Les Voleurs (Vidocq)/dico1/L

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
◄  J Lexique des argotiers M  ►

L

LABAGO, a. — Là-bas.

LAGO, a. — Ici.

LAINE, s. m. — Mouton.

LAIT A BRODER, s. f. — Encre.

LANCE, s. f. — Eau.

LANDIER, s. m. — Commis de l’octroi, employé aux barrières.

LANCIÈRE, s. f. — Boutique de foire. Terme des marchands forains et des voleurs de campagne.

** LANDREUX, s. m. — Personnage infirme ou qui traine une vie languissante.

LANSQUINER, v. a. — Pleurer.

** LANTERNE (Vielle), s. f. — Vieille courtisane.

LAPIN-FERRÉ, s. m.— Gendarme. Terme des voleurs normands.

LARBIN-ne, s. — Domestique des deux sexes.

LARBINERIE, s. f. — Domesticité, valemille.

LARCOTIER, s. m. — Paillard.

LARGUE, s. f. — Femme, généralement parlant.

LARTIF, s. m. — Pain.

LARTON BRUT ou BRUTAL, s. m. — Pain noir.

LARTONNIER-ère, s. — Boulanger, boulangère.

LARTON SAVONNE, s. m. — Pain blanc.

* LASCAILLER, v. a. — Uriner.

LAZI-LOFFE, s. m. — Mal vénérien.

LEGRE, s. f. — Foire.

LEGRIER, s. m. — Marchand forain.

LÉON, s. m. — Président de Cour d’Assises.

LETTRES DE JÉRUSALEM. — Les évènemens de notre première révolution ont donné naissance aux Lettres de Jérusalem ainsi qu’aux Vols à la Graisse et à plusieurs autres. De la fin de 1789 à l’an VI de la république, des sommes très-considérables, résultats de Lettres de Jérusalem, sont entrées dans les diverses prisons du département de la Seine, et notamment à Bicêtre. En l’an VI, il arriva dans cette dernière prison, et dans l’espace de deux mois, plus de 15 000 francs.

Voici quelle était la manière de procéder des prisonniers qui voulaient faire un arcat, c’est-à-dire escroquer de l’argent à une personne au moyen d’une Lettre de Jérusalem. Ils se procuraient les adresses de plusieurs habitans des départemens, et, autant que possible, ils choisissaient ceux qui regrettaient l’ancien ordre de choses, et qu’ils croyaient susceptibles de se laisser séduire par l’espoir de faire une opération avantageuse ; on adressait à ces personnes une lettre à-peu-près semblable à celle-ci.

« Monsieur,

« Poursuivi par les révolutionnaires, M. le vicomte de ***, M. le comte de ***, M. le marquis de ***, (on avait le soin de choisir le nom d’une personne connue et récemment proscrite), au service duquel j’étais en qualité de valet de chambre, prit le parti de se dérober par la fuite à la rage de ses ennemis ; nous nous sauvâmes, mais suivis pour ainsi dire à la piste, nous allions être arrêtés lorsque nous arrivâmes à peu de distance de votre ville ; nous fûmes forcés d’abandonner notre voiture, nos malles, enfin tout notre bagage ; nous pûmes cependant sauver un petit coffre contenant les bijoux de Madame, et 30 000 fr. en or ; mais, dans la crainte d’être arrêtés nantis de ces objets, nous nous rendîmes dans un lieu écarté et non loin de celui où nous avions été forcés de nous arrêter ; après en avoir levé le plan, nous enfouîmes notre trésor, puis ensuite nous nous déguisâmes, nous entrâmes dans votre ville et allâmes loger à l’hôtel de ***. Nous nous informâmes en soupant d’une personnes à laquelle on pût, au besoin, confier des sommes un peu fortes ; nous voulions charger cette personne de déterrer notre argent, et de nous l’envoyer par petites parties au fur et à mesure de nos besoins, mais la destinée en ordonna autrement. Vous connaissez sans doute les LET 243

circonstances qui accompagnèrent l’arrestation de mon vertueux maître, ainsi que sa triste lin. Plus heureux que lui, · il me fut possible de gagner l’Allemagne, mais bientôt assailli par la plus affreuse misère, je me déterminai à rentrer en France. Je fus arrêté et conduit à Paris ; trouvé nanti d’un taux passeport, je fus condamné à la pciuedes fers, et maintenant, à la suite d’une longue et cruelle maladie, je suis à l’infirmerie de Bicêtre..l’avais eu, avant de rentrer en France, la précaution de cacher le plan en question dans la doublure d’une malle qui, heureusement, est encore en ma possession. Dans la position cruelle où je me trouve, je crois pouvoir, sans mériter le moindre blâme, me servir d’une partie de la somme enfouie près de votre ville. Parmi plusieurs noms que nous avions recueillis, mon maître et moi, à l’hôtel, je choisis levétre. Je n’ai pas l’honneur de vous connaître personnellement, mais la réputation de probité et de bonté dont vous jouissez dans votre ville, m’est unsûr garant que vous voudrez bien vous acquitter de la mission dont je désire vous. charger, et que vous vous montrerez digne de la confiance d’un pauvre prisonnier- qui n’espère qu’en Dieu et en vous. au LET

