50%.png

Les Sources du Nil /3

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

LES SOURCES DU NIL

(Suite et fin. — Voy. p. 88 et p. 103.)

Passant sous silence un certain nombre d’expéditions, sur lesquels les renseignements ne sont pas encore complets, nous parlerons du plus grand des voyageurs en Afrique, de Livingstone, à qui semble réservée la gloire d’expliquer le singulier régime hydrographique au milieu duquel se trouvent les sources du Nil. Sa longue pratique de l’Afrique, sa connaissance des langues de l’intérieur, son habitude des observations astronomiques en ont fait le plus habile et le plus ardent des explorateurs. D’abord missionnaire dans les contrées qui s’étendent entre la colonie du Cap et le Zambèse, il entreprit de 1833 à 1836 sa première expédition et traversa le premier l’Afrique, de la côte de Mozambique au Congo. Sa seconde course, pendant laquelle il reconnut le Zambèse inférieur et découvrit le Nyassa des Maravis, embrasse les années 1858 à 1861. Enfin depuis 1863 il s’est enfoncé dans l’intérieur du continent. Il se proposait cette fois la reconnaissance du pays entre le Nyassa des Maravis et le Tanganyika ; il voulait achever l’exploration de ce dernier lac, visiter enfin les contrées qui le bordent à l’ouest, ainsi que toute la région du nord jusqu’à l’équateur, et relier ainsi les explorations méridionales à celles qui ont été faites par la vallée du Nil. Après avoir essayé sans succès de remonter la Rovouma, Livingstone gagna les montagnes qui bordent, à l’est, le lac Maravi, dont il contourna l’extrémité méridionale. Mais, sur la rive opposée, une partie de son escorte effrayée l’abandonna et fit courir à Zanzibar le bruit de sa mort. Le voyageur continua cependant sa route et donna de ses nouvelles le 5 février 1867. On n’en eut plus que l’année suivante ; elles étaient datées de la ville de Cazembé ou plutôt de Loanda, le 14 décembre 1867. Nous allons résumer rapidement les renseignements très-importants et tout nouveaux qu’elles contenaient. Au nord du lac Maravi, court une vallée formée, au nord, par les collines d’Usango, au sud, par les monts de Koné. Dans cette vallée, qui s’ouvre de l’est à l’ouest, puis du sud au nord, coule le Tchambezé, longtemps confondu avec le Zambèse, dont il est cependant séparé par la chaîne du Koné. Ce cours d’eau se déverse dans un premier lac, le Bangouélo, en sort sous le nom de Louapoula, se perd dans un second lac, moins grand que le premier, le Moéro. En sortant de ce lac, la rivière, sous le nom de Loualaba, fait un coude énorme dans l’ouest après avoir formé un dernier lac, l’Ouleughé, qui porte ses eaux au Loufira, grande rivière qui coule à l’ouest des lacs et se dirige au nord. Qu’est ce que le Loufira ? où va-t-il après avoir reçu les eaux de la chaîne des lacs qui commencent au Bangouélo ? Telle est la question qui divise les géographes ; les uns, et Livingstone le premier, veulent y voir la tête du Nil ; les autres, comme M. Behm, de Gotha, veulent en faire la tête du Zaïre, enfin certains autres le rattachent au Zambèse. Le peu de place dont nous disposons nous empêche d’entrer dans la discussion de ces différentes hypothèses, et nous nous bornons à exposer l’état de la question ; mais nous pouvons dire cependant, que la découverte par le docteur Schweinfurth d’un cours d’eau, coulant de l’est à l’ouest et barrant le chemin au Loufira, semble enlever toute vraisemblance à la supposition de Livingstone.

LaNature1874-120-MaisonLivingstone.png
La maison de Livingstone à Udjidji.

Nous avons reçu, depuis cette époque, d’autres nouvelles de Livingstone qui n’ont pas ajouté de nouveaux détails à ceux déjà connus ; puis, pendant quatre ans, le silence se fait sur le voyageur. L’Angleterre émue organisa à grands frais une expédition qui, par des causes qu’il nous est difficile d’apprécier, échoua dès son début Fort heureusement un reporter américain, M. Stanley, avait, dans le courant de 1871, pénétré jusqu’à Udjidji, vu Livingstone et rapportait des nouvelles rassurantes et des lettres du grand voyageur. Le résultat le plus important du voyage de M. Stanley fut son exploration, avec Livingstone, du lac Tanganyika, dans toute sa partie septentrionale. Il constata que le Rouzisi, loin de sortir du lac, comme on le prétendait, s’y jetait au contraire, ce qui ne serait pas d’accord avec cette affirmation de Baker, que le Tanganyikaest une extension de l’Albert Nyanza. On sait par quels miracles de ténacité, de patience M. Stanley a retrouvé le célèbre voyageur anglais. La librairie Hachette vient de publier les impressions de voyage de M. Stanley[1] ; nos gravures sont extraites de ce bel ouvrage ; l’une d’elles représente l’habitation de Livingstone à Oujiji ; l’autre nous montre l’auteur, apercevant du haut d’un rocher le lac Tanganyika, tant désiré, et poussant avec enthousiasme le hourrah britannique.

LaNature1874-121-StanleyTanganika.png
Voyage de M. Stanley à la recherche de Livingstone. — L’explorateur apercevant le Tanganyika.

Depuis cette époque, l’Angleterre a envoyé en Afrique deux nouvelles expéditions : l’une, sous les ordres du lieutenant Cameron, a échoué, à peine était-elle débarquée à Bagamoyo, en face de Zanzibar ; l’autre, sous les ordres des frères Grandy, a débarqué à Saint-Paul-de-Loanda et s’est avancée dans l’intérieur ; elle compte remonter le Zaïre et arriver, par cette voie, jusqu’à Livingstone. Enfin, l’Allemagne avait également organisé une expédition qui a échoué avant d’avoir même touché les colonies portugaises de la côte occidentale d’Afrique. Nous ne pouvons donc point tarder, grâce aux expéditions déjà parties ou prêtes à s’engager dans l’Afrique centrale, à être fixés sur une des questions les plus importantes de la géographie physique.

Gabriel Marcel.

  1. Comment j’ai retrouvé Livingstone. 1 vol. in-8°, illustré. L. Hachette et Cie, 1874.