Les Vies des plus illustres philosophes de l’antiquité/Platon

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PLATON.

Platon, fils d’Ariston et de Périctione, ou de Potone, naquit à Athènes ; sa mère descendait de Solon par Dropides, frère du législateur et père de Critias, qui eut pour fils Caleschrus. De ce dernier descendit un autre Critias (jui fut un des trente tyrans, et qui eut un fils nommé Glaucon, duquel naquirent Charmides et Périctione, mère de Platon, qui était ainsi descendant de Solon au sixième degré, et Solon tirait son origine de Nélée et de Neptune. On croit même qu’Ariston, père de Platon, rapportait la sienne à Codrus, fils de Mélanthe, que Thrasyle dit être descendu de Neptune. En effet, Speusippe, dans son livre intitulé Les Soupers de Platon, et Cléarque dans l’éloge de Platon, aussi bien qu’Anaxilide, dans son deuxième livre des pbilosopbes, disent que le bruit courait à Athènes qu’Ariston fut obligé de différer son union avec Périctione, et qu’ayant eu une vision d’Apollon en songe, il n’approcha point d’elle jusqu’à ce qu’elle fût accouchée. Apollodore dit, dans ses Chroniques, qu’elle mit Platon au monde la septième olympiade, le même jour que les habitants de Délos croient qu’Apollon naquit. Hermippe rapporte qu’il mourut la première année de la cent huitième olympiade, dans sa quatre-vingt et unième année, étant à des noces. Si cela est, il avait six ans de moins qu’Isocrate, puisque celui-ci naquit sous celui d’Aminias, pendant le gouvernement duquel Périclès mourut.

Antiléon dit, dans son deuxième livre, que Platon était du bourg de Collyte ; d’autres le font naître à Égine, dans la maison d’un certain Phidiadas, fils de Thalès, selon Phavorin, dans son Histoire diverse, le père de Platon ayant été envoyé avec d’autres pour former une colonie dans cet endroit, d’où il revint à Athènes, lorsque les habitants d’Égine, secourus parles Lacédémoniens, chassèrent cette colonie. Il donna aussi aux Athéniens des jeux dont Dion fit les frais, comme le rapporte Athénodore dans le huitième livre de ses Promenades.

Platon eut deux frères nommés Adimante et Glaucon, et une sœur nommée Potone, qui fut mère de Speusippe ; il eut pour maître de ses études Denys, dont il parle dans ses Rivaux, et il fit ses exercices chez Ariston d’Argos, maître de lutte, qui lui donna le nom de Platon, à cause de la bonne disposition de son corps ; au lieu qu’auparavant on l’appelait Aristoclès, du nom de son aïeul, comme le rapporte Alexandre, dans ses Succissians ; d’autres croient qu’on lui donna ce surnom pour son éloquence, ou parce que, selon la remarque de Néanthe, il avait le front fort large. Il y en a aussi qui disent avec Dicéarque, dans le premier livre de ses Vies, qu’il combattit dans les jeux isthmiques pour le prix de la lutte. Il s’appliqua aussi à la peinture et à la poésie, ayant composé d’abord des hymnes bachiques, et ensuite des chants et des tragédies. Timothée d’Athènes dit, dans ses Vies, qu’il avait la voix faible ; et on rapporte que Socrate, ayant songé qu’il tenait sur ses genoux un jeune cygne, à qui il vint tout d’un coup des ailes, et qui s’envola avec un doux ramage, Ariston vint le lendemain lui recommander Platon ; sur quoi Socrate dit au père (pie son fils était le cygne dont il avait rêvé la nuit précédente.

Platon commença à enseigner la philosophie dans l’académie, et ensuite dans un jardin près de Colone, suivant ce que rapporte Alexandre, dans ses Successions, qui cite Héraclite. Comme il était sur le point de disputer l’honneur de la tragédie au théâtre Dionysien, il brûla ses poésies, après avoir entendu Socrate. « Vulcain, dit-il, père du feu, approche ! Platon a besoin de ton secours dans cette occasion. » On dit qu’il avait à peu près vingt ans lorsqu’il devint disciple de Socrate. Après sa mort il s’attacha à Cratyle, disciple d’Héraclite, et à Hermogène, qui enseignait les dogmes de Parménide. À trente-deux ans il se rendit à Mégare avec quelques disciples de Socrate, pour entendre Euclide. De là il fut à Cyrène, d’où, après avoir pris les leçons de Théodore le mathématicien, il passa en Italie pour entendre Philolaüs et Euryte, philosophes pythagoriciens. Après cela il fut voir les prêtres d’Egypte, et on dit qu’il fit ce voyage avec Euripide, et (pie, pendant leur séjour dans ce pays, Platon tomba malade, qu’il fut guéri par les prêtres d’Egypte, qui le lavèrent d’eau de mer ; ce qui lui donna occasion de dire que la mer lave tous les maux des hommes, et lui fit approuver ce que dit Homère, que tous les Égyptiens sont médecins. Platon avait encore dessein d’aller voir les mages ; mais la guerre qui était allumée en Asie l’en empêcha. À son retour à Athènes, il se fixa dans l’académie, qui est un collége situé près de la ville et entouré de bois ; il est ainsi nommé à cause d’Académus, demi-dieu. Eupolis en parle à l’occasion de Platon : « Il donnait ses le çons, dit-il, sous l’ombrage des allées du dieu Académus. » Timon pareillement, en parlant de ce philosophe, dit que c’est là que présidait Platon, de la bouche duquel sortaient des accents aussi doux que ceux dont les cigales faisaient retentir les bocages d’Hécadémus : car il faut remarquer qu’autrefois ce nom s’écrivait avec un E, de sorte que l’endroit s’appelait hécadémie.

Platon était ami d’Isocrate, et Parexiphane a couché par écrit une dispute touchant les poètes, qui eut lieu à la campagne chez Platon, où Isocrate était logé. Aristoxène rapporte qu’il porta les armes dans trois expéditions : celle de Tanagre, celle de Corinthe, et celle de Délium, où il remporta la victoire.

Platon fit un mélange des opinions d’Héraclite, de Pythagore et de Socrate, approuvant la doctrine d’Héraclite dans ce qui concerne les sens, celle de Pythagore sur ce qui regarde l’entendement, et celle de Socrate en ce qui touche la politique. Satyre et d’autres disent qu’il écrivit à Dion en Sicile pour le prier de lui acheter de Philolaüs trois livres de Pythagore pour cent mines ; il était en état de faire cela, ayant reçu de Denys plus de quatre-vingts talents, suivant ce que dit Onétor dans son ouvrage qui porte pour titre : S’il convient au sage d’être riche. Les œuvres d’Épicharme, auteur comique, ont été d’un grand secours à Platon, qui en a extrait plusieurs choses, comme dit Alcime dans les livres qu’il dédia à Amyntas, et qui sont au nombre de quatre. Il dit dans le premier que Platon a beaucoup profité d’Épicharme, et que c’est de lui en particulier qu’il a pris les opinions ; que les choses sensibles ne sont permanentes ni dans leur qualité ni dans leur quantité, mais qu’elles varient à chaque instant et s’écoulent, à peu près comme une somme dont on retrancherait quelque nombre ne serait plus la même ni dans la qualité des chiffres ni dans la quantité totale ; que de plus ce sont des choses qui s’engendrent continuellement et n’ont jamais de subsistance ; qu’au contraire les choses intelligibles sont celles qui n’acquièrent et ne perdent rien, et que telles sont les choses éternelles, dont la nature est toujours semblable et ne change jamais. Telles sont aussi les idées d’Épicharme touchant les choses sensibles et intelligibles ; voici comment il s’exprime :

A. Les dieux furent de tout temps, et ne cessèrent jamais d’être ; or ce qui est toujours est uniforme, étant par lui même.

B. On dit pourtant que le chaos est le premier des dieux qui a été engendré.

A. Comment cela se peut-il ? car il est impossible qu’une chose soit la première, si elle est engendrée. À ce compte, aucune ne sera la première ni même la seconde. Quant aux hommes en particulier, voici ce qui en sera ; supposez un nombre pair ou impair, si on ajoute ou qu’on en retranche, sera-ce le même nombre ?

B. Il ne me le paraît pas.

A. Ou si on allonge ou qu’on diminue une mesure d’une coudée, sera-ce la même mesure qu’auparavant ?

B. Non certainement.

A. À présent, considérez les hommes, dont l’un croit et l’autre décline : ils changent tous d’un moment à l’autre. Or ce qui change dans sa nature et ne demeure pas dans le même état est différent de ce qu’il était. Vous et moi ne sommes point ce que nous étions hier, et ne serons pas demain ce que nous sommes aujourd’hui, ni dans aucun temps tels que nous aurons été dans un autre.

À cela Alcime ajoute encore que les philosophes veulent qu’il y ait des choses que lame connaît par le moyen du corps comme par les yeux et les oreilles, et d’autres qu’elle connaît par elle-même, sans le secours du corps ; et à cette occasion ils distinguent les choses en sensibles et en intelligibles. De là Platon inférait que, pour parvenir à la connaissance des principes de l’univers, il faut d’abord distinguer les idées que l’âme connaît par elle-même, comme sont celles de la ressemblance, de l’unité, de la multitude, de la grandeur, du repos et du mouvement ; qu’ensuite il faut considérer aussi en elle-même l’idée de l’honnête, du bon et du juste ; qu’enfin il faut avoir égard aux idées qui renferment quelque relation, comme la science, ou la grandeur, ou la puissance, et se souvenir que les choses qui ont rapport à nous-mêmes reçoivent leur nom de leur participation avec les idées générales : par exemple, nous appelons justes les choses qui conviennent avec les idées du juste, et honnêtes les choses qui conviennent avec l’idée de l’honnête. Chacune de ces espèces de choses est éternelle et spirituelle ; ce qui fait qu’il ne peut y arriver de confusion. Aussi Platon disait-il que les idées étaient dans la nature comme des modèles dont les autres choses sont des copies.