Veuillez, Monsieur, me faire savoir si vous acceptez ma proposition. Si j’étais assez heureux pour qu’elle vous convlnt, je trouverais les moyens de vous faire parvenir le plan, de sorte qlI’il ne vous resterait plus qu’a déterrer la cassette ; vous garderiez le contenu entre vos mains ; seulement vous me feriez tenirce qui Q me serait nécessaire pour alléger ma mallieu- n reusc position. 1

a Je suis, etc. » \

P. S. Il n’est pas nécessaire de vous dire qn’une affaire semblable à celle que je vous propose doit être faite avec la plus grande discrétion ; ainsi, dans votre réponse, qui devra passer parle grelïe de la prison avant de m’être remise, bornez-vous, seulement à me répondre, oui, ou non. s

Toutes les Lettres de Jérusalem étaient calquées sur le même modèle, et tous les jours il en sortait, des prisons de la Seine, une très-p grande quantité ; sur dix, sur vingt même, une tombait entre les mains d’un individu qui, par bonté d’ame, ou dans l’espoir de s’appI·oprier toutou partie du trésor, voulait bien se charger de la commission, et qui répondait LET 246

au prisonnier. (C’est ici le lieu de faire remarquer que ce n’était jamais à celui qui avait monté l’ar¢·al que la réponse était adressée ; un autre prisonnier était chargé de /ïgurer, c’est-à-dire, de représenter, au besoin, le domestique infortuné du comte ou du marquis.) Lorsque la réponse du Pantre était parvenue à l’Jrcasùzcur, il s’empressait de lui écrire qu’il bénissait le ciel qui avait bien voulu per. mettre que la première personne à laquelle il sÉétait adressé, fût assez bonne pour eompàtir à ses p0î¤96 ; il était Pfël, disait-il, à lui envoyer le plan qui devait le guider dans ses recherches ; mais pour le moment cela lui était impos· U sible, attendu que, pour subvenir à ses premiers besoins, il avait été forcé de mettre sa malle, et tout ce qu’elle contenait, . entre les mains d’un infirmier, en garantie d’une somme de..... (la somme était toujours en rapport avec la fortune présumée de l’individu auquel on s’aelressait.)Mais pourtant, ajoutait en terminant l’Arcasàuur, si vous voulesavoir l’extrême complaisance de m’en¤oyer la somme due par moi à finfirmicr, je vous enverrai de suite le plan, et toutes les indications qui vous. S£raient nécessaires. 246 LET

La cupidité exerce un tel empire sur la plue part des hommes, que, presque toujours, Ie prisonnier recevait la somme qu’il avait demandée ; il arrivait même que, par excès de complaisance ou de précaution, le Sirws l’apportait ini-même, ce qui ne l’empêchait pas de subir le sort du commun des martyrs.

LesL¢ttrv : d¢Je’rusal¢m nesont pas mortes avec les circonstances qui les avaient fait naître ; tous les jours encore, des arcats sont montés çl ans les prisons, etfaudace desdmasincm est y si grande, qu’ils ne craignent pas de s’adresser p à des individus qui doivent, par le fait seulde leurs relations antérieures, connaître leurs us et coutumes ; cela est si vrai, qu’un Arcasi’-, near m’adressa, il y a peu de temps, la lettre E suivante :

U Toulon, le M novembre 1835.

Monsieur, F

J’ai fait du bien ; qu’il est doux, ce mot ! (Je mot renferme des pages entières, des vo- ’ lumes même. Un bienfait n’est jamais perdu. Quoi ! le bienfaiteur désintéressé a-t-il besoin de récompense ? Nou ! Il est trop payé, s’il est huLET 247

main et généreux, par cette satisfaction qui énivre les ames sensibles après un bienfait. · ’Telle j’étais, Monsieur, à votre égard, lors de votre évasion de Toulon, et votre nom m’eût été toujours inconnu, sans mon petit-fils, dans les mains duquel se trouvait votre biographie en me faisant le récit de cette aventure, me mit à même de connaître le nom de Pindividu auquel je nfétais intéressée. Il me restait cependant le douteque vous ne fussiez tel que je le souhaitais, ce qui aurait pu attirer sur moi la divine réprobxion et Yexécration des hommes. lais l’aveug.|e confiance que vous eûtes en moi en était unsûr garant ; etje me disais : le coupable endurci n’aime que la nuit, lc grand jour l’épouvante. Enfin le ciel même parut me l’attester, quand il vint lui-même à votre secours, et vous offrit, par le moyen de l’enterrement, la voie de salut que vous me demandâtes, et que, par un excès d’humanité,

