon Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu’ils font[236]. Partageant ensuite ses vêtements, ils les jetèrent au sort. Le peuple était là regardant, et les membres du Grand-Conseil, aussi bien que le peuple, le raillaient en disant : Il a sauvé les autres ; qu’il se sauve lui-même, s’il est le Christ, l’élu de Dieu. Les soldats aussi s’approchaient et l’insultaient, lui présentant du vinaigre, et disant : Si tu es le roi de Juifs, sauve-toi. Et au-dessus de sa tête était une inscription en grec, en latin et en hébreu, portant : Celui-ci est le roi des Juifs[237].

39 Or, l’un des voleurs suspendus en croix le blasphémait, disant : Si tu es le Christ, sauve-toi et sauve nous. Mais l’autre le reprenait en disant : Ne crains-tu pas Dieu non plus, toi qui es condamné au même supplice ? Pour nous, c’est avec justice, car nous recevons ce que nos actions méritent ; mais celui-ci n’a rien fait de mal. Et il disait à Jésus : Seigneur, souvenez-vous de moi, quand vous serez entré dans votre royaume. Jésus lui répondit : Je vous le dis en vérité, aujourd’hui vous serez avec moi dans le Paradis[238].

44 Il était environ la sixième heure, et les ténèbres couvrirent toute la terre jusqu’à la neuvième heure. Le soleil s’obscurcit, et le voile du temple se déchira par le milieu[239]. Et Jésus s’écria d’une voix forte : Mon Père, je remets mon âme entre vos mains, et, disant cela, il expira. Le centurion voyant ce qui était arrivé glorifia Dieu, en disant : Vraiment cet homme était juste. Et toute la multitude de ceux qui assistaient à ce spectacle, et qui virent toutes ces choses, s’en retournèrent en se frappant la poitrine. Là aussi, à quelque distance, se tenaient tous ceux de la connaissance de Jésus, et les saintes femmes qui l’avaient suivi de Galilée, regardant ce qui se passait.

50 Et voici qu’un membre du Grand-Conseil, nommé Joseph, homme vertueux et juste, qui n’avait point approuvé le dessein des autres, ni pris part à leurs actes, — il était d’Arimathie, ville de Judée[240], et attendait, lui aussi, le royaume de Dieu, — alla trouver Pilate, et lui demanda le corps de Jésus. Il le descendit de la croix, l’enveloppa d’un linceul, et le déposa dans un sépulcre taillé dans le roc, où personne n’avait encore été mis. Or, c’était le jour de la Préparation, et celui du sabbat commençait à luire. Les femmes qui étaient venues de la Galilée avec Jésus, ayant suivi Joseph, virent le sépulcre, et comment le corps de Jésus y avait été déposé. Et s’en étant retournées, elles préparèrent des aromates et des parfums[241] ; le jour du sabbat, elles demeurèrent en repos, selon la Loi.


CHAPITRE XXIV


RÉSURRECTION. — JÉSUS APPARAÎT A DEUX DISCIPLES QUI VONT A EMMAÜS, PUIS AUX APÔTRES. — ASCENSION (Matth. xxviii, ; Marc, xvi, Jean, xx).


Le premier jour de la semaine, de grand matin, elles vinrent au sépulcre, apportant les parfums qu’elles avaient préparés[242]. ôtée de devant le sépulcre, et, étant entrées, elles ne trouvèrent point le corps du Seigneur Jésus. Remplies d’anxiété, elles ne savaient plus que faire, lorsque près d’elles parurent deux hommes vêtus de robes resplendissantes. Et comme, dans leur frayeur, elles tenaient leur visage abaissé vers la terre, ils leur dirent : Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant ? Il n’est point ici, il est ressuscité. Souvenez-vous de ce qu’il vous a dit lorsqu’il était encore en Galilée : « Il faut que le Fils de l’homme soit livré entre les mains des pécheurs, qu’il soit crucifié, et qu’il ressuscite le troisième jour. » Et elles se ressouvinrent de ses paroles. Étant revenues du sépulcre, elles annoncèrent toutes ces choses aux Onze et à tous les autres. Ce fut Marie-Madeleine, Jeanne, Marie, mère de Jacques, et les autres qui étaient avec elles, qui racontèrent ceci aux Apôtres. Et ils regardèrent comme une rêverie ce qu’elles leur disaient, et ne les crurent point. Mais Pierre se leva et courut au sépulcre, et s’étant penché, il ne vit que les linges par terre, et il s’en alla admirant en lui-même ce qui était arrivé.

13 Or, deux d’entre eux allaient ce même jour à un village nommé Emmaüs[243], distant de Jérusalem de soixante stades ; et ils s’entretenaient de tout ce qui s’était passé. Pendant qu’ils discouraient et se communiquaient leurs pensées, Jésus lui-même les joignit et se mit à marcher avec eux ; mais quelque chose empêchait que leurs yeux ne le reconnussent. Et il leur dit : De quoi vous entretenez-vous ainsi en marchant, et d’où vient votre tristesse ? L’un d’eux, nommé Cléophas, lui répondit : Êtes-vous seul si étranger dans Jérusalem, que vous ne sachiez pas les choses qui y sont arrivées ces jours-ci ? Quelles choses, leur dit-il ? Ils répondirent : Ce qui est arrivé au sujet de Jésus de Nazareth, qui était un prophète puissant en œuvres et en paroles devant Dieu et devant tout le peuple ; et comment les Princes des prêtres et nos Anciens l’ont livré pour être condamné à mort, et l’ont crucifié. Nous espérions qu’il était celui qui doit délivrer Israël[244] ; mais avec tout cela c’est aujourd’hui le troisième jour que ces choses se sont passées. A la vérité, quelques-unes des femmes qui sont avec nous, nous ont fort étonnés ; car, étant allées avant le jour au sépulcre, et n’ayant point trouvé son corps, elles sont venues dire que des anges leur étant apparus, leur ont annoncé qu’il est vivant. Quelques-uns des nôtres sont allés au sépulcre, et ont trouvé toutes choses comme les femmes les avaient rapportées ; mais lui, ils ne l’ont point trouvé. Alors il leur dit : insensés, et lents de cœur à croire tout ce qu’ont dit les Prophètes ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrit ces choses, et qu’il entrât ainsi dans sa gloire ? Et, parcourant tous les prophètes, en commençant par Moïse, il leur expliquait ce qui le concerne dans toutes les Écritures. Lorsqu’ils se trouvèrent près du village où ils allaient, Jésus feignit d’aller plus loin. Mais ils le pressèrent, disant : Demeurez avec nous, car il se fait tard, et déjà le jour baisse. Et il entra avec eux. Étant avec eux à table, il prit le pain et le bénit, et l’ayant rompu, il le leur donna[245]. Et leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent : et il disparut de devant leurs yeux. Ils se dirent alors l’un à l’autre : N’est-il pas vrai que notre cœur était tout brûlant au dedans de nous, lorsqu’il nous parlait dans le chemin, et nous expliquait les Écritures ? Et se levant à l’heure même, ils retournèrent à Jérusalem, où ils trouvèrent les Onze, et ceux qui étaient avec eux, assemblés, et disant : Le Seigneur est vraiment ressuscité, et il est apparu a Simon[246]. Eux-mêmes, à leur tour, racontèrent ce qui leur était arrivé en chemin, et comment ils l’avaient reconnu dans la fraction du pain.

Pendant qu’ils s’entretenaient ainsi, Jésus parut au milieu d’eux, et leur dit : La paix soit avec vous ; c’est moi, ne craignez point. Eux, pleins de trouble et de frayeur, croyaient voit un esprit. Et il leur dit : Pourquoi vous troublez-vous, et pourquoi ces pensées s’élèvent-elles dans vos cœurs ? Voyez mes mains et mes pieds, et reconnaissez que c’est bien moi. Touchez et voyez : un esprit n’a ni chair ni os, comme vous voyez que j’ai. Ayant ainsi parlé, il leur montra ses mains et ses pieds. Mais, comme ils hésitaient encore à croire et ne revenaient pas de leur étonnement, tant leur joie était grande, il leur dit : Avez-vous ici quelque chose a manger ? Et ils lui présentèrent un morceau de poisson rôti et un rayon de miel. Lorsqu’il eut mangé devant eux[247], prenant ce qui restait, il le leur donna ; puis il leur dit : C’est là ce que je vous ai dit, étant encore avec vous, qu’il fallait que tout ce qui est écrit de moi dans la loi de Moise, dans les Prophètes et dans les Psaumes s’accomplit. Alors il leur ouvrit l’esprit, pour qu’ils comprissent les écritures, et leur dit : Il est ainsi écrit, et ainsi il fallait que le Christ souffrit, et qu’il ressuscitât d’entre les morts le troisième jour, et qu’on prêchât en son nom la pénitence et la rémission des péchés dans toutes les nations, en commençant par Jérusalem. Vous êtes témoins de ces choses. Et moi, je vais vous envoyer le don promis par mon Père[248] ; tenez-vous en repos dans la ville, jusqu’a ce que vous soyez revêtus de la force d’en haut[249].

50 Il les emmena ensuite hors de la ville jusqu’à Béthanie, et ayant levé les mains, il les bénit. Et en les bénissant, il se sépara d’eux et il s’élevait vers le ciel. Et eux, l’ayant adoré, retournèrent à Jérusalem pleins d’une grande joie. Et ils étaient toujours dans le temple, louant et bénissant Dieu. Amen[250].

  1. Saint Matthieu et saint Marc sont-ils compris dans ce grand nombre ? On peut l’admettre de saint Marc, qui ne fut pas témoin oculaire ; Meyer l’admet aussi de saint Matthieu, dont l’Évangile est moins bien ordonné et moins complet que celui de saint Luc. Mais, à notre avis, si ces deux Évangélistes ne sont pas formellement exclus du grand nombre, il est certain, néanmoins, que c’est sur d’autres écrits moins considérables et moins autorisés que se porte la pensée de saint Luc, qui d’ailleurs ne blâme pas autrement ces premiers essais. Comp. p. 4 et 230.