Voici aussi de quelle manière Épicharme raisonnait sur le bien et sur les idées :

A. Le son d’un instrument n’est-il pas quelque chose de réel ?

B. Oui, sans doute.

A. Est-ce que l’homme est pourtant un fou ?

B. Non.

A. Qu’est donc celui qui joue de cet instrument ? n’est-ce point un homme ?

B. Certainement.

A. Ne vous semble-t-il pas qu’il en est de même par rapport au bien ; que le bien est tel par lui-même, que celui qui le pratique devient bon, et qu’il en est de lui comme de ceux qui ont appris à jouer de quelque instrument, à danser, à manier la navette, ou quelque autre exercice pareil, c’est-à-dire qu’aucun d’eux n’est l’art même qu’il exerce, mais seulement artisan ?

Platon, dans son Opinion touchant les idées, dit que la mémoire prouve que les choses qui existent ressortissent à des idées, vu que la mémoire suppose un objet qui subsiste et est toujours dans le même état ; or rien n’est constant de cette manière que les idées. Comment, dit-il encore, serait-il possible que les animaux veillassent à leur conservation s’ils n’en avaient l’idée, et si la nature ne leur en avait donné l’instinct ? Il allègue pour exemple leur avidité pour tout ce qui ressemble à la nourriture à laquelle ils sont accoutumés ; par où il montre qu’ils ont tous une idée naturelle de la ressemblance, qui fait qu’ils connaissent les choses qui sont du même genre. Écoutons encore là-dessus Épicharme :

Eumée, dit-il, la sagesse n’est pas particulière à l’homme seul ; tout ce qui vit en a quelque connaissance. La poule ne produit pas des poulets vivants ; elle couve ses œufs et les anime par la chaleur. La nature seule connaît cette sagesse, et c’est elle qui l’enseigne à cet animal. Il ajoute : Ne vous étonnez pas de ce que je dis que cette poule se plaît à voir ses poussins, et quelle les trouve beaux ; car un chien parait beau à un chien, et il en est de même du bœuf, de l’âne et du porc.

Alcime parle de tout cela et d’autres choses semblables dans ses quatre livres, en faisant remarquer sur combien de choses Platon a profité des ouvrages d’Épicharme, et il n’ignorait pas lui-même le profit qu’on en pouvait faire ; cela paraît parce qu’il dit sur ceux qui pourraient dans la suite marcher sur ses traces. « Je crois et je prévois même qu’on se souviendra de mes discours, que quelqu’un mettra mes vers en prose, et qu’après les avoir embellis d’expressions fleuries, il s’en prévaudra et surpassera les autres. »

Sophron le comique est encore un auteur dont Platon parait avoir fait usage, en se servant pour les mœurs des préceptes qu’il y trouva ; ces livres avaient été jusqu’alors inconnus à Athènes, et on dit que lorsque Platon mourut il les avait sous son chevet.

Ce philosophe alla trois fois de Grèce en Sicile. La curiosité de voir l’île et les soupiraux du mont Etna fut le motif de son premier voyage. Denys le tyran, fils d’Hermocrate, ayant souhaité d’avoir un entretien avec lui, Platon parla de la tyrannie, et dit qu’une chose qui n’était avantageuse qu’à celui qui en jouissait ne pouvait pas passer pour la meilleure, à moins qu’il ne surpassât eu .même temps les autres par sa vertu. Denys irrité lui dit que c’étaient là des discours de vieillards ; Platon lui répondit que les siens étaient ceux des tyrans ; et Denys, se livrant à sa colère, forma le dessein de le faire mourir. Il se laissa pourtant fléchir par les prières de Dion et d’Aristomène, et se contenta de le livrer à Polide, envoyé de Lacédémone à sa cour, afin qu’il le vendit à tel prix qu’il voudrait. Celui-ci le mena à Égine, où il le vendit comme un esclave. Alors Charmander, fils de Charmandride, accusa Platon de crime capital, en vertu d’une loi du pays qui condamnait à mort sans forme de procès le premier Athénien qui aborderait dans cette ile. Phavorin, dans son Histoire, fait Charmander lui-même auteur de cette loi. Au reste, quelqu’un ayant dit par raillerie que Platon était philosophe, on le renvoya absous. D’autres disent qu’il fut présenté aux juges, qui, voyant qu’il se taisait et qu’il paraissait résigné à ce qui pourrait lui arriver, changèrent la peine de mort en servitude, et le condamnèrent à être vendu comme les esclaves. Un nommé Annicéris de Cyrène se trouvant là par hasard le racheta pour vingt mines, ou pour trente selon quelques uns, et le renvoya à Athènes auprès de ses amis, qui envoyèrent d’abord à Annicéris la somme qu’il avait payée ; mais il ne voulut pas la recevoir, et dit qu’ils n’étaient pas les seuls qui fussent dignes de s’intéresser à la personne de Platon. Il y en a qui disent que Dion envoya aussi de l’argent qui ne lut point ajouté à la somme de son rachat, et que Platon l’employa à s’acheter un petit jardin dans l’académie. Quant à Polide, on dit qu’après avoir été vaincu par Chabrias, il se noya dans l’Hélice par la malignité d’un esprit qui le persécutait à cause du philosophe ; et cela est entre autres rapporté par Phavorin, dans le premier livre de ses Commentaires. Denys n’eut pas l’âme plus tranquille : ayant appris ce qui était arrivé, il écrivit à Platon pour le prier de ne pas mal parler de lui ; le philosophe lui répondit qu’il n’avait pas assez de loisir pour penser à lui.

Le but de son second voyage en Sicile était d’obtenir de Denys le jeune de pouvoir former, dans quelque endroit de sa domination, une colonie qu’il ferait vivre selon les lois de la politique qu’il avait conçue : on lui promit ce qu’il demandait, mais on ne lui tint point parole ; outre cela, selon quelques historiens, il lut soupçonné d’exciter Dion et Théotas à procurer la liberté de l’île. Archytas, philosophe pythagoricien, écrivit en sa faveur une lettre à Denys qui le sauva, do sorte qu’il revint à Athènes. Voici cette lettre :

ARCHYTAS À DENIS, SALUT.

« Nous, les amis de Platon, vous avons envoyé Lamiscus et Photidas, dans l’espérance que vous leur rendrez ce philosophe aussi libre qu’il était lorsqu’il arriva en Sicile. L’équité veut que vous vous souveniez de l’empressement que vous aviez pour lui, des instances que vous nous avez faites pour que nous l’engagions à se rendre auprès de vous, promettant d’exécuter tout ce que nous vous proposions à son sujet, et de lui laisser la liberté de rester auprès de vous ou de s’en retourner. Rappelez-vous encore la joie que vous eûtes de le voir, et l’estime que vous lui avez accordée par-dessus tous les autres philosophes. Si quelque sujet de mécontentement vous a indisposé contre lui, il convient que vous tempériez cela par la douceur, et que la raison vous porte à nous rendre sa personne sans lui faire de mal. En faisant cela, vous agirez avec justice, et vous nous obligerez. »

Enfin la disgrâce de Dion obligea Platon de passer dans cette île pour la troisième fois : il travailla à le faire rentrer en grâce auprès de Denys ; mais voyant que ses efforts étaient inutiles, il revint dans sa patrie. Il ne voulut point avoir part au gouvernement, quoiqu’il entendît la politique, comme on le voit par ses ouvrages ; et la raison qui l’en empêcha est que le peuple était accoutumé à d’autres règles que celles qu’il aurait voulu faire suivre. Pamphila, dans le XXVe livre de ses Commentaires, rapporte que les Arcadiens et les Thébains, ayant bâti une grande ville, le prièrent de lui donner des lois ; mais ayant appris qu’ils ne voulaient point consentir à l’égalité des conditions, il refusa d’y aller. On dit qu’il fut le seul qui osa tenir compagnie à Chabrias, lorsque ce général s’enfuit pour s’éviter d’être condamné à mort. Pendant qu’il montait à la forteresse avec lui, un délateur, nommé Cobryle, lui dit : Tu viens ici pour secourir un autre, comme si tu ne savais pas que tu dois l’attendre au même supplice qua subi Socrate. Platon lui répondit : Quand je combattais pour la défense de ma patrie, je m’exposais aux dangers par devoir; à présent, je le fais par amitié pour un homme qui réclame mes bons offices.

Phavorin, dans le huitième livre de son Histoire, dit qu’il est le premier qui ait mis les dialogues en crédit. Il enseigna à Léodamas de Thasse la manière de connaître les choses en faisant l’analyse. Il fut le premier qui se servit en philosophie des noms d’antipodes, d’éléments, de dialectique, de qualité, de longueur dans le nombre, de la superficie plane, de l’horizon, de la Providence divine. Il fut aussi le premier des philosophes qui contredit le discours de Lysias, et qui a senti l’usage qu’on pouvait faire de la grammaire; mais comme il a critiqué la plupart de ceux qui l’ont précédé, on demande souvent pourquoi il n’a rien dit de Démocrite.

