Les Travailleurs de la mer/Partie 1/Livre 5/8

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Émile Testard (Tome Ip. 303-316).


VIII

CARAMBOLAGE DE LA BILLE ROUGE ET DE LA BILLE NOIRE


Le lendemain, qui était le jeudi, à peu de distance de Saint-Malo, près de la pointe du Décollé, à un endroit où la falaise est haute et où la mer est profonde, il se passa une chose tragique.

Une langue de rochers en forme de fer de lance, qui se relie à la terre par un isthme étroit, se prolonge dans l’eau et s’y achève brusquement par un grand brisant à pic ; rien n’est plus fréquent dans l’architecture de la mer. Pour arriver, en venant du rivage, au plateau de la roche à pic, on suit un plan incliné dont la montée est quelquefois assez âpre.

C’est sur un plateau de ce genre qu’était debout vers quatre heures du soir un homme enveloppé dans une large cape d’ordonnance et probablement armé dessous, chose facile à reconnaître à de certains plis droits et anguleux de son manteau. Le sommet où se tenait cet homme était une plate-forme assez vaste, semée de gros cubes de roche pareils à des pavés démesurés, et laissant entre eux des passages étroits. Cette plate-forme, où croissait une petite herbe épaisse et courte, se terminait du côté de la mer par un espace libre, aboutissant à un escarpement vertical. L’escarpement, élevé d’une soixantaine de pieds au-dessus de la haute mer, semblait taillé au fil à plomb. Son angle de gauche pourtant se ruinait et offrait un de ces escaliers naturels propres aux falaises de granit, dont les marches peu commodes exigent quelquefois des enjambées de géants ou des sauts de clowns. Cette dégringolade de rochers descendait perpendiculairement jusqu’à la mer et s’y enfonçait. C’était à peu près un casse-cou. Cependant, à la rigueur, on pouvait par là s’aller embarquer sous la muraille même de la falaise.

La brise soufflait. L’homme serré dans sa cape, ferme sur ses jarrets, la main gauche empoignant son coude droit, clignait un œil et appuyait sur l’autre une longue-vue. Il semblait absorbé dans une attention sérieuse. Il s’était approché du bord de l’escarpement, et il se tenait là immobile, le regard imperturbablement attaché sur l’horizon. La marée était pleine. Le flot battait au-dessous de lui le bas de la falaise.

Ce que cet homme observait, c’était un navire au large qui faisait en effet un jeu singulier.

Ce navire, qui venait de quitter depuis une heure à peine le port de Saint-Malo, s’était arrêté derrière les Banquetiers. C’était un trois-mâts. Il n’avait pas jeté l’ancre, peut-être parce que le fond ne lui eût permis d’abattre que sur le bord du câble, et parce que le navire eût serré son ancre sous le taille-mer ; il s’était borné à mettre en panne.

L’homme, qui était un garde-côte, comme le faisait voir sa cape d’uniforme, épiait toutes les manœuvres du trois-mâts et semblait en prendre note mentalement. Le navire avait mis en panne vent dessus vent dedans ; ce qu’indiquaient le petit hunier coiffé et le vent laissé dans le grand hunier ; il avait bordé l’artimon et orienté le perroquet de fougue au plus près, de façon à contrarier les voiles les unes par les autres, et à avoir peu d’arrivée et moins de dérive. Il ne se souciait point de se présenter beaucoup au vent, car il n’avait brassé le petit hunier que perpendiculairement à la quille. De cette façon, tombant en travers, il ne dérivait au plus que d’une demi-lieue à l’heure.

Il faisait encore grand jour, surtout en pleine mer et sur le haut de la falaise. Le bas des côtes devenait obscur.