  2. C’est-à-dire les prédicateurs de l’Évangile, les Apôtres.
  3. D’autres, avec suite, ou bien, toute l’histoire.
  4. Sur Théophile et sur l’ensemble de ce Prologue, voyez p. 250 et 253.
  5. David avait distribué tous les prêtres en 24 classes, désignées chacune par le nom de leur chef, nom qu’elles conservèrent plus tard. Elles étaient chargées à tour de rôle, et pendant une semaine, de remplir les fonctions saintes dans le temple.
  6. Deux fois chaque jour, le matin et le soir, on offrait à Dieu de l’encens dans la partie du temple appelé le saint, dont un voile cachait la vue aux assistants.
  7. Il (Jean-Baptiste) sera comme Élie, un prophète puissant en œuvres et en paroles. En outre, de même qu’Élie (Mat. iv, 6) doit venir à la fin du monde préparer le second avénement de Jésus-Christ, ainsi Jean-Baptiste préparera les Juifs à la venue du Messie, lors de son premier avénement ; et cela, dit le Père Patrizzi, par trois moyens : l’annonce du royaume de Dieu, le baptême de pénitence pour la rémission des péchés, et les divers témoignages rendus au Sauveur.
  8. Litt. pour tourner les cœurs des pères vers les enfants, réconcilier les pères avec les enfants, faire cesser l’éloignement que l’on suppose exister entre les patriarches pieux et fidèles et les Juifs dégénérés de l’époque de Jésus-Christ.
  9. En signe de la vérité de mes paroles, et en punition de votre hésitation à croire.
  10. Quand le prêtre revenait après avoir offert l’encens, il devait prononcer des paroles de bénédiction sur le peuple. Zacharie ne put prononcer cette bénédiction.
  11. Et sourd : comp. vers. 62.
  12. En hébr. Miriam, c’est-à-dire élevée, altesse, et par extension, reine ou dame. De même que de din ou doun viennent madon et midian, c’est-à-dire jugement, rixe, dispute, ainsi de roum ou rim (inusité) on a fait marom et miriam, c’est-à-dire élévation, et dans le sens concret, chose ou personne élevée. Cette étymologie du nom de Marie est celle qui satisfait le mieux aux lois de la grammaire.
  13. « Très-agréable à Dieu, remplie de ses dons. » Bossuet.
  14. L’ange se sert des paroles d’Isaïe (vii, 14), annonçant la Vierge mère.
  15. Dans le style biblique, être appelé signifie souvent être. Voy. vers. 33 et 37.
  16. Marie ne doute pas, mais elle représente à l’ange qu’elle a fait vœu de perpétuelle chasteté.
  17. « Fils de Dieu et fils d’une vierge, génération toujours virginale, et dans le sein de son Père et dans celui de sa mère ! Cela nous apprend qu’il n’y a rien de plus incompatible que l’impureté et la religion chrétienne. Élevé parmi des mystères si chastes, qui peut souffrir la corruption dans sa chair ? Le seul nom de Jésus n’inspire-t-il pas la pureté ? Qui peut seulement le prononcer avec des lèvres souillées ? Mais qui peut approcher de son saint corps, l’unique fruit d’une mère vierge, avec des sentiments impurs, ou ne pas consacrer son corps, chacun selon son état, à la pureté après l’avoir reçu ? » Bossuet.
  18. Marie descendait de David, et Elisabeth d’Aaron ; mais on sait que les mariages de tribu à tribu étaient permis et pratiqués, si ce n’est dans le cas d’une femme héritière.
  19. « Au lieu que l’homme corrompt toutes choses, même la maternité, Dieu ne peut descendre nulle part sans y respecter le bien qu’il y trouve et sans y introduire le surcroit de la perfection. Combien donc et combien plus devait-il épargner le sein qu’il avait choisi, et lui laisser, en le fécondant, l’honneur de l’intégrité, afin que cette femme bénie entre les femmes eût en partage éternel toute la pureté d’une vierge, et toute la bonté d’une mère ? » Lacordaire.
  20. La désobéissance d’Eve, notre mère, son incrédulité envers Dieu, sa malheureuse crédulité à l’ange trompeur, était entrée dans l’ouvrage de notre perte : et Dieu a voulu aussi, par une sainte opposition, que l’obéissance de Marie et son humble foi entrât dans l’ouvrage de notre rédemption ; en sorte que notre nature fût réparée par tout ce qui avait concouru à sa perte, et que nous eussions une nouvelle Eve en Marie, comme nous avons en Jésus-Christ un nouvel Adam…, C’est ici le fondement solide de la grande dévotion que l’Église a toujours eue pour la sainte Vierge. » Bossuet.
  21. Hébron, d’après l’opinion commune. Kuinœl, supposant une faute dans le texte, entend la ville de Jutta, nommée Jos. xv, 55. Le savant voyageur Robinson a retrouvé cette Jutta portant encore le même nom, à deux petites lieues au sud d’Hébron.
  22. Patrizzi : d’avoir cru que les choses… s’accompliraient.
  23. Jean signifie agréable à Dieu, objet de la grâce et de la faveur de Dieu.
  24. La main du Seigneur, c’est sa puissance et sa bonté, manifestées dans la naissance miraculeuse de Jean-Baptiste.
  25. C’est ainsi que les Prophètes appellent le Messie la lumière du monde. (Malach. iv, 2).
  26. Il croissait dans les dons de l’âme, la sagesse et la sainteté.
  27. De Judée.
  28. Voyez Cyrinus (Recensement de) dans le Vocabulaire.
  29. Dans la ville qui avait été le berceau de sa famille.
  30. Dans la Bible on monte en Judée, à Jérusalem, et en général à tout lieu physiquement ou moralement élevé. — David était né à Bethléem. — Le père Patrizzi explique le grec : et de la patrie (ville d’origine) de David.
  31. Les mots avec Marie, etc., se rattachent-ils à il monta en Judée, ou à se faire inscrire ? Voy. Cyrinus dans le Vocabulaire.
  32. Voy. Matth. i, 25, note.
  33. En grec, dans la crèche ou l’étable de l’hôtellerie. Le père Patrizzi pense que des deux sens, crèche et étable, le premier vaut mieux, comme plus en rapport avec la tradition des Pères et les plus anciennes peintures. — Dés la plus haute antiquité, la crèche qui reçut le Sauveur du monde à sa naissance, fut à Bethléem l’objet du culte des chrétiens ; saint Jérôme et sainte Paule la visitèrent avec respect et dévotion, et on la conserve aujourd’hui à Rome dans l’église de Sainte-Marie-Majeure, où on l’apporta au viie siècle.
  34. Par les hommes de bonne volonté, plusieurs Pères entendent, non les hommes disposés à faire le bien, mais les hommes sur qui tombe la bonne volonté, le bon plaisir (Ps. cv, 4), la bienveillance, la miséricorde de Dieu. C’est certainement le sens du grec, que le Père Patrizzi ponctue et explique ainsi : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre, bienveillance ou faveur de Dieu parmi ou envers les hommes.
  35. La pieuse coutume d’ériger des crèches dans les églises et les maisons particulières au temps de Noël, date de saint François d’Assise. Trois ans avant sa mort, raconte saint Bonaventure, François fit appeler un pieux gentilhomme qui demeurait près de Reate, et lui dit : « Veux-tu que nous célébrions la fête de la Nativité chez toi : va et prépare ce que je vais l’ordonner. » Il lui dit de disposer dans une prairie une crèche et une étable sur le modèle de celle de Bethléem. Puis, quand fut venue la nuit de Noël, François, suivi des frères de son ordre et d’une foule considérable, s’y rendit en procession. L’étable était illuminée de mille cierges ; à minuit, on célébra la première messe, et le saint, au moment de l’Évangile, prononça un discours en l’honneur du divin Enfant. De l’ordre de saint François, cet usage touchant et naïf se répandit partout dans l’Église, et il sera toujours cher aux âmes qui aiment à reconnaître le Sauveur incarné sous les traits de l’Enfant de Bethléem.
  36. La loi de Moïse ordonnait deux choses aux parents des enfants nouvellement nés. La première, si l’enfant était le premier-né de la famille, de le présenter à Dieu, comme lui étant consacré, et de le racheter de lui par l’offrande prescrite : car « tout est à moi, » dit le Seigneur (Exod. xiii, 2) ; en outre, cette loi rappelait que Dieu avait épargné en Égypte les premiers-nés des enfants d’Israël. La deuxième chose regardait la purification des mères, qui étaient impures dès qu’elles avaient mis au monde un enfant, et cela par suite du péché d’Ève ; l’impureté durait quarante jours si c’était un enfant mâle : après quoi la mère se rendait au temple, offrait son sacrifice et était déclarée pure. Le Fils de Dieu et la Vierge mère se soumettent volontairement, pour l’exemple du monde, à une loi qui n’était pas faite pour eux.
  37. Tout l’ensemble du récit indique que Siméon n’était pas un prêtre, bien moins encore le grand-prêtre, comme le disent plusieurs évangiles apocryphes. Le Père Patrizzi incline à voir dans ce vieillard le célèbre rabbin Siméon (appelé Saméas par Joséphe), fils de Hillel et père de Gamaliel, qui fut le maître de saint Paul (Act. v, 34, xxii, 3).
  38. Et ainsi, etc., se rapporte à tout le vers. 34.
  39. Les sentiments des Juifs et des hommes en général à l’égard de Jésus-Christ.
  40. C'est pour cela que les Pères grecs appellent souvent la fête de la Purification, fête de la Rencontre.
  41. Voir Matth. ii, 9, note 3.
  42. « Si Dieu faisait tout par miracle, dit saint Augustin, il effacerait ce qu'il a fait par miséricorde. » Ainsi il fallait que, comme les autres enfants, Jésus sentît le progrès de l'âge. La sagesse même dont il était plein se déclarait par degrés, vers. 52. Et la grâce de Dieu, etc. L'évangéliste veut dire qu'à mesure que l'enfant croissait et commençait à agir par lui-même, il reluisait dans tout son extérieur je ne sais quoi qui faisait rentrer en soi-même et qui attirait les âmes à Dieu, tant tout était simple, mesuré, réglé dans ses actions et dans ses paroles. Bossuet.
