Les gouttelettes/141

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Les gouttelettesLibrairie Beauchemin (p. 179).


PREMIER BAISER


Pourquoi dire cela s’il n’en est pas besoin ?…
Un nuage, au couchant, semblait un banc de craie,
Et, perçant la ramure, une éclatante raie
Argentait un ruisseau qui se perdait au loin.

Nous marchions au soleil, dans les fleurs et le foin,
En causant tendrement de notre amitié vraie.
Nos cœurs étaient pareils à des blés sans ivraie.
De nos graves serments un oiseau fut témoin.

Elle prit au buisson une blanche églantine,
Et la baisa disant d’une voix enfantine :
— C’est comme une autre bouche, et combien pure, va !

Et moi, je répondis, d’une âme un peu tremblante,
En effleurant sa lèvre où le mot s’acheva :
— C’est comme une autre fleur, mais combien plus troublante !