Néanthe de Cyzique dit qu’étant venu aux jeux olympique, il s’attira les regards des Grecs, et que ce fut là qu’il eut une conversation avec Dion, qui se préparait à faire la guerre à Denys. On trouve dans le premier livre des Commentaires de Phavorin, que Mithridate de Perse fit élever une statue à ce philosophe dans l’académie, avec cette inscription : « Mithridate Persan, fils de Rhodobate, a dédié aux Muses cette image de Platon, qui est l’ouvrage de Silanion. »

Héraclide dit que Platon était si retenu et si posé dans sa jeunesse, qu’on ne le vit jamais rire que des lèvres. Cependant sa modestie ne le garantit pas des traits des poëtes comiques; Théopempte, dans son Auiochare, le raille en ces termes : « Un ne fait pas un, et à peine, selon Platon, deux font-ils un. » Anaxandride dans son Thésée, en parle ainsi : « Lorsque, semblable à Platon, il avale goulument des olives. » Timon fait un jeu de mots sur son nom en disant ces paroles : « Adroit comme Platon à forger des prodiges. » « Tu viens à propos, dit Alexis, dans sa Méropide; mais moi je vais et je viens en me promenant. Aussi morne que Platon, je ne trouve rien de sage, et je ne fais que me fatiguer les genoux. » Le même auteur dit, dans son Aacylion : « Tu nous apprends des mystères en courant à la manière de Platon; tu connais sans doute les oignons et le salpêtre. » Amphis, dans son Amphicrate, lui donne ce trait : « S. Mais ce bien que vous espérez d’obtenir par elle m’est moins connu que celui de Platon. Ah! mon maitre, qu’il est beau! H. Prends-y donc garde. » Dans le Dexidemis, il dit encore : « Platon, tu ne fais qu’avoir l’humeur sombre; ton front est toujours aussi ridé de la coquille d’un escargot. » Cratinus, dans sa pièce intitulée la Supposition, l’attaque en ces termes : « Vous êtes homme, et vous avez une arme, selon Platon; je ne le sais pas bien, mais je le crois. » Pareillement Alexis, dans son Olympiodore : « Mon corps était ce qu’il y avait en moi de mortel; ce qu’il y avait en moi d’immortel s’est élevé dans l’air. Ne voilà-t-il pas les chimères qu’on apprend de Platon? » Et dans son Parasite : « Ou de parler comme Platon, qui s’entretient avec lui-même. » Anexilas se moque aussi de lui dans ses pièces intitulées Botrylion, Circé, et les femmes riches.

Aristippe, dans son quatrième livre des Délices des Anciens, dit que Platon eut beaucoup d’amitié pour un jeune homme nommé Aster, qui s’appliquait avec lui à l’astrologie, et pour Dion, dont nous avons parlé plus haut; quelques-uns y ajoutent Phèdre. Les épigrammes qu’il composa sur leur sujet sont des preuves des sentiments qu’il avait pour eux. Voici celles qu’il fit pour Aster :

Cher Aster, je voudrais être le ciel lorsque tu en considères l’étendue, et te regarder avec autant d’yeux qu’il y a d’étoiles.

Aster, étoile du matin, autrefois tu brillais ici-bas; à présent, étoile du soir, tu reluis dans les champs élysées.

Voici celle qu’il fit pour Dion :

Les destinées firent verser des torrents de larmes à Hécube et aux Troyennes; au lieu que les dieux t’ont accordé, Dion les plus belles espérances avec les plus glorieux triomphes. Ta patrie t’aime et tes citoyens te comblent d’honneur; mais de quel trait, hélas! Perces-tu mon cœur?

On dit que cette épigramme sert d’épitaphe à Dion, et fut mise à Syracuse sur son tombeau. Nous avons remarqué que Platon eut aussi de l’amitié pour Phèdre, et on dit qu’il eut aussi beaucoup d’attachement pour Alexis; il parle d’eux dans ces vers :

A présent qu’on ne voit plus rien qui soit digne d’attachement qu’Alexis, et que les regards de tout le monde se tournent sur lui, pourquoi tantôt confier mes sentiments et tantôt les cacher[1]? N’est-ce pas ainsi que nous avons perdu Phèdre?

Platon aima Archéanasse de Colophon; voici comment il parle d’elle :

J’aime Archéanasse, malgré sa vieillesse et ses rides; vous qui la servites les premiers, que vous dûtes souffrir de l’attachement que vous aviez pour elle lorsqu’elle était moins âgée!

Il fit aussi ces vers pour Agathone :

Tandis que j’étais auprès d’Agathone, mon ame était prête à me quitter.

Ceux-ci regardent Xantippe :

Je vous donne cette orange : recevez-la et répondez aux sentiments que j’ai pour vous; sinon prenez-la toujours, et voyez le peu de temps qu’il faut à ce fruit pour perdre sa bonté; pensez qu’il en est ainsi de moi, et que bientôt vous et moi fleurirons également.

On dit qu’il fit aussi cette épitaphe pour les Érétriens, lorsqu’ils furent surpris par une embuscade :

Nous étions Érétriens, originaires d’Eubée; mais nos corps reposent près de Suze, loin de notre patrie et des tombeaux de nos ancêtres. on lui attribue encore les vers suivants :

Venus disait un jour aux Muses : Nymphes, redoutez moi, ou l’Amour vous fera la guerre. - Finissez ces discours, répondirent les Muses; cet enfant ne passe point par ici.

Enfin on lui attribue ceux-ci :

Un homme ayant trouvé un trésor, laissa à la place une corde qu’il avait apportée : celui à qui était le trésor, ne trouvant point l’or qu’il avait mis dans cet endroit, prit la corde qu’il y trouva[2].

Molon haïssait Platon, et dit une jour qu’il n’était pas si étonnant de voir Denys à Corinthe que Platon en Sicile. Il paraît aussi de Xénophon n’a pas été de ses amis; et, par une espèce de jalousie, ils ont écrit sur les mêmes sujets, comme le Banquet, la Défense de Socrate, et des Commentaires sur la morale; outre cela, Platon a traité de la république, et Xénophon de l’éducation de Cyrus, que Platon, dans son discours sur les lois, nomme un conte fait à plaisir, taxant d’imaginaire le portrait qu’il donne du caractère de ce prince; enfin, quoiqu’ils parlent l’un et l’autre de Socrate, on ne trouve nulle part dans leurs ouvrages qu’ils fassent mention l’un de l’autre, excepté dans le troisième livre des Commentaires de Xénophon, où le nom de Platon se rencontre. On dit qu’Antisthène se proposant de lire en public quelque chose qu’il avait composé, il pria Platon d’y être présent; que celui-ci lui demanda quel était le sujet de son ouvrage; et qu’Antisthène ayant répondu qu’il roulait sur ce qu’il ne faut pas être contredisant, Platon lui dit : Comment avez-vous traité cette matière? Qu’Alors Antisthène, comprenant qu’il n’était pas dans ses idées, en fut offensé jusqu’à publier contre lui un dialogue, sous le titre de Sathon; ce qui fut cause que, depuis ce temps-là, ils ne furent point amis. On dit encore que Socrate, ayant entendu le Lysis de Platon, s’écria : Que de choses ce jeune homme me prête! En effet, il lui faisait tenir des discours qui n’étaient jamais sortis de la bouche de ce philosophe.

Platon avait quelque éloignement pour Aristippe; cela paraît au sujet de la mort de Socrate, à laquelle il lui fait un crime, dans son traité de l’Ame, de ne s’être pas trouvé présent, quoiqu’il fût à Egine, lieu peu éloigné d’Athènes. Il n’était pas non plus ami d’Eschine, qu’il blâmait de s’être rendu en Sicile pour recevoir de l’assistance de Denys, qui faisait cas de lui; au contraire, Aristippe l’en louait. Idoménée dit que celui qui voulut persuader à Socrate de s’enfuit de prison ne fut pas Criton, mais Eschine; et que Platon n’attribua cela au premier que parcequ’il n’aimait pas Eschine. Il ne parle pas de lui dans ses ouvrages, excepté, en passant, dans son traité de l’Ame, et dans la Défense de Socrate. Aristote remarque que sa manière d’écrire a quelque chose du poëme et de la prose. Phavorin lut son traité de l’Ame, il n’y eut qu’Aristote, de tous les assistants, qui l’écouta avec attention, tous les autres s’étant levés et retirés. Quelques uns disent que Philippe d’Opes transcrivit ses Lois, qui étaient écrites sur des tablettes enduites de cire; on attribue aussi au même l’Epinomis. Euphorion et Panætius disent qu’on a souvent trouvé l’exorde de ses livres de la République changé, et Aristoxène croit que cet ouvrage est inséré presque tout entier dans les Contradictions de Protagore. Le Phèdre passe pour avoir été son coup d’essai, et il est vrai que cet ouvrage n’a pas beaucoup de force; Dicéarque en trouve aussi le style rude.

Platon ayant vu quelqu’un jouer aux dés, le reprit; le joueur dit qu’il le reprenait pour peu de chose. L’habitude n’est pas peu de chose, reprit Platon. On lui demanda s’il croyait que sa doctrine acquît autant de crédit que celle des autres philosophes: il répondit qu’il fallait premièrement qu’il établit sa réputation, et qu’alors plusieurs de ses dogmes seraient estimés. Xénocrate étant un jour entré chez lui, il lui dit : Je vous prie, châtiez cet esclave; je ne puis le faire parceque je suis irrité. Une autre fois, il dit à un de ses domestiques qu’il le punirait s’il n’était pas en colère. Étant à cheval, il descendit, par la pensée qui lui vint que cet animal lui donnait un air de fierté. Il recommandait aux ivrognes de se regarder dans le miroir, afin que la honte qu’ils auraient de leur état leur inspirât de l’aversion pour ce vice; et il ne voulait point qu’on bût au delà de ce qu’on pouvait porter, excepté dans les fêtes de Bacchus. Il blâmait ceux qui aimaient le sommeil et dormaient trop. De là vient qu’il dit, dans ses Lois, qu’un dormeur est un homme sans mérite. Il disait que la vérité est la chose la plus agréable qu’on puisse entendre : d’autres croient qu’il ne parlait pas de la vérité que disent les autres, mais celle qu’on dit soi-même. Voici une sentence de son livre des Lois : « La vérité, mon cher hôte, est belle et durable; mais qu’il parait difficile de persuader aux hommes de la suivre! »

Platon souhaitait beaucoup de perpétuer la mémoire de son nom, ou par ses ouvrages, ou par la bouche; et c’est pour cela qu’il faisait souvent des voyages.