  43. « Les charmes du saint Enfant étaient merveilleux; il est à croire que tout le monde le voulait avoir, et ni Marie ni Joseph n'eurent peine à croire qu'il fût dans quelque troupe des voyageurs, car les gens de même contrée allant à Jérusalem dans les jours de fête, formaient des caravanes pour aller de compagnie. » Bossuet.
  44. Ne raffinons point mal à propos, dit Bossuet, sur le texte de l’Évangile. On dit non-seulement de Joseph, mais encore de Marie même, qu’ils ne conçurent pas ce que voulait dire Jésus. Ils savaient bien qu’il était le Fils de Dieu ; mais ils ne connaissaient pas, à cette époque, de quelle manière et par quel moyen il instruirait et sauverait les hommes.
  45. « Je suis saisi d’étonnement à cette parole. Est-ce donc là tout l’emploi d’un Jésus-Christ, du Fils de Dieu ? Tout son emploi, tout son exercice est d’obéir à deux de ses créatures, et en quoi leur obéir ? Dans les plus bas exercices, dans la pratique d’un art mécanique ! Où sont ceux qui se plaignent, qui murmurent lorsque leurs emplois ne répondent pas à leur capacité, disons mieux, à leur orgueil ? Qu’ils viennent dans la maison de Joseph et de Marie, et qu’ils y voient travailler Jésus-Christ. » Bossuet.
  46. Voy., pour cette date, notre Harmonie chronologique, et pour tous ces noms, notre Vocabulaire.
  47. Voyez Baptême de saint Jean dans le Vocabulaire.
  48. « Ce sont les paroles d’Isaïe (xl, 4), rapportées par saint Luc.C’est-à-dire qu’il faut que le cœur souffre par la violence, si sa pénitence est sincère : car on n’est pas sans violence sous la bêche et sous le hoyau ; il faut que le bois qu’on veut aplanir, gémisse longtemps sous le rabot : on ne réduit pas sans travail les passions qu’on veut abattre, les habitudes qu’on veut corriger ; il vous faut pour vous redresser, non-seulement une main ferme, mais encore rude d’abord : à mesure qu’elle avancera son ouvrage, son effort deviendra plus doux ; et à la fin tout étant aplani, le rabot coulera comme de lui-même, et n’aura plus qu’à ôter de légères inégalités, que vous-même vous serez ravi de voir disparaître, afin de demeurer tout uni sous la main de Dieu, et d’occuper la place qu’il vous donne dans son édifice. Les grands combats sont au commencement ; la douce inspiration de la charité vous aplanira toutes choses, et c’est alors que vous verrez le salut donné de Dieu. » Bossuet.
  49. O pécheur, ne trembles-tu pas sous cette main terrible de Dieu, qui non-seulement est levée, mais déjà appesantie sur ta tête ? La cognée est déjà mise à la racine de l’arbre. Elle ne s’approche pas pour ébranler l’arbre, ou pour en faire tomber les fruits ni les feuilles ; plaisirs, richesses, les biens de la fortune, biens externes qui ne tiennent pas à notre personne : il ne faut pas un si grand effort, il ne faut pas toucher la racine, il ne faut que secouer l’arbre. Elle n’en veut pas même aux branches, à la santé, à la vie du corps : elle le fait quelquefois, mais ce n’est pas là maintenant où elle touche : elle est à la racine. Il n’y a plus rien entre deux, et après ce dernier coup, qui nous menace à toute heure, il n’y a plus que le feu pour nous, et encore un feu éternel. » Bossuet.
  50. « La colère de Dieu est pressante et redoutable ; mais consolez-vous, puisque vous avez dans l’aumône un moyen de l’éviter. Partagez vos biens avec les pauvres. Il ne nous dit pas de tout quitter ; c’est bien là un conseil pour quelques-uns, mais pas un commandement pour tous. Il ne vous accable donc pas d’excessives rigueurs. Et que dit-il aux publicains, ces gens de tout temps si odieux, les oblige-t-il à tout quitter ? Non, pourvu qu’ils ne fassent rien au-delà des ordres qu’ils ont reçus. Car la puissance publique peut imposer des tributs pour le soutien de l’État. Il ne dit non plus aux gens de guerre : Quittez l’épée, renoncez à vos emplois ; mais : Ne faites point de concussion ; contentez-vous de votre solde. Le prince rendra compte à Dieu, et des tributs qu’il impose, et des guerres qu’il entreprend ; mais ses ministres, qui, sans inspirer de mauvais conseils, ne font qu’exécuter les ordres publics, sont à couvert aux yeux de Dieu par l’autorité de Jean. Jésus viendra donner les conseils de perfection : Jean s’attache aux préceptes, et sans prêcher aucun excès, il console tout le monde en ouvrant la porte du ciel aux emplois non-seulement les plus dangereux, mais encore les plus odieux, s’ils sont nécessaires, pourvu qu’on s’y renferme dans les règles. » Bossuet.
  51. « Dans une si haute réputation, et d’autant plus glorieuse qu’elle était moins recherchée, Jean-Baptiste demeure toujours humble, toujours modeste. Il n’est rien de ce qu’on pense ; il n’est point Élie, il n’est point prophète, et bien loin d’être le Messie, il n’est pas digne, dit-il, de lui délier ses souliers ; car il se sert même de cette expression basse, afin de s’avilir tout à fait, et cette main vénérable de laquelle le Fils de Dieu a voulu être baptisé, cette main qu’il a élevée, dit saint Chrysostome, jusqu’au haut de sa tête, n’ose pas même toucher à ses pieds. » Bossuet.
  52. Matth. xiv, 4.
  53. « Le baptême a reçu la vertu de conférer la grâce à l’instant où Jésus-Christ fut baptisé. C’est donc vraiment alors qu’il fut institué comme sacrement. La nécessité de le recevoir ne fut cependant imposée aux hommes qu’après la passion et la résurrection du Sauveur. » Saint Thomas.
  54. La distinction des trois personnes divines est clairement marquée dans ce récit. De là cette réponse des anciens Pères aux hérétiques anti-trinitaires. « Va au Jourdain, et apprends la Trinité ».
  55. Reithmayr et d’autres pensent que saint Luc énumère ici les ancêtres dont Jésus était réellement le fils du côté de sa mère, depuis Héli jusqu’à Adam selon la chair, jusqu’à Dieu suivant sa nature divine. D’après cette opinion, le sens serait que Jésus était fils, non de Joseph, comme on le pensait, mais de Héli (Eliachim ou Joachim) père de la sainte Vierge, lequel descendait de David par la ligne latérale de Nathan. Voy. Généalogie dans le Vocabulaire.
  56. Deuter. viii, 3. Parole, c’est-à-dire chose créée par la parole : c’est la cause pour l’effet.
  57. Deuter. vi, 13.
  58. Ps. xc, 11, 12.
  59. Deuter. vi, 16.
  60. La tentation nous attaque de trois manières : par la suggestion, par la délectation et par le consentement. La suggestion consiste dans une pensée, soit que le démon la jette immédiatement dans l’esprit, soit que ce soit en nous proposant des objets extérieurs. Le démon n’a pas pu aller plus avant dans la tentation du Fils de Dieu ; mais à notre égard, quand la pensée est suivie d’une complaisance volontaire, et que l’esprit s’y arrête, on doit croire que le consentement, qui enfante la mort (Jacq. i, 15), suivra bientôt. Arrêtez donc la tentation dès le premier pas qui est innocent, et qui a pu être dans le Fils de Dieu ; coupez court et rompez le premier coup. Prévenez le plaisir naissant, ou des sens, ou de l’ambition, ou de la vengeance, de peur que, se répandant dans toute votre âme, il ne l’entraîne au consentement. Bossuet.
  61. Litt. par la vertu de l’Esprit, poussé par l’Esprit-Saint.
  62. Les livres des anciens étaient de longues bandes de parchemin roulées autour d’un petit cylindre ; pour lire on développait successivement le rouleau.
  63. Is. lxi, l ; lviii, 6. Le grec omet : guérir ceux qui ont le cœur brisé, et : le jour de la rétribution. Il y a dans ce verset une allusion à l’année jubilaire des Juifs, où chacun, à un signal proclamé par la trompette, rentrait en possession de ses biens et de sa liberté, qui ne pouvaient être aliénés que pour un temps.
  64. Car je suis le Messie venu pour enseigner, pour guérir, pour délivrer les hommes de leurs péchés et de la mort éternelle.
  65. Sens : Elie et Elisée, méprisés dans leur pays, portèrent leurs bienfaits à des étrangers (III Rois, xvii, 9 ; IV, v, 14) ; ainsi je ferai.
  66. Ce qu’ils auraient voulu faire, car ils savaient. D’autres, moins bien : de publier qu’ils sussent qu’il était le Christ.
  67. Cette vocation de saint Pierre, etc., est postérieure à celle qui est racontée Matth. iv, 17 sv. ; Marc. i, 16 sv. Appelés une première fois, ces disciples s’étaient mis dans la compagnie de Jésus, mais sans rester constamment à sa suite. Désormais ils ne se sépareront plus de lui. Patrizzi.
  68. Ce n’est pas le seul endroit de saint Luc où le mot Dominus, Seigneur, soit employé pour désigner Jésus-Christ.
  69. Les anciennes prescriptions ne conviennent pas aux disciples de la loi nouvelle, et ces mêmes disciples (vers. 39) ne sont pas encore en état de suivre les pratiques de pénitence que j’établirai plus tard dans mon Église.
