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Les Vivants et les Morts/Comme le temps est court

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Les Vivants et les MortsArthème Fayard et Cie (p. 106-107).

COMME LE TEMPS EST COURT…

Comme le temps est court qu’on passe sur la terre
Si peu de matins vifs,
Si peu de rêverie heureuse et solitaire
Dans des jardins naïfs ;

Si peu de la jeunesse, et si peu de surprise,
De beaux jeux excitants,
Comme le premier soir où l’on a vu Venise,
Où l’on entend Tristan !

Hélas ! ne pouvoir dire au temps fougueux d’attendre,
« Ne me détruisez pas !
Les autres qui viendront ne seront pas plus tendres,
N’ont pas de plus doux bras.


« Elles ne diront rien que ma voix, avant elles,
N’ait chaudement tracé ;
Qu’importent leurs chansons de douces tourterelles,
Leur cœur est dépassé ! »

Ah ! qu’encor, que toujours je m’unisse à mon rêve
Ailé, brusque et brûlant,
Comme l’ivre Léda s’abat et se soulève
Près de son cygne blanc !

— Mais vous serez dissous, cœur éclatant et sombre,
Vous serez l’herbe et l’eau,
Et vos humains chéris n’entendront plus dans l’ombre
Votre éternel sanglot…