Les Règles de la composition typographique/Césure

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DIVISION D’UN MOT À LA FIN D’UNE LIGNE


Les mots doivent être divisés par syllabes, comme dans l’épellation.

En conséquence de cette règle, on ne divisera jamais entre une consonne et une voyelle. Les divisions suivantes sont donc fautives :

am-oureux. — cam-arade.

L’usage permet de diviser entre deux mêmes consonnes :

mil-lionnaire. — pil-lard. — in-nocent.

Théotiste Lefevre dit que, lorsque dans un mot la lettre s est suivie d’une autre consonne, on peut diviser à volonté avant ou après l’s, selon les besoins de l’espacement :

ob-scurité ou obs-curité.

On ne sépare deux voyelles que dans les mots composés. On divisera :

extra-ordinaire.

On ne divisera donc pas :

ami-able. — Mo-abite. — mo-yen.

Il est d’usage d’éviter la division entre une voyelle et la consonne x. On ne divisera donc pas :

Ma-ximilien. — soi-xante. — Me-xique.

On ne divisera pas en laissant une syllabe d’une lettre à la fin d’une ligne :

é-légant.

Mais une syllabe de deux lettres pourra être laissée à la fin d’une ligne, surtout si la justification est courte :

ce-pendant. — in-décis.

Une syllabe de deux lettres ne pourra être reportée au commencement d’une ligne :

élégan-ce. — adversi-té.

Une syllabe de trois lettres, muette ou non, pourra être reportée au commencement d’une ligne, surtout si la justification est courte :

élégan-ces. — il mar-que. — abri-cot.

Dans les mots composés, l’apostrophe suivie d’une consonne peut se séparer ainsi :

grand’-mère. — grand’-route.

On doit éviter de terminer un alinéa en rejetant à la dernière ligne une seule syllabe (ligne à voleur).

On devra éviter le trop grand nombre de divisions successives.

Trois divisions successives sont tolérées.

Un remaniement peu important suffira généralement à éviter une trop longue suite de divisions.

Les verbes conjugués interrogativement se divisent devant le t euphonique :

Viendra- | t-il ?

On devra éviter de diviser un mot abrégé.

De la division selon l’étymologie. — Dans le français, l’étymologie ne peut régler la coupure des mots. Les mots latins ayant servi à former des mots français se trouvent défigurés après leur passage dans notre langue et il serait puéril, sinon impossible, de chercher à les signaler dans la coupure des mots.

La coupure soi-disant étymologique, préconisée par quelques correcteurs, n’est vraiment heureuse que lorsqu’elle est d’accord avec l’épellation, comme dans :

trans-porter. — trans-poser ;
elle est mauvaise dans :
trans-ition. — trans-iger ;
aussi elle a peu de défenseurs aujourd’hui et les imprimeurs ont conservé la division selon l’épellation.

Une remarque. — La coupure des mots selon l’usage, lorsqu’elle a lieu entre les doubles lettres, n’est pas toujours tout à fait conforme à l’épellation.

Ainsi, dans les mots :

connaître. — innocent,
qui se divisent selon l’usage :
con-naître. — in-nocent,
l’épellation est :
co-nnaître. — i-nnocent.
n ; n

Dans les mots :

million. — milliard. — pillard. — pouilleux,
l’épellation est :
mi-llion. — mi-lliard. — pi-llard. — pou-illeux.
l l y y

On se conforme, dans ce cas, à une convention admise.

Division entre deux voyelles. — La règle qui défend de diviser entre deux voyelles semble un peu absolue.

On devrait pouvoir, comme dans les autres langues, diviser entre deux voyelles toutes les fois qu’elles ne forment pas diphtongue.

On devrait pouvoir diviser :

Mo-abite,
et non pas :
sa-uvage ;
mais on a renoncé à ce système, sans doute à cause des nombreuses difficultés qu’il présenterait dans la langue française et des nombreuses corrections qu’entraîneraient les erreurs où l’on tomberait fatalement.

Division avant la lettre x. — On lit dans le Manuel de Frey : « La consonne x entre deux voyelles y joue alternativement le triple rôle, soit de cs (taxer) ; soit de gz (exiger), soit enfin de ss (soixante), conséquemment, son rôle et sa figure s’opposent concurremment à la division des syllabes qu’il joint ainsi. »

Cette règle est généralement suivie.

Nous avouons que les raisons données nous semblent un peu spécieuses.

Est-ce que la lettre t et la lettre s n’ont pas plusieurs prononciations ? En divise-t-on moins avant ?

Nous por-tions des por-tions.
Je pen-sais qu’il se gri-sait.

Nous ne comprenons l’exception que lorsqu’un e muet précède l’x, car cet e se trouve alors modifié dans sa prononciation.

Nous ne diviserions donc pas :

Me-xique. — le-xique.
Mais nous ne voyons pas pourquoi on ne diviserait pas :
soi-xante. — ta-xer.

Une seule crainte nous ferait renoncer à soutenir notre système : c’est que, une fois la nouvelle règle admise, on en vînt insensiblement à oublier l’exception, ce qui serait fâcheux.

Division avant une syllabe muette. — Quelques Manuels disent qu’il ne faut pas reporter à la ligne suivante une syllabe muette, quel que soit son nombre de lettres.

Ainsi ces divisions seraient mauvaises, d’après eux :

Ils mar-quent. — les hom-mes.

Nous rejetons absolument cette règle ; car, pour la suivre, on serait obligé très souvent de tomber dans un espacement trop large ou trop serré, et, pour éviter une imperfection peu sensible, on tomberait dans une grande faute.

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