  70. On appelait ainsi, selon l’opinion la plus probable, le premier sabbat qui suivait le second jour des azymes ; il venait quelques jours après la fête de Pâque.
  71. I Rois, xxi, 6.
  72. Un regard scrutateur qui interroge et confond en même temps.
  73. C’est-à-dire envoyés.
  74. Jude est le même que S. Matthieu et S. Marc nomment Thaddée. Voy. Matth. x, 3.
  75. Quoique ce discours semble un extrait du Sermon sur la montagne (Matth. v, sv.), le P. Patrizzi pense qu’il fut prononcé un peu plus tard. En effet, plusieurs circonstances paraissent différer, et l’on sait que N.-S. avait coutume de répéter certaines maximes selon que l’exigeait l'utilité de ses divers auditeurs.
  76. « Quand tout nous rit dans le monde, nous nous y attachons trop facilement ; le charme est trop puissant, et l’enchantement est trop fort Ainsi, mes Frères, si Dieu nous aime, croyez qu’il ne permet pas que nous dormions à notre aise dans ce lieu d’exil. Il nous trouble dans nos vains divertissements, il interrompt le cours de nos imaginaires félicités, de peur que nous ne nous laissions entraîner aux fleuves de Babylone, c’est-à-dire au courant des plaisirs qui passent. Croyez donc très-certainement, ô enfant de la Nouvelle Alliance, que lorsque Dieu vous envoie des afflictions, c’est qu’il veut briser les liens qui vous attachaient au monde et vous rappeler à votre patrie. Le soldat est trop lâche qui veut toujours être à l’ombre, et c’est trop délicat que de vouloir vivre à son aise et en ce monde et en l’autre. Ne t’étonne donc pas, chrétien, si Jésus-Christ te donne part à ses souffrances, afin de t’en donner à sa gloire. » Bossuet.
  77. Soit la somme prêtée, soit un service pareil.
  78. S. Matthieu, xv, 14, nous apprend que N.-S. avait en vue les Scribes et les Pharisiens.
  79. Si donc les docteurs juifs sont imparfaits, leurs disciples le seront aussi. Ce vers. est pris dans un autre sens Matth. x, 24.
  80. Le bon maitre (docteur).
  81. En comparant ce récit avec l’endroit parallèle de S. Matthieu (viii, 5 sv.), on trouvera occasion d’appliquer la remarque de S. Jérôme, que, dans les Saintes Écritures, les Apôtres et les hommes apostoliques considèrent, non les mots, mais le sens, et ne cherchent pas à suivre servilement la lettre, pourvu qu’ils respectent la pensée.
  82. Quelques-uns des plus distingués parmi les habitants de Capharnaüm.
  83. Ville de Galilée, sur le torrent de Cisson, près du mont Thabor. Ce n’est plus aujourd’hui qu’un misérable village, non loin de Naplouse, mais qui a conservé son nom primitif.
  84. Les cercueils, chez les Juifs, n’étaient point fermés.
  85. Malach. iii, 1.
  86. Les vers. 29-30 sont probablement une réflexion de l’Évangéliste.
  87. Et se réjouirent en entendant l’éloge de leur prophète.
  88. Qui leur avait successivement envoyé et Jean et Jésus, l’un plus austère, l’autre plus conciliant. Ainsi ils donnent lieu au Sauveur d’ajouter ce qui suit.
  89. Voy. Marie Madeleine dans le Vocabulaire. On croit que cette ville était Naïm (vers. 11).
  90. >Jésus se tenait à table à la manière des Orientaux, étendu sur un lit ou divan, et appuyé sur le bras gauche, de sorte qu’il avait le visage tourné vers la table, et les pieds non pas sous la table même, mais dans une direction opposée, du côté du mur. Ses pieds étaient nus, suivant la coutume des gens de l’Orient, qui déposent leurs sandales avant d’entrer dans la salle à manger. Marie Madeleine se plaça derrière Jésus, parmi les serviteurs.
  91. L’intention du Sauveur est d’apprendre à Simon qu’il vaut moins que la pécheresse repentante, le mérite se mesurant sur l’amour, et l’amour assez ordinairement sur la grandeur des bienfaits reçus. Si N.-S. tourne la phrase ainsi, c’est pour relever davantage l’amour de cette femme, qui non-seulement l’aime après son pardon, mais qui l’a aimé avant même de l’avoir obtenu, et par la simple espérance de l’obtenir.
  92. Celui qui est la lumière et la vie des hommes, s’est humilie jusqu’à recevoir d’eux sa nourriture corporelle et à vivre des aumônes de la charité. Celui qui rassasiait des milliers d’hommes par une nourriture miraculeuse, ne retient pour lui que la pauvreté et ce que les siens lui fournissent par amour. Ce sont des femmes qui prennent soin de lui : par la femme, le péché était entré dans le monde ; J.-C. a voulu donner aux femmes une part glorieuse dans la destruction du royaume de Satan ; il les appelle à y contribuer par deux grands moyens : le soin des pauvres, et l’éducation chrétienne des enfants.
  93. C’est-à-dire par la fermeté d’une volonté constante, qui continue le bien commencé et triomphe des obstacles.
  94. Liaison : Vous avez entendu l’explication claire de la parabole. Rien dans ma doctrine ne restera obscur, prêchez-la à votre tour.
  95. « Il dépend de toi, ô fidèle, il dépend de toi de choisir à quel titre tu appartiendras, de quelle sorte tu seras uni au Sauveur des âmes. Jésus-Christ nous aime si fort, qu’il ne refuse avec nous aucun titre d’affinité, ni aucun degré d’alliance : fais la volonté de son Père, et tu peux lui être ce que tu voudras. Si le titre de frère te plaît, Jésus-Christ te l’offre ; si tu admires la dignité de sa mère, toute grande, toute éminente qu’elle est, il ne t’exclut pas même d’un si grand honneur. » Bossuet.
  96. Sur le pays des Géraséniens, voy. Marc, v, 1.
  97. Ils craignaient que la même chose n’arrivât à tous leurs troupeaux.
  98. Dans le grec : Ma fille, ayez confiance, votre foi, etc.
  99. C’est-à-dire le Messie envoyé de Dieu.
  100. A quoi est empruntée cette expression métaphorique nouvelle dans le langage des hommes ? Évidemment à la croix de Jésus-Christ. C’est comme s’il disait : De même que je porterai courageusement ma croix, ainsi il vous faut porter la vôtre, c’est-à-dire souffrir avec courage toutes les peines, toutes les difficultés, tous les sacrifices nécessaires à qui veut être mon disciple.
  101. Trois obstacles devaient empêcher les disciples de Jésus-Christ de suivre leur Maître : l’attachement à la vie et à ses jouissances, la passion des richesses, l’amour de la gloire et des hommes ; c’est la triple concupiscence dont parle S. Jean (I, ii, 16) : celle de la chair, celle des yeux, et l’orgueil de la vie. N.-S. détruit tour à tour ces trois obstacles par un raisonnement péremptoire qu’il oppose à chacun : l’amour de la vie et de ses jouissances, vers. 24 ; la passion des richesses, vers. 28 ; l’orgueil, vers. 26.
  102. Les Apôtres dormaient de fatigue ; l’éclat de la lumière céleste les réveilla.
  103. Savoir : Jésus, Moïse et Élie.
  104. Un de mes disciples, simple et humble comme cet enfant.
  105. Les Samaritains n’allaient point sacrifier à Jérusalem. Voy. Samaritains dans le Vocabulaire.
  106. Le grec ajoute : Comme fit Elie. (IV Rois, i, 10-12.)
  107. Vous croyez être animés de l’esprit de Dieu, et vous êtes poussés par l’esprit d’impatience et de vengeance. Ou bien : Ignorez-vous que vous devez être doux et humbles comme votre Maître, et ne pas imiter le zèle enflammé d’Élie ?
  108. L’Évangéliste rapporte ici de suite trois réponses de Jésus relatives aux dispositions nécessaires pour le suivre ; peut-être ont-elles été données en des temps différents.
  109. En grec, soixante-dix. L’expression institua ou élut, indique l’installation solennelle dans une dignité. Ainsi on pouvait distinguer dès lors les degrés d’une hiérarchie nettement accusée parmi les disciples de Notre-Seigneur. Au plus haut degré les douze Apôtres, ayant à leur tête saint Pierre ; au-dessous d’eux les soixante-douze disciples ; enfin, la foule des disciples qui n’avaient aucune mission, aucun ministère. Il n’est donc pas étonnant qu’on trouve ces trois classes de personnes dans les premiers temps de l’Église : des évêques, des prêtres et de simples fidèles. Notre-Seigneur a choisi les nombres douze et soixante-douze, dit Allioli, vraisemblablement à cause des douze chefs des douze tribus d’Israël, et des soixante-douze Anciens que Moïse choisit pour le seconder. Le peuple d’Israël, en effet, était le type de l’humanité entière. Les soixante-douze disciples sont envoyés deux à deux, afin qu’ils puissent s’aider, se consoler et s’exciter mutuellement. De là est venue cette règle, dans les ordres monastiques, qu’en général aucun religieux n’entreprenne un voyage quelconque sans compagnon.
  110. Notre-Seigneur dit la même chose en envoyant les Apôtres (Matth. ix, 37). Plusieurs discours des chap. x-xv sont ainsi répétés ailleurs, dans des circonstances à peu près semblables, mais à l’occasion de faits différents.
  111. Locution hyperbolique, dont le sens est que les disciples, dans l’accomplissement de leur mission, doivent s’affranchir, non des devoirs de la bienséance, mais des vaines cerémonies et des usages mondains.
  112. C’est-à-dire un homme digne de recevoir les biens spirituels que vous apportez.
  113. La foudre est le symbole de la rapidité, et la chute du ciel figure la perte de la domination ; le sens est donc : Oui, j’ai vu Satan subitement précipité du haut de sa puissance.