Il mourut, selon Phavorin au troisième livre de ses Commentaires, la treizième année du roi Philippe, de qui Théopompe dit qu’il reçut des réprimandes. Myronian, dans son traité des Choses semblables, cite Platon sur le proverbe auquel la vermine de Platon donna lieu, comme si ce philosophe était mort de cette maladie. On l’enterra dans l’académie, ou il avait longtemps enseigné la philosophie et d'où sa secte prit le nom d’académique. Il fut enterré avec beaucoup de solennité. Voici son testament :

Platon laisse et lègue ce qui suit : La métairie d’Ephestiade, qui a au septentrion le chemin qui vient du temple de Céphisiade, au midi Héraclée des Héphestiades, à l’orient Archestrate de Phréare, et à l’occident Philippe de Cholide : il ne sera point permis de la vendre ou de l’aliéner, mais elle appartiendra à mon fils Adimante, qui en jouira absolument. Je lui transporte aussi la métairie des Énérésiades, située entre les fonds de Démostrate Xypétaron vers le midi, d’Eurymédon de Myrrhina du côté du levant, de Céphise au couchant et de Callimaque au nord, de qui je l’ai acquise par achat. Je lui donne de plus trois mines en espèces, un vase d’argent du poids de cent soixante-cinq drachmes, une coupe de même métal qui en pèse soixante-cinq, un anneau et un pendant d’oreille d’or pesant ensemble quatre drachmes et trois oboles, avec trois mine qui me sont dues par Euclide le tailleur de pierre. Je dégage Diane de toute servitude; mais pour Tychon, Bietas, Appolloniade et Denys, ils continueront d’être esclaves d’Adimante, mon fils, a qui je laisse aussi tous mes meubles, et les autres effets spécifiés dans l’inventaire qui est entre les mains de Démétrius. Je n’ai aucune dette, et j’institue, pour curateurs et administrateurs du présent délaissement, Speusippe, Démétrius, Hégias, Eurymédon, Callimaque et Thrasyppe.

On mit plusieurs épitaphes sur son tombeau; en voici une :

Ici repose le devin Aristoclès, dont la prudence et les mœurs furent dignes d’éloge. Si jamais la sagesse a honoré les hommes celui-ci est couvert de gloire et au-dessus de l’envie.

En voici une autre :

Cette terre couvre le corps de Platon. Le ciel contient son ame bienheureuse. Tout honnête homme doit respecter sa vertu.

Celle ci est plus moderne que les autres :

Aigle, dis-moi pourquoi tu voles sur ce sépulcre et à quelle demeure de l’empyrée tu vas? Je suis l’ame de Platon qui s’élève au ciel, tandis que le pays d’Athènes conserve son corps.

Voici aussi une épitaphe que je lui ai faite :

Qu’eût-ce été, Phébus si tu n’eusses donné Platon aux Grecs pour guérir les ames des hommes par les lettres? car il est pour les maux de l’ame ce qu’Esculape, ton fils, est pour les maladies du corps.

En voici encore une qui porte en particulier sur sa mort :

Pour le bonheur des hommes, Apollon a donné le jour à Esculape et Platon, afin que le premier procurât le bien de leurs corps et le second celui de leur ame. Platon est allé assister à un festin nuptial dans la ville dont il avait formé l’idée, et qu’il a fondé dans le ciel.

Platon eut pour disciples Speusippe d’Athènes, Xénocrate de Chalcédoine, Aristote de Stagira, Philippe d’Opus, Hestiée de Périnthe, Dion de Syracuse, Amycle d’Héraclée, Éraste et Corique de Scepse, Timolaüs de Cyzique, Ævéon de Lampsaque, Pithon et Héraclide d’Ænia, Hippotale et Callippe d’Athènes, Démétrius d’Amphipolis, Héraclide de Pont, et quantité d’autres, outre deux femmes, Lasthénie de Mantinée et Axiothée de Phlias, qui, comme le rapporte Dicéarque, s’habillait en homme. Il y en a qui comptent aussi Théophraste parmi ses auditeurs. Chaméléon y ajoute l’orateur Hypéride, avec Lycurge. Polémon donne aussi Démosthène pour un de ses disciples; et Sabin, dans ses Mélanges de Méditations, livre quatrième, dit la même chose que Mnésistrate de Thasse, non sans apparence de vérité. Mais puisque vous chérissez avec raison la mémoire de Platon [3], et qu’à l’estime que vous avez pour lui vous joignez le désir de connaître ses dogmes, j’ai cru devoir décrire la nature de ses discours, l’ordre de ses dialogues, et la manière dont il faisait ses inductions, en ne touchant cependant les choses que sommairement, et sans distinguer toutes les parties qui entrent dans l’assemblage de sa doctrine : car ce serait, comme on dit, ' envoyer des hiboux à Athènes, s’il fallait vous donner les détails de tout[4].

On prétend donc que le premier qui fit des dialogues fut Zénon d’Élée; Aristote, dans le premier livre des Poëtes et Phavorin, dans ses Commentaires, disent que ce fut Alexamène de Styra ou de Teïum. Mais Platon a tellement perfectionné ce genre d’écriture, que non-seulement on lui est redevable de l’élégance qu’il y a répandue, mais qu’on ne peut aussi lui en refuser l’invention. Le dialogue est un discours composé de demandes et de réponses sur un sujet de philosophie ou de politique, exprimées d’une manière convenable aux personnes qu’on y introduit. La dialectique est l’art d’établir ou de détruire quelque proposition par demandes et par répliques.

il y a deux caractères généraux dans les dialogues de Platon. Les uns sont appelés dialogues d’explication ou d’instruction[5]; les autres, dialogues de recherche[6]; ceux d’explication ou d’instruction se divisent différemment, selon qu’ils roulent sur la spéculation ou sur l’action; ceux qui ont la spéculation pour objet se partagent en physiques et logiques; ceux qui regardent l’action sont ou politique ou moraux. Les dialogues appelés de recherche se divisent en deux classes : les uns sont destinés à s’exercer sur quelque sujet, les autres à combattre quelque idée. Les premiers se distinguent en dialogues appelés mæutiques et en dialogues d’essai[7]; les seconds en dialogues de démonstration ou d’accusation, et en dialogues appelés destructifs[8]. Je n’ignore pas qu’il y a des auteurs qui distinguent autrement les dialogues de Platon. Ils disent que les uns sont dramatiques, les autres narratifs, et d’autres qu’ils appellent mixtes; mais cette distinction sent plutôt le style du théâtre que celui de la philosophie. Parmi ces dialogues, il y en a qui roulent sur la physique, comme le Timée; d’autres sur la logique, comme le Politique, le Cratyle, le Parménide, et le Sophiste; sur la morale, comme l’Apologie, le Criton, le Phédon, le Prèdre, le Banquet, le Méanexèae, le Clitophon, les Lettres, le Philèbe, l’Hipparque, et les rivaux; sur la politique, comme la République, les Lois, le Minus, l’Epinomis et l’Atlanticus.

Platon se sert de la méthode mæutique dans les deux Alcibiades, le Théagêne, Lysis et Lachès; de la méthode d’essai dans l’Eutyphron, le Ménon, l’ion, le Charmide, et le Théétète; de la méthode de destruction, dans l’Euthydème, les deux Hippias, et le Gorgias. Cela suffit sur la nature du dialogue et sur ses différences; mais comme on dispute beaucoup si cette partie des œuvres de Platon contient des dogmes, il faut dire quelque chose de cette question.