je vous promis. Pourquoi donc, Monsieur, après votre aveu et voslt€ prière : Sauvcz-moi, ame sensülc, Dùu vous on tiendra 601 : compte, ne continuâtes-vous pas à me dire : Vous sauvez un malheureux qui n’a pas trempé dans le crime dont il a été accusé, et qui l’a plongé 248 FAI

dans l’abime dont il est si diliicile, mais non impossible desc relever ! Cette déclaration aurait redoublé en moi l’intérêt qui me portait à vous aider, et aurait laissé en moi cette sécurité, et cette satisfaction que l’on éprouve à la suite d’un bienfait qui est ignoré de tout le inonde. Mais, hélas ! comme les temps sont changés, depuis lors, pour nous ! Vous, en butte alors à la plus cruelle destinée, manquant de tout, obligé à fuir la société des hommes, et moi qui menais une vie paisible, quoiqtw veuve d’un maître marin mort au service du roi Louis XVI, par le moyen d’un modique commerce, et une conscience pure, qui mt mettait, ainsi que mos deux demoiselles ûn has âge, à l’abri des premiers besoins. Depuis que cette faible ressource m’a manqué, n’en ayant pas d’autres, je n’ai fait qtw languir. · ’

Atteinte une des premières par le choléra je croyais toucher à la fin de mes maux, müë le ciel en a disposé autrement. La volontédv Dieu soit faite. Dieu a voulu m’épargner 00 prolongeant mon existence ; Dieu y pourvoira. Je souhaite, Monsieur, que Dieu continue à prospérer vos affaires, et que vous soyez toujours le soutien des malheureux.

Agréez, Monsieur, les sentimens de ma considération, avec lesquels je suis,

Votre dévouée servante,

Geneviève PEYRON, V• Disons.

Rue du Pradel, 19.

Voici en quels termes je répondis à cette lettre ; car, quoique bien convaincu qu’elle n’émanait pas de la personne qui m’avait rendu l’important service de favoriser mon évasion, mais bien de quelque Arcasineur pensionnaire du bagne de Toulon, qui avait appris la circonstance qu’il me rappelait, par mes Mémoires, je ne voulais pas, si contre toute attente mes prévisions étaient fausses, m’exposer à manquer de reconnaissance.

Je serais mille fois heureux, Madame, si le hasard me faisait retrouver la femme qui m’a si généreusement aidé, à Toulon, lors de mon évasion ; je suis tout prêt à reconnaître, comme je le dois, ce qu’elle a fait pour moi, mais je ne veux point m’exposer à être dupe. 250 LET · Ce que vous me dites, Madame, me prouve jusqu’à l’évidenoe que vous n’étes pas la femme généreuse qui me procure les moyens de sortir ’de la ville de Toulon, et que vous ne connaissez cette circonstance de ma vie que par la lecture de mes Mànoms. Au reste, si vous ètes réellement la personne en question, vous pouvez aisément m’en donner la preuve, en me rappelant un incident qui m’arriva lorsque j’étais chez vous ; incidmt que la mémoire la moins locale ne peut avoir oublié ; si vous pouvez faire ce que je vous demande, je suis pret à vous envoyer 500 fr., et même plus, eu :., etc-L’.4rcasz}zcur ne se tint pas pour battu, et il me répondit en ces termes : Toulon, le 30 novembre 1815. Monsieur, ellsiedàla biensénncede répondreàune honnête missive, mais il n’est pas permis d’lm’milier les personnes. Née dans une classe médiocre, appartenant à des parens dont l’honneur et la probité Ã LET 25t

ont été les idoles, j’ai su répondre à leur attente, et me mériter, par une conduite toujours exempte de blâme, l’estime publique. Quoique illettrée, la nature m’a douée de ce tact qui tient lieu d’éducation soignée, et qui nous met à même de juger du procédé d’une personne. lion petit-fils, né dans un siècle plus heureux que le mien, quant à l’instruction, a · été choisi par moi pour être l’organe de mes pensées, et l’interprète de mes sentimens. Oui, monsieur, je l’avouerai sans réserve, la tournure de votre lettre, et vos phrases ont tellement blessé mon amour-propre, que j’enai été indignée. Vous eussiez beaucoup mieux fait denepasrépondrequedem’oii’enser, et réserver votre manière de rédiger pour des a mes basses et vénales. Cependant, un seul devos paragraphes a mérité toute mou attention, et m’a paru être le plus fondé : c’est la crainte d’être trompé. l’ai apprécié vos doutes, et je les ai même admis. Mais, d’ailleurs, n’examinant attentivement, comment admettre en moi de pareilles idées, et supposer en moi un subterfuge, m’écriai-je au fond de l’ame, m’attachant à la ligne au contenu ’ »e ma lettre ! Demandait-elle une reconnaissant pécuniaire ? Contenait-elle ’ 252 LET ’