  114. Deuter. vi, 5.
  115. Les Scribes de ce temps-là enseignaient généralement que, par le prochain il ne fallait entendre que les Juifs, non les païens, et encore moins les Samaritains, ennemis des Juifs.
  116. Jéricho, une des principales villes juives, était située entre Jérusalem et le Jourdain ; pour y arriver, en partant de Jérusalem, il fallait traverser un désert affreux, infesté de brigands.
  117. On appelait ainsi les ministres inférieurs qui servaient les prêtres dans les fonctions sacrées.
  118. (5)
  119. Tous les Pères ont vu dans le bon Samaritain Jésus-Christ, et dans l’homme laissé à demi-mort sur la route l’humanité tout entière. Jésus-Christ nous a rencontrés gisant sur le chemin de la vie, dépouillés, nus, couverts de blessures, chargés de péchés. Pénétré de compassion, il verse l’huile de la grâce dans nos plaies ; il nous confie à l’Église en lui disant : Ayez en soin ! Au bout d’un certain temps, il revient afin de nous introduire entièrement guéris dans le ciel. Allioli.
  120. Pour aller à Jérusalem.
  121. A Béthanie.
  122. Sœur de Lazare.
  123. La seule chose nécessaire, c’est de se sanctifier, afin d’arriver au bonheur éternel. Celui qui s’occupe de cet unique nécessaire, accomplit en même temps toutes les obligations qui lui sont imposées ; il est laborieux et actif, et son activité n’a rien d’inquiet et d’empressé, mais elle est calme et paisible, parce qu’il l’accompagne toujours d’un regard vers Dieu. Suivant le sentiment commun des saints Pères, par la part de Marthe, Notre-Seigneur entend la vie active, qui est bonne, et par celle de Marie, la vie contemplative, qui est meilleure, c’est-à-dire plus excellente, sinon par le mérite, au moins par la dignité. Quant au choix que nous devons faire, c’est celui auquel Dieu nous appelle. Allioli. — L’Église fait lire cet Évangile le jour de l’Assomption, parce que la sainte Vierge, qui a rempli parfaitement envers Jésus les fonctions de Marthe, choisit en même temps, comme Marie, la meilleure part, la virginité, dit saint Ildefonse, et entra ce jour-là dans le ciel, où elle est assise sur un trône qui ne lui sera point enlevé.
  124. En grec, l’Esprit saint, c’est-à-dire les dons célestes, les biens spirituels, que nous devons demander de préférence aux autres.
  125. Cet homme fort est la figure de Satan, qui considère le monde comme son domaine, et s’efforce d’en conserver la possession ; le plus fort que lui, c’est Notre-Seigneur, qui renverse sa puissance et le chasse de son empire usurpé.
  126. Si le vers. 33 doit se lier avec ce qui précède et ce qui suit, voici quelle serait la suite des idées : Malgré votre incrédulité, je ne cesserai point de prêcher ma doctrine, étant envoyé par mon Père pour éclairer le monde (vers. 33) ; que les Pharisiens déposent l’envie qui les ronge, et ils reconnaîtront sans peine la divinité de ma mission (34-36).
  127. L’œil mauvais ou malin, c’est l’envie.
  128. Votre âme étant éclairée par la droiture de l’œil intérieur, tout en vous sera lumineux : ce sera comme lorsque le corps est dans une pleine lumière, en un lieu éclairé par un flambeau. Le mot corps, au commencement du verset, est pris dans un sens métaphorique ; ainsi disparaît la tautologie, qui est plutôt dans la tournure que dans la pensée.
  129. Parce que la chaux ne les a pas blanchis. Sens : Votre doctrine et vos maximes, sous une apparence de perfection, sont fausses et perverses. L’expression diffère, mais la pensée générale est à peu près la même que Matth. xxiii, 27.
  130. Ironie ; c’est comme si Notre-Seigneur disait : Vous achevez ce qu’ils ont commencé.
  131. La science est ici la vraie religion, présentée sous l’image d’un édifice ou d’un palais, que ceux qui ont les clefs, les Docteurs, n’ouvrent à personne.
  132. Mais la vérité ne peut être opprimée ; la perversité de leur cœur et la sainteté de ma doctrine éclateront au grand jour.
  133. Argent, habits, meubles, etc.
  134. Tous les biens spirituels de l’Église militante, royaume de Dieu sur la terre, et plus tard la gloire et le bonheur du ciel.
  135. Les Orientaux portant des habits amples et longs, doivent les relever au moyen d’une ceinture avant de se livrer au travail ou de se mettre en route. Avoir aux reins la ceinture est donc un signe de vigilance et d’activité.
  136. Réponse indirecte qui fait comprendre à saint Pierre que la responsabilité des Apôtres surpasse celle des simples fidèles, et qu’en recommandant à tous la vigilance, Notre-Seigneur avait plus spécialement en vue les pasteurs.
  137. Il n’est pas certain que Notre-Seigneur ait prononcé ce qui suit immédiatement après ce qu’on vient de lire ; car saint Luc, ainsi que les autres Évangélistes, rapporte quelquefois à la suite les uns des autres des discours que Jésus prononça en différentes occasions. — Dans les Écritures, le feu a une signification symbolique multiple, il figure l’amour, les épreuves et la guerre. Il a ici ces diverses significations ; il désigne d’abord la charité que Jésus-Christ, par son divin Esprit, a allumée sur la terre ; ensuite il marque le feu de la contradiction et des souffrances, conséquence nécessaire de cette ardente charité. Allioli.
  138. Le baptême de ses souffrances et de sa passion. — L’angoisse du désir et de l’impatience.
  139. Vous savez, par un accord à l’amiable, vous dégager des mains de votre adversaire avant la sentence du juge que vous prévoyez vous être défavorable ; faites de même dans le cas présent, et prévenez, pendant qu’il en est temps, la condamnation du souverain Juge, dont les signes avant-coureurs paraissent déjà. Bornemann.
  140. Probablement dans le temple de Jérusalem. Il ne faut pas confondre ce massacre, dont l’histoire profane ne parle pas, avec ce qui est raconté dans les Actes, v, 37, et dans Josèphe, Antiq. xx, 5.
  141. Siloé était une fontaine située au pied du mont Sion ; la tour se trouvait dans le mur de la ville, à côté de la fontaine.
  142. Dans un angle du terrain, et non parmi les ceps, ce qui aurait été contraire à la loi (Deutér. xxii, 9).
  143. Le maître de la vigne, c’est Dieu ; le figuier, c’est le peuple d’Israël. Dieu a envoyé à ce peuple des docteurs et des prophètes pour l’instruire, afin qu’il portât des fruits de justice. Lorsqu’il voulut recueillir ces fruits, il n’a rien trouvé que l’observation de pratiques extérieures, des œuvres semblables à un vain feuillage. Le Seigneur, dit saint Jérôme, est venu trois fois : il a donné la Loi par Moïse, il a parlé par les prophètes, enfin il a envoyé son Fils. Après la mort de ce Fils bien-aimé, il a donné encore l’espace de quarante-six ans pour faire pénitence. Le peuple juif ne se convertissant pas, Jérusalem fut détruite, et le peuple lui-même dispersé parmi les nations. Allioli.
  144. Notre-Seigneur parle de la réception dans le royaume du ciel au delà de cette vie.
  145. Nous appartenions extérieurement à votre société, à votre Église.
  146. Plusieurs (il n’y a point d’article en grec) passeront du dernier rang au premier, et réciproquement ; bien des païens et des publicains convertis occuperont le rang auquel les Pharisiens se croient seuls appelés.
  147. Ce prince fourbe et rusé les avait sans doute envoyés lui-même. Voyant s’accroître le nombre des disciples de Jésus, et craignant qu’il n’en résultât des troubles qui eussent mécontenté les Romains, il voulait lui faire peur et l’éloigner du territoire soumis à sa domination.
  148. Cette hardiesse de langage à l’égard des rois et des grands était familière aux prophètes hébreux.
  149. Sous cette règle de conduite à suivre dans un festin, se cachait un sens plus général et plus élevé, savoir, la nécessité, pour les disciples de Jésus-Christ, d’être petits et humbles en toute circonstance (vers. 11).
  150. Ce conseil du Sauveur était exactement suivi par le pape saint Grégoire le Grand, qui avait ordinairement douze pauvres à sa table. Saint Louis, roi de France, en nourrissait chaque jour un bien plus grand nombre, et souvent il les servait lui-même et leur lavait les pieds.
  151. Et sans doute, ainsi que tous les Juifs, cet homme se croyait du nombre de ces heureux.
  152. S. Matthieu (xxii, 2 sv.) rapporte à peu près la même parabole, mais dans des circonstances et avec une signification tout à fait différentes.
  153. Meyer, de la même manière.
  154. L’homme, c’est Dieu (Jésus-Christ) ; le festin, c’est l’Église même de Jésus-Christ ; le serviteur qui est envoyé, ce sont les prédicateurs de l’Évangile ; les premiers invités sont les Juifs, les derniers invités sont les Samaritains et les païens. Allioli. « Cela regardait les Juifs, mais cela nous regarde aussi, dit Bossuet. Nous sommes à présent les invités, et nous devons apprendre ce qui empêche les hommes de venir à ce céleste festin. La cause la plus générale, c’est l’occupation et, pour ainsi dire, l’enchantement des affaires du monde. » Les saints Pères font encore l’application de cette parabole au banquet de la sainte Eucharistie, dédaigné par les hommes orgueilleux et sensuels ; mais recherché avidement par les petits et les humbles. Allioli.
  155. Sans doute au sortir de la maison du Pharisien (vers. 1).
  156. Haïr est mis ici pour aimer moins, comme Notre-Seigneur l’explique lui-même (Matth. x, 37). Liaison : C’est un grand bonheur que d’avoir part au festin du royaume de Dieu (aux biens spirituels qui sont dans l’Église, et ensuite à la gloire du ciel) ; mais pour être mon disciple, il faut beaucoup de renoncement et de mortification ; qu’on y réfléchisse bien avant de s’y engager, car il serait honteux d’abandonner ma doctrine après l’avoir embrassée, de devenir un sel affadi (vers. 34).