On appelle dogmatiste un homme qui établit des dogmes, comme on nomme législateur celui qui fait des lois. On donne le nom de dogme à un sentiment, et à l’opinion qu’on en a. Or Platon explique certaines choses comme véritables, en critique d’autres comme fausses, et ne définit point ce qui lui parait incertain. Sur les choses qu’il croit lui-même, il introduit quatre interlocuteurs, qui sont Socrate, Timée, l’étranger d’Athènes, et l’étranger d’Élée; ces étrangers ne sont pas, comme quelques uns le présument, Platon et Parménide, ce sont des personnages supposés. Quand Platon enseigne des dogmes, il fait parler Socrate et Timée; quand il combat des erreurs, il fait venir sur la scène Thrasimaque, Callicle, Polus, Gorgias, Protagore, Hippias, Euthydème, et d’autres semblables. Dans les raisonnements, il se sert beaucoup de l’induction, non de la simple, mais de cette qui est double. l’induction est un discours dans lequel, de quelques vérités on en infère une autre. Il y en a de deux sortes : l’une qu’on peut appeler du contraire, l’autre qu’on peut appeler de conséquence. La première est celle dans laquelle, quelque réponse que fasse celui qui est interrogé, il en suit le contraire de ce qui est. Par exemple : Mon père est, ou autre que la Vôtre, ou le même; si donc votre père est autre que mon père, il ne sera point père, étant autre qu’un père; que s’il est le même que mon père, il sera mon père, étant le même que le mien. Autre exemple : Si l’homme n’est pas un animal, il sera du bois ou de la pierre. Mais il n’est point du bois ou de la pierre, car il est animé et il a des mouvements spontanés : il est donc un animal. Et si cela est, et qu’un bœuf et un chien soient des animaux aussi, l’homme sera tout ensemble un animal, un bœuf et un chien. Platon se servait de cette induction dans la dispute, non pour établir des vérités, mais pour réfuter des objections. L’autre espèce d’induction qui se fait par conséquence est aussi de deux sortes : dans l’une on conclut du particulier au particulier, dans l’autre du particulier au général; la première sert aux orateurs, la seconde aux dialecticiens. Dans la première on demande, par exemple, si cet homme a commis l’homicide dont il s’agit; et la raison qu’il avait les mains sanglantes dans ce temps-là est une conséquence de laquelle on infère qu’il a commis le meurtre. J’ai dit que cette espèce d’induction sert aux orateurs, parceque la rhétorique se borne aux choses particulières et ne s’étend point aux générales, n’entrant point, par exemple, dans l’examen de ce qui regarde la justice même, et se bornant à celui des choses justes en particulier. Dans l’espèce d’induction que j’ai dit être propre aux dialecticiens, on prouve le général par le particulier, comme sur la question Si l’ame est immortelle, et si les morts conservent quelque vie. Platon prouve cela dans son traité de l’Ame, par la proposition générales que les contraires se font des contraires; et cette proposition générale, il la prouve par des cas particuliers, comme que le sommeil nait de la veille, et la veille du sommeil; que le plus grand nait du moindre, et le moindre du plus grand. Cette sorte d’induction était celle qu’employait Platon pour établir ses propres opinions.

Au reste, de même qu’autrefois le chœur représentant seul la tragédie, jusqu’à ce que Thespis inventa un acteur pour donner au chœur le temps de se reposer, Eschyle un second, et Sophocle un troisième, ce qui est la manière dont la tragédie se perfectionna, de même la philosophie fut longtemps restreinte à la physique, jusqu’à ce que Socrate y ajoute la morale, et Platon la dialectique; ce qui mit la dernière main à cette science.

Thrasylle dit qu’il écrivit ses dialogues sur le modèle du quadriloque tragique, à la manière des acteurs qui parlaient en vers dionysiens, lénæens, panathénæens, et chytriens. La dernière espèce était satirique, et toutes ensemble formaient ce qu’on appelait le quadriloque. Thrasylle dit donc que tous les dialogues authentiques de Platon se montent à cinquante-six. Sa République est divisée en dix livres, qui se trouvent presque tout entiers dans les contradictions de Protagore, selon Phavorin, au deuxième livre de son Histoire diverse. Son traité des Lois est divisé en douze livres. Il y a neuf quadriloque, et le traité de la République y tient la place d’un livre, et celui des Lois pareillement. Le premier quadriloque roule sur un sujet commun à tous les dialogues qui y entrent, le but que Platon s’y propose était de faire voir quelle doit être la vie d’un philosophe; il distingue chaque livre par un double titre : l’un est pris du principal interlocuteur, l’autre du sujet dont il parle. Ainsi le premier quadriloque contient l’Eutyphron, ou de la sainteté, dialogue d’essai; la défense de Socrate; le Criton, ou ce que l’on doit faire; la Phédon, ou de l’ame, qui sont des dialogues moraux. Le second quadriloque contient le Cratyle, ou de la justesse des noms, matière de logique; le Théétète, ou de la science entretien d’essai; le Sophiste, ou de ce qui est, discours de logique; le Politique, ou du gouvernement, aussi dialogue de logique. Le troisième quadriloque contient le Parménide, ou des idées, sujet de logique; le Philèbe, ou de la volupté; le Banquet, ou du bien; le Phèdre, ou de l’amour, dialogues moraux. Le quatrième comprend le premier Alcibiade, ou de la nature de l’homme, entretien selon la méthode mæutique; le second Alcibiade, ou de la prière, selon la même méthode; l’Hipparque, ou de l’amour du gain; les Rivaux, ou de la philosophie, dialogues de morale. Le cinquième renferme le Théagès, ou de la philosophie, selon la méthode mutique; le Charmide, ou de la valeur; Lysis, ou de l’amitié, selon la méthode mæutique. Le sixième contient l’Euthydème, ou le disputeur, dialogue destructif; Protagore, ou les sophistes, démonstratif Gorgias, ou de la rhétorique, destructif; Ménon, ou de la vertu, dialogue d’essai. Dans le septième quadriloque se trouvent les deux Hippias, dont le premier traite de l’honnête, et le second du mensonge, tous les deux du genre destructif; l’Ion, ou de l’Iliade, dialogue d’essai; le Ménexène, ou l’Épitaphius, du genre moral. le huitième est composé du Clitophon, ou celui qui fait des exhortations, discours moral; de la République, ou de la justice, entretien politique; du Timée, ou de la nature, discours physique; du Critias, ou Atlanticus, moral. Enfin le neuvième contient Minos, ou de la Loi; les Lois, ou de la manière d’en faire; Epinomis, ou, l’assemblé nocturne, autrement le Philosophe, dialogues politiques.

Il y a treize épitres morales de Platon dont l’inscription est Bonne vie! au lieu qu’Épicure, dans les siennes mettait Bonheur! et Cléon se servait du mot de Salut! Il y a une de ces épitres adressée à Aristodème, deux à Archytas, quatre à Denys, une à Hermias, Éraste et Corisque, une à Léodamas, une à Dion, une à Perdiccas, deux aux amis de Dion. Voilà quelle est la distinction des ouvrages de Platon selon Thrasyllus, et plusieurs auteurs l’admettent.

D’autres, entre lesquels est Aristophane le grammairien, divisent les dialogues de Platon en triloques, plaçant dans le premier la République, le Timée, le Critias; dans le second, le Sophiste, le Politique, le Cratyle; dans le troisième, les Lois, le Minos, l’Epinomis; dans le quatrième , le Théétète, l’Eutyphron, la défense de Socrate; dans le cinquième; le Phédon, le Criton, les Lettres. Les autres ouvrages, ils les rangent un à un et sans ordre. Quelques uns, comme nous l’avons dit, commencent l’énumération des œuvres de Platon par sa République, d’autres par le premier Alcibiade, ou par le Théagès, par l’Eutyphron, par le Clitophon, le Timée, le Phèdre, le Théétète; enfin par la défense de Socrate.

Il ne faut point regarder, comme étant de Platon, les ouvrages suivants qu’on lui a attribués, le Midon ou l’Hippostrophe, l’Eryxias, ou l’Erasistrate, l’Aleyon, l’Acéphale ou le Sysiphe, l’Axiocus, le Phéacus, le Démodocus, le Chélidon, la Semaine, l’Épiménide. Phavorin, dans le cinquième livre de ses Commentaires, dit que l’Aleyon est l’ouvrage d’un certain Léonte.

Platon a emprunté à dessein différents noms, pour empêcher que des gens non lettrés entendissent facilement ses ouvrages. il croit que la sagesse consiste proprement dans la connaissance des choses qui sont spirituelles, et qui existent véritablement, lui donnant pour objet Dieu et l’ame séparée du corps. Lorsqu’il prend le mot de sagesse dans son sens propre, il entend par là la philosophie, comme étant un désir de la sagesse divine; mais dans le sens commun il applique le mot de sagesse à toute sorte de talents, donnant par exemple le nom de sage à un artisan. Souvent il se sert des mêmes termes pour signifier différentes choses : par exemple, il met le mot de négligé pour simple à la manière d’Euripide qui, en parlant d’Hercule dans son Lycimnius, dit qu’il était « négligé, sans ajustement, en pensant qu’à faire bien, faisant consister toute la sagesse à en faire les actions, et ne mettant point d’ornements dans ses discours. » Quelquefois Platon se sert de ce même mot pour désigner ce qui est beau, et d’autres fois ce qui est petit. Il donne la même signification à divers termes, appelant l’idée espèce, genre, modèle, principe et cause. Il se sert aussi de termes contraires pour désigner la même chose, comme quand il applique aux choses sensibles les mots d’existence et de non-existence, disant que ce qui est sensible existe en tant qu’il a été produit, et n’existe point en tant qu’il est sujet à des changements continuels ; et quand il dit que l’idée n’est ni une chose qui se meut ni une chose en repos, qu’elle est la même, qu’elle est une et qu’elle est plusieurs. Cet usage de Platon se remarque en divers endroits de ses ouvrages.

Ils demandent trois sortes d’explications : il faut voir premièrement ce qu’il dit ; secondement, s’il le dit dans la vue d’atteindre le but qu’il s’est proposé, ou par voie de comparaison, et si c’est pour établir quelque vérité, ou pour réfuter des objections, en troisième lieu, s’il parle à la lettre.

Comme on trouve certaines marques dans différents passages des œuvres de Platon, il est bon d’en donner une explication. On marque les expressions et les figures usitées aux platoniciens par un X. Cette double ligne désigne les dogmes et les opinions particulières de Platon. Les manières de parler et les élégances de style sont marquées avec un ·X· entre deux points. Cette figure marque les endroits que quelques auteurs ont corrigés ; celle-ci ÷, les choses inutile qui doivent être ôtées; cette autre ≠, désigne les endroits dont il faut changer l’ordre et ceux qui peuvent recevoir eux sens. Celle qu’on appelle foudre ↓ désigne l’ordre et la liaison des vérités philosophique; l’étoile ₳, des idées qui se ressemblent; et cette marque — des choses qu’on rejette.

