Les Quatre Évangiles (Crampon 1864)/Luc/03

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Traduction par Augustin Crampon.
Tolra et Haton (p. 269-273).
◄  Ch. 2
Ch. 4  ►
saint Luc


CHAPITRE III


PRÉDICATION DE SAINT JEAN (Matth. iii, 1 sv. Marc, i, 1 sv. Jean, i, 23) — BAPTÈME DE JÉSUS (ibid.), SA GÉNÉALOGIE. (Matth. i, 1 sv.)


L’an quinzième du règne de Tibère César[1], Ponce Pilate étant procurateur de la Judée ; Hérode, tétrarque de Galilée ; Philippe, son frère, tétrarque d’Iturôe et du pays de Trachonitide, et Lysanias, tétrarque d’Abilène ; sous les grands-prêtres Anne et Caïphe, la parole du Seigneur se fit entendre à Jean, fils de Zacharie, dans le désert. Et il vint dans toute la contrée du Jourdain, prêchant le baptême de pénitence pour la rémission des péchés[2], ainsi qu’il est écrit au livre des oracles du prophète Isaïe : « Une voix a retenti au désert : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez ses sentiers. Toute vallée sera comblée, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les chemins tortueux deviendront droits, et les raboteux, unis. Et toute chair verra le salut de Dieu[3]. »

7 Il disait à ceux qui accouraient en foule pour être baptisés par lui : Race de vipères, qui vous a montré à fuir devant la colère qui vient ? Faites donc de dignes fruits de pénitence, et ne vous mettez pas à dire : Abraham est notre père ; car je vous dis que de ces pierres mêmes Dieu peut susciter des enfants à Abraham. Déjà la cognée est à la racine de l’arbre. Tout arbre donc qui ne porte pas de bon fruit sera coupé et jeté au feu[4]. Et le peuple lui demandait : Que ferons-nous donc ? Il leur répondit : Que celui qui a deux tuniques en donne une à celui qui n’en a point, et que celui qui a de quoi manger fasse de même. Il vint aussi des publicains pour être baptisés, et ils lui dirent : Maître, que ferons-nous ? Il leur dit : N’exigez rien au-delà de ce que prescrit la loi. Et des soldats aussi vinrent l’interroger, disant : Et nous, que ferons-nous ? Il leur répondit : Abstenez-vous de toute violence et de toute fraude, et contentez-vous de votre paye[5].

15 Or, comme le peuple flottait dans ses pensées, et que tous se demandaient dans leurs cœurs, à l’égard de Jean, s’il ne serait pas le Christ, Jean leur dit à tous : Moi, je vous baptise dans l’eau ; mais un autre va venir, plus puissant que moi, et dont je ne suis pas digne de délier la courroie de la chaussure ; lui, il vous baptisera dans l’Esprit-Saint et le feu[6]. Sa main tient le van, et il nettoiera son aire, et il amassera le froment dans son grenier, et il brûlera la paille dans un feu qui ne s’éteint point.

18 C’est par ces discours, et beaucoup d’autres semblables, qu’il annonçait au peuple la bonne nouvelle. Mais Hérode le tétrarque ayant été repris par lui au sujet d’Hérodiade, femme de son frère, et de tout le mal qu’il avait fait, il ajouta ce crime à tous les autres, et fit mettre Jean en prison[7].

21 Or, dans le temps que tout le peuple venait recevoir le baptême, Jésus ayant aussi été baptisé[8] et priant, le ciel s’ouvrit, et l’Esprit-Saint descendit sur lui sous une forme corporelle, comme une colombe, et du ciel une voix se fit entendre : Vous êtes mon Fils bien-aimé ; en vous j’ai mis mes complaisances[9].

23 Or Jésus avait environ trente ans lorsqu’il commença son ministère, étant, comme l’on croyait, fils de Joseph, qui le fut d’Héli[10], qui le fut de Mathat, qui le fut de Lévi, qui le fut de Melchi, qui le fut de Janné, qui le fut de Joseph, qui le fut de Mathathias, qui le fut d’Amos, qui le fut de Nahum, qui le fut d’Hesli, qui le fut de Naggé, qui le fut de Mathat, qui le fut de Mathathias, qui le fut de Séméï, qui le fut de Joseph, qui le fut de Juda, qui le fut de Joanna, qui le fut de Résa, qui le fut de Zorobabel, qui le fut de Salathiel, qui le fut de Néri, qui le fut de Melchi, qui le fut d’Addi, qui le fut de Cosan, qui le fut d’Elmadan, qui le fut de Her, qui le fut de Jésus, qui le fut d’Éliézer, qui le fut de Jorim, qui le fut de Mathat, qui le fut de Lévi, qui le fut de Siméon, qui le fut de Juda, qui le fut de Joseph, qui le fut de Jona, qui le fut d’Eliakim, qui le fut de Méléa, qui le fut de Menna, qui le fut de Mathatha, qui le fut de Nathan, qui le fut de David, qui le fut de Jessé, qui le fut d’Obed, qui le fut de Booz, qui le fut de Salmon, qui le fut de Naasson, qui le fut d’Aminadab, qui le fut d’Aram, qui le fut d’Esron, qui le fut de Pharès, qui le fut de Judas, qui le fut de Jacob, qui le fut d’Isaac, qui le fut d’Abraham, qui le fut de Tharé, qui le fut de Nachor, qui le fut de Sarug, qui le fut de Ragau, qui le fut de Phaleg, qui le fut d’Héber, qui le fut de Salé, qui le fut de Cainan, qui le fut d’Arphaxad, qui le fut de Sem, qui le fut de Noé, qui le fut de Lamech, qui le fut de Mathusalé, qui le fut d’Hénoch, qui le fut de Jared, qui le fut de Malaléel, qui le fut de Caïnan, qui le fut d’Hénos, qui le fut de Seth, qui le fut d’Adam, qui le fut de Dieu.