  157. L’âme pécheresse s’éloigne de Dieu ; elle le fuit, elle perd ses forces et devient impuissante. À cette triple misère, le Pasteur infiniment bon oppose une triple miséricorde : il cherche les pécheurs, il les trouve, il les rapporte. Bossuet.
  158. Une joie plus vive, parce qu’elle est inespérée. Jésus-Christ s’exprime ici d’après ce qu’éprouve naturellement le cœur de l’homme.
  159. Monnaie grecque, de la valeur du quart d’un sicle, un peu moins de 1 franc de notre monnaie.
  160. Proprem. carouges ou caroubes, espèces de gousses, fruit du caroubier.
  161. « Quand on voit dans l’Évangile la brebis perdue préférée par le bon Pasteur à tout le reste du troupeau, quand on y lit cet heureux retour du prodigue retrouvé, et ce transport d’un père attendri qui met en joie toute sa famille, ou est tenté de croire que la pénitence est préférée à l’innocence même, et que le prodigue retourne reçoit plus de grâces que son aîné qui ne s’est jamais échappé de la maison paternelle. Il est l’aîné toutefois, et deux mots que lui dit son père lui font bien entendre qu’il n’a pas perdu ses avantages : Mon fils, vous êtes toujours avec moi. etc. Ainsi les cœurs sont saisis d’une joie soudaine par la grâce inespérée d’un beau jour d’hiver, qui, après un temps pluvieux, vient réjouir tout d’un coup la face du monde ; mais on ne laisse pas de lui préférer la constante sérénité d’une saison plus bénigne ; et s’il nous est permis d’expliquer les sentiments du Sauveur par ces sentiments humains, il s’émeut plus sensiblement sur les pécheurs convertis, qui sont sa nouvelle conquête, mais il réserve une plus douce familiarité aux justes, qui sont ses anciens et perpétuels amis, qui sont toujours avec l’Agneau, et paraissent sans tache devant son trône (Apoc. xiv, 5). » Bossuet.
  162. Peut-être devrait-on traduire : Et le Seigneur, c’est-à-dire Jésus-Christ, loua, etc. En effet, le second membre du verset rapporte évidemment la réflexion de Notre-Seigneur, et cette sorte d’interruption du discours direct a son analogue au chap. vii, 29, 30.
  163. Ce verset explique le but de la parabole. Comme l’économe infidèle sut se faire des amis avec un bien étranger, de même les riches doivent se ménager l’amitié des pauvres, dont l’intercession leur ouvrira le ciel, en leur distribuant les biens temporels que Dieu leur a confiés. L’économe donne du bien d’autrui, ce qui en soi est mal ; mais ce trait n’est que pour le point de comparaison, et ne trouve d’application qu’en ce que les richesses temporelles que nous devons donner sont aussi pour nous un bien étranger, à savoir le bien de Dieu, dont nous ne sommes, vis-à-vis de lui, que les simples administrateurs. Comp. les vers. 11 et 12.
  164. Proverbe exprimant ce qui arrive d’ordinaire.
  165. Les biens temporels, et au vers. suiv. notre bien propre, c’est le ciel.
  166. Si les vers. 16-18 ne sont pas des sentences détachées, voici comment on peut les lier entre eux et avec ce qui précède : Les Pharisiens ont la justice légale, mais cela ne suffit plus depuis que le royaume du ciel est annoncé. Ce n’est pas que Jésus-Christ abolisse la Loi ; au contraire, il veut l’accomplir dans une plus grande perfection : il prêche le détachement, l’indissolubilité du mariage, il n’admet dans son royaume que les âmes généreuses qui l’emportent d’assaut.
  167. Ce qui augmentait ses douleurs, dit Allioli. Mais nous préférons l’interprétation de Kuinœl : Les chiens mêmes, comme touchés de compassion, venaient doucement lécher ses plaies ; en sorte que ce dernier trait, sans rien ajouter aux souffrances de ce malheureux, augmente la pitié qu’il inspire.
  168. La condition des justes après la vie présente est souvent décrite sous l’image d’un festin. Or, dans les festins, où les convives étaient, non pas assis, mais étendus sur des divans et appuyés sur le coude gauche, la place d’honneur était à droite de celui qui présidait ; le convive qui occupait cette place était comme couché sur son sein. Comp. Jean, xxi, 20.
  169. Le grec rejette au vers. suiv. ces mots : dans l’enfer.
  170. En grec, vos biens, la part qui vous revient. La Vulgate doit s’entendre en ce sens.
  171. Un incrédule de nos jours a écrit que la résurrection d’un mort, opérée à la voix d’un thaumaturge, fut-elle constatée par une commission de savants, ne suffirait pas pour le convaincre, mais qu’il faudrait répéter l’expérience.
  172. Craignez de donner ou de recevoir du scandale. Comp. Matth. xviii, 7. Bien loin d’offenser le prochain par le scandale, soyez plutôt prêt à lui remettre ses offenses contre vous.
  173. Afin que nous puissions comprendre cela et le pratiquer.
  174. C’est la route que l’on suit encore aujourd’hui par Ginéa et Sichem ; elle demande trois ou quatre jours de marche. Voy. Matth. xix, l, note.
  175. Avant d’y entrer ; car le séjour des villes et des villages était interdit aux lépreux. Ils n’avaient pas non plus le droit d’approcher personne.
  176. Les Pharisiens attendaient un Messie, souverain d’un empire établi pour une gloire et des jouissances terrestres, et borné à la nation juive ; tel est le sens de leur question. Notre-Seigneur leur répond : 1° que le royaume de Dieu est intérieur, en ce sens qu’il commence dans la conscience de chacun par une foi docile, et s’y développe par la pratique des bonnes œuvres ; 2° qu’il n’est ni ici ni là, soit à cause de ce qui vient d’être dit, soit parce que ce royaume, l’Église, est universel et s’étend à toute la terre, — où il forme d’ailleurs, et dans un antre sens, une société extérieure et visible, constituée par Jésus-Christ lui-même, avec un chef et des membres, des pasteurs et des brebis.
  177. Les vers. 22-37 traitent du second avénement de Jésus-Christ à la fin du monde. Comp. Matth. xxiv.
  178. Comp. Matth. xxiv, 17.
  179. Le jour de la destruction de Sodome, la femme de Lot, inquiète de ce qui lui appartenait, regarda en arrière, et trouva ainsi sa perte.
  180. A la question curieuse de ses disciples, Notre-Seigneur répond par un proverbe connu : Où est le corps, la proie, là s’assemblent les aigles ; de même où seront les coupables, là certainement viendra le Juge souverain.
  181. « Cette prière perpétuelle se fait lorsque, ayant prié à ses heures, on recueille de sa prière et de sa lecture quelque vérité ou quelque mot, qu’on conserve dans son cœur, et qu’on rappelle sans effort de temps en temps, en se tenant le plus qu’on peut dans un état de dépendance envers Dieu, en lui exposant son besoin, c’est-à-dire en le lui remettant devant les }’eux sans rien dire. Alors, comme la terre entr’ouverte et desséchée semble demander la pluie, seulement en exposant au ciel sa sécheresse : ainsi l’âme, en exposant ses besoins à Dieu. Et c’est ce que dit David : Mon âme, ô Seigneur, est devant vous comme une terre desséchée (Ps. cxlii, 6). Seigneur, je n’ai pas besoin de vous prier : mon besoin vous prie, mon indigence vous prie, ma nécessité vous prie. Tant que cette disposition dure, on prie sans prier, et Dieu entend ce langage. Voilà une des manières de prier toujours, et peut-être la plus efficace. » Bossuet.
  182. Cette réflexion indique que la parabole précédente se rapporte en premier lieu aux épreuves que le petit nombre des fidèles auront à souffrir, dans les derniers temps, de la part des ennemis de Jésus-Christ, et dont, après une prière persévérante, ils seront tout à coup délivrés par l’apparition du Fils de l’homme.
  183. Les Israélites pieux observaient chaque semaine deux jours de jeûne, le lundi et le jeudi, et cette pratique de mortification inspirait un grand orgueil aux Pharisiens.
  184. Qui peut donner au riche l’esprit d’humilité et de détachement.
  185. Ce miracle ne doit pas être confondu avec celui que raconte saint Marc, x, 46 sv., et qui eut lieu le lendemain, lorsque Jésus sortait de Jéricho. Voyez Matth. xx, 34, note.
  186. Nom hébreu qui signifie pur, juste.
  187. Non-seulement par son origine, mais encore par ses sentiments, savoir par la foi et l’amour.
  188. L’Église catholique fait lire cette histoire à la fête de la dédicace des églises, et elle convient fort bien à cette cérémonie ; car quand une église est construite et consacrée au culte divin, Jésus entre avec sa grâce chez les pécheurs. Allioli.
  189. Voyez xvii, 30.
  190. Cette circonstance de la parabole n’a rien d’étrange dans un temps où les Romains distribuaient des royaumes à leur gré.
  191. La mine attique pesait 100 drachmes ; mais la mine hébraïque, selon Josèphe, valait 60 sicles, environ 180 francs.
  192. Le vers. 26 est une réflexion de Notre-Seigneur intercalée dans la parabole. La plupart traduisent : Mais lui : le vous le dis, on donnera, etc.
  193. L’homme de grande naissance est Jésus-Christ ; le royaume est la gloire céleste, dans laquelle Jésus-Christ est entré après sa passion (xxiv, 26) ; les serviteurs sont les chrétiens, qui doivent se préparer au second avénement du Sauveur ; la mine que chacun reçoit, c’est le don de la foi et la régénération dans le baptême ; les citoyens qui ne veulent pas de Jésus-Christ pour roi, ce sont les Juifs, et en général tous les méchants ; le retour du roi arrivera pour toute l’humanité au jugement dernier, et pour chaque homme en particulier à l’heure de la mort. Cette parabole donne une idée complète du royaume de Dieu, en marquant quel sera le sort des bons, des tièdes et, des méchants : les Juifs infidèles sont punis avant tout examen, les Chrétiens qui ont la foi sans les œuvres ne seront pas épargnés.