’ · un emprunt ? Exigeait-elle un sacrifice ? Non ! ’ · rien de tout cela. Elle ne contenait que l’épanchement sincère d’une ame sensible en apprenant l’heu reux changement de votre sort ; et si ’la comparaison de nos destinées en dilllêrentes époques a été interprétée pour une demande quelconque, je la repousse de toutes mes for’ » ces, et hautement je m’écrie : mabux vaulmoun}· que s’/zumilzein ’ ·

’ « Quant à la preuve convaincante quevous me demandez, afin de reconnaître si je suis la personne en question, je répugnerais à la donner, précisément parce qu’elle a pour but la proposition d’une somme, si ce n’était une satisfaction personnelle. Je vous observerai donc que, soit vous, soit un autre individu auquel soit arrivé un pareil accident, vous ne fûtes jamais chez moi, n’ayant pu faire, sans me compro- mettre ; que le court entretien dans lequel je vous fis espérer les moyens de sortir’, eut lieu q publiquement, et que la czicumlancc et l’ùzci- I dant dont vous me parlez, me sont aussi inconnus que le Phénix. Et qu’enfin, nlayantjaj mais joué, pendant ma vie, quoique orageuse, que des rôles honorables, ju ne commencerai v Il L LEV-1.11. 25 :2. pas à l’hiver de mon âge à démentir mes senti- I. mens. · · J’ai l’honneur d’6tre, ’ Monsieur, Votre servante, G¢nsvmn PEYRON, V• Dnovn. ie ne voulus point’prendre la peine de rêpondre à cette seconde missive. s’engage toutes les personnes qui en recevraient de semblables à suivre mon exemple. ’ LEVE·P1EDS, s. — Escalier, échelle. LEZARD, s. m. - Mauvais camarade. LÉZINER, v. a. — N’être pas sur de son fait, hésiter au moment d’achever une entreprise, tromper su jeu. LICES ou’l’lRANS—DOUX, s. m. — Bas de soie. LIEGE, s. m. 4- Gendarme. LIGOTTANTE, s. f. —~ Corde. LIGOTTE, s. f. — Corde. LIGOTTER, v. a. — Lier avec des cordes. LILANGE, s. - Lille. LILLOIS, s. m. — Fil. 254 Liu-Loti u LIMACE, s. l’. — Chemise. LIMACIERE, s. m. - Lingère. LIMANDE, s. m. — Homme plat, sans cœur. h

  • LIME, s. f. - Chemise. h
    • LIMOGERE, s. f. — Chambrière. p
  • LIMONADE, s. m. — Plat, assiette.

LIMOUSINE, s. m. — Plomb. h LIMOUSINEUR, s. m. — Couvreur qui vole le plomb garnissant les toits. LINGRE, s. m. — Couteau. ’ LINGRER, v. a. — Frapper à coups deeouteau. LINGRERIE, s. l’. — Coutellerie. LINGBlO’l’, —s. m. - Canil’, bistouri, petit » couteau. LINSPRÉ, s. m. — Prince. - LITRER, v. a. — Posséder. LOCHE, s. f. — Oreille. LOCHER, v. a. - Écouter. LONGE, s. f. — Année. LONGUETTE DE TREFFLE, s. l’. — Carotte de tabac.* LORDANT, s. m. — Portier. LORCEFÉE, s. l’. —·· Prison de la Force. LORGUE, s. m.— As.

LURON, s. m. — Saint-Sacrement, hostie.

LORGNE, LORGNE-BÉ, s. — Borgne.

LOUBION, s. m. — Bonnet.

LOUBIONNIER-ère, — Bonnetier, bonnetière.

* LOUCHE, s. f. — Main.

LOUPEL, s. m. — Pouilleux. Terme des Floueurs parisiens.

* LOURDE, s. f. — Porte.

LOURDIER-ère. — Portier, portière.

* lucque, s. m. — Faux certificats, mainnant faux passe-port.

LUISANTE, s. f. — Lune.

* LUYSARD, s. m. — Soleil.

* LUYSARDE, s. f. — Lune.

* LUYSANT, s. m. — Jour.

LYONNAISE, s. f. — Soierie.

◄  J Lexique des argotiers M  ►