Voilà pour ce qui regarde le nombre des livres de Platon et les marques qui s’y trouvent. Antigone de Caryste dans son ouvrage sur Zénon, dit qu’après l’édition de ces livres, ceux qui souhaitaient d’en savoir le contenu payaient pour cela ceux qui les avaient.

Quant à ses sentiments, il croyait de l’ame est immortelle, et qu’elle est revêtue[9] de plusieurs corps; qu’elle a un principal numéral, et le corps un principe géométrique : il la définissait une idée de l’esprit qui est distribué partout[10], et croyait qu’elle est, elle-même, le principe de son mouvement. Il la divisait en trois parties, plaçant la partie raisonnable dans la tête, l’irascible dans le cœur, et la concupiscible dans la foie. Il disait que du milieu du corps elle l’embrasse de toutes parts circulairement; qu’elle est composée des éléments et partagée par es intervalles harmoniques, qui lui font former deux cercles conjoints, dont l’intérieur, coupé en six autres, forme en tout sept cercles.

Il plaçait cet orbe-ci long du diamètre à la gauche intérieurement, et l’autre de côté à la droite, supposant que c’est le plus excellent, parcequ’il est unique, au lieu que le premier est divisé intérieurement. Il disait que le cercle unique est de la nature du même, et celui qui est divisé de la nature de l’autre[11], appelant celui-là le mouvement de l’ame, et celui-ci le mouvement de l’univers et des étoiles errantes[12]. Il ajoutait que cette division, depuis le milieu, étant telle qu’elle se joint vers les extrémités, l’ame aperçoit les choses qui sont et les joint ensemble, parcequ’elle a en elle-même l’harmonie des éléments; connaissance qui n’est qu’une simple opinion lorsqu’elle est acquise par l’élévation du cercle qui est de la nature de l’autre, et une science, lorsqu’elle est acquise par le cercle qui est de la nature du même.

Il établit deux principes de toutes choses, Dieu et la matière; et appelle aussi le premier esprit et cause, définissant la matière une masse informe et infinie de laquelle se font les êtres composés. Auparavant, dit-il, elle se mouvait sans ordre; mais Dieu ayant jugé que l’ordre valait mieux que la confusion, l’a rassemblée dans un lieu. Son essence se change en quatre sortes d’éléments, qui sont le feu, l’eau, l’air et la terre, éléments dont est composé le monde même, et tout ce qu’il renferme : la terre seule est exempte de transmutation. Il donne pour raison de cela la différence qu’il y a entre la figure des parties dont elle est composée et la figure des parties des autres éléments, qui sont toutes homogènes, comprenant dans la conformation un triangle oblong. Au lieu que les parties de la terre ont leur figure particulière, celles de l’élément du feu sont pyramidales, celles de l’air ont huit côtés, et celles de l’eau en ont vingt; mais celles de la terre sont de forme cubique, et cela empêche que la terre ne se change dans les autres éléments et que ceux-là ne puissent se changer en terre. Ils ne sont pas séparés par une situation différente de lieu pour chacun, parceque la circonférence qui les comprime et les pousse vers le milieu unit les petite parties et sépare les grandes, de sorte que le changement d’espèces emporte aussi changement de lieu.

il croyait que tout fait partie d’un seul monde, le monde sensible étant aussi l’ouvrage de Dieu, qui lui a donné une ame : parcequ’un monde doué d’une ame est plus excellent que celui qui n’en a point, et que celui-ci est l’ouvrage de la cause la plus excellente. Il inférait encore qu’il est un, et qu’il n’y a pas de mondes infinis, parceque le modèle sur lequel il a été fait est unique. Il croyait qu’il est de figure sphérique, parceque son auteur a une forme semblable[13], et que, comme le monde renferme en soi tous les autres animaux, la forme sphérique renferme toutes les autres toutes les autres formes. Il le croyait léger et sans organes à l’entour, parcequ’il n’en a pas besoin. Il croit aussi que le monde est incorruptible, parceque Dieu ne le dissoudra pas[14]; que Dieu est la cause du toute la génération des choses, parcequ’il est de la nature du bon d’être bienfaisant, et que le ciel devant être la production de la cause la plus excellente ( parceque ce qu’il y a de plus beau doit avoir pour cause ce qu’il y a de meilleur parmi les être intelligibles, ce qui est Dieu, et que le ciel est fait à la ressemblance de ce qu’il y a de meilleur, puisqu’il est ce qu’il y a de plus beau ), il s’en suit qu’il ne ressemble à aucun être créé, mais à Dieu.

Platon dit que le monde est composé de feu, d’eau, d’air, de terre : de feu, afin qu’il fût visible, de terre, afin qu’il fût solide, d’eau et d’air, afin qu’il fût proportionné, parceque les vertus des solides se proportionnent à l’aide de deux milieux qui servent à unir le tout; enfin, ces éléments réunis rendent le monde parfait et incorruptible.

Selon ce philosophe, le temps a été produit et est une image de l’éternité; celle-ci est permanente, au lieu que le temps est l’effet de la circulation du ciel, les nuits, les jours, les mois et les autres divisions semblables étant des parties du temps; de sorte que, dans cette constitution du monde, il n’y aurait point de temps; en un mot, que le monde et le temps existent ensemble. Il croit aussi que le soleil, la lune et les étoiles ont été créés pour former le temps; que Dieu a allumé les rayons du soleil pour former le nombre des heures et en donner la connaissance aux animaux; que la lune est immédiatement au-dessus de l’orbe de la terre, le soleil dans l’orbe suivant, et les étoiles dans les orbes situés au-dessus de ceux-là. Il supposait le monde animé parcequ’il est lié ensemble par un mouvement animé, et disait que les autres animaux ont été créés, afin que le monde fût parfait et semblable à un animal intelligent; que comme le monde renferme des animaux, le ciel en renferme aussi; que les dieux sont principalement de la nature du feu, et que les autres animaux sont de trois genres, volatiles, aquatiques, et terrestres. Il pensait que la terre est plus ancienne que les dieux qui sont dans le ciel; qu’elle a été construite pour former les jours et les nuits, et qu’étant située au milieu de l’univers, elle se meut autour du centre du monde. Il croyait encore qu’y ayant deux sortes de causes, il y a des choses qui ne font avec délibération et d’autres qui se font par des raisons de nécessité; il mettait dans ce nombre l’air, le feu, la terre et l’eau, qui, à proprement parler, n’étaient point des éléments, mais étaient propres à le devenir, étant composés de triangles joints dans lesquels ils se résolvent; il suppose que le principe des éléments est le triangle oblong et le triangle isocèle.

Il établit donc les deux principes et causes dont nous avons parlé, et dont il dit que Dieu et la matière sont l’exemplaire qui doit nécessairement être sans forme, ainsi que par rapport aux autres choses qui reçoivent les qualités qu’elles ont. La cause qui les produits agit par nécessité, car elle produit les essences dont elle reçoit les idées; et étant mise en mouvement par les effets différents de la puissance qui agit sur elle, elle contrecarre par son mouvement les choses auxquelles elle l’a communiqué. Auparavant ces causes se mouvaient sans ordre ni règle; mais lorsqu’elles commencèrent à former le monde par la vertu qu’elles reçurent de Dieu, elles acquirent de l’ordre et de l’harmonie : car avant la création du ciel il y avait deux causes, et une troisième, savoir la génération; mais elles n’étaient que des traces, et elles n’avaient point d’ordre; ce ne fut que lorsque le monde fut créé qu’elles furent arrangées.

Platon croit que le ciel a été fait de l’assemblage de tous les corps, et que Dieu est incorporel aussi bien que l’ame; disant que c’est là ce qui fait qu’il est exempt de corruption et de passion. Quant aux idées, comme nous avons dit, il les regardait comme des principes et des causes qui font que les choses sont par leur nature telles qu’elles sont[15].

Sur le bien et le mal, il croyait que l’homme doit se proposer pour fin de devenir semblable à Dieu; que la vertu lui suffit pour être heureux, mais qu’il a besoin aussi d’autres biens, comme de force, de santé, de bonne disposition des sens, et d’autres avantages corporels, aussi bien que de richesses, de noblesse et de gloire; que cependant, quoique ces biens lui manquent, le sage n’en vit pas moins heureux. Il croit que le sage peut se mêler du gouvernement, qu’il doit se marier, et observer fidèlement les constitutions établies, procurer à sa patrie tout le bien qu’il peut, et affermir sa constitution par de bonnes ordonnances, à moins qu’il ne prévoie que la trop grande dépravation du public rendrait ses bons desseins inutiles.

Il pensait que les dieux voient les actions des hommes, qu’ils veillent aux choses de ce monde, et qu’ils sont de purs esprits. il disait que l’honnête n’est point différent de ce qu’on appelle louable, raisonnable, utile, beau et convenable, parceque tout cela sert à exprimer ce qui est dicté par la nature et la raison.

il a traité des noms des choses, et a établi la science d’interroger et de répondre; science dont il fait lui-même un grand usage. On remarque dans ses dialogues qu’il parlait de la justice comme d’une loi établie de Dieu, afin de persuader plus fortement aux hommes de se conduite avec équité, de peut qu’après leur mort ils ne fussent punis des iniquités qu’ils auraient commises pendant leur vie; on lui donna aussi à cette occasion le nom de fabuleux, parceque, quoique incertain de ce qui se passait dans l’autre monde, il mêlait ses écrits d’histoires pareille pour intimider les hommes et les empêcher de violer les lois. Voilà pour ce qui regarde ses dogmes.