  194. A Bethphagé.
  195. « Depuis quand Jésus aime-t-il les applaudissements ? Il avait fui dans la solitude les honneurs de la royauté (Jean, vi, 15), et il entend aujourd’hui tout ce peuple qui l’acclame, et les Pharisiens jaloux l’avertissent en vain d'imposer silence à cette multitude échauffée. Que dirons-nous d’un changement si inopiné ? Il accepte aujourd’hui une royauté qu’il avait autrefois refusée. Oh ! n’en cherchez pas d’autre cause : c’est qu’à cette dernière heure qu’il entre dans Jérusalem, il y entre pour y mourir, et mourir, à mon Sauveur, c’est régner. » Bossuet.
  196. Cette célèbre prophétie est comme un résumé fidèle de l’histoire du siége, de la prise et de la ruine de Jérusalem par les Romains, telle que Josèphe la rapporte dans son livre de la Guerre des Juifs. Comp. xxi, 20 sv.
  197. Is. lvi, 7 ; Jérém. vii, 11.
  198. Voyez l’explication de cette parabole. Matth. xxi, 41, note. — Le royaume de Dieu est ôté aux Juifs, et il est donné à un peuple qui en devait porter les fruits… Ne trompons point l’attente du Sauveur, et puisque nous sommes cette nation qu’il a choisie pour porter les fruits de sa parole, fructifions en bonnes œuvres. « Les fruits de l’Esprit sont la charité, la joie, la paix, la patience, la bénignité, la bonté, la douceur, la foi, la modestie, la chasteté, la tempérance (Galat. v, 22). Voilà les fruits qu’il nous faut porter, et non pas les œuvres de la chair qui fructifient à la mort : autrement le royaume de Dieu nous sera ôté comme aux Juifs, et un autre recevra notre couronne. » Bossuet.
  199. Ps. cxvii, 22 ; Is. viii, 14, 15 ; xxviii, 16. : comp. Matth. xxv, 42.
  200. Il s’agit de la résurrection glorieuse, comme en beaucoup d’autres endroits.
  201. Exod. iii, 6.
  202. « Jésus-Christ nous fait voir que si Dieu prend pour son titre éternel le nom de Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, c’est à cause que ces saints hommes sont toujours vivants devant lui. Dieu n’est pas le Dieu des morts, il n’est pas digne de lui, de ne faire, comme les hommes, qu’accompagner ses amis jusqu’au tombeau sans leur laisser au delà aucune espérance ; et ce lui serait une honte de se dire avec tant de force le Dieu d’Abraham, s’il n’avait fondé dans le ciel une cité éternelle, où Abraham et ses enfants pussent vivre heureux. » Bossuet. Comp. Matth. xxii, 32 ; Marc, xii, 27
  203. « Que l’homme est riche ? son argent vaut tout ce qu’il veut : sa volonté y donne le prix. Un liard vaut mieux que les plus riches présents. Manquez-vous d’argent t un verre d’eau froide Vous sera compté. N’avez-vous pas un verre d’eau à donner ? Un désir, un soupir, un mot de douceur, un témoignage de compassion : si tout cela est sincère, il vaut la vie éternelle ! » Bossuet.
  204. Par exemple, des boucliers et des armes, dépouilles arrachées à l’ennemi et suspendues là par reconnaissance, ainsi que des couronnes d’or et d’argent, et d’autres objets de ce genre.
  205. Comp. Matth. xxiv, 4 ; Marc, xiii, 5.
  206. « Ce n’était pas chose aisée à prédire, comme on le pourrait penser d’abord, qu’une telle haine et une telle persécution contre l’Église ; on n’aurait pas pu prévoir que le monde, qui laissait en paix toutes les religions et jusqu’aux sectes les plus impies, ne pourrait souffrir le christianisme. » Bossuet.
  207. Spécialement Daniel, ix, 26-27.
  208. Jusqu’à ce que les Gentils qui doivent se convertir au christianisme aient accompli leur période et soient mûrs pour le jugement ; les Juifs se convertiront alors, puis arrivera le jugement général. Allioli.
  209. Le grec ne détermine pas s’il s’agit de fruit ou de feuilles : aux endroits parallèles de saint Matthieu et de saint Marc, il y a leurs feuilles. Dans la Bible, l’été n’a pas le sens précis d’une des quatre saisons de l’année commençant au 21 juin ; il est simplement opposé à l’hiver, c’est-à-dire à la saison rigoureuse.
  210. L’Église nous fait lire les vers. 25-33 le premier dimanche de l'Avent, qui est un temps de préparation à l’avènement de Jésus-Christ. Saint Bernard nous en indique la raison. On peut distinguer, dit ce saint Docteur, trois avénements de Jésus-Christ : le premier est sa naissance temporelle, dont on célèbre l’anniversaire en la fête de Noël ; le second est son avénement spirituel dans l’âme de chaque fidèle par la grâce et la charité ; le troisième est celui qui aura lieu à la fin des siècles, lorsqu’il viendra juger tous les hommes. L’Église nous rappelle donc ce dernier avénement de Jésus-Christ, plein de terreur et de sévérité, afin que nous tâchions d’en prévenir les rigueurs en profitant des grâces que Jésus nous a apportées par son incarnation, et en le faisant régner dans nos cœurs par une vie sainte et pénitente.
  211. Avec la sécurité d’une conscience pure.
  212. A Béthanie.
  213. Les chefs des prêtres et des lévites préposés à la garde du temple. (Act. v, 24, 26).
  214. Jusqu’à ce que je mange une Pâque meilleure dans le ciel. On sait que le ciel est souvent présenté sous l’image d’un festin.
  215. Selon l’usage observé dans la célébration du festin pascal, avant et pendant la manducation de l’agneau un calice circulait à plusieurs reprises autour de la table. C’est de ce rit qu’il est ici question. Par conséquent, le calice dont il s’agit doit être soigneusement distingué du calice mystérieux de la Nouvelle Alliance (vers. 20). Pour le sens des vers, 16-18, voyez Matth. xxvi, 29, note.
  216. D’autres : Il leur donna de même.
  217. C’est-à-dire est mon sang qui scelle la Nouvelle Alliance.
  218. Par ces paroles : Faites ceci en mémoire de moi, Jésus-Christ institua ses Apôtres et leurs successeurs, prêtres de la nouvelle alliance, et leur donna le pouvoir de faire désormais en son nom ce qu’il venait de faire devant leurs yeux, savoir, de transformer le pain et le vin en sa chair et en son sang, et de les offrir à Dieu le Père pour les péchés du monde, comme une expiation permanente et perpétuelle. Ainsi le banquet eucharistique, où Notre-Seigneur continue au milieu des hommes sa présence corporelle et personnelle, quoique sous le voile mystérieux du sacrement, et se donne tout à la fois comme nourriture et comme victime, sera présenté à chaque génération jusqu’à la fin des siècles ; ainsi l'Homme-Dieu descendra chaque jour sur nos autels, non pour être immolé de nouveau, mais pour offrir à son Père, comme une victime une fois immolée, les mérites de sa mort : c’est ce qui fait que la sainte messe est nommée le sacrifice non sanglant.
  219. La trahison de Judas, dit le père Patrizzi, fut prédite trois fois dans le cénacle : 1° Immédiatement avant la cène (Matth. xxvi, 21-25 ; Marc, xiv, 18-21) ; 2° immédiatement après (Luc, xxii, 21-23) ; 3° après le lavement des pieds (Jean, xiii, 21).
  220. Après le vers. 23 eut lieu le lavement des pieds (Jean, xiii, 2-11) ; puis Notre-Seigneur se remit à table (ibid. 12), et profitant du moment où ses disciples étaient encore confondus de l’humble office qu’il venait de leur rendre, il leur adressa les paroles suiv. Quelques-uns pensent que la contestation dont parle ici saint Luc, avait eu lieu auparavant (Matth. xx, 21-24).
  221. Évergètes en grec, par exemple Ptolémée Évergète, roi d'Égypte.
  222. Le Seigneur promet ici au chef suprême de l'Église et à tous ses légitimes successeurs que la vraie foi ne cessera jamais chez eux, c'est-à-dire que jamais publiquement et à la face de l'Église ils n'enseigneront ou n'approuveront l'erreur : l'histoire atteste que depuis dix-huit siècles cette promesse a eu son accomplissement.
  223. Ces paroles ne devaient pas être prises à la lettre comme le firent les Apôtres (vers. 38). Ce sont des images sons lesquelles Notre-Seigneur décrit et annonce les persécutions qui bientôt fondront sur ses disciples ; d’ordinaire, en effet, ceux qu’on poursuit prennent avec eux des provisions pour se nourrir, et des armes pour se défendre.
  224. Is. liii, 12.
  225. Les vers. 43-44 manquent dans quelques manuscrits anciens, mais toutes les versions anciennes les donnent et ils sont allégués par les plus anciens Pères dont on ait des citations de l’Évangile, saint Justin martyr et saint Irénée, l’un du commencement, l’autre de la fin du iie siècle. Il n’y aurait donc pour repousser ce passage que des raisons de sentiment. Bossuet en a fait justice quand il a dit : « Ceux qui ont osé retrancher de l’Évangile de saint Luc l’ange que Dieu envoya à Jésus-Christ pour le fortifier, n’ont pas compris ce mystère, et que Dieu, en retirant dans le plus intime toute la force de l’âme et lui envoyant son saint ange pour le consoler dans ses détresses, n’a pas prétendu par là déroger à sa dignité, mais seulement lui faire éprouver qu’il était homme, abaissé par sa nature humaine un peu au-dessous de l’ange (Ps. xxi), et expiant le désordre de nos passions, loin de le prendre lorsqu’il en a voulu souffrir le tourment. » Wallon. — A la distance d’un jet de pierre du rocher dont nous avons parlé Matth. xxvi, 36, se trouve encore aujourd'hui une grotte assez spacieuse, appelée Grotte de l’Agonie.
