Les Sources du Nil /2

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
(1/3)

(2/3)

(3/3)

LES SOURCES DU NIL

(Suite. — Voy. p. 88.)

Avant de suivre sir S. Baker lancé à la découverte du lac Mwoutan-Nzighé, il est bon de dire quelques mots des expéditions qui se sont avancées par la voie du Nil assez loin vers l’équateur. En 1856, c’était M. Brun-Rollet ; en 1856 et 1857, Bolognesi, en 1860 et 1861, le marquis Antinori, avec Andréa Debono, puis deux négociants français, les frères Poncet ; mais pour la plupart de ces explorateurs, les recherches scientifiques n’étaient que l’accessoire, et il ne faut pas accorder une entière confiance à leurs récits. Il n’en est pas de même pour deux expéditions entreprises par des hommes sérieux et instruits, expéditions qui promettaient les plus beaux résultats. M. G. Lejean fut arrêté, en 1861, par les difficultés matérielles aussi bien que par la maladie, et son exploration ne servit qu’à nous faire mieux connaître les mœurs, les coutumes et la géographie de pays bien souvent parcourus avant lui. La seconde expédition fut décidée par l’annonce de la découverte des lacs Tanganyika et Victoria-Nyanza. Le docteur Peney, établi depuis longues années en Nubie, remonta le Nil jusqu’à Gondo-Koro. Puis, en attendant que le niveau des eaux lui permît de s’élever plus au sud, il fit un certain nombre de courses par terre et réunit des informations intéressantes et curieuses sur les populations voisines. Il allait reprendre le cours de son voyage, lorsqu’il fut enlevé par les fièvres.

Nous avons vu que sir S. Baker avait reçu de Speke et de Grant des cartes et des instructions ; son plan fut bientôt arrêté : suivre le Nil jusqu’à sa sortie du Mwoutan-Nzighé, explorer ce nouveau lac, et s’assurer, si comme les naturels l’avaient affirmé à Speke, il communique bien avec le Victoria par un cours d’eau. Les circonstances ne lui permirent malheureusement de réaliser ce plan qu’en partie ; il fut obligé pendant tout le cours du voyage de subir la protection d’une horde de Turcs, ramassis de brigands sans foi ni loi, qui, sous prétexte de récolter de l’ivoire, se livrent à la chasse à l’homme et se procurent des esclaves en suscitant des guerres entre les indigènes. Baker, accompagné de sa femme, s’avança dans l’est au milieu du pays des Baris, pénétra chez les Latoukas, dont la capitale Tarrangollé n’a pas moins de trois mille maisons. Puis, trompant son escorte, qui ne voulait pas s’enfoncer dans le sud, il gagna le pays d’Obo par 4 degrés de latitude nord. Là, la maladie, la continuité des pluies, et la mort de ses bêtes de charge le forcèrent à s’arrêter longtemps, puis il traversa l’Assua, affluent du Nil, et atteignit les cataractes de Karuma déjà visitées précédemment par Speke. Ni les fourberies, ni les exigences, ni les mensonges du chef Karamsi ne purent détourner de sa route Baker, qui parvint, le 14 mars 1864, sur les bords d’un lac immense, qu’il appela l’Albert-Nyanza. Puis, il s’embarqua sur un canot, et longeant la rive vers le nord, pendant treize jours, il arriva par 2° 16′ à Magungo, où débouchait dans le lac un fort courant. Baker le remonta, s’assura que c’était bien celui qu’il avait vu aux cataractes de Karuma, et regagna Mrouli, la capitale de Karamsi. Ici s’arrêtent les découvertes géographiques de Baker ; aussi n’insisterons-nous pas sur les péripéties de son retour à travers un pays déjà parcouru ; il nous suffit de dire qu’il atteignit Gondo-Koro au mois de décembre 1864 ; assurément il était regrettable de n’avoir pu recueillir sur l’étendue et la direction de l’Albert-Nyanza que des données indécises, il était fâcheux de n’avoir pu suivre le fleuve jusqu’à Gondo-Koro, mais Baker avait du moins reconnu la communication entre le Victoria et l’Albert-Nyanza, expliqué la différence de niveau entre ces deux lacs par l’existence des chutes de Karuma, des rapides et des cascades qu’il avait rencontrés. Enfin les montagnes qu’il avait aperçues sur les bords de l’Albert et le niveau de l’eau (829 mètres), moins élevé que celui du Tanganyika, lui donnaient à penser qu’ils ne faisaient pas partie du même régime hydrographique. Ce sont là des résultats importants, de grands services rendus à la géographie de ces contrées ; Baker ne voulut pas s’arrêter en si bonne voie.

Profondément affecté des scènes de violence et de carnage auxquelles donnait lieu la traite des esclaves, sir S. Baker reçut du khédive, en 1869, le commandement d’une nouvelle expédition. Il s’agissait cette fois de supprimer la traite et de s’annexer pour cela tout le pays jusqu’à l’équateur. En outre, Baker devait explorer avec des steamers le lac Albert, établir le long du Nil des stations de commerce et des forts qui mettraient ainsi la région des grands lacs en rapports constants avec Gondo-Koro et l’Égypte. Nommé pacha et gouverneur des provinces à conquérir, le voyageur anglais réunit 1 200 hommes d’infanterie, 200 cavaliers, 200 artilleurs, et 250 ouvriers et porteurs. Enfin, il rassembla sur le Nil 65 navires dont 10 à vapeur, sur lesquels il emportait démontées les pièces de trois steamers. Il partagea ses troupes en trois sections qui, par des routes différentes, devaient se réunir à Khartoum. Mais l’apathie et le mauvais vouloir des fonctionnaires égyptiens, qui ont intérêt à la traite, apportèrent à cette expédition un retard considérable, qui eut pour conséquence de l’empêcher d’arriver à l’époque des crues dans les hautes régions du Nil. Elle fut, en effet, longtemps arrêtée par un banc impénétrable formé par les détritus qu’entraîne le fleuve, pont couvert d’une végétation luxuriante sous lequel l’eau se fraye un passage. Baker s’établit donc sur la rive gauche du Nil à Taoufikya, et pendant toute l’année 1870 il fit un certain nombre de courses contre les négriers. Il se remit en route en décembre et ne tarda pas à regagner Gondo-Koro, où les pluies l’arrêtèrent jusqu’en avril 1871. Il prit immédiatement possession du pays au nom du khédive et dut soumettre par la force les indigènes. Depuis ce moment, les nouvelles les plus contradictoires se sont succédées ; le bruit s’était même dernièrement répandu de la mort des voyageurs, lorsqu’une dépêche d’Alexandrie est venue, comme on le sait, nous apprendre leur retour. G. Marcel.

— La suite prochainement. —