Les Règles de la composition typographique/Ponctuation

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PONCTUATION


Nous renvoyons aux grammaires pour les règles de la ponctuation.

Nous ferons seulement remarquer une faute fréquente dans laquelle tombent presque tous les auteurs et typographes et qui entraîne pour ces derniers des corrections onéreuses :

1oLorsque dans une phrase il se trouve une incidente, ou tout mot ou groupe de mots qui peut se retrancher sans nuire à la construction grammaticale de la phrase, cette incidente, ce mot ou ce groupe de mots se place entre deux virgules :

Je crains Dieu, cher Abner, et n’ai point d’autre crainte.
Les passions, qui sont les maladies de l’âme, ne viennent que de notre révolte contre la raison.

2oLorsque dans une phrase un complément est déplacé, par inversion, de son ordre naturel, il ne prend aucune virgule, ni avant ni après, s’il est très court et s’il ne peut donner lieu à confusion :

Le chêne un jour dit au roseau :

S’il est un peu long, ou s’il peut donner lieu à confusion, on le met entre deux virgules :

La versification des Grecs et des Latins, par un ordre réglé de syllabes brèves et longues, donnait à la mémoire une prise suffisante.

Presque toujours, dans ces cas, les auteurs et les compositeurs ponctuent irrégulièrement (soit qu’ils mettent une virgule quand il n’en faut aucune, soit qu’ils en mettent une quand il en faut deux). Ce sont là de grosses fautes que le correcteur ne peut se dispenser de marquer sur les épreuves.

Nous dirons encore que le compositeur et le correcteur doivent être très prudents en corrigeant la ponctuation de l’auteur.

Des virgules ajoutées dans une phrase obscure ont souvent pour effet de lui donner un sens contraire à la pensée de l’auteur.

Nous ajouterons que le grand nombre de virgules détruit l’unité et est un défaut.

Nous renvoyons, comme modèles de ponctuation, à l’édition des classiques Didot.

De la virgule. — Rien n’alourdit autant la phrase qu’un trop grand nombre de virgules.

Nous ne comprenons pas les correcteurs (désespoir du compositeur) qui pensent donner de la clarté à la pensée en la divisant.

Ils me font l’effet d’un statuaire qui, exposant une œuvre, dirait à ses visiteurs : « Attendez ! il ne faut pas la voir d’un seul coup : vous la verriez mal », et qui, au lieu d’enlever brusquement le voile qui couvre sa statue, découvrirait doucement la tête, puis les bras, etc. Tout le charme en serait perdu.

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