  226. Pierre frappa Malchus.
  227. Le moment fixé par mon Père est venu, et le pouvoir a été donné aux puissances de l’enfer de me crucifier par vos mains. Allioli.
  228. L’escalier que Jean monta pour entrer au prétoire est connu sous le nom de Scala sancta ; il est maintenant à Rome, près de la basilique de Saint-Jean de Latran. Notre-Seigneur l’a monté trois fois pendant sa passion : cette première fois pour son interrogatoire, la deuxième en revenant de chez Hérode, et la troisième après sa flagellation. Cet escalier, arrosé du sang de Jésus-Christ, a vingt-huit marches. Il fut transporté à Rome par ordre de Constantin.
  229. C’était précisément le contraire qui était vrai (xx, 25).
  230. Il aurait souhaité, dit Bossuet, qu’un Dieu employât sa toute-puissance pour le divertir. Parce que le Sauveur ne voulut pas lui faire un jeu des ouvrages de sa puissante main, il le méprisa, et le renvoya comme un fou avec un habit blanc dont il le revêtit.
  231. Sa garde du corps, ses courtisans.
  232. On n’est pas d’accord sur la signification symbolique qu’Hérode et ses courtisans attachèrent à la robe blanche dont ils revêtirent par mépris le Sauveur. Elle signifiait, selon les uns : C’est un fou ; selon les autres : C’est un innocent, un simple d’esprit, un homme sans valeur et sans portée ; selon Kuinœl : C’est un candidat, un aspirant aux honneurs de la royauté et de la divinité ; on sait qu’à Rome les candidats se présentaient aux suffrages du peuple revêtus d’une robe blanche. D’autres enfin, avec Meyer, attachant moins d’importance à l’idée précise de blancheur, traduisent, une robe éclatante, et voient dans cette scène un jeu à peu près semblable à celui des soldats qui couronnèrent Jésus d’épines, et couvrirent ses épaules d’une casaque rouge.
  233. Flageller.
  234. Une tradition très-ancienne rapporte qu’une de ces femmes, nommée Bérénice ou Véronique (c’est le même nom), s’avança jusqu’à Jésus, et lui essuya avec un mouchoir son visage ruisselant de sueur, de sorte que l’empreinte de la face adorable y resta imprimée en traits sanglants.
  235. Le siége et la prise de Jérusalem par Titus.
  236. « Non content de pardonner à ses ennemis, sa divine bonté les excuse ; il plaint leur ignorance plus qu’il ne blâme leur malice, et, ne pouvant excuser la malice même, il offre pour l’expier la mort qu’ils lui font souffrir, et les rachète du sang qu’ils répandent, dit saint Augustin. » Bossuet.
  237. Voy. Jean, xix, 20.
  238. Dans le sein d’Abraham, dans les limbes, où les justes de l’Ancienne Loi attendaient la venue du Sauveur. Ce séjour où Notre-Seigneur descendit pour annoncer à ces âmes leur délivrance, devint ce jour-là un lieu de délices, un paradis. Mais le ciel ne fut véritablement ouvert que le jour de l’Ascension, alors que Jésus y entra en triomphe, escorté de toutes ces âmes justes. La tradition nous apprend que le bon larron s’appelait Dismas. « Que Dieu pardonne aisément à ceux qui souffrent avec lui !… Vous qui n’avez que Dieu pour témoin, vous qui êtes à la croix avec Jésus-Christ, non comme le voleur qui blasphème, mais comme le pénitent qui se convertit, prenez garde seulement, n’irritez pas Dieu par vos murmures, n’aigrissez pas vos maux par l’impatience. Vous serez aujourd’hui avec moi en Paradis. Aujourd’hui : quelle promptitude ! Avec moi : quelle compagnie ! Dans le paradis : quel repos ! » Bossuet.
  239. « Le Saint des Saints, où était l’arche, le trône de Dieu, lieu inaccessible à tout autre qu’au grand-prêtre, qui encore n’y pouvait entrer qu’une fois l’an, était la figure du ciel, où personne ne pouvait entrer, jusqu’à ce que le grand-prêtre véritable, Jésus-Christ, en eût ouvert l’entrée. Le voile qui protégeait le Saint des Saints même aux regards, fut déchiré et mis en deux parts lorsque Jésus expira ; la terre, dit saint Matthieu, trembla en même temps, les tombeaux s’ouvrirent et les morts ressuscitèrent, en témoignage que par la mort de Jésus le sanctuaire du ciel était ouvert ; les morts recevaient la vie, l’interdit était levé, tout était changé pour les hommes. » Bossuet.
  240. D’après l’opinion la plus probable, Arimathie serait la même ville que l’ancienne Ramathaim-Sophim, patrie de Samuel, dans la tribu d’Éphraïm, près de Lydda (plus tard Diospolis), et que la Ramleh actuelle, ville de trois mille âmes, située dans la plaine de Saron, à huit heures de marche de Jérusalem. Saint Luc l’appelle ville de Judée, peut-être parce qu’elle appartenait autrefois au territoire samaritain, conquis par les Juifs sous Jonathas Machabée.
  241. Pour embaumer le corps de Jésus.
  242. Voici, pour les visites des saintes femmes au sépulcre, la suite des faits :
    1° Marie-Madeleine, Marie, mère de Joseph, et d’autres, sont présentes au sépulcre pendant que Joseph d’Arimathie ensevelit Notre-Seigneur (Matth. xxviii, 61 ; Marc, xv, 47 ; Luc, xxiii, 54, 33) ; c’était le vendredi soir, un peu avant le coucher du soleil. En revenant chez elles, elles achètent des aromates et passent le samedi (sabbat) sans sortir de leur maison.
    2° Le samedi soir, après le coucher du soleil, le sabbat étant passé, elles complètent leur provision d’aromates (Marc, xvi, 1).
    3° Jésus ressuscite le dimanche matin avant le jour (Matth. xxviii, 2-4).
    4° Premières femmes au sépulcre, avant le jour (Matth. xxviii, 1 ; Luc, xxiv, 1 sv. ; Jean, xx, 1 sv.) ; elles aperçoivent la pierre renversée : Marie Madeleine court porter cette nouvelle à Pierre et à Jean (Jean, xx, 2 sv.).
    5° Les autres femmes restèrent au sépulcre, et alors se passe la scène racontée par saint Luc, xxiv, 3-8.
    6° Les mêmes femmes reviennent à la ville, et annoncent la chose aux Apôtres et aux disciples, à mesure qu’elles peuvent les trouver.
    7° Pierre et Jean, déjà avertis par Madeleine, entendent leur témoignage et vont au sépulcre (Luc, xxiv, 12 sv. ; Jean, xx, 3 sv.). où ils entrent et restent quelque temps.
    8° Pendant ce temps, Jésus apparaissant pour la première fois, se montre à Madeleine, qui était revenue au sépulcre à la suite de Pierre et de Jean (Marc, xvi, 9-10 ; Jean, xx, 11-18).
    9° D’autres saintes femmes vont au sépulcre après le lever du soleil, et Jésus leur apparaît (Matth. xxviii, 5-9 ; Marc, xvi, 2-8). Pour la suite des apparitions de Notre-Seigneur après sa résurrection, voy. la note du vers. 34.
  243. Ces deux disciples s’en retournaient chez eux après la fête de Pâque. Emmaüs, l'anc. Amosa du livre de Josué (xviii, 26), auj. El Kobeibéh, d’après la tradition commune, mais plus probablement Kolounièh (c.-à-d. Colonie : comp. Josèph. Bell. Jud. VII, vi, 6), d’après Sepp (Jérusalem et Terre sainte, 1er livr.), était situé à 10 kil. de Jérusalem.
  244. De la domination étrangère, et rétablir le royaume de Juda.
  245. Les anciens Pères et la plupart des interprètes pensent que Jésus, en ce moment, donna son corps adorable à ces deux disciples. L’expression fraction du pain, qui se trouve au vers. 35, désignait chez les premiers fidèles le pain eucharistique (Act. ii, 42).
  246. A Simon Pierre, I Cor. xv, 5). Le pére Patrizzi compte neuf apparitions de Notre-Seigneur après sa résurrection mentionnées dans l’Évangile : 1° A Madeleine (Marc, xvi, 9, 10 ; Jean, xx, 11-18) ; 2° aux saintes femmes (Matth. xxviii, 5-9 ; Marc, xv, 2-8) ; 3° aux disciples d’Emmaüs (Marc, xvi, 12 ; Luc, xxiv, 13-41) ; 4° à Simon Pierre (Luc, xxiv, 35) ; 5° à dix Apôtres (Luc, xxi, 36-41 ; Jean, xx, 19-23) ; 6° aux onze Apôtres (Jean, xx, 24-29) ; 7° aux Apôtres en Galilée, près du lac de Tibériade (Jean, xxi, 1-24) ; 8° aux Apôtres en Galilée, où il leur donne leur mission pour la première fois (Matth. xxviii, 16-20) ; 9° aux Apôtres à Jérusalem, où il leur donne leur mission pour la seconde fois, et monte au ciel (Marc, xvi, 14-20 ; Luc, xxiv, 44-53). — Saint Paul ajoute que Notre-Seigneur apparut en outre à plus de cinq cents frères ensemble, dont plusieurs vivent encore, et quelques-uns sont endormis (morts). I Cor. xv, 6).
  247. En grec : Et en ayant pris, il en mangea devant eux.
  248. L’Esprit-Saint : comp. Jean, xiv, 16-26.
  249. C’est-à-dire du Saint-Esprit.
  250. Le mot amen manque dans beaucoup de manuscrits.