Le garde-côte, tout à sa besogne et espionnant consciencieusement le large, n’avait pas songé à scruter le rocher à côté et au-dessous de lui. Il tournait le dos à l’espèce d’escalier peu praticable qui mettait en communication le plateau de la falaise et la mer. Il ne remarquait pas que quelque chose y remuait. Il y avait dans cet escalier, derrière une anfractuosité, quelqu’un, un homme, caché là, selon toute apparence, avant l’arrivée du garde-côte. De temps en temps, dans l’ombre, une tête sortait de dessous la roche, regardait en haut, et guettait le guetteur. Cette tête, coiffée d’un large chapeau américain, était celle de l’homme, du quaker, qui, une dizaine de jours auparavant, parlait, dans les pierres du petit-bey, au capitaine Zuela.

Tout à coup l’attention du garde-côte parut redoubler. Il essuya rapidement du drap de sa manche le verre de sa longue-vue et la braqua avec énergie sur le trois-mâts.

Un point noir venait de s’en détacher.

Ce point noir, semblable à une fourmi sur la mer, était une embarcation.

L’embarcation semblait vouloir gagner la terre. Quelques marins la montaient, ramant vigoureusement.

Elle obliquait peu à peu et se dirigeait vers la pointe du Décollé.

Le guet du garde-côte était arrivé à son plus haut degré de fixité. Il ne perdait pas un mouvement de l’embarcation. Il s’était rapproché plus près encore de l’extrême bord de la falaise.

En ce moment un homme de haute stature, le quaker, surgit derrière le garde-côte au haut de l’escalier. Le guetteur ne le voyait pas.

Cet homme s’arrêta un instant, les bras pendants et les poings crispés, et, avec l’œil d’un chasseur qui vise, il regarda le dos du garde-côte.

Quatre pas seulement le séparaient du garde-côte ; il mit un pied en avant, puis s’arrêta ; il fit un second pas, et s’arrêta encore ; il ne faisait point d’autre mouvement que de marcher, tout le reste de son corps était statue ; son pied s’appuyait sur l’herbe sans bruit ; il fit le troisième pas, et s’arrêta ; il touchait presque le garde-côte, toujours immobile avec sa longue-vue. L’homme ramena lentement ses deux mains fermées à la hauteur de ses clavicules, puis, brusquement, ses avant-bras s’abattirent, et ses deux poings, comme lâchés par une détente, frappèrent les deux épaules du garde-côte. Le choc fut sinistre. Le garde-côte n’eut pas le temps de jeter un cri. Il tomba la tête la première du haut de la falaise dans la mer. On vit ses deux semelles le temps d’un éclair. Ce fut une pierre dans l’eau. Tout se referma.

Deux ou trois grands cercles se firent dans l’eau sombre.

Il ne resta que la longue-vue échappée des mains du garde-côte et tombée à terre sur l’herbe.

Le quaker se pencha sur le bord de l’escarpement, regarda les cercles s’effacer dans le flot, attendit quelques minutes, puis se redressa en chantant entre ses dents :


Monsieur d’la Police est mort
En perdant la vie.


Il se pencha une seconde fois. Rien ne reparut. Seulement, à l’endroit où le garde-côte s’était englouti, il s’était formé à la surface de l’eau une sorte d’épaisseur brune qui s’élargissait sur le balancement de la lame. Il était probable que le garde-côte s’était brisé le crâne sur quelque roche sous-marine. Son sang remontait et faisait cette tache dans l’écume. Le quaker, tout en considérant cette flaque rougeâtre, reprit :


Un quart d’heure avant sa mort,
Il était encore…


Il n’acheva pas.

Il entendit derrière lui une voix très douce qui disait :

— Vous voilà, Rantaine. Bonjour. Vous venez de tuer un homme.

Il se retourna, et vit à une quinzaine de pas en arrière de lui, à l’issue d’un des entre-deux des rochers, un petit homme qui avait un revolver à la main.

Il répondit :

— Comme vous voyez. Bonjour, sieur Clubin.

Le petit homme eut un tressaillement.

— Vous me reconnaissez ?

— Vous m’avez bien reconnu, repartit Rantaine.

Cependant on entendait un bruit de rames sur la mer. C’était l’embarcation observée par le garde-côte, qui approchait.