  1. Voy., pour cette date, notre Harmonie chronologique, et pour tous ces noms, notre Vocabulaire.
  2. Voyez Baptême de saint Jean dans le Vocabulaire.
  3. « Ce sont les paroles d’Isaïe (xl, 4), rapportées par saint Luc.C’est-à-dire qu’il faut que le cœur souffre par la violence, si sa pénitence est sincère : car on n’est pas sans violence sous la bêche et sous le hoyau ; il faut que le bois qu’on veut aplanir, gémisse longtemps sous le rabot : on ne réduit pas sans travail les passions qu’on veut abattre, les habitudes qu’on veut corriger ; il vous faut pour vous redresser, non-seulement une main ferme, mais encore rude d’abord : à mesure qu’elle avancera son ouvrage, son effort deviendra plus doux ; et à la fin tout étant aplani, le rabot coulera comme de lui-même, et n’aura plus qu’à ôter de légères inégalités, que vous-même vous serez ravi de voir disparaître, afin de demeurer tout uni sous la main de Dieu, et d’occuper la place qu’il vous donne dans son édifice. Les grands combats sont au commencement ; la douce inspiration de la charité vous aplanira toutes choses, et c’est alors que vous verrez le salut donné de Dieu. » Bossuet.
  4. O pécheur, ne trembles-tu pas sous cette main terrible de Dieu, qui non-seulement est levée, mais déjà appesantie sur ta tête ? La cognée est déjà mise à la racine de l’arbre. Elle ne s’approche pas pour ébranler l’arbre, ou pour en faire tomber les fruits ni les feuilles ; plaisirs, richesses, les biens de la fortune, biens externes qui ne tiennent pas à notre personne : il ne faut pas un si grand effort, il ne faut pas toucher la racine, il ne faut que secouer l’arbre. Elle n’en veut pas même aux branches, à la santé, à la vie du corps : elle le fait quelquefois, mais ce n’est pas là maintenant où elle touche : elle est à la racine. Il n’y a plus rien entre deux, et après ce dernier coup, qui nous menace à toute heure, il n’y a plus que le feu pour nous, et encore un feu éternel. » Bossuet.
  5. « La colère de Dieu est pressante et redoutable ; mais consolez-vous, puisque vous avez dans l’aumône un moyen de l’éviter. Partagez vos biens avec les pauvres. Il ne nous dit pas de tout quitter ; c’est bien là un conseil pour quelques-uns, mais pas un commandement pour tous. Il ne vous accable donc pas d’excessives rigueurs. Et que dit-il aux publicains, ces gens de tout temps si odieux, les oblige-t-il à tout quitter ? Non, pourvu qu’ils ne fassent rien au-delà des ordres qu’ils ont reçus. Car la puissance publique peut imposer des tributs pour le soutien de l’État. Il ne dit non plus aux gens de guerre : Quittez l’épée, renoncez à vos emplois ; mais : Ne faites point de concussion ; contentez-vous de votre solde. Le prince rendra compte à Dieu, et des tributs qu’il impose, et des guerres qu’il entreprend ; mais ses ministres, qui, sans inspirer de mauvais conseils, ne font qu’exécuter les ordres publics, sont à couvert aux yeux de Dieu par l’autorité de Jean. Jésus viendra donner les conseils de perfection : Jean s’attache aux préceptes, et sans prêcher aucun excès, il console tout le monde en ouvrant la porte du ciel aux emplois non-seulement les plus dangereux, mais encore les plus odieux, s’ils sont nécessaires, pourvu qu’on s’y renferme dans les règles. » Bossuet.
  6. « Dans une si haute réputation, et d’autant plus glorieuse qu’elle était moins recherchée, Jean-Baptiste demeure toujours humble, toujours modeste. Il n’est rien de ce qu’on pense ; il n’est point Élie, il n’est point prophète, et bien loin d’être le Messie, il n’est pas digne, dit-il, de lui délier ses souliers ; car il se sert même de cette expression basse, afin de s’avilir tout à fait, et cette main vénérable de laquelle le Fils de Dieu a voulu être baptisé, cette main qu’il a élevée, dit saint Chrysostome, jusqu’au haut de sa tête, n’ose pas même toucher à ses pieds. » Bossuet.
  7. Matth. xiv, 4.
  8. « Le baptême a reçu la vertu de conférer la grâce à l’instant où Jésus-Christ fut baptisé. C’est donc vraiment alors qu’il fut institué comme sacrement. La nécessité de le recevoir ne fut cependant imposée aux hommes qu’après la passion et la résurrection du Sauveur. » Saint Thomas.
  9. La distinction des trois personnes divines est clairement marquée dans ce récit. De là cette réponse des anciens Pères aux hérétiques anti-trinitaires. « Va au Jourdain, et apprends la Trinité ».
  10. Reithmayr et d’autres pensent que saint Luc énumère ici les ancêtres dont Jésus était réellement le fils du côté de sa mère, depuis Héli jusqu’à Adam selon la chair, jusqu’à Dieu suivant sa nature divine. D’après cette opinion, le sens serait que Jésus était fils, non de Joseph, comme on le pensait, mais de Héli (Eliachim ou Joachim) père de la sainte Vierge, lequel descendait de David par la ligne latérale de Nathan. Voy. Généalogie dans le Vocabulaire.