Selon Aristote, il distribuait les biens de la vie en biens de l’ame, biens du corps qui sont hors de nous. Il range au nombre des premiers la justice la prudence, la magnanimité, la frugalité, et les autres vertus de ce genre; dans la seconde classe, il place la beauté, la bonne mine, la force; et dans la troisième, les amis, la prospérité de la patrie, et les richesses.

Il divise l’amitié en trois espèces, la naturelle, la sociale, et celle d’hospitalité : l’amitié naturelle est cette tendresse que les pères et les mères ont pour leurs enfants, et ce penchant qui porte les proches, et même les animaux, à s’entr’aimer les uns et les autres; l’amitié sociale, qui n’est formée par aucun lieu du sang, nait d’une liaison formée par l’habitude, comme celle de Pylade et d’Oreste; l’amitié d’hospitalité est un attachement qui se contracte avec des personnes qu’on reçoit chez soi ou chez qui on est reçu, soit par lettres, soit par recommandation. A ces trois sortes d’amitié quelques uns en ajoutent une quatrième espèce, savoir celle qui nait de l’amour.

il partage le gouvernement civil en cinq états : le démocratique, l’aristocratique, l’oligarchique, le monarchique, et le tyrannique. Le démocratique a leu dans les villes où le peuple commande, élit les magistrats et fait les lois; l’aristocratique est celui ou ni les riches, ni les pauvres, ni les nobles, ni d’autres qui se sont acquis de la gloire, mais les plus gens de bien, ont l’administration publique; l’oligarchique a lieu lorsque les riches, toujours inférieurs en nombre aux pauvres, nomment les magistrats. L’état monarchique est de deux sortes : l’un est fondé sur les lois, comme celui de Carthage; l’autre sur la naissance, comme ceux de Lacédémone et de Macédoine, où les descendants de la race des princes succèdent à la royauté. On appelle un état tyrannique quand un peuple reçoit la loi de quelqu’un qui s’est emparé de l’autorité souveraine par artifice ou par violence.

Platon admettait trois genres de justice, l’une qui s’exerce envers les dieux, la seconde envers les hommes et la troisième envers les morts. Faire des sacrifices, suivant les cérémonies établies, et révérer les choses sacrées, c’est rendre aux dieux le culte qui leur est dû. Restituer un dépôt au prochain, est un acte de justice à l’égard de la société. Assister aux obsèques des morts et respecter leurs sépulcres, c’est remplir la troisième partie de la justice.

Il distingue trois espèces de science : la première, qui a l’action pour objet, se nomme science pratique; l’autre, qui a pour objet l’effet de l’action, se nomme efficiente; la troisième, qui regarde la spéculation, porte le nom de théorie. Par exemple, la science de bâtir une maison, ou de construire un vaisseau, appartient à l’action, puisque nous voyons résulter de ce travail un édifice ou un navire; au contraire, l’art de gouverner, l’adresse de jouer de la flûte, de toucher du luth et d’autres instruments, se réfèrent à la pratique, vu qu’après qu’on a fini, il ne reste rien que l’œil puisse apercevoir, et que le tout demeure dans l’action même de gouverner ou de jouer de quelque instrument. Quand à la géométrie, la musique et l’astrologie, elles sont du ressort de l’entendement et purement spéculatives, n’ayant ni action ni suite d’action; le géomètre considère le rapport que les lignes ont les unes avec les autres; le musicien juge de la justesse des sons par la mesure; l’astrologue contemple le ciel et les astres.

Platon distinguait cinq parties dans la médecine, la pharmaceutique, la chirurgie, la diététique, la nosognomique, la boéthétique : on appelle pharmaceutique cette partie de la médecine qui rétablit la santé par l’usage des médicaments; chirurgie, celle qui rend la santé par l’opération de la main; la diète est une régime de vivre; la nosognomique est la connaissance des maladies jointe à l’art; la boéthétique est le soulagement prompt des douleurs par la vertu spécifiques.

Dans sa division de la loi, il entend par loi écrite le gouvernement civil; et par la loi non écrite, cette répugnance, par exemple, que la nature et la coutume inspirent à se présenter nu en public, ou à y paraître vêtu en habits de femmes; car lors même qu’aucun loi écrite ne défend ces actions en termes exprès, la loi naturelle les interdit tacitement.

Il établit cinq genres de discours ou d’oraison : celui dont se servent dans les harangues ceux qui remplissent des charges publiques, se nomme politique; celui qu’emploient les orateurs dans la démonstration, lorsqu’ils louent, ou blâment, ou accusent quelqu’un, s’appelle rhétorique; le troisième, usité dans les entretiens privés est appelé idiotique; le quatrième, qui consiste en raisonnements par courtes demandes et réponses, porte le nom de dialectique, le cinquième, qui consiste dans la conservation des gens de quelques métier, lorsqu’ils parlent de leur profession, est dit technique.

Il compte trois sortes de musique : la première s’exécute par la voix, qui est le chant; la seconde par quelque instrument joint à la voix; la troisième; par les instruments sans la voix.

Il envisage la noblesse sous quatre faces, et reconnaît pour nobles ceux dont les ancêtres ont donné des marques de probité, de courage et d’équité, ceux qui descendent de race de princes et de grands seigneurs, ceux dont les ancêtres ont illustré leur nom par des triomphes dans la guerre et des couronnes dans les jeux, ceux enfin qui se distinguent par leur grandeur d’ame, et qui ne doivent leur élévation qu’à leurs belles qualités.

Il compte trois sortes de beautés : l’une estimable, comme celle du visage; l’autre, comme un maison meublée qui, outre qu’elle est belle, est de service; la dernière, avantageuse comme l’étude et les lois qui tendent principalement au bien de la société.

il distingue trois parties dans la nature de l’ame, la raisonnable, la concupiscible et l’irascible; attribuant à la partie raisonnables les pensées, les desseins, les réflexions, les conseils et autres actions de l’esprit; à la partie concupiscible l’appétit des aliments, le plaisir charnel, et ce qui a rapport; à l’irascible la sécurité, la volupté, la douleur et la colère.

Il établit quatre espèces de vertus consommées, la prudence, la justice, la force et la tempérance. La prudene fait qu’on agit comme il faut; la justice empêche que, dans la société civile, on ne viole le droit de personne; la force encourage à persévérer, malgré la crainte et les dangers, dans ce qu’on a entrepris; la tempérance amortit les passions, rend invincible à la volupté, et contient dans les bornes d’une vie régulière.

Il comprend les différentes espèces de gouvernement sous ces cinq dominations : le légitime, le naturel, celui de coutume, l’héréditaire, le violent, ou le tyrannique. Le gouvernement est légitime lorsque celui dont le peuple fait choix gouverne selon les règles; il est naturel quand, à l’exemple de la supériorité que la nature a donnée aux hommes sur les femmes, on confie l’autorité aux hommes; le gouvernement de coutume est celui des maîtres et des précepteurs à l’égard de leurs disciples; le gouvernement est héréditaire, s’il passe des mains d’un descendant dans celles d’un autre, comme cela se pratique dans la personne des princes de Lacédémone et de Macédoine que la succession appelle au trône, en vertu des lois; enfin le gouvernement tyrannique et celui où la force l’emporte sur la raison, et auquel on n’obéit qu’avec peine et avec contrainte.

Platon compte dix espèces de rhétorique : il appelle exhortation un discours dans lequel l’orateur invite à entreprendre une guerre ou à donner du secours contre quelque ennemi; dissuasion, lorsqu’au lieu de proposer l’une ou l’autre de ces entreprises, il suggère le parti de la neutralité; accusation, s’il représente le tort qu’on a fait d’un côté et le dommage souffert de l’autre; défense, si on produit des preuves qu’on n’a ni violé les droits ni offensé la raison; louange ou éloge, quand l’orateur n’a que du bien à dire; censure, lorsqu’il fait voir la honte et les suites d’une mauvaise action. A ces distinctions il ajoute quatre observations sur le discours : premièrement, il veut qu’on considère ce qu’on doit dire; en second lieu, combien il faut parler; en troisième lieu, à qui l’on parle; et enfin quand il est à propos de parler. Il faut dire des choses également utiles à celui qui parle et à celui qui écoute. Il faut parler autant qu’il est nécessaire, ni trop ni trop peu. Il faut employer des expressions proportionnées à l’âge de ceux avec qui ont parle, user de ménagement avec des vieillards qui s’obstinent dans leur sentiment, et prendre un ton plus ferme avec de jeunes gens. Enfin le temps de parler est de ne le faire ni avant que l’occasion s’en présente, ni après que la raison le voulait. S’écarter de ces règles c’est tomber en faute.

Il compte quatre différentes manières d’obliger : par sa bourse, par sa personne, par les talents, ou par la parole. On rend service par sa bourse en faisant du bien à ceux qui en ont besoin; par sa personne, lorsqu’on se protége mutuellement, et qu’on sauve quelqu’un des mains de ses ennemis; par ses talents, en instruisant les ignorants, ou en contribuant par son expérience à la guérison des maladies; enfin par la parole, lorsqu’on plaide pour un ami qui est mis en justice.

Il distingue autant de différentes sortes de fins : fin d’institution, comme lorsqu’on rend un édit dans l’intention qu’il aura désormais force de loi; fin naturelle comme quand les jours finissent et que les années expirent naturellement; fin d’art, comme quand un édifice est achevé, ou qu’on a mis la dernière main à la construction d’un vaisseau; fin de hasard, comme un événement inattendu.

il distingue pareillement quatre espèces de puissances : l’une est la faculté que nous avons de penser et de réfléchir; la seconde, celle de pouvoir remuer notre corps, d’aller et de venir, de donner, de prendre et de faire d’autres actions semblables; la troisième consiste dans l’abondance d’argent et la multitude de troupes; la quatrième est celle de faire le bin et de supporter le mal, puisque nous pouvons devenir savants, malades, infirmes, être convalescents, et ainsi du reste.

Il remarque principalement trois marques de civilité : la première consiste à se saluer et à se toucher la main lorsqu’on se rencontre; la seconde, à rendre de bons offices à ceux qui en ont besoin; la troisième, à recevoir amicalement ses amis.

Il compte divers degrés de félicité : le premier est de savoir bien se conseiller soi-même; le second, d’avoir l’usage de tous ses sens et la santé; le troisième, de réussir dans ses desseins; le quatrième, de surpasser les autres en crédit et en réputation; le cinquième, d’avoir tout ce qui est nécessaire à la vie. Les bons conseil qu’on suit naissent de la science, de la capacité et de l’expérience dans l’usage du monde. La bonne disposition des sens dépend de l’organisation du corps : c’est avoir la vue perçante, l’ouïe fine, l’odorat subtil, le goût fin et délicat. Les succès viennent de la sagesse des entreprises et du courage avec lequel on les exécute. La bonne renommée naît de l’opinion qu’on a de notre probité. L’abondance est une affluence de biens dont on emploie une partie à ses propres besoins et le reste à ceux de ses amis. Quiconque jouit de tous des avantages peut se dire parfaitement heureux.

il range les arts sous trois classes : dans la première, il place ceux qui consistent à manier le fer et les autres métaux, à tailler et à préparer les matières; dans la seconde, les arts qui font former des ouvrages, comme des armes et des instruments de musique, qui se font de fer ou de bois, les unes par l’armurier, les autres par l’artisan; dans la troisième il met les arts qui consistent à faire usage de ces ouvrages : par exemple, les cavaliers se servent de brides, les soldats d’épées, les musiciens d’instruments.

Platon divisait le bien en quatre genres : Premièrement dit-il, nous appelons homme de bien celui qui a de la vertu; en second lieu, nous donnons le nom de bien à l vertu même et à la justice; troisièmement, nous appelons ainsi les aliments, l’exercice du corps, et les médicaments; en quatrième lieu, l’harmonie des instruments, l’art poétique, l’art comique, et autres choses semblables. Il y a d’ailleurs des choses que nous désignons par les titres de bonnes, de mauvaises et d’indifférentes. Nous appelons mauvaises celles qui sont toujours nuisibles, comme l’intempérance, la folie, l’injustice, et autres excès pareils. Les bonnes sont celles qui sont utiles. Enfin on appelle indifférentes celles qui n’apportent ni utilité ni perte.

il fait consister la bonté du gouvernement en trois choses : si les lois sont bonnes, si le peuple y est bien soumis, si les coutumes et les maximes suppléent au défaut des lois. Il y a aussi autant de sources du mauvais gouvernement : si les lois ne sont utiles ni aux naturels du pays ni aux étrangers; si on les transgresse impunément; s’il n’y a point de loi, et que la licence soit la seule règle de conduite.

Il distingue les contraires de trois manières : d’abord l’opposition du bien et du mal, comme la justice et l’injustice, la sagesse et la folie, et ainsi des autres. Ensuite l’opposition du mal au mal, comme la prodigalité et l’avarice, la sévérité outrée et l’indulgence excessive. Enfin celle du léger et du pesant, de la lenteur et de la promptitude , du blanc et du noir. Ces derniers contraires ne sont ni du bien au mal, ni du mal au mal; ils sont opposés comme des choses neutres à d’autres choses neutres.

il compte aussi trois sortes de biens : les uns qu’on peut posséder, comme la justice et la santé; les autres auxquels on ne fait que participer, comme le bien même qu’on ne possède pas, mais auquel on participe. La troisième sorte est de ceux qui subsistent, comme l’honnête, le bon et le juste; ce sont des biens qu’on ne peut avoir même par participation, quoiqu’ils doivent être nécessairement, mais dont il suffit qu’on acquière les qualités.

Il donne trois objets à la réflexion, le passé, le présent et l’avenir. Le passé nous retrace les exemples des maux que chaque nation a soufferts (tels sont ceux que les Lacédémoniens se sont attirés par leur trop grande sécurité), afin que, faisant attention à leurs fautes, nous évitions de les commettre, et que, prenant garde à celles de leurs mesures qui ont été justes, nous marchions sur leurs traces. Les réflexions sur le présent nous ouvrent les yeux sur ce qui se passe devant nous; elles nous font voir les faibles remparts des hommes timides, la cherté des vivres, et autres semblables avantages ou désavantages, afin de nous apprendre ce que nous devons tantôt espérer, tantôt craindre. Les réflexions sur l’avenir nous avertissent de ne rien hasarder témérairement, d’avoir égard à notre réputation, et de ne pas nous livrer à des soupçons qui nous conduisent à violer le droit des gens, par exemple, dans la personne des ambassadeurs, ce qui ternirait notre gloire, comme il est arrivé au Grecs, qui se déshonorèrent par cet endroit.

Platon distingue la voix en animée, qui est celle des animaux, et en inanimée, qui est le bruit et le son des choses muettes. La première est ou articulée, qui est celle des hommes, ou non articulée, qui est le cri des bêtes.

Il distingue encore les choses divisibles d’avec les indivisibles : celles-ci sont les choses simples qui n’admettent point de composition, comme l’unité, le point et le son : les divisibles sont celles qui renferment quelque composition, comme les syllabes, les consonnes, les animaux, l’eau et l’or. Cette composition est ou de parties similaires, de manière que le tout ne diffère de la partie que par le nombre des parties, comme l’eau, l’or, et autres choses semblables; ou bien cette composition est de parties dissimilaires, comme une maison et autres choses pareilles.

Enfin Platon dit qu’en tout ce qui existe il y a des choses qui sont par elles-mêmes, et des choses qui ont relation à d’autres : les premières, on les connaît sans explication, comme l’idée d’homme, de cheval, ou de tout autre animal ; les secondes ont besoin d’interprétation pour être comprises, comme lorsqu’on dit plus grand, plus prompt, meilleur, parceque cela se dit relativement à ce qui est plus petit, plus lent, moins bon, et ainsi du reste.

Selon Aristote, il divisait aussi de même les premières notions[16].

Outre Platon, on compte quatre autres personnes qui ont porté ce nom : un philosophe de Rhodes, disciple de Panætius, dont Séleucus fait mention dans le premier livre de sa Philosophie ; un second, qui était philosophe péripatéticien, disciple d’Aristote ; un troisième, qui était élève de Praxiphane ; et un poëte de l’ancienne comédie.


    destinés à réfuter des erreurs. Voyez la Pic de Platon, par Dacier p. 123, 126

  1. Ce passage assez obscur renferme un proverbe grec qu’on peut voir dans Érasme, Adages, page 145.
  2. Il y a, dans ces vers, un retour des mêmes mots qu’on ne peut guère rendre avec agrément.
  3. L’ouvrage de Diogène Laërce était adressé a une femme nommée Arrin.
  4. Proverbe pareil à celui de porter de l’eau à la mer. Il y avait beaucoup de hiboux à Athènes et une monnaie sur laquelle était empreint le hibou, oiseau de Minerve. Érasme, Adages, page 205.
  5. Qui traitent de vérités connues.
  6. Qui traitent de vérités inconnues qu’on tâche de découvrir.
  7. Les dialogues mæutiques sont ceux dans lesquels Socrate faisait trouver à ceux qu’il enseignait les vérités dont il voulait les faire convenir. Dans ceux d’essai, il ne faisait que toucher les vérités dont il les instruisait.
  8. Les dialogues de démonstration sont satiriques : les destructifs sont
  9. Il ne me parait pas qu’il s’agit ici de la métempsychose, comme le suppose la version latine, mais de l’opinion que l’ame, en descendant dans le corps, prend diverses qualité dans les sphères par où on croyait qu’elle passait et révêt d’abord un corps éthérien, ensuite un corps aérien, etc.
  10. C’est-à-dire, une portion ou une production de l’ame du monde. Le reste de ce passage est fort obscur. On peut voir, sur quelques unes des idées qui y entrent, Macrobe, Songe de Scipion, et Plutarque, de la Création de l’ame.
  11. Platon appelait la nature matérielle l’autre et la nature spirituelle le même. ( Plutarque, de la Création du monde, au commencement. )
  12. Je ne sais si par ces deux cercles il ne fait point entendre les deux mouvements de l’ame que supposaient les platoniciens : le premier est celui par lequel elle se meut elle-même et a rapport aux choses spirituelles; le second est celui par lequel elle meut le corps et a rapport aux choses sensibles. Et il me semble qu’ils regardaient ce second mouvement comme produit ou dirigé par le mouvement de l’ame du monde, ou de ce qu’il appelaient ainsi. ( Plutarque, du Mouvement selon le côté et selon le diamètre, opuse. 27 )
  13. Isaac Casaubon cite une passage de Proclus qui prouve que cela doit s’entendre d’une analogie entre la forme sphérique et le mouvement de la pensée.
  14. Isaac Casaubon explique ainsi ce passage et se fonde sur Plutarque.
  15. Nous avons traduit ce morceau du mieux qu’il nous a été possible; nous convenons qu’il y a des endroits dont le sens est difficile à comprendre. Un traducteur n’est pas responsables de l’obscurité de son original.
  16. Le terme de l’original est un terme philosophique qui signifie les premiers sentiments que la nature nous donne. (Aulu-Gelle, liv. XII. ch. 5.).