Sieur Clubin dit à demi-voix, comme se parlant à lui-même :

— Cela a été vite fait.

— Qu’y a-t-il pour votre service ? demanda Rantaine.

— Pas grand’chose. Voilà tout à l’heure dix ans que je ne vous ai vu. Vous avez dû faire de bonnes affaires. Comment vous portez-vous ?

— Bien, dit Rantaine. Et vous ?

— Très bien, répondit sieur Clubin.

Rantaine fit un pas vers sieur Clubin.

Un petit coup sec arriva à son oreille. C’était sieur Clubin qui armait le revolver.

— Rantaine, nous sommes à quinze pas. C’est une bonne distance. Restez où vous êtes.

— Ah çà, fit Rantaine, qu’est-ce que vous me voulez ?

— Moi, je viens causer avec vous.

Rantaine ne bougea plus. Sieur Clubin reprit :

— Vous venez d’assassiner un garde-côte.

Rantaine souleva le bord de son chapeau et répondit :

— Vous m’avez déjà fait l’honneur de me le dire.

— En termes moins précis. J’avais dit : un homme ; je dis maintenant : un garde-côte. Ce garde-côte portait le numéro six cent dix-neuf. Il était père de famille. Il laisse une femme et cinq enfants.

— Ça doit être, dit Rantaine.

Il y eut un imperceptible temps d’arrêt.

— Ce sont des hommes de choix, ces gardes-côtes, fit Clubin, presque tous d’anciens marins.

— J’ai remarqué, dit Rantaine, qu’en général on laisse une femme et cinq enfants.

Sieur Clubin continua :

— Devinez combien m’a coûté ce revolver ?

— C’est une jolie pièce, répondit Rantaine.

— Combien l’estimez-vous ?

— Je l’estime beaucoup.

— Il m’a coûté cent quarante-quatre francs.

— Vous avez dû acheter ça, dit Rantaine, à la boutique d’armes de la rue Coutanchez.

Clubin reprit :

— Il n’a pas crié. La chute coupe la voix.

— Sieur Clubin, il y aura de la brise cette nuit.

— Je suis seul dans le secret.

— Logez-vous toujours à l’Auberge Jean ? demanda Rantaine.

— Oui, on n’y est pas mal.

— Je me rappelle y avoir mangé de bonne choucroute.

— Vous devez être excessivement fort, Rantaine. Vous avez des épaules ! Je ne voudrais pas recevoir une chiquenaude de vous. Moi, quand je suis venu au monde, j’avais l’air si chétif qu’on ne savait pas si on réussirait à m’élever.

— On y a réussi, c’est heureux.

— J’ai gardé mes habitudes, je loge toujours à cette vieille Auberge Jean.

— Savez-vous, sieur Clubin, pourquoi je vous ai reconnu ? C’est parce que vous m’avez reconnu. J’ai dit : il n’y a pour cela que Clubin.

Et il avança d’un pas.

— Replacez-vous où vous étiez, Rantaine.

Rantaine recula et fit cet aparté :

— On devient un enfant devant ces machins-là.

Sieur Clubin poursuivit :

— Situation. Nous avons à droite, du côté de Saint-Énogat, à trois cents pas d’ici, un autre garde-côte, le numéro six cent dix-huit, qui est vivant, et à gauche, du côté de Saint-Lunaire, un poste de douane. Cela fait sept hommes armés qui peuvent être ici dans cinq minutes. Le rocher sera cerné. Le col sera gardé. Impossible de s’évader. Il y a un cadavre au pied de la falaise.

Rantaine jeta un œil oblique sur le revolver.

— Comme vous dites, Rantaine. C’est une jolie pièce. Peut-être n’est-il chargé qu’à poudre. Mais qu’est-ce que cela fait ? Il suffit d’un coup de feu pour faire accourir la force armée. J’en ai six à tirer.

Le choc alternatif des rames devenait très distinct. Le canot n’était pas loin.

Le grand homme regardait le petit homme, étrangement. Sieur Clubin parlait d’une voix de plus en plus tranquille et douce.

— Rantaine, les hommes du canot qui va arriver, sachant ce que vous venez de faire ici tout à l’heure, prêteraient main-forte et aideraient à vous arrêter. Vous payez dix mille francs votre passage au capitaine Zuela. Par parenthèse, vous auriez eu meilleur marché avec les contrebandiers de Plainmont ; mais ils ne vous auraient mené qu’en Angleterre, et d’ailleurs vous ne pouvez risquer d’aller à Guernesey où l’on a l’honneur de vous connaître. Je reviens à la situation. Si je fais feu, on vous arrête. Vous payez à Zuela votre fugue dix mille francs. Vous lui avez donné cinq mille francs d’avance. Zuela garderait les cinq mille francs, et s’en irait. Voilà. Rantaine, vous êtes bien affublé. Ce chapeau, ce drôle d’habit et ces guêtres vous changent. Vous avez oublié les lunettes. Vous avez bien fait de laisser pousser vos favoris.

Rantaine fit un sourire assez semblable à un grincement. Clubin continua :

— Rantaine, vous avez une culotte américaine à gousset double. Dans l’un il y a votre montre. Gardez-la.

— Merci, sieur Clubin.

— Dans l’autre il y a une petite boîte de fer battu qui ouvre et ferme à ressort. C’est une ancienne tabatière à matelot. Tirez-la de votre gousset et jetez-la-moi.

— Mais c’est un vol !

— Vous êtes libre de crier à la garde.

Et Clubin regarda fixement Rantaine.

— Tenez, mess Clubin…, dit Rantaine faisant un pas, et tendant sa main ouverte.

Mess était une flatterie.

— Restez où vous êtes, Rantaine.

— Mess Clubin, arrangeons-nous. Je vous offre moitié.

Clubin exécuta un croisement de bras d’où sortait le bout de son revolver.

— Rantaine, pour qui me prenez-vous ? Je suis un honnête homme.

Et il ajouta après un silence :

— Il me faut tout.

Rantaine grommela entre ses dents : — Celui-ci est d’un fort gabarit.

Cependant l’œil de Clubin venait de s’allumer. Sa voix devint nette et coupante comme l’acier. Il s’écria :

— Je vois que vous vous méprenez. C’est vous qui vous appelez Vol, moi je m’appelle Restitution. Rantaine, écoutez. Il y a dix ans, vous avez quitté de nuit Guernesey en prenant dans la caisse d’une association cinquante mille francs qui étaient à vous, et en oubliant d’y laisser cinquante mille francs qui étaient à un autre. Ces cinquante mille francs volés par vous à votre associé, l’excellent et digne mess Lethierry, font aujourd’hui avec les intérêts composés pendant dix ans quatre-vingt-un mille six cent soixante-six francs soixante-six centimes. Hier vous êtes entré chez un changeur. Je vais vous le nommer. Rébuchet, rue saint-Vincent. Vous lui avez compté soixante-seize mille francs en billets de banque français, contre lesquels il vous a donné trois bank-notes d’Angleterre de mille livres sterling chaque, plus l’appoint. Vous avez mis ces bank-notes dans la tabatière de fer, et la tabatière de fer dans votre gousset de droite. Ces trois mille livres sterling font soixante-quinze mille francs. Au nom de mess Lethierry, je m’en contenterai. Je pars demain pour Guernesey, et j’entends les lui porter. Rantaine, le trois-mâts qui est là en panne est le Tamaulipas. Vous y avez fait embarquer cette nuit vos malles mêlées aux sacs et aux valises de l’équipage. Vous voulez quitter la France. Vous avez vos raisons. Vous allez à Arequipa. L’embarcation vient vous chercher. Vous l’attendez ici. Elle arrive. On l’entend qui nage. Il dépend de moi de vous laisser partir ou de vous faire rester. Assez de paroles. Jetez-moi la tabatière de fer.

Rantaine ouvrit son gousset, en tira une petite boîte et la jeta à Clubin. C’était la tabatière de fer. Elle alla rouler aux pieds de Clubin.

Clubin se pencha sans baisser la tête et ramassa la tabatière de la main gauche, tenant dirigés sur Rantaine ses deux yeux et les six canons du revolver.

Puis il cria :

— Mon ami, tournez le dos.

Rantaine tourna le dos.

Sieur Clubin mit le revolver sous son aisselle, et fit jouer le ressort de la tabatière. La boîte s’ouvrit.

Elle contenait quatre bank-notes, trois de mille livres et une de dix livres.

Il replia les trois bank-notes de mille livres, les replaça dans la tabatière de fer, referma la boîte et la mit dans sa poche.

Puis il prit à terre un caillou. Il enveloppa ce caillou du billet de dix livres, et dit :

— Retournez-vous.

Rantaine se retourna.

Sieur Clubin reprit :

— Je vous ai dit que je me contenterais des trois mille livres. Voilà dix livres que je vous rends.

Et il jeta à Rantaine le billet lesté du caillou.

Rantaine, d’un coup de pied, lança le bank-note et le caillou dans la mer.

— Comme il vous plaira, fit Clubin. Allons, vous devez être riche. Je suis tranquille.

Le bruit de rames, qui s’était continuellement rapproché pendant ce dialogue, cessa. Cela indiquait que l’embarcation était au pied de la falaise.

— Votre fiacre est en bas. Vous pouvez partir, Rantaine.

Rantaine se dirigea vers l’escalier et s’y enfonça.

Clubin vint avec précaution au bord de l’escarpement, et, avançant la tête, le regarda descendre.

Le canot s’était arrêté près de la dernière marche de rochers, à l’endroit même où était tombé le garde-côte.

Tout en regardant dégringoler Rantaine, Clubin grommela :

— Bon numéro six cent dix-neuf ! Il se croyait seul. Rantaine croyait n’être que deux. Moi seul savais que nous étions trois.

Il aperçut à ses pieds sur l’herbe la longue-vue qu’avait laissé tomber le garde-côte. Il la ramassa.

Le bruit de rames recommença. Rantaine venait de sauter dans l’embarcation, et le canot prenait le large.

Quand Rantaine fut dans le canot, après les premiers coups d’aviron, la falaise commençant à s’éloigner derrière lui, il se dressa brusquement debout, sa face devint monstrueuse, il montra le poing en bas, et cria : — Ha ! le diable lui-même est une canaille !

Quelques secondes après, Clubin, au haut de la falaise et braquant la longue-vue sur l’embarcation, entendait distinctement ces paroles articulées par une voix haute dans le bruit de la mer :

— Sieur Clubin, vous êtes un honnête homme ; mais vous trouverez bon que j’écrive à Lethierry pour lui faire part de la chose, et voici dans le canot un matelot de Guernesey qui est de l’équipage du Tamaulipas, qui s’appelle Ahier Tostevin, qui reviendra à Saint-Malo au prochain voyage de Zuela et qui témoignera que je vous ai remis pour mess Lethierry la somme de trois mille livres sterling.

C’était la voix de Rantaine.

Clubin était l’homme des choses bien faites. Immobile comme l’avait été le garde-côte, et à cette même place, l’œil dans la longue-vue, il ne quitta pas un instant le canot du regard. Il le vit décroître dans les lames, disparaître et reparaître, approcher le navire en panne, et l’accoster, et il put reconnaître la haute taille de Rantaine sur le pont du Tamaulipas.

Quand le canot fut remonté à bord et replacé dans les pistolets, le Tamaulipas fit servir. La brise montait de terre, il éventa toutes ses voiles, la lunette de Clubin demeura braquée sur cette silhouette de plus en plus simplifiée, et, une demi-heure après, le Tamaulipas n’était plus qu’une corne noire s’amoindrissant à l’horizon sur le ciel blême du crépuscule.