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Les Vivants et les Morts/Octobre et son odeur

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Les Vivants et les MortsArthème Fayard et Cie (p. 206-207).

OCTOBRE ET SON ODEUR…

Octobre, et son odeur de vent, de brou de noix,
D’herbage, de fumée et de froides châtaignes,
Répand comme un torrent l’alerte désarroi
Du feuillage arraché et des fleurs qui s’éteignent.

Dans l’éther frais et pur, et clair comme un couteau,
Le soleil romanesque en hésitant arrive,
Et sa paille dorée est comme un clair chapeau
Dont les bords lumineux s’inclinent sur la rive…

— Automne, quelle est donc votre séduction ?
Pourquoi, plus que l’été, engagez-vous à vivre ?
Bacchante aux froides mains, de quelle région
Rapportez-vous la pomme au goût d’ambre et de givre ?

Dans votre air épuré, argentin, élagué,
On entend bourdonner une dernière abeille.
Le soleil, étourdi et déjà fatigué,
Ne s’assied qu’un instant à l’ombre de la treille ;


Les rosiers, emmêlés aux rayons blancs du jour,
Les dahlias, voilés de gouttes d’eau pesantes,
Sont encore encerclés de guêpes bruissantes,
Mais la rouille du temps les gagne tour à tour.

La fontaine sanglote une froide prière ;
Dans le saule, un oiseau semble faire le guet,
Tant son cri est prudent, défiant, inquiet.
Mais les cieux, les doux cieux, ont des lacs de lumière !

— Ces glauques flamboiements, cette poussière d’or,
Cet azur, embué comme une pensée ivre,
Ces soleils oscillant comme un vaisseau qui sort
De la rade, chargé de baumes et de vivres,
Flotteront-ils au toit d’un couvent florentin,
Sur les verts bananiers des Iles Canaries,
Dans un vallon d’Espagne, où jamais ne s’éteint
L’écarlate lampion des grenades mûries,
Tandis que nous entrons dans l’hiver obsédant,
Dans l’étroite saison, où, seule, la musique
Fait un espace immense, et semble un confident
Qui, saturé des pleurs de nos soirs nostalgiques,

Les porte jusqu’aux cieux, avec un cri strident !