Les Vies des plus illustres philosophes de l’antiquité/Speusippe

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SPEUSIPPE.

Autant qu’il nous a été possible, nous avons dit de Platon tout ce que divers auteurs ont rédigé sur la vie et l’érudition de ce grand philosophe.

Speusippe, né d’Eurymédonte et de Potone à Myrrhina, un des bourgs du territoire d’Athènes, succéda à Platon, son oncle maternel, qu’il remplaça pendant huit ans, à compter depuis la cent huitième olympiade. Il mit les statues des Graces dans l’école que ce philosophe avait fondée. Speusippe suivit les dogmes de Platon, mais il n’en prit pas les mœurs, car il était colère et voluptueux. On dit que la colère lui fit une fois jeter un petit chien dans un puits, et que la volupté le fit aller en Macédoine, exprès pour assister aux noces de Cassandre. Lasthénie de Mantinée et Axiothée de Phlias passent pour avoir étudie sous ce philosophe ; de là vient que Denys lui dit, dans une lettre satyrique : « Nous pouvons apprendre la philosophie d’une femme d’Arcadie qui est votre écolière. Platon enseignait gratuitement, mais nous, nous rendez vos disciples tributaire ; vous recevez également et de ceux qui vous donnent de bon gré , et de ceux qui vous paient à contre-cœur. »

Diodore, dans le premier livre de ses Commentaires, dit : « Speusippe fut le premier qui examina ce que les sciences ont de commun les unes avec les autres ; il les réunit et en fit une enchaînure, du moins autant qu’il est possible. Cænéus lui donne le nom d’avoir mis au jour les choses mystérieuses qu’Isocrate débitait en secret ; et il a encore celui d’avoir trouvé la manière de faire de petits tonneaux arrondis avec des douves fort minces.

Quand Speusippe eut le corps perclus d’un accès de paralysie, il manda Xénocrate, et le pria de vouloir bien se charger du soin de son école. Comme il se faisait mener dans une voiture à l’académie, on dit qu’il rencontra Diogène et le salua; mais que celui-ci lui répondit : « Je ne rends pas le salut à un gomme qui aime encore assez la vie pour la traîner dans l’état où tu es. » On dit pourtant que l’âge et le désespoir le portèrent à se donner la mort; ce qui est le sujet de l’épigramme que j’ai faite pour lui.

Si je n’avais appris que Speusippe est mort de cette manière, je ne croirais pas qu’un parent de Platon pût mourir ainsi : car ce philosophe n’eût pas attendu à mourir qu’il eût perdu tout espoir; il serait mort pour un beaucoup moindre sujet.

Plutarque, dans la Vie de Lysandre et de Sylla, dit qu’il mourut de la vermine qui sortait de son corps; et Timothée, dans ses Vies des Philosophes, dit qu’il était d’une complexion délicate. On raconte qu’un homme riche ayant pris de l’amour pour une personne laide, Speusippe lui dit : « Qu’avez-vous besoin de vous arrêter à cette femme? je vous en trouverai une plus belle pour dix talents. »

Il a laissé beaucoup de commentaires et plusieurs dialogues, parmi lesquels se trouve celui qui est intitulé Aristippe. Il y en a un sur l’Opulence, un sur la Volupté, un sur la Justice, un sur la Philosophie, un adressé à Céphale, un intitulé Céphale, un qui porte le nom de Clinomaque ou de Lysias, un intitulé le Citoyen, un sur l’Ame, un adressé à Gulaus, un qui a pour tire Aristippe, un intitulé Argument sur les arts; des dialogues en forme de commentaires, dont un s’appelle Artificiel; dix autres sont sur la Manière de traiter les choses semblables; des divisions et des arguments sur les choses semblables; un dialogue sur les Exemplaires des genres et des espèces[1], un à Amartyrus, sur l’éloge de Platon; des lettres à Dion, des lois, le Mathématicien, le Mandrobule, le Lysias; des définitions, suites de commentaires, faisant ensemble quarante-trois mille quatre cent septante-cinq versets.

C’est à lui que Simonide adresse ses histoires des faits de Dion et de Bion. Phavorin, dans le deuxième livre de ses Commentaires, dit qu’Aristote acheta les œuvres de ce philosophe pour trois talents.

il y a eu aussi un autre Speusippe d’Alexandrie, qui était médecin et disciple d’Hérophile.


  1. Je prends ici le mot de genre pour un terme d’art; voyez le Thrésor d’Estienne. Ceux qui le prennent dans un sens moral, et qui traduisent Dialogue sur les genres et les espèces d’exemples, ne donnent point de raisons de